Bon, en fait, un deuxième chapitre hyper tard. Parce que j'ai pas envie de dormir ni de travailler, que le bac de sciences me prend la tête et que j'étais en manque de Passengers, de toute façon. Peu à peu les choses avancent et un peu de l'histoire de Levi sera racontée dans le chapitre suivant. Aussi, j'avais dit qu'on saurait pourquoi Levi boude comme ça, mais vous le découvrirez dans le chapitre qui suit aussi, parce que je voyais pas de meilleur endroit/moment pour ça et que pour parler de ses sentiments, suffit pas d'être dans un bus quand on s'appelle Levi; faut être chez lui, dans son élément, avec de bonnes raisons de le faire. Je préviens, ce sera vachement OC, etc, vraiment, j'ai fait mumuse avec son histoire et ça donne un truc incohérent (comme le reste, huh) donc voilà. J'ai aussi introduit Christa parce que j'ai remarqué ma tendance dangereuse à ne pas l'aimer, et étant donné que j'aime l'idée de pour une fois, aimer tout le monde dans un fandom (ce qui est le cas de snk), je vais essayer de me créer une meilleure vision d'elle. Heh. Donc, sûrement des couples secondaires à venir ? J'aime bien Yumikuri même si c'est pas mon préféré du tout, mais y en aura, y en aura. Aussi Annie et Armin, si j'arrive à les placer, parce que voilà.

Bon, cette fois-ci, j'y vais pour de bon. Si j'ai pas la flemme, prochain chapitre demain. (Je réserve une mésaventure embarrassante à Eren, parce que les bus, c'est que ça. C'est du vécu, alors, dire que j'ai pas hâte de l'insérer dans l'histoire serait mentir. Promis personne ne mourra.) Yo.


Sommaire du chapitre: Levi et Eren sont des abrutis immatures.


Quand Eren monta dans le bus deux jours plus tard, Levi s'y trouvait déjà, assis du côté de la fenêtre sur un double siège. Mais puisqu'un malheur n'arrive jamais seul, ses yeux glissèrent rapidement à ses côtés, et il reconnut l'allure élégante d'Erwin, ses fines lèvres dansant à mesure qu'il parlait. Il ne fallut qu'une seconde pour qu'Eren se fige au milieu du bus, se sentant plus idiot que jamais, et la seconde suivante, les prunelles de Levi étaient posées sur lui, immobiles. Impénétrables. Un instant, maintenant le contact visuel qu'il n'était pas prêt à achever, il songea que Levi allait sûrement hocher la tête en silence, un salut muet qu'il s'était donné l'habitude de lui réserver quand leurs deux mondes évoluaient l'un à côté de l'autre.

Mais quelqu'un arriva brusquement derrière Eren, carte de bus en main et souffle court, et Eren regarda tandis que l'expression de Levi s'assombrissait seconde après seconde. Si l'homme avait semblé irrité jusque là, ou du moins, hésitant à faire le moindre geste, cette fois, ses sourcils froncés lui intimaient une chose : Jean se tenait juste derrière lui, le dépassant fièrement d'une poignée de centimètres, et ça ne lui plaisait pas du tout.

Eren sentit sa gorge devenir sèche et jeta un coup d'oeil à Jean, croisant ses yeux vagabonds alors qu'il essayait de se remettre de son sprint. Il lui marmonna quelque chose entre deux inspirations urgentes, mais Eren avait déjà tourné la tête vers Levi ; uniquement pour le trouver tourné vers Erwin, entièrement disposé à l'écouter. Cette fois-ci, ce fut à Eren de sentir la colère, brute et honnête, bouillonner en lui. Les choses qui se déroulèrent ensuite se passèrent relativement vite, si vite qu'Eren n'en prit même pas note. D'abord, Jean le rappela à l'ordre, remarquant que son ami était tout sauf attentif, et posa une main ferme sur son épaule. Instantanément, sans bouger, Levi leur accorda un regard perçant et Eren sentit ses yeux fouiller sa chair. Eren, nerveusement, laissa ses doigts agripper son jean à la hauteur de sa cuisse, et quand Erwin se pencha vers le petit homme pour lui murmurer quelque chose à l'oreille, le front plissé à cause du bruit qui les entourait, quelque chose se débloqua en lui, pour de bon. Une violente sensation réveilla son corps et il lutta pour repousser la nausée qui menaçait d'exploser, à chaque seconde où Eren se sentait glisser hors de contrôle. Il passa le trajet entier à fixer le vide, au-delà de la fenêtre, ou la barre autour de laquelle ses doigts s'étaient enroulés, si fort que ses jointures étaient devenues blanches et qu'il sentait ses paumes devenir moites, glissant contre le métal. Jean lui parlait, mais aucune réponse ne semblait être sollicitée, et parfois, il croiserait le regard fatigué de son ami pour s'en détourner aussitôt.

Il aurait voulu vérifier si Erwin gardait ses distances, mais une peur lancinante lui tiraillait l'estomac, et il savait que s'il leur jetait un regard de plus, il ne pourrait plus s'en défaire, attaché à Levi, attaché à ces prunelles furieuses qu'il essayait de comprendre. Ils n'avaient pas échangé de message depuis le soir où Hanji avait débarqué chez lui, et c'était la première fois qu'ils se voyaient depuis. Quand Levi et le blond se levèrent de leurs sièges, ils s'avancèrent vers le milieu du bus, où Jean et Eren s'étaient retrouvés pour s'agripper à la barre, mais lorsque Levi sortit du bus, il sentit les doigts de ce dernier effleurer les siens. Eren n'eut même pas le temps de tourner la tête vers lui, le coeur battant, qu'il était déjà dehors. Il retrouva la respiration qu'il ignorait même avoir perdue, et ferma son poing dans un geste machinal, presque persuadé que les doigts de Levi s'y attardaient encore.


Le soir, ils ne se croisèrent pas. Eren avait passé la journée à repenser à ce qui s'était passé dans le bus, ce que Jean avait mis sur le compte d'une mauvaise nuit et d'une humeur de chien, chose qui n'était pas rare venant de lui. (Mais Jean pouvait parler.) Ymir l'avait charrié encore et encore, mais il n'avait pas répondu aux attaques qu'on lui lançait, peu importe de qui elles étaient ; et ce fut le signal de le laisser tranquille. Ainsi, il passa une journée silencieuse, alternant la compagnie de Mikasa, d'Armin, d'un Bertholdt tout aussi calme que lui, et d'un duo Jean/Ymir qui passaient plus de temps à essayer de planifier leurs répétitions de groupe que de se souvenir de respirer. Quand la dernière sonnerie retentit dans les salles de classe du lycée, Eren leva les yeux en direction du tableau blanc. Il poussa un long soupir avant de fourrer ses affaires dans son sac à dos et de se dépêcher de se rendre à l'arrêt de bus.

La peur, l'espoir ? Il ne savait plus ce qui l'habitait. Le regard de Levi était imprimé sous ses paupières et chaque fois qu'il se souvenait de la sensation de sa peau contre la sienne, un malaise désagréable naissait dans son estomac. Il n'avait pas mangé au déjeuner, et lorsqu'il rentra chez lui, traînant derrière lui la déception de ne pas avoir Levi (de pair avec le soulagement qu'il tentait de refouler), il n'avala rien non plus. Mikasa frappa à sa porte une heure plus tard, alors que le soleil était déjà tombé, mais quand elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur, elle ne trouva que le corps endormi d'Eren à travers son lit, encore habillé. Elle le recouvrit d'une couverture, posa ses bouquins par terre (c'était la misérable tentative d'Eren d'étudier), et ferma derrière elle.

Le lendemain matin, pourtant, il se passa quelque chose. Quelque chose d'encore plus étrange, et qu'Eren, malgré sa tendance à trop parler, n'aurait pu décrire sous aucun prétexte. Aucun mot n'aurait suffi, aucun mot n'aurait convenu.

Quand Eren arriva à l'arrêt, Levi était déjà debout près de la vitre sale. Mince, ça le dégoûtait. Mais il était trop occupé à appréhender chaque souffle du gamin, posté silencieusement à ses côtés, pour porter la moindre attention à l'hygiène ridicule de l'endroit. C'était stupide, mais quand Eren le rejoignit sans rien dire, il eut soudainement l'impression que tout était irritant. Profondément.

Aucun d'eux ne dit rien, ni ne s'accorda de regard. Eren imitait Levi, et puisque Levi était décidé à ne rien faire, son reflet lui répondait. Au fond, peut-être qu'il restait de côté dans l'espoir naïf que les choses s'arrangent d'elles-mêmes - que Levi lui attrape les épaules, lui confie ses tracas, et peut-être même s'excuse d'avoir agi comme un idiot. Mais pour l'instant, rien n'était moins sûr que l'identité de l'idiot. Personnellement, Eren penchait pour Levi, mais c'était réciproque, et chaque minute qui filait était une minute dangereuse. Chaque moment passé à côté de Levi, dans le silence mort de deux inconnus qu'ils n'étaient pas, le poussait à laisser une colère pénible s'insinuer dans ses mains nerveuses. Il faisait froid, mais malgré qu'il ne porte qu'un ridicule t-shirt, trop fin pour protéger quoi que ce soit du froid, et d'un hoodie épais mais laissé ouvert, il sentait une chaleur dangereuse picoter le long de sa colonne vertébrale. C'était loin d'être agréable, et il était certain que la présence intimidante de Levi à ses côtés n'y était pas pour rien.

Tout comme le soir de leur dispute silencieuse, Levi portait des lunettes. Elles avaient l'air étrange sur lui, mais ç'aurait été mentir que de dire qu'elles ne le rendaient pas encore plus intimidant qu'il ne l'était déjà. Et au-delà de ces deux verres qui le séparaient du reste, il avait l'air séduisant. Comme toujours.

Eren ravala cette pensée en même temps que sa salive, furieux contre lui-même à l'idée d'abandonner si vite la rancune qu'il avait doucement forgée depuis la veille. Il en voulait à Levi, et il voulait le lui montrer. Mais Jean n'était pas là et il n'avait aucun moyen de l'irriter davantage autrement qu'en étant lui-même, et Eren était à court d'idées - d'autant plus qu'une partie de lui refusait de faire quoi que ce soit à Levi. Peine, colère, frustration; c'étaient des choses qu'il n'était pas sûre d'être capable de pouvoir lui infliger, en tout cas, pas consciemment.

Ce matin-là il commença à pleuvoir sans prévenir. Comme toujours, Eren se fit prendre par surprise, et quand un bruit à ses côtés lui indiqua que Levi avait ouvert son parapluie (visiblement, il avait prévu le coup) il sentit son coeur se serrer quand il n'entendit absolument rien. Pas de "sois pas idiot, viens là-dessous, gamin". Pas de "gamin" tout court. L'abri était plein, ou du moins, pas assez vide pour qu'Eren se donne la peine de se défaire de sa paralysie pour s'y réfugier. C'était à peine s'il osait respirer. Alors, vaincu, il laissa la pluie tomber sur lui comme une punition.

Le bus s'arrêta, Levi prit la tête, et Eren disparut entre d'autres passagers. Lorsqu'enfin il s'engouffra dedans, il remarqua la buée sur les vitres, le murmure silencieux des gens endormis, les corps pressés les uns contre les autres sur les sièges, luttant contre le sommeil, et surtout, un certain Levi debout au milieu du bus, à l'endroit même où Jean et lui s'étaient tenus la veille. Sauf que cette fois, aux côtés de Levi, il y avait une jeune femme, plutôt mignonne, et l'air timide, mais ce n'était pas ça la question. Le problème, c'était que leurs mains se frôlaient tout aussi dangereusement qu'il avait frôlé, nonchalamment, celle de Jean sur cette même barre. Le problème, c'était que Levi n'avait pas l'intention de faire quoi que ce soit. Le problème, c'était qu'il ne supportait pas ce qu'il voyait, et quand son coeur sursauta dans sa poitrine dans un battement douloureux, il décida de se comporter comme le gamin immature qu'il était.

Quelques secondes de lutte et de prudence durant lesquelles il s'aventura en titubant jusqu'au milieu du bus, évitant les virages serrés et les coups de freins violents, pour finalement arriver aux côtés de la fille. Elle avait les cheveux blonds, elle était plus petite que lui, plus petite que Levi, encore, c'était pour dire. Quand il se glissa près d'elle, elle tourna instinctivement la tête dans sa direction, et il croisa deux yeux bleus accompagnés d'un sourire. Il n'avait jamais vu cette fille avant, mais il était presque certain qu'elle ne devait pas être bien plus âgée que lui. Cependant, ce n'était pas l'heure de faire des rencontres amicales, et tandis que Levi fronçait les sourcils dans sa direction, venant tout juste de remarquer ce qui se passait à ses côtés, Eren prit son courage à deux mains.

"Excuse-moi," murmura-t-il en se faufilant entre deux corps indistincts accrochés autour de la barre voisine, et d'une manière presque accidentelle, sa main se posa brusquement sur celle que tenait Levi, à égale distance des mains de la jeune fille et de celle du petit homme. Eren savait que ses joues étaient rouges, brûlantes, comme si elles menaçaient d'éclater d'une seconde à l'autre; mais tant pis si piétiner sa fierté était ce qu'il fallait faire. Il n'avait rien contre cette fille, non. Mais le tréssaut pénible de son coeur était encore présent et en bougeant lentement, le plus lentement possible ses doigts, il gagna centimètre après centimètre jusqu'à ce que sa main s'arrête, un centimètre à peine au-dessus de celle de Levi. La fille s'écarta davantage, songeant qu'il valait mieux profiter de l'espace en face d'eux, et passa le reste du trajet à fixer autour d'elle. Parfois, elle croiserait le regard d'Eren et lui offrirait un autre sourire innocent.

Mais ce qui importait, c'était qu'il avait vu ; au moment où il pensait avoir fait une bêtise (sans pour autant la regretter, parce qu'un gamin têtu comme lui ne pouvait pas faire autrement), il avait surpris les doigts de Levi faire de même, lentement, avec toute la prudence du monde, glisser doucement jusqu'à ce que brusquement, ils ne s'arrêtent, aussi proches de sa peau que les lois de la physique le permettaient. Il sentait sa peau contre la sienne, il sentait sa main chaude en-dessous de la sienne, demander la même chose en silence. Eren s'y attarda sans rien dire, fixant leurs mains que plus rien ne séparait jusqu'à ce que le rouge de ses joues ne devienne trop présent pour qu'il s'empêche de détourner les yeux. Il ne croisa pas le regard de Levi, pas une seule fois; ils étaient côte à côte, leurs bras se frôlant à chaque mouvement que le bus entreprenait, et leur proximité avait l'effet tétanisant de sa présence tout court. La petite blonde leur jeta un drôle de regard, à un certain moment, avant de sourire presque imperceptiblement, et quand Eren le remarqua du coin de l'oeil, il s'autorisa un sourire aussi.

Il était fou contre Levi pour l'ignorer de la sorte sans prendre la peine de lui dire pourquoi. Mais de son côté, il n'avait pas non plus pris la peine de poser la question, et il venait inconsciemment d'abandonner toute volonté de lui en vouloir. Le plus plaisant était que dans le silence presque embarrassant d'un bus rempli d'âmes fatiguées, Levi avait fait la même chose, et avait repoussé sa fierté le temps d'une seconde pour lui assurer qu'il avait esquissé le bon geste.

Le bus s'arrêta à l'arrêt de Levi avant même qu'Eren ne s'en rende compte, et il réalisa combien les minutes avaient filé depuis qu'ils étaient entrés dans le véhicule. Le coeur serré, il regarda ses doigts se décoller de la barre et de la même manière qu'ils l'avaient fait la veille, frôler sa main au passage. Levi sortit sans un regard et les portes se refermèrent, mais il n'eut l'occasion que de voir le dos de Levi s'éloigner à travers la vitre embuée.

Aussitôt, son téléphone se mit à vibrer, et il sentit la fille mignonne en face de lui s'accrocher plus fermement à la barre. Chaque arrêt libérait de l'espace et de l'air, et plus les arrêts défilaient, plus Eren se rapprochait du sien. En général, quand il s'arrêtait à l'arrêt le plus proche de son lycée, il ne restait déjà plus qu'une poignée de personnes dans le bus.

Prudent de ne pas perdre l'équilibre, il plongea sa main gauche dans sa poche droite et déverrouilla son téléphone après deux tentatives ratées (non seulement l'écran avait tendance à s'endormir, mais maîtriser sa main gauche n'était pas son fort). Et comme une collégienne avec un coup de coeur stupide, il ne put s'empêcher de sourire béatement quand il reconnut l'expéditeur du message.

[07:43:12 - Levi] Idiot.


C'était la chose qui se rapprochait le plus d'une excuse muette, d'un pardon silencieux.

Eren n'avait pas l'intention de repousser son offre, pas tout de suite; il avait trop espéré recevoir ce message pour l'oublier dans la minute. Alors il passa une bonne dizaine de minutes à réfléchir à une réponse, puis lorsqu'il arriva à son arrêt, il verrouilla son téléphone pour descendre du bus. Dieu savait ce qu'il était capable de faire s'il ne le glissait pas dans sa poche. Une fois, une passagère avait fait tomber son téléphone, mais ne l'avait remarqué qu'une fois à terre, et le temps qu'elle panique, le bus était déjà reparti dans la rue. Avec un karma comme le sien, mieux valait ne pas prendre de risque; surtout si ce téléphone était sa seule manière de communiquer avec Levi sans piétiner son propre orgueil.

Au bout d'une minute, il remarqua que la fille blonde était toujours là, marchant près de lui sur le même trottoir, mais trop silencieuse pour le suivre sans raison. Ils allaient définitivement au même endroit. Fronçant les sourcils, il se retourna vers elle et, toujours sous le choc de ce qui venait d'égayer sa journée, il se sentit d'humeur à lui offrir un vrai sourire.

"Tu vas au lycée ?"

Elle hocha silencieusement la tête et il ralentit l'allure pour qu'elle le rattrape. Comme si c'était naturel, il repartit aussitôt à sa hauteur, et il lui jeta un regard de côté comme s'il attendit qu'elle poursuive la conversation. Mais un sourire nerveux étirait ses fines lèvres roses, un même rose qu'il retrouvait sur ses joues pâles. Alors il continua.

"Je m'appelle Eren."

La fille leva les yeux vers lui et il sentit le nuage de douceur qui l'entourait lui chatouiller les oreilles.

"Christa."

"Enchanté, Christa," chantonna-t-il avec enthousiasme en imitant un salut militaire, droit et impeccable, à sa tempe droite.

Un vague rire, cristallin, s'éleva ensuite; et elle sembla prendre confiance.

"Je suis nouvelle." Le regard d'Eren s'éclaira à ces mots et elle se sentit, de toute évidence, assez à l'aise pour poursuivre d'elle-même. "Je viens d'emménager ici, alors..."

Peut-être comment sa phrase était censée se terminer, Eren était trop léger pour la laisser s'angoisser.

"...Alors tu peux déjà compter un ami."

Elle lui sourit derechef et ils continuèrent leur marche jusqu'au lycée, échangeant de temps à autres des questions, des réponses, ou de simples sourires amicaux. Au moins, ce n'était pas l'anxieux Bertholdt, ni l'arrogant Jean, ni la belliqueuse Ymir. Quelqu'un d'aussi sobre, calme et pur d'esprit ne pouvait pas faire de mal. Il savait qu'elle avait été témoin de la chose étrange du bus, de cette réconciliation silencieuse entre eux deux, mais aucun n'en parla. Il n'y avait pas la nécessité, de toute façon.

Ils se séparèrent aux portes du lycée quand elle lui annonça qu'elle avait rendez-vous avec le directeur pour mettre aux points les détails finals de son inscription, et il lui lança deux trois conseils, et les endroits les plus probables où le trouver si elle le cherchait. Sa salle de classe, la cafétéria, et les tables dehors, bien que vue le temps grincheux, rester dehors n'était pas une option.

"C'était qui ?" marmonna Ymir en fronçant les sourcils, éteignant sa cigarette juste devant le portail de l'établissement. Elle regarda Christa s'éloigner, et ce qu'Eren pensa être de la méfiance se changea en quelque chose d'un peu plus complexe.

"Christa." Eren haussa les épaules.

"Christa," répéta Ymir.


Quand Eren toqua à la porte de Levi, il sentit ses battements de coeur s'étouffer pour guetter les pas qui s'approcheraient de l'autre côté. Mais il était trop nerveux pour les remarquer, et quand la porte s'ouvrit sans douceur, Eren manqua de sursauter.

L'expression hostile de Levi s'adoucit légèrement à sa vue, mais il fronça les sourcils et appuya son épaule contre l'encadrement de la porte.

"Qu'est-ce que tu fais là ?"

Mince. S'il s'était préparé à cette question...

Nerveusement, Eren passa une main dans ses cheveux sauvages. "Je me disais que..." Ses mots ne trouvèrent pas de fin, cependant, car Levi se redressa, visiblement tendu, et s'avança doucement pour fermer la porte derrière lui. Etait-ce lui, ou avait-il entendu un bruit derrière lui ?

La curiosité laissa place à l'irritation au moment même où Levi croisa les bras et adopta son ton désapprobateur. Quel idiot.

"Eren, je ne peux pas là."

Oh. Oh.

Evidemment.

"Ouais," fit Eren en rigolant, mais ce n'était qu'amertume et déception. "Bien sûr." Oh, ça n'avait jamais semblé si amer dans sa gorge. Si rude. Vraiment, quel idiot. Levi avait raison. Il en était un, un beau.

"Ecoute..." commença Levi, mais Eren reculait déjà, son visage illuminé d'un sourire forcé.

"Non, je comprends. Dis-lui bonjour de ma part, d'accord ?"

Son coeur se serra en imaginant Erwin assis sur le tabouret, celui-là même où Eren avait échangé son premier repas avec Levi. Ces temps semblaient si lointains, et pourtant, il n'avait suffi que d'une seconde pour rompre le lien. Il savait, en venant ici, que tout était voué à recommencer. On ne pouvait pas devenir aussi proche d'un total inconnu, surtout d'un inconnu aussi impoli et bizarre, pour finalement redevenir étrangers.

Levi lui-même l'avait dit. Il n'était pas un étranger.

Dieu savait quelles autres choses ils faisaient tous les deux. Son esprit chassa cette pensée douloureuse et il fronça les sourcils dans la seconde, Levi l'imitant aussitôt.

"Bordel, de quoi tu parles, morveux ?"

N'importe qui aurait pensé qu'il s'énervait sur lui, mais son irritation était nonchalante. Alors il n'en tint pas compte et commença à reculer encore et encore, au risque de manquer la marche du haut de l'escalier et de tomber à la renverse, s'ouvrant le crâne malgré les avertissements que Levi lui avaient glissés à sa première venue ici.

Levi soupira.

"Peu importe." Sa main frotta pensivement son front. Quel timing de merde. "Eren..."

"Je m'en vais," salua-t-il d'une voix qui voulait dire ne t'en fais pas, je ne dérangerai pas une seconde de plus. Une politesse amère qu'il aurait aimé ne pas être capable de cracher; mais il y avait des limites à ce que son audace pouvait apporter, surtout lorsqu'il avait la certitude qu'il n'était pas voulu ici.

Mais avant qu'il ne puisse faire volte face, quelque chose agrippa fermement son poignet et quand il se retourna, Levi était proche. Incroyablement proche. Assez proche pour qu'il prenne l'initiative de fuir, et pourtant, c'était lui qui venait de créer le contact. Eren regarda l'endroit où sa main ferme emprisonnait son poignet et perdit son souffle quand il plongea ses yeux perdus dans ceux, tout aussi troublés, de Levi.

"Attends."

Alors, il attendit.

Le silence les étouffait, et Eren commençait à sentir la chaleur dévorer sa peau sous ses vêtements. Sans compter la poigne presque douloureuse de Levi, mais il était trop content de ce contact pour s'en plaindre. Et finalement, Levi soupira une nouvelle fois.

"Eren, j'ai été égoïste."

Ce n'était pas encore ça, mais ça semblait sonner comme une demande de pardon. Eren fronça les sourcils, curieux : qu'est-ce qui avait pu le rendre égoïste, oui, à propos de quoi ?

"De quoi tu pa-" mais Eren ne put jamais finir sa phrase.

Quand il rouvrit les paupières, il était plaqué contre le mur, les deux paumes de Levi abattues de part et d'autre de son visage, dans un bruit sourd. Il observa Levi avec de grands, parce qu'il n'avait pas le choix, et malgré la petite taille de Levi, il sentait en cage entre ses membres. Si c'était une mauvaise chose ? Eren, ça, n'en était pas sûr.

"Eren."

Son nom sortit presque comme une prière, une supplication. Qu'est-ce qui lui prenait ?

"Je..." il commença, avant de fermer les paupières, se plisser le nez et se presser ses lèvres dans une expression de trouble total. Il ne semblait même pas être d'accord avec lui, ni quelle émotion lui montrer. Mais leurs visages étaient si proches, oui, ils ne l'avaient jamais été davantage, et Eren pouvait sentir son souffle tiède terminer sa course dans son cou, et l'odeur familière et apaisante de ses vêtements... "Eren, tu..." Encore, une fois, les mots s'effacèrent, mais Eren lutta contre l'envie violente de l'encourager à poursuivre.

Silencieusement, Levi s'approcha encore plus, et au même moment où leurs poitrines se frôlèrent à travers leurs vêtements respectifs, Levi posa doucement son front contre l'épaule du plus grand. Cette fois-ci, c'était sûr, Eren ne respirait plus. Il fixa la porte qui lui faisait face, toujours maintenu contre le mur, et se fit violence pour ne pas bouger - surtout pour ne pas poser deux paumes innocentes dans le creux de son dos, qui n'attendait que ça. Il se contenta de rester là, immobile, et Levi avait l'air anormalement frustré.

Il recula à sa grande déception, et d'un dernier regard, lui souffla quelques mots.

"Sois là demain soir."

"Quand ?" lança Eren alors que Levi déjà se tournait en direction de la porte.

"Dès que tu en as l'occasion," répondit rapidement Levi en ouvrant la porte, et même si Eren pensait en avoir la possibilité, il ne put capturer de l'intérieur qu'un bout du canapé de Levi. Si Erwin se trouvait là-dedans ou non resterait un mystère.

Il observa la porte une nouvelle fois, et le couloir sembla vide dans la présence de Levi avec la sienne. Eren regarda ses pieds, puis la porte à nouveau, et tourna les talons pour rentrer chez lui.

Demain, Levi lui expliquerait certainement. Demain, tout redeviendrait comme avant.

Au fond, peut-être que ce n'était pas à Erwin, à l'intérieur.

Pourtant, ce soir-là, il ne reçut toujours aucun message de Levi.