« Le cœur a ses raisons que la raison ignore » dit le dicton. Comme il était vrai dans son cas. Wolfgang avait résolument cherché à éviter Kala, se focalisant avec ses frères sur la chasse aux Titans.
Il s'était épuisé dans la recherche des moyens pour lutter contre les piliers de la création qui ne nécessitaient pas de connexion avec Kala. Mais, parfois dans l'espace même qui subsistait entre deux tentatives de raisonnement, elle apparaissait devant lui ou lui près d'elle. Ils discutaient tranquillement, Wolfgang souriait et le manque qu'il avait d'elle croissait. C'était une lutte incessante « un combat perdu d'avance » lui disaient Félix et Lito. Mais il s'y accrochait quand même, pour le bien de tous, pour celui de Kala et peut être même pour le sien.
Lorsqu'il finit par comprendre et accepter qu'il ne pourrait la fuir, il développa une autre stratégie, à moins que ce ne soit l'autre stratégie qui s'empara de lui…
Toutes les nuits, qu'il soit assoupi ou éveillé, il se matérialisait dans la chambre de Kala.
Il restait debout immobile dans la pénombre puis, il se dirigeait vers le lit où elle reposait.
Toutes les nuits, il la contemplait, immobile et endormie, baignée par les rayons de lune. Il caressait ses cheveux étalés sur les coussins comme un halo sombre autour de son visage, et effleurait sa peau de ses doigts.
Chaque nuit, la brûlure de ce contact marquait son âme au fer rouge, et pourtant il savait que la nuit d'après il serait là, refaisant le même geste, ressentant la même douleur.
« Kala … »
Il murmura son prénom en savourant la façon dont son nom courait sur sa langue.
« Comme si j'étais une partie de toi et toi, une partie de moi » lui avait elle dit
« Une partie de moi que je ne pourrai avoir … » se sermonnait-il alors.
Et chaque nuit, il laissait auprès d'elle une fleur d'iris bleu comme les eaux de son royaume, bleu comme ses yeux, bleu comme l'écharpe qu'il avait conservée du soir de leur première rencontre.
Puis, après l'avoir contemplée une dernière fois, il disparaissait, en laissant flotter le souvenir d'un baiser volé sur ses lèvres emportant avec lui l'odeur des iris.
Il était Hadès, il était la mort, inflexible et toute puissante mais cette faiblesse, cette torture… cette soif le consumait.
Lui, l'assassin, l'immortel mourait de ne recevoir de la femme qui le possédait un simple regard, un simple baiser.
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Tous les matins, quand elle ouvrait les yeux, elle restait allongée, immobile sous les rayons du soleil, effleurant de ses doigts ses lèvres qui conservaient le fantôme du souvenir de son baiser. La brûlure de ce contact embrasait son âme qui se languissait de son absence. Elle était incomplète sans lui.
Elle se relevait déterminée à passer quelques heures, quelques minutes, le temps pour son cœur de battre, sans penser à lui, sans le désirer de chaque fibre de son être, et la fleur d'iris venait lui rappeler la vanité de sa lutte.
Chaque jour, elle la saisissait, et à l'instant même où ses doigts entrait en contact avec ses pétales, l'iris se désagrégeait et mourrait entre ses doigts comme le souvenir d'une promesse impossible à tenir.
Chaque jour, Sun s'asseyait près d'elle, son loup sur ses talons, silencieuse, et elle lui tenait la main pour ne pas qu'elle s'effondre.
Elle poursuivait sa journée, riant et discutant, combattant auprès de ses frères, mais ses pensées ne cherchaient que lui.
Chaque jour, il apparaissait devant elle ou elle près de lui, ils discutaient tranquillement et riaient, mais le manque qu'elle avait de lui grandissait toujours.
Elle était Kala, elle était la vie, mouvante et toute puissante mais cette faiblesse, cette torture… cette soif la consumait.
Elle, la source de vie, l'immortelle mourait de ne recevoir de l'homme qui la possédait un simple regard, un simple baiser.
