Holy shit.

J'ai chauddddd. Bon, ce chapitre est vraiment un amas MASSIF d'adverbes flanqués à droite à gauche, d'évocations de sourcils (tant qu'on y est) et de silence, encore et encore. Je n'ai pas dormi de la nuit alors les descriptions (en fait, le tout) sont à pleurer de rire. Ne m'en voulez pas.

C'est encore un pas en avant dans la relation tordue de nos deux imbéciles, et Eren n'est vraiment pas décidé à choisir entre l'idiot impulsif qu'il est et le peureux qui rougit sans arrêt. Quel indécis, j'hallucine. Quant à Levi, on aura tous compris qu'il est plus expressif quand il est ivre, je suppose ? Peu importe. Parce que bientôt, il sera encore plus mignon.

Je me suis bien marré en écrivant ce chapitre en tout cas. Je vous conseille d'écouter The Argument de Aidan Hawken durant la lecture de ce chapitre, parce que c'est hyper reposant et que ce chapitre est vraiment inutile. Aussi, j'ai écrit "comme des enfants" à un certain passage du chapitre, et je me suis fait la réflexion que, comme titre, ça leur irait bien.

Dédicace spéciale à SonateVal qui a laissé la 100ème review. Yay!


Chaud. Il faisait chaud. Eren avait... trop chaud.

Des lèvres dansèrent sur sa peau brûlante et il sentait des perles de sueur naître sur le bord de son front, menacer de couler dans le creux de son dos, le long de sa colonne, ou dans le pli oublié de ses genoux. La lumière était presque inexistante, et il ne parvenait pas en situer la source. Mais, modeste, elle ne lui permettait que de deviner les contours du visage près du sien, présentement occupé à faire courir sa bouche le long de son cou encore vierge de caresses. Jusque là.

Un son étrange résonna autour d'eux, et Eren ne sut pas de qui il venait. De lui ? Peut-être. Un grognement inhumain, mêlé à quelque chose de presque plaintif, et le tout semblait dangereusement effrayant. Et pourtant, il ne pouvait pas s'arrêter, pas si tôt.

Sa main se plaqua dans la chevelure de Levi et il bascula sa tête en arrière, cognant douloureusement le mur contre lequel il était fermement maintenu. Il était persuadé d'avoir un pantalon, mais quand une main lente vint parcourir ses cuisses jusqu'à se figer sous ses fesses alors qu'il crochetait celle de Levi avec sa cheville, il savait que sa peau était nue. Rien n'avait de sens, ça n'était pas logique, et chose après chose, tout devenait flou, comme un rêve, comme un souvenir. Sautant des passages, accélérant, revenant en arrière sans prévenir.

Eren ne savait pas grand chose. Il n'était pas un génie, il n'était pas quelqu'un de très social ni de très perspicace, il n'était pas particulièrement malin, pas franchement chanceux non plus; mais il avait la certitude d'une chose : il avait besoin de ça. De cette peau contre la sienne.

Ses lèvres se fermèrent presque trop vite pour retenir le gémissement animal qui naissait dans sa gorge, alors que la friction cruelle de leurs deux intimités lui faisait l'effet d'une drogue, demandant plus, encore et toujours. C'était comme avoir conscience que c'était mal, mais être dedans trop profondément pour faire demi-tour ; et la sensation de plaisir étant tellement écrasante que lutter revenait à regarder de loin, sans rien faire. Sans même essayer. Sans même le vouloir.

Avec la vivacité d'un spasme imprévu, Eren poussa ses hanches vers l'avant, délicieusement pressées contre celles de Levi, dont la main vagabonde serpentait la chair pure de sa cuisse, encore et encore. Sa main, perdue dans le dos de Levi, s'agrippa du t-shirt de ce dernier, et l'autre s'accrocha à une mèche de cheveux sombres qui, accidentellement, tira assez fort pour ramener la tête de Levi vers l'arrière. Outre l'absence de ses lèvres contre son cou qui paraissait douloureuse, et anormale, lorsqu'il ouvrit les yeux, il y avait pire; au moment même où Eren gémit violemment son prénom, incapable de le retenir plus longtemps, quelque chose de tiède, d'épais et de liquide finit sa course sur sa poitrine dénudée avant de couler lentement le long de son sternum.

Il y eut comme une fissure. Eren baissa les yeux, découvrit une ligne sombre séparer son torse en deux, et réalisa avec horreur qu'il s'agissait de sang. Quand Eren releva la tête vers Levi, paniqué, quelque chose de violent cogna contre sa poitrine, et il réalisa que c'était son propre coeur. Levi avait la bouche ouverte, les yeux grand ouverts, suppliant de l'aide, et ses mains encore présentes sur sa peau agrippaient sa chair en la griffant au passage, enfonçant douloureusement ses ongles. Eren lâcha un cri stupéfait, et le sang $que Levi crachait abondamment continua de se verser sur son corps innocent.

L'instant d'après, le t-shirt de Levi avait disparu, il était entièrement nu contre lui, mais ses mains férocement accrochées à sa chair rencontrèrent la surface coupante de bouts de verre, logés ici et là, profondément ancrés.

Eren voulut crier une dernière fois, mais son cri vint vide et dénués d'air, ses poumons lâchèrent. Des hurlements retentirent au loin, et la collision bruyante de deux voitures éclata dans ses tympans.

Le vide.

Eren se réveilla en sursaut, avec comme premier réflexe de plaquer ses paumes contre sa poitrine. Il portait toujours son t-shirt, mais humide de transpiration, il collait à sa peau. Pas de sang. Pas de hurlements.

Il n'y avait rien.

Eren plongea sa tête dans ses mains et soupira, massant ses tempes sans oser ouvrir les yeux. La pièce était fraîche, éclairée d'une faible lueur, et le silence régnait. Il lui fallut une seconde pour se rappeler où il se trouvait, pourquoi; ce qui s'était passé la veille. Levi était rentré ivre et il était resté parce qu'il le lui avait demandé, tout autant que parce qu'il n'avait pas tant que ça envie de partir. Il semblait évident que leur relation était redevenue stable, mais Eren savait que Levi était trop imprévisible pour s'installer sur des certitudes. Il lui suffit de se retourner pour en avoir la preuve; le canapé était vide, avec pour seule trace de sa présence le tissu froissé en-dessous de lui.

Il chercha autour de lui d'un vague coup d'oeil, encore trop troublé par son cauchemar pour rester attentif. Il avait la sensation de ne pas avoir dormi depuis des jours. Mais si c'était pour faire des rêves aussi terrifiants, mieux valait-il ne pas dormir de toute façon. En tout cas, Levi était introuvable, et il ne put refouler la pointe de déception qui se frayait un chemin jusque dans sa poitrine. Il aurait au moins voulu s'assurer qu'il allait mieux; mais il savait que Levi aurait agi comme si de rien n'était, parce qu'il était comme ça, et que de toute manière, à ses yeux, ça ne comptait pas assez pour qu'il en fasse un drame. Et s'il venait de lui ouvrir une porte invisible sur son passé, il était certain que Levi avait dû sacrifier sa fierté et s'adoucir un peu. Ce n'étaient pas des choses que Levi faisait régulièrement, même ivre.

"Putain..." murmura Eren tout en se levant du canapé, ignorant le grincement soulagé par la libération de son poids.

L'appartement était silencieux, uniquement bercé par le murmure du lave-vaisselle, le chant distant des oiseaux dehors, et sa propre respiration. Il n'osa pas le troubler davantage. C'était une chose étrange que d'arpenter les couloirs de cet endroit sans Levi à ses côtés, de longer ces murs sans savoir où aller. Prudemment, il s'arrêta devant la porte de sa chambre et du bout de ses doigts, la repoussa. Mais lorsqu'elle laissa entrevoir un lit vide et impeccable, Levi demeurait introuvable. De retour dans la cuisine, il jeta un coup d'oeil à l'horloge murale. 7h36. C'était un samedi, un samedi matin, de toute évidence; et Eren s'était endormi dans ses bras. Que s'était-il passé ?

Dans un grognement, Eren s'affala sur l'îlot de cuisine et enfouit dans sa tête dans ses bras endormis. Il avait sommeil, mais pire encore, il n'avait pas envie de dormir. Il était bien trop conscient : du silence qui l'entourait, des battements de son coeur, des soupirs éteints qui lui revenaient de son rêve.

Eren rougit violemment et se redressa.

Son rêve. Comment avait-il pu rêver d'une chose pareille ? Outre le sang et l'horreur des souvenirs qui ne lui appartenaient pas, il y avait définitivement quelque chose à ajouter sur la liste des choses embarrassantes. Comment pouvait-il regarder Levi dans les yeux, désormais ? Eren passa une main fatiguée dans sa chevelure hirsute et baissa les yeux.

C'est là qu'il le vit; le post-it. Carré, plutôt petit, vert fluo, recouvert d'une écriture légère et courbe, un peu inclinée, qu'il devina comme étant celle de Levi. Il plissa les yeux.

Parti travailler.

Lave ce que tu sors et range ce que tu défais.

Pas de bêtises, gamin.

PS : Nettoie si tu manges.

Et c'était tout. Juste ça.

Juste des consignes venant d'un maniaque total.

Eren sourit. Non seulement son irritation de l'autre jour, dont il ignorait toujours la source, avait disparu, mais Levi venait de lui souffler, l'air de rien, qu'il pouvait rester manger ou Dieu savait quoi, tant qu'il ramassait derrière lui. Et plus Eren regardait le mot laissé à son attention, plus il avait de mal à retenir les coins de sa bouche, qui s'étiraient puérilement.

Il aurait sûrement des ennuis avec Mikasa s'il ne rentrait pas tout de suite, mais c'était le cadet de ses soucis. Il n'avait pas envie de fouiller les tirroirs à la recherche d'un peu de Levi, mais il n'avait pas non plus envie de partir d'ici. Levi venait tout juste de l'autoriser à entrer dans son monde, et ce sans qu'il soit constamment surveillé. Combien de fois en aurait-il l'occasion à l'avenir ?

[07:39:38 - Eren] Merci

Levi ne répondit pas.

Alors, Eren passa une bonne demie heure à inspecter les lieux, à explorer sans fouiller, à découvrir sans s'imposer. Levi n'avait pas de photos accrochées sur les murs, ni sur la porte de son frigo, il n'avait pas non plus d'énormes posters qui longeaient les murs de sa chambre; Levi était bien plus sobre et bien plus simple que ça. En fait, Levi n'était pas quelqu'un de matériel, et les seules choses qu'Eren trouva en masse furent les nombreux bouquins à couverture épaisse, impeccablement rangés dans une bibliothèque mise ici à cet effet, des livres lourds et sans image qu'il n'avait aucun mal à imaginer entre les mains du petit homme - et les nombreux dossiers, fichiers, classeurs et autres documents qui accompagnaient toujours son ordinateur portable qui, ce matin, avait disparu en même temps que Levi.

Il ouvrit le frigo d'un geste hésitant, se sentant comme un étranger dans un endroit familier. Il inspecta la nourriture, les boissons, en profita pour jeter un yaourt solitaire qui s'avérait périmé. Il se servit un verre de jus d'orange, et remercia le ciel que Levi daigne acheter ce genre de boissons, puis il s'assit autour de l'îlot en regardant l'horloge du four clignoter en silence.

Quand il rentra chez lui, Mikasa dormait encore. Par quel miracle, il n'en savait rien; il se contenta de monter dans sa chambre en savourant une matinée qui n'avait pas encore commencé. Eren ne put même pas s'empêcher de sourire quand il posa sa veste sur son lit à côté du post-it de Levi qu'il allait sans doute, en grand gamin sensible qu'il était, accrocher sur la porte de sa penderie, ou peu importe. Levi était certainement la personne la plus présente dans ses pensées, ces derniers temps, et dans son quotidien en général - peu importe combien de temps il passait avec Armin, Jean ou Ymir; il en passait deux fois plus avec Levi, parce qu'avec Levi, il se réveillait. Sa langue retrouvait la chaleur de sa bouche, et il recommençait à parler, parler pour ne rien dire, parler de choses futiles; ses mains reprenaient vie et accrochaient tout ce qui pourrait soulager sa nervosité adolescente; son cerveau bouillonnait dans son crâne après s'être endormi toute la journée, cherchant mille et un moyens d'échapper à la réalité, celle qui l'obligerait à rentrer chez lui à la fin. Et pourtant, aussi présent était-il, il n'avait presque rien pour se convaincre qu'il était bien réel. Il s'était réveillé seul; il ignorait son nom de famille, il n'avait pas essayé de le chercher sur Facebook (même si tout lui criait que Levi n'était pas ce genre-là), et jamais il n'avait parlé de lui à qui que ce soit. Christa semblait la seule à l'avoir surpris, et il avait la certitude que la petite blonde garderait ce secret proche de son coeur.

Rien ne lui prouvait que Levi existait vraiment. Aux yeux de ses amis, il n'était qu'un fantôme, ni évoqué, ni vivant; et chaque rencontre hasardeuse avec lui leur passait au-dessus de la tête, alors qu'Eren capturait ces deux yeux clairs que lui seul semblait voir. Mais, ça ne le dérangeait pas. Levi était un secret. Son secret.

Ils n'étaient pas amis. Pas vraiment. Décrire leur relation était vain; tout ce qu'il savait était qu'il en faisait une raison de se lever le matin et de s'endormir le soir, même lorsque ses yeux luttaient dans la pénombre pour rester éveillé et repasser en boucle, encore et encore, les quelques souvenirs de leurs derniers moments, quels qu'ils soient. Non, ils n'étaient pas amis, et Eren était au courant de leur différence d'âge, celle que Mikasa trouverait ridicule, Armin alarmante, Jean hilarante et Ymir, elle, aurait sûrement répondu avec une mauvaise blague. Quant à son père, inutile d'y penser. Mais tant pis. C'était un jeu dangereux qu'il ne pouvait décrire, et tant pis. Tant pis.

Eren passa tout l'après-midi à répéter avec Jean et Bertholdt, et l'absence d'Ymir rendit les choses plus difficiles que prévues. Eren perdit plus de temps à jouer avec ses baguettes qu'à réellement s'y mettre, et Jean n'avait pas cessé de crier, provoquant l'horreur totale chez Bertholdt, qui le regardait, transpirant, avec de grands yeux innocents; et l'hilarité chez Eren, que rien ne semblait plus pouvoir atteindre, pas même Kirschtein.

Finalement, Eren rentra chez lui, échangea quelques messages avec Mikasa dans le bus, quand elle lui annonça qu'elle rentrerait tard à cause de quelque chose de dernière minute, dont Eren ne jugea pas utile de quémander la nature. Et quand Eren descendit du bus, ses yeux glissèrent dangereusement vers le bâtiment qui contenait l'appartement de Levi. Il réalisa à quel point il était haut, et pourtant, il ne comportait que deux appartements. Le rez-de-chaussée était la boutique d'un fleuriste silencieux, et directement au-dessus, il y avait le sanctuaire de Levi. Planté là, au milieu de la banalité du paysage, d'une petite ville sans prétention.

Quand Eren réalisa que les clés n'étaient plus sous le paillasson, il comprit que Levi était revenu du travail. Alors il toqua une fois, deux fois; deux coups fermes et légers à la fois. Levi ouvrit la porte en s'écartant dans la seconde, il était inutile de vérifier qui pouvait le visiter à une heure pareille, de toute façon. Il n'y avait que ce gamin pour venir sans cesse.

Eren lui lança un sourire au passage, et ses vagues de timidité laissaient place, ici et là, à des vagues d'audace, celles-là même qui auraient dû, en toute logique, lui coûter un coup sur le crâne ou une tape dans le dos. Mais Levi ne faisait jamais rien, il écoutait, il travaillait, soupirait, se contentait de rester là, attentif mais silencieux, le suivant du coin de l'oeil sans pour autant lui accorder plus d'attention. Levi le tolérait, il tolérait même ses gestes les plus imprudents et ses paroles les plus tordues.

Ils ne parlèrent pas de ce qui s'était passé la veille. Levi avait l'air fatigué, comme toujours, mais il avait troqué des vêtements humides contre un costume entièrement noir, des chaussures à la chemise, et Eren dut reconnaître que tout lui allait parfaitement bien, surtout combiné à ses cheveux ébènes, si sombres contre sa peau de poupée. Ils ne parlèrent pas de ce qui s'était passé la nuit non plus; ni leur étreinte silencieuse, presque oubliée, ni la chaleur de leurs peaux. C'était comme s'ils recommençaient à zéro, une nouvelle fois.

Eren était assis par terre, entre la table basse et le canapé, son téléphone dans les mains. Il s'acharnait sur un jeu stupide depuis un quart d'heure, grognant, jurant, gagnant des réprimandes de la part de Levi, même si Dieu savait qu'il était mal placé pour lui reprocher son langage. Levi, lui, était calmement assis sur le bord du canapé, fumant une cigarette alors qu'un air de blues remplissait doucement la pièce, le volume assez haut pour être entendu, mais trop bas pour couvrir les jurons marmonnés d'Eren.

"Tu es resté longtemps ?" Levi porta sa cigarette à ses lèvres et regarda le mur en face de lui, presque aussi calme que lorsqu'il dormait. Mais ses sourcils étaient froncés, comme chaque seconde qu'il passait éveillé, et son visage avait l'air contrarié.

Eren ne répondit pas tout de suite, il ne daigna même pas lui accorder un regard, ses pouces s'agitant furieusement sur l'écran de son téléphone. Un juron plus tard, Eren lui jeta un regard par-dessus son épaule et leva les yeux vers lui.

"Pas vraiment. Huit heures, peut-être."

Levi hocha doucement la tête et l'instant d'après, la cigarette était de nouveau emprisonnée entre ses lèvres. Puis il se passa quelque chose.

Eren soupira, jeta presque trop brusquement son téléphone sur la table basse (récupérant un regard noir de la part de Levi au passage), et l'instant d'après, Levi baissait les yeux vers le visage qui s'était écrasé contre son estomac. Son coeur s'arrêta de battre, puis repartit au galop, et il fronça les sourcils encore plus intensément, comme s'il cherchait à comprendre. Eren ne dit rien, et glissa silencieusement ses bras autour de la taille du petit homme, sa joue puérilement pressée contre son ventre.

"Je suis fatigué."

Levi avait l'air sombre, ses yeux plantés sur l'adolescent immobile. Il avait les yeux fermés, ses bras qui l'emprisonnaient ne bougeaient plus, et s'il ne venait pas de soupirer contre le tissu tiède de sa chemise, il aurait presque pu le croire endormi. Et puis, doucement, tout doucement, Levi s'autorisa le péché de le laisser l'apprivoiser, et il se détendit seconde après seconde, avec la prudence d'un félin en pleine partie de chasse. Une minute plus tard, sa main libre se posa avec hésitation dans ses cheveux, et il se crispa sous Eren quand il le sentit le serrer un peu plus fort.

Cette position lui rappelait celle qu'ils avaient eu une bonne partie de la nuit, avec Levi avachi sur le canapé et Eren aux pieds du canapé. Eren y était toujours; la différence était que Levi n'était plus ivre ni perdu dans ses pensées, il était totalement apte, assis sur le rebord, à capter le moindre de ses mouvements et de les analyser à sa manière.

Et finalement, quand la chanson changea, il caressa pensivement la chevelure brune d'Eren. Sauvage, comme toujours, pensa-t-il. Il ne prenait même pas la peine de les dompter. Eren était tellement insouciant, au fond. Il ne se souciait pas de ce que les autres pouvaient penser, il s'habillait avec la nonchalance impossible des adolescents immatures, ne laçait jamais ses chaussures, ni ne coiffait ses cheveux, et il lui arrivait de porter le même t-shirt trois jours de suite, ou bien de remettre les mêmes chaussettes toute une semaine faute de ne plus en avoir de propres; d'ailleurs, porter deux chaussettes de couleur différente était devenue une habitude.

Ces écarts d'hygiène, ça, Levi pouvait le tolérer. Eren était encore irresponsable et il n'avait pas encore l'âge de se prendre la tête avec la bonne paire de chaussettes, les t-shirts à laver d'urgence ou la coiffure exemplaire qu'il fallait porter au travail. Le temps et les gens avaient terni Levi, c'était pour ça qu'il était devenu si hostile et amer. Quant à Eren, il était encore jeune et ignorant, et c'était sûrement pour cette raison-là, aussi, qu'il s'autorisait tellement de nouvelles choses avec Levi, des choses qu'un adulte de son âge n'aurait peut-être même pas envisagé.

Levi soupira à son tour avant de porter sa cigarette à ses lèvres, prenant soin de ne pas en répandre les cendres sur le crâne d'Eren. Ils restèrent ainsi quelques temps, mais Eren ne dormait pas. Il se remettait de sa défaite écrasante à Plants vs. Zombies, et à l'irritation accumulée tout au long de la semaine, celle qui, en général, éclatait les soirs de week-end, sans raison, sans prévenir. Levi était pareil. Une boule de feu qui répandait des débris derrière elle, menaçant d'enflammer tout autour d'elle à chaque instant. Mais quand Eren était là, il avait trop de choses à penser pour incendier le reste du monde.

Il devait le réprimander, l'écouter, l'ignorer, l'insulter, le surveiller; il devait l'appréhender, le récompenser, lui faire sentir qu'il n'était pas seul, et parfois même, lutter contre les sourires qui menaçaient d'éclore sur le bout de ses lèvres.

Le dimanche, Eren se réveilla vers treize heures, affalé sur son estomac, la joue enfouie dans l'oreiller, et un filet de bave encore humide liant les deux.

[09:12:48 - Levi] Gamin, tu dors ?

[09:18:04 - Levi] Évidemment, que tu dors.

[09:19:11 - Levi] Ne viens pas à l'appartement, je suis en réunion à l'extérieur. Et lève-toi, petit merdeux fainéant.

Les yeux encore à moitié clos, Eren lutta pour déchiffrer les messages affichés sur son portable. Il dormait toujours avec, quelque part sur son lit, et son premier réflexe à son réveil, était de vérifier l'heure et ses messages. Inutile de préciser que voir le nom de Levi affiché sur l'écran était une raison suffisante pour sortir de son sommeil.

Eren sourit dans la semi-pénombre que ses volets fermés lui accordaient, et verrouilla son téléphone après s'être assuré de n'avoir aucun autre message. Il était bientôt quatorze heures et il pouvait entendre Mikasa et sa musique de l'autre côté du mur. Parfois, la voix de sa soeur revenait comme un écho, chantant distraitement les paroles d'une musique qu'il ne connaissait pas, avant de se faner la seconde d'après, et de revenir un peu plus tard. Son père travaillait, encore, et Levi lui avait dit qu'il n'était pas chez lui.

Il enfouit son visage dans son oreiller, retint son souffle et lâcha une plainte exaspérée que le tissu moelleux étouffa instantanément.

La journée allait sûrement se constituer de repas réchauffés, de cannettes à moitié entamées et de Jean qui débarque pour jouer aux jeux vidéos. Tant pis - au moins, il avait le temps de s'enfermer aux toilettes pour jouer à Candy Crush sur son téléphone, et de traîner toute la journée en caleçon et t-shirt sale.

Le lundi matin, Eren se réveilla en retard, et puisque le bon Dieu avait décidé d'avoir le sens de l'humour, Mikasa aussi. Ils avaient eu beau se préparer en trois secondes, jeter leurs sacs à dos sur leurs épaules et claquer la porte, même courir comme des évadés de prison jusqu'à l'arrêt de bus, rien n'y faisait. Une fois arrivés, l'arrêt était vide, et le bus, déjà passé.

Timing de débutants.

Eren jura et shoota dans un caillou solitaire, qui arriva maladroitement dans la direction d'un chat curieux, et il ne put s'empêcher de sourire quand celui-là partit au triple galop. Ils attendèrent le bus suivant, en silence, et Eren songea que c'était une chose, aussi futile soit-elle, qu'il pourrait raconter à Levi une fois la journée terminée.

Mais la journée n'était pas terminée. Eren avait décroché le gros lot ce jour-là, et après avoir perdu son dossier de maths qui contenait ses exercices (qu'il, pour une fois, avait faits), trébuché dans les escaliers et avait maladroitement fait tomber son sandwich par terre (qui s'était ouvert au passage, bien entendu), il avait réussi à s'endormir durant la moitié d'un contrôle d'anglais, et puisque les gens là-haut avaient besoin de distractions, quelqu'un décida de le faire rater le bus du retour - celui qui, comme si ça ne suffisait pas, avait sûrement récupéré Levi.

Ouais. Timing de débutants.

Finalement, Eren arriva à son arrêt couvert de sueur et haletant, malgré le trajet de bus qui aurait dû suffire à le calmer. Mais c'est bel et bien essoufflé et transpirant qu'il toqua à la porte de Levi, qu'il ouvrit nonchalament, et Eren rougit violemment en le découvrant torse nu. Eren se fraya un chemin à l'intérieur, et se gratta l'arrière du crâne, avant de glisser un coup d'oeil à l'intérieur de la salle de bain, dans laquelle Levi venait de s'engouffrer avec toute la nonchalance du monde. Appuyé pensivement contre l'encadrement de la porte, Eren l'observa plonger sa main dans la baignoire pleine pour tester la température, avant de se redresser et de se débarrasser de son pantalon coûteux. Il le plia, le posa sur le rebord de l'évier, et comme s'il venait de se souvenir de la présence d'Eren, lui jeta un regard par-dessus son épaule dénudée.

"Qu'est-ce que tu attends ?"

Sur ce, il se glissa hors de son caleçon (et Eren prit soin de détourner les yeux, les joues roses), qu'il ajouta soigneusement sur la pile de vêtement sales, et s'enfonça prudemment dans l'eau brûlante de son bain. Il était fatigué, tendu, il avait besoin de ça pour se détendre.

Eren fronça les sourcils, mais au lieu de réfléchir à une explication logique à cette question, il fit ce que n'importe quel adolescent stupide aurait fait ; il se débarrassa de son sweatshirt trouvé à la va-vite le matin, de son jean déchiré et de ses chaussettes qui, bien évidemment, ne correspondaient pas. Mais Levi le regarda, sourcils froncés, comme s'il se moquait de lui.

"Gamin, je parlais de tes chaussures, mais je t'en prie, mets-toi à l'aise."

Au début, Eren se figea d'horreur, debout dans la grande baignoire en face de Levi, conscient qu'il avait mal interprété les paroles de Levi, mais ce qui aurait pu sonner comme de l'indignation revenait comme de l'amusement enfantin dans ses prunelles silencieuses. Levi était bel et bien en train de profiter de son embarras, bon sang.

Finalement, Levi laissa un sourire narquois naître sur ses lèvres et il sentit son sang ne faire qu'un tour. Quel idiot.

"Le mal est fait. Assieds-toi." Après une seconde et un léger soupir qui ne lui était pas destiné, Levi continua. "Je n'allais pas te laisser t'asseoir sur mon canapé en sueur comme ça, de toute façon."

Eren hésita un instant, mal à l'aise, mais s'assit finalement à l'opposé de Levi. L'eau était claire, assez claire pour les laisser vulnérables aux yeux de l'autre, mais Levi avait ramené ses genoux contre sa poitrine et de l'angle où se trouvait Eren, il ne pouvait rien voir. De toute façon, il était trop embarrassé pour faire quoi que ce soit; ce qui ne dura qu'un temps, puisqu'au bout d'une minute silencieuse pendant laquelle Levi posa sa tête contre le mur derrière lui et ferma les yeux, prêt à s'endormir, Eren songea qu'il était temps de redevenir immature.

Il attrapa une bouteille de savon, la planta devant le robinet qui coulait toujours, et pressa. Un fin filet blanc rencontra l'eau, et quelques secondes plus tard, de minuscules bulles commençaient à naître à la surface de l'eau.

"Putain, qu'est-ce que tu fais ?"

Eren pressa une nouvelle fois avant de fermer la bouteille et de jeter un regard brillant à Levi, qui n'avait ouvert qu'un oeil.

"Des bulles." Quand Levi ne répondit rien, son oeil toujours immobile et planté sur lui, Eren eut un rire incrédule. "Ne me dis pas que tu n'as jamais pris de bain à bulles ?"

Toujours rien. La réponse était limpide, tout comme l'eau qui les séparait, quoique grâce à son idée enfantine, une surface mousseuse et pâle commençait à recouvrir l'eau, et Eren se détendit. Savoir Levi nu à un mètre de lui était déstabilisant, mais pas autant que ça devrait l'être. Cependant, savoir que cette mousse lui permettrait de regarder autour d'eux en toute liberté était un soulagement.

Il ne parlerait jamais à personne de ce qui venait de se passer.

"Je suis tombé dans les escaliers aujourd'hui. Trois fois de suite."

Eren avait l'air profondément accablé, et Levi haussa un sourcil aussi moqueur qu'exaspéré.

"Comment c'est possible de tomber trois fois de suite ?"

Eren haussa les épaules, et Levi le regarda d'un air amusé. Qu'est-ce qu'il ne lui raconterait pas pour le voir s'animer de cette façon...

"J'ai trébuché sur mon lacet et je suis tombé en avant, et mon autre pied a raté la marche suivante, puis quand j'ai essayé de retrouver mon équilibre, j'ai glissé une troisième fois. Ymir a ri pendant dix minutes non-stop et Jean a raconté mon exploit à tout le monde."

Il sentit sans avoir besoin de vérifier que Levi s'était crispé en face de lui, comme ça, juste à la mention d'un nom qui ne lui était plus étranger. Eren avait tendance à l'oublier, et pourtant, l'air sombre sur le visage de Levi témoignait bien des conséquences.

"Eh bien, ça t'apprendra à ne pas lacer tes lacets, morveux."

Eren ne dit rien et quand Levi détourna les yeux, presque gêné, il sourit. Il imita Levi et ramena ses genoux contre sa poitrine, même si le caleçon qu'il portait toujours cachait déjà tout ce qu'il y avait à cacher.

Une minute passa. Levi avait fermé les yeux une nouvelle fois.

"Pourquoi tu t'es mis en colère l'autre jour ?"

"Je me mets en colère chaque jour que Dieu fait. Précise," grogna Levi sans daigner ouvrir les yeux.

"Quand Hanji est venue."

C'était arrivé vite, sans prévenir, mais Eren jurait l'avoir vu : ses muscles se contracter, juste comme ça, et pourtant, Levi fit comme si de rien n'était et s'appuya contre les tuiles glacées derrière lui.

Une autre minute passa, et Eren regardait les bulles gagner du terrain peu à peu, persuadé que Levi ne répondrait plus.

Il avait tort.

"J'ai..." Levi se tut, comme s'il ne savait plus comment former sa phrase. "Hanji est envahissante." Il regardait quelque part entre la porte et la commode, et quelque chose attira le regard d'Eren sur son visage crispé. L'orgueil dégoulinait le long de sa peau. "Et je n'aime pas partager."

Sa dernière phrase n'était plus qu'un soupir, à peine marmonné, mais Eren faisait assez attention au silence pour l'avoir déchiffré. Et tout en posant son menton sur ses genoux, il sourit. Alors, c'était aussi stupide ?

Levi sembla devenir plus à l'aise et haussa les épaules une nouvelle fois.

"Hanji est un cas désespéré, elle est bruyante et trop tactile."

Tactile.

Il se souvint sans mal le regard noir de Levi quand Hanji l'avait emprisonné dans ses bras. Eren voulut rire, d'euphorie, d'amusement, de nervosité, peut-être, mais rien ne sortit, et il écouta simplement.

"Et j'imagine que je n'aime pas l'idée qu'elle t'accapare de la sorte."

Levi se tut, après ça. Il en avait déjà trop fait, trop dit.

Alors après une minute supplémentaire durant laquelle il coupa l'eau, Levi posa ses yeux sur Eren, et ils se fixèrent en silence. Eren aurait dû se sentir mal à l'aise, et au début, c'est vrai, il l'était; mais peu à peu, il sentit la chaleur puérile disparaître de ses joues, pour laisser place à une chaleur logée dans les confins de son estomac. Aussi délicieuse que douloureuse.

Levi n'eut pas le temps de cligner des yeux qu'une main touchait déjà son visage. Eren s'était penché dans sa direction, au-dessus du lit de bulles, et une main pleine de la substance étrange s'écrasa doucement contre sa peau. Il fronça les sourcils, incrédule, tout en regardant Eren quand les yeux, et il pouvait sentir le souffle tiède de l'adolescent arriver droit dans son cou alors qu'il modelait Dieu savait quoi sur son visage.

Ses doigts humides voyagèrent le long de sa mâchoire, de son menton, et effleurèrent ses lèvres dans un geste maladroit. Après un silence singulier, Eren se rassit à l'autre bout de la baignoire, et Levi baissa les yeux sur le menton qu'il ne pouvait pas voir.

La vue était ridicule, et tellement inhabituelle venant de Levi, qu'Eren éclata instantanément de rire. Et quand Levi se figea, regard noir en sa direction, Eren avait les yeux brillants de vie.

"Tout compte fait, la barbe, ça ne te va pas."

Levi leva une main pour tâter la drôle de mousse qui couvrait sa mâchoire, mais avant qu'il ne puisse le faire, il reçut de l'eau (et quelque chose d'autre, qu'il supposa être de la mousse, encore) en plein visage. Soit le gamin ne savait pas viser, soit il était suicidaire.

Levi ouvrit prudemment ses deux yeux, se frayant un chemin à travers le centimètre de mousse qui recouvrait l'entièreté de son visage, et souffla brusquement entre ses lèvres, projetant un nuage de mousse dans la direction d'Eren, qui atterrit tristement sur la surface de l'eau.

Eren riait encore et encore, et au bout du moment, Levi se mit à rire aussi. Doucement, et en silence, mais ses épaules se secouaient au rythme du rire qu'il retenait, et ses sourcils semblaient hésiter entre leur emplacement habituel et une allure amusée.

Pour toute riposte, il l'imita, et le rire d'Eren prit brusquement fin quand il sentit de la mousse dégouliner sur son visage. Levi rit de plus belle, mais le son calme de son rire s'évanouit à son tour quand Eren recommença.

Comme des enfants, ils jouèrent ainsi pendant deux bonnes minutes, tenaces et fiers. Ils s'arrêtèrent d'un commun accord, et avant que l'eau ne devienne trop froide, Eren lui sourit.

"Tourne-toi."

"Pourquoi ?" Levi fronçait les sourcils, et son visage trahissait sa méfiance.

"Juste, tourne-toi," insista Eren en dévoilant deux rangées de dents blanches et pointues.

Levi l'observa quelques secondes, hésitant, mais finit par obéir en levant les yeux au ciel. Il bougea à l'autre bout de la baignoire, et le bruit de l'eau combla le silence jusqu'à ce qu'il se fige, son dos trempé à moins d'un mètre d'Eren.

Eren hésita à son tour, mais il était déjà passé au-dessus de bien plus audacieux. Alors, sans rien dire, il posa ses deux paumes sur ses épaules et commença à dessiner des motifs indistincts. Levi se crispa sous ses mains, avant de finalement le laisser faire, et il se demanda s'il fermait les yeux. Probablement.

Il sourit quand il le vit jouer avec la masse par-dessus l'épaule de Levi, la manipulant avec la prudence d'un chat intrigué, et s'imagina sans mal l'expression troublée de son visage. Tout comme la fois, sur le lit de Levi, où il avait massé ses muscles crispés, il pressa la chair tendue avec soin. Dessina du bout de son index des formes au creux de son dos. Puis traça des lignes imaginaires en partant de ses épaules jusqu'au creux de son cou, avant de descendre prudemment le long de son dos glissant. Levi ne dit rien. Il ne protesta pas. Il était peut-être endormi, qui savait.

Quand l'eau devint tiède et que la plupart de la mousse avait disparu, du moins, du côté d'Eren, il soupira, et son souffle silencieux alla caresser sa nuque.

Levi frissonna, et Eren sourit.

Levi baissa la tête, et Eren l'imita.

Levi ferma les yeux, et Eren posa sa tête contre son épaule.

Ses paumes avait repris leur travail silencieux, mais sa tête était immobile contre lui, décidée à y rester, et puisque Levi ne lui avait pas ordonné de s'éloigner, il ne le fit pas. Ses deux mains glissaient le long de son dos, frottant doucement dans un mouvement répétitif qu'il aurait pu assimiler à quelqu'un frottant le sol avec un chiffon. Parfois, ses mains se promenaient sur ses côtes, aventures, et parfois, il entendait Levi soupirer de bien-être, comme si chacun d'entre eux évacuait toute la négativité de ses journées.

À un moment, Eren redressa la tête et stoppa tout mouvement. Puis ses bras se glissèrent autour de sa taille, s'y accrochèrent, et il pressa prudemment ses lèvres contre la peau humide de son cou.

Levi, toujours, ne dit rien. Alors il recommença.

Eren, encore, lui demanda de raconter sa journée. Alors il la lui raconta.