Bonsoir bonsoir ! Voilà le septième chapitre de ma petite fiction. On approche de la fin ... Seulement deux mois d'attente depuis le dernier chapitre ... un record ! Applaudissements siouplaît :)

Pour les reviews, merci une nouvelle fois à SD'Emeraude et Rose-Eliade (mes deux seules lectrices qui prennent la peine de laisser une review à chaque fois). Merci mille fois, c'est toujours un plaisir de lire vos avis ! :D

Concernant le chapitre, c'est la réunion ! Enfin ! Et en prime, je vous met du Peeta ET du Katniss. Le prochain chapitre promet d'être chauuud ... mais je n'en dis pas plus.

Bonne lecture !


Septième partie - Le vert de la Prairie

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Le pied d'Effie se pose sur le sol du Douze pour la première fois depuis presque d'un an et demi. L'ancienne escorte du District sort du wagon dans lequel elle se trouvait, un simple sac de toile sur l'épaule. Elle s'éloigne rapidement du quai de gare de plus en plus noir de monde. Les vivres venant du Capitole et des autres Districts ont dû attirer les habitants. Effie a entendu dire avant son départ de la capitale que c'était l'un des Districts qui recevait le moins de convoi depuis la chute de Snow. Cela s'explique par le fait qu'il n'y a que peu d'habitants et que le Douze se trouve en périphérie du territoire de Panem.

La foule se fait oppressante et Effie ne se sent pas à l'aise. Depuis quelque temps, elle a développé cette phobie de la proximité et du manque d'espace. Elle se doute bien que les sept mois passés en captivité sous les griffes de Snow ont été l'élément déclencheur de ces crises d'angoisses qui l'empêchent désormais de vivre. Elle l'a ressenti au cours des derniers mois, les murs de son petit deux pièces du Capitole semblant être de plus en plus proches les uns des autres. Alors elle a pris sa décision.

Elle va vivre. Hors de ses murs aux couleurs criardes. Hors du Capitole, bruyant et en constant mouvement. Ailleurs … dans un endroit qu'elle savait grand, aéré, libre. Le Douze.

Une fois à l'écart de la foule, Effie se sent prise de vertiges. Elle balade son regard alentour. Repérant un petit muret de pierres, elle s'y assoit et tente de redonner à sa respiration un rythme régulier.

Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Un mouvement après l'autre. Se calmer.

- Effie ? s'exclame une voix étonnée tout près d'elle.

Elle relève la tête et croise le regard bleu et doux de Peeta Mellark. Un regard qu'elle n'a pas croisé depuis la dernière soirée avant les 75ème Hunger Games. Plus d'un an auparavant. Oh, bien sûr, elle a entendu ses cris dans les cachots du Capitole, tout comme il a dû entendre les siens. Mais le voir là, devant elle, ses yeux bleus plongés dans les siens lui coupe tout simplement la respiration.

- Peeta … parvient-elle à murmurer au bout d'un instant.

- Effie, vous avez … vous avez tellement changé, dit Peeta dans un sourire, j'ai bien failli ne pas vous reconnaître.

C'est vrai qu'elle n'est plus la même. Fini perruques, maquillage outrancier et talons de quinze centimètres. Ses cheveux ont repoussé depuis que Snow l'a fait rasée, mais ils n'atteignent toujours pas ses épaules. Elle a repris du poids, mais elle reste mince et son visage est anguleux. Ce sont surtout ses yeux … Effie a toujours du mal à les regarder dans le miroir … Le vide qu'on y lit la dérange et l'effraie.

- Tu as changé aussi Peeta. Où est passé le jeune homme de seize ans d'avant les Jeux ?

La question est inutile, elle le sait. Peut-être même un peu déplacé.

- On l'a dévoré, répond simplement Peeta.

Il ne lui en veut pas. Ils ont tous les deux souffert de ces dernières années. Effie l'observe plus attentivement. Ses yeux bleus ont beau avoir gardé leur douceur caractéristique, ils sont marqués de cernes. Les cauchemars devine-t-elle. Lui non plus ne peut s'en échapper.

Effie baisse son regard et ses yeux rencontrent la peau nue des bras du jeune homme. De microscopiques sillons blancs parcourent son épiderme. Les chirurgiens du Capitole ont sûrement fait tout leur possible pour qu'aucune cicatrice n'apparaisse, mais certaines blessures ne guérissent jamais, comme pour vous rappeler la douleur par laquelle vous êtes passé.

- Peeta, je me demandais … la lettre que je t'avais fait parvenir avant que tu quittes le Capitole …

- Celle pour Haymitch.

- Lui as-tu donné ?

- Dès que je l'ai vu. Il était là quand je suis descendu du train. Il ne vous a pas répondu, devine-t-il après quelques secondes.

Effie ne répond pas. Elle se souvient de la lettre, des mots qu'elle a tracés à l'encre …

« Ecris-moi, s'il-te-plaît. Ou décroche ton téléphone quand je t'appelle. Mais ne m'ignore pas. Tu n'as pas le droit. »

Pas un seul mot de la part d'Haymitch depuis presque cinq mois. Elle lui en veut, sans pouvoir s'empêcher de le pleurer en même temps.

Pathétique petite Effie, incapable de passer à autre chose.

- Venez Effie, je suis sûr que Katniss sera très heureuse de vous voir … et Haymitch aussi. Je le sais.

Peeta lui tend la main, un léger sourire d'encouragement sur les lèvres. Il est toujours brisé et blessé pense Effie, mais comme d'habitude le bonheur des autres passe avant le sien.


La maison de Katniss au village des Vainqueurs semble étrangement vivante et animé. L'odeur de pain chaud en provenance de la cuisine informe Effie que Peeta doit vivre ici désormais. Celui-ci s'avance en bas des escaliers.

- Katniss ! Tu es là ? Devine qui est venue de très loin pour nous voir …

Des bruits de pas précipités se font entendre après quelques instants à l'étage.

- Peeta ! C'est maman ? Dis-moi que c'est elle !

Katniss, enroulée dans une serviette blanche, les cheveux dégoulinants sur ses épaules dévale les escaliers avec un large sourire … jusqu'à ce que son regard croise celui d'Effie. Dire qu'elle n'a pas l'air déçu serait un euphémisme. Pourtant, la jeune fille se ressaisit rapidement et bientôt Effie se sent enserrée par les bras maigres et trempés de Katniss.

- Je suis heureuse de vous voir Effie, murmure Katniss dans ses cheveux, vraiment … c'est juste que …

- Je comprends Katniss, répond Effie, ne t'inquiète pas.

Effie rend son étreinte à la jeune fille. Katniss n'est pas le genre de personne au contact facile, elle le sait. Prendre l'ancienne escorte dans ses bras a dû lui demander de l'effort et du courage. Finalement, Katniss se détache d'elle et remonte à l'étage pour aller se changer.

C'est à cet instant que la porte de la cuisine, celle qui donne sur l'arrière de la maison s'ouvre dans un long grincement. Une voix rauque s'élève de la cuisine. Effie se sent vaciller. Pas déjà …

- Hé gamin ! Le convoi du Capitole est là, on devrait aller faire un tour. Personnellement, ma réserve est encore à s…

Haymitch apparaît alors, entre la cuisine et l'entrée où se tiennent toujours Effie et Peeta. Son regard gris se pose sur Effie, tandis que sa bouche s'entrouvre légèrement. Il ne s'y attendait pas. Pas plus qu'Effie.

Elle sent son cœur s'accélérer. Pas d'une façon douce et chaleureuse, comme lorsqu'on voit la personne que l'on aime. Non, plutôt de façon oppressante et suffocante. Plutôt comme lorsqu'on se noie. Comme lorsque la torture infligée par le Capitole consistait à lui plonger la tête sous l'eau jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus …

Alors rapidement Effie quitte la maison. Elle a besoin de respirer … Encore. Quand tout cela s'arrêtera-t-il ? Quand pourra-t-elle vivre sans se soucier de savoir si elle se trouve au milieu d'une foule ou juste devant un homme qu'elle connaît depuis quinze ans ? Un homme qui devrait lui inspirer confiance et sûreté …

Ses pas la conduisent au bout du village des Vainqueurs. Ici la vue sur le District Douze est impressionnante. Elle aperçoit ce qui était autrefois la Veine, près de la rivière, au milieu des grandes étendues d'herbes … Elle aperçoit la Prairie, verte et dansante sous la brise. Comment imaginer qu'il y a moins d'un an cet endroit n'était qu'un champ de cendre et de cadavres … Comment imaginer qu'un tel endroit, splendide et extraordinairement vivant aujourd'hui, était complètement mort et dévasté autrefois ?

Comment peut-on renaître si magnifiquement, si peu de temps après le Néant ?

Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Un mouvement après l'autre. Se calmer.

- Effie.

Elle sent sa présence dans son dos. Il doit être à moins d'une trentaine de centimètres …

- Je suis désolé.

Elle ne l'aurait pas cru si sa voix n'était pas aussi brisée.

- Ne t'en va pas. Ta place est ici.

Inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Se calmer. Ne pas pleurer.

- J'ai besoin de toi Effie. Reste.