Chapitre 5 : Pardon et offense

Le dimanche matin, Hermione eut encore l'impression d'interrompre une discussion entre Harry et Ginny, et elle les connaissait assez pour savoir que ce n'était pas une discussion de couple. Elle avait vraiment l'impression qu'ils parlaient d'elle, ou alors, ils parlaient de Ron et ne voulaient pas qu'elle entende. Ce qui voulait dire que dans les deux cas, ils lui cachaient quelque chose et ça ne lui plaisait pas.

- Vous avez un problème ? demanda-t-elle sèchement.

- Non, aucun problème !

- Vous me cachez quelques choses !

- Mais non, tu te fais des idées.

Hermione remarqua que Ginny ne niait pas, elle comprit que, peu importe la chose qu'ils lui cachaient, l'initiative venait d'Harry et Ginny devait essayer de le convaincre de lui en parler. Connaissant le caractère de son amie qui ne se laissait pas dicter sa conduite, pas même par Harry, elle aurait lâché le morceau. Mais ça risquait de mettre des tensions dans le couple.

Et de toute façon, Hermione était persuadée que si son meilleur ami voulait qu'elle reste dans l'ignorance, c'était pour qu'elle ne souffre pas et vu son état actuel, elle n'avait pas vraiment envie de le contredire.

- Bon, on va prendre le petit déjeuner ? demanda-t-elle.

Une fois fait, elle remonta dans la salle commune, prit son sac et repartit à la bibliothèque. Elle avait eu envie de laisser Ginny et Harry en amoureux. Elle ressentait de plus en plus le besoin de s'isoler afin de cesser de jouer un rôle. Elle en avait marre de faire semblant d'être heureuse.

Elle n'allait pas bien, ses amis le savaient mais ils savaient aussi qu'elle avait une fierté assez mal placée dans ces circonstances et qu'elle ne l'avouerait pas. Donc elle faisait semblant d'aller bien, le plus souvent, et quand elle ne pouvait plus le faire, elle s'isolait pour broyer du noir en révisant.

Après le déjeuner, elle alla dans la salle commune et pour s'occuper, elle emprunta la carte du maraudeur d'Harry.

- Pourquoi tu regardes la carte ? demanda-t-il.

- Je n'ai plus de révision à faire et je m'ennuie, je trouve ça assez distrayant.

Elle regarda les points se déplacer, sans vraiment faire attention, puis dans un coin, elle remarqua le point de Drago Malefoy, seul, en haut de la tour d'astronomie. Elle trouva étrange qu'il choisisse de s'isoler sur cette tour précisément, puisqu'elle ne devait pas lui rappeler de bons souvenirs.

Elle éteignit la carte et attendit que son ami soit parti rejoindre Ginny afin de se rendre sur la tour. Elle ne savait pas pourquoi elle y allait, sans doute la curiosité.

- Ah, je ne savais pas que tu étais là, mentit-elle en arrivant.

- Si je te dérange, tu peux toujours partir, lui répondit-il sans se retourner.

Elle ne partit pas, au lieu de ça, elle se rapprocha et regarda aussi la vue.

- Tu n'avais pas saisi le message ? demanda-t-il avec ironie.

- Oui, tu m'as dit que, si tu me dérangeais, je pouvais partir. Or, tu ne me déranges pas, répondit-elle avec amusement.

Il soupira, elle était désespérante des fois.

- Qu'est-ce que tu crois, que nous allons devenir les meilleurs amis du monde ? demanda-t-il avec sarcasme.

- Par Merlin, non ! Je ne pourrais jamais te supporter à ce point !

La réplique le fit rire, ce qui était rare ces temps-ci pour lui.

- Qu'est-ce que tu fais là Granger ?

- Je savais que tu étais là, avoua-t-elle.

- Comment ?

- Je suis médium, répondit-elle le plus simplement du monde.

Puis elle se mit à rire, ce qui était contagieux.

- Non, je voulais juste être seule, mentit-elle.

Elle ne pouvait pas révéler l'existence de la carte du maraudeur, ce serait trahir Harry puis elle n'était pas vraiment sûre que Malefoy se taise, alors…

- Et toi, qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-elle.

- Je ressasse.

- Qu'est-ce que tu ressasses ?

- Le passé. Je joue à « et si ».

- Quoi ?!

- Tu ne connais pas le jeu de « et si » ?

La jeune fille fit non de la tête et lui fit comprendre qu'elle voulait qu'il lui explique.

- Je me pose des questions. Et si je n'étais pas monté sur cette tour ? Et si je n'avais pas accepté le deal de Voldemort ? Et si j'avais été plus sympathique avec les gens ? Et si, et si…

- On peut jouer à deux ?

- Je suppose, répondit Malefoy.

- C'est toi qui commences.

Il n'avait pas envie que le « jeu » soit aussi déprimant qu'il le faisait seul dans sa tête. Il avait envie de la faire rire parce qu'il voyait bien qu'elle en avait besoin.

- Et si… Tu avais été la meilleure amie de Parkinson ?

Hermione fit une grimace mais esquissa un sourire.

- Je serais tombée bien bas ! répondit-elle.

Ils rigolèrent.

- Et si… Tu avais été envoyé à Durmstrang ? demanda-t-elle au jeune homme.

Elle se souvenait qu'il avait dit qu'il aurait dû y aller car son père aurait préféré ou c'était peut-être Harry qui le lui avait dit après avoir écouté une conversation.

- Je me le demande souvent. Je n'aurais pas fait la connaissance de Potter. Tu-Sais-Qui n'aurait pas pu me demander d'assassiner Dumbledore. Je suppose que tout irait beaucoup mieux.

Hermione se sentit idiote, elle n'avait pas voulu l'amener sur un sujet sombre mais dans sa tête, cette question était sans danger, elle n'avait pas réalisé que ce n'était pas le cas.

- Je suis désolée, je ne voulais pas…

- Je sais, ce n'est pas de ta faute, quasiment tous les sujets m'amènent à penser que ça aurait mieux tourné.

- Tu ne t'es jamais dit que malgré tes mauvais choix tu méritais le pardon ?

- Personne ne pardonne Granger, les gens se souviennent toujours.

- Tu peux te souvenir mais pardonner, les deux ne sont pas incompatibles !

Il n'ajouta rien. Il ne méritait pas le pardon et il ne le recherchait pas. Qu'est-ce que cela lui apporterait ?

- Je te pardonne, tu sais, dit-elle en regardant l'horizon.

- Tu me pardonnes ? demanda-t-il pour être sûr de bien comprendre.

- Tu as fait des erreurs mais là, je te vois, essayant de me remonter le moral. Alors que l'année dernière tu aurais essayé de me convaincre que si je n'aillais pas bien, il valait mieux que je me jette de la tour ! Voilà pourquoi je t'accorde mon pardon, parce que tu le mérites.

Ils sourirent devant la remarque de la jeune sorcière.

- Mais je ne t'ai jamais demandé pardon, ajouta Malefoy.

- C'est vrai, et je suppose que c'est parce que tu avais peur que je te rigole au nez ou peut-être parce que ça t'est égal. Mais maintenant, tu sais que je n'ai pas besoin de tes excuses, je n'ai même pas besoin que tu veuilles de mon pardon. Je te l'accorde, simplement.

Cette fille n'était définitivement pas normale, pensa Malefoy, mais l'intention le touchait. Si bien qu'il fit quelque chose qui le surprit.

- Je suis désolé Granger, pour toutes les fois où je t'ai traitée de Sang-de-Bourbe et autres. Sincèrement désolé.

Savoir que nous avons eu tort était une chose mais demander pardon était différent. Malefoy n'avait jamais fait d'excuse à quiconque, jusqu'à maintenant et il remarqua combien lui demander pardon lui faisait du bien.

- Excuse acceptée, dit-elle sur un ton léger.

- J'ajouterai même que si tous ceux qui pensent comme moi te connaissaient et n'étaient pas pleins de mauvaise foi, à la longue, ils seraient forcés de changer d'avis.

- Pourquoi ?

- Pour nous, les Sang-de-Bourbe sont inférieurs, des sorciers médiocres. Je suis un bon élève mais il n'y a pas une seule matière, pendant toute notre scolarité où tu ne m'as pas surpassé. Preuve que nous sommes dans le faux.

- Tu parles comme si tu faisais encore parti de ces gens, remarqua Hermione.

- Je l'ai tellement pensé, pendant des années, si fort, que pour moi, malgré tout ce que je pourrais faire, je ne vaudrais jamais plus qu'eux.

- Tu te trompes, dit-elle simplement.

Puis elle posa sa main sur celle de Drago qui était posée sur les remparts de la tour. C'était la première fois qu'elle posait la main sur lui, enfin, sur sa peau. Malefoy fut troublé par la douceur et la gentillesse du geste, si bien qu'il la retira.

- Je vois, tu remontes le moral de la Sang-de-Bourbe que je suis mais il ne faut pas trop pousser ! Me toucher est trop pour toi ?

- Non, je ne pense pas que tu sois indigne de me toucher, je pense que c'est moi qui le suis, répondit-il précipitamment sans même le vouloir.

Hermione hoqueta sous la surprise.

- C'est ridicule !

- Peut-être, avoua-t-il.

Elle reposa sa main sur lui, et il fit un effort pour ne pas l'enlever afin de ne pas la blesser.

- Tu mérites que je te touche parce que tu m'as aidé l'autre soir et aussi cette après-midi. Si Harry avait fait pareil, je lui aurais aussi pris la main.

- Mais Potter, ce n'est pas moi.

- Non, c'est vrai, mais ça ne veut pas dire que tu ne mérites pas les bonnes intentions.

Elle était troublée par cette façon qu'il avait de se dévaloriser, elle avait méprisé l'ancien Malefoy mais celui-ci lui faisait de la peine. Elle finit par enlever sa main.

- C'est toujours à cause de Weasmoche que tu ne vas pas bien ? demanda-t-il après un moment de silence.

- Je pense que ce n'est pas réellement ça. Je pense que… En fait, je ne sais pas ce que c'est, je sais juste que je n'arrive plus à être moi-même, j'essaie et des fois, j'y arrive mais c'est dur.

Il savait de quoi elle parlait, bien sûr, lui n'essayait pas de redevenir lui-même, au contraire, il essayait de s'en éloigner mais il savait qu'elle luttait pour aller bien comme il le faisait. Ils se comprenaient à merveille, c'était peut-être pour cela qu'elle recherchait sa compagnie. Il était étrange de ressentir ça pour une fille qu'il avait toujours méprisée mais les faits étaient là, quand il était avec elle, il allait mieux.