Bonsoir. Voilà le sixième chapitre de ma petite fiction, qui s'est fait attendre (comme tous les autres d'ailleurs). Le dernier chapitre date d'y il a trois mois ... ça craint.

Concernant les reviews, je voudrais remercier SD'Emeraude (encore une fois, parce que ces quatre reviews m'ont vraiment donné du courage) et Rose-Eliade. Sinon, grâce aux outils du site, on a la possibilité de voir le nombre de visites sur chaque histoire ... et je dois dire que Camaïeu d'instants en reçoit pas mal. Donc merci, mais surtout n'hésitez pas à laisser votre avis. Une phrase me suffit, pas la peine de faire une dissertation argumentée. Juste savoir que je n'écris pas dans le vent m'encouragerait à continuer cette histoire.

Je ne donne pas de date pour le prochain chapitre ... c'est trop compliqué de tenir un délai.

Merci de me lire encore.

Bonne lecture !


Sixième partie - Le brun de son alcool

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Les glaçons valsent dans le verre d'Haymitch pour la troisième fois en un quart d'heure. La bouteille de whisky posée sur la table basse de son salon a diminué de moitié. Il lui en reste encore deux dans la cuisine. Deux plus sa réserve personnelle d'urgence – il arrive que les cargaisons du Capitole aient du retard, surtout en cette période post-révolutionnaire.

Haymitch n'est pas saoul, pas encore du moins. Plus les années passent, moins l'alcool lui fait d'effet. Il fait délicatement tourner son verre dans sa main. Les glaçons suivent le mouvement du liquide brun et tintent contre la paroi, produisant un son délicat et clair qui résonne dans le vide de la grande maison de l'ancien vainqueur.

Les dernières semaines ont été dures. Les bouteilles de whisky, de rhum et de bière se sont fait attendre au District Douze. Puis finalement, vingt-trois jours après son retour au District, Haymitch a aperçu au loin le premier convoi de ravitaillement envoyé depuis le Capitole. Bien sûr, il manquait de beaucoup de choses, mais au Douze on sait se contenter du minimum. Haymitch s'est immédiatement réapprovisionné en alcool en tout genre avant qu'il n'y en ait plus assez. Et aujourd'hui, quarante-huit jours après le premier convoi, sa réserve s'assèche.

De la fenêtre du salon, Haymitch aperçoit quelques habitants du Douze traversant le village des Vainqueurs. En réalité, moins de la moitié ont réellement vécu au Douze avant la Révolution. De nombreux habitants du Huit vivent désormais parmi les anciens mineurs. Leur District est celui qui a subit le plus de dégâts et de pertes. Il y a également des gens du Quatre, du Sept, du Treize … et, chose étonnante, des gens du Capitole.

Ils sont peu, une petite vingtaine seulement, mais ils ont accepté de venir vivre ici, au milieu des forêts ravagées du Douze. Ils ont demandé en contrepartie, de pouvoir disposer des maisons du village des Vainqueurs. Ils en occupent quatre. Les autres ont été données aux anciens du Douze. « On leur doit bien ça » a dit Lars, ancien mineur, nouveau maire du District.

Les passages de personnes sous sa fenêtre se font de plus en plus nombreux. Haymitch se lève difficilement de son fauteuil, le corps engourdi par l'alcool et le manque d'activité. Alors qu'il s'approche de la large fenêtre, plusieurs coups se font entendre à la porte.

C'est Sae Boui Boui, accompagnée de sa petite fille qu'elle tient par le bras. La vieille femme tient de son autre main un large panier en osier.

- Haymitch, tu n'as pas entendu la nouvelle ?

- Hn, est la seule réponse d'Haymitch, à mi-chemin entre le grognement et le soupir.

- Un nouveau convoi du Capitole est arrivé, répond Sae Boui Boui ignorant le manque de réception de son interlocuteur, emmène de quoi transporter, il paraît qu'il est deux fois plus remplis que le premier !

C'est une bonne nouvelle. Signe que les choses avancent dans les Districts. Ici au Douze, les mines de charbon ont rouverts depuis trois semaines, avec des conditions de travail bien différentes de celles d'avant la Révolution. Ils sont beaucoup moins nombreux à descendre dans les mines, mais la production de charbon à bien repris et les premières livraisons ne sauraient tarder.

Cinq minutes plus tard, Haymitch quitte sa maison, deux grands sacs en toile à la main. Il jette rapidement un coup d'œil vers la maison qui se tient à gauche de la sienne. Les rideaux sont tirés – comme chaque jour en réalité. Katniss, depuis son retour au Douze, s'enferme dans une sorte de torpeur muette et destructrice. Et rien ne la fait changer.


Le train est là, arrêté au milieu du quai, brillant d'un gris froid et étincelant. Une centaine de personnes se tiennent devant les portes, tandis que les employés du Capitole déchargent les différents vivres et matériaux. Haymitch slalome dans la foule en regardant autour de lui.

Bois, briques et ciment en grandes quantités. Blé, orge et maïs datant d'avant la Révolution - les cultures ont repris dans le Onze, mais la récolte n'aura lieu que dans deux mois. Quelques rares fruits et légumes, il n'y en aura bientôt plus. Tant pis, Haymitch s'en passera. De nombreuses conserves en revanche, de quoi tenir largement jusqu'au prochain convoi.

Des gens semblent descendre de la queue du train, de lourds sacs sur leurs épaules. De nouveaux habitants pour le Douze. Comme s'il n'y avait pas suffisamment de bouches à nourrir … Haymitch grommelle dans sa barbe. Certains, à la vue de leurs vêtements, sont très probablement du Capitole. Haymitch ne les aime pas, par principe. Il ne les a jamais aimés et la Révolution ne l'a pas aidé à changer ses idées.

- Haymitch.

L'ancien Vainqueur sursaute au son de cette voix. Voilà presque deux mois qu'il ne l'avait pas entendu. Depuis son départ du Capitole en fait. Haymitch se retourne vers l'origine de la voix et un éclat blond lui attire l'œil.

Peeta.

- Salut mon gars.

La gorge d'Haymitch est serrée. Il se sent toujours aussi coupable envers Peeta. Durant ses deux Jeux de la Faim, Haymitch ne l'a pas aidé. Pas une seule fois. Katniss a toujours été la priorité. Et pas seulement politiquement … Haymitch s'est de suite sentit proche de la jeune fille. La sauver elle a donc été une évidence.

Mais à présent qu'il regarde Peeta, lui aussi détruit par la guerre, Haymitch ne peut s'empêcher d'hurler intérieurement contre lui-même. Le jeune homme a le regard sombre, marqué par de grands cernes. Lui qui avait autrefois une carrure large et carrée, semble chétif et faible aujourd'hui. Et ces cicatrices, bon sang. Encore roses et gonflées, elles grimpent comme des lianes le long des bras de Peeta, de son cou, de son visage …

Le malaise doit se lire sur le visage d'Haymitch, car bientôt, Peeta s'approche de lui et lui sourit calmement.

- Ce n'est pas grave Haymitch. Je ne vous en veux pas vous savez …

Bon dieu, ce gamin est réellement la bonté incarnée.

- Le deal c'était de sauver Katniss. Et on a réussi il me semble.

- Je n'en suis pas certain. Elle est complétement détruite Peeta. Il va lui falloir de l'aide … et je ne suis plus capable de lui en donner.

- Je l'aiderai.

Haymitch esquisse un sourire. Peut-être que les choses vont aller mieux. Peut-être que ce camaïeu insupportable de gris va finir par s'envoler du District Douze et de ses habitants. Peeta est revenu, apportant avec lui les rayons de soleil, chauds et bienveillants qui le caractérisent.

Peeta dépose son sac sur le sol poussiéreux du quai et sort de la poche de devant un petit paquet enveloppé dans du kraft. Le jeune homme le tend à Haymitch.

- C'est pour vous. Vous devez vous imaginer qui me l'a donné.

- Est-ce qu'elle va bien ?

- Je ne l'ai pas vu. Je ne suis sorti de l'hôpital qu'il y a une semaine. Elle m'a fait transmettre la lettre par l'un des internes. Mais oui, je pense qu'elle va bien … qu'elle va mieux, du moins.

- Merci gamin, ajoute Haymitch dans un murmure.


Haymitch est assis sur le bord du quai. Le train est reparti depuis quelques minutes. La foule s'est évaporée et Peeta semble être lui aussi parti, bien qu'Haymitch ne se souvienne plus quand exactement.

Le paquet en kraft est défait et la lettre est dépliée devant ses yeux. Il l'a lu trois fois déjà. Mais comme ces quelques mots ne suffisent pas, il se replonge une nouvelle fois dans la calligraphie toujours soignée d'Effie.

« Cher Haymitch,

J'espère que tu vas bien et que revoir le District Douze t'a rendu plus heureux. D'après ce que j'ai entendu, les mines ont rouvert. D'ici peu l'économie renaîtra et la situation redeviendra normale … mais au fond, qu'est-ce qui peut encore est qualifié de « normal » après tout cela ?

Ici, au Capitole, les choses changent beaucoup et rapidement. La plupart des gens ne s'y entendaient pas. Ils sont surpris et déboussolés. En réalité, je me sens moi-même perdue dans ce nouveau Monde. Je ne sais pas encore très bien où est ma place. J'aimerais pouvoir dire que le Capitole est toujours mon chez moi, mais trop de choses s'y sont passés. J'aimerais aussi pouvoir dire que le Douze pourrait être mon nouveau chez moi, mais j'ai peur … Le changement m'effraie.

Suis-je la seule à mourir de peur comme cela ? Dis-moi Haymitch, est-ce que tu ressens cela toi aussi ? Ce gouffre qui s'étend à tes pieds, interminable et sombre, qu'aucun pont ne traverse. Parfois j'ai le sentiment que tout cela m'a rendu folle. C'est pourquoi je voudrais juste savoir si je suis seule à penser de cette façon. J'ai besoin de réponses Haymitch. De tes réponses.

Ecris-moi, s'il-te-plaît. Ou décroche ton téléphone quand je t'appelle. Mais ne m'ignore pas. Tu n'as pas le droit.

Je t'embrasse toi, ainsi que Katniss. Dis-lui que je pense à elle.

Effie »

Haymitch s'entend bêtement renifler tandis qu'il pli la lettre en quatre. Il aimerait se dire que les larmes sont dû à la poussière du District et pourtant …

Au loin, le petit paquet de kraft danse dans les volutes du vent au milieu des cendres et des débris.