Je suppose que vous allez me demander quelle chanson pourrait correspondre à la fin du chapitre... enfin, le concert. Côté batterie/énergie/harmonie blah blah blah, Dance, Dance de Fall Out Boy a un peu les mêmes... coutures ? Je me comprends. Sauf que Jean a une voix un peu moins particulière, genre, visez les chanteurs de pop punk style un mélange entre Mark Hoppus et un chanteur de 5SoS, quelque chose du genre. Et sauf, aussi, que l'ordre des instruments n'est pas le même dans cette chanson et que la fin de la chanson (Eren/Jean, fin faut lire j'imagine) est pas la même. Donc l'atmosphère est la même, avec Eren bien présent dans la chanson, batterie énergique, Ymir qui s'éclate, Bertholdt essentiel tout au long de la chanson, et Jean qui booste son égo au devant de la scène. I Write Sins Not Tragedies de Panic! at the disco a aussi des points communs, même si je m'en rends compte qu'en l'écoutant là, tout de suite, en écrivant ça. Sauf que y a pas de violon et que Bertholdt est plus présent encore. Mais bon, vous cernez le truc. C'est de la pop punk de toute façon. Si je trouve une chanson qui correspond je l'ajouterai sur mon profil ffnet, en-dessous des liens de playlist déjà existants. Quand à la toute fin du chapitre, à partir du moment où Jean s'en va, je pense que Shyer de London Grammar fera l'affaire. J'écoute pas ce groupe habituellement, mais l'atmosphère est... ben, pas mal du tout.
M . Ac (désolée pour les espaces, tumblr a un bug ?) - Alors, j'ai déjà répondu à cette question sur mon tumblr, et j'ai répondu que je ne savais pas, mais que je visais de toute manière plus loin qu'All Adventurous parce que pour moi, je l'ai fini trop vite. Beaucoup trop vite. Alors, dans l'idéal, 30 chapitres, si je trouve matière à écrire jusque là. Passengers se constitue de rien, c'est littéralement un type qui bosse dans un bureau et un adolescent trop émotif, y a rien de badass, de trop dramatique, rien d'incroyablement différent qui sort du décor, c'est juste leur relation pas banale dans un cadre banal donc, y a du fluff à exploiter mais je dois aussi trouver de quoi remplir les cases... donc, ouais, 30 dans l'idéal, en tout cas je compte pas finir avant quelques chapitres. J'en suis qu'au 22 mais AATD s'est terminée avec 23 et ne t'inquiète pas, le prochain ne sera pas le dernier. Voilà j'espère t'avoir éclairée et merci d'avoir lu ! Contente que ça te plaise.
Emineckochan - Aha non en fait il était même un peu plus long que la moyenne ! Mais le chapitre 22 (fin, celui-là) est ENCORE plus long, donc si tu le trouves encore plus court, c'est définitivement toi qui lit trop vite. L'aubaine, n'empêche, parce que moi j'ai beau écrire vite (sur mon clavier et tout), je lis aussi vite qu'une tortue c'est impressionnant. Donc, c'est pas une mauvaise chose. Et NON, constructif ou pas, y a pas de critère, un rien me fait plaisir alors défoule-toi omg. C'est trop chou.
DrakengardCataclysm - Woh, pas besoin de me vouvoyer, l'ami ! Mais sache que ton commentaire m'a énormément flattée parce que c'est pas la première fois qu'on me dit que j'ai Passengers dans le top 5/whatever des fictions Ereris, et ça... ça n'a pas de prix ! Je ne sais pas de quoi j'ai l'air à grande échelle dans le système des fictions françaises sur Ereri, mais honnêtement, je m'en fiche parce que vous êtes parfaits et tout est parfait. Bouah.
M.H.N.S - Hello ! Merci, c'est adorable. C'est vraiment plaisant de lire ça ! Et vous faire sourire avec mes updates... dis rien mais, c'est mon but secret. Dis rien, hein ? Top secret. Aussi, pour te répondre, non, Mikasa n'a rien dit quant à l'écharpe parce que a) Eren est assez grand pour s'acheter ses propres affaires et b) il l'a oubliée dans son casier, ce qui est mentionné à la fin de ce chapitre. Mikasa est allée au lycée avec Sasha et sa mère ce jour-là tandis qu'Eren a pris le bus, et ils ne sont pas dans la même classe au lycée puisque Mikasa est plus âgée donc à partir du moment où ils ne font pas le trajet ensemble/ont des horaires différents, qu'ils se croisent au lycée n'est jamais assuré. Je le sais parce que mon frère a un cursus post-bac dans mon lycée, et on se croise très peu, ou alors, souvent de loin, style moi à la fenêtre de mon bâtiment. Donc c'est très bien possible ! Si tu as d'autres questions n'hésite pas et merci d'avoir pensé à ce détail parce que ça aurait pu être une incohérence de ma part... Brrr, les incohérences.
SonateVal - Magique ? Eh ben, ma parole, ça me fait plaisir que tu penses ça, parce qu'à chaque fois j'ai des doutes quant à mon propre avis sur mes chapitres et, ça me rassure de savoir que la plupart du temps c'est 50% de doute et 50% de jugement subjectif venant de moi. Encore une fois, tu n'es pas la première fois qui me dit que Passengers est sa fiction préférée, de toutes les miennes, j'entends, hein, et woh, ça me fait plaisir, surtout que Passengers est parti de rien, et est né de la pensée la plus banale après une longue journée au lycée. Franchement, prendre le bus est vraiment chiant, mais si ça m'apporte d'autres idées comme celles-là, alors je veux bien. Et ouais, je l'attendais moi aussi pour être honnête ! Pour le prochain chapitre, je pense que les choses passeront à un stade un peu plus supérieur, au moins juste un peu. Parce que voilà. Patience inexistante et développement, quoi. Pleurer ? Wah, non, pleure pas mon ami. Et... sans blague, ton commentaire, plus je le relis, plus il me réchauffe le coeur et me fais sourire. Et non, ne t'excuse JAMAIS pour m'écrire un roman parce que c'est l'une des rares choses qui éclairent mes journées, alors, si ça te prend, surtout continue. Puis t'en fais pas, pour te répondre, je prends probablement presque autant de plaisir à l'écrire que toi à la lire. Après, je l'écris toujours un peu avant l'aube et la termine quand il fait jour, alors la fatigue est un facteur, mais la satisfaction d'avoir écrit, terminé, posté un chapitre est sans prix. Je ne sais plus qui disait ça, mais j'ai lu une citation un jour sur les auteurs qui disait qu'écrire n'était pas bien, ne pas écrire n'était pas bien non plus; la seule chose acceptable et supportable est d'avoir juste écrit. C'est vrai, vrai, vrai !
Grwn - Ouais, comme Yumikuri est canon, j'ai du mal à shipper les filles avec d'autres personnes, en fait, les seules personnes avec qui je shippe sans mal Ymir c'est Eren et Bertholdt, mais pas dans cette fiction, et j'avais besoin de ça pour que Christa remonte dans mon estime parce que sans que je sache trop pourquoi, j'ai énormément de mal à la supporter dans le manga (ou l'anime, d'ailleurs). Je trouve que son passé est bien là, tout est présent, mais elle, dans l'histoire en elle-même... elle est, inutile ? Enfin, je me comprends. Je la trouve trop passive et inactive face à tout le reste, même Ymir agit plus qu'elle, quoi. Après, je ne sais pas si tu as lu les scans, mais j'espère qu'avec ce qui l'attend, elle sera plus utile etc. Et un peu plus humaine, aussi ? Je sais pas, c'est bizarre, ça doit être moi. Donc ouais, j'avais besoin de ça, tu rêves pas, Ymir était bien intéressée. Et ouais, pour Eren, c'est sûr. Mais cet idiot réfléchit jamais avant de parler et Mikasa tient beaucoup à lui alors il voulait pas l'inquiéter ou lui donner l'impression de mentir en disant qu'il voyait personne (parce qu'au final le truc avec Christa est plus proche de la vérité que de dire qu'il voit personne, c'est ça le pire, ha). Au moins Mikasa s'inquiète moins, et bon, parfois un petit mensonge vaut mieux que la vérité. Et ouais, Levi a bien flippé, mais ça se comprend, ce type s'ouvre avec presque personne et pour x raison il a fait confiance à ce gamin dès le départ, alors apprendre qu'il avait déjà quelqu'un ? Woh, je l'aurais frappé. M'enfin. Quiproquo de base. Et merci, c'est chou !
LoloSawyer - Ah, entre antisociales, on se comprend ! High five ! Bon, je suis contente que tu aies aimé ce chapitre, alors. Je sais pas si tu prends le bus, mais c'est affreusement dur de pas entendre les conversations, même quand t'es à l'avant du bus et que les personnes en questions sont au fond... parce que c'est petit et mine de rien le moins ricanement peut être entendu (malheureusement), et là, comme si ça suffisait pas, ils sont assis presque à côté, seule l'allée les sépare. (Si mes souvenirs sont exacts ?) Et, oui, normal pour Levi, il est plus mature, plus... terre à terre que Eren, qui rêvasse et se fait des espoirs sans même le réaliser; Levi a conscience de chaque chose et s'embourbe quand même là-dedans de sa pleine volonté, aussi il a VRAIMENT beaucoup de mal à s'exprimer, même si ça se voit pas, et j'ai lu une interview avec Isayama qui disait qu'en romance, Levi avait, effectivement, beaucoup de mal à faire passer le message, s'exprimer en général, tout ça. Alors, ça se tient. De ce côté-là, Levi est canon. Après, dans mon tête, c'est bien dosé, mais je ne sais pas comment ça se ressent dans mes chapitres. Eren est plus... comme nous tous, je dirais. Il a pas encore vécu grand chose et il découvre tout juste. Donc, c'est normal que Levi soit le plus... comment dire... ouais, je sais pas, mais je vois ce que tu veux dire ! Et merci, smooch pour toi !
Aho-Ushi-Lambo - Yeah, mission réussie ! Oui, honnêtement moi aussi j'avais hâte de mettre tout ça sur la table... Je suis une fille PLEINE de clichés, de gros clichés de merde, alors les disputes qui se terminent comme ça... j'en pince. J'ai honte, mais j'en pince. Burh. Sauvez-moi du diable. Et encore, je te raconte pas à quel point Fem!Ereri dans un univers de football/cheerleading me rend... me rend... aaaaah. Je suis trop cliché rien ne va. Mais si un jour j'écris pas, bordel, ce sera pire qu'un sitcom ! Haha pour le truc de la nana bafouée, j'y avais pas pensé, mais c'est énorme effectivement ! Bien trouvé. Mouais, c'est une bonne chose parce que Eren est un puceau de première classe et Levi ne sait pas du tout comment faire (dans mon esprit, il est puceau aussi, parce que de toute façon, ça l'a jamais trop intéressé; après je réfléchis encore sur la question de son passé, d'Erwin -qui va apparaître bientôt btw- et tout, parce que soit Levi est aussi vierge que lui, soit il ne dira rien, et personne ne saura, niark niark). Je vais faire une ellipse dans le prochain chapitre parce qu'il faut bien les faire grandir un peu et que ça aidera pour le développement autant que pour leur relation. Eh. On approche. Et ouais, qu'ils ne s'appellent pas "petit-ami" ou se disent "je t'aime", ça a beaucoup d'importance pour moi. Beaucoup trop de fictions se basent là-dessus et ça fait toute la différence... Peu importe le rating, je veux dire. Eren est jeune et ignorant, Levi est hésitant et maladroit, et tous deux n'ont absolument aucune idée de ce que ça veut dire, alors ce serait stupide de se jeter dans ces contours-là et les mettre dans le moule. Je pense que le mot magique sera prononcé d'ici la fin de la fiction, dans une dispute, peut-être, parce que eh, encore, je suis une fille de cliché, mais ce ne sera pas le point central, quoi. Passengers est VRAIMENT basé sur rien du tout, autrement dit, leurs moments passés ensemble, chez Levi, et comment ils s'apprennent peu à peu. J'espère que pour le réveil, je t'ai pas déçue... parce que j'avais déjà cette idée en tête avant de lire ton commentaire et gah, je ne sais pas si c'est ce à quoi tu t'attendais ? Et ha, si tu comptes relire AATD, prends le temps de dormir/manger et tout le tralala ! Merci pour les compliments et pour tes reviews régulières, hyper longues et... incroyablement adorables. J'adore lire ton point de vue, ton avis etc.
HOLY SHIT. Répondre aux reviews m'a presque pris autant de temps que d'écrire la moitié du chapitre. Je pense sérieusement à répondre aux reviews dans un post groupé sur mon tumblr, parce qu'ici ça prend de la place et c'est pas pratique, mais c'est plus pratique pour vous de trouver ça directement ici et avant le chapitre, alors, je ne sais pas. J'espère avoir répondu à tout et à tout le monde, et n'oubliez pas que je suis ouverte à toutes questions, points de vue etc.
Yo ! Moi je vais dormir. Je vous aime.
/ AUSSI, HELP. Je crois que je suis en train de penser à un AU de cheerleaders avec Fem!Ereri tout ça dans un univers cliché et humoristique genre, film des années 90 qu'on regarde secrètement en ravalant sa honte, voyez ? Non mais imaginez une seconde Eren en seconde au lycée, Levi sous-capitaine de l'équipe de cheerleading et as en sciences, Armin qui se sert de son intelligence pour faire payer les secondes en échange d'informations, de fuites de tests etc, Jean dans l'équipe de football et Eren avec de sérieuses tendances à apprécier les jupes de cheerleaders (et les longs cheveux). OK, l'idée est venue en répondant à l'une d'entre vous, et ça fait dix minutes que j'y pense non stop, si jamais je sors une fiction pareille, tuez-moi, d'accord ? Trop d'émotions. Aussi ce serait un AU des années 90, encore, parce que franchement... imaginez Jean et ses goûts musicaux, ou fem!Eren avec des crop top (j'adore) et des goûts un peu punk/grunge... holy shit. AH. Dites-moi ce que vous en pensez. Je suis un cas désespéré.
Ce n'était pas la première fois qu'ils s'endormaient comme ça, sans prévenir, sans trop le vouloir non plus, sans même avoir mangé ou ôté leurs vêtements. Mais l'émotion les avait épuisés et ils n'avaient pas vraiment cherché à lutter, parce que blottis l'un contre l'autre, leurs souffles emmêlés et bercés par la respiration de l'autre, ils n'avaient pas besoin de plus. La chaleur qu'ils se prodiguaient était largement suffisante, et leurs journées étaient généralement assez lourdes pour qu'ils s'endorment sans le moindre mal.
Eren s'était réveillé le premier, et avait prit soin de démmêler leurs jambes sans réveiller Levi. Il dormait encore, profondément, paisiblement, et le réveiller aurait été un crime. Il s'était dégagé à contre-coeur, avait noté à quel point il manquait quelque chose sans Levi contre lui, et s'était assis au bout du lit pour le regarder dormir. Il était allongé sur le dos, un bras barrant son estomac et l'autre perdu dans les draps là où Eren s'était défait de son étreinte. Le lit était encore fait, les lumières éteintes, et il réalisa qu'ils avaient dû dormir plusieurs heures, car l'appartement était plongé dans le noir complet. Sa chambre était rarement éclairée de toute façon.
Il rampa hors du lit et hésita à se laver. Mais, non. Se laver sans Levi était d'un ennui mortel et il n'en avait pas la force de toute façon. Il avait faim – très faim. Alors il se dit qu'il pouvait bien risquer de froisser Levi et tenter de cuisiner quelque chose, même de basique, au risque de mettre le feu au bâtiment. Il avait chaud, alors il retira son pantalon et son sweatshirt, frotta ses avant-bras dénudés et réajusta ses chaussettes avant de s'aventurer dans la cuisine à l'aveugle.
Il trouva une lampe à côté du frigo et tâta le vide jusqu'à l'allumer, puis prit une minute pour regarder autour de lui. Comment il s'était accoutumé à cet endroit, à ses détails, comment il avait grandi familier à tout ça sans même s'en aperecevoir. Les choses avaient commencé d'une manière étrange, il fallait le dire. Levi l'avait invité chez lui. Puis il avait toqué à sa porte trempé jusqu'aux pieds et Levi l'avait prit sous son aile sans rien demander. Il lui avait cette chose, aussi. Tu n'es pas un étranger. Il n'en était peut-être pas un, c'est vrai – et il avait envie de devenir tellement plus.
Distrait, il ouvrit la porte du frigo et examina son contenu. Il n'y avait pas grand chose qui entrait dans ses critères et correspondait à ses compétences en même temps, alors il finit par opter pour un concombre et de la crème fraîche. La dernière fois qu'il avait fait ça, ça n'avait pas semblé trop mauvais. Il sortit un verre et versa du jus d'orange dedans, puis prépara un thé après avoir sorti une planche à couper, un long couteau et deux bols.
Et tout en découpant la peau du fruit, Eren se mit à sourire, comme ça, sans raison. Il dut s'arrêter et poser le couteau sur le plan de travail parce qu'il ne faisait même plus attention à ce qu'il faisait. Et il posa le bout de ses doigts sur ses lèvres, conscient que celles de Levi s'y étaient posées un peu plus tôt. Qui aurait cru qu'une chose pareille arriverait? Pas seulement un baiser. Ou plusieurs – ou peu importe. Ça. Leur amitié, leur… qu'est-ce que c'était, d'abord? Il n'en avait pas la moindre idée, mais il savait qu'il n'échangerait ça pour rien au monde. Alors il continua de rêvasser, reprit le couteau et commença à couper dans la longueur.
Il n'y avait que le silence et le bruit du couteau contre la planche, et parfois aussi, Eren chantonnerait peut-être une mélodie sans nom, perdu dans ses pensées épaisses et pourtant légères, ce soir. Il jeta un coup d'oeil à l'horloge et nota qu'il était une heure du matin, à quelques mètres près, en tout cas. C'était vraiment une opportunité singulière pour cuisiner… mais tant pis, ça lui plaisait. Durant la nuit il y avait plus de place pour penser.
Une fois qu'il eut fini, il glissa la moitié des morceaux dans un bol, et le reste dans l'autre, et y ajouta maladroitement deux perles de crème fraîche. Une pincée de sel ; il ne prit même pas la peine de touiller. Il planta deux fourchettes, se dit qu'il rangerait le bazar plus tard, même s'il était conscient que Levi lui arracherait les yeux pour ça, probablement, et attrapa les bols pour trottiner comme un enfant satisfait jusqu'à la chambre de Levi, la porte laissée ouverte.
Il la repoussa d'un coup d'épaule et grimpa maladroitement sur le lit, priant ses genoux de ne pas le trahir. Il s'assit à califourchon sur Levi et le regarda, encore endormi, alors que sa poitrine se soulevait doucement sous lui. Un instant, il hésita à le réveiller, mais ils pouvaient bien se rendormir après de toute façon. Il le ferait, c'est sûr.
"Levi…" essaya-t-il, mais Levi était immobile et ses yeux demeuraient fermés. "Levi."
Un grognement lointain lui répondit et quelques secondes plus tard, il ouvrit un oeil. Puis l'autre. Puis redressa la tête. Puis les ferma tous les deux et laissa sa tête retomber contre l'oreille. Et soupira.
"Bordel il est quelle heure…"
"Une heure du matin. Plus ou moins."
Il soupira derechef et couvrit son visage de ses avant-bras. Puis deux secondes plus tard, les fit mollement rebondir sur le matelas de regarda Eren dans les yeux, même si Eren n'était pas sûr qu'il le voyait – nettement, en tout cas.
"Ça va ?" demanda Eren, un brin inquiet. Ça lui rappelait ses lundis matins.
Levi tenta de s'étirer sous lui mais renonça, et se redressa sur ses coudes avant de lui jeter un drôle de regard.
"Qu'est-ce que c'est ?"
"Huh," fit Eren, "du concombre."
"Du concombre ?"
"Ouais, tu sais, un truc long et vert."
Levi secoua doucement la tête, parce qu'Eren était vraiment un idiot et que le sourire narquois qu'il avait sur les lèvres méritait d'être effacé. Mais il se contenta d'hausser un sourcil comme pour le défier de jouer au plus malin et Eren sourit encore un peu plus, avant de lui tendre un des deux bols. Levi fit mine d'hésiter, puis attrapa un des deux et se redressa légèrement, emmenant Eren avec lui. C'était un poids sur les genoux, mais Eren n'était pas si lourd, et de toute façon, ce n'était pas ça qui lui ferait du mal. Il avait beau être petit, il était plutôt résistant.
Eren tint son propre bol dans ses mains et contenta de le regarder piquer sa fourchette dans un morceau, hasardeux, et l'amener jusqu'à ses lèvres. Il le fixa quand il mâcha, avala et rendit un regard vierge d'émotions dans sa direction.
"…Alors ?"
Levi attendit.
Il ne voulait pas lui donner cette satisfaction, m'enfin.
"Pas mal." Et haussa les épaules.
Eren sourit comme un gosse et commença à manger, et ils ne firent que ça pendant cinq minutes, piquer dans leur bol, mâcher, se regarder, avaler et se chercher encore. S'envoyer des piques, ou se bousculer gentiment sans pour autant se détacher. Eren n'était pas décidé à bouger de toute façon.
"Tu es réveillé depuis longtemps ?" demanda Levi en posant le bol par terre, à côté du lit, menaçant de tomber dans le vide en emportant Eren avec lui.
"Pas vraiment." Il haussa les épaules à son tour et croqua dans un morceau de concombre. Ça n'était vraiment pas mauvais. "Désolé de t'avoir réveillé."
Levi ne répondit rien et ils se regardèrent juste, parce que la plupart du temps, parler était quelque chose de superficiel. Ils étaient maladroits ensemble, mais ils l'étaient surtout avec les mots, et ils préféraient profiter du silence ensemble plutôt que de sauter sur chaque occasion de le gâcher.
"Et hm," tenta Eren, mais il avait détourné les yeux et il sentait le sang battre dans ses oreilles. "Désolé pour, tu sais, cette histoire stupide. Avec Christa."
Le silence suivit et Eren pensa d'abord qu'il aurait dû se retenir d'aborder le sujet. Mais au moment même où il s'apprêtait à regarder Levi pour vérifier s'il n'était pas en colère, celui-ci attrapa le bol d'entre ses mains et le posa par terre à son tour. Il était presque vide de toute manière.
Puis il se redressa un peu plus, Eren toujours puérilement assis sur son estomac, et prit son visage entre ses mains.
"Qu'on soit clairs," commença Levi, sérieux mais quelque part, ça ne l'effrayait pas. "J'ai aussi agi comme un idiot, et tant que tu me diras la vérité, toute la vérité, je n'ai aucune raison de t'en vouloir plus longtemps." Il avait détaché chaque syllabe, chaque mot avec soin, et Eren esquissa un sourire presque timide en baissant les yeux.
Levi essuya du bout du pouce le coin de ses lèvres, où Eren avait l'air d'un petit enfant incapable de manger proprement, et le força à le regarder dans les yeux.
"Je ne sais pas comment on fait, Eren. Rien de tout ça. Mais je sais qu'il faut éviter les secrets à tout prix entre nous deux. Je t'ai déjà tout dit. S'il en est de même pour toi, alors, nous sommes quittes."
Les yeux de Levi étaient tellement… troublants. Ils brûlaient de sincérité, de quelque chose de pur qui le rassurait à chaque fois. Oui, Eren lui avait tout dit, du moins, il en était presque certain.
"Okay," finit-il par murmurer alors que Levi caressait ses joues comme il l'avait fait un peu plus tôt.
"Tu sais, je ne sais pas ce qu'on est en train de faire, mais je sais que ce sera compliqué. Tu es vraiment sûr de vouloir t'embarquer là-dedans ?"
"Qu'est-ce que tu veux dire ?" marmonna Eren, sur la défensive, et il réalisa qu'il se braquait inutilement – mais c'était plus fort que lui.
Levi l'attira un peu plus près et tint fermement sa tête entre ses mains, pour s'assurer qu'il ne s'échapperait pas. Yeux dans les yeux, il n'entendait plus que son coeur battre.
"Je veux simplement dire que tu es jeune, que tu as encore la vie devant toi et que tu veux probablement t'amuser pendant que tu le peux encore."
"Quoi ?" Eren rit, mais c'était nerveux, hystérique. Ça n'avait pas de sens. "Est-ce que tu es en train de –"
"Non, Eren, je suis en train de rien du tout. Je te rappelle seulement que…" il se tut, tourna la tête, soupira. "J'ai presque l'âge d'être ton père, Eren. J'ai un job, un appartement, des factures à payer. Aussi je ne parle pas assez, je suis toujours irritable et je ne suis même pas capable de conduire une putain de voiture. Où est-ce que tu veux aller avec ça ?"
Il replongea dans son regard et cette fois, vit qu'Eren était totalement adouci. Presque peiné.
"Dis pas ça." Il sembla chercher de l'air. "Dis surtout pas ça, Levi. Parce que ce n'est qu'une infime partie de ce que tu veux bien laisser les autres entrevoir chez toi, et en plus, tu as de bonnes raisons pour chaque chose que tu fais. J'ai pas besoin d'un chauffeur ou d'un coach d'humeur personnel. Okay ?"
Comme il s'y attendait, Levi ne répondit rien, trop occupé à examiner la lueur précieuse au fond de ses yeux. Ce gamin n'était pas possible. Il était naïf, aussi, et c'était égoïste de sa part d'en profiter mais, qui n'en aurait pas fait autant ?
"Si tu es capable de me supporter tel que je suis maintenant, alors le pire cap est passé, parce que je suis qu'un adolescent immature et incapable de grandir." C'était faux, pensa Levi, mais il avait trop de choses à dire pour le lui rappeler. "Quant à moi, je m'engage totalement à supporter tes répliques irritées et ta mauvaise humeur, autant que cette obsession avec la propreté et les chaussures qu'on laisse à l'entrée." Eren sourit, et Levi leva les yeux au ciel. "Je me fiche de l'âge que tu as, tu sais. C'est vrai que c'est délicat, et peu de gens comprendraient, j'imagine. Mais Hanji elle l'accepte, non ?"
"Eren, Hanji est différente." Il soupira presque.
Oui, Hanji était différente à bien des égards. Ouverte d'esprit, naturellement curieuse et généreuse, sans pour autant perdre le côté fier et leader de sa personnalité. Elle avait toutes les qualités (et les défauts, aussi) d'une bonne amie, et c'était naturel qu'elle comprenne quelque chose d'aussi banal que l'attachement insensé que Levi portait à Eren. Comme pour ne rien arranger, Hanji et Eren s'entendaient comme deux imbéciles, alors il était difficile de porter un jugement après tout ça. Mais quand même.
"Tu sais…" Eren commença, mais son coeur battait trop vite et il avait tourné les yeux vers la fenêtre, regardant l'obscurité à travers la vitre. Tout était sombre autour d'eux et il ne distinguait que Levi parmi tout le reste. "Si Petra avait été ta fille, je serais quand même resté."
Quand il tourna la tête à nouveau, il n'eut pas le temps de faire quoi que ce soit. Protester, réagir, reculer, prendre une quelconque initiative, parce que Levi avait glissé une main dans son dos et avait volé ses lèvres avant que celles-là ne disent des bêtises.
Ce n'étaient pas des paroles en l'air, et ça voulait dire beaucoup, autant pour un type "vieux" et solitaire comme Levi que pour un adolescent ignorant et encore trop jeune pour tout. Ça voulait dire beaucoup – mais ça voulait surtout dire qu'Eren s'abandonnait tout autant que Levi le faisait, même s'ils n'allaient jamais chez lui, sous aucun prétexte, que l'idée n'était même pas venue jusqu'à eux; même si Eren ne lui avait présenté aucun de ses amis et que Christa était la seule au courant; même si tout ce qui semblait se passer avait l'air de venir du côté de Levi. Il lui avait montré son job, là où il travaille, il avait regardé les étoiles avec lui. Il lui avait donné son premier vrai baiser et tout ce qui s'ensuit, parce que tout avec Levi avait l'air d'une première fois.
Mais l'air de rien, Eren lui avait donné tout autant, du temps, de la tendresse, de l'espoir aussi, à dose raisonnable. Il lui avait confié ses doutes d'adolescents, ses journées banales, il mettait de côté ses amis et sa famille et essayait de faire passer les désirs de Levi avant les siens, même s'il était compliqué de deviner quels étaient ceux de Levi.
Oui, ça comptait.
Alors Eren passa ses bras autour de son cou et Levi le serra un peu plus fort, et au moment où Levi se laissa tomber contre le matelas en emmenant Eren avec lui, son crâne heurta brusquement le mur. Un bruit sourd résonna, puis le silence, suivi d'un éclatement confus mêlant les jurons de Levi et le rire d'Eren.
"Merde," souffla Eren entre deux éclats de rire. "Est-ce que ça va ?"
Il se pencha au-dessus de Levi pour l'embrasser au coin des lèvres, mais Levi l'ignora et continua de jurer en se frottant vigoureusement la tête.
"Fais chier !"
Eren voulut dire quelque chose mais repartit dans un fou-rire, et se mit distraitement à dénouer la cravate toujours présente autour de son cou. Il la défit maladroitement, d'abord, puis concentré, et il ne réalisa même pas que le silence était revenu. Deux mains se posèrent sur les siennes et il se figea, levant les yeux uniquement pour croiser ceux de Levi.
"Qu'est-ce que tu fiches ?"
"J'enlève ta cravate."
Il ne répondit rien. Ça n'était pas vraiment une question, parce que la réponse était évidente, mais quelque part, Eren se demanda s'il n'avait pas voulu dire autre chose.
Avec le même air pensif qu'Eren, Levi laissa ses mains chaudes quitter les mains d'Eren pour remonter le long de ses avant-bras, les réchauffant au passage. Puis il les posa sur sa taille, trop fine et trop vulnérable, et glissa ses mains sous le tissu de son t-shirt, traçant des cercles maladroits dans le creux de son dos.
Eren ne le quitta pas des yeux et, le souffle coupé, continua de dénouer sa cravate à l'aveugle. Il finit par réussir à faire quelque chose d'utile, et lorsqu'il eut finalement réussi à la dénouer, tira doucement dessus pour s'en emparer. Il la jeta derrière lui, sachant que c'était une chose à ajouter sur la liste "à ne plus faire" le lendemain, parce que Levi découvrirait le bazar, même moindre, dans sa cuisine, et sûrement aussi ce qui suivrait sa cravate.
Tant pis, il prenait le risque.
Parce que c'était la seule chose à faire, Eren ferma les yeux et laissa Levi dessiner dans son dos comme le toucher d'un ange. Il n'avait même pas remarqué à quel point il était crispé. Eren commença à déboutonner sa chemise, mais s'arrêta au bout du deuxième bouton, parce que bordel, ce que Levi lui procurait dans l'immédiat n'avait pas de prix. Ses mains étaient douces, chaudes, pleines d'expérience et de souvenirs. Elles étaient confort et sécurité, et elles étaient comme une pommade indispensable, sans plaie nécessaire. Il attendit une dizaine de secondes avant de reprendre son activité silencieuse, et quand il l'eut finie, il tira maladroitement sur le tissu pour l'ôter de son pantalon. Et faute de savoir quoi faire d'autre, il aplatit sur paumes sur sa poitrine, sentant toute cette vie en-dessous d'elles. C'était aussi effrayant que fascinant.
Quand il releva la tête, Levi le regardait encore, et il sentit ses joues brûler doucement. Chaque fois, tout semblait si naturel et évident, et chaque fois qu'il prenait finalement le temps de s'arrêter et de prendre du recul, tout semblait plus… lourd, embarrassant, trop réel. Non qu'il eut envie de s'en plaindre. Levi était tout ce qu'il y avait de plus réel, et tant mieux; mais toutes ces choses qu'il avait faites naturellement sans trop s'en rendre compte, avaient un arrière-goût d'innocence aussi fébrile que la fraîcheur du soir. Un souffle, un simple coup de vent pouvait faire la différence. Peu importe.
Eren poussa un long, profond soupir et l'instant d'après, les mains de Levi étaient sur sa taille, bienveillantes et douces.
"Il est encore trop tôt, tu devrais te rendormir."
Leurs regards s'accrochèrent, l'un des pouces de Levi se mit à caresser sa peau nue là où l'os de sa hanche se prononçait, et Eren baissa finalement la tête en guise d'abandon. La pénombre de cette pièce était un appel pénible, presque vicieux, qui nous emmènerait irrémédiablement sous les draps. Eren s'y glissa sans peine, conscient qu'il faisait plus frais qu'avant, et il retrouva la chaleur du corps de Levi comme l'on retrouve son chez-soi après un long, long voyage. Il s'y perdit aussi. En fait, il n'essaya pas vraiment de lutter.
Ils s'endormirent comme deux enfants, abrutis par la fatigue et l'euphorie éphémère d'un soir oublié; et la confusion de membres les garda attachés jusqu'à la fin. Cette nuit, Eren ne rêva pas. Pas même l'ombre d'un rêve, rien. Mais de temps en temps il sentait des choses, Levi bouger, ou son souffle sur son épaule – ou entendrait quelque chose sans être assez lucide pour déterminer quoi exactement. Et en fin de compte, lorsqu'il rouvrit les yeux, il faisait presque déjà jour. Presque. La lueur était timide, claire, presque triste, et bleuâtre, aussi. Il aimait bien cette heure de la journée, suspendue entre la nuit et le jour, et constamment une heure qu'il associait à Levi. Et tout ce qu'il vit quand ses yeux finirent par accepter un peu de lumière, fut Levi en chemise et en caleçon, assis de dos sur le bout du lit, occupé à taper quelque chose sur son téléphone. Eren déglutit pour humidifier sa bouche, trop sèche – il se soupçonna d'avoir dormi la bouche ouverte, d'ailleurs – et le bruit capta l'attention de Levi, qui jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule pour l'observer. Il avait l'air réveillé, lui, au moins.
"Tu dors pas ?" parvint à articuler Eren, mais il n'était pas vraiment sûr d'avoir parlé assez fort. Heureusement, Levi semblait toujours l'entendre, et il se releva, téléphone en main.
"J'ai une réunion dans une heure."
Oh, c'était donc ça.
Eren bougea légèrement, les jambes emmêlées dans les draps chauds et confortables, et enfonça mollement la moitié de son visage dans l'oreiller abandonné par Levi. Il remarqua distraitement qu'il avait changé de chemise. Ouais, évidemment – qui irait deux jours de suite au travail dans les mêmes vêtements ?
Levi l'observa jusqu'à ce qu'il réponde, mais il n'en fit rien, alors il décida de continuer de s'habiller jusqu'à être fin prêt. Concentré, précis, efficace – Eren le regarda s'activer dans le plus parfait silence jusqu'à ce que celui-ci s'accroupisse au bord du lit et il sortit brusquement de son presque sommeil.
"Eren," commença Levi à mi-voix, mais il n'était plus question de rester silencieux de toute manière. "Eren je dois partir," fit-il encore, l'air un peu pressé, mais quelque part, il était trop… calme. Trop immobile. Il n'avait pas envie de s'en aller. "Eren," répéta-t-il encore en tendant le bras et caressant la seule joue (brûlante, d'ailleurs) qu'Eren laissait apercevoir, du dos de sa main, avec la tendresse d'un ange. D'un fantôme, presque. "Rendors-toi."
Il se pencha au-dessus du lit, maladroitement positionné parce que l'air de rien, ces matelas improvisés en lit étaient plus près du sol qu'autre chose. Il a dû ramasser les bols, pensa Eren, sans trop savoir pourquoi, juste avant que les lèvres de Levi ne s'écrasent doucement contre son front, parsemé de mèches sauvages et hasardeuses.
"Je serai de retour bientôt."
Eren n'eut même pas assez de forces pour lui répondre quoi que ce soit, et le regarda simplement se redresser, l'observer sans rien dire quelques secondes de plus, et se relever avant de sortir de la pièce, en chaussettes et sans cravate. Des bruits, encore et encore, et Eren ferma les yeux. Il ne vit pas Levi repasser dans le couloir, entièrement vêtu et la mallette à la main, mais pas totalement endormi non plus, il était encore capable de distinguer le bruit de la porte d'entrée. Parler – c'était si difficile, dans l'instant. Il regretta un instant d'être resté paralysé, embourbé dans son brouillard, semi-éveillé, puis la pensée fut chassée aussi vite qu'elle avait été créée, et Eren se perdit dans des songes semblables à un long chemin dont il ne distinguait ni le début ni la fin.
Avant qu'il ne puisse s'en rendre compte, il était déjà endormi.
Puis encore une fois, comme si quelques secondes à peine s'étaient écoulées, Eren rouvrit les yeux. Cligna plusieurs fois, attendit. Cligna encore. Avala la salive inexistante dans sa gorge, et attendit une fois de plus. La chambre était vide, mais tout était plus clair, quoique les rayons du soleil avaient l'air tout aussi timides qu'avant. Eren grogna, se redressa sur un coude et grogna encore quand il réalisa que son autre bras était totalement endormi. Ah, il avait dû dormir dessus, tiens. Quel idiot.
Il s'extirpa négligemment du lit et ses pieds nus rencontrèrent le sol. Il remua ses orteils, attendit. Encore. Pas de bruit, sinon un bruit de fond léger et distant, presque imperceptible. Eren soupira, passa une main dénuée d'énergie dans ses cheveux et ignora l'atroce sensation de son bras paralysé, avant de se relever et de tituber maladroitement jusqu'au couloir.
Mais quand il contourna le mur et distingua une silhouette assise sur l'un des tabourets de la cuisine, ce n'était pas Levi – c'était Hanji, en train de tranquillement boire une tasse de café devant un magazine ou, Dieu savait quoi.
"Hanji ?"
Elle tourna presque aussitôt la tête dans sa direction, et quand elle le remarqua à quelques mètres de là, reposa la tasse sur le comptoir, suivie du journal qu'elle tenait dans les mains. Eren la regarda glisser du tabouret et joyeusement trottiner jusqu'à lui avant d'aplatir ses paumes tièdes contre ses joues qui, il en était sûr, avaient encore les traces de l'oreiller.
"Ben alors, t'as fini par te réveiller ? Tu sais j'ai bien cru que tu étais mort ou quelque chose comme ça," fit-elle d'une voix peut-être un peu trop légère pour l'heure de la journée. D'ailleurs… quelle heure était-il ?
"Où est Levi ?"
"Ah, ce bon vieux Levi est encore au boulot, alors il m'a envoyé ici," expliqua-t-elle en libérant son visage de ses mains. Elle croisa les bras et haussa les épaules. "Il avait des trucs importants à faire."
Eren la regarda juste. Parce que d'abord, que pouvait-il dire ? Et ensuite, la déception avait mauvais goût. Surtout lorsque les derniers mots de Levi flottaient près de ses oreilles, comme s'il était encore là pour les lui souffler.
Il n'avait même pas eu le temps de lui proposer pour, enfin, le concert du lycée. Enfin, le spectacle ou, peu importe…
"Quelle heure il est ?" enchaîna-t-il après quelques secondes, parce que bordel, il n'en avait aucune idée et ses yeux le brûlaient. Tout le brûlait. Il avait trop dormi.
"Oh," et Hanji jeta un coup d'oeil à sa montre, dans un geste plus qu'habitué. "Bientôt dix-huit heures, Eren."
Alors comme ça, il avait dormi toute la journée ? Etait-ce seulement possible ?
Il avait encore deux heures avant que le spectacle ne débute et que Jean ne panique avant d'envahir sa boîte vocale d'insultes mal maîtrisées. Ils avaient beau être amis, il savait qu'il ne lui pardonnerait pas s'il leur faisait faux bond ce jour-ci précisément. Non qu'Eren ait une quelconque envie de le faire, d'ailleurs. Il ne lui fallut qu'une seule seconde pour intérieurement remercier la présence d'Hanji, et il esquissa un sourire maladroit.
"Hm, je dois –faut que je rentre chez moi, j'ai quelque chose ce soir et je dois me changer."
Hanji hocha doucement la tête et resta plantée là, alors au bout de quelques secondes, Eren murmura un "merci" fatigué et tourna les talons. Il retrouva ses vêtements, ses affaires, ses esprits, aussi. Et après avoir salué Hanji, celle-ci le retint.
"C'est ton spectacle, n'est-ce pas ?"
Eren fronça les sourcils et juste avant d'atteindre la porte, il fit volte face.
"Comment tu sais ?"
"C'est Levi qui me l'a dit." Eren ne répondit rien. Alors comme ça, il savait ? Evidemment, il avait dû le lui dire de toute façon. Il ne pensait simplement pas qu'il s'en souviendrait. Ou… en ferait mention. "Si tu as besoin d'aide, j'ai emprunté la voiture de Moblit."
Elle lui sourit, légèrement, comme ces enfants facétieux qui vous tirent du mauvais côté de la ligne. Mais Eren savait que les minutes qu'Hanji pouvait lui sauver étaient précieuses, alors il hocha simplement la tête et Hanji attrapa la veste de son costume, son téléphone, et les clés posées sur le comptoir qu'Eren n'avait jusque là pas remarquées.
Hanji était garée à la place de Levi, sans surprise. Eren monta côté passager, attendit Hanji, et lorsqu'elle apparut dehors à son tour, il pensa distraitement à toutes ces fois où, peut-être, Levi avait parlé de lui sans qu'il n'en sache rien. Il ne pouvait pas savoir, après tout, et qui pourrait ? C'était simplement… étrangement plaisant et singulier de savoir que Levi le mentionnait tout court. Validait son existence – alors que de son côté, lui n'en faisait rien.
Ah, Ymir.
Encore une chose à rayer de la liste, n'est-ce pas. Il aurait tout le temps de le faire après le concert – ou avant ? Peu importe. Il le ferait.
Hanji ouvrit la porte, se glissa entre le siège et le volant avec autant d'agilité qu'un chat, et avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, le moteur était déjà allumé. Alors Eren se contenta d'indiquer le chemin de sa maison, riant de temps en temps aux blagues légères et toujours bienvenues d'Hanji, parce qu'il en avait besoin et qu'il avait définitivement besoin de se faire à l'idée qu'Hanji était là pour une raison : compenser l'absence de Levi.
Certes, ça prouvait que Levi s'en excusait. Mais une part de lui – égoïste, pour sûr, mais puisque tout le monde en a une, peu importe – avait plus de mal à accepter ce fait. Le fait qu'il avait probablement trop espéré.
Hanji se gara devant l'allée et il l'en remercia. La dernière chose dont il avait besoin était les questions de Mikasa sur qui, possédant un vagin et un permis de conduire, venait de le déposer chez eux. Quelle ironie.
Tout ce temps, Hanji attendit dans la voiture, lui proposant de l'emmener au lycée avant même qu'il ne sorte du véhicule. Son père travaillait encore sûrement, et Mikasa n'avait pas de voiture, de toute façon, alors prendre le bus était le seul moyen et il n'en avait ni l'envie, ni l'énergie, ni le temps – il aurait probablement été en retard. Alors Eren se lava, se changea, et muni d'un jean fraîchement lavé, d'un t-shirt de Deadpool, d'un vieux hoodie vert et de ses vieilles baskets, revint dans la voiture.
Mikasa lui avait dit qu'elle restait à la maison avec Annie, qu'il salua brièvement avant de disparaître, après que celle-ci ait vaguement répondu. Aucune d'elles n'était du genre à aller à ce genre de spectacle, mais il savait de source sûre que Mikasa avait demandé à Sasha de filmer le groupe d'Eren.
"Prêt ?" demanda Hanji quand il ferma la porte.
"Prêt," qu'il confirma.
La douche avait été efficace et il en avait presque oublié l'amère déception qu'avait laissé Levi en partant. Il avait Hanji et sa bonne humeur à ses côtés, et il allait enfin vivre ce moment qu'il attendait tant. Combien de fois s'était-il pris à rêvasser, imaginant ce soir dans les moindres détails ? Le ciel se faisait gris, sombre, le soleil avait déjà disparu, et il n'était plus qu'une question de minutes avant qu'ils n'allument les lampadaires dans les rues. Bientôt l'heure.
Hanji arriva un peu en avance et non seulement ils finirent par gagner du temps pour répéter, mais ils gagnèrent aussi une place de parking qui avait tout à envier, et Hanji et lui sortirent de la voiture le sourire aux lèvres. Du coin de l'oeil, il observa Hanji remonter ses lunettes sur le haut de son crâne et examiner les alentours.
"Alors, c'est ici que tu étudies," commenta-t-elle d'une voix distraite.
Eren lui sourit, même s'il savait qu'elle ne regardait pas. Étudier était un grand mot, parce qu'au final, il ne faisait pas grand chose de plus que jouer avec des stylos en baguettes improvisées ou ses baguettes elles-mêmes. Dormir aussi, parfois. Et le plus gros de son temps était consacré à la rêverie parfaite, contenant un petit homme à la peau chaude et le confort d'un univers qu'il avait partagé avec lui. Il se perdit un instant à imaginer le contraire, Levi dans sa chambre, sa petite chambre; examinant ses vieux posters et les autocollants laissés sur sa commode en bois, sa porte, datant du collège probablement. Un dossard de l'équipe de basket du lycée était accroché sur son mur en pente à l'aide de punaises, pendant à peine au-dessus de son lit, et son bazar naturel constitué de vêtements, de comics et de manuels semblerait sûrement trop immature. Levi avait l'air étrange dans un tel décor. Mais. Étrangement… le contraste était plaisant.
"Eren ?" appela Jean, et il fut tiré de ses songes.
Eren leva la tête, croisa Jean, Ymir et Connie, et se demanda où était Bertholdt. Probablement pas encore arrivé.
"Tout est prêt. C'est un sacré miracle que tu sois déjà là," ajouta Ymir. Elle avait l'air de plutôt bonne humeur, et il s'en voulut pour la veille. Au moins le concert agissait de manière positive sur chacun d'eux.
"Hm, ouais, je me suis débrouillé," se contenta-t-il de dire avant de saluer maladroitement Hanji, qui lui fit un clin d'oeil en retour.
Il courut rejoindre le groupe et ne se retourna pas, sachant pertinemment qu'Hanji était assez fûtée pour trouver l'entrée de l'amphithéâtre, parce que même s'ils n'en avaient pas discuté, Eren était certain qu'elle allait acheter une place et le regarder, ne serait-ce que pour leur performance. Il en mettrait sa main à couper.
"Qui c'était ?" demanda Connie alors que les trois prenaient le chemin des coulisses.
"Quelqu'un que je connais."
Ouais, bon. L'évidence était évidente – mais aucun d'eux s'en préoccupait assez pour poser davantage de questions, et Jean haussa les épaules. La batterie du lycée, spécialement prêtée pour l'occasion, était déjà installée sur scène derrière deux couches de rideaux, parce que le premier était réservé aux sketchs, aux chorégraphies et Dieu savait encore quoi. C'était plus facile de fonctionner de cette manière que de tout déplacer la minute avant leur passage sur scène.
Bref, tout était déjà prêt, tout était sombre, uniquement éclairé par les néons familiers du lycée, et tout le monde rigolait nerveusement autour de lui. Il croisa une fille naquillée en cygne et fronça les sourcils, la suivant du regard après qu'elle l'eut dépassé. Se dire qu'il allait rester en coulisses pendant tout le spectacle était probablement dangereux pour les nerfs; et quelque part, il enviait quiconque se contentait de venir en touriste ou spectateur.
"Nerveux ?" taquina Ymir.
Eren haussa les épaules, puis les sourcils, et récolta un rire de sa part. Tout le monde avait vraiment l'air content.
"T'en fais pas, tu peux pas être pire qu'aux répétitions de toute façon," continua Jean d'une voix moqueuse, et Eren lui envoya un coup de coude dans les côtes.
Connie éclata de rire, Ymir leva les yeux au ciel et Jean et Eren continuèrent de se chamailler jusqu'à ce qu'ils n'atteignent la salle principale des coulisses. Quelques têtes se tournèrent vers eux, avant de retourner à peu importe ce qu'ils étaient en train de faire, et Eren s'arrêta au milieu pour regarder autour de lui. L'aura était incroyable, et l'énergie dégagée par chacun des participants était simplement… puissante, vraiment.
Le genre qui vous accélère les battements de coeur et vous envoie de l'adrénaline partout dans le corps, tellement que vous ne savez même plus si vous respirez encore, mais vous vous en fichez parce que le moment présent est le plus important pour vous. Vous songez aux futurs souvenirs de cet instant, précisément, et vous souriez, parce que vous savez que quoiqu'il arrive, rien ne sera jamais aussi terrifiant que le moment présent. Peu importe à quel point il est plaisant, il terrifie, aussi. Mais vous l'acceptez.
Eren l'avait accepté.
Ses mains tremblaient presque d'anticipation, trop pressées de sentir la présence familière des baguettes entre ses doigts. Qui aurait pu dire qu'il s'était réveillé deux heures plus tôt…
Une heure et demie et une bonne poignée de numéros plus tard, le spectacle avait enfin commencé, Bertl était arrivé et Jean et Connie avaient disparu quelque part avec lui. Les toilettes, peut-être, mais il n'en était pas certain. Il s'était retrouvé seul avec Ymir au fond des coulisses, dans un coin sombre et tranquille, presque trop loin pour discerner les éclats de voix, de rire et de la musique provenant de l'amphithéâtre.
"Hey, Ymir," fit Eren distraitement, jouant sur des caisses invisibles avec ses baguettes.
"Hm ?"
Il en lança une dans l'air et la rattrapa, un sourire en coin. Combien de temps s'était-il entraîné pour réussir ce truc ?
"À propos de Christa."
Il sentit son attention grandir et continua de jouer pour s'occuper l'esprit. Fit comme si son regard perçant n'était pas fixé sur lui, attentif et méfiant.
"On sort pas ensemble, tu sais."
Quelques secondes, et il l'entendit rire légèrement. Leurs regards se croisèrent et Ymir se tut.
"Je suis sérieux."
"Très bien, Eren, très bien."
"Non, je suis sérieux," répéta-t-il encore en se redressant sur l'espèce de caisse sombre sur laquelle il était assis.
Ymir fronça les sourcils et il profita du moment pour poursuivre. C'était maintenant ou jamais.
"Mikasa m'a mis la pression, elle était persuadée que je voyais quelqu'un, alors… j'ai paniqué et j'ai dit oui." Il haussa les épaules. Ymir ne cligna même pas. "Quand elle m'a demandé qui, j'ai su que dire ton nom ne marcherait pas, et puis, vous vous connaissez bien. Alors, j'ai dit celui de Christa à la place."
Comme Ymir ne disait toujours rien, il poursuivit. L'adrénaline avait un goût merveilleux et il ne se sentait même plus coupable de lui avoir menti.
"Je sais qu'elle t'intéresse, tu sais."
Ymir fronça les sourcils mais ne nia pas, et lorsqu'elle se redressa, bras croisés, il sentit qu'il avait réussi son coup.
"Très bien. Disons que je te crois, alors. Mais même si c'est le cas – tu vois quelqu'un, n'est-ce pas ?"
Son battement de coeur s'effaça dans la seconde mais il sursauta quand Jean, débarquant dans la salle comme une tornade, coupa vif leur échange avant qu'un d'eux ne puisse ajouter un seul mot.
"Les gars !"
Tout se détacha et leur attention se posa immédiatement sur Jean, dans l'encadrement de la porte. Deux têtes se tournèrent dans leur direction, nerveuses, et Eren devina la silhouette de Bertl derrière Jean.
Puis il sentit le regard suspicieux et curieux d'Ymir glisser sur lui et remercia le ciel d'avoir envoyé Jean avant de faire une bêtise.
"C'est à nous," continua Jean.
"Okay, okay," fit Eren, et il se leva de la caisse après qu'ils aient disparu.
Ymir le rattrapa par le bras.
"Eh, Eren. On en reparlera, pas vrai ?"
Elle le regarda droit dans les yeux et Eren se maudit d'avoir l'air si faible. Il esquissa un sourire, nerveux, amusé, peu importe; trop d'émotions se bousculaient pour avoir la première place et il n'était plus en position de penser correctement.
"Ouais, peut-être. Si tu te foires pas."
"Pff," fit-elle en lâchant immédiatement son bras, comme il savait qu'elle le ferait. "On verra qui rira le dernier."
Et ils sortirent de la salle en silence.
Il y avait les deux rideaux à traverser. Eren se glissa sous eux, maladroitement, et c'était la piqûre dont il avait besoin pour réaliser que tout ça était bien réel. Le trac, le public derrière ce rideau, qu'il soit constitué de parents, de familles ou d'élèves, c'était ce que c'était et il avait le coeur au bord des lèvres.
"Merde, je suis nerveux," grogna Jean en vérifiant la position du micro.
Le silence derrière lui rideau était insoutenable.
"Jean !" souffla Eren juste avant que les lumières ne s'éteignent.
Il tourna la tête dans sa direction et quand Eren lui offrit un grand, optimiste sourire, celui-ci lui répondit presque instantanément de la même manière. Ils avaient attendu trop longtemps pour ce jour, cette occasion, cette opportunité. Eren en avait les mains qui tremblaient et il bénit sa place dans le groupe qui lui offrait un tabouret sur lequel s'asseoir. Dieu savait qu'il se serait effondré s'il avait dû affronter ça debout.
Un craquement retentit et il sut que le rideau se leva. Ses doigts se refermèrent autour des baguettes, il retint son souffle, et rencontra l'obscurité du public qui lui faisait face. Puis il entendit l'habituel "un, deux, trois" de Jean instantanément suivi par la guitare d'Ymir. Eren se perdit un instant dans la contemplation de la foule aux visages flous et trop sombres, et sentit son coeur exploser dans sa poitrine quand il entendit Bertholdt commencer à jouer, hésitant d'abord, mais assez entraîné pour que ça sonne bien; et devina que c'était le moment exact de son départ dans la course.
Il ne réfléchit pas et commença à jouer, lui aussi, répondant au rythme comme à une vieille amie. Il connaissait cette chanson par coeur ; et quand Jean commença à chanter, aussi, il ne put s'empêcher de murmurer les paroles du bout des lèvres, presque persuadé qu'on pouvait l'entendre, lui aussi. Un micro était accroché au-dessus des caisses et Ymir, Bertl et lui servaient de voix d'arrière-plan de toute manière. Refrains, fin de chansons, échos… il s'imagina un instant glisser un "merde !" juste en face du micro et ses lèvres se coupèrent en un sourire innocent, incontrôlable, et Eren comprit à ce moment-là qu'il était hors-limites. Intouchable. Probablement trop loin pour le commun des mortels.
Le refrain arriva sans qu'il ne s'en rende trop compte, guidé par ses propres mouvements, et le tempo accéléra tout d'un coup. Ses mains volèrent les airs, tout résonna autour de lui et il tapa, tapa, tapa encore. Ça faisait du bien. Libérer sa colère, frustration, nervosité – se sentir puissant, en même temps. Il savait qu'il était extrêmement doué pour ça. Jouer de la batterie. Et c'était suffisant.
Eren abandonna son idée naïve de trouver Hanji dans la foule, vous savez, comme dans ces scènes de fin de films, où le protagoniste trouve son âme soeur dans le public et maintient le contact visuel. Eh bien sachez que c'est de la connerie, parce que les lumières l'aveuglaient et qu'il n'aurait pas pu distinguer un seul visage dans la foule. De plus, à cette distance, à moins d'être le fruit d'un miracle, coup de chance, coïncidence ou timing parfait, peu importe, il avait peu de risques de croiser Hanji. Et il devait rester concentré.
Alors il continua de jouer, encore et encore, presque possédé et Dieu sait qu'il ne pouvait plus s'empêcher de sourire. Ymir souriait en coin, sur le côté de la scène, et il savait que Bertl était trop concentré pour sourire, ne serait-ce qu'un peu. Mais lui, au fond de la scène, planté derrière Bertl et sa masse de caisse, tymbales et tout le reste, il souriait comme un fou. Il était fou. Mais il s'en foutait, complètement, totalement, incroyablement.
La fin de la chanson arriva plus vite qu'il ne l'aurait cru et tous les instruments se turent d'un coup, excepté Bertl, qui joua de sa basse tandis que Jean s'apprêtait à reprendre le refrain. Puis tout d'un coup, Jean se tut, Bertl continua, mais tout fut noyé par les quelques secondes de batterie qu'Eren possédait. Une sorte de deuxième départ, d'introduction de la fin, si vous voulez. Ses mains volèrent si vite dans l'air, emmêlées, perdues, floues – il ne les voyait même plus, mais il savait qu'elles étaient exactement où elles étaient censées êtres. Tout résonnait trop profondément, tout était trop fort, et il se demanda s'il n'aurait pas mieux fait de porter son casque, mais tant pis s'il en devenait sourd. Jouer comme ça n'arrivait jamais. Il y avait toujours de contraintes, des restrictions – ne pas jouer trop fort parce que ; voisins, famille, peu importe. Ce soir il était libre et il vit Ymir lui sourire fièrement quand tout le monde reprit le refrain. Merde, il avait été parfait.
Il continua de jouer, jusqu'à la fin. Jusqu'à ce qu'Ymir se fige, Bertoldt aussi, et qu'il taquine presque silencieusement les caisses du bout de ses baguettes, plus doucement encore à mesure que la voix de Jean se fondait dans le silence.
Et quand tout devint assez calme, ils se turent tous les deux, au même instant.
Le silence leur revint comme une claque, et Eren réalisa combien son sang battait violemment dans ses oreilles. Il n'entendait même plus son coeur. Battait-il encore ? Bien sûr. Il était violent dans sa poitrine.
Il avait chaud, sa peau était sûrement brûlante et rougie par l'excitation. Mais Jean se retourna vers lui et lui sourit de toutes ses dents; Bertholdt et Ymir s'échangèrent un pouce en l'air et les applaudissements de la foule se noyèrent dans le nuage d'euphorie qui s'était formé autour d'Eren.
Merde, ça faisait vraiment du bien. Il n'avait même pas réalisé à quel point il en avait besoin.
Jean s'inclina une nouvelle fois, les sifflements redoublèrent, et peu après ils baissèrent le rideau devant eux. Les applaudissements continuaient, cependant, et Eren se releva douloureusement de son tabouret pour tituber jusqu'à Jean, un sourire dément aux lèvres.
"Merde, c'était géant !"
"Tu l'as dit," répondit Ymir en les rejoignant.
Bertholdt avait une main devant sa bouche, mais il souriait. Il transpirait plus que jamais, aussi. Mais ils transpiraient tous, de chaleur, d'excitation, de peur, aussi, parce que c'était la première fois qu'ils sortaient de leurs garages et ils savaient que ce ne serait pas la dernière fois. Ils n'eurent même pas besoin de se mettre d'accord, ils venaient tous de silencieusement accepter de réauditionner pour l'année prochaine.
Jean claqua affectueusement sa paume dans son dos avant d'attraper son cou recouvert de sueur, et secoua gentiment sa tête alors qu'Eren enroula son bras gauche autour de sa taille, et ils se taquinèrent un instant, à l'abri de tout. Il n'était même pas encore Noël.
Une demie-heure plus tard, tout se fit froid et le retour à la réalité avait un goût difficilement tolérable. Eren avait profité des quartiers libres pour faire un tour à son casier, au premier étage du bâtiment même dans lequel ils se trouvaient, pour récupérer une écharpe qu'il avait oublié là-bas l'autre jour. Celle de Levi. Il l'avait mise à l'abri avant d'aller déjeuner et, par manque de chance, l'avait oubliée ici. Il n'avait jamais été aussi content d'avoir oublié quelque chose – parce que bordel, elle était douce, agréable et elle sentait… elle sentait Levi.
Il l'enroula autour de son cou, sortit les mitaines qu'il avait apportées dans les poches de son hoodie et les enfila aussi. Puis il discuta avec Jean contre les casiers, conscient qu'il devait rester encore un, ou deux passages sur scène avant que le spectacle ne soit entièrement terminé. Ils profitèrent du silence, du calme, de l'euphorie qui s'effaçait peu à peu, laissant une paix incroyablement parfaite. En eux, dans les couloirs. Partout.
Eren enfonça ses mains dans ses poches et ils descendirent l'escalier. Puis Jean soupira, le bouscula gentiment et le salua, et Eren se donna même la peine de sortir une de ses mains de ses poches pour le saluer en retour.
Ymir et Bertholdt avaient dû se faufiler dans le public, parce qu'après tout ils ne pouvaient pas refuser les propres participants du spectacle, et il culpabilisa un instant de ne pas les rejoindre. Ils devaient être avec Sasha et Connie, probablement. Tant pis.
Il était dehors, le ciel était beau et la fraîcheur était parfaite pour apaiser ses nerfs encore à vif. Alors il marcha, dépassa le portail et remarqua que la voiture d'Hanji – enfin, de Moblit – était encore garée. Il s'arrêta devant, sortit sa bouche de l'abri de coton enroulé autour de sa gorge, et éclata de rire.
Son rire retentit dans le silence et là, il se passa quelque chose.
"Tu l'as gardée."
Son sourire se fana instantanément et Eren regarda dans le reflet du pare-brise avant de se retourner brusquement. Levi se tenait là, à deux mètres de lui, emmitoufflé dans son attirail d'hiver habituel : long manteau d'affaires, chaussures de cuir, pantalon de costume, et rien de plus surprenant sous son manteau. Il avait une nouvelle écharpe autour du cou et encore des gants de cuir. Mais son visage avait l'air fatigué et peiné, aussi. Un peu. Le genre de peine légère, innocente, mais qui vous pince le coeur quand même. Même si ça ne dure qu'une seconde.
"Levi."
Il ne prit même pas la peine de répondre à propos de son écharpe. Évidemment qu'il l'avait gardée. S'il ne l'avait pas oubliée ici, elle serait probablement dans sa chambre à l'heure qu'il était. Là où il était sûr de pouvoir la retrouver.
"Je n'ai pas d'excuse, hein ?" Eren ne répondit rien, troublé. C'est qu'il ne s'attendait pas à le trouver ici. Eren s'avança doucement, d'un, deux, trois pas. Ils étaient presque assez proches pour partager le même souffle, même raisonnablement distants, assez pour se laisser une liberté partielle. Mais après y avoir pensé, en fin de compte, ça ne suffisait pas. Alors Eren fit un pas de plus et il se trouva assez près pour distinguer la couleur de ses yeux. Étonnament claire dans la pénombre. "Non, j'en ai probablement pas. Tu as le droit de me détester."
Eren ne répondit rien, encore.
"Tu y tenais, j'en suis sûr." Un silence. "À ce que je vienne."
"Tu arrives un peu tard," répliqua Eren, parce que c'était le créaneau parfait, mais après que les mots aient passé la barrière de ses lèvres, il regretta d'avoir été aussi sec. Merde, il n'était même pas capable de lui en vouloir. Parce que… parce que pourquoi lui en voudrait-il ? Il était là. En face de lui. Rien d'autre n'avait d'importance après tout. Ce soir, il avait arrêté le temps, sur scène. C'était assez d'égoïsme pour toute une vie. "Mais peu importe."
Levi releva la tête à ces mots, et Eren réalisa à peine qu'il l'avait baissée avant. Levi hésita, puis fit un pas en avant, aussi. Un autre silence, et Eren l'imita, et soudain, ils étaient si proches que leurs visages n'étaient plus qu'à une poignée de centimètres l'un de l'autre. Eren savoura son avantage de taille, comme toujours, et sourit quand il sentit Levi lever la tête pour le regarder dans les yeux.
"Je t'en veux quand même, tu sais," lâcha Eren, mais un sourire fantômatique flottait sur ses lèvres. "Un peu. Peut-être même beaucoup."
Il ne mentait pas. Il lui en voulait quand même, malgré le fait qu'il soit totalement incapable de se comporter en conséquence. Il faisait froid et la présence de Levi lui donnait envie de retourner dans le confort de son chez-lui, partager un chocolat chaud, un thé, les draps.
Un coup de vent choisit cet instant pour arriver et Eren ferma les yeux pour se protéger du froid. Presque instinctivement, il se pencha légèrement, juste assez pour poser son front contre celui de Levi, et ils gardèrent tous les deux leurs mains dans leurs poches comme deux enfants dans le froid.
Quelqu'un pouvait les voir, oui. Il y avait aussi des caméras, mais bordel, il faisait sombre et Eren n'en avait rien à foutre. Rien n'avait jamais semblé aussi réel – il était là, à son propre lycée, il venait de vivre un moment incroyable et Levi se trouvait en face de lui. Comment toutes ces choses pouvaient-elles être liées ? Il n'en savait rien. Il savait, en revanche, que la présence de Levi en ces lieux était sûrement exceptionnelle et favorable aux circonstances actuelles. Mais, il ne pouvait pas tout avoir non plus.
Encore un an, ou un peu plus. Oui, un peu plus d'un an ici et il serait libre, majeur, débarrassé du lycée et des contraintes de la jeunesse première. Il pourrait jouer l'adulte, lui aussi – prétendre être sérieux et perdre son temps avec autant de détachement qu'avant, tout en accueillant à bras ouvert les nouvelles angoisses de l'âge nouveau. Il ne savait pas où il irait, cependant. Ça lui faisait peur. Parce que l'idée de quitter Levi était presque semblable à celle de dire adieu à sa famille. Aussi somptueuse pouvait sembler l'idée, il n'en avait pas envie.
"Levi," réussit à dire Eren, à voix si basse qu'il douta encore d'avoir été entendu. "Tu es gelé."
C'était vrai. Son front était froid et il se demandait comment Levi n'était pas en train de grelotter et claquer des dents, là, tout de suite. Et puis, il comprit.
Il comprit que Levi l'avait attendu ici en guise de… peu importe quoi.
D'excuse, de compensation, de punition – de "pardon" silencieux.
Les portes de l'amphithéâtre étaient fermées depuis près de deux heures et il savait qu'à partir du deuxième numéro (pour les retardataires) ils fermaient les portes et fermaient le guichet de billets improvisé à l'entrée. Levi avait dû s'en vouloir. Et il se demanda depuis combien de temps il attendait dans le froid.
"C'est moi, ça," murmura Levi, les yeux fermés, et Eren ne comprit pas, alors il resta silencieux, dans l'espoir aveugle qu'il poursuivrait. Il le fit. "C'est moi, et si tu restes, tu ne devras pas t'attendre à autre chose. J'arrive en retard à ce genre de conneries. Je les rate même, parfois. Peut-être qu'un jour, je voudrai t'emmener dîner et partirai avant le dessert. Peut-être qu'un jour, tu choisiras de m'emmener quelque part, et qu'au dernier moment, j'appelerai pour te dire d'annuler. Je suis comme ça, Eren."
Eren resta silencieux; aussi attentif qu'éveillé. Il absorbait chacun de ces mots, déçu comme il l'avait été, et surtout de savoir qu'il avait raison. Mais une autre partie de lui le gardait là, son front contre le sien, et il n'était pas prêt de se dégager. Pas pour si peu.
Si c'était le lot d'erreurs et de contraintes qui venait avec le pack spécial Levi, il signait sans hésiter.
"J'oublierai probablement ton anniversaire, et puisque je ne saurai pas ce que tu aimes, je vais sûrement commander chinois, ou, une pizza – tu aimes les pizzas ? Ouais, une pizza, avec des bougies dessus. Tu vois, je suis un vrai loser. Le travail est toujours passé avant le reste et si tu restes, si tu restes, tu attendras probablement des soirées entier sur le canapé, à regarder l'heure passer sans jamais entendre la porte d'entrée s'ouvrir. Tu t'endormiras là-bas et tu me détesteras. Au bout de quelques temps, tu me détesteras assez fort pour t'en aller, et si tu le fais, tu trouveras probablement mieux ailleurs. Mais…" il se perdit dans ses mots, Eren se pencha un peu plus et résista à l'envie brûlante de sortir ses mains de son abri chaud pour attraper ses joues. "Mais si tu restes, eh bien… je serai là."
Il sentit Levi hausser les épaules et son coeur partit au galop.
Ça n'était pas une surprise. Levi, j'entends. Il n'avait jamais été doué avec les mots, ou ce genre de trucs tout court, les relations humaines, les relations tout court. Il avait un passé, une vie, des erreurs et des regrets. Eren n'avait pas grand chose, mais il savait que lorsque Levi parlait, il était sincère. Surtout lorsqu'il prenait la peine d'aligner trois phrases et d'éviter son regard. Fermer les yeux, c'était tellement plus facile.
Mais ce qu'il préférait restait quand même de le regarder, les yeux dans les yeux.
Alors il finit par le faire, sortir ses mains de ses poches et du bout de ses doigts nus (maudites soient les mitaines; mais il tenait à elles, alors soit), il caressa ses joues froides. S'écarta juste assez pour libérer leurs fronts l'un de l'autre. Et croisa ses yeux, grands ouverts, presque… surpris, quelque part, et prêts à se perdre dans les siens.
Il y avait trop de choses.
Trop de choses à dire, à ressentir, tout d'un coup, c'était trop. Il avait envie de pleurer, de crier, de s'effacer et de fermer les yeux, tout en même temps, et à des nuances différences. De joie, de tristesse, de frustration. Tout semblait correspondre. Mais il se contenta de sourire, parce qu'il n'avait rien de mieux à faire, et il tint le visage de Levi entre ses mains maladroites.
"Une pizza, ça me tente bien."
Levi ne sourit pas, mais il vit ses sourcils s'hausser imperceptiblement, et ses yeux fatigués s'ouvrirent un peu plus, comme s'ils… s'éveillaient.
Eren continua de sourire et, apaisé par son toucher, par ce que ses mots, aussi naïfs soient-ils, lui promettaient, Levi se perdit entre ses mains et ferma les yeux une nouvelle fois.
Le silence les enveloppa et Levi s'abandonna, passant ses bras autour de sa taille avant de nouer ses doigts gantés dans son dos.
"Ce sera pas la dernière fois que je merde, tu sais, Eren."
Il sourit. Encore.
"Tant qu'il y a une prochaine fois, ça me va."
