Après plus de six mois d'absence sur cette fiction, je suis de retour !

Par rapport à cette seconde partie, certains verront peut-être une ressemblance entre la torture d'Effie et celle d'Evey dans V pour Vendetta. Ce film est un des films qui m'a marquée au fer blanc, alors j'avais envie de faire le lien entre mon histoire et ce superbe film (et comic).

Bref, désolée du retard. La suite devrait arriver d'ici quelques semaines.

Bonne lecture !


Seconde partie - Le noir de ses yeux

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Haymitch inspecte la petite salle du regard. Entièrement blanche. Les murs sont blancs, le plafond est blanc. Même le sol est blanc. Le montant en métal du lit est peint en blanc, les draps sont blancs. Effie, assise face à lui le dos sur ses oreillers, est blanche. Sa peau est blanche et ses cheveux blonds coupés courts – ses vrais cheveux, note-il – sont blanc sous la lumière crue du plafonnier. Tout dans cette pièce inspire l'austérité et la rigueur. Haymitch tourne la tête vers la minuscule fenêtre face au lit d'Effie. Des barreaux de fer, visiblement lourds et incassables, font barrage derrière la vitre. Se retournant, il constate qu'Effie a elle-même tourné son regard vers la fenêtre. Prisonnière pour prisonnière. A peine l'a-t-il libérée de sa cellule du Capitole que Coin décide de faire d'elle une ennemie de la rébellion.

Baissant les yeux vers la menotte fine mais bien solide qui attache le poignet maigre d'Effie au montant du lit, Haymitch hurle de rage intérieurement. La fureur de la voir là, à peine remise de ses longs mois de détention, lui brûle les entrailles et déchaîne un ouragan en lui. Comment osent-ils ? Comment peuvent-ils lui faire supporter ça à nouveau. Effie est du Capitole. Élevée dans le système capitaliste de Snow, elle reste aussi innocente qu'un jeune enfant. Mais Coin, quoi qu'elle puisse en dire est tout aussi capitaliste que l'ancien président de Panem. Elle veut ses propres prisonniers. Elle a besoin d'ennemis à accuser.

Et Effie … Effie, entraînée malgré elle dans cette course au pouvoir et à la domination. Effie qui semble aujourd'hui brisée. Où est passée la vraie Effie celle pimpante et extravagante qui l'agaçait au plus haut point autrefois ? Où est passée l'Effie aux perruques colorées et serties de diamants ? Où est passé l'Effie qui parle fort avec l'accent chantant du Capitole ? Car ce n'est clairement pas cette Effie qui est assise en face de lui, le regard baissé vers ses mains qui tremblent. D'un mouvement presque convulsif, Haymitch s'empare de sa main droite et la serre fermement.

- Haymitch …, murmure Effie.

Les yeux à présent fermés, Haymitch ne relève pas la tête. Il ne veut pas voir l'horreur qui se trouve devant lui. Il ne veut pas voir le visage blême et creux d'Effie. Il ne veut pas voir ses bras maigres où apparaissent encore des marques de coups. Il ne veut pas croiser son regard. Il sait ce qu'il va y voir. De la souffrance, de la peine, du chagrin … Et il se sait responsable de tout cela.

- Haymitch, répète Effie, serrant sa main plus fortement, Haymitch, regarde-moi s'il-te-plaît …

Son ton est plaintif, presque suppliant. Alors, Haymitch relève la tête et ouvre les yeux. Le regard noir qu'il croise le perturbe. Il a toujours vu les yeux d'Effie cachés derrière des lentilles aux couleurs criardes. Ses yeux sont donc noirs. Mais ce qui le perturbe le plus, ce qu'il y lit. Pas de souffrance, de peine ou de chagrin … mais de la froideur et de l'amertume. Ce que dit ce regard le percute de plein fouet. Elle lui en veut. Elle a raison et il le sait, et pourtant …

- Tu m'as abandonné Haymitch, dit-elle froidement, dans la salle des sponsors, lorsque Katniss a brisé le mur d'enceinte. Tu m'as dit de rester là et de t'attendre, et tu es parti …

- Je devais revenir, je te promets … mais, on devait être rapides. Et … Katniss était la priorité, répond Haymitch, sa voix se brisant sur la fin.

- La priorité de qui ?

- Celle de Coin et de Plutarch. Je voulais revenir, je voulais mais …

- Mais ?

- Si on avait été pris, alors tout cela n'aurait servi à rien. Et Plutarch m'a assuré que tu ne risquais rien, en tant qu'escorte. Tu n'as jamais montré de penchant vers la rébellion.

Pas ouvertement du moins, parce qu'à présent Haymitch se souvient. Juste après la Moisson de l'édition de l'Expiation dans le train. Elle est venue les trouver et a exposé son idée d'accessoires assortis afin de les présenter comme une équipe. Et puis, quelques jours plus tard, la veille du début des Jeux. Il la revoit, pleurant devant Katniss et Peeta. Pas un pleurnichement digne du Capitole, mais des larmes, vraies et sincères. Il entend à nouveau sa voix brisée par le chagrin lorsqu'elle a dit aux gosses à quel point elle était désolée. Il a passé la nuit à tenter de la consoler mais les larmes d'Effie ne se sont arrêtées qu'au coup d'envoi des Jeux, afin de laisser place à son masque neutre professionnel.

Effie n'est pas une Rebelle. Mais elle est humaine et c'est son humanité et sa proximité avec son « équipe » qui lui a coûté sa liberté durant les derniers mois. Et aujourd'hui, Coin ose lui reprocher son manque d'humanité et son appartenance au Capitole et au système des Jeux. Sera-t-elle un jour libre d'exister ?

- Je suis désolé Effie. Sincèrement, dit finalement Haymitch, parce que c'est la seule chose qu'elle a besoin d'entendre.

- Ils m'ont torturée Haymitch, dit-elle en retour, torturée et …

Elle s'interrompt, comme bloquée. Sa main droite, qui tenait toujours celle d'Haymitch, rejoint la gauche, menottée au lit et ensemble elles se mettent à trembler. Baissant à nouveau la tête, Effie semble plonger dans le monde qu'elle a construit pour ne pas tomber dans la folie. Un trou béant se forme entre elle et Haymitch. Non ! S'il la laisse partir, elle ne reviendra sans doute pas … il doit la retenir.

- Dis-le, lui souffle doucement Haymitch, hurle-le si c'est plus simple. Il faut que tu t'en libère.

Effie déglutit péniblement. Son visage est toujours penché vers ses mains. Haymitch n'y tient plus et attrape sa tête entre ses deux mains, la forçant à le regarder. Ses yeux noirs dans les siens. Mais à présent il les voit derrière l'amertume et la froideur, il y a la douleur et le chagrin.

- Dis-le Effie, répète-t-il plus fermement.

- Je … elle s'arrête à nouveau.

- Dis-le !

- J'ai été torturée ! Depuis le premier jour … ils m'ont arraché ses vêtements, ma perruque. J'étais seule au milieu d'eux. Ils étaient au moins vingt … je pleurais et ils riaient. Ils m'ont … ils m'ont rasé le crane et m'ont lancé une vieille blouse. Ils m'ont mis un sac sur la tête et ils m'ont conduit à ma cellule. Et les tortures ont commencés … au début, il y avait la bassine d'eau … je devais retenir mon souffle pendant qu'ils me plongeaient la tête dans l'eau. Comme ça ne fonctionnait pas, ils sont passés aux électrochocs. Tous les jours … à dix heure, le matin … quinze minutes d'électrocutions par à-coups … tous les jours Haymitch …

Les larmes coulent sur les joues d'Effie, tandis que son corps est secoué de sanglots. Elle peine à reprendre son souffle. Les mains d'Haymitch quittent son visage, mais il ne la lâche pas pour autant. L'entourant de ses bras, il caresse avec douceur les mèches éparses de ses cheveux. La douleur d'Effie est immense et se dresse devant lui comme un mur infranchissable. Il tuerait Snow de ses propres mains s'il le pouvait. Et il ferait de même avec Coin, si elle n'était pas destinée à devenir la nouvelle présidente de Panem. Mais réaliste, il sait qu'aucun de ses deux meurtres ne ramèneraient son Effie. Celle aux perruques et à la voix chantante. Celle dont les yeux noirs ne lui font pas voir son propre reflet. Le reflet d'un lâche.