Bonjour à tous et désolée pour cet énième retard. Je n'ai même pas d'excuses, parce que du temps pour écrire j'en ai eu. Ma flemme à pris le dessus. Et puis j'ai commencé trois nouvelles séries (Hannibal, My Mad Fat Diary et New Girl, pour ceux qui se demandent). D'ailleurs, pour ceux qui l'ont vu, on retrouve un peu de My Mad Fat Diary dans ce chapitre. Je trouve que cette série traite extrêmement bien le thème de la souffrance et de l'anxiété (en tant que maladie).
Bref. Ce chapitre est assez court ... voire même très court. Moins de 1100 mots je crois. J'ai essayé de retrouver un peu le point de vue du premier chapitre, avec beaucoup de narration. J'espère que ça vous plaira. Comme d'habitude, je ne crache pas sur les avis et les reviews. Vous avez même le droit de m'engeuler pour le retard si vous voulez ! :)
Merci à GreysersAndOncers, AmelieICanFly et Guest pour leurs reviews sur le dernier chapitre.
(By the way : j'ai vu Mockingjay Part 1 et, bon sang, je vénère désormais Francis Lawrence ! Et Elizabeth Banks (mais c'était déjà le cas !))
Bonne lecture !
Cinquième partie - Le pourpre de ses murs
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Les mains tremblantes et l'esprit en proie du doute, Effie insère la clef dans la serrure de son appartement. La porte s'ouvre. Quelqu'un a pris la peine de la réparer. Le cœur d'Effie bat la chamade. Pour la première fois depuis sept mois, l'ancienne escorte pénètre dans son petit deux-pièces, comme étrangère aux lieux. Le temps a fait son œuvre et la saleté recouvre chaque centimètre carré des meubles et du sol. La pièce principale est plongée dans le noir. Les rayons de soleil, filtrants à travers les rideaux sombres, font briller dans l'air un milliard de particules de poussière. L'endroit est figé dans une sorte de léthargie angoissante.
Rien n'a été cassé. L'immeuble dans lequel vit Effie se situe entre le centre et la périphérie du Capitole. Le quartier n'a pas été touché par les nombreux pièges visant à éliminer les Rebelles, pas plus que par les bombes meurtrières envoyées par le Treize. L'appartement a survécu mais Effie n'est plus. Au final, les deux camps restent les mêmes. Ils portent autant de sang sur les mains. Effie n'oubliera jamais la douleur de la torture et l'humiliation subit dans les sous-sols du Capitole, mais elle n'oubliera pas non plus les tremblements puissants provoqués par les bombes qui ont fait trembler le plafond gris de sa cellule. Elle n'oubliera pas le regard glacial de la présidente Coin durant son procès.
Effie s'avance lentement au centre de la pièce, refermant en silence la porte d'entrée derrière elle. Ses escarpins ne font aucun bruit sur la moquette duveteuse recouvrant le sol. S'arrêtant à mi-chemin entre le canapé et la fenêtre, Effie hésite. Doit-elle ouvrir les rideaux ? Doit-elle ramener la lumière dans cet appartement ? Elle fait un pas, tend la main, mais stoppe son mouvement. Elle est effrayée. La réalité l'épouvante. Elle ne veut pas se voir à la lumière du jour. Les cicatrices sont encore trop vives. Et l'instant est trop solennel, elle ne souhaite pas le briser.
Reculant de plusieurs pas, Effie rejoint le canapé et s'y assoit. Un nuage de poussière s'en libère. Ses yeux brûlent et elle ressent le besoin de pleurer. Mais est-ce uniquement à cause de la poussière ? Alors que quelques larmes s'échappent, Effie inspecte la pièce du regard. Son canapé d'un rose profond. Sa cuisine peinte dans un étrange bleu cyan. Les murs de son séjour, pourpres. Sombres. Lourds. Angoissants. Ecrasants. Effie serre entre ses doigts maigres le tissu du canapé. Sa respiration s'accélère. Les ténèbres semblent vouloir l'étouffer. Alors, elle les entend à nouveaux.
C'était le soir après la fin de la 75ème édition des Hunger Games. Après que Katniss ait fait exploser le mur d'enceinte de l'arène. Après qu'Haymitch l'abandonne à son sort dans la salle des sponsors. Elle a rejoint son petit appartement et attendu, patiemment. Elle ne savait pas à quoi s'attendre d'ailleurs. Elle attendait juste que quelque chose se passe. Peu importe quoi. Elle s'est assise sur son canapé rose. L'appartement était dans le noir. La porte d'entrée a été défoncée. Ils sont arrivés, armés jusqu'aux dents, comme à la recherche d'un dangereux criminels. Mais elle n'est qu'une simple escorte naïve, n'est-ce pas ? Alors pourquoi ont-ils pointés leurs armes chargées sur sa tête ? Pourquoi les cliquetis des crans de sécurité se sont-ils fait entendre ? Pourquoi des Pacificateurs voudraient-ils faire autre chose que de protéger une citoyenne du Capitole ?
Les cliquetis des armes résonnent aujourd'hui dans la pièce vide. Les respirations rauques des hommes emplissent le silence. Les pleurs hystériques d'Effie deviennent de plus en plus aigus. Elle a besoin d'air. D'une bouée à laquelle se raccrocher. Elle se sent perdre pied. Elle se relève et se dirige précipitamment vers la fenêtre. Tirant les rideaux avec force, elle arrache la tringle du mur. Elle n'y fait pas attention. La lumière l'éblouit. Sa vision se tâche de points rouges. Pour autant, Effie ne ferme pas les yeux. Elle ouvre la large fenêtre et avance d'un pas sur le minuscule balcon.
Sa première respiration est comme une vague d'apaisement. La noirceur de son esprit se retire petit à petit. Effie sait qu'elle ne partira sans doute jamais. Le Capitole l'a rendu ainsi. Fermant les yeux, elle respire profondément. La légère brise lui fait du bien, mais au fond d'elle, elle sait que l'air pur du District Douze aurait été meilleur. Tout a toujours été meilleur au Douze. L'air, le paysage, la mentalité, les gens. Haymitch. Mais elle, elle n'est pas faite pour le Douze. Pas encore. Les paroles de l'ancien mentor lui reviennent à l'esprit, pour la centième fois depuis qu'il est partit le matin-même.
« Tu n'es pas prête pour venir au Douze. J'aurai aimé que tu viennes, deux personnes ne seront pas de trop pour aider Katniss à se relever. Malheureusement, je crois que tu ne t'es pas complément relevée Effie. Pas encore. Tu dois apprendre à accepter celle que tu es, pas la marionnette naïve que le Capitole a créée. Quand tu seras prête, alors rejoints-moi. »
Abandonnant ses escarpins sur le balcon, Effie retourne dans le séjour. Face à elle se tient un miroir. Dans ce miroir se tient une femme. Elle est tirée à quatre épingles. Sa robe couleur grenade met son corps en valeur. Son maquillage sophistiqué lui donne bonne mine. Ses yeux bleus ciels sont confiants. Levant sa main parfaitement manucuré, la femme retire alors sa lentille droite. Elle relève la tête et de son œil droit, noir et sans vie, Effie voit le mensonge qui dissimule ce que la femme dans le miroir est réellement.
Lentement les couches tombent. La deuxième lentille est retirée. Les faux cils arrachés. Le rouge à lèvres effacé. La perruque dorée s'écrase sur la moquette violette. Les bijoux sont éparpillés. La robe dégrafée. Les collants disparaissent. Alors il ne reste plus qu'elle, Effie. Effie aux yeux noirs, profonds et tristes. Effie au visage tiré et fatigué, aux larges cernes sombres. Effie aux courts cheveux blonds effilés. Effie au corps brisé, maigre et blanc. Effie aux cicatrices encore vives et douloureuses. La vraie Effie.
- C'est ce que tu es, sa voix est rauque, c'est qui tu es, Effie. Tu n'es pas une autre personne. Tu es Effie. Tu es Filipina-Eyra Trinket. Tu n'es pas une mauvaise personne. Tu n'as pas à te cacher. Tu es parfaite. Tu es parfaite. Tu es parfaite.
Effie sourit et son reflet fait de même. Bientôt elle sera prête. Bientôt elle retrouvera Haymitch.
