Oh god. Guys. Je suis tellement désolée. Finalement, durant tout ce temps où je disais devoir travailler… ben je n'ai pas travaillé tant que ça. Je passe mon oral blanc vendredi, donc, et je pense y aller avec des informations random dans ma tête (même si quelques anecdotes sympas que j'ai réussi à retenir de mon « lundi révisions »), et puis, bouarf. Vendredi, du moins, ce week-end, j'essayerai de commencer My Sister's Keeper, que j'avais commencée, mais je ne voulais pas bâcler ce chapitre alors une fois les vacances arrivées (yay plus que trois jours) je le réécrirai. Je suis aussi complètement fatiguée, y a plus rien à manger ni à boire chez moi (même si je viens de descendre une file de 5 moutons en chocolat – oui je m'étais promis de n'en manger qu'un…). Avant-hier j'ai fait une bataille de selfies avec mon amie Céline, c'était fun. Je crois qu'elle a bouleversé ma vision des selfies à jamais.
J'vous aime.
Samedi n'était pas un jour de cours, mais Mikasa avait un cours de lutte à dix heures, et ils avaient convenu qu'ils déjeuneraient en ville tous les deux, pour rattraper le temps perdu. Avec Eren toujours fourré avec Armin, Sasha et Connie sans oublier son groupe de musiques (avec qui il peinait à organiser des répétitions), il était difficile pour eux de passer du temps ensemble hors des murs familiers de leur maison. Et comme ils s'étaient toujours sentis étroitement proches pour des frère et sœur, ils s'accordaient, de temps à autre, un moment privilégié.
"Je t'ai déjà dit trois fois que le bus était en retard," râla Eren en levant les yeux au ciel.
Il était appuyé contre la vitre de l'arrêt de bus, son téléphone nonchalamment posé contre sa joue et le maintenant de sa main droite, alors que la gauche était plongée dans sa poche dans un geste décontracté. Il avait l'air profondément ennuyé, et c'était peut-être le cas, d'ailleurs, puisque Mikasa venait de sortir de son cours de lutte et qu'elle avait appelé Eren pour obtenir des informations. Le bus était en retard de quinze minutes, ou peut-être était-il arrivé en avance, et parti de la même manière, avant même qu'Eren n'arrive ? Il ne savait pas. Toujours était-il que le service suivait allait bientôt passer, qu'une vieille dame chantonnait un air qui lui était inconnu, assise sur le banc, et que le soleil fier de la mi-journée lui donnait envie de déchirer son t-shirt en lambeaux.
C'était une plutôt belle journée qui s'annonçait, mais Eren avait bien d'autres choses à penser que ce que marmonnait Mikasa à l'autre bout du fil. Elle n'était pas de mauvaise humeur, mais pas de bonne non plus ; c'était sûrement parce qu'elle dormait mal ces temps-ci, et son irritabilité s'avérait maintenant tout aussi forte que celle d'Eren – et ce n'était pas peu dire. Mais de toute évidence, Eren n'allait pas pouvoir la rejoindre avant une bonne demie heure, et il grimaça en songeant que formuler ce fait véridique à voix haute lui causerait sûrement une réponse bruyante et désagréable.
"…Non ! Mais… Mikasa… Puisque je te dis que j'suis parti à l'heure !" Il tenta de dire, mais Mikasa le coupait sans la moindre hésitation. "Fais chier, j'abandonne." Il soupira et laisser sa soeur parler à l'autre bout de la ligne, quelque part reconnaissant qu'elle lui épargne d'ennui pénible d'attendre le bus – qu'il attendait depuis déjà suffisamment longtemps.
"Est-ce que tu-" commença-t-il à dire, mais quelque chose se glissa imperceptiblement à ses côtés et dans la surprise, il manqua de faire tomber son téléphone par terre. Estomaqué par sa propre réaction, il rattrapa maladroitement l'appareil entre ses deux mains, genoux pliés, et se redressa pour croiser le regard de la personne, assurément trop discrète, et lui offrir ses deux billes vertes brûlantes d'irritation.
Cependant, ce ne fut pas ce à quoi il s'attendait, et une seconde fois, il manqua de laisser glisser son téléphone, la rattrapant derechef avec la même maladresse. Fuck.
"Je ne savais pas que je te faisais un tel effet," se moqua une voix, et Eren fronça les sourcils avec honte, cherchant un moyen comme un autre de détourner l'attention de lui.
Levi se tenait à ses côtés, mains plongées dans son pantalon de business, et aujourd'hui, il ne portait qu'une légère chemise cerise, retroussées jusqu'à ses coudes pour laisser respirer sa peau. Son col était suffisamment ouvert pour qu'il n'étouffe pas, et il ne portait, ce jour-là, pas de cravate. Eren s'attarda quelques secondes sur la marque ronde et violacée que son col bordeaux laissait deviner, et rougit en détournant les yeux.
"N-non, c'est pas-"
"Shhh," fit Levi, et il était difficile de ne pas sentir l'amusement de sa voix, même si son visage restait impeccablement vierge. "Les hormones ça ne s'explique pas."
Ce fut rapide, mais Eren jura avoir vu son sourcil s'élever avant de retomber comme si de rien n'était, signe évident qu'il aimait comment la situation tournait – et ça, sans aucun doute parce qu'Eren embarrassé était aussi délicieux qu'une Sasha bouleversée (la dernière fois, c'était parce qu'un documentaire sur les chiots abandonnés dans les rues passait à la télé – elle avait éclaté en larmes tout en fourrant des chips au barbecue dans sa bouche, et la combinaison des deux avait été étonnamment hilarante). Malgré tout, Eren avait les joues brûlantes et rouges comme jamais, et il n'y avait plus la pénombre pour camoufler sa gêne. Il allait devoir faire avec.
Il se mordit rapidement l'intérieur de la joue avant de gratter nonchalamment l'arrière de son crâne, cherchant encore et encore un moyen de retrouver une température normale. Levi le mettait mal à l'aise. Sortir ses écouteurs maintenant aurait été embarrassant, surtout qu'il n'en avait pas à proprement parler la possibilité – dans son téléphone, quelqu'un commençait à s'énerver. Il n'avait même pas remarqué.
Presque ennuyé (et pourtant), Levi montra du menton le téléphone qu'il tenait légèrement dans sa main droite, et réprima à grand peine un sourire moqueur. "Ta petite amie attend que tu répondes à sa déclaration d'amour," et Eren sentit ses joues brûler autant de colère que de gêne. Mikasa était sa soeur, et jamais, au grand jamais, il ne l'avait considérée comme quelque chose d'autre. Il avait peut-être mentionné son existence durant un de ces courts épisodes de discussion avec l'étrange Levi, ou peut-être pas – toujours était-il qu'il ressentait le besoin vital de clarifier les choses.
"Ce n'est pas ma petite amie," s'empressa le brun en tenant de ravaler l'horrible goût d'amertume. Sa fierté en prenait un coup et il se sentait tellement vulnérable et impuissant. A côté d'eux, la vieille dame regardait toujours les fleurs d'en face de la route, ne leur accordant pas une once d'intérêt.
Levi haussa les épaules. "Si tu le dis." Eren fronça les sourcils et pivota vers Levi, brisant leur structure de "côte à côte formel" pour croiser ses yeux.
"Non, c'est ma soeur!" s'expliqua-t-il, et il put voir l'expression de son visage changer imperceptiblement. Evidemment, la nouvelle devait l'avoir surpris (et il oublia derechef que Mikasa était toujours en ligne, criant contre le silence qui lui répondait – avec une pointe d'inquiétude, comme toujours), puisqu'il ne répondit rien, et de toute manière, il n'y avait rien à répondre. Ce n'était pas non plus comme si Eren voulait qu'il réponde quelque chose. Levi l'observa sans rien dire, l'amusement était parti et une sorte d'ennui singulier avait pris la place, mais comme à chaque fois qu'il essayait d'analyser son expression, Eren échouait.
Eren finit par détourner les yeux, incapable de soutenir le regard intense et déstabilisant de Levi une seconde de plus, et la réalisation le frappa soudainement ; alors il porta son appareil à son oreille et, gêné d'avoir oublié sa soeur aussi aisément, attendit qu'elle lui laisse une fenêtre correcte pour s'excuser de son silence. "Eh… euh… eh !" tenta-t-il, mais Mikasa semblait partir dans un monologue gouverné par l'inquiétude et la colère.
Ses sourcils se froncèrent automatiquement tandis que Mikasa commençait à l'incendier, mais il savait que c'était sa manière de lui dire qu'elle était soulagée de l'entendre à nouveau – cela dit, elle était impatiente, tout autant. Du coin de l'oeil, il pouvait sentir Levi suivre le semblant de dialogue qu'ils avaient. Quand, finalement, Mikasa cessa de parler, il sauta sur l'occasion.
"Ecoute, je te rappelle plus tard, d'accord ?"
Ils savaient tous deux qu'il ne rappelerait pas.
"Attends-moi au club," fit-il avant de détacher l'appareil de son oreille et déconnecter l'appel avant que Mikasa ne puisse protester.
Il était difficile d'ignorer la présence de Levi maintenant qu'il l'avait pleinement remarquée, et il se demanda soudainement pourquoi il avait eue l'idée idiote de mettre fin à son appel téléphonique. Le silence presque effrayant qui était né, et l'accélération irrémédiable des battements de son coeur, ne pouvaient faire qu'une chose : le mettre mal à l'aise, du moins, plus qu'il ne l'était déjà.
Levi ne mentionna pas les musiques qu'il lui avait prêtées, en fait, il ne mentionna rien tout court. Un instant, Eren se demanda si leur rencontre, l'autre soir, n'avait pas été un rêve, mais le souvenir indéniable d'avoir écouté ses disques en boucle durant plusieurs heures rendait impossible l'hypothèse que cette rencontre n'ait jamais eu lieu. D'ailleurs, il ne voulait pas même accepter l'idée qu'elle aurait pu ne pas exister. Levi avait, certes, prouvé encore une fois combien il était troublant, déstabilisant, émotionnellement imprévisible et plus fermé qu'une porte de cellule, et à plusieurs reprises par la suite, Eren s'était surpris à repenser aux mots qu'il avait glissés. Petit-ami ? Merde. Pourquoi avait-il fallu qu'il demande une chose pareille ? Et surtout, pourquoi avait-il fallu que Levi lui réponde ?
Il avait l'horrible sensation de ne pas être pris au sérieux, mais au-delà de toute raison, il préférait être pris pour un gamin et savourer ces secondes, agréables même si embarrassantes, plutôt que de demander la lune et d'observer Levi de loin. De là où il était, il jouissait d'une proximité suffisante pour jeter un coup d'oeil correct à ses traits, et même s'il savait que Levi sentait son regard sur lui, ne put se résoudre à regarder autre part, jusqu'à ce qu'il sente que ce dernier tournait la tête dans sa direction. Immédiatement, le corps d'Eren réagit, et comme réveillé par un électro-choc, il trouva dans la seconde un endroit aléatoire où poser ses yeux. Timide, Eren ne l'avait jamais été – et il suffisait de regarder Armin, malgré l'intelligence de ce dernier, pour voir qu'il n'en était pas la définition, ni de près, ni de loin. Mais Levi avait cet effet de régression sur lui, et chaque bouffée d'air en sa présence était un milligramme de poison dans ses veines. Pourtant, il ne voulait pas lutter. L'idée même ne lui effleura pas l'esprit.
Quelque chose, pour sûr, n'allait pas (ou 'plus') chez lui. Il perdait l'esprit – même s'il n'avait jamais été particulièrement sain d'esprit. Ce type bien plus âgé que lui, et aussi expressif qu'une statue de l'Antiquité figée dans le temps, était pourtant la seule chose qui semblait faire fonctionner la gravité. Chaque fois qu'il pensait à Levi, ses pieds se retrouvaient si collés au sol qu'il se demandait s'il n'allait pas finir par être aspiré par la Terre elle-même, trop lourd pour elle, et infiniment trop attirant pour les lois physiques.
Au bout d'une longue minute de silence, Eren commença à faire du sur place. Rester immobile auprès de Levi s'avérait être une chose plus difficile que prévu. Aussi, alors qu'une question commença à naître sur ses lèvres et qu'il se tourna en direction de Levi pour la poser, pris d'un élan confus, quelque chose le stoppa : déjà Levi s'était redressé (quoiqu'il n'avait jamais vraiment cessé d'être raide), et il suivit le regard de Levi derrière lui pour finalement remarquer que le bus arrivait.
Merde, quel timing pourri. Il retint un soupir de justesse, sortit la carte de sa poche et en profita pour y laisser son téléphone, qu'il tripotait nerveusement entre ses doigts depuis qu'il avait mis fin à l'appel de Mikasa (qui avait d'ailleurs tenté par la suite de le rappeler, mais il avait immédiatement décliné). Levi, sans lui accorder un seul regard, monta dans le bus et alla s'asseoir sur une place libre, un duo, en réalité, et alors qu'Eren l'imitait, il regarda le bus quasi-vide avec horreur. Il y avait de la place à côté de Levi. Assez pour lui et sa maladresse. Mais Levi s'attendait-il à ce qu'il le fasse ? Le voulait-il ? L'angoisse battit en lui comme un deuxième coeur et il sentit les secondes lui filer entre les doigts, alors que plus elles passaient, plus il serait difficile d'agir avec nonchalance.
Quelqu'un arriva derrière lui, bruyamment et sans aucune délicatesse, et l'espace d'une seconde il se mit à craindre le choc qui allait forcément se produire entre lui et le retardataire. Mais ce choc n'arriva pas et au lieu de ça, une respiration haletante et une main tiède se posa sur son épaule, plus douce que ce à quoi il s'était attendu. Il fit volte face pour trouver Ymir, visiblement essoufflée, et sa gorge se serra.
Il n'avait plus à faire de choix, maintenant. Si Ymir se retrouvait dans le même bus que lui, c'était déjà tout tracé d'avance. S'il avait agi quelques secondes plus tôt, il aurait sans doute échappé à ce qui allait suivre, mais les dés étaient jetés.
"Hé, mec," fit Ymir en tentant un sourire malgré l'évidente émotion qu'elle tentait de calmer, et il pouvait sans mal s'imaginer combien elle avait couru pour ne pas rater son bus. Mikasa et Eren se retrouvaient tous les deux, ce midi, mais Ymir avait dû avoir quelque chose à faire en ville, elle aussi. Il savait qu'une fois descendus de là, ils se sépareraient. Et pour la première fois de sa vie, il maudit la présence d'Ymir dans ce maudit bus. Et encore une fois, ce maudit timing.
Un peu plus tard dans l'après-midi, après avoir déjeuné et avoir suffisamment parlé, Eren et sa soeur avaient décidé de retourner à la maison. Aussi plaisants que pouvaient être les samedis après-midi ensoleillés, il voulait retrouver la fraîcheur et la solitude de sa chambre. Le monde autour de lui commençait déjà à l'étouffer.
Eren entra dans le bus, et fidèle à sa nouvelle – mauvaise – habitude, scanna les passagers. Il ne trouva pas l'objet de ses désirs et son coeur se serra de déception. Mikasa lui indiqua deux places libres, en face l'une de l'autre, et ils s'y installèrent sans rien dire. Durant quelques minutes, il ne se passa rien, sauf peut-être quand Mikasa éternua – trois fois de suite, évidemment – et qu'Eren sursauta après que les portes du bus se soient brusquement ouvertes pour laisser entrer un nouveau passager.
Ce dernier, Eren n'avait aucune intention de le croiser un jour, peu importe quand ni où. Il n'avait tout simplement pas prévu de tomber nez à nez, et indéniablement, avec Erwin. C'était lui, le pseudo petit-ami de Levi ? Bien, il n'avait pas expréssément dit "petit-ami" mais sa mystérieuse réponse valait sûrement tout dire, non ? Il sentit ses joues chauffer alors qu'un imposant, intimidant et séduisant trentenaire (qui courait vers la quarantaine, d'ailleurs) vint se trouver une place parmi le reste des passagers.
Il était grand, musclé, et même si Levi était d'une force physique impressionnante, il était difficile d'ignorer les atouts physiques d'Erwin. Sa force ne se devinait pas seulement – elle se voyait. Là où Levi était petit, mince et innocent, Erwin était mature, fort et développé. Non que Levi ne fut pas, au contraire – mais la différence entre eux deux était flagrante. Il devina sans mal que c'était de même avec leurs personnalités, et baissa les yeux quand il sentit les yeux pétillants d'Erwin glisser jusque vers lui. Erwin ne devait pas savoir qui il était, et le fixer ainsi était irrespectueux, alors il espéra qu'Erwin allait simplement ignorer au lieu de lui reprocher de "trop observer". A sa grande surprise, celui-là ne dit rien.
Ymir prit la parole, parlant des derniers potins du lycée, bien que cela ne soit pas vraiment sa première tasse de thé. Et par-dessus son épaule, Eren jeta un énième coup d'oeil au grand blond qui, vêtu d'un costard entièrement blanc, semblait sorti du paradis. L'injustice régnait sur cette terre, elle régnait, oui. Il déglutit, reposa ses yeux sur Ymir et ressentit la violente envie de fermer ses paupières.
