Titre : L'ennemie charitable (suite)
Note de l'auteur : Tout d'abord, merci, merci, merci ! Pour votre enthousiasme à l'égard de la première partie de cette fiction. Pour vos ajouts Favs/Follow. C'est vraiment merveilleux de publier sur ce site avec des lecteurs comme vous ! :)
La suite de cette histoire à mis du temps à arriver. J'en suis bien consciente, et je m'en excuse : Je passe des concours en ce moment, donc ce n'est pas simple... Et en plus, au lieu de me concentrer sur cette suite, j'ai également retravaillé un autre OS, continué d'écrire une nouvelle fiction et une mini fiction. Donc oui, je continue à écrire !
Sinon, cette suite est très différente de la première partie dans sa construction. Je ne sais pas si ça va autant vous plaire, mais je me suis résolue à la poster telle quelle, car elle n'enlèvera rien à la première partie déjà postée !
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Réponses aux reviews des lecteurs qui n'ont pas de compte sur fanfiction :
Mademoiselle Lys : Merci pour ta review. Tu as trouvé la première partie courte, celle là sera bien plus longue ! Profite-en bien.
Guest : Merci beaucoup ! :) Hihi, j'ai adoré ton histoire de glace à la vanille sans nappage au chocolat. C'est vrai que c'était un peu ça. Mais ça ne le sera plus avec cette suite, ou peut être encore un peu xD
Lea : Je ne savais pas que le département présent dans mon pseudo pouvait attirer des lecteurs ! Comme quoi, tout est possible :). Merci beaucoup pour ta review, elle m'a énormément touchée.
Poline67 : Merci pour les compliments, ça me fait très plaisir :).
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Merci à mon n'amoureux pour la correction de cette suite. Merci à lui de toujours être là pour corriger mes fanfic'.
Je vous laisse pour une lonnnngue lecture d'environ 8000 mots.
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Lorsqu'Hermione arriva dans la salle commune de Gryffondor, elle était frigorifiée. Décidément, un vent froid parcourait tous les couloirs du château ce soir. Il faut dire que le temps était maussade au dehors. Pluvieux, et venteux. Pour se réchauffer, elle se planta devant le feu pendant dix bonnes minutes en se frottant vigoureusement les membres, réfléchissant à ce qu'il venait de se passer dans les cachots.
Quand elle repensait à ses lèvres qui se posaient sur la joue de Drago Malefoy, elle eut un haut le cœur. Mais bon-sang, qu'est ce qui lui avait pris ? Elle savait très bien que ce n'était pas un comportement à avoir avec Malefoy, même s'il était en souffrance. Elle soupira. Ses yeux se perdirent dans la lente danse des flammes qui consumaient le bois de la cheminée. Elle aurait aimer disparaître dans un trou de souris et ne plus jamais le revoir, mais elle n'avait pas le droit le laisser tomber, pas après avoir assisté à sa tentative de suicide.
Après avoir travaillé sans vraiment réussir à se concentrer avec Harry et Ron, à qui elle ne justifia pas son absence de quelques heures, le trio mangea, puis ils retournèrent travailler à la bibliothèque jusqu'à l'heure du coucher.
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Lavande et Parvati étaient toutes deux assises sur leur lit lorsqu'Hermione pointa le bout de son nez dans le dortoir. Elle était entrée en silence, n'attirant pas l'attention sur elle, si bien que les deux copines continuèrent à discuter sans s'apercevoir qu'elles étaient écoutées.
- Tu as des chances de le récupérer Lavande, chuchota Parvati, s'il voulait sortir avec elle, il lui aurait déjà demandé.
Hermione s'aperçut qu'elles parlaient d'elle. Elle se décida alors à faire tomber lourdement son sac rempli de livres dans un coin de la pièce, pour rompre avec le côté malsain de sa position. Les deux amies tournèrent la tête brusquement.
- Ça fait longtemps que tu es là, toi ? Scanda Lavande d'un air dédaigneux.
Depuis que Ron l'avait quittée, Lavande méprisait Hermione. En observant les joues moites de la jeune blonde ainsi que ses yeux brillants, elle vit que Lavande avait pleuré.
- Je viens juste d'arriver, pourquoi ? Demanda innocemment Hermione, qui ne voulait froisser personne.
Lavande lui lança un regard sévère et détourna les yeux sans lui répondre, comme si elle n'existait pas. Hermione était plus que ravie de cette dose d'indifférence.
Elle défit ses draps après s'être mise en pyjama, et se glissa dans son lit, dont elle ferma les rideaux rouges pour s'isoler. Avant de s'endormir, elle ne put s'empêcher de penser à Malefoy. Pourquoi diable était-il assez désespéré pour essayer de mettre fin à ses jours ?
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Les rayons du soleil pénétraient déjà par les fenêtres du dortoir lorsque le réveil d'Hermione sonna. Elle le rabroua d'une tape violente avant d'étirer ses membres un à un. Ses yeux s'ouvrirent difficilement, et tout lui revint en mémoire. Sa nuit avait été parsemée de cauchemars sanglants dans lesquels Malefoy était toujours présent.
Elle se leva d'un bond, s'habilla en hâte dans la salle de bain après s'être lavée et fila directement vers la volerie, son sac sur l'épaule. Une fois dans la maison des chouettes et hiboux, elle sortit un parchemin et une plume de son sac pour griffonner sur un papier :
Malefoy,
Nous devons nous voir aujourd'hui, je tiens à te parler à nouveau. Rendez-vous dans le parc, près du saule cogneur à 17h00. Donne-moi ta réponse.
H.
Elle mordait sa plume en relisant moult fois sa proposition. Et elle se décida d'ajouter une petite phrase par rapport au baiser qu'elle avait déposé sur sa joue avant de confier le papier à une chouette effraie, pour ne pas avoir à se justifier de vive voix : la situation avait déjà été bien trop étrange.
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Quand l'heure du déjeuner arriva et que les hiboux apportèrent le courrier, Drago était entouré de ses amis à sa table. Comme d'habitude, il avait du courrier : La Gazette du Sorcier, qu'il recevait chaque jour, une lettre de sa mère -qui lui demandait des nouvelles-, et … un petit parchemin plié en quatre. Il le déplia rapidement pour le lire.
Malefoy,
Nous devons nous voir aujourd'hui, je tiens à te parler à nouveau. Rendez-vous dans le parc, près du saule cogneur à 17h00. Donne-moi ta réponse.
H.
PS : Promis, je ne te ferai plus de bise...
Un sourire étira furtivement ses lèvres. Elle pouvait être drôle parfois Granger. Il vérifia que ses camarades ne l'observaient pas, mais Pansy était concentrée sur son pudding et Crabbe et Goyle arboraient la même tête d'idiot que d'habitude. Il leva les yeux vers la table des Gryffondor. Hermione était assise en face de lui, elle le toisait avidement. Elle devait observer sa réaction depuis un bon moment. Il lui lança un imperceptible hochement de tête, qu'elle devait considérer comme une réponse affirmative.
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Hermione enfila sa cape d'hiver avant de sortir du château, à presque 17h00, sous les yeux étonnés d'Harry et de Ron. Ils étaient assis à une table de la salle commune de Gryffondor et travaillaient sur un devoir de Sortilèges depuis plus d'une demi-heure, mais Hermione s'apprêtait à partir sans rien leur dire.
- Tu vas où ? Lui lança Ron, suspicieux.
- Je vais prendre l'air dans le parc. Je reviens bientôt, répondit-elle d'un ton neutre.
Ron lança un regard en coin à Harry, qui semblait aussi surpris que lui. Jamais Hermione n'abandonnait un devoir pour prendre l'air.
- Il y a un problème Hermione ? Demanda Harry.
- Non, il n'y a pas de problème ! S'exclama-t-elle en plaçant ses mains sur les hanches, l'air furieuse.
Ce qu'elle pouvait être agacée par leur sur-protection. Depuis la première année où ils étaient venus la sauver du troll dans les toilettes des filles, Harry et Ron faisaient toujours très attention à elle. Surtout Harry en fait, vu que Ron passait approximativement un quart de son temps à lui faire la tête. Quoi qu'il en soit, les garçons voulaient toujours être informés d'où elle allait.
- Mets-toi à notre place, Hermione, continua Harry, hier soir déjà tu as quitté le dortoir pendant un certain temps sans nous en parler.
- Ce que je fais ne te concerne pas toujours, Harry Potter. Maintenant, je m'en vais, fit-elle en tournant le dos à ses amis, juste après avoir vu Ron hausser les épaules.
C'est vrai que ça faisait deux soirs qu'elle s'absentait, mais ses amis n'avaient pas besoin de savoir que c'était parce qu'elle traînait avec leur pire ennemi. Elle garda la tête haut alors qu'elle s'engouffrait dans le trou qui menait aux couloirs du château.
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Il faisait encore jour. Le temps était bien plus printanier que la veille. L'air doux balayait le visage d'Hermione tandis qu'elle se dirigeait vers le saule cogneur qui était couvert de feuilles depuis plusieurs semaines. Elle regarda précautionneusement tout autour d'elle pour vérifier que personne ne l'ai vue prendre la direction de cet endroit précis du parc. Elle contourna l'arbre qui avait été planté là lorsque Lupin était arrivé au collège, ainsi que quelques bosquets ; un tout qui les cacherait, elle et Malefoy, de la vue de quiconque.
Il était déjà là. Debout, entre deux arbres, ne sachant pas trop quoi faire de ses bras et de ses jambes, et ne voulant surtout pas s'appuyer contre un arbre, de peur d'abîmer la cape que ses parents avaient achetée une fortune. La mousse tendre qui s'affaissait sous les chaussures et l'odeur de mycélium qui émanait du sous bois semblait le mettre mal à l'aise, lui qui avait été habitué au confort dur et froid de son manoir. Hermione s'arrêta en face de lui, à un mètre de distance, la gorge sèche. Elle ne savait par quoi commencer, ni quoi lui dire. Car après tout, que pouvait-elle bien avoir à dire à un Drago Malefoy qui avait tenté de se suicider la veille ? Elle balança alors la question la plus banale qui lui vint à l'esprit :
- Comment est-ce que tu vas ?
Il haussa les épaules, sans savoir quoi répondre. Il ne savait pas quoi répondre à Granger. Pas après ce qu'il s'était passé la veille au soir. Bien sur, le baiser qu'elle avait déposé sur sa joue lui avait plu, et cela lui faisait justement terriblement peur.
- Je ne compte plus me suicider, si c'est ce que tu veux savoir, lâcha-t-il enfin, d'un ton suffisant pour essayer d'agacer Hermione.
- Malefoy, je... je pense que tu dois parler à quelqu'un de tout ça. C'est important, et ça pourrait te soulager.
Il ne répondit rien. Il se contentait de la dévisager, comme s'il arrivait à lire dans ses pensées.
- Si tu crois que je vais dire des choses à la Sang-de-Bourbe amie de Potter, tu te trompes.
Il regretta instantanément la dureté de ses paroles. Une flamme de rage éclaira les yeux noisettes d'Hermione pendant un instant, mais elle dépassa bien vite l'insulte que Malefoy venait de lui attribuer. Elle n'y était que trop bien habituée, et elle savait qu'il essayait de la déstabiliser. Mais plus encore, elle avait commencé à analyser sa réplique.
- Si tu as peur que Harry le sache, c'est que ça concerne Voldemort, je présume ? Lança-t-elle avec le même ton suffisant que Drago quelques minutes avant.
Sa mâchoire se crispa sous l'effet de la surprise à l'entente du nom de son... maître.
Il avait été con de parler de Potter uniquement. S'il avait parlé de Weasley également, Granger n'aurait pas pu faire cette interprétation. L'expression sévère qu'elle lui lançait l'ébranlait, comme s'il prêtait attention au regard qu'elle avait sur lui désormais.
- Qu'est ce qu'il t'a demandé de faire ?
- Rien, grogna-t-il, sentant à nouveau l'émotion l'envahir de nouveau en pensant à l'immondice de sa tâche. Granger, arrête ça, s'il te plaît, dit-il en détournant la tête et en la congédiant d'un revers de main.
- Désolée, chuchota-t-elle en s'avançant pour poser la main sur son épaule, vu qu'il était sur le point de pleurer. Sache tout de même que je sais garder des choses pour moi.
- Pas ce genre de choses, annonça-t-il après avoir émis un son étrange, entre rire et reniflement.
Hermione retira sa main de l'épaule de Malefoy et s'assit sur une souche d'arbre humide. Bientôt, il vint la rejoindre sans rien dire, les yeux dans le vague. Au diable sa cape hors de prix, il avait installé lui aussi son derrière sur la souche humide.
- A quoi tu penses ? Demanda-t-elle.
- A la mort. Elle me guette, même si je ne l'occasionne pas moi même. Il me tuera, si j'échoue. Et je vais échouer, c'est inéluctable.
Hermione plaça sa main devant sa bouche en guise de surprise. Elle pensait que Voldemort lançait des doloris et des imperos à ses partisans, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il les tuent aussi facilement, au moindre échec, surtout lorsqu'ils étaient aussi jeunes.
- Tu dois partir, conseilla-t-elle au bout de quelques minutes. A la prochaine sortie à Pré-au-Lard, tu prends un portoloin et...
- Impossible, il tuera mes parents, refréna-t-il.
- Oh.
Elle s'apercevait minute après minute dans quel pétrin il semblait s'être fourré, et elle désespérait de trouver une issue à son problème.
- Si on parlait d'autre chose, commença-t-il en voyant la contrariété de Granger croître de façon anormale. Tu as raconté à quelqu'un ce qu'il s'est passé hier devant ma salle commune ?
Hermione hocha la tête de gauche à droite en signe de négation. Non, elle n'avait pas raconté à ses amis le comportement étrange qu'elle avait eu avec Malefoy. Ni leur discussion civilisée, ni la bise qu'elle lui avait faite.
- Tant mieux. Je n'aimerais pas trop que les gens sachent qu'on se voit seuls. Ils s'imagineraient des choses.
- Moi non plus je n'aimerais pas que les autres soient au courant. Ça serait trop bizarre, car tu es... toi, et je suis moi.
Drago se mit à rire, Hermione le regarda d'un air courroucé pendant quelques secondes avant de rire elle aussi, entraînée par le Serpentard.
- Oui, nous sommes nous, affirma Drago. Et les Sangs-Purs ne traînent jamais avec les Sang-de-Bourbe sauveuses de l'humanité, excepté les Weasley, dit-il sur le ton de la plaisanterie.
- C'est peut être moi l'exception qui traîne avec tous les Sangs-Purs, alors.
- Tu aurais quelque chose à compenser, Granger, dit-il, moqueur.
- Ce que tu peux être drôle, Malefoy.
- Je sais.
- C'était ironique, informa Hermione avec un petit sourire.
- Je suis certain que tu le penses réellement, répondit-il l'air faussement vexé.
- Ce que tu peux être imbu de ta personne, trancha-t-elle.
- Presque autant que toi, renchérit Drago.
Ils s'étaient parlé sans se regarder, et soudain, leurs yeux convergèrent vers le visage de l'autre. Un sourire en coin était dessiné sur leurs lèvres, et leurs yeux étaient remplis de moquerie, ce qui était plus habituel chez Drago que chez Hermione. Alors, ils s'esclaffèrent à l'unisson. Hermione lança une tape sur l'épaule du Serpentard.
- Ce que tu peux être agaçant ! S'exclama-t-elle après avoir enfin réussi à s'arrêter de rire.
- Avoue que tu aimes ça, Granger, dit-il sobrement en lui envoyant son regard le plus perçant.
Elle le détailla avant de murmurer :
- Oui. Quand tu es comme ça, je t'aime plutôt bien.
Le sourire de Malefoy se fana devant la sincérité dont elle venait de faire preuve, et son cœur loupa un battement. Il se leva précipitamment, gêné de la facilité déconcertante avec laquelle Granger se livrait. Jamais il n'avait été habitué à ça, il n'arriva donc rien à lui répondre, à part des banalités.
- Je dois retourner dans mon dortoir. Mes devoirs m'attendent. Je fais ma tournée de préfet juste après toi demain. On se verra dans le hall à 23h00 ?
Hermione acquiesça. Elle paraissait irritée par la fuite soudaine et brutale de Malefoy, mais elle ne lui fit pas de réflexion. Elle commençait à comprendre comment il fonctionnait ; lui donner un semblant de rendez-vous le lendemain était un effort conséquent qui montrait ce qu'il n'osait dire.
- Bonne soirée, Granger.
- Bonne soirée également. A demain, Malefoy.
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Il avait envie de se taper la tête contre la table, tellement il avait été débile. Il essayait de travailler en vain depuis presque une heure, mais il pensait trop à elle. En lui avouant qu'elle l'aimait bien, elle avait fait naître un moment irréel, qui aurait pu se prolonger pendant plusieurs minutes, s'il avait saisi la chance qu'elle lui avait donnée. Elle l'avait touché avec des mots, et il avait réagi comme un imbécile, comme à chaque fois qu'il devait exposer ses sentiments. Il appréciait réellement Granger pour se soucier de lui, bien que ce fut un peu égoïste. Et il ne lui avait pas dit. Maintenant, elle devait croire que rien n'avait changé pour lui. Que rien n'avait changé depuis qu'elle l'avait retrouvé dans les toilettes, prêt à se foutre en l'air. Mais c'était faux, car beaucoup de choses avaient changé.
Tard dans la nuit, il monta les étages jusqu'à la salle sur demande, où il essayait toujours de réparer cette fichue armoire à disparaître. L'échéance se rapprochait, il devait réussir. Des bouffées d'angoisse le traversaient par instant, craintif à l'idée d'échouer. Plusieurs fois cette nuit là, il désespéra face à l'immondice de la tâche que le Seigneur des Ténèbres lui avait donnée, et plusieurs fois, il pensa à Granger, pour se rassurer. Au lever du jour, il rejoignit son dortoir pour dormir quelques heures avant de retourner en cours. Il était exténué, mais surtout à bout de nerfs. Des larmes de haine coulaient le long de ses joues. Il détestait le Seigneur des Ténèbres. Il détestait son père. Il les haïssait tous de lui voler sa liberté, son adolescence, son insouciance. Il avait été forcé à grandir trop vite, et c'était lui qui en payait le prix en devenant un déséquilibré qui se soumetait à un Mage noir. Granger était son seul espoir. Sa seule issue de secours, la seule qui puisse l'empêcher de sombrer dans la médiocrité malsaine des partisans du Seigneur des Ténèbres.
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Hermione n'avait qu'une hâte depuis qu'elle avait quitté la douce et chaleureuse salle commune des Gryffondor pour effectuer sa tournée de préfet dans les couloirs sombres et frais : que 23h00 arrive, et qu'elle retrouve Malefoy dans le hall. Ils s'étaient à peine croisés aujourd'hui, une fois à midi, et une fois dans le couloir du cinquième étage, alors qu'elle était accompagnée de Ron et Harry. Elle entendait encore Ron plaisanter. « On vient de croiser Malefoy, et il ne nous a fait aucune réflexion, la petite fouine bondissante n'est pas dans son assiette ». C'est vrai qu'il semblait ne pas aller bien, ses traits étaient tirés et des cernes noires ornaient son visage. Hermione voulait comprendre ce qui le tracassait, c'est pourquoi elle attendait leur entrevue avec impatience.
Elle descendit dans le hall un peu avant 23h00, et quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle aperçut que Drago l'attendait déjà. Un air maussade était affiché sur son visage, qu'il tenta de masquer tant bien que mal lorsqu'il la vit arriver. Elle le détailla un peu mieux pendant qu'elle s'approchait de lui. Ses yeux semblaient avoir des difficultés à rester ouverts et étaient soulignés de larges cernes grisâtres, c'était comme s'il s'était abstenu de dormir la nuit précédente.
- Malefoy, dit-elle pour le saluer.
Comme d'habitude, il avait attendu que cela vienne d'elle.
- Granger, répondit-il.
Elle n'avait pas l'air énervée contre lui, mais elle était plus froide que d'habitude, sans doute à cause de son comportement de la veille. Mais Drago n'était pas né de la dernière pluie, et bien que son éducation ne lui ait rien appris de ce point de vue là, il avait une disposition innée pour ressentir les gens.
- Je...
Il soupira et ravala sa salive avant de continuer, car il ne savait pas par quoi commencer. Il fallait qu'il mette les choses au clair avec elle avant d'aller plus loin.
- Écoute, Granger.
Son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine, tant ce qu'il s'apprêtait à faire était compliqué pour lui.
- Moi aussi j'aime bien passer du temps avec toi, baragouina-t-il en regardant le petit caillou qu'il poussait avec son pied.
Il avait osé le dire. Il releva ses yeux vers elle la seconde d'après, et aperçut un sourire naître à la commissure de ses lèvres.
- Depuis ce soir là, où tu es venue me voir devant ma salle commune. Quelque chose à changé.
Les yeux d'Hermione brillaient de plus en plus à mesure que Drago parlait.
- Je... je me suis trompé sur toi. Depuis longtemps, continua-t-il sans toutefois oser la regarder dans les yeux.
- Je suis ravie de te l'entendre dire, répliqua-t-elle avec un franc sourire sur les lèvres. Merci.
Elle savait l'effort que c'était pour lui de mettre des mots sur ce qu'il ressentait. Elle s'approcha un peu plus de lui.
- Merci à toi, renchérit-il. Tu m'as sauvé l'autre jour dans ces fichues toilettes. Et je crois que tu continues à me sauver en te préoccupant de moi.
Ils se regardèrent dans les yeux pendant quelques secondes sans rien se dire. Elle lui fit un mouvement de tête pour accepter ses remerciements.
- Granger ?
- Mmmh.
- Tu as lu L'histoire de Poudlard ?
- Oui.
Il hésita quelques secondes, et repensa à l'état dans lequel il s'était mis, la nuit précédente, dans la salle sur demande. Il avait besoin d'elle.
- Tu as entendu parler de la salle sur demande, n'est ce pas ?
Elle acquiesça.
- Demain, 19h00, dans la salle où tous les objets sont cachés. Je te raconterai tout. J'en ai besoin. Mais... promets-moi de le garder pour toi, implora-t-il.
- Je te le promets, murmura-t-elle.
- Ta tournée s'est bien passée ? Demanda-t-il pour en revenir à leurs obligations.
- Calmement. J'ai juste surpris Anastasia Gorbadof, la petite Serdaigle de deuxième année dans un couloir du deuxième, dit-elle doucement sans le quitter des yeux.
- D'accord. Je vais devoir y aller, murmura-t-il.
Elle acquiesça, ses yeux toujours plongés dans ceux de Drago Malefoy. Il était troublé par l'envie saugrenue de faire la même chose qu'elle deux jours auparavant : embrasser sa joue. Hermione remarqua son trouble et elle déposa elle même ses lèvres sur la joue de Drago, qui n'arrivait pas à croire qu'il puisse être aussi transparent à quelqu'un. Mais c'était pourtant le cas. Quand Drago lui fit une bise à son tour, il sentit Hermione frissonner au contact de ses lèvres contre sa peau.
- A demain, lui chuchota-t-il ensuite.
- A demain.
Hermione retourna vers la tour Gryffondor la tête dans les nuages, l'esprit embrumé par les échanges de regards et de baisers qu'elle partageait avec Drago. Qu'est ce que tout cela voulait dire ? Mais pire encore, pourquoi agissait-elle ainsi ? La réponse toute faite qui arrivait à son cerveau était qu'elle voulait lui redonner le moral, mais elle savait au fond d'elle que ce n'était pas l'unique cause de son comportement plus que douteux.
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Ce soir là, Lavande fit encore des remontrances à Hermione, concernant l'eau qu'elle avait soit disant laissée devant la douche de la salle de bain, mais pour la première fois, la remarque ne l'ébranla pas. Lavande n'arriverait pas à l'atteindre ce soir, pas après le trouble qu'avait engendré Malefoy dans son esprit.
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C'était l'heure parfaite pour un rendez-vous. Harry et Ron s'entraînaient pour leur prochain match de Quidditch, et beaucoup d'autres élèves étaient plongés dans leurs révisions. Hermione en faisait de même, jusqu'à ce que l'heure fatidique arrive.
Elle grimpa les escaliers jusqu'au couloir du septième étage qui donnait sur la salle sur demande avec hâte, enthousiaste à l'idée d'en savoir toujours plus sur Drago Malefoy.
Lorsqu'elle entra dans la salle, Drago l'attendait, assis sur une vieille table couverte de poussière et de dizaines de livres plus anciens les uns que les autres.
- Te voilà, dit-il avec un sourire triste en la voyant apparaître.
Il semblait plus perdu que jamais, tiraillé entre l'envie de se livrer et les problèmes qui pourraient en découler. Mais c'était à elle qu'il voulait en parler, et il s'était résolu à suivre ce que lui dictaient conjointement son cœur et son esprit, malgré l'appréhension. Cela faisait quelques jours qu'ils se fréquentaient en secret, sans l'avouer à leurs amis, et ces moments étaient toujours propices à l'évasion. Sa présence était une bénédiction, mais il avait peur de se priver de cette liaison, dont il était déjà dépendant en lui avouant sa tâche.
- Oui, me voilà, répondit-elle calmement en s'approchant de lui. Tu n'as pas l'air bien.
Il secoua la tête pour acquiescer le ressenti d'Hermione avant de se lever. Il la regarda pendant quelques secondes, le visage taciturne, et il s'empara de son poignet en la tirant posément derrière lui.
- Suis-moi, implora-t-il.
Hermione se laissa guider entre les vieux meubles, les empilements de chaises et les objets en pagaille. La pièce sentait la poussière et le vieux bois, et le désordre qui y régnait était incomparable, mais Hermione adorait cet endroit. Jamais on ne savait à l'avance ce qu'il nous réservait.
Drago s'arrêta devant une vieille armoire recouverte d'un drap gris et sale, qu'il s'appliqua à enlever. Hermione observa quelques secondes l'armoire qui se dressait sous ses yeux, majestueusement sculptée et ornée d'ivoire.
- C'est une armoire à disparaître, constata Hermione après plusieurs minutes de silence pendant lesquels Drago semblait de plus en plus pâle.
- Oui. Et j'imagine que tu sais à quoi est-ce que cela sert, dit-t-il d'une voix frêle.
La mâchoire d'Hermione se décrocha et elle détailla Drago, à la recherche de réponses.
- Qui est-ce que tu veux faire entrer dans l'école ?
Il n'osait plus la regarder. La voix d'Hermione avait changé, elle était pleine d'appréhension et de méfiance. Il se sentait comme une coquille vide, ou pire encore, comme un gosse qui allait bientôt se faire disputer par une personne qui lui était chère.
- Des Mangemorts. Ils doivent venir m'aider.
- T'aider ? T'aider à faire quoi ? Interrogea Hermione qui était de plus en plus soucieuse.
- A tuer Dumbledore.
Une exclamation horrifiée s'échappa malgré elle de sa bouche alors que son visage affichait un dégoût sans précédant à l'égard de Drago, qui se décomposait sous cet écœurement.
- Si j'étais à ta place, j'aurais tout fait pour ne pas me rater.
Le timbre de la voix d'Hermione était glacé. Drago mit quelques secondes à assimiler l'horreur de son propos. Elle parlait de sa tentative de suicide.
- Je préférerais mourir que d'être à l'origine de la mort de quelqu'un, renchérit-elle.
Des larmes s'étaient mises à couler sur ses joues alors qu'elle le regardait avec toujours plus de dégoût.
- Moi qui croyais que tu avais changé, gémit-elle.
- J'ai changé, se défendit-il. Pourquoi crois-tu que j'ai essayé de me foutre en l'air plusieurs fois, protesta-t-il dans tous ses états.
Elle s'était affaissée, à cause de ses jambes qui tremblaient, et le regardait comme s'il était un monstre. Le regard transperçant d'Hermione l'éloignait un peu plus d'elle à chaque seconde. Elle lui filait entre les doigts.
- Comment peux-tu ne serait-ce que penser à participer au meurtre de quelqu'un si tu as changé ?
Elle voulait le pousser dans ses retranchements, voir s'il en était capable.
- Je n'ai pas le choix, expliqua-t-il.
- On a toujours le choix, dit-elle, catégorique.
- Il tuerait mes parents !
- Et bien ça ferait deux salops de moins sur cette Terre. Pardon, trois salops, car il te tuerait toi aussi, lâcha-t-elle toujours avec la même hargne dans la voix.
Il la regarda avec haine bien qu'il comprenne qu'elle considère ses parents comme des salops. Les minutes s'étirèrent. Hermione était toujours en colère, mais elle ne pleurait plus. Elle réfléchissait à une solution. Après tout, avec Ron et Harry, ils avaient toujours trouvées des solutions, et autant dire qu'elle était à l'origine d'un bon nombre d'entre elles.
- Quand est-ce que tu comptes les faire entrer dans Poudlard, s'enquit-elle.
- Pour le moment, l'armoire ne fonctionne pas. Mais je la répare.
Hermione rigola jaune en le toisant, écœurée d'avoir cru en lui. Elle se leva et se dirigea vers la sortie.
- Je crois qu'il vaut mieux que nous ne nous voyons plus. Et sache que je vais alerter Dumbledore de ce que tu fais, informa-t-elle en le regardant sévèrement.
Elle se détourna de lui furtivement, sans regret.
- Hermione, attends, supplia-t-il dans un murmure.
Elle ne se retourna pas, mais ses yeux s'écarquillèrent d'étonnement d'entendre son prénom sortir de la bouche de Drago. C'était la première fois, mais ce n'était pas un effort suffisant pour lui faire oublier tout ce qu'il avait l'intention de faire.
- Non, répondit-elle fermement en continuant son chemin vers la lumière.
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Drago retourna vers son dortoir, un air morose incrusté sur le visage. Il se sentait comme une âme en peine qui venait de perdre sa raison d'être. Les moments passés avec Granger étaient devenus essentiels à sa survie. Sa présence était un trésor inestimable qu'il venait de briset avec ses aveux. Plus que jamais, il était résolu à faire avancer les choses. Il fallait qu'il trouve un moyen de réparer leur relation, peu importe le prix à payer.
Lorsqu'il arriva dans sa chambre il s'étala sur son lit avec lassitude, fatigué. Il se décida à faire une sieste, mais le sommeil ne lui vint pas facilement. Il pensa longuement à elle avant de réussir à s'assoupir.
Il se réveilla en sursaut deux heures plus tard. Blaise, qui était assis à son bureau, se retourna en entendant Drago remuer.
- Je me demandais quand est ce que tu allais émerger, mec.
Drago déplia ses couvertures à une vitesse déconcertante et emmitoufla ses pieds dans ses chaussures avant de les lacer.
- Je ne t'ai jamais vu aussi pressé de te lever, s'étonna Blaise avec un haussement de sourcils.
- Il faut que j'aille au dortoir des Gryffondor, je dois voir Granger, répondit-il en se dirigeant vers la sortie.
- Pardon ? S'égosilla son ami.
- Truc de préfet, se justifia Drago avant de quitter la pièce en trombe, non pas sans s'être recoiffé les cheveux.
Une idée avait germé dans son esprit pendant son sommeil. Une idée merveilleuse, qui pourrait peut être sauver sa relation avec Granger. A mesure qu'il parcourait les couloirs obscures des cachots pour remonter vers les étages, un sourire apparaissait sur son visage.
Une fois devant la salle commune de Gryffondor, ce fut un cinquième année toujours dans les pattes de Potter qui fit son apparition en premier.
- Va me chercher Granger, dit Drago d'un ton sec. Problème de tournée de préfet.
C'était l'excuse la plus vraisemblable qu'il avait trouvée. Colin Crivey ne trouva rien à redire et se dirigea vers l'intérieur de la salle commune, d'où émanait une chaleur inimaginable, pour trouver Hermione qui sortit à peine trente secondes plus tard, le visage crispé.
Ses yeux rougis et brumeux laissaient supposer qu'elle avait pleuré, mais Drago n'osa pas lui faire de réflexion à ce sujet, et il fit comme s'il ne s'était aperçu de rien.
- Qu'est ce que tu me veux ? Exigea-t-elle sévèrement en le toisant avec une hargne non dissimulée.
- Te parler. Viens par ici, dit-il en descendant l'escalier de la tour Gryffondor afin de s'éloigner un peu plus du nid des lionceaux affamés.
Elle le suivit sans objection, restant toutefois sur ses gardes, les bras sévèrement croisés sur sa poitrine.
- Je t'écoute, lança-t-elle en le défiant du regard.
- J'aimerais qu'on continue à se voir, toi et moi.
- Impossible. Je ne traîne pas avec un futur meurtrier, murmura-t-elle en accentuant chaque syllabe.
- Je sais. Donc j'ai une proposition à te faire, se lança-t-il. Si je vais voir le vieux fou moi même, et que je lui explique tout, est ce que tu accepteras de me voir ?
Les yeux d'Hermione se débridèrent instantanément tellement elle trouvait l'idée ingénieuse. Dumbledore était la personne la plus disposée à aider Drago sans mettre en danger quiconque. Ainsi, ses parents seraient protégés de la colère de Voldemort car personne ne saurait que Drago aurait eu une entre vue avec le directeur.
- Tu ferais ça ? Demanda Hermione, perplexe.
- Oui. Pour toi, bredouilla-t-il. Mais aussi parce que je ne souhaite pas devenir un assassin, se reprit-il.
Hermione sourit sans pouvoir s'en empêcher, et Drago l'imita. Une violente vague de chaleur s'insinua dans le moindre de ses tissus en l'espace de quelques secondes. Il l'avait retrouvée, et ça lui faisait un bien fou.
- Tu es plus déterminé à changer que je ne le pensais, s'enthousiasma-t-elle.
- Je deviens presque aussi courageux qu'un Gryffondor, n'est-ce pas. C'est presque effrayant, railla-t-il.
Elle gloussa. Mais il savait au fond de lui même que ce n'était pas du courage. Non, c'était bien plus fort que ça.
- Je t'accompagne demain devant le bureau de Dumbledore, alors. On ne peut pas aller le voir maintenant, il est absent. Si tu le fais vraiment, je pense que je pourrai réfléchir au fait de te revoir, dit-elle avec malice en posant une main sur sa hanche.
Il avala sa salive pour humidifier sa gorge sèche, puis plaça ses mains dans ses poches, prêt à partir. Il nota mentalement qu'Hermione avait déjà essayer de prévenir le directeur, puisqu'elle savait qu'il était absent.
- D'accord. A demain alors, Granger.
- A demain, répondit-elle sans faire un geste de plus vers lui.
Drago détourna son regard de la princesse sauveuse de l'humanité pour prendre la direction des cachots.
- Hé, Drago, l'interpella-t-elle avec un sourire. Je n'ai pas oublié comment tu m'as appelé tout à l'heure.
Il savait à quoi elle faisait référence, elle et son air taquin, puisque quelques heures auparavant, il l'avait appelé par son prénom dans la salle sur demande.
- Je te ferai ce plaisir quand tu accepteras de me revoir, dit-il avant de s'éloigner.
Elle s'esclaffa alors qu'il disparaissait déjà de son champ de vision, et elle rejoignit sa tour. Un sourire en coin étirait ses lèvres lorsqu'elle alla s'asseoir avec ses amis, qui étaient rentrés de leur entraînement de Quidditch juste avant que Colin ne vienne avertir Hermione que Drago Malefoy l'attendait.
- C'est Malefoy qui t'a mise dans cet état, lui demanda Ron alors qu'elle venait de s'installer à leur table avec une expression réjouie. Tu faisais la tête i peine cinq minutes.
Vite, un mensonge.
- Non, lui il voulait juste intervertir sa tournée de préfet avec la mienne. En revanche, je viens de comprendre mon erreur dans le dernier devoir du professeur Vector ! S'enthousiasma-t-elle.
Elle savait que ce genre de prétexte fonctionnait toujours, et vu le roulement d'yeux de Harry, c'était chose faite. Ginny vint les rejoindre lorsqu'ils eurent fini leurs devoirs, et Hermione aida la cinquième année à rédiger son devoir de Métamorphose, pendant qu'Harry s'occupait à caresser la chevelure rousse de sa récente petite amie.
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La nuit venait tout juste de tomber lorsqu'ils se retrouvèrent devant l'escalier en colimaçon qui desservait le bureau de Dumbledore. C'est Drago qui arriva le dernier, et il semblait plus anxieux que jamais. Il s'approcha d'Hermione, son visage crispé faisait ressortir sa mâchoire qui en devenait saillante.
- J'ai peur, avoua-t-il. Il va me renvoyer, ou pire, me faire enfermer, quand il saura ce que je comptais faire.
- C'est normal d'avoir peur, rassura-t-elle en plaçant une main sur son épaule. Mais Dumbledore ne verra qu'une seule chose, c'est que tu n'es pas allé au bout de cette mission. Il ne te punira pas, je peux te l'assurer. D'accord ?
Il hocha la tête. Ils étaient très proches, si bien que lorsque Malefoy expirait pour vider ses poumons de la surtension qui les comprimaient, les cheveux d'Hermione virevoltaient.
- Vas-y maintenant, ça ne sert à rien d'attendre plus longtemps, lui susurra-t-elle en exerçant une pression rassurante sur son épaule. Je t'attends ici.
Drago plaça sa main au niveau des reins d'Hermione et l'attira un peu plus vers lui pour se réconforter. Son étreinte était douce et rassurante, et une exquise odeur de camomille émanait de sa peau. Il s'éloigna d'elle bien trop rapidement à son goût et entreprit de grimper l'escalier de pierre, rempli d'un courage qu'il avait sûrement dérobé à la Gryffondor. Il ne voulait pas la décevoir.
Hermione alla s'asseoir contre un mur quelques mètres plus loin, pour étudier encore le même livre d'Arithmancie.
Le temps lui semblait interminable, tellement elle voulait savoir ce que le directeur avait dit à Drago. Elle regardait sa montre sans arrêt, dont les aiguilles ne cessaient de se déplacer à mesure que filait le temps. Drago ne réapparaissait pas. Des ombres passaient dans les couloirs adjacents, elle se cacha un peu plus dans un renfoncement, afin de ne pas être vue, car elle ne voulait pas avoir à justifier sa présence dans cette aile du château.
Et puis, après un temps pesant, Drago réapparut, l'air embrumé. Hermione se précipita vers lui, son livre à la main et lui demanda :
- Alors ?
Drago hésita une longue seconde avant de commencer, d'une voix molle, qui prit de l'assurance au fur et à mesure :
- Alors, il va faire le nécessaire pour que je n'arrive pas à faire entrer les Mangemorts dans le château. Il va prévenir les autres professeurs et... il m'a dit qu'ils s'occuperaient de tout.
Hermione lâcha un soupir rassuré.
- Ça en a pris du temps !
- C'est normal, il m'a demandé des informations sur ce qu'il se passait au manoir, maintenant que c'est le quartier général du Seigneur des Ténèbres. Sans doute pour vérifier son autre source.
- Rogue, lâcha Hermione.
- Oui, Rogue. Et il m'a dit de continuer à accomplir ma mission, comme si de rien n'était, pour que rien ne retombe ni sur moi, ni sur mes parents.
- Et comment vas-tu-faire si Voldemort veut te tuer vu que tu n'accomplis pas ta mission ?
- Ce n'est pas le souci pour le moment. Je dois continuer à faire semblant d'essayer de me débarrasser de Dumbledore.
Un temps s'écoula sans qu'elle ne lui réponde. Le soulagement se lisait sur son visage, et s'ils avaient été amis, elle lui aurait sauté dans les bras comme une enfant. Mais ils ne l'étaient pas.
- Tu acceptes de continuer à me voir, maintenant, dit-il avec un petit sourire irrésistible.
Elle se mordit la lèvre inférieure et acquiesça vivement. Non, ils n'étaient pas amis, ils étaient un peu plus que cela, dorénavant.
Ils fixèrent leur prochain rendez-vous, dans la salle de classe de McGonagall, et ils retournèrent dans leurs dortoirs vu que la soirée était bien avancée. Sans le savoir, ils utilisèrent le même mensonge auprès de leurs amis pour justifier leur absence ce soir là : « j'étais à la bibliothèque ». Autant Harry et Ron n'y virent que du feu, autant Pansy et Blaise jetèrent des regards suspicieux au Serpentard.
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C'était de plus en plus difficile de feindre l'indifférence lorsque Drago et Hermione se croisaient dans les couloirs, ou quand ils mangeaient à la grande salle. Hermione finissait toujours par poser son regard sur lui, et ils se contemplaient parfois quelques longues secondes alors qu'ils étaient avec leurs amis respectifs.
Hermione pensait sans cesse au moment où ils se retrouveraient enfin seuls, dans la salle de classe de McGonagall. Heureusement, entre le devoir de Rogue qui leur prenait un temps fou, les révisions de Sortilèges et les moments passés avec Harry, Ron et Ginny, elle n'avait pas le temps de s'ennuyer.
Quand vint le rendez-vous avec Malefoy, Hermione s'y rendit avec une hâte qu'elle ne ressentait pas lorsqu'elle devait voir ses amis. Sans doute à cause de l'habitude. Elle vérifia que le couloir était vide, avant de pénétrer dans la salle de classe en faisant coulisser lentement la lourde porte qui avait pour habitude de grincer. La pénombre dominait l'intérieur de la salle, et Hermione manqua de trébucher à plusieurs reprises avant d'éclairer la pièce par un « lumos ».
Drago était tapi dans un coin de la salle, le visage assombri par les ombres que projetait la baguette d'Hermione. Il était assis sur une table, le dos en appuie contre le mur, les jambes repliées devant lui et il esquissa un sourire en la voyant approcher.
- Salut, dit-elle.
- Salut, ma princesse sauveuse de l'humanité.
Il se redressa pour se mettre bord de la table, les jambes pendant dans la vide. Elle resta immobile pendant quelques secondes, un petit sourire aux lèvres, dû au surnom qu'il venait d'employer. Surnom qui était né ce jour là, lorsqu'elle l'avait attendu pendant des heures devant la salle commune de Serpentard.
- Approche, lui demanda-t-il d'une voix douce.
Elle s'exécuta et vint se placer en face de lui, mais pas assez proche, de toute évidence, puisqu'il attrapa sa main dans la sienne pour la faire avancer, jusqu'à ce que ses hanches effleurent ses genoux qui dépassaient de la bordure du pupitre de la table sur laquelle il était toujours assis. Ainsi placés, ils faisaient à peu près la même taille. Il en profita pour plonger son regard dans le sien et se perdre dans les méandres de ses iris noisettes.
- Comment est-ce que tu vas ? Lui demanda-t-elle, troublée.
- Ça va, répondit-il en hochant les épaules et en dévoilant une grimace. L'armoire à disparaître sera réparée demain.
- Mais... les Mangemorts vont...
- Les Mangemorts rien du tout, Hermione, je fais exactement ce que m'a demandé Dumbledore. Fais-moi confiance.
Il la transperçait du regard, comme s'il essayait de lui faire comprendre quelque chose qu'elle savait déjà.
- D'accord ? Insista-t-il.
- Oui, répondit-elle comme s'il s'agissait d'une évidence.
Elle haussa les épaules et il retrouva un air serein.
- Sinon, tu m'as manqué, murmura-t-il.
Hermione ouvrit la bouche de surprise.
- Toi aussi, répondit-elle dans un souffle.
Maintenant qu'elle était plus près de lui, il l'attira un peu plus par la taille et il appuya sa tête sur son épaule, dans une étreinte agréable. Hermione se laissa faire, sentant la chaleur humaine de Drago se propager en elle. Doucement, elle enroula ses bras autour de son cou en humant à plein poumon son odeur. Un petit démon se promenait dans son ventre, et l'incitait à l'embrasser. Elle posa ses lèvres sur la peau de son cou, et elle le sentit soupirer. Il se recula légèrement, la regarda dans les yeux et attrapa son visage d'une main avant de déposer ses lèvres sur celles d'Hermione pendant l'espace d'une seconde. Il sonda sa réaction, mais elle ne dit pas un mot et le regardait intensément. Ce n'était pas la première fois qu'elle embrassait un garçon, mais se faire embrasser par Drago Malefoy avait un goût particulier. Il avait été son pire ennemi pendant tellement d'années, que jamais elle n'avait pensé cette situation plausible, mais elle était consciente que ce baiser lui avait plu, et qu'elle l'attendait depuis plusieurs jours déjà.
Sondant l'expression de la Gryffondor, Drago comprit que son geste était le bienvenu. Elle en redemandait presque si on analysait son regard profond et ses lèvres entrouvertes d'étonnement et d'envie. Il balaya son visage de la pointe des doigts, et l'agrippa fermement pour l'embrasser avec toute la passion qu'il ressentait pour elle.
Après quelques minutes passées uniquement à explorer la bouche de l'autre, Hermione se décolla de lui un peu brusquement, une interrogation au bord des lèvres.
- Qu'est ce que nous sommes en train de faire ? Chuchota-t-elle.
C'était la façon qu'elle avait de lui demander, mais aussi de se demander à elle même, s'ils n'étaient pas en train de faire une connerie. Elle avait trop peur que Drago la rejette après coup, trop peur de se noyer dans une illusion qui ne serait que le fruit de la pression qui pesait sur ses épaules et de l'attention qu'elle lui portait depuis sa tentative de suicide.
Il lui lança un petit sourire taquin, avant de répondre.
- La situation me semble pourtant très clair, taquina-t-il en se levant enfin de sa table pour s'approcher d'Hermione à nouveau.
- Drago, je suis sérieuse. Nous n'avons jamais pu nous supporter, toi et moi. Et voilà que...
Mettre des mots sur ce qui venait de se passer était très délicat, puisqu'elle n'arrivait pas à le qualifier.
- On vient de s'embrasser, continua-t-il à sa place. Et alors ?
- Et alors, tu es toi et... je suis moi. Tu te souviens ? Lança-t-elle d'une petite voix.
- Oui, et je ne vois aucun problème à cela, lui dit-il à l'oreille.
Elle sourit, légèrement rassurée mais encore dépassée par l'étrangeté de la situation, et l'attrapa dans ses bras pour se serrer contre lui.
L'heure du couvre feu sonna à l'horloge du château, tandis que Drago embrassait Hermione pour une énième fois.
- Je vais devoir rejoindre la salle sur demande, murmura-t-il, le regard peiné de devoir déjà la quitter.
- Et moi mon dortoir. Nous pourrons nous voir demain soir ? Demanda-t-elle.
Il hocha la tête en guise d'affirmation, et ils se séparèrent, après s'être promis de se rejoindre le lendemain, dans la salle sur demande, cette fois.
Hermione se surprit à imaginer Harry et Ron découvrant sa relation avec Malefoy alors qu'elle airait dans les couloirs, ce qui lui engendra une boule au ventre.
En se couchant, elle se demanda comment tout cela allait-il finir. Est ce que sa relation avec Drago allait entacher l'amour qu'elle vouait à Ron ? Et puis, soudainement, une impression s'insinua dans tout son corps tel les ondes d'un séisme : n'était-elle pas déjà en train de tomber amoureuse de Drago Malefoy ? Elle imagina alors un tout autre avenir où elle et Drago, en couple, profiteraient des derniers rayons du soleil qui se coucheraient sur le Lac Noir, assis dans l'herbe fraîche. Le portrait qu'elle dressait était beau à voir. Mais tellement irréel.
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Mais le lendemain, rien ne se passa comme prévu.
Au crépuscule, Hermione était lovée dans un fauteuil de la salle commune de Gryffondor avec Ron. Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas passé un si long moment ensemble. Elle en profita pour lui parler de beaucoup de choses qui lui tenaient à cœur. Harry s'était absenté pour rejoindre Dumbledore dans son bureau, et les deux amis l'attendaient, curieux de savoir ce que le directeur lui voulait.
Lorsque le survivant revint, elle s'aperçut immédiatement que quelque chose ne tournait pas rond, et il entreprit de leur expliquer rapidement qu'il allait chercher un Horcruxe avec...Dumbledore. Hermione en était malade. Il leur parla de Malefoy qui allait profiter de l'absence du directeur pour mener à bien sa mission, et Hermione manqua le couper, mais il la fit taire.
Harry glissa la carte du Maraudeur dans les mains d'Hermione et le reste de Felix Felicis dans celles de Ron, et disparut presque aussitôt par le trou du portait de la grosse dame.
Ron et Hermione se toisèrent quelques secondes avec inquiétude, puis Ron commença à déplier la carte pour trouver Rogue et Malefoy, alors qu'Hermione contactait les membres de l'AD à l'aide des faux Gallions qui leur avaient servis l'année précédente, pour leur donner rendez-vous dans le hall d'ici quelques minutes.
Tandis qu'ils descendaient les nombreux escaliers du château, accompagnés par Ginny et Neville, Ron avait les yeux rivés sur la carte du Maraudeur.
- Malefoy vient de disparaître dans la salle sur demande, s'enquit-il.
Hermione se retourna pour constater par elle même la petite tâche d'encre du nom de Drago se dissiper et elle fronça les sourcils, ne comprenant pas à quoi il jouait.
- Et Rogue fait toujours les cent pas dans son bureau, continua Ron.
Dans le hall, quelques élèves les attendaient avec une détermination marquée. Luna Lovegood, Cho Chang, Neville, mais aussi Hannah Abbot, de Poufsouffle, ainsi que Terry Bott, les sœurs Patil et Lavande Brown. Ron leur expliqua pourquoi Harry voulait qu'ils se regroupent ce soir et très vite ils s'organisèrent en groupe de deux ou trois pour surveiller le château. Ron et Hermione restèrent ensemble, et Ginny rejoint Luna.
…
Les couloirs étaient silencieux, et la nuit était complètement tombée sur le château depuis plusieurs heures. Ron et Hermione n'avaient pas de nouvelles de Harry, et ils continuaient d'arpenter les couloirs ensemble. Lorsqu'ils croisaient l'un des autres groupes, les seuls mots qu'ils avaient à se dire, c'était « Rien de ce côté » , « Ici non plus ». Mais soudain, Ron poussa une exclamation alors que ses yeux étaient toujours vissés sur la carte du Maraudeur.
- Malefoy vient de sortir de la salle sur demande ! Et... oh, par Merlin, il est accompagné.
Le cœur d'Hermione fit un bond dans sa poitrine et elle se précipita sur la carte. Son corps devenait de plus en plus cotonneux lorsqu'elle vit les noms apparaître. C'était tous des Mangemorts. Elle n'avait qu'une seule envie, c'était de pleurer, mais la peur lui permit d'insinuer un peu d'adrénaline dans ses veines, ce qui la poussa à agir. Elle lança un Patronus corporel pour prévenir les autres élèves ainsi que les professeurs de la présence des Mangemorts, et elle et Ron se préparèrent à combattre.
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Alors que les combats fusaient depuis pratiquement une heure, Hermione l'aperçut enfin. Il marchait d'un pas déterminé derrière un Rogue plus morose que d'habitude. Ils se dirigeaient tous deux vers la porte du hall d'entrée, des Mangemorts sur les talons. Drago la transperça du regard avec mépris pendant une seconde, avant de se laisser glisser vers l'extérieur, dans les pas de Rogue. Le cœur d'Hermione volait en morceaux, et elle dut faire preuve d'un sang-froid olympien pour ne pas craquer. Une fois encore, l'adrénaline devait l'aider à tenir.
Quelques secondes après, Harry se précipita vers l'extérieur à son tour. Il était rempli d'une colère qui faisait froid dans le dos. Hermione l'appela, mais il ne l'entendit pas et continua son chemin vers l'ennemi.
Les autres membres de l'AD firent le tour des couloirs du château une fois encore, mais tout semblait être rentré dans l'ordre : les Mangemorts étaient partis, et Drago avec eux. Hermione et Ron descendaient dans le hall quand Neville vint les trouver, paniqué.
- Dumbledore est étendu devant la tour d'Astronomie, informa-t-il d'une voix pleine d'angoisse. Il est mort.
Cette phrase finit d'achever Hermione qui courut vers l'extérieur, des larmes coulant abondamment sur ses joues. Quand elle arriva près du corps de Dumbledore, où les élèves et professeurs commençaient à s'entasser, elle se recroquevilla en pleurant, la tête entre les genoux. Luna, qui était déjà présente depuis quelques minutes l'attrapa par l'épaule pour la calmer et lui murmura des paroles de réconfort, mais elle ne comprenait pas le fond du problème. Personne ne comprendrait.
Hermione avait été trahie. Trahie par Drago Malefoy, qui n'avait jamais révélé à Dumbledore les tenants et les aboutissants de sa mission, et qui avait continué à agir sur les ordres de Voldemort. Elle avait fait confiance à un infecte cafard, une immonde fouine qui l'avait utilisée. Il avait fait tout ça pour qu'elle ne le dénonce pas, et qu'il puisse assouvir sa mission jusqu'au bout.
En voyant Dumbledore étendu sur la pelouse, Hermione ne put s'empêcher de se dire que tout était de sa faute. Elle aurait dû aller voir Dumbledore elle-même au lieu de croire ce que lui disait ce traître.
…
Tous les élèves avaient été renvoyés à leur dortoir. Hermione était allongée dans son lit et regardait le plafond, immobile depuis plusieurs heures. Cette nuit, elle ne dormirait pas.
Elle avait été soulagée lorsqu'elle avait entendu les préfets en chef dire, qu'à part Malefoy, il ne manquait aucun élève. Soulagée que personne d'autre ne soit mort par sa faute. Soulagée : un bien grand mot lorsqu'on est responsable de la mort de quelqu'un.
Si elle en parlait, personne ne la comprendrait, alors, elle n'en parlerait. Personne. Personne ne devait savoir. Sinon, tous lui en voudraient d'être responsable du décès du plus grand sorcier de sa génération. Harry, Ron. Elle serait seule face à tous, et ils seraient divisés face à Voldemort. Face à Drago Malefoy.
Hermione était plus déterminée que jamais à se battre, c'était le seul moyen qu'elle avait pour réparer sa conscience abîmée par un crime.
…
...
Hihihi !
Alors cette fin ? Vous voulez me tuer ? Vous avez raison, je ne l'ai pas volé d'avoir imaginé un truc pareil. Mais y'a quelque chose qui cloche, vous ne trouvez pas ? Drago n'avait pas l'air de faire semblant de s'intéresser à Hermione, et pourtant il l'a trahi.
Et bien pour savoir tout ça, je vous donner rendez vous dans... un moment, pour l'ultime partie de cette histoire. Donc ça sera au final un ThreeShot !
Dans la dernière partie de ce Threeshot, vous découvrirez ce qu'il s'est vraiment passé dans le bureau de Dumbledore lorsque Drago et allé le voir. Et bien sur, vous aurez un nouveau face à face Drago/Hermione.
Sinon, dans les prochaines semaines, vous me retrouverez à travers un tout nouvel OS qui se passe pendant le bal de quatrième année.
A bientôt mes petits lecteurs,
Fafa.
