Un silencieux soupir s'échappa des lèvres de Sasuke alors qu'il fermait doucement la porte de sa chambre. Sans se presser, il longea le couloir. Il avait l'air de s'ennuyer à mourir, considérant tout ce qui l'entourait avec impassibilité, voir avec froideur. S'arrêtant un moment pour regarder l'heure, il soupira à nouveau et se remit en marche. Il avait pour habitude d'arriver tôt au travail et ce n'était pas parce qu'il le désirait mais plus parce que cela faisait partie de la routine et il ne faisait rien pour que ça change.

Mais il y avait des jours comme ça, où le travail se faisait plus calme et où il aurait pu dormir davantage mais ce n'était pas dans ses habitudes. Il avait donc une demi-heure à tuer. Il n'était pas heureux de cette avance. En effet, la télévision n'était pas quelque chose qui le divertissait ces derniers temps. La plupart des gens ne travaillaient pas le samedi mais c'était surtout parce qu'ils avaient quelqu'un qui les attendaient à la maison. Ils avaient leurs parents, leur frère, leur femme, leur enfant.

Comme vous avez surement dû le comprendre, Sasuke n'était pas comme les autres.

Bien sûr, il avait une femme, mais leur relation était loin d'être idéale. Lorsque son père lui avait annoncé qu'il devait épouser une femme dont il ne connaissait rien, son premier sentiment avait été la colère. De quel droit se permettait-il de contrôler sa vie ainsi ?

Sasuke ne voulait pas se marier. Il ne l'avait jamais voulu d'ailleurs. Il avait toujours eu toutes les femmes à ses pieds. En vérité, elles n'étaient intéressées uniquement par son argent et son physique avantageux et il ne leur avait jamais accordé la moindre considération. La seule chose qu'il leur offrait était du sexe. Certaines, plus chanceuses que d'autres, avaient l'honneur de l'accueillir dans leur lit deux, trois fois, parfois plus, mais pour entamer une relation c'était une tout autre histoire.

Sasuke se refusait à se consacrer à autre chose qu'à son travail. C'est pourquoi il n'avait jamais eu de véritable petite amie.

Sachant cela, vous pouvez imaginer à quel point il était en colère lorsque son père lui avait ordonné de se marier. Il avait, bien sûr, essayé de contester mais la seule chose qu'il avait récoltée était l'air hautain de son père et son éternel « c'est mieux pour la famille ». Sa mère n'avait pas l'air très d'accord avec son mari mais elle n'était pas en mesure de l'influencer dans cette décision. Alors elle avait tenté de convaincre son fils que ce ne serait pas une si mauvaise chose, qu'il pourrait trouver le bonheur. Rien qu'en pensant à cela, Sasuke riait amèrement. Après tout, comment pouvait-elle savoir s'il serait heureux ou pas ? Ce n'était pas elle qu'on forçait à se marier. Donner des conseils sans savoir ce qu'il pouvait bien ressentir était facile.

Il savait que ce mariage ne fonctionnerait jamais. Il n'avait jamais eu de petite-amie. Comment un mariage pouvait-il être heureux dans ces conditions ? Pour lui, les femmes ne servaient qu'au sexe. Comment était-il supposé ressentir quelque-chose pour sa…femme ? Le ciment d'un mariage était la confiance. La confiance et l'amour, n'est-ce pas ? Pouvait-il, lui-même faire confiance à quelqu'un ? Oui, il le pouvait. Il connaissait quelques personnes qui avaient réussi cet exploit. Quant à l'amour ? Il n'était jamais tombé amoureux. Peut-être parce qu'il n'était pas encore tombé sur la bonne personne ? Peut-être parce qu'il ne se permettait pas ce genre de fantaisies. Ou peut-être parce qu'il n'en était tout simplement pas capable ?

Lorsqu'il était petit, il avait pour habitude de constamment se comparer à son père. En effet, ils se ressemblaient énormément. Pas seulement physiquement. Leurs personnalités étaient également identiques. Fugaku était froid et semblait ne pas prêter attention aux autres. C'était quelqu'un de profondément égoïste, quelqu'un ne pouvant ressentir aucune émotion et dont une petite portion d'amis pouvaient comprendre le comportement. Sasuke était pareil.

Cependant, Fugaku aimait profondément Mikoto. A sa façon, certes. Mais il l'aimait. Sasuke avait remarqué longtemps auparavant, lorsqu'il devait être encore au Lycée la façon dont son père s'adressait à sa mère, la façon dont il la traitait, la façon dont ses yeux s'adoucissaient lorsqu'il la regardait, la façon dont sa voix se faisait plus chaleureuse lorsqu'il lui parlait.

Sasuke en était venu à la conclusion qu'il ne serait jamais en mesure de ressentir cela. Jamais. Mais ça ne l'ennuyait pas. Il ne voulait pas tomber amoureux. Les gens devenaient mièvres lorsque c'était le cas et il était hors de question qu'il en soit de même pour lui. Il était un homme rationnel, un homme qui faisait passer ses devoirs avant ses sentiments, un homme égoïste. Tout le reste n'avait aucune importance.

Sa femme était différente. Enfin, c'est ce qu'il pensait. Il n'avait jamais fait l'effort d'essayer de mieux la connaître. Il l'avait rejetée à la minute où il l'avait rencontrée. Seulement, vivre avec une personne pendant si longtemps amenait inévitablement à créer quelques liens. Inconsciemment, il avait appris une multitude de choses sur ses habitudes et il savait maintenant quelles pouvaient être ses réactions face à certaines choses et quel comportement il lui arrivait d'adopter. Cela n'allait pas plus loin et il savait pertinemment qu'il était loin de bien la connaître. Peut-être se faisait-elle passer pour quelqu'un qu'elle n'était pas ? Cela, il ne le saurait jamais. D'ailleurs, ça ne l'intéressait pas. Les fausses apparences constituaient désormais sa vie.

Elle semblait être quelqu'un de réellement généreux, faisant passer les autres avant sa propre personne. Sakura était la seule personne qu'il connaissait et qui s'inquiétait pour des gens qu'elle ne connaissait pas. En regardant les informations par exemple. Ils n'en avaient jamais discuté, la communication entre eux étant complètement abolie. Il savait pourtant qu'elle aurait aimé faire quelque chose pour aider les gens e détresse. Il le voyait dans son regard.

Il lui trouvait également quelques défauts. Comme son goût prononcé pour le shopping et sa façon de toujours revenir chargée de sacs. Surtout qu'il ne l'avait jamais vu porté un seul vêtement qu'elle achetait. Ou sa manie de vouloir changer de voiture tous les six mois. Elle faisait tout cela avec son propre argent bien sûr et il se demandait souvent si elle ne ce n'était pas pour se venger de la façon dont il la traitait. Mais il n'en avait que faire. L'argent n'avait jamais été un problème pour lui et vu la façon dont il travaillait, ce ne le serait jamais.

Elle était également très sociable, bien qu'il ne pensait pas qu'elle n'ait des amis. A moins qu'elle n'ait jamais voulu les lui présenter mais il en doutait. Elle était toujours à la maison lorsqu'il rentrait du travail, ce qui n'aurait pas été le cas si elle avait une vie sociale. Ne sortirait-elle pas s'amuser si c'était le cas ? Aller en boîte, danser, aller au cinéma ? De plus, il fallait préciser que son téléphone ne sonnait jamais.

Même si Sasuke soupçonnait sa générosité, il savait également qu'elle ne se souciait pas de ce que les gens pouvaient bien penser d'elle. Elle disait toujours ce qu'elle pensait. Par conséquent, il doutait qu'elle ait pu avoir la force de mentir à ses amis. Elle ne mentait même pas à des personnes qu'elle connaissait à peine alors le faire avec des proches ?

Le point le plus néfaste que leur mariage leur avait apporté était le fait qu'ils n'étaient pas libres. Ils étaient constamment obligés de cacher leurs sentiments et de restreindre leurs envies. Ils devaient prétendre qu'ils étaient heureux, alors qu'en réalité, ils ne se parlaient même pas. Ils échangeaient quelques mots parfois, oui mais…On ne pouvait pas franchement appeler cela de la communication. La plupart du temps il lui lançait des répliques cinglantes et elle se contentait de souffler ou de s'enfermer dans sa chambre, probablement lassée de se battre contre lui. En effet, c'est ce qu'ils faisaient la plupart du temps : se battre. Pourquoi se comportait-il ainsi envers elle ? Pourquoi la traitait-il si mal ? Il ne le savait pas vraiment. Peut-être avait-il besoin d'un souffre-douleur ? Peut-être avait-il besoin de passer ses nerfs sur quelqu'un pour se soulager de ce que le faisait endurer son père ? Bien sûr, il savait pertinemment que Sakura n'était pas la personne à qui il devait faire payer tout ce fiasco. Elle non plus ne voulait pas de ce mariage. Pourtant il ne comprenait pas pourquoi elle continuait de respecter son propre père, alors que lui y avait renoncé. Et puis après tout, ça ne lui importait pas. Seulement, il était loin d'être idiot. Il avait bien remarqué à quel point elle avait essayé que tout aille bien entre eux, que tout se passe pour le mieux. Elle ne l'avait pas fait parce qu'elle l'appréciait ou qu'elle le voulait dans son lit, comme la plupart des femmes l'auraient espéré dans sa situation. Non, elle l'avait fait car, tout comme Mikoto, elle avait espéré que cela marcherait entre eux. Arrangé ou pas, elle voulait que leur mariage finisse par se remplir d'amour.

Pourtant, même en réalisant cela, alors qu'il avait toujours rêvé de rencontrer une fille comme elle, intéressée par autre chose que son argent, il n'y avait pas prêté attention. Il se forçait à ignorer cela, il se forçait à s'en foutre. Pourquoi ? Encore une fois, il n'en n'avait aucune idée. Elle était belle, classe et adorable. Elle avait un corps parfait et son sourire était renversant. Alors, qu'est-ce qui l'empêchait de…de tomber amoureux d'elle ? Surement son entêtement. Il n'avait jamais été d'accord pour ce mariage, il ne croyait pas une seconde qu'il pouvait marcher. Il ne souhaitait aucunement changer son style de vie. Il refusait de faire ce plaisir à son père. Il continuerait de travailler d'arrache-pied, il baiserait chaque femme qu'il jugerait à son goût. Il serait toujours aussi froid, distant et égoïste, tel le salaud qu'il était pour bien des gens. Rien ne pourrait jamais le changer, à moins que cela ne provienne de lui-même. C'était aussi simple que ça. Et il aimait être ainsi. Tenter quelque-chose de nouveau ne l'intéressait pas. Il avait simplement accepté la tournure qu'avait prise sa vie. C'était tout.

Il s'arrêta un moment devant la porte de la chambre deSakura, avant de descendre les escaliers. Ils ne dormaient même pas dans la même chambre. Jamais en deux ans, bientôt trois, il ne l'avait touchée. Le seul baisé qu'ils avaient échangé eu lieu le jour du mariage. Il avait été froid, sans émotion et ce n'était pas comme s'il y avait prêté attention. Il avait seulement voulu que cela se finisse au plus vite, mais pour une raison inconnue il se souvenait de la douceur de ses lèvres.

Sasuke n'était pas un menteur et il n'avait pas peur de dire qu'elle l'attirait. Bien qu'il ne ressente rien pour elle, il fallait avouer qu'elle était vraiment très belle avec ses cheveuxpastels et ses grands yeux verts. Cela lui donnait quelque-chose de spécial et d'exotique. Elle était également mince et plutôt petite comparée à lui mais malgré tout parfaite. Elle était probablement la seule femme qui lui inspirait autant d'adjectif lorsqu'il s'agissait de la décrire et ce, sans même qu'il ait eu besoin de coucher avec elle. Bien qu'il ait l'intention de garder ce comportement exécrable, tout cela ne lui facilitait pas la tâche. Leur relation, si on pouvait la nommer ainsi, était quelque-chose dont il avait pris l'habitude et tous savait à quel point il détestait le changement. Et puis ce n'était pas comme s'il avait fait vœu d'abstinence. Cela lui convenait. D'ailleurs, ce n'était pas désagréable de la voir habillée en petite tenue comme ce short qu'elle portait souvent pour dormir. Le noir. Il était très court. Et la façon dont elle avait de se tenir assise en ce moment même ne l'aidait pas du tout. Seulement, elle arborait un air triste et las. Cet air qui avait détourné son attention focalisée sur ce qu'elle portait pour ce qu'elle ressentait. Pas qu'il s'en inquiétait mais cela éveillait sa curiosité. Malgré le fait qu'il soit indifférent, il aimait savoir ce qu'il se passait autour de lui, ce qui, somme toute, aurait pu être pris pour de l'intérêt. C'est pourquoi il lui demanda, à sa façon, ce qui n'allait pas.

Il ne pouvait nier que le fait de savoir qu'aujourd'hui était son anniversaire l'avait surpris. Il ne l'avait jamais su et d'après ce qu'elle lui disait, ses parents l'avaient oublié. Il se sentit bizarre. Après tant de temps de vie commune, il ne connaissait même pas sa date d'anniversaire. Ce n'était pas le genre de choses qui lui importait. Comme dit précédemment, devoir la connaître davantage avait toujours été pour lui d'une totale futilité et en cet instant plus que jamais. Il y avait tellement de choses plus importantes que cela.

Sa présence, son parfum, sa façon d'être, elle tout simplement, faisait partie des meubles. Il se sentait bien lorsqu'elle était là mais il ne se sentait pas mal lorsqu'elle était absente. Il n'avait rien à lui cacher mais également rien à lui dire. Il demeurait…totalement indifférent à sa personne. Il s'en foutait. Complètement.

Ses doigts fins caressaient la pierre tombale, balayant d'une grande douceur les lettres gravées. Une larme coulait le long de sa joue qu'elle essuya vite à l'aide de son autre main. Il n'avait jamais aimé la voir pleurer. Il lui avait fait promettre de toujours sourire en lui disant : « Tu es bien trop jolie pour pleurer et la vie bien trop courte pour la gâcher ainsi.

C'était une promesse qu'elle avait déjà brisée. Elle avait pourtant essayé et elle essayait encore, chaque jour, de tenir parole mais parfois cela devenait impossible. Ce fut très dur au début. Ce fut dur pendant longtemps. Chaque fois qu'elle laissait échapper un sanglot, elle s'attendait à le voir arriver de nulle part pour la consoler. Elle s'attendait à le voir rentrer et la prendre dans ses bras tout en la forçant à lui dire ce qui n'allait pas, pour finir par lui donner un conseil réconfortant et la faire arrêter de pleurer. Mais cela n'arriverait plus jamais. Depuis cette nuit-là, plus rien n'avait été pareil. Sa mort, ses parents inexistants, son mariage, l'attitude insupportable de son mari. Qu'avait-elle fait de mal pour mériter ça ? Etait-elle responsable de sa mort ? Dieu la punissait-il pour ça ? Elle n'avait pourtant jamais voulu une telle chose. Il représentait tout pour elle. Il avait été le seul à prendre soin d'elle, le seul à l'aimer sincèrement. Seulement, elle n'aurait jamais soupçonné les conséquences de cette perte. Elle n'aurait jamais soupçonné que le fait de lui demander de sortir par cette nuit si froide, cette nuit de Décembre, le conduirait à une mort certaine.

Haruno Seiji avait toujours été d'un réconfort inestimable et ce, d'aussi loin qu'elle pouvait remonter ses souvenirs. Il était un grand frère surprotecteur, toujours à se faire du souci pour elle, s'assurant constamment qu'elle était heureuse et qu'un sourire ornait à chaque moment son visage. Pour lui, ses sentiments avaient bien plus d'importance que tout au monde. Il croyait en elle, l'aimait et voulait son bonheur avant toute autre chose. Il avait été là lorsque ses parents ne l'étaient pas. Il savait lui remonter le moral en quelques secondes et haïssait la façon dont ses parents la traitaient. Ils l'avaient toujours aimé bien plus qu'elle. Il n'avait eu qu'une hâte pendant longtemps celle d'obtenir son permis pour pouvoir l'emmener loin de cette horrible ambiance. Il attendait de pouvoir partir habiter avec sa sœur. Pour qu'ils puissent vivre la vie qu'ils désiraient.

Elle avait seize ans lorsque le drame arriva et lui, deux ans de plus qu'elle. Il venait juste d'acheter sa première voiture. Un véhicule acheté avec son propre argent. Il était quelqu'un d'indépendant. Il détestait ses parents plus que tout au monde et il avait toujours refusé leurs offres d'argent. De plus, Sakurale soutenait quoi qu'il arrivait, elle l'aidait le plus possible et lorsqu'il s'agissait de laver la voiture, elle se montrait bien plus enthousiaste qu'il ne pouvait l'être. Ce petit bolide semblait être la plus belle chose qu'il leur soit arrivé.

Elle était jeune. Elle aimait l'adrénaline, la vitesse. Elle pouvait se rappeler l'expression de son visage à chaque fois qu'il lui faisait plaisir en appuyant sur le champignon. Seulement, cette nuit de Décembre était glaciale. Les flocons de neige qui tombaient du ciel combinés avec le verglas de la route avaient causés leur perte. La seule chose dont elle se souvenait était d'avoir hurlé son nom, de lui avoir demandé de regarder les gens qui arrivaient vers une voiture accidentée avec leurs lampes torches. Leur voiture accidentée.

Elle s'était réveillée quelques jours plus tard, dans une chambre d'hôpital, endolorie et désorientée. Elle n'avait pas tout de suite compris ce qu'elle faisait là ou même ce qu'il s'était passé. Tout autour d'elle s'était effondré lorsque le médecin était entré dans la chambre et lui avait annoncé qu'elle avait été victime d'un grave accident de voiture. La panique l'ayant gagnée instantanément, elle avait demandé des nouvelles de son frère, priant tous les dieux qu'elle connaissait pour qu'il aille bien, pour qu'il n'ait pas été blessé. Lorsqu'elle avait vu l'expression du docteur, elle aurait voulu crier. Elle aurait voulu retourner dans les bras de Morphée et dormir tout son soûl pour finir par se réveiller et comprendre que tout cela n'était qu'un horrible cauchemar. Seulement, la réalité avait été toute autre. Ce n'avait pas été un mauvais rêve et il n'entrerait pas dans sa chambre, tout sourire, en lui disant que tout allait bien.

Il mourut cette nuit-là et tout était de sa faute. Si elle ne lui avait pas demandé de prendre sa voiture, si elle ne lui avait pas demandé d'aller plus vite, si elle n'avait pas été si stupide, il serait encore avec elle et tout ceci ne serait jamais arrivé. Elle s'en était voulu pendant longtemps et, d'une certaine manière, elle s'en voulait encore. Elle s'en était sortie et pas lui…Et cela, elle ne l'oublierait jamais. Ses parents ne lui avaient jamais rien dit pour ça. Seulement, elle sentait bien que lorsque Seijirevenait dans une conversation, ils lui en voulaient. Entre ses remords et l'animosité que ses parents lui portaient, elle avait un lourd fardeau à porter et les moments où elle craquait arrivaient régulièrement. Elle avait réalisé, peu de temps avant, que Seiji n'aurait pas voulu qu'elle se blâme ainsi. Il aurait voulu qu'elle continue à avancer et qu'elle soit heureuse. Lorsqu'elle avait compris cela, elle avait commencé à s'ouvrir, à sourire et même à rire. Certaines personnes pensèrent qu'elle avait fait le deuil de tout cela. Il n'en était pas vraiment ainsi. Elle se sentait bien, voilà tout. Elle savait qu'il la guidait. Où qu'il soit. Puis son père l'avait forcée à se marier. Et tout était redevenu aussi noir et triste que ça l'avaitété.

Seiji n'aurait jamais permis une telle chose. Son père et ses désirs de mariage n'auraient pas aboutis.

Il lui manquait tellement. Tout lui rappelait son frère. Des milliers de petits détails la ramenaient à lui lorsqu'elle se promenait dans la rue et qu'elle croisait certaines voitures qu'elle savait qu'il adorait. Lorsqu'elle regardait les informations et qu'elle devinait quelle aurait pu être sa réaction. Lorsqu'elle écoutait une chanson et qu'elle réalisait qu'il l'appréciait. Ou certains concerts qu'ils avaient été voir. C'était incroyable, le nombre de souvenirs qu'elle gardait de lui, le nombre de choses qu'ils avaient faites ensemble. Mais tout cela la rendait triste. Ils avaient vécu une vie qu'ils avaient adorée et désormais, la réalité était toute autre.

Une goutte tomba le long de sa joue. Elle ne pleurait pas, non. Le beau ciel bleu s'était recouvert de dangereux nuages gris. Des nuages qui promettaient une pluie battante ou peut-être même une tempête.

Soupirant légèrement, elle redressa la tête et avec une dernière caresse qui effleura le nom de son frère, elle se leva. Elle boutonna son manteau et enfonça les mains dans ses poches avant de s'éloigner lentement, les feuilles de l'automne craquant doucement sous ses pieds.

Quelques instants plus tard, elle se trouvait au seuil de la porte de ses parents, attendant tranquillement que quelqu'un vienne lui ouvrir. A la base, elle voulait rentrer chez elle, sachant que ses parents n'apprécieraient pas qu'elle vienne entraver leur tranquillité. Elle ne savait pas pourquoi mais elle s'en foutait complétement. Elle n'avait pas envie de rechercher une raison à cela. Elle n'en avait pas la force. Et puis, ce n'était pas comme si elle faisait quelque chose de mal en leur rendant visite. Cela avait été sa maison pendant de longues années, après tout.

Elle fut sortie de ses pensées par la porte qui s'ouvrit, révélant une des employées de ses parents.

« Sakura-san! S'exclama-t-elle tout sourire. Que fais-tu ici ?

Elle se décala pour inviter Sakura à entrer. La rose sourit, gênée. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle était là.

-Je voulais…Je voulais juste rendre visite.

-Oh ! Tu veux que je dise à tes parents que tu es là ?

Après quelques instants, elle secoua la tête.

-Non, c'est bon. Je veux juste…être ici…et si je les croise…tant mieux, dit-elle, maladroitement.

Elle ne voulait pas que sa présence semble suspecte. Gentiment, la jeune servante acquiesça et esquissa un nouveau sourire avant de s'excuser et de quitter les lieux.

Sakura resta silencieuse quelques secondes. Elle serra les dents tout en traversant le salon et elle s'arrêta devant les marches de l'escalier. Tout comme à l'époque, elle ressentit quelque-chose d'étrange. Comme si elle était totalement comprimée de l'intérieur. Puis, doucement, elle commença à monter les escaliers, ses doigts balayant calmement la rampe. Il ne restait que quelques secondes avant qu'elle n'atteigne son ancien refuge : La chambre de son frère.

Avec un sourire triste, elle poussa la porte ouverte tout en prenant soin de la refermer sans bruit derrière elle. A l'intérieur, rien n'avait changé, quoique ce fût un petit peu plus organisé. Ses parents avaient toujours refusé de laisser qui que soit y bouger quelque-chose. Ils laissaient de temps en temps les employés nettoyer la pièce mais jamais plus d'un en même temps.

Le son de ses pas se faisait entendre bien qu'elle fît son possible pour que personne ne sache qu'elle était là, ses beaux yeux verts à l'affût du moindre mouvement extérieur.

Elle laissait ses mains traîner sur chaque meuble, comme pour se remémorer les bons souvenirs qu'ils avaient eu ensemble. A cette époque, elle était si heureuse…Quand cela avait-il changé ?

Elle fronça les sourcils à la vue d'un livre en hauteur qui éveilla sa curiosité. Elle se mit sur la pointe des pieds et tenta, au prix d'un immense effort, de le décaler pour laisser apparaître ce qu'elle recherchait : Une petite boîte blanche, recouverte d'un léger film de poussière. Elle l'ouvrit doucement et fut totalement émerveillée par ce qu'elle y trouva ; les tickets de concert qu'ils avaient prévu d'aller voir, la chaîne en argent qu'elle lui avait offert pour son dix-septième anniversaire ainsi qu'une carte sim qu'il utilisait pour éviter que ses parents n'hurlent en voyant la facture de téléphone.

« Je n'arrive pas à croire que tout cela soit resté dans cette boite pendant si longtemps ! Lâcha-t-elle en mettant une main sur sa bouche.

C'était la preuve que ses parents ne connaissaient pas l'existence de tels objets, sinon ils auraient fini par les brûler. En effet, les concerts n'étaient pas quelque chose qu'ils approuvaient et le fait de savoir que leur fils n'était pas aussi innocent qu'ils le pensaient aurait été un sacré coup pour leur fierté.

« Sakura. »

La rose se retourna brusquement, ne s'attendant pas à se faire prendre ainsi dans la chambre de son frère. A la vue de son père, un sentiment de malaise s'insinua en elle, surement à cause de son aura glaciale.

« Que fais-tu ici ?

-Je…

Trouver les bons moments était bien plus difficile qu'elle ne l'imaginait.

-Tu sais très bien que je n'aime pas que quelqu'un entre dans cette chambre.

Ses mots la surprirent, la choquèrent même et lui firent plus de mal qu'ils ne l'auraient dû.

-Je suis sa sœur, dit-elle dans un souffle.

Elle ne comprenait pas pourquoi il lui était interdit d'y entrer. Elle aussi était de la famille.

Son père hocha la tête avant de se redresser puisqu'il était appuyé contre la porte et fit quelques pas en sa direction.

-Et je suis son père, répondit-il. Tu veux qu'on énumère les autres membres de la famille ?

-Papa, souffla-t-elle avant de reposer la boîte sur l'étagère.

Elle se sentait trop fatiguée pour se disputer avec lui. Elle était fatiguée de ce genre de scène à chaque fois qu'elle venait leur rendre visite. Tout ce qu'elle désirait, était rentrer chez elle. Là où, étrangement, elle se sentait en sécurité.

-Des billets de concerts, hein ?

Ces paroles la stoppèrent alors qu'elle s'apprêtait à sortir de la chambre. Elle s'était trompée. Ils savaient pour la boîte blanche. Comment se faisait-il qu'ils ne lui avaient jamais rien dit ?

-J'ai toujours su que tu avais une mauvaise influence sur lui, continua-t-il.

Elle fut choquée et blessée par ce qu'il venait de lui dire. Mais elle se reprit bien vite et fixa un regard froid sur lui.

-De toute façon…De toute façon, j'ai été d'une mauvaise influence pour tout le monde, répondit-elle, la voix légèrement tremblante.

Cette fois, il ne répliqua pas. Il n'était pas d'accord mais il ne le niait pas non plus. Elle sauta alors sur cette opportunité pour lui dire calmement :

-Tu sais, parfois je me demande pourquoi maman et toi m'avez faite. Il est clair que vous deviez être plus que comblés avecSeiji. Il était le seul avec lequel vous avez pris le temps de discuter.

Elle n'était pas jalouse de son frère. Elle relatait simplement les faits. La façon dont ses parents les traitaient n'était pas grande, mais suffisante pour qu'elle l'ait remarquée. Ils avaient, en effet, toujours été plus intéressés par la vie de Seijique par la sienne. Cela ne la dérangeait pas. Elle se demandait simplement pourquoi.

Etait-elle un accident ? L'avaient-ils désirée un jour ? Ces questions l'avaient longtemps hantée avant qu'elle ne se rende compte que la réponse serait surement douloureuse.

-Vous vouliez sauver les apparences ? Cela était surement mieux pour votre réputation d'avoir deux enfants.

Son père n'avait pas l'air le moins du monde affecté par ses paroles. Soit elle disait vrai et il ne pouvait donc nier ce qu'elle avançait, soit il se foutait complètement de ce qu'elle pouvait se faire comme idée.

-Sakura, commença-t-il. Je ne sais pas pourquoi tu me dis tout ceci. Tu n'as aucune raison de te plaindre. Nous vous avons tout donné à ton frère et toi.

-Et ça fait de vous de bons parents ? Lui lança-t-elle, choquée. Penses-tu vraiment qu'un enfant n'a besoin que de choses « matérielles » pour être heureux ?

-Je ne pense rien du tout ! Haussa-t-il le ton, ennuyé par sa soudaine rébellion. Tout ce que je sais, c'est que je vous ai donné tout ce dont vous aviez besoin pour être heureux. Si cela n'a pas été le cas, j'en suis désolé. Il n'y avait rien d'autre que je puisse faire pour vous.

Sakura trouvait cela incroyable. Sa façon de penser était incroyable. Pour lui, tout semblait tellement facile, tellement simple. Et cela la frustrait. Pour la première fois de l'année, ou bien même pour la première fois de sa vie, elle ressentait de la colère envers son père. Mais pour la première fois également, elle se sentait prête à lui sortir tout ce qu'elle pensait.

-Heureux ? Papa, un enfant a besoin d'amour pour être heureux ! Il a besoin de se sentir en sécurité. Il a besoin de parents, pas d'argent !

Il ouvrit la bouche pour lui répondre mais elle ne lui en laissa pas l'occasion, sachant très bien ce qu'il allait dire.

-Si tu penses que tout cela appartient au passé, très bien ! Laissons-le où il est ! Mais qu'en est-il du présent, papa ? Cria-t-elle, sans attendre de réponse. Comment pouvais-tu croire que me forcer à me marier avec un mec que je ne connaissais pas pourrait me rendrait heureuse ? En fait tu n'as même pas pensé à ça ! Tu n'as songé qu'à ton propre intérêt !

-Sakura ! N'essaie pas de jouer les victimes quand tu n'en es clairement pas une ! Dans la vie, il faut savoir faire des sacrifices. Fais avec.

-Fais avec ? Répondit-elle, écœurée. Tu as ruiné ma vie et tu me dis de faire avec !

Son père soupira, comme si cette conversation commençait à réellement l'énerver.

-Tu sais quoi ? Fit-elle d'un ton plus posé, tel le calme avant la tempête.

Il lui fit un signe de tête pour l'inciter à continuer bien qu'il sache pertinemment qu'elle persisterait dans cette voie.

-Je sais très bien que tu m'as forcée à me marier pour me faire payer la mort de Seiji. Ton argument « c'est mieux pour la famille », n'est qu'une excuse ! Tu me tiens pour responsable de l'accident et tu as raison ! Je le suis ! Mais la faute ne me revient pas entièrement !

Le fait d'avoir mentionné Seiji et ce drame avait suffi à accaparer toute son attention.

-Sais-tu pourquoi nous sommes sortis cette nuit-là ? Continua-t-elle sans réellement attendre de réponse.

Ni lui, ni sa mère ne connaissaient vraiment la raison de cette sortie nocturne, ni pourquoi ils avaient pris l'autoroute.

-Sais-tu à qui appartenait cette voiture ?

A la vue de l'expression que son père arborait, elle comprit que non.

-Bien sûr que non. Tu n'en sais rien. Et tu oses te prétendre père quand tu ne t'intéresses même pas aux circonstances qui ont tuées ton fils !

Sa voix commençait à flancher et ses larmes à couler mais elle ne se permettrait pas de craquer. Il était temps que ses parents apprennent ce qu'il s'était réellement passé. Il était temps qu'elle leur donne une bonne leçon. Il était temps qu'elle leur tienne tête, comme l'avait si souvent fait son frère.

-Elle appartenait à Seiji ! C'était sa voiture ! La première qu'il s'était achetée avec son propre argent ! Cracha-t-elle en insistant bien sur les derniers mots. Tu n'as pas idée du point où il vous haïssait d'agir de cette manière !

Haïr n'était peut-être pas le bon mot. Seiji n'allait pas jusqu'à les haïr. C'était ses parents après tout. Ils lui avaient donné la vie et une éducation. Rien que pour cela, il leur en avait été reconnaissant. Seulement, elle ne trouvait pas d'autre qualificatif pour expliquer ce qu'il avait pu ressentir et elle était certaine qu'il ne l'aurait pas pu lui-même.

-Il n'a jamais voulu de votre fric ! Il n'attendait que ma majorité pour que l'on puisse partir le plus loin possible de cette maison !

Une larme se mit à couler lorsqu'elle repensa à leurs nombreux projets. Elle ferma les yeux, essayant de reprendre le contrôle, essayant de rassembler toute sa haine pour continuer d'hurler ce qu'il y avait au fond d'elle.

-Il est mort à cause de vous ! Cria-t-elle, la voix tremblante. Si seulement vous aviez pris quelques minutes de votre précieux temps pour le passer avec nous, tout aurait été parfait ! Il n'aurait jamais voulu partir ! Il n'aurait jamais acheté cette voiture ! Et je ne lui aurais certainement jamais demandé de m'emmener faire un tour ! Si vous aviez essayé, ne serait-ce qu'une fois, d'être de bons parents, il serait encore là, avec moi !

Tout se passa très vite. Elle ne la vit même pas arrivée. Une seconde plus tôt elle hurlait en le regardant fixement, et celle d'après, elle se tenait la joue, allongée sur le lit. Il lui fallut un moment pour réaliser qu'il venait de la gifler violemment.