J'ai posté le dernier chapitre en juin ... voilà le nouveau, mi-octobre. C'est un record je crois ! Ça a été compliqué de me remettre dans le bain "Hayffie", du coup j'ai relu les livres pendant l'été puisqu'ils m'inspirent beaucoup plus que les films (pour cette histoire du moins).

Merci à Rose-Eliade, Naema et SD'Emeraude pour les reviews ! Ça fait toujours autant plaisir de lire des avis :)

Sinon, j'ai bien aimé écrire ce chapitre, surtout la fin (héhé). Je laisse le rating T, parce que ça reste chaste ...

Bonne lecture !


Huitième partie - Le rose de ses cicatrices

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Cela fait un quart d'heure qu'Effie est assise le dos bien droit sur le canapé. Ses yeux noirs sont perdus dans le vide, fixant un point inexistant. A quoi pense-t-elle ? Comment se sent-elle? Haymitch l'observe depuis la cuisine, impuissant. Dehors, le ciel s'assombrit. Katniss et Peeta les ont quittés il y a presque une demi-heure. S'en sont suivis dix minutes de silence gênant avant qu'Haymitch s'éclipse dans la cuisine, laissant Effie seule dans le salon. Pathétique.

Le sifflement de la bouilloire le tire de ses pensées. Il est temps d'affronter ses peurs … Deux tasses fumantes à la main, Haymitch rejoint Effie dans le salon. S'asseyant en face d'elle sur l'un des fauteuils de velours bleu, il pose devant elle une des tasses. Le bruit du récipient contre le bois de la table basse sort Effie de sa torpeur. Relevant la tête vers Haymitch, elle murmure un léger et timide « merci ».

Elle porte la tasse de thé à ses lèvres et souffle dessus, faisant ainsi danser les volutes de vapeur devant ses yeux. Haymitch la voit poser son regard sur lui et après quelques secondes, froncer les sourcils.

- Depuis quand bois-tu du thé ? Où est passé ton whisky ? demande-t-elle.

- J'essaye de me calmer un peu … j'en ai assez d'être une épave. Les gamins n'ont pas besoin de s'occuper d'un vieil alcoolique comme moi. Ils ont bien assez de problèmes à régler comme ça.

Délaissant ses chaussures – de simples baskets plates, qui l'eut cru ? – Effie s'installe plus confortablement dans le canapé, sa tasse toujours dans les mains.

- Bien … je te préfère sobre.

- J'aimerais pouvoir dire la même chose … tu sais très bien que je ne bois pas pour le plaisir.

- Je sais, répond Effie presque en murmurant, on a tous nos cicatrices et on tente de les refermer comme on peut, chacun à notre manière.

Elle pose la tasse sur la table et remonte ses genoux devant son menton. Elle semble encore plus chétive ainsi, ses cheveux blonds à peine repoussés, formant un halo doré autour de son visage pâle. Ses grands yeux sombres fixent Haymitch d'une manière qui lui brise le cœur. Redeviendra-t-telle un jour l'Effie d'avant la Révolte ?

- Et comment fais-tu toi ? lui demande-t-il enfin.

- Je ne fais rien … je n'y arrive pas. Je ne sais pas ce que je dois faire.

Un lourd silence s'abat sur le salon, tandis que les yeux d'Effie fixent à nouveau le vide.

- Je sais que je ne devrais pas me plaindre ainsi. Personne ne m'a fait un lavage de cerveau contrairement à Peeta. Et personne n'a tué ma famille et mes proches, comme toi et Katniss. Je ne devrais pas … désolée …

- Tu as souffert aussi, lui rappelle Haymitch.

- Pas autant que toi, et pourtant je suis celle qui pleurniche comme une enfant.

- On n'a pas été élevés de la même façon, c'est tout … Tu étais du bon côté de l'arène.

- Désolée …

- Je ne te blâme pas Effie.

Elle le regarde, ses yeux encrés dans les siens. Et enfin, Haymitch parvient à y lire autre chose que de la tristesse et de la fatigue. De l'espoir peut-être…

- On n'est pas responsable de ce que l'on est, seulement de ce que l'on décide de devenir, dit-il d'une voix calme et douce qu'il ne se connaissait pas, et regarde-toi Effie. Tu n'es plus celle d'avant la Révolte

Sans pouvoir s'en empêcher, Haymitch se lève de son fauteuil et doucement s'approche du sofa sur lequel Effie est pelotonnée. Il s'assoit à côté d'elle ne laissant qu'une dizaine de centimètres entre eux. Il est tellement proche d'Effie à présent qu'il ne voit plus qu'elle, sa vision se focalisant sur son visage, occultant le salon en arrière-plan.

A-t-elle toujours eu ces minuscules taches de rousseur au coin des yeux ?

- Elle te manque ?

La voix d'Effie n'est plus qu'un murmure et Haymitch se perd dans le chuchotis sensuel de son timbre.

- Qui donc ?

- L'Effie d'avant la Révolte.

La question s'impose soudain à Haymitch. Il y a réfléchi de nombreuses fois depuis la fin de la guerre, mais il n'a jamais su trouvé la réponse. L'Effie d'avant la Révolte est insupportable, maniérée, maniaque et rabat-joie. Mais elle est heureuse … heureuse dans sa naïveté de citoyenne du Capitole. L'autre Effie, celle qui se tient face à lui ce soir, elle n'est plus que l'ombre fanée de l'ancienne Effie. Mais elle a compris quel côté était le bon, elle a compris contre qui se battre. A quel prix ?

- Oui. Elle me manque, chuchote-t-il à son tour.

- J'ai essayé de la détester. De me dire qu'elle n'était qu'un monstre …

- Tu n'es pas un monstre Effie.

- Si.

- Je veux que tu redeviennes comme avant.

- Je ne peux pas.

- Je t'aiderai.

- Tu n'y arriveras pas.

La bouche d'Haymitch se pose sur celle d'Effie. Il ne s'y attendait pas. Pas plus qu'Effie. Mais il en a longtemps rêvé, alors il décide de profiter de l'instant. C'est agréable mais triste, chaud mais mélancolique, excitant mais douloureux.

- Et si tu me laissais en décider par moi-même, murmure Haymitch après que leurs lèvres de soient séparées.

Effie ne répond pas et leur danse reprend, plus charnelle, moins retenue. Les bras d'Effie se glissent autour de son cou, tandis que ses mains à lui descendent le long de sa taille. Il y sent ses côtes saillantes et embrasse Effie plus passionnément encore, pour cacher sa détresse.

Les mains d'Haymitch se glissent sous la chemise grise d'Effie remontant son dos, frêle et tiède. Il l'a sent grimacer sous ses baisers. Il s'écarte et constate que les yeux d'Effie se sont voilés.

- Je suis affreuse Haymitch. Je ne veux pas que tu vois ça … Toutes ces cicatrices …

- Tu l'as dit toi-même : on a tous nos cicatrices.

Sur ces paroles, Haymitch fait passer son pull par-dessus sa tête, ainsi que le vieux t-shirt gris qu'il porte dessous. Les yeux d'Effie se posent immédiatement sur son ventre. Là où vingt-cinq ans plus tôt se tenait une énorme entaille faite à la hache, se trouve à présent une large cicatrice rose et boursoufflée. Au Capitole on lui a proposé de cacher la cicatrice mais il a toujours refusé.

Elle fait partie de moi à présent.

Face à lui, Effie a toujours les yeux fixés sur son ventre. Lentement elle défait les boutons de sa chemise et finie par la retirer complétement. La peau de son corps est aussi blanche que celle de son visage. Elle a maigri, beaucoup trop … Son soutien-gorge noir est presque inutile. Mais ce n'est pas ce qui le marque le plus.

De longues et fines cicatrices parcourent son ventre et semblent s'étendre jusque dans son dos. Des cicatrices de coups de fouet. Haymitch ne savait même pas que la Capitole utilisait encore ce genre de torture.

Au creux de son coude gauche, Haymitch découvre d'autres cicatrices, plus récentes, moins régulières …

C'est elle qui a fait ça.

Ils l'ont électrocutée. Ils lui ont rasé le crâne. Ils l'ont enfermée durant des mois dans une petite pièce sombre. Et ils l'ont fouettée. Et elle s'est elle-même punie pour ça.

Haymitch prend Effie dans ses bras et cale son visage contre son cou. Elle pleure. Il sent ses larmes contre son épaule. Il lui murmure combien il est désolé, combien il veut l'aider. Combien il l'aime aussi …

Mais les mots ne suffisent plus, alors ils laissent place aux preuves et aux gestes.