Tout d'abord j'apprécie chacun de vos reviews et vous m'avez presque fait pleurer, parce que vous êtes vraiment des rapides et après deux, trois semaines à ne rien pouvoir écrire ni poster, vous lire me fait vraiment du bien. Gah.

Marechal Rattus – Tu es quoi… la deuxième personne à passer outre la barrière de l'AU pour lire ma fiction ? Et ça me fait vraiment plaisir. Et merci de suivre, sérieusement, je sais même pas quoi dire… Merci, juste merci. J'espère te retrouver bientôt, hein ?

Delirium Queen – Tutut ! Je t'arrête tout de suite. Chaque fois que tu rebloggues ou aimes quelque chose que je poste je souris comme une idiote. Ça fait du bien de sentir que j'ai au moins une lectrice sur Tumblr, parce que j'ai l'impression que tu es la seule ? Alors continue de me stalker haha. Je suis peut-être extrême comme fille cela dit… Et ouais, ce syndrome de la page blanche, j'ai honnêtement des sueurs froides à cause de lui, parce que j'ai bien cru qu'il ne partirait pas. Contente d'avoir au moins sauté par-dessus.

LoloSawyer – Haha, tu frappes près du coeur. Fainéantise, tu dis ? Okay, c'est mon domaine. Alors je risque pas de te blâmer pour ne pas en avoir eu l'énergie… surtout après un tel pavé que tu as laissé. Ça vaut largement tout ce que tu t'es gardée de dire ! Merci pour ça. Gros smack pour avoir lu All Adventurous et m'avoir suivie au-delà de cette histoire, aussi ! Et que tu me dises que je suis ton auteur favorite sur ce site est… tu n'as pas idée. C'est un sourire de deux pieds de long et des crampes aux joues. Oh et pour Mikasa, j'essaie de rester très canon sur leur relation, parce que je remarque que j'ai souvent tendance à penser qu'elle n'accepterait pas sa relation avec Levi, mais au bout du compte, Mikasa n'oserait jamais empêcher Eren de faire quelque chose qu'il aime – et si c'est quelque chose de dangereux, elle se contenterait de plonger avec lui, tu me suis ? Alors, c'est pas vraiment pour Mikasa que je m'inquiète… aussi leur père n'est pas un gros méchant loup dans cette version parce que c'est aussi bon de s'imaginer qu'ils ont une relation normale, saine et trouée de problèmes normaux comme l'absence des parents, ce qui est une chose dans laquelle j'excelle puisque mes parents sont presque jamais là. Alors je connais la déception, la rancune, la colère et aussi le soulagement parfois. Okay je m'égare… Et après tu dis que tu parles beaucoup, tsk ! Et ouiiii désolée pour ces semaines de silence radio, je pleurais dans mon coin. C'était horrible, presque physiquement douloureux. Bon aprem à toi héhé !

Twinzy – Eh bien tu me fais sourire comme une idiote, d'accord ? Je sais à quel point il est difficile de lier drame banal et humour, ou juste insérer de l'humour tout court dans les livres, alors je suis contente d'y parvenir un peu, parce que je dois pas oublier qu'à la base Passengers était une idée débile qui m'a traversé l'esprit quand j'attendais mon bus après une longue journée de cours. C'était censé être léger, sans importance, plein de moments mignons, embarrassants et plein d'amour, mais d'un amour à eux, tu vois ? Pas le genre dîner aux chandelles ou le film au cinéma. Nah. Et oui, en fait, si ça ressemble à de l'amitié extrême, c'est sûrement parce que jusque là aucun d'eux n'a mis le doigt sur ce que c'est (et j'en ai pas vraiment l'intention, je veux dire, Levi ne sait même pas ce que "amoureux" veut dire et Eren est totalement perdu), il y aura peut-être le L word mais rien n'est moins sûr parce que je veux pas baser toute l'histoire sur ces quelques mots. Plus sur leur co-dépendance et ce qui viendra après aussi… parce que comme tu te poses la question, et que tu parles de choses sérieuses, j'ai l'honneur de t'annoncer que la tension sexuelle débarque dès maintenant.

Loulouve – Merci, c'est adorable ! Et surtout prends ton temps si tu souhaites lire mes autres trucs, je voudrais pas que tu gaspilles ton sommeil ou te mettes à jeûner aha. Je dis ça parce que la dernière fois que j'ai fait un marathon je n'ai pas dormi pendant trois jours, alors prends soin de toi ! Et merci encore.

Je n'ai plus le courage de répondre aux reviews moins récentes parce que je suis une feignasse et que voilà. Merci pour vos commentaires adorables. Si vous avez des questions, voulez parler ou peu importe, je suis sur mon tumblr comme toujours, alors n'hésitez pas !

Okay, aussi, ce chapitre a été particulièrement DIFFICILE à écrire parce que je suis à MOITIE ENDORMIE. Oui. Alors. Je vais aller me coucher parce qu'il fait jour et que mes yeux brûlent. Je voulais finir cette scène avant d'aller dormir et il s'avère que je ne pouvais pas finir le chapitre avant d'aller me coucher, parce que ça aurait été comme couper un épisode d'une série en deux et se dire qu'on regardera la suite demain. Erreur, erreur, ne jamais faire ça. Quoiqu'il en soit mon dos est décédé, j'ai très faim et je suis... à peu près contente avec tout ça, surtout parce que je voulais poster quelque chose. Je n'ai toujours aucune idée d'où je vais, sauf la toute fin, ce qui est bizarre mais cool pour moi. Donc les idées... m'en voulez pas, elles sont inexistantes. C'est juste des tranches de vie avec Eren et Levi, quoi. Vraiment. Donc j'espère que vous n'avez pas peur d'être écœurés, parce que cette histoire tourne vraiment autour d'eux. Okay, bon. Je tombe vraiment de sommeil là. Dites-moi ce que vous en avez pensé je vous en supplie... certains m'adoreront pour la fin, d'autres me haïront, mais c'était une question de feeling et j'avais pas ce feeling encore. Comme disait mon prof de maths en troisième, tout vient à point à qui sait attendre. Ah, non, c'était pas ça. Il disait qu'il valait mieux pas se prendre le mur ou... peu importe. Je vous aime.

N'oubliez pas de m'envoyer un message sur tumblr si vous avez une question, ou quelque chose à me dire à propos du chapitre/de l'histoire et voulez une réponse directe et rapide. Sinon, faudra attendre le chapitre prochain pour les notes d'avant-chapitre.


Au fond, c'était presque comme si rien ne s'était passé. Comme recommencer depuis le début. La vérité, c'était qu'ils étaient tous les deux terrifiés et qu'aucun d'eux n'avait l'intention de l'admettre. Ils ne projetaient pas non plus d'en parler. De proposer quelque chose, un baiser, peu importe. Ils se contentaient d'attendre bêtement comme deux gamins, persuadés que tout viendrait tout seul.

Ils se trompaient.

"J'allais finir par penser que tu ne viendrais pas," lâcha Levi en fermant la porte derrière lui.

Encore une fois, Levi était rentré du travail avant Eren et en avait profité pour troquer son allure classique et coûteuse contre celle, décontractée et presque puérile qu'Eren connaissait bien. Pantalon de survêtement, trop large et trop grand, si bien qu'il marchait dessus. Et un vieux t-shirt abîmé, dans lequel il flottait ridiculement. Ça n'avait rien à voir avec l'allure d'Eren, négligée et presque rebelle. C'était presque comme si c'était accidentel, et ça, Eren ne pouvait pas s'empêcher de trouver ça mignon. Hanji était peut-être l'une des seules à avoir accès à cette facette de lui, et quelque part, Eren était fière de faire partie des exceptions. Ça prouvait qu'il le connaissait mieux qu'on ne pouvait le dire au premier abord.

"Désolé," lâcha distraitement Eren en retirant ses chaussures, ignorant le regard profondément dégoûté que Levi lui jeta quand il remarqua la crasse qu'il avait ramenée avec lui. "Il pleut," ajouta-t-il en guise d'excuse, autant pour son retard que pour la saleté, et Levi haussa les épaules.

"Tu vas finir par attraper la crève à sortir dehors comme ça."

Eren était déjà en chemin vers la cuisine quand Levi lui marmonna ces mots, et il lui jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule avec un de ses plus grands sourires.

"C'est pour toi que je m'aventure dehors, je te signale."

Levi resta silencieux et Eren décida qu'il allait conserver son sourire, rien que pour l'ennuyer. Il ouvrit la porte du frigo sans attendre de permission, parce que depuis le temps, il était idiot d'attendre quoi que ce soit. Mais il n'y avait rien d'intéressant, rien d'assez intéressant, en tout cas, même si au fond il savait qu'il ne venait pas pour la nourriture. Il opta pour un verre de jus d'orange, même si la nuit était déjà tombée et qu'il était bientôt l'heure de dîner, et il entendit Levi s'asseoir sur le canapé à l'autre bout de la pièce.

"Tu veux quelque chose?"

Une pause, Levi réfléchit, puis finalement sa voix fatiguée lui revint. "Nan, merci."

Eren haussa les épaules pour lui-même et ferma la porte du frigo d'un coup de pied, serrant les dents quand un bruit sourd suivit. Il marmonna une vague excuse, récolta un soupir de la part de Levi, et traîna des pieds jusqu'au canapé avec son verre à la main.

La télévision était allumée mais le son était trop bas pour qu'on l'entende distinctement, et Eren se demanda si Levi l'entendait vraiment ou s'il regardait simplement les images. Il avait l'air concentré, oui, mais rien ne prouvait que ce n'était pas dans ses propres pensées qu'il se perdait. Peu importe, il s'assit à ses côtés, à une distance raisonnable et douteuse à la fois, après avoir posé son jus d'orange sur la table basse.

"Ton sweat."

Eren se tourna vers lui, croisa son regard sérieux et fronça les sourcils.

"Quoi?"

"Enlève ton sweat. Il est trempé. Tu vas mouiller le canapé."

Il n'avait pas tort.

Alors, il obéit. Il agrippa le bas de son sweatshirt et tira vers le haut, maladroitement, comme toujours, jusqu'à ce qu'il disparaisse au-dessus de sa tête. Il le jeta sur un tabouret de la cuisine et soupira de soulagement quand celui-ci se figea in extremis, à deux doigts du vide, parce que l'idée de se lever pour le remettre, suivi des yeux par un Levi minutieux, n'était pas vraiment plaisante à l'instant. Il avait passé toute sa journée à l'école, avait mal dormi, raté ses tests, évité Mikasa tant bien que mal et maudit le fait qu'ils fréquentent la même école, parce que même si Christa était de petite taille, il était difficile de ne pas la remarquer. Gentille, souriante, blonde… tout était dit. Comme si ça ne suffisait pas, Ymir semblait profondément lui en vouloir et Jean était incroyablement irritable ces derniers jours, ne cessant de répéter qu'ils devaient s'entraîner car ils n'étaient pas au point, et pourtant, chaque fois que l'occasion se présentait, il n'était jamais libre. Le concert du lycée arrivait à grands pas et Eren bouillonnait. Trop de stress, d'anxiété, de questions laissées sans réponse.

Et Levi en faisait partie.

Sauf que Levi n'était qu'à moitié un problème. Comme pour confirmer sa pensée, Eren se tourna vers lui et croisa son regard une fois de plus. Mais cette fois-ci, il y vit de l'incrédulité.

"Quoi?"

"Sérieusement?"

Eren ne répondit pas, encore plus frustré qu'avant, parce que Levi agissait souvent comme ça et ne prenait jamais la peine de s'expliquer. Il suivit simplement son regard et baissa la tête vers son t-shirt. Enfin, ses, t-shirts, parce qu'en toute fainéantise ce matin-même, en plus d'être en retard et d'avoir froid, il avait enfilé un t-shirt à manches courtes par-dessus un t-shirt à manches longues. Où était le problème?

"Et alors? Ça tient chaud. Et puis bordel, ce coton est incroyablement doux."

Levi rit doucement, à peine quelques secondes, avant de secouer doucement la tête et de se reconcentrer sur la télé. La lumière était minimale, comme toujours; juste un lampadaire allumé dans le coin de la pièce, et les réverbères dehors qui éclairaient à travers les grandes fenêtres.

Avec surprise, Eren réalisa à quel point il était à l'aise désormais. Ici, avec lui, à faire tout et n'importe quoi. Se laver. Manger. Comme une deuxième maison, un peu. Il savait que c'était mal de toujours se réfugier ici, et qu'il devenait… dépendant, d'une certaine manière. Mais Levi n'était pas du genre à le fiche dehors sans raison et il n'attendait absolument rien du gamin, alors, pourquoi s'en faire? C'est vrai.

Et puis, à moins qu'il ne se soit trompé, il y avait plus que ça. N'est-ce pas?

"Levi?"

"Hm," fit-il vaguement sans quitter la télévision des yeux. Les images se reflétaient dans ses yeux, et tandis qu'il laissait l'habitude prendre le dessus et se mit à fixer Levi sans la moindre honte, il réalisa qu'il avait ses lunettes perchées sur le haut du crâne. Il devait travailler avant qu'il ne vienne.

L'idée qu'il fasse une pause dans son travail rien que pour passer du temps avec lui, même si ça comprenait silence et télévision sans son, était bien plus réconfortante qu'il ne l'aurait cru.

Il voulut lui demander plein de choses.

De le prendre dans ses bras, de l'embrasser sur le front, de caresser ses cheveux. De l'embrasser tout court.

Mais il n'en fit rien.

"Comment était ta journée?"

Ah, encore une fois ils avaient des airs de vieux couples. Levi lui jeta un bref coup d'oeil et soupira, s'affaissant dans le canapé en fermant les yeux d'épuisement.

"La même que d'habitude. Café dégueulasse, collègues agaçants, conversations irritantes à supporter dans l'ascenseur, travail, travail, travail, et Hanji n'a pas arrêté de m'appeler toute la journée sur mon téléphone."

"Ben," commença Eren, incertain de ce qu'il allait dire, "c'est une bonne chose, non?"

Levi se redressa, fronça les sourcils comme si Eren était idiot et retint de toute évidence un autre soupir.

"Eren. Hanji travaille dans le box voisin du mien." Comme Eren ne répondait rien, il continua, "elle passe sa journée entière à trois mètres de moi. Littéralement."

Eren n'avait vraiment aucun mal à imaginer ça. Mais tant pis.

"Ouais, ouais," répondit-il, faute d'autre chose. Il y avait tant de choses qu'il voulait lui dire et tant de choses qui restaient bloquées dans sa gorge sans raison.

"Je suis juste…" Levi soupira une nouvelle fois et l'espace d'une seconde, Eren hésita à compter. "Fatigué."

C'est à ce moment-là qu'il se redressa et posa ses coudes sur ses genoux, les yeux perdus dans le vide. Il avait vraiment l'air de manquer de sommeil, d'énergie, de tout ce dont il était possible de manquer. Puis sans prévenir, il se tourna à nouveau et Eren se figea de surprise. Une, deux, trois secondes et Levi leva finalement une main hasardeuse vers son visage, avant de la poser sur le sommet de son crâne. Eren le laissa faire, ses yeux bloquant les siens, les défiant de regarder ailleurs, d'essayer même juste une seconde. Levi ébouriffa affectueusement ses cheveux et inclina la tête.

"Tu es encore mouillé."

"Ouais, eh bien, je viens d'arriver," lâcha Eren avec désinvolture. Ça faisait à peine cinq minutes qu'il était ici.

"Bouge pas," lança Levi en se levant du canapé, et Eren le regarda s'éloigner avec une pointe de déception bloquée dans la poitrine. Mais il ne le retint pas, et une minute plus tard, Levi réapparut dans le couloir vide et impeccable, une serviette à la main. Petite, propre, inutilisée depuis son lavage, probablement – et connaissant Levi. Il s'assit à l'exact endroit où il s'était assis avant, et posa une de ses jambes sur le canapé pour entièrement faire face à Eren, qui se contenta d'ouvrir de grands yeux en voyant la chose venir. Il n'eut pas le temps de protester que la serviette était déjà flanquée sur son crâne et Levi frottait vigoureusement, si fort qu'il sentait son cou se dévisser seconde après seconde. "Arrête de râler," marmonna Levi avec une pointe d'amusement, à peine perceptible.

Il frotta encore un peu, tira la serviette vers l'arrière et se pencha un peu plus pour frotter l'arrière de son crâne. Eren avait une capuche sur son sweat, mais il ne l'avait sûrement pas mise – ou alors, pas durant tout le trajet. Le connaissant, il était aussi probable qu'il ait simplement oublié qu'il en avait une. Quel gosse.

Puis Levi ralentit ses mouvements, non seulement parce qu'il commençait à fatiguer mais parce qu'Eren avait légèrement baissé la tête, lui soumettant sa tête entière, et continuait toujours de le fixer avec de grands yeux verts. Levi fronça les sourcils, se reconcentra sur ses cheveux bruns, qu'il désordonnait autant qu'il séchait, et finit par retrouver ces yeux verts de toute manière, parce que quoi qu'il se passe, il était voué à les recroiser. Il se figea, ses mains toujours emmêlées dans la serviette et toujours banalement posées sur son crâne, et il sentit Eren se redresser de quelques centimètres à peine.

"Qu'est-ce que tu fais?" demanda Levi, irrité. Ça ne lui plaisait pas du tout. Clignait-il même des yeux? Non. Il se contentait de le regarder, encore et encore, et c'était pire que tout.

"Je te regarde, c'est tout," répondit l'adolescent, et la trace joueuse dans sa voix avait disparu. Il n'essayait même plus de l'embêter. Il était totalement, indéniablement sincère; il ne faisait que le regarder.

C'était déjà bien trop.

Levi sentit son coeur exploser dans sa poitrine et jura que c'était douloureux. Il n'aurait pas pu en être entièrement certain, cependant, parce qu'il était trop occupé à paniquer, perdu dans le vaste horizon de ces iris dévastateurs. Alors il détourna les yeux avant qu'il ne perde tout son sang-froid, ou peu importe ce qui était en jeu à cet instant.

"Et toi?" se hâta Levi quand il sentit qu'Eren allait parler. Il ne voulait vraiment, vraiment pas entendre ce qu'il avait à dire. Pas maintenant.

Il posa la serviette humide sur l'accoudoir et songea, oui, au diable la propreté.

La publicité à la télé changea contre une autre, et le décor sombre vola presque la totalité de la lumière prodiguée à la pièce. La pénombre soudaine lui fit un drôle d'effet, mais Eren piétina son angoisse enfantine en répondant simplement à la question qu'il venait de poser. C'était un bon gars.

"Pas grand chose. Jean m'a emmerdé toute la journée," et il se souvint qu'il n'était plus avec ses amis, mais réalisa que Levi n'était pas la personne qui lui ferait la leçon pour parler de cette manière. Alors il poursuivit, confiant. "Failli rater mon bus mais Mikasa était là pour me sortir du lit à la dernière minute. Les matins où l'on commence à la même heure sont toujours très dangereux. Je déteste quand elle fait ça."

Eren se mit à regarder la télé, lui aussi, et s'enfonça plus profondément dans le canapé en faisant mine de suivre la publicité stupide.

"J'ai failli rester coincé entre les portes," ajouta-t-il en haussant le ton, comme si c'était la cerise sur le gâteau.

À sa grande surprise, Levi se mit à rire. Alors il sourit.

C'était comme une victoire personnelle.

"J'ai…" Eren prit une grande inspiration, réfléchit. Il n'avait pas fait grand chose, non. "J'avais hâte d'être la fin de la journée, en fait. J'ai passé toute ma journée à regarder l'heure passer, à prier pour que chaque sonnerie." Il fit une pause, et Levi tourna légèrement la tête vers lui. "J'suppose que je suis fatigué, aussi. Et j'avais envie de te voir."

Eren fixa un point indistinct dans le néant et Levi se redressa quelques secondes plus tard. Il le prit de court quand il se pencha, attrapa sa main et l'apporta jusqu'à lui. Eren se laissa faire, encore une fois.

"Elles sont gelées."

Il ne répondit rien. Que pouvait-il dire? Oui, elles étaient gelées, parce qu'il avait dû rentrer chez lui avec Mikasa et y déposer son sac, et qu'il avait été tellement pressé de retrouver Levi et le confort de son univers silencieux qu'il avait couru sous la pluie sans même prendre la peine de se couvrir, ou d'enfouir ses mains dans ses poches comme il le faisait pourtant d'habitude. Levi le rendait inconscient, de la bonne manière, même si c'était dangereux à certains bords. Il s'en fichait.

Levi observa sa main dans la sienne, la retourna, puis la retourna encore, et du bout des doigts de sa main libre, traça des lignes sur sa paume ouverte. Eren fixa sans rien dire, comme s'il essayait de deviner ce qu'il y inscrivait, mais Levi n'avait rien en tête, à part peut-être quelles excuses étaient bonnes pour le toucher, encore et encore. Puis il retourna sa main, ferma son poing et le porta à ses lèvres.

Levi chercha les yeux d'Eren et les trouva juste au moment où ses lèvres se déposaient calmement, silencieusement sur la peau froide de sa main.

Il n'en avait peut-être pas l'air, mais son coeur battait dangereusement vite. Le bon côté était qu'il était certain, à travers son regard, qu'il en était de même chez Eren.

Sans trop savoir comment ni pourquoi, il sut que c'était maintenant ou jamais. Non qu'il y ait de véritables timing pour ce genre de choses, mais il fallait une certaine opportunité, ou la volonté suffisante pour s'en dispenser. Sa peur effaçait largement sa volonté, alors il ne lui restait plus que ça.

L'opportunité.

Sans réfléchir, et dieu sait qu'il ne le voulait pas, il tira brusquement sur son poignet et Eren flancha, chutant vers l'avant, exactement là où Levi se tenait. Avec la rapidité strictement opposée à son calme et sa personnalité, Levi captura son cou et logea ses deux pouces à l'endroit où ses oreilles et ses joues se rencontraient. Eren ferma les yeux, Levi l'imita, et leurs fronts se rencontrèrent avec douceur. C'était fou comme ils respiraient fort sans avoir rien fait.

Il avait besoin de ça, parce qu'Eren lui coupait littéralement le souffle.

Eren posa ses propres mains sur les siennes et tandis que Levi fronça les sourcils sous la presque douleur qu'était la proximité d'Eren, le fait même de le toucher et d'avoir envie de plus, toujours plus, comme une dépendance dangereuse qu'on ne pouvait plus stopper, Eren chercha ses lèvres. Ils se cherchèrent et s'évitèrent durant quelques secondes, taquinant sans cesse l'autre sans jamais se toucher autrement que par leur front, leur nez, leurs mains et leurs doigts emmêlés dans le cou d'Eren.

Bordel, peu importe ce qui était dans sa poitrine, était vraiment, vraiment douloureux.

"Eren –" commença Levi, d'une voix presque gémissante, implorante, parce qu'il aurait voulu qu'on l'exorcise de toutes ces conneries, qu'on lui épargne cette souffrance inconnue et inutile.

Mais son téléphone se mit à sonner sur la table basse et il ferma les yeux, le souffle coupé, sachant exactement ce qui allait suivre. Eren, au contraire, ouvrit de grands yeux révoltés par ce qui se dessinait, parce qu'il n'était pas idiot, il savait aussi. Mais il garda ses mains sur les siennes et fronça les sourcils si fort qu'il en eut presque mal.

Levi reposa son front contre le sien, soupira, et caressa ses joues du bout de ses pouces alors que la sonnerie continuait, inlassable.

"Je dois prendre ça," lâcha-t-il, et ses mots criaient douleur.

"Ouais," fit Eren. "Bien sûr." Enfin, les siens aussi.

Trop vite pour qu'Eren ne puisse réagir, Levi embrassa son front là où quelques mèches rebelles recouvraient sa peau, et dégagea doucement ses mains de son emprise. Il se leva, attrapa son téléphone et Eren l'entendit marcher jusqu'à la cuisine en acceptant finalement l'appel, car la sonnerie se tut.

Déception, excitation, tout se mélangeait dans son estomac et Eren était un amas d'émotions confuses et indistinctes. Il se contenta de regarder la place vide que Levi avait laissée, osant à peine lever les yeux pour le positionner dans la pièce, parce qu'il entendait sa voix et que ça suffisait pour lui garantir qu'il n'était qu'à quelques mètres.

Alors il soupira, prit son visage entre ses mains et calma ses battements de coeur incessants. Il aurait voulu que ça ne s'arrête jamais.

Il fit mine de suivre ce qui était à la télévision, comme il l'avait fait avec Mikasa l'autre fois, et quelque chose se bloqua dans sa gorge alors qu'il écouta d'une oreille distraite la voix de Levi en arrière plan.


"Alors."

"Alors," Ymir répéta.

Il venait de pleuvoir et des gouttes d'eau tombaient de l'abri. Eren grimaça quand l'une d'elles atterrit sur le haut de son crâne, et plaqua une main irritée là où elle s'était perdue.

Levi était assis sur le banc, derrière lui, et Ymir était debout à ses côtés, et il était présentement en train d'essayer d'ignorer la chaleur qui lui détruisait les entrailles. Des picotements couraient le long de sa colonne vertébrale et il se sentait… mal à l'aise. Probablement parce qu'Ymir était plus sèche que d'habitude et qu'il avait une envie furieuse de se retourner et d'attraper la main de Levi. Mais il ne pouvait pas, et le pire était qu'il ne savait pas pourquoi.

"T'as réussi le test?" demanda-t-elle en regardant son téléphone, et Eren sut qu'elle préparait le terrain pour autre chose. Il soupira. Que pouvait-il y faire.

"Bof." Peu de mots suffisaient de toute manière. "Et toi?" Ha. Comme s'il ne savait pas déjà combien Ymir avait foiré.

"Mikasa a déjeuné avec moi, ce midi," fit-elle en ignorant totalement sa question.

"Ah."

Oui, d'accord. Et alors?

"Hm, ok," continua Eren. Cette conversation ne menait à rien et il s'imagina distraitement les commentaires que ferait Levi à ce sujet une fois… chez lui. Allaient-ils chez lui après? Il l'espérait.

Eren regarda un gosse marcher dans une flaque sur le trottoir d'en face, et sa mère tirer sur la main qui les liait. Il grimaça. Les enfants, pas son truc. Il leur ressemblait trop.

"On a parlé," insista Ymir sans jamais détacher ses yeux de son téléphone.

"D'accord," marmonna Eren, parce qu'il commençait sérieusement à exploser et que l'envie de dégager le vieillard assis à côté de Levi se faisait de plus en plus insupportable, autant que celle de demander le silence à Ymir, bien qu'il sache qu'elle ne le lui donnerait pas. Même de bonne humeur, elle était sauvage. Et dieu savait qu'elle n'était pas de bonne humeur.

"On a parlé de toi, tu sais."

Oui, sans aucun doute.

Mikasa parlait beaucoup de lui de toute façon.

Le genre de trucs qu'une soeur dit de son frère, vous voyez le truc. Les machins embarrassants, le genre de choses qu'on aurait préféré garder enterrées dans le jardin sous un tas de terre. Mais bon, on peut pas tout avoir.

"Et qu'est-ce qu'elle a dit sur moi?" se força Eren d'une voix passablement ennuyée, sachant ce qui allait venir, et comment Ymir pouvait se montrer persistante. Aussi tête de mule que lui, en fait.

"Elle a dit," commença Ymir comme si elle prenait son souffle avant une longue tirade, "que tu passais beaucoup de temps avec, tu sais, ta petite-amie."

Ouch.

"Et alors?" grinça-t-il, sur la défensive. Ils faisaient vraiment de drôles d'amis.

Mais il n'y avait qu'eux sous l'abri de bus; ce vieillard endormi et Levi qui ne bougeait pas, enfin, à sa connaissance. Il n'osait pas jeter de coup d'oeil derrière lui et le coup de l'écran de téléphone était trop évident. Ils prenaient le même bus de toute façon, alors quelle importance.

C'était le dernier jour de cours et le spectacle était dans deux jours. Son père avait promis de venir. Jean aussi, ha. Il passait son temps en classe à envoyer des boulettes de papier dans le dos de Jean ou répéter ses morceaux de batterie avec des crayons sur sa table. On s'occupe avec ce qu'on peut, pas vrai.

Une violente bourrasque arriva et Eren enfonça ses mains dans la poche de son sweatshirt. C'était le même que l'autre soir.

Distrait, il espéra que Levi n'écoutait pas leur conversation. Mais comme il savait qu'il l'écoutait probablement, qu'il le veuille ou non (Ymir était bruyante de toute façon), il espéra simplement que la petite-amie lui apparaisse comme étant l'excuse qu'il avait donné à leur relation, peu importe ce que c'était. Il fallait bien qu'il justifie toutes ces absences, parce qu'être adolescent ne suffit pas.

Certes, il aurait voulu.

"Vous vous amusez bien, tous les deux?" demanda Ymir, et Eren profita de ses questions acides pour gagner du temps.

"Ouaip," fit-il.

S'il se persuadait qu'il parlait de Levi, y répondre pouvait être amusant.

"Qu'est-ce vous faites?"

"Hm," commença-t-il, faussement pensif, "des trucs."

Le plus délicieux était de ne pas savoir si Levi grimaçait d'embarras derrière eux ou s'il portait ce sourire narquois, léger et presque inaccessible.

"Ah? Des trucs?"

"Hm hm."

Ymir resta silencieuse. Juste une seconde.

"Okay." Pause, encore. "Okay." Eren lui jeta un coup d'oeil. Elle avait rangé son téléphone. "Comment vous vous êtes rencontrés?"

Eren voulut soupirer. Mikasa avait probablement mentionné le nom de Christa et il savait qu'il était embourbé dans son propre mensonge; mais il avait probablement déjà raconté à Ymir comment ils s'étaient rencontrés, ce bien avant que le mensonge ne naisse. Elle cherchait simplement. Elle cherchait bien.

"Dans l'bus," fit-il, et à cet instant, il réalisa que c'était aussi là qu'il avait rencontré Levi.

Alors il se mit à sourire pour lui-même. Juste un peu.

"Ah," fit-elle, mais elle le savait sûrement déjà, ouais. "Et qu'est-ce que tu lui trouves?"

Ah, enfin. Enfin quelque chose qui lui demandait de vraiment réfléchir.

Il savait que Levi écoutait alors il prit son temps. C'était comme le moment qu'il ne fallait foirer sous aucun prétexte, un test, quelque chose dans ce genre-là.

"Elle est marrante. Même si elle en a pas toujours l'air." Ça ressemblait plus à Levi qu'à Christa, mais il s'en fichait. Qui pourrait dire… "Elle se froisse pour un rien mais, j'arrive toujours à la faire sourire au bout du compte. Je crois. J'espère," ajouta-t-il finalement. "Et puis, elle a de la classe."

Ymir lâcha un bref "tsk" et il savait que Levi levait les yeux au ciel. Il pouvait presque le sentir dans ses tripes. La chaleur revint et se propagea partout, jusqu'à son front. Il essuya un film invisible sur la peau de son front et la chaleur demeura. Bordel.

Il faisait froid, il venait de pleuvoir et lui brûlait.

Le bus arriva et il entendit Levi se lever. Prit soin de ne pas regarder, peu importe l'envie violente qui le poussait à essayer. Le vieil homme se réveilla, Ymir prit les devants et ils montèrent un par un dans le bus quasi-vide. Ymir et Eren s'assirent sur une place de quatre à l'avant du bus, parce que pourquoi pas; et Levi s'assit à l'exacte place où il l'avait vu la première fois. C'était étrange de le voir sous une autre perspective. De… plus près.

Une seconde, il croisa son regard, et sans réfléchir, détourna les yeux avec panique. Levi haussa un sourcil amusé et il fixa les genoux d'Ymir en face de lui. Il avait tellement envie de sortir ses écouteurs et de s'asseoir à côté de lui, comme d'habitude.

Tout semblait si bizarre et si… secret.

Ça l'était.

"Alors, vous sortez vraiment ensemble?"

Eren sentit un profond malaise s'installer en lui. Christa était au courant de l'histoire, il la lui avait dite un matin à la bibliothèque, parce que le matin, soit Eren est irrité, soit il est bavard, parfois les deux en même temps si vous manquez de chance. Christa l'avait pris en rigolant, bien sûr, et lui avait expliqué qu'il n'y avait rien à craindre car elle n'aimait pas vraiment les garçons. Elle n'en était pas certaine, cependant, c'était juste une sensation. Alors elle lui avait assuré qu'elle le couvrirait quoi qu'il arrive, et avec un sourire songeur, une minute plus tard, avait ajouté "c'est ce type, n'est-ce pas?" Il avait hésité, froncé les sourcils, repoussé le hurlement de son coeur. Puis avait hoché la tête et fixé le vide parce qu'il y avait égales parts de honte et de fierté qui brûlaient dans sa poitrine.

Elle n'avait rien dit. Elle comprenait.

Mais Ymir avait énormément de mal à se faire à l'idée qu'ils étaient soit disant ensemble, et lui faire ça était aussi moralement éreintant que profondément frustrant. Ymir se mettait en colère pour peu de choses. Elle râlait surtout. Mais elle semblait ne penser plus qu'à ça, et il s'en sentait… stupide, coupable.

Encore plus à l'égard de Levi.

"Ouais, j'imagine."

Et puis merde, il fallait qu'il lui dise. Il lui dirait. Il dirait à Ymir que Christa et lui n'étaient pas ensemble. Le risque était qu'Ymir tente de se rapprocher d'elle, et Mikasa trouverait peut-être ça étrange, mais tant pis; Ymir était son amie, elle méritait de savoir, et tant que cela ne remontait pas aux oreilles de Mikasa (chose dont il était certain car Ymir était tout sauf une menteuse, oui), tout irait bien. Pas vrai?

Et puis. Levi. Il devait le dire à Levi.

Mais le souvenir de sa rencontre avec Hanji lui revint en mémoire et il sentit son coeur se serrer de culpabilité. Il était un véritable idiot. Égoiste et stupide.

"Ecoute, Ymir –"

"Non, c'est cool," coupa Ymir, plus irritée que jamais. "Vraiment."

Elle croisa son regard et le retint durant quelques secondes. Eren se fit violence pour ne pas détourner les yeux; il lui devait au moins ça.

"Christa est une gentille fille, et toi, t'es pas trop mauvais non plus. J'ai confiance."

Bam.

Autant il venait de comprendre que si ce mensonge était vrai, Ymir aurait réellement pensé ces mots, parce que têtue ou pas, mauvaise ou pas, elle était sincère et loyale; mais il venait de réaliser qu'elle avait mentionné le nom de Christa et il sentit la tête de Levi se tourner brusquement dans leur direction.

Son coeur cessa de battre un instant et il se demanda s'il préférerait l'entendre à nouveau ou se laisser mourir. Parce que le regard que Levi lui lançait était profondément laid.

Il lui déchiquetait les entrailles.

Encore une fois, il avait foiré, et il se maudit de ne pas lui en avoir parlé plus tôt. À Levi, mais aussi à Ymir.

Il évita soigneusement leurs regards et passa le reste du trajet à regarder par la fenêtre. Ymir décida deux arrêts plus tôt et le salua un peu plus légèrement, et il prit note de lui envoyer un message plus tard pour tout lui dire. Elle ne méritait pas ça. Mais Levi refusait de regarder vers lui à nouveau et il ne savait pas trop s'il aurait voulu qu'il le fasse ou non. Tant pis.

Quand le bus arriva à son terminus, Eren attrapa son sac à dos, le flanqua sur son épaule et regarda Levi le dépassa avec horreur.

Aucun mot, aucun regard – il avait vraiment foiré.

"Levi!" s'écria Eren, parce qu'il ne restait qu'une personne dans le bus et elle était déjà loin. Il descendit du bus à son tour et tenta de rattraper Levi, mais il marchait vite et n'avait aucune intention de s'arrêter.

"Levi, laisse-moi au moins une chance de t'expliquer!" tenta-t-il encore, rattrapant de justesse la porte du bâtiment tout en s'y infiltrant.

Levi était déjà en haut des marches. Il entendit le bruit des clés et se rua dans l'escalier.

Heureusement, le temps qu'il déverrouille la serrure et plonge les clés dans la poche de sa veste de costume, Eren était déjà là-haut, devant sa porte, le regret plein la gorge.

"Attends," fit-il, à bout de souffle, et Levi se figea.

Une, deux, trois secondes.

Et Levi se retourna vers lui, le regard noir.

"Est-ce que t'es sérieux? Tu m'as menti en pleine face depuis tout ce temps et tu veux que je t'attende? Pour quoi, au juste? Tu penses sérieusement que je vais te laisser entrer chez moi?"

Ouch. Ça faisait mal, très mal.

Eren sentit quelque chose se briser douloureusement en lui, et recula d'un demi-pas.

"C'est pas ce que tu crois."

"Ah ouais? Parce qu'on dirait bien que tu t'es foutu de moi."

"Non, j'ai -"

"Eren, c'est pas un putain de jeu!" Levi s'était mis à hurler sans prévenir, et Eren réalisa qu'il ne l'avait jamais entendu crier si fort. Si… intensément. Il aurait pu le croire au bord des larmes si ses yeux n'étaient pas secs et infiniment froids. "C'est ma vie. Ma putain de vie, okay? Je laisse pas entrer tout le monde."

Il attendit un instant, et Eren eut vraiment mal au coeur à le regarder se décomposer devant ses yeux. Qu'est-ce qu'il avait fait?

"T'as foutu la merde, là." Levi parlait plus doucement, mais étrangement, Eren aurait préféré qu'il crie. Que Levi perde son sang-froid était effrayant… mais qu'il le retrouve l'était encore davantage.

"Levi…"

"T'as une petite amie. Et tu comptais me le dire quand?" Il ne laissa pas le temps à Eren de répondre, cependant. "C'est la fille de l'autre fois? Dans la voiture?" Il continua, prenant à peine le temps de respirer. "J'aurais dit l'autre mais c'est ta soeur, pas vrai? Peu importe."

Il se retourna pour ouvrir la porte et Eren crut qu'il allait vomir.

"C'est pas ma petite amie!"

Levi se figea, main sur la poignée. Mais ne dit rien.

"C'est pas ma petite amie," qu'il répéta, presque trop bas pour être entendu, mais ça sonnait comme une supplication.

Il l'implorait de le laisser s'expliquer. Parce que c'était tout ce qui comptait dans l'instant. Le soleil se couchait dehors et tout était laid après la pluie, triste et fade, sans couleur, même le ciel avait l'air gris. Tout ce qu'il voulait était retrouver la chaleur de ses bras et lui raconter combien Jean était énervant, combien il avait hâte pour ce concert, combien il détestait aller aux toilettes au lycée et combien Bertholdt avait battu tout le monde en cours de sport. Il voulait avoir faim, froid, sommeil avec lui. Juste rester là, attendre.

Ça suffisait.

"Ouais, c'est ça."

"Non, je te jure. J'ai – écoute, c'est –" Eren grogna. Il ne savait même plus comment le dire. "J'ai paniqué. Mikasa m'avait demandé ce que je fichais dehors, et, je savais pas quoi faire? Elle m'a demandé si j'étais dans les combats de rue, j'ai dit non, parce que bordel? Il se passe absolument rien dans cette ville, alors des combats de rues? Après elle m'a demandé si j'étais dans la drogue, alors, j'ai dit non – puis elle m'a demandé si je voyais quelqu'un et là, j'ai cru faire le bon choix en disant la vérité, parce que c'est pas totalement mentir, tu vois? Alors, j'ai dit oui – et elle a commencé à me demander comment elle s'appelait, et j'ai compris que c'était un terrain miné où j'aurais pas dû poser les pieds, et, Christa est gentille, je savais qu'elle comprendrait, et Mikasa ne la connaît pas alors c'était la réponse la plus sûre, tu vois? Elle m'aurait jamais cru si j'avais dit Ymir et je pouvais pas non plus dire Sasha parce que Connie et elle flirtent depuis la sixième et…" il soupira, profondément dépassé.

"Eren."

Il ne savait même pas si ce qu'il disait avait un quelconque sens.

"Ecoute, je sais que j'ai merdé, mais –"

"Eren…"

"Je te jure qu'il se passe absolument rien entre –"

"Eren!"

"Il faut vraiment –"

"Eren, ferme-la!" cria Levi à nouveau, et il eut une brève sensation de déjà-vu.

Mais il se tut quand même.

La mallette que Levi tenait dans sa main gauche tomba à terre et hésita une seconde avant de basculer sur le côté. Puis Levi se figea, et finalement, au bout d'un temps, lui fit face.

Ses yeux débordaient d'émotions et il aurait presque eu peur de s'y aventurer s'il n'avait pas déjà pris l'habitude de le faire. Son visage transpirait tout : la colère, la déception, la tristesse, l'affection.

Oui, elle était encore là.

Eren sentit son coeur mourir un peu plus à ce constat. Levi détestait qu'on lui mente, et pourtant il venait de le faire; et pire encore, il venait de lui faire une belle frayeur. Et dire que Levi avait réellement cru qu'il avait une petite-amie depuis le début… mince c'était malsain.

"Je sais pas comment faire," lâcha Levi, trop bas peut-être. Mais le silence était complet alors Eren l'entendit quand même.

"Comment faire quoi?"

"Tout ça," souffla-t-il, et il semblait presque souffrir physiquement.

"Est-ce que tu me crois au moins? Ecoute je peux appeler Christa si tu veux, elle te dira ce qui –"

Ses mots se noyèrent sous la voix de Levi, juste un instant.

"Eren, tais-toi…"

"- elle est timide tu sais, mais si je lui demandais je suis sûre qu'elle –"

"Eren, pour l'amour de Dieu!"

Eren se tut à nouveau et croisa ses yeux.

Il y eut un craquement étrange, mais Eren était trop troublé pour vérifier ce que c'était. Son coeur, le sol, peut-être que le bâtiment s'effondrait. Il s'en fichait bien.

Il eut juste le temps de voir Levi fondre sur lui et instinctivement, Eren se laissa faire. Son dos heurta brusquement le mur derrière lui et les mains de Levi agrippèrement son cou, avec autant de fermeté que de douceur, et Eren prit son visage entre ses mains alors qu'ils allaient vers l'autre d'un même mouvement, parce que bordel, ils en avaient envie; ils le savaient tous deux. Ils en avaient… besoin, même.

Et le soulagement était réciproque, oui.

Leurs lèvres se trouvèrent et Eren perdit son souffle avant même qu'il ne trouve les siennes.

"Je devrais te foutre dehors pour ça," marmonna Levi une fois leurs lèvres détachées. "Mais j'ai attendu ça trop longtemps et je suis un véritable égoïste," ajouta-t-il.

Eren voulut rire, sourire, peu importe, mais il pouvait uniquement sentir la chaleur revenir, s'installer insinueusement là où elle pouvait, et se pencha légèremet pour trouver les lèvres de Levi à nouveau. Il commença à s'y faire, aussi. Il attrapa sa lèvre inférieure, presque assez maladroitement pour la mordre, puis embrassa chastement le coin de ses lèvres, avant de faire la même chose sur sa mâchoire, migrant dangereusement dans son cou.

Alors, Levi soupira, parce qu'il manquait de souffle et d'énergie, que c'était bon, que c'était vraiment bon, et qu'il n'y avait pas de mots pour exprimer à quel point il l'avait détesté une minute plus tôt. Il l'avait haï de toutes ses forces, sachant qu'il ne pourrait probablement jamais le détester assez, alors il he haïssait plus fort encore.

Au moins, leur stade embarrassant de collégiens amoureux était définitivement passé, car Eren sentit une vague de bravoure naître en lui et osa laisser ses mains vagabonder dangereusement jusqu'à se figer sur ses fesses. Levi ne dit rien, ne chercha pas non plus à s'en défaire, et sans trop savoir comment, la seconde d'après, Levi était projeté contre le mur voisin, Eren avec.

Il grogna sous la douleur de sa main écrasée contre la porte et parler devint la chose la plus difficile. C'était comme être ivre et manquer de souffle en même temps.

Et manquer cruellement de vocabulaire.

"J'suis…" commença-t-il, mais se perdit tout en embrassant le creux de son cou, luttant toujours un peu plus pour découvrir de la chair dénudée. "…Désolé…"

"Eren!" s'écria presque Levi, mais il ne réagit même pas. "Intérieur…"

Il voulait crier, mais ses poumons refusait. Il arrivait à peine à respirer.

"Rentre à l'intérieur," répéta Levi, avec un peu plus de contrôle, sa main droite perdue dans la chevelure d'Eren, et l'autre perdue quelque part, mais il n'était plus certain d'où.

Eren l'embrassa près de l'oreille et Levi lâcha un son grave, entre le grognement et le marmonnement. Ça l'aurait fait sourire s'il n'était pas momentanément incapable de faire quoi que ce soit d'autre que rester planté là, collé contre lui.

Ça semblait tellement réel, comme si… comme si c'était là qu'il était censé être depuis le début.

Et ils avaient tellement de temps gaspillé à compenser, tellement de baisers non-osés qu'ils devaient rattraper…

"Eren," commença Levi à nouveau, d'une petite voix, cette fois-ci – mais Eren s'écartait déjà sans prévenir et Levi resta là, appuyé contre la porte comme une étudiante ivre et en pleine délire.

Eren ramassa son sac à dos, attrapa la mallette de Levi et posa sa paume libre près du visage de Levi, contre la porte. C'était tellement agréable d'avoir l'avantage de taille…

"J'suis désolé," répéta Eren en embrassant le coin de ses lèvres, encore.

Levi enroula ses bras autour de son cou et Eren ouvrit la porte d'une main aveugle, retenant Levi de son autre main. Il jeta les sacs à l'intérieur, n'importe où, parce que ça n'avait pas d'importance, et poussa Levi à l'intérieur sans trop savoir ce qu'il faisait. Leurs corps étaient collés l'un à l'autre, indissociables, et il ne connaissait pas de chose comparable à ça. Juste le fait de l'avoir contre lui, si proche, si… accessible.

Levi était une coquille pleine de méfiance et de craintes et il avait littéralement autorisé Eren à voir au-delà, à entrer dans son monde, à en faire partie, d'une manière ou d'une autre. Ça n'avait rien d'officiel, mais ça avait un sens. C'était sincère.

Il fermait la porte d'un violent coup de pied et manqua de basculer vers l'arrière, mais Levi le rattrapa à son tour et leurs mains se retrouvèrent perdues ils ne savaient plus où sur l'autre, juste là, leur assurant la sécurité la plus totale.

Eren avait tellement de frustration en lui. D'avoir menti. D'avoir caché. De s'être retenu, peu importe de quoi. Et Levi, Levi il… il avait tellement de colère, de peur, de stress aveugle en lui, qu'il avait besoin de se noyer dans la pénombre juste un instant, et tout oublier.

Eren aurait dû en faire partie, vu tout ce qu'il apportait comme problèmes. Mais le fait est, il n'en avait pas envie. Il avait envie de se perdre, oui, mais de se perdre avec Eren, de se perdre dans ses yeux, sous ses mains, juste n'importe où et n'importe comment tant qu'Eren était là avec lui et maintenait sa tête hors de l'eau.

Sans trop savoir comment, Eren rencontra un deuxième mur et agrippa la veste de Levi jusqu'à ce qu'il écarte les bras et qu'elle tombe par terre. Ses mains longèrent ses bras, taquinèrent son cou puis attrapèrent sa cravate pour l'amener plus près encore, même si Levi l'emprisonnait déjà là, entre son propre corps et le mur, et ses mains de part et d'autre de son visage comme des parois autour de lui. Levi était petit mais il était fort, et déterminé, aussi.

"J'suis pas près," murmura Levi, et il sembla… éreinté.

"Moi non plus," ricana Eren contre sa joue, avant d'embrasser son cou à nouveau, et il sentit Levi sourire en se laissant aller contre lui.

Aucun d'eux n'était près, non, pour quoi que ce soit. Mais c'était ça, la bonne chose.

"Eren," l'appela Levi, mais Eren ne répondit pas. "Eren," essaya-t-il encore.

Il marmonna contre sa peau et Levi nicha son visage de le creux de son cou, entre sa peau brûlante et le coton de son sweatshirt. Eren n'avait pas menti, c'était vraiment doux, cette connerie.

"Quoi?"

"Eren les chaussures," continua-t-il, et Eren rit de plus belle avant de laisser une ribambelle de baisers papillon le long de sa mâchoire, sa cravate toujours fermement en main.

D'un mouvement de pieds agile, Eren retira ses baskets, et Levi l'imita peu après, et sans se soucier de la lumière toujours éteinte, des sacs abandonnés à l'entrée ou de la faim qui grandissait dangereusement dans leurs estomacs, ils restèrent collés l'un contre l'autre en avançant prudemment, mètre après mètre.

Eren guida Levi, qui marcha à reculons, s'agrippant à Eren de toutes ses forces et alignant ses pieds l'un après l'autre avec tout le hasard du monde, et au bout d'un instant, dans la pénombre de sa chambre, Levi atterrit sur son propre lit. Immense, confortable, toujours composé que de ridicules matelas épais. Moins d'une seconde plus tard, Eren atterrissait au-dessus de lui, mais plaqua ses paumes sur le matelas pour ne pas l'écraser douloureusement.

"Petit merdeux," marmonna Levi à mi-voix, et Eren le regarda d'en haut.

Il rit.

Puis se pencha, doucement, très doucement, pour capturer ses lèvres. Une fois, lente et douce, puis une deuxième, et une troisième, et peu à peu, c'était plus familier, plus rapide, plus net et précis. C'était comme doucement s'habituer à quelque chose, et bordel, il y prenait goût oui.

Il se figea finalement, sa bouche contre la sienne mais leurs corps totalement figés, et ferma les yeux. Levi enroula ses bras autour de sa taille et l'amena contre lui, et il se laissa faire parce que, pourquoi pas. Eren écarta ses jambes et entremêla les leurs, ne formant plus qu'un amas indistinct de membres et de draps.

Puis Levi se mit à lui caresser le crâne de sa main libre et Eren ferma les yeux, sa tête blottie dans son cou chaud et à l'odeur familière.

Christa? Quelle blague.

C'était un quiproquo stupide qui n'avait pas lieu d'être car, depuis le début, Levi était tout ce qu'il voulait.

"C'est ton dernier jour de cours, pas vrai?" demanda Levi, si bas qu'il crut qu'il s'endormait. C'était peut-être le cas.

"Hm," marmonna Eren contre lui.

"Reste dormir," et ça sonnait comme une prière. C'en était une.

Eren ne répondit rien, pour une fois, et se contenta de le serrer plus fort encore. Il n'avait même pas besoin de le lui demander.