Je me rappelle avoir promis une suite relativement rapide lorsque j'ai posté la seconde partie fin juillet ... et bien voilà, nouveau hiatus de deux mois :) Je vais finir par faire de la concurrence à Sherlock. Entre mon entrée dans les études supérieures et mon aménagement dans une ville que je ne connaissais pas, j'ai largement mis l'écriture de côté. Sorry ...
Bref, je me suis fixé comme objectif de finir cette fiction avant la sortie de la dernière partie de Mockingjay (ce qui me laisse plus d'un an), étant donné que j'ai prévu neuf parties plus un épilogue. J'essayerai d'alterner les points de vue entre Effie et Haymitch parce qu'on m'a fait la remarque que si les émotions d'Effie étaient bien retranscrites dans la première partie, on sentait qu'Haymitch était un peu en retrait. Je vais donc tâcher de m'améliorer sur ce point ! :)
(je m'excuse d'avance si le vocabulaire juridique n'est pas le bon, j'ai fait quelques recherches avant mais j'ai bien vite abandonné devant tant de complexité ... si certaines choses ne tiennent pas la route dites le moi)
Bonne lecture !
Troisième partie - Le blanc de ses joues
.
.
.
Haymitch attend. Le procès commence à neuf heures. La salle se remplie petit à petit. Derrière la table des juges, Haymitch reconnaît certains des dirigeants du Treize, habillés pour l'occasion d'une longue robe rouge. Mais combien d'entre eux sont réellement des Juges ? Des gens capables de donner un verdict juste et équitable. Plutarch Heavensbee fait son entrée, portant son plus beau costume et vient s'asseoir à côté de lui, sur le banc des avocats et témoins de l'accusé. Serrant la main d'Haymitch avec gravité, Plutarch pose sa mallette sur la table.
Un silence de plomb s'installe lorsque Coin, elle aussi vêtue d'une robe de Juge rouge, entre dans la salle. Son visage est impassible, mais Haymitch discerne dans son regard gris une lueur de victoire. Elle s'imagine déjà avoir gagné. Prenant place au centre de la table des Juges, la présidente du Treize demande comme le veut la procédure, le silence de la salle, bien que celle-ci soit déjà muette. Elle se lève alors, le dos bien droit et fixe la double porte en face d'elle.
- Faites entrer l'accusée, dit-elle froidement.
Les portes s'ouvrent et Effie entre, les mains menottées devant elle, entourée de deux gardes. Ce ne sont pas des Pacificateurs, mais ils portent tous deux des armes à leur ceinture. Comme si Effie pouvait faire quelque chose contre eux. Effie, qui n'a pratiquement pas changée depuis qu'Haymitch l'a libérée des prisons de Snow. Elle est toujours aussi frêle, dans sa blouse grise de prisonnière. Ses cheveux blonds ternes et courts sont indisciplinés autour de son visage. Et ses joues autrefois toujours rosies par du maquillage, sont aujourd'hui d'un blanc alarmant. Arrivée à la barre des accusés, elle pose doucement ses mains dessus. Haymitch constate alors qu'elles tremblent violemment. Ses yeux noirs sont baissés vers le sol.
Une nouvelle fois, Haymitch se rend compte de la différence entre Effie et le milieu dans lequel elle se trouve. Effie n'a jamais été à sa place nulle part. Trop colorée et pompeuse pour le District Douze, gris et triste. Trop naïve et innocente par rapport aux meurtriers qui envoyaient les enfants dans l'Arène. Et aujourd'hui, trop blanche et trop frêle au milieu des regards hostiles que lui lancent le public et les Juges. La colère gronde dans la poitrine d'Haymitch. Cette injustice le dégoûte et à l'instant il donnerait tout pour fermer ses doigts autour du cou de tous ceux qui osent prôner la justice tout en agissant injustement. Il l'a déjà fait de nombreuses fois dans le passé. Alors, une ou deux fois de plus, qu'est-ce que ça changerait au final ?
- Accusée, répondez-vous bien au nom de Filipina-Eyra Trinket, née le 6 février de l'An 254 du Nouveau Calendrier ? demande Coin, toujours aussi froidement.
- Oui …
Filipina-Eyra ? Haymitch s'était toujours douté que le nom d'Effie était un surnom, un nom de scène. Son vrai nom est donc un nom composé, et surtout, il est d'origine latine. Effie est donc probablement issue d'une famille noble. Ce qui expliquerait son penchant pour les bonnes manières.
- D'après certaines recherches faites à votre sujet, nous avons trouvé votre arbre généalogique, Mademoiselle Trinket, et il semblerait que vous soyez la petite fille du sénateur Scheiner. Il était votre grand-père maternel, c'est bien cela ?
- Oui, répond Effie d'une voix faible.
- Vous devez donc connaître les actes de votre grand-père, en tant qu'ancienne escorte des Jeux. Sachez, ajoute la présidente à l'intention du public, que le sénateur Scheiner, était autrefois très lié au troisième président de Panem, le président Darren. Ensemble, ce sont eux qui ont mis au point les Hunger Games, il y a de cela 76 ans.
La fin de sa phrase est noyée sous les huées et les indignations du public. Certains se lèvent même de leurs sièges. Effie baisse encore plus la tête et Haymitch voit une larme glisser de son œil et tomber vers le sol. Il se lève à son tour.
- Comment osez-vous ?! hurle-t-il à l'intention de Coin, qui semble très satisfaite de sa révélation, comment pouvez-vous faire ça ?! Accuser Effie des actes de son grand-père est injustifié. Ce n'est pas pour ça qu'on est là aujourd'hui ! C'est injuste et-
Sentant la main de Plutarch sur son bras, Haymitch s'arrête dans son monologue. L'ancien Haut Juge lui intime d'un regard de s'asseoir. Ce qu'il fait, comprenant que tout ce qu'il pourrait dire risquerait de condamner Effie. Celle-ci a d'ailleurs levé son visage dans sa direction. Il aperçoit de sa place les traces humides sur ses joues blanches et se retient de toutes ses forces de ne pas se lever pour les essuyer. Faisant taire la salle d'un mouvement de la main, Coin se tourne vers lui.
- La parole ne vous a pas été donnée, Monsieur Abernathy. Vous parlerez quand je vous y autoriserai. Mais effectivement, les actes du sénateur Scheiner ne sont pas en jeu pour le moment. Mademoiselle Trinket, ici présente, est accusée par les chefs de la rébellion d'avoir hautement collaboré avec le président Snow et le gouvernement conservateur et capitaliste du Capitole. Je donne tout d'abord la parole à Monsieur Lowell, avocat général.
Un homme d'une cinquantaine d'année, le crâne dégarni et à la silhouette frêle se lève alors du banc opposé à celui d'Haymitch et de Plutarch. Il commence un discours tissé de mensonges et de faux témoignages sur la soi-disant relation entre Effie et le gouvernement de Panem. Tous les éléments ne tiennent d'ailleurs pas la route et l'homme fini bien vite par se rasseoir. C'est alors au tour de Plutarch d'entrer en scène. Et en tant qu'ancien avocat, l'homme argumente justement et avec facilité et aisance. Haymitch voit parmi le public des visages commençant à s'interroger. Plutarch invite Haymitch à prendre la parole, en tant que témoin. Coin semble sur le point de rappeler à Plutarch que c'est à elle de donner la parole, mais le public semble de plus en plus attentif.
Haymitch se lève et pour se donner du courage, cherche à croiser le regard d'Effie. Ne la quittant par des yeux, il prend la parole :
- Effie Trinket est accusé injustement et simplement dans l'intérêt de certaines personnes. Effie et moi travaillons ensemble depuis maintenant 14 ans, sans compter les sept mois catastrophiques durant lesquels j'ai été condamné à ne pas quitter le district Treize et Effie a été torturée chaque jour par les Pacificateurs du Capitole. C'est d'ailleurs étonnant que vous n'ayez pas mentionné ce détail, présidente Coin.
Coin ne répond pas à l'accusation, mais ses sourcils gris se froncent de mécontentement. Effie a baissé la tête au moment où Haymitch a rappelé ses mois de tortures. Cela l'a fait souffrir d'y repenser, il le sait. Mais c'est un mal pour un bien.
- Quinze minutes d'électrochocs tous les jours, sans compter les humiliations et les coups. Mais peut-être ne considérez-vous pas ce genre d'actes comme de la torture, puisqu'il me semble que ce sont des traitements de ce type que vous avez fait subir au sein de Treize sur d'anciens habitants du Capitole.
Haymitch sent qu'il va trop loin en accusant directement Coin. Le regard lourd de sous-entendus que lui lance Plutarch lui indique qu'il pense la même chose. La présidente du Treize a les yeux écarquillés de surprise. Elle ne s'y attendait pas. Le public non plus d'ailleurs. La plupart tournent leur regard vers la femme sans âge, l'air inquisiteur.
- Mais comme vous l'avez dit plus tôt Présidente Coin, ajoute Haymitch, nous ne sommes pas ici pour parler de cela. Sachez simplement qu'Effie a mon entière confiance et très probablement l'entière confiance que Katniss, notre Geai Moqueur.
La remarque fait mouche. Katniss est une référence, un modèle à suivre pour les habitants du Treize, d'autant que certaines personnes de l'assemblée sont d'anciens habitants du Douze.
- Ne tombez pas dans l'injustice. Ne condamnez d'innocents. C'est ce pourquoi nous nous sommes battus durant ces longs mois. Pour prôner la justice et la liberté. Faites le bon choix, dit Haymitch en fixant le banc des jurés, et souvenez-vous de qui est l'ennemi.
A peine Haymitch franchit-il le pas de la salle d'audience qu'il sent une masse l'étreindre. Ses bras maigres et couverts de bleus serrés autour de lui, Effie pose sa tête dans le creux de son épaule droite. Levant lentement les bras, l'ancien mentor répond à son étreinte.
- Merci, souffle-t-elle dans son oreille, merci pour tout.
- Ce n'est rien Effie.
Haymitch tapote maladroitement son dos. Les relations humaines n'ont jamais été son fort. Il se sent légèrement mal à l'aise sans pouvoir en expliquer la raison exacte.
- Tu ne devrais pas me remercier. C'est surtout Plutarch qui –
Il s'interrompt alors qu'Effie se dégage de ses bras, les fixant droit dans les yeux. Elle semble contrariée. Ses minces sourcils d'un blond presque blanc se froncent.
- Ne dis pas de bêtises. Ce sont tes arguments qui ont changés la donne. Je le sais. Alors merci Haymitch. Tu es la première personne à faire autant pour moi …
- C'est normal, dit-il en esquissant un sourire.
Depuis combien de temps n'avait-il pas sourit ? Des semaines, des mois … Comme une réponse, les coins de la bouche d'Effie se redressent à leur tour. Ses joues blanches reprennent des couleurs à vue d'œil. Après une longue léthargie, la vie semble revenir en Effie Trinket.
Par rapport au nom d'Effie, je sais que beaucoup utilise le nom Euphemia (du moins sur tumblr). J'ai voulu faire plus complexe et mettre un nom composé : Filipina-Eyra. J'imagine qu'étant enfant on la surnommée F-E (comme un Jean-François bien français se fait surnommé J-F), et donc en anglais ça donne quelque chose qui sonne comme Èf-I, prononcé vite ça donne Effie ... voilà pour la petite explication ;)
A la prochaine (je ne promet pas de date, j'veux pas vous décevoir) !
