Chapitre 8 : Normalité

Dans les jours qui suivirent, Hermione retomba un peu dans la tristesse qu'elle avait ressentie avant de se rapprocher de Malefoy, mais elle essayait de le cacher, comme à son habitude. Mais le pire pour elle fut de remarquer qu'Harry et Ginny devenaient de plus en plus louches par moments. Comment pouvait-elle aller mieux si ses amis étaient étranges avec elle ?

Hermione ne pouvait plus faire semblant de ne rien voir. Et lorsqu'une après-midi, en sortant de son cours d'Arithmancie elle les trouva à lire une lettre, puis à la cacher précipitamment à son arrivée, elle décida de passer à l'action pour comprendre. Elle fit un sortilège d'attraction informulé pour que Harry ne puisse pas s'y attendre et elle commença à lire avant qu'il ne puisse réagir.

« Harry,

Je ne comprends pas pourquoi toi et ma sœur vous m'avez envoyé chacun une beuglante ! J'ai une petite copine, ce n'est pas la fin du monde non ? »

Harry tenta de récupérer la lettre de la même façon qu'elle s'en était emparé, mais Hermione la tenait fermement.

- Hermione, ne lis pas ça, supplia Harry.

Elle savait qu'il avait raison, mais elle avait déjà lu le pire.

- Elle a le droit de savoir, intervint Ginny en posant une main apaisante sur l'épaule de son petit ami.

Elle se replongea dans la lecture.

« Hermione ne veut même plus entendre parler de moi ! Puis, Regina est très sympathique, c'est une sorcière de 21 ans, elle a toujours vécu à Los Angeles et je me plais beaucoup là-bas.

Quant à ce que tu m'as dit sur le fait que ce n'est pas bien envers Hermione, je te réponds que j'ai besoin d'air. J'avais besoin d'un nouveau départ et Régina ne me rappelle pas à chaque fois cette foutue guerre. Tu es censé être mon ami aussi, pas que celui d'Hermione.

Ron. »

Elle avait vraiment besoin de crier, de hurler et de pleurer, peut-être aussi de vomir mais pas ici, elle laissa tomber la lettre et se dirigea vers la sortie. Harry commença à la suivre mais elle eut le temps d'entendre Ginny.

- Non, laisse là, elle doit digérer ça, seule.

Elle était ivre de rage, de tristesse et de pleins d'autres choses, si elle l'avait eu en face d'elle, elle lui aurait fait mal. Oui, elle aurait voulu le faire souffrir physiquement, comme il la faisait souffrir psychologiquement. Même physiquement, elle avait l'impression que son cœur se déchirait en mille morceaux, que son estomac se tordait, que sa tête allait exploser. Elle était seule et plus rien n'avait le moindre sens, Ron n'était qu'un grain de sable au milieu de tout ce qui n'allait pas !

Elle marcha un long moment, puis quand elle en eut marre, elle entra dans une salle de classe vide et se mit à pleurer, elle se retrouva face à son reflet. Son reflet inondé de larmes et de tristesse et de colère.

Elle ne voulait pas se voir ainsi et sans se contrôler, elle abattit son poing dessus, le miroir se brisa, l'écorchant à divers endroits de la main et du bras. Certaines plaies étaient profondes et saignaient beaucoup, mais elle s'en foutait.

Elle allait mal, elle avait mal et au milieu de tout ça, elle ne sentait même pas la douleur de son bras. Elle se laissa tomber par terre, ne retenant pas ses larmes et ne prenant même pas de précautions pour fermer la salle. Elle avait juste envie que la douleur s'arrête, elle voulait aussi que Ron ait mal comme elle.

Malefoy avait fui une fois de plus les Serpentard. Il marchait le long d'un couloir, lorsqu'il entendit des pleurs, un bruit de miroir brisé et les sanglots qui s'accentuèrent. Il s'approcha de la source du bruit et poussa la porte.

Ce qu'il vit le laissa sans voix. Granger se trouvait au sol, en pleurs, des éclats de miroir à côté d'elle, certains planté dans son avant-bras, qui saignait beaucoup d'ailleurs. Elle avait dû briser le miroir mais qu'est-ce qui l'avait mis dans un tel état ?

Il s'approcha vite d'elle et tenta de la relever, elle se débattait légèrement, tellement légèrement qu'on aurait pu croire qu'elle faisait semblant. Lorsqu'il réussit à la mettre debout, il sut que s'il la lâchait elle retomberait aussi sec. Comme pour lui donner raison, elle s'écroula contre lui et sans savoir pourquoi il faisait ça alors qu'il avait voulu s'en éloigner la veille, il l'entoura de ses bras et la serra contre lui.

Elle pleurait toujours, enfouie dans son épaule. Lui, la serrait, lui caressait le dos pour tenter de la calmer mais rien n'y faisait.

Il ne sut pas combien de temps il resta ainsi, 15, 20, 30 minutes, ou plus ? Au bout d'un moment, elle voulut s'accrocher à lui mais un morceau de verre planté dans son bras lui fit mal.

- Aïe ! s'exclama-t-elle tout en pleurant

Malefoy l'éloigna un peu et commença à lui retirer les morceaux, à l'aide d'une formule, il répara le miroir et cicatrisa ses coupures.

Elle n'eut pas la force de le remercier mais la reconnaissance se lisait sur son visage ravagé. Puis, une fois de plus, elle s'écroula par terre, comme si elle n'avait plus la force de tenir debout.

Cette fois, il ne chercha pas à la relever, il s'assit en face d'elle et fit de son mieux pour la serrer contre lui. Ils restèrent ainsi un long moment, puis les larmes se calmèrent. Elle leva la tête vers lui et il s'attendait à tout sauf à ça.

Elle ferma les yeux et commença à l'embrasser, pris de court, il ne la repoussa pas. Il se demandait ce qui lui prenait pour qu'elle agisse ainsi mais il réalisait enfin ce dont il avait envie depuis sa dispute avec elle.

Ses lèvres étaient douces, il avait embrassé d'autres filles mais Granger était la première qu'il n'avait pas cherché à séduire et la première qui l'embrassait avec un tel désespoir, une telle tristesse, un tel besoin.

Il finit par comprendre que ce baiser devait avoir un rapport avec le rouquin. Elle l'embrassait certainement pour se venger de quelques choses et même s'il appréciait, il savait qu'elle le regretterait quand elle aurait retrouvé ses esprits et il ne pouvait pas profiter de la situation.

Il la repoussa doucement, ce qui sembla lui rendre un peu ses esprits.

- Je suis désolé, dit-elle la voix tremblante mais sans s'éloigner.

Malefoy sentait qu'elle n'allait pas mieux, elle avait juste pris conscience de ce qu'elle venait de faire.

- Je ne sais pas ce qui m'a pris, je…

- C'est bon Granger, calme-toi ! Ce n'était rien qu'un baiser.

Il la reprit dans ses bras, elle se laissa faire et posa sa tête sur la poitrine du Serpentard.

- Pourquoi tu me consoles, je croyais que j'étais une sale petite Sang-de-Bourbe !

- Chut, lui dit-il.

Il lui caressait doucement les cheveux, vu dans la position qu'elle était, il sentait son odeur à plein nez, toujours cette odeur exquise de lavande.

- Merci de m'avoir soigné et d'avoir été là.

- Si je n'avais rien fait, on me l'aurait reproché, dit-il.

Il essayait de paraître insensible, mais il ne fut pas surpris qu'elle ne le prenne pas mal vu qu'il était toujours en train de la tenir dans ses bras.

- Pourquoi tu fais ça Malefoy ?

- Je ne sais pas et toi, pourquoi tu es dans cet état ?

- Je n'ai pas envie d'en parler, répondit-elle.

Il n'insista pas, mais au bout d'un moment, elle parla.

- J'ai appris que Ron avait une nouvelle petite amie, lâcha-t-elle.

Il n'arrivait pas à croire que c'était pour ça que le rouquin avait réussi à la mettre dans cet état ! Mais elle n'avait pas besoin qu'il le dénigre, il décida d'en parler sous un autre angle.

- Comment l'as-tu appris ?

Elle lui raconta comment elle s'était emparée de la lettre ainsi que ce qu'elle y avait lu. Il resserra sa prise à mesure qu'elle parlait, parce qu'il sentait sa voix de plus en plus tremblante.

- Je ne sais pas pourquoi ça me fait si mal. J'aimerais que ça me soit égal, mais comment a-t-il pu me faire ça ? Il me quitte parce qu'il souhaite partir pour se retrouver mais ça ne l'empêche pas de sauter sur la première pimbêche qui passe !

Si Hermione n'avait pas eu l'air si mal, il se serait amusé du fait qu'elle insultait une fille de pimbêche sans même la connaître. Alors que qui qu'elle soit, elle n'était pas coupable, le seul coupable, c'était Weasmoche.

- C'est comme si je ne contrôlais plus rien à ma vie. Après la guerre, j'avais déjà du mal à paraître normale quand il était là, mais quand il est parti, c'est devenu encore pire et là, je suis censé faire quoi ?

- Je ne sais pas, avoua Malefoy perdu.

Il cherchait des mots qui pourrait la faire rire, à défaut d'en trouver qui lui permettrait d'aller mieux.

- La normalité est surfaite Granger, puis qui a fait une loi stipulant que tout le monde devait être heureux et normal ?

Hermione ne put s'empêcher de rire entre deux larmes.

- Puis, tu n'as jamais été normale à mes yeux ! ajouta-t-il avec un sourire en coin.

- Pourquoi ? demanda-t-elle.

- Tu sais toujours tout, ce n'est pas normal !

Elle rigola encore un peu, puis Malefoy s'aperçut qu'elle avait cessé de pleurer. Elle ne chercha pas à s'éloigner, au contraire, elle posa une de ses mains sur la poitrine du Serpentard.

- Merci Malefoy, merci d'être là.

Il ne répondit rien, il ne voulait pas qu'elle comprenne qu'en cet instant, il se sentait bien. Il ne voulait pas qu'elle comprenne qu'il regrettait de l'avoir traité comme ça il y a quelques jours. Enfin, en réfléchissant un peu, elle en arriverait à cette conclusion d'elle-même.

- Est-ce que ça te dérange si on reste comme ça encore un peu ? demanda-t-elle doucement.

- Non.

Elle s'apaisait, après avoir versé toutes les larmes de son corps, elle était épuisée et elle s'endormit sur celui qui était encore il y a quelques mois, un de ses pires ennemis. Elle avait toujours la main et la tête posée sur le torse du jeune homme et lui, il caressait toujours ses cheveux.

La position n'était pas très agréable, mais il ne voulait pas la déranger, il ne bougea donc pas d'un pouce. Que lui arrivait-il à lui ? Il était tellement préoccupé par les états d'âme de la Gryffondor entre le soir où elle avait éclaté en sanglots et aujourd'hui où elle avait brisé un miroir par colère, il savait qu'elle avait besoin d'aide et il savait aussi qu'elle était bien trop fière pour accepter celle de ses amis.

Il repensa à la toute première fois qu'il l'avait vu. Dès sa première rencontre avec Granger, il l'avait trouvé jolie, sans savoir pourquoi, puisque à l'époque, ses cheveux étaient broussailleux, ses dents comme celle des lapins, ou presque. Elle n'avait rien de jolie à cette époque-là. Sauf pour lui et ensuite, il l'avait trouvé intelligente, ce qui l'avait poussé à la maltraiter encore plus, pour tuer les choses qu'il aimait chez elle.

Mais maintenant, il ne voulait plus la maltraiter, il ne voyait plus le statut de sang, il voulait être là pour elle et de ce fait, il avait du mal à ne pas la trouver intelligente, intéressante et surtout, belle. Il ne voulait pas ressentir ça mais il ne le contrôlait pas et il n'avait plus envie de la forcer à le détester.


Voilà le chapitre 8, j'espère que ça vous plait !