Chapitre 3 Réveil

"Tu n'as pas changé, Naruto", souffla d'une voix douce Gaara. "Sauf les cheveux et les cicatrices…"

L'Uzumaki ne répondit pas tout de suite, analysant chacune des lignes du visage du Kazekage. Les rides creusaient ses joues et son front. Ses traits étaient tirés dans une expression de fatigue qu'il ne lui connaissait pas. Une longue chevelure rousse cascadait le long de son dos pour terminer sa course au creux de ses reins. Ses jambes avaient disparues et d'après le chakra qui parcourait son corps, la blessure n'était pas récente. Il fallait plusieurs années, voire dizaines d'années, pour qu'une telle blessure se cicatrise totalement.

Naruto bascula la tête. Son système de chakra fonctionnait normalement, preuve qu'il n'était pas victime d'une illusion. Et il sentait bien que celui qui lui faisait face était véritablement son ancien compagnon de fardeau… qu'il avait cru mort.

"…

Je ne comprends pas", murmura le blond en baissant les yeux, détachant son regard azuré des prunelles de l'ombre du vent. "Qu'est-ce qu'il m'arrive ?" Interrogea t-il en relevant la tête, un air perdu gravé sur son visage.

Le Kage soupira un instant et son nuage de sable pivota pour l'amener devant la porte par laquelle il était entré. Il savait que brusquer les choses n'était pas bon dans l'état où se trouvait son ancien compagnon de fardeau, mais il n'avait pas le choix.

"Habille toi et viens me rejoindre quand tu seras prêt", répondit-il simplement. "Je t'attendrai de l'autre côté".

Il sortit de la chambre sans un mot de plus, laissant le silence envahir la salle où se tenait Naruto. D'un regard, ce dernier remarqua que, en effet, il était totalement nu sous la couverture qu'il portait sur ses épaules. Du coin de l'œil, il nota la présence de vêtements pliés et rangés sur une chaise dans le coin de la pièce.

En s'habillant, il s'interrogea sur la situation dans laquelle il était. Sa possible mort effleura son esprit, mais il doutait que l'au-delà puisse ressembler à ce qui l'entourait. Grâce au chakra du mode Sennin, il pouvait parfaitement sentir qu'un peu plus loin au-dessus de lui s'étendait une forêt dans laquelle il repéra divers animaux comme des cerfs ou des oiseaux. Concentrant son attention, il remarqua que l'endroit où il se trouvait était à plusieurs mètres sous terre. Les parois du complexe souterrain étaient renforcées d'un sable mélangé à de la roche concassée, et seules quelques fines bouches d'aération permettaient à l'oxygène de circuler dans l'infrastructure qui s'étendait sur plusieurs centaines de mètres carrés. Une véritable citadelle sous la surface du sol… Et il ne percevait comme occupants personne d'autre que lui et Gaara.

Lentement, il noua l'attache de la cape que lui avait pris le Kazekage puis tendit les bras pour faire disparaitre les plis. Un sous-vêtement noir semblait lui servir de seconde peau, sa structure faite de mailles d'un tissu à la fois souple et résistant. Un débardeur blanc moulant reposait sur ses épaules, lui-même recouvert par un large manteau aux reflets bleus marines qui lui chatouillait le haut des cuisses. Un épais pantalon ocre, presque doré, lui arrivait jusqu'au bas des jambes. Des gants noirs percés aux extrémités des doigts lui couvraient les paumes et un bandeau sombre rabattait en arrière son épaisse crinière blonde. Une paire de lunettes de soleil totalement noire était également présente, mais il se contenta de la glisser dans une poche de son manteau.

Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, mais espérait que Gaara saurait répondre à ses multiples interrogations. D'une démarche féline et mesurée, Naruto sortit de la chambre pour atteindre ce qui semblait être une gigantesque coupole. Une lumière artificielle se diffusait à travers une sorte de labyrinthe de verre suspendu au plafond à plus de dix mètres de haut. La pièce circulaire, immense, devait bien faire plus de cinquante mètres de diamètre. En son centre, une source d'eau pure jaillissait dans un bassin de pierres polies. De nombreuses portes, autre que celle depuis laquelle il émergeait, étaient présentes sur la moitié de la surface des murs de la salle aménagée. D'un bref coup d'œil, il en dénombra une dizaine. Si la moitié du disque où on accédait aux portes était pavée, l'autre n'était recouverte que de sable chaud et sec. De toute évidence, c'était là un terrain d'entraînement pour le Kazekage, tandis que l'arrière était ses quartiers…

Le regard imperturbable, Sabaku no Gaara l'attendait, assis près de la fontaine qui trônait au cœur de la coupole. Il détourna son regard de l'eau qui s'écoulait lorsque Naruto arriva à ses côtés, le rejoignant sans un mot, et plongea ses yeux émeraude dans les prunelles océans. Il sourit tendrement.

"C'est un endroit magnifique", indiqua Naruto en s'asseyant à ses côtés.

"Je l'ai créé il y a longtemps", répondit d'une voix neutre le Kazekage en fixant attentivement son interlocuteur. "Il y a vingt ans à vrai dire… depuis la défaite de l'Alliance contre l'Akatsuki".

Contrairement à ce qu'avait escompté l'ombre du vent, Naruto réagit à peine à sa remarque, ne pouvant tout de même dissimuler l'étincelle de surprise et de réalisation. Le blond écarta les lèvres sans pour autant prononcer une quelconque parole, songeur. Un amalgame de nostalgie, de tristesse, de colère et de tendresse éclairait son regard céruléen.

"Je pensais bien que c'était quelque chose du genre", souffla simplement Naruto en promenant son regard sur le plafond lumineux. "Mais dire que vingt années se sont écoulées… tellement de temps…

C'est étonnant de voir que je n'ai pas vieilli", s'étonna presque l'ancien shinobi de la feuille qui allait sur ses quarante ans d'existence, alors qu'il n'en paraissait pas plus de la moitié.

"Madara et Obito ont scellé ton corps dans une prison d'espace temps", informa Gaara en glissant ses doigts le long d'une de ses rides qui partait de son arrête nasale jusqu'au milieu de sa joue. "Ils voulaient te garder pour l'éternité dans ton état…"

Il se tut quelques secondes et la curiosité éclaira un instant son regard de jade.

"Après la guerre, j'étais mutilé et trop faible pour tenter la moindre action contre l'Akatsuki… j'avais perdu mes jambes contre le Juubi et mon nom a été rayé de la liste des vivants. Le Mugen Tsukuyomi s'est abattu sur le monde mais étrangement, je n'ai pas été une victime de l'illusion. J'ai établi une théorie à ce sujet d'ailleurs… du fait que j'étais un jinchuriki et que, par conséquent, grâce au résidu de chakra démoniaque qui est encore dans mon corps, l'illusion produite par un bijuu ne pouvait pas m'affecter. C'est assez tordu, mais je n'ai pas trouvé d'autres explications".

Naruto acquiesça, méditatif.

"J'avais prévu de tenter le tout pour le tout quand j'ai su que Madara avait soumis le monde avec l'aide de Sasuke et d'Obito… probablement un suicide désespéré maintenant que j'y pense, mais à l'époque, je n'avais plus le courage de réfléchir. J'observais de loin les Seigneurs de Guerre assujettir le monde, le partageant et le dominant sans scrupule. Même ma sœur et mon frère obéissaient sans rechigner… même la Mizukage et le Raikage, alors que chacun d'eux avait une puissance plus grande que la mienne. J'étais totalement impuissant", articula le roux d'une voix impénétrable, les poings serrés.

"Et puis, en filant Madara un jour, je l'ai vu se rendre dans un endroit reculé du pays de l'eau. Un endroit terrifiant, mais qui a redonné un but à mon existence".

Il leva les yeux, pénétrant de toute l'intensité de son regard l'âme de l'Uzumaki.

"Je t'ai vu", murmura le roux. "Prisonnier, enchainé, paralysé mais… tu étais encore vivant".

La curiosité et l'intérêt imprégnaient chacun des traits de l'ancien réceptacle de l'Ichibi. Depuis plus de quinze années, Gaara s'interrogeait sur le sujet qui l'avait maintenu en vie, ne comprenant pas comment un tel miracle avait pu se produire. Devant lui, il sentait que Naruto avait changé sans qu'il ne puisse l'expliquer. Les cicatrices de Kyuubi avaient disparues et le sceau qui maintenait prisonnier le démon s'était évanoui. Sa crinière, beaucoup plus imposante qu'auparavant, n'avait pu se développer dans le bloc de glace qui l'avait tenu prisonnier pendant près de deux décennies. Le chakra et la sensation qui l'entourait étaient également différents de son souvenir… son esprit semblait plus mature, plus posé. Comme si le jeune blond s'était métamorphosé…

Naruto baissa son regard océan, devinant les pensées qui tourmentaient l'esprit de son ancien compagnon de fardeau. Évidemment, le Kazekage n'était pas au courant des derniers événements qui avaient précédés la défaite de l'Alliance…

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Tout cela semblait si absurde pour Akujo Uchiwa… si insensé. Et pourtant, personne ne pouvait lui mentir sous l'influence du Mugen Tsukuyomi, alors il n'y avait aucune chance pour que la Mizukage déchue ait pu essayer de la tromper.

Mais fallait-il vraiment croire qu'Uzumaki Naruto avait été le plus puissant pour s'opposer ainsi aux Seigneurs de Guerre ? Et bien que l'évidence semblait de mise, l'héritière du Sharingan ne pouvait que douter d'une telle vérité. Bien que se sachant large d'esprit –il le fallait bien pour oser faire des recherches sur un personnage de l'ère précédent la Paix Éternelle –, elle ne pouvait accepter ce fait. Son éducation, son mode de pensée, ses actes et son entourage… tout depuis sa plus tendre enfance avait placé la jeune femme sur un piédestal inaccessible. Aujourd'hui, elle était presque capable de rivaliser avec son père, qui était pourtant l'un des trois héros de l'Œil de Lune. Un Seigneur de Guerre parfait et intouchable… vraiment ?

Elle pivota sur sa chaise, faisant distraitement coulisser le crayon entre ses doigts dans la bibliothèque du souverain des Terres Mouillées. Cela faisait presque deux heures qu'elle avait quitté les Kages, et elle n'avait fait que s'asseoir et se balancer sur sa chaise, aucunement intéressée par l'amas de documents, de livres, de parchemins et de cartes qui s'amoncelaient devant elle. Elle avait besoin de mettre ses idées au clair, de déceler dans le labyrinthe de ses pensées le vrai du faux… le possible de l'impossible.

Rien n'indiquait que le jinchuriki du Kyuubi avait pu être un obstacle à l'avènement des Seigneurs de Guerre. Il n'était brièvement cité qu'en tant qu'élément de création du Juubi, et les rares informations à son sujet étaient soient anodines soient ne le désignaient pas directement. Bref, il constituait un véritable trou dans l'Histoire, témoin et acteur d'une période oubliée et révolue. Après la première révélation à son sujet, l'ombre de l'eau avait blêmi et était restée très évasive, comme si l'autorité de Madara s'était renforcée et l'avait empêché de continuer. Et elle doutait que quiconque ne puisse davantage la renseigner sur le personnage.

Si comme elle le pressentait des informations sur le jinchuriki de Konoha avaient été détruites et scellées par l'illusion, personne excepté les Seigneurs de Guerre ne pourrait la documenter davantage. Il n'y avait rien sur Naruto Uzumaki parce qu'il avait été rayé de l'Histoire et non parce qu'il en avait été un acteur insignifiant. Dans cette optique, les doyens Uchiwa refuseraient tous catégoriquement d'aborder le sujet puisque c'était eux-mêmes qui l'avaient banni.

Un autre problème, plus important encore que son incapacité à satisfaire sa curiosité, s'était alors imposé. Naruto Uzumaki était un sujet scellé par les Seigneurs de Guerre et par conséquent, il y avait là des informations qui fâchaient les maitres de ce monde. Quelque chose d'assez gros pour que son propre père refuse de lui en toucher un mot… elle frémissait rien que d'y penser.

Si elle continuait dans ses recherches, elle allait donc à l'encontre des doyens Uchiwa et par conséquent, se mettait le monde à dos. Une chose qui ne l'avait prise que sur un coup de tête avait aujourd'hui suffisamment d'ampleur pour qu'elle-même peine à réaliser dans quelle situation elle se trouvait. Elle sentait que si elle continuait sur cette voie, elle se dirigerait vers une vérité aussi sensible que déplaisante. Et elle redoutait ce qu'elle pourrait y découvrir… si jamais elle le découvrait.

Akujo plaça le crayon entre son pouce et son index avant de lui donner une soudaine impulsion. Le regard absent, elle observa ce dernier tomber pile dans le tube rond destiné à cet effet.

Dans cet amas confus de pensées où elle se perdait de plus en plus, elle resongea aux paroles d'Itachi quand elle lui avait parlé de Naruto Uzumaki et de la réaction de leur père à l'entente du nom effacé de l'Histoire. Ne joue pas avec le feu, Akujo…

Son demi-frère n'aurait pas pu mieux trouver comme image. Il lui semblait qu'on lui brûlait les ailes.

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Obito traversa les couloirs du palais des Terres Supérieures, les propos qu'il avait échangé une heure plus tôt avec les autres Seigneurs de Guerre tourbillonnant encore dans son esprit. Il franchit l'escalier qui le séparait de la cour de sa demeure et y remarqua Rin assise sur un banc en bois, tournant les pages d'un ouvrage sur les remèdes et poisons issus du monde végétal. Avisant le retour de son époux, cette dernière ferma son livre et invita du regard son ancien coéquipier.

Esquissant un léger sourire, Obito vint prendre place à ses côtés. Rin avait été ressuscité vingt ans auparavant à l'âge qu'elle aurait dû avoir si elle n'avait pas perdu la vie, soit au printemps de la trentaine. Le temps était passé et quelques rides avaient marqué son visage, ses yeux noisette conservant toujours leur éclat d'innocence et de candeur. Elle avait gardé les mêmes compétences en tant que ninja médecin et pratiquait son art dans l'hôpital central des Terres Supérieures, sur sa demande. Obito lui avait permis de monter son propre espace de soin et désormais, elle était réputée dans l'ensemble des trois Royaumes comme la plus grande eiseinin sur terre. Des personnes venues de terres lointaines requéraient même son aide pour guérir une maladie, prendre des conseils sur des médicaments ou bien même parfaire ses compétences dans la voie du médical.

"Quelque chose est arrivée ?" Interrogea la compagne du Maître des Terres Supérieures. "Rien de grave j'espère".

"Nous avons eu quelques problèmes", répondit évasif le Seigneur de Guerre qui ne désirait pas aborder le sujet avec sa dulcinée.

Obito coula un regard vers l'arrière, à l'endroit où se tenait Kakashi en train de lire les lignes d'un livre douteux… toujours le même. Et bien que le ninja copieur faisait mine de ne rien écouter, le Maître des Terres Supérieures savaient que son ancien coéquipier était tout ouïe à ce qu'il pouvait dire.

L'Uchiwa laissa s'échapper un simple soupir et se retourna vers sa compagne.

"Laisse-nous seuls s'il te plait", envoya-t-il à l'attention de Rin.

La ninja médecin ne protesta pas et se leva pour quitter le jardin intérieur… Obito soupira… non, elle ne songeait même pas à protester. Même si sa phrase était plus une demande qu'un ordre, il savait que Rin ne pouvait s'opposer à ses directives. Cela le peinait parfois, mais après tout, qu'importe. Tant qu'il pouvait profiter et partager son amour, rien d'autre ne comptait. Peu importait que tout ne soit qu'illusion ou faux-semblant pour elle… lui-même, avec le temps et les gestes répétés, s'était laissé à croire que Rin agissait par sa propre volonté. Il faisait tout pour la rendre heureuse, passer du temps avec elle ou bien la tenir éloignée des affaires de ce monde… et même si c'était égoïste et que, intérieurement, la volonté de Rin était tout autre, cela ne changeait pas la réalité. Sa réalité.

"Approche, Kakashi", interpela Obito d'une voix à la fois douce et autoritaire.

Le ninja copieur était le seul qui pouvait contester ses ordres, mais il avait appris ce qu'il risquait à aller à l'encontre de la volonté du Seigneur de Guerre. Après plusieurs tentatives, il s'était résigné et obéissait désormais à contrecœur au Maître des Terres Supérieures. Heureusement, Obito n'avait jamais cherché à abuser de son autorité, et ce même si rien ne pouvait lui résister. Devant Kakashi comme devant chacun de ses sujets, il agissait plus comme le Kage d'un village plutôt que comme le souverain tout puissant qu'il était.

"Seigneur", fit l'épouvantail d'une voix monotone en baissant la tête devant Obito.

"Tu savais que Uzumaki Naruto était vivant, n'est-ce pas ?"

Le ninja copieur arqua son seul sourcil visible. Bien sûr, il connaissait les raisons qui avaient poussé les Seigneurs de Guerre à garder en vie Naruto… mais il était surpris par la direction que prenait la discussion. Cela faisait des années qu'il n'avait plus entendu quelqu'un prononcer le nom tabou. D'un geste, il hocha verticalement la tête pour répondre à la question du Maître des Terres Supérieures.

Obito l'observait du coin de l'œil, comme s'il réfléchissait à une autre approche du sujet. De toute évidence, il était tiraillé par une décision qu'il n'approuvait pas.

"Il s'est échappé", informa le Uchiwa. "Il a reçu une aide extérieure et a pu se libérer. Au moment, où je te parle, il est probablement déjà réveillé et conscient de sa situation", ajouta-t-il avant que le Ninja Copieur ne puisse réagir.

L'ancien jônin de la feuille laissa tomber au sol le livre orange qu'il avait dans les mains. Ses doigts tremblaient et ses mains étaient moites. Son seul œil visible était écarquillé et il semblait que sa chevelure grise s'était hérissée au dessus de son crâne… du moins, encore plus que d'ordinaire.

"Madara a suggéré ton élimination", continua Obito avec toujours la même voix très calme qui fit frissonner son interlocuteur. "Seul, tu n'étais une menace pour personne. Maintenant cependant…"

Devant lui, le corps d'Obito se dématérialisa avant d'apparaître juste derrière le ninja supérieur de Konoha déchu. Ce dernier sentit une lame froide et métallique rouler sur sa gorge, mais avant qu'il ne puisse réagir, les ténèbres l'englobèrent dans leur étreinte noire.

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Madara était de retour dans le palais des Terres Mouillées, profondément agacé. Il passa par la bibliothèque dans le but d'y trouver la fille de son confère Seigneur de Guerre, mais ne remarqua pas âme qui vive dans le labyrinthe d'armoires et d'étagères remplies d'ouvrages en tout genre. Il arqua un sourcil, sentant les rides de son visage se tendre, et pivota sèchement le buste pour rejoindre la Salle du Conseil de son territoire. Avisant les présences de Mei et de Bee à leurs bureaux respectifs, il fit quelques pas dans leur direction.

"Où est Akujo ?" Interrogea simplement le Maître de Kiri.

"Elle vient de partir en direction des Terres Supérieures, Seigneur", répondit la Mizukage déchue en repoussant un dossier.

Le doyen Uchiwa esquissa un rictus contrarié. Décidément, chaque instant de la journée avait été une addition de problèmes. En face de lui, l'ombre de l'eau se tenait assise à son bureau, comme attendant un nouvel ordre de la part de son maître. Elle n'avait pas l'habitude de le voir dans un tel état… un regard noir de jais débordant de colère, bien que contenue. D'ordinaire, le Seigneur de Guerre préférait ignorer le monde l'entourant, désintéressé.

Madara releva la tête, croisant le regard de l'ancienne ninja de l'eau.

"Il s'est passé quelque chose ?" Souffla distraitement l'héritier du Sharingan.

Mei répondit par un hochement de tête. Madara s'étonna de ne pas la voir continuer d'elle-même, retenant ses paroles.

Le Mugen Tsukuyomi imposait l'obéissance et le respect total envers les héritiers du sang sacré des Uchiwa. Mais si aucun ordre n'était donné, la personne désignée n'informait pas forcément un Seigneur de Guerre et de ce fait, des informations pouvaient parfois passer au-dessus des dirigeants de ce monde. Et si la plupart n'étaient que des banalités, Madara sentit que celle-ci ne faisait pas partie du lot.

"Qu'est-ce ?" Demanda l'homme des Terres Mouillées.

"La Princesse de Sang a obtenu de ma part des renseignements à propos de Naruto Uzumaki", avoua sans hésiter la servante de l'illusion d'un ton calme. "Je lui ai révélé le rôle qu'il avait eu à nos côtés pendant la Guerre de l'Œil de Lune ainsi que le fait qu'il ait tenu tête à mes Seigneurs pendant trois jours et trois nuits".

Madara haussa un sourcil. Ainsi, Mei avait réussi à outrepasser des ordres qu'il avait donnés vingt ans auparavant. L'Uchiwa ne fit aucun commentaire mais n'en pensa pas moins. Bien sûr, la situation avait été en tout point favorable à ce que des informations jaillissent à la lumière du jour. Son autorité et celle d'une autre Uchiwa s'étaient opposées. Mei était probablement l'une des plus puissantes personnes sur terre non héritière du Sharingan. Il n'avait pas été présent pour interdire à la Mizukage de parler. C'était un sujet qui tenait à cœur l'ombre de l'eau et sur lequel elle n'avait pas avoué le plus important. Et l'action de Mei ne représentait aucune réelle menace pour les Seigneurs de Guerre.

Mais tout de même, le fait de savoir que quelqu'un avait pu surpasser sa volonté laissait un goût amer au fond de la gorge du maître des Terres Mouillées. C'était déjà une preuve que la puissance de l'illusion faiblissait. Le chakra démoniaque qu'il avait recueilli n'était pas de la même pureté que celui directement prélevé à la source, ce qui impliquait un appauvrissement dans la qualité du Genjutsu.

Madara crispa ses traits et hésita un instant à éliminer les deux Kages dans la pièce. Mais après tout, la situation n'était pas si terrible que ça. Le monde lui obéissait et il avait un délai de presque deux années avant que l'illusion ne s'estompe. Et il devait garder en main des atouts qui pourraient faire pencher la balance. Le fait qu'une information avait filtré le gênait cependant plus que l'information en elle-même. Et il devrait être prudent dans l'évolution de son autorité à l'avenir.

Les deux Kages autour de lui avaient remarqué l'humeur maussade de leur Maître, mais il savait que la seule chose qu'ils pouvaient faire était de laisser passer. Après vingt années de soumission, ils avaient appris à ne pas chercher à apprendre les pensées du Seigneur de Guerre.

"Les matchs du jour ont déjà commencé, n'est-ce pas ?" Interrogea rétrospectivement le doyen Uchiwa.

Les ombres de la foudre et de l'eau hochèrent la tête, bien que Madara ne leur accordait aucune attention. L'héritier du Sharingan pivota le buste et serra le poing. Il avait besoin de se détendre un peu…

"A, tu pars à la recherche de la gamine de Sasuke", ordonna-t-il en commençant à partir. "Une fois que tu l'auras trouvée, dis lui de retourner vers son père sans attendre. Mei, tu viens avec moi".

A acquiesça et disparut aussitôt dans un déplacement lumineux. Silencieuse, Mei suivit la marche de son Seigneur, calquant son rythme sur le sien. Elle devinait ce que prévoyait de faire le vieil Uchiwa. Et au plus profond d'elle-même, là où Madara ne pouvait l'atteindre, elle ne souhaitait plus qu'une chose… que tout cela s'arrête un jour. Mais sous l'illusion, même la mort lui était inaccessible.

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Suigetsu entra sur la piste sous les acclamations et les vivats du public qui siégeait dans les gradins. Il franchit les grilles qui le séparaient de la surface de combat et traversa l'étendue de terre calcinée où, depuis presque vingt ans, il passait les instants les plus intenses de son existence. Il connaissait maintenant chaque recoin du stade, depuis le petit étang près des loges du Seigneur de Guerre jusqu'à chacun des grands chênes présents à son opposé. L'arène circulaire faisait près de cinquante mètres de rayon et des spectateurs occupaient les bancs en pierre dans les gradins l'entourant. De nombreuses places étaient vacantes, mais les rangs n'étaient jamais vides.

Suite au succès du plan de l'Œil de Lune, les guerres avaient été abolies et le nombre d'occasions pour se battre avait drastiquement diminué. Les préceptes sur les arts ninjas étaient encore enseignés, mais les cours n'allaient pas plus loin que les notions de base de l'académie. Parmi les moins de trente ans, très rares étaient ceux qui pouvait faire appel à une quelconque attaque élémentaire, alors il était inutile de parler des Genjutsu. Leur niveau en Ninjutsu était risible, de même que leur Taijutsu. Les cours étaient néanmoins obligatoires car ils inculpaient aux jeunes recrus l'Histoire ainsi que la Géopolitique du monde actuel, deux notions indispensables pour les Seigneurs de Guerre qui avaient souvent besoin de sujets compétents dans ces domaines pour les aider dans leurs institutions.

Mais c'était là un sujet qui désintéressait totalement l'Hoozuki qui brandissait dans son dos deux immenses lames entrecroisées, Peau de Requin Samehada et le hachoir fendeur de tête Kubikiri Hoochoo. À sa ceinture pendait également les épées jumelles Kiba. Après la victoire de l'Akatsuki, l'ancien membre de Taka avait rassemblé les sept épées légendaires de Kiri et s'était entrainé à les manier au mieux ces vingt dernières années. Le problème étant qu'avec l'absence de guerre et de mission, les combats étaient devenus une denrée rare. Pour éprouver ses lames et combler son appétit vindicatif, il participait donc aux combats des Terres Mouillées que Madara avait mis en place pour sa seule distraction. Une fois par an, un tournoi était aussi organisé entre les trois Territoires des Seigneurs de Guerre qui faisaient s'affronter dans une arène leur deux meilleurs combattants. Suigetsu s'était vu voler la vedette l'année précédente en s'inclinant devant les champions des Terres Supérieures, et il comptait bien rétablir la donne cette année.

Le requin promena son regard sur les participants qui étaient également présents sur la surface du stade… douze au total. Il venait d'enchaîner une série de trois duels successifs et c'était maintenant l'heure de la mêlée pour le spectacle. Le maître épéiste remarqua deux trois éléments qui ressortaient du lot parmi eux, mais rien qui ne pourrait représenter une réelle menace. Comme toujours, il termina son inspection en lorgnant d'un regard prédateur l'homme imposant qui se tenait nonchalamment debout sur le trône au milieu de l'arène, un sourire sadique au bord des lèvres. Le deuxième champion des Terres Mouillées ainsi que le détenteur du titre de vainqueur de la dernière mêlée.

Les lèvres de Suigetsu s'étirèrent dans un rictus malsain. Le visage aliéné, L'Hoozuki s'empara de Samehada, la brandissant avec aisance malgré sa masse et sa taille.

"Toujours aussi fêlé de la cafetière, enfoiré d'increvable !" s'exclama l'ancien ninja d'Oto en percevant les ondes meurtrières qui émanaient du champion en titre.

"Jashin-sama ne considère pas la patience comme une qualité, morveux de merde ! Alors viens pas pleurer quand je t'aurai botté le cul !"

Un coup de tonnerre résonna et immédiatement, le sang éclaboussa l'espace autour d'Hidan et de Suigetsu.

Plus en hauteur, tranquillement allongé sur un divan dans l'espace réservé à sa personne, Madara esquissa un petit sourire en observant ses deux champions tailler leur chemin dans le sang et la chair des autres combattants avant de se rencontrer dans une impressionnante bousculade. À ses côtés, Mei contemplait d'un regard vide la surface de combat. Sur ses épaules ne reposaient qu'un simple drap blanc, sa nudité suggérée sous la fine étoffe par un bout de son sein droit qui émergeait légèrement entre deux plis.

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Izuna Uchiwa écrasa le corps du ninja supérieur sous son poids, profitant de l'absence de son père pour se servir dans sa réserve d'entraînement. La cible de son attaque était un ancien marqué du Sannin Orochimaru, un ninja de légende qui avait eu la chance de former un des Seigneurs de Guerre. Ce dernier avait perdu la vie avant la Guerre de l'Œil de Lune et désormais, ses anciens sujets étaient répartis à travers le monde. Parmi eux, ceux qui ne rêvaient que de combats disputaient des matchs officiels pour distraire les foules ou s'engageaient dans les troupes d'entraînement des Uchiwa. La plupart n'étaient que des petites frappes, comme celui qu'il venait d'éliminer, et seuls ceux qui pendant un temps avaient suivi son père méritaient le détour.

Il savait que Suigetsu Hoozuki, maître lame des épées légendaires de Kiri, était un des champions des Terres Mouillées. Un autre, Juugo dit " double face ", était dans les rangs du Maître des Terres d'Ouest et occupait à la fois la position de garde et de champion du Seigneur de Guerre. Ses quartiers étaient aménagés près des appartements des enfants Uchiwa, l'un des plus hauts privilèges auquel un humain normal pouvait accéder. Izuna l'avait observé de nombreuses fois combattre pendant les tournois des Trois Royaumes, et il était évident que la puissance de Juugo n'était pas à remettre en cause. Bien qu'il ne fût pas d'un niveau comparable à celui d'un héritier du Sharingan, il se classait parmi l'élite de la Nation. La dernière, Karin, était quant à elle intégrée dans la politique du Territoire des Terres d'Ouest. Du fait de son intelligence et de son discernement, elle tenait le poste de dirigeante du village d'Iwa, ancien village du Pays de la Terre, et faisait exécuter les directives de son Seigneur sans le moindre écart. Izuna l'avait vu venir à de nombreuses reprises dans le palais, et même si Sasuke la rejetait publiquement, le jeune Uchiwa n'aurait pas été surpris de découvrir que son père avait déjà profité d'elle.

Izuna jeta un regard dédaigneux au corps qu'il dominait. Même après avoir divisé ses capacités de combat par dix, il n'avait pas reçu la moindre égratignure et l'échange s'était révélé bref et inintéressant. Dans ce monde, personne excepté les êtres du même sang que lui ne représentait un défi intéressant. Les Seigneurs de Guerre et sa demi-sœur Akujo Uchiwa étaient à un niveau bien supérieur au sien, du fait que les combattre ne profitait pas pleinement au jeune homme. Mayu Uchiwa était encore trop jeune pour constituer un défi intéressant, mais il ne faisait aucun doute que la donne changerait d'ici quelques années. Finalement, le seul avec qui il appréciait se battre à pleine puissance était son demi-frère Itachi. Les deux garçons de la fratrie Uchiwa n'avait qu'une seule année d'écart, si bien que leur évolution avait suivi un parcours très similaire. Et même si Izuna n'arrivait jamais à vaincre son ainé, il lui semblait qu'il se rapprochait de plus en plus de son niveau.

L'héritier du Sharingan pivota le buste et pointa du doigt un des ninjas sur la touche pour l'inviter sur la surface de combat. Sa nouvelle victime était une jeune femme aux longs cheveux noirs attachés en chignon. Un kimono de soie kaki reposait sur ses épaules, sa partie inférieure ouverte sur le côté pour dévoiler sa peau claire et lui permettre une plus grande liberté de mouvement. Elle avait un visage fin et taillé dans l'ivoire, des yeux sombres et mélancoliques. Au vue de ses traits, elle devait appartenir à la même tranche d'âge que son père… soit trente-cinq ou trente six ans. Encore des restes de jeunesse, mais le début de la maturité.

"Ton nom ?" Interrogea l'Uchiwa lorsque la femme fut à sa portée.

"Tenten", répondit-elle obéissante.

Izuna fit rouler sa langue sur ses lèvres qui s'étirèrent dans un léger rictus. Son père ne lui en voudrait pas s'il jouait un peu avec sa propriété… et tant pis si elle était trop fragile pour encaisser quelques coups. Recoller les morceaux pourrait s'avérer être une réelle partie de plaisir, songea le jeune prodige en remarquant la peau couleur de lait de son adversaire.

****** L'Empreinte de l'Illusion ******

Cinq jours avaient passé depuis le réveil de Naruto. Après avoir renseigné le Kazekage déchu sur les conditions de la chute de l'Alliance pendant la Guerre de l'Œil de Lune, Naruto s'était entrepris à apprendre tout ce qu'il s'était passé durant son sommeil. Il avait saisi les grandes lignes de la géopolitique qui régissait le monde actuel, depuis l'avènement des Seigneurs de Guerre jusqu'aux conséquences du Mugen Tsukuyomi. Peu de choses avaient échappé au troisième œil si bien que le savoir de l'ombre du vent regroupait aussi bien les informations officielles que d'autres moins connues sur les Seigneurs de Guerre. Et Naruto avait frémis d'horreur quand son compagnon avait abordé le sujet.

" En suivant Madara, j'ai découvert qu'il avait créé un laboratoire qu'il tenait secret même des autres Seigneurs de Guerre ", lui avait dit de son éternelle voix grave le rouquin. " Je n'ai pas eu le temps d'en faire la visite complète, mais disons que ça n'avait pas l'air très sain. On aurait dit une de ces anciennes planques d'Orochimaru ". Et la grimace de dégoût qu'il avait esquissé à ce moment là n'avait pas conforté le Namikaze.

Pour dérouiller un peu ses articulations, Naruto fit également quelques mouvements de haute volée, affronta au corps à corps une armée de ses propres clones et eut même l'occasion de faire un court duel avec Gaara. Son style de combat avait radicalement changé de celui que l'ancien ninja du sable lui connaissait. Le Taijutsu basé sur le nombre de clones et la force brute avait laissé place à des mouvements calmes et maîtrisés. Une précision chirurgicale, similaire à celle du poing souple, transpirait de chacun des coups qu'il portait. Ses déplacements étaient imperceptibles et sa présence si infime qu'il était plusieurs fois parvenu à surprendre le maître du désert sans pour autant en avoir l'intention. Gaara l'avait observé à de nombreuses reprises quand il affrontait des copies de lui-même, et il lui avait semblé que sous ses yeux s'était déroulé un ballet artistique plutôt qu'un simple combat. L'Uzumaki avait véritablement atteint une puissance irréelle, insoupçonnable.

Et pourtant, quand Gaara lui avait demandé son avis sur les Seigneurs de Guerre, Naruto lui avait fourni une réponse qui avait fait trembler l'imperturbable maître du désert. À ce moment, le blond avait fermé les yeux un court instant pour se concentrer sur l'ensemble des présences dans les Trois Royaumes, puis les avait rouverts avec un air de méfiance dans le regard.

" Leur énergie est au repos donc il m'est impossible d'être catégorique, mais je ne pense pas être de taille à les battre, même en un contre un. Ils ont chacun énormément augmenté en puissance depuis que je les ai affrontés… s'en est presque étrange… " avait-il ajouté en fronçant les sourcils. Puis ses traits s'étaient à nouveau crispés. " Il n'y a pas qu'eux… quatre autres forces se démarquent largement du lot ".

" Les enfants de Sasuke " avait pris soin de préciser Gaara. " Apparemment, chacun d'entre eux aurait un potentiel suffisant pour faire passer les anciens membres de l'Akatsuki pour de simple gamins à l'académie ".

" Ils sont plus forts que toi… du moins, trois d'entre eux. Le dernier semble encore trop jeune " avait simplement lâché Naruto. Gaara avait acquiescé, comprenant où voulait en venir son ancien compagnon de fardeau. L'issue d'un combat de haut niveau se décidait en quelques secondes durant l'échange… un simple moment de distraction pouvait coûter la vie. Le niveau de compétences d'un ninja pouvait seulement faire chuter les probabilités de victoire de son adversaire… jamais les annuler. Avant l'Ère de la Paix Éternelle, il avait été courant de voir des hommes qualifiés comme héros se faire éliminer par un novice à cause d'un simple instant d'inattention. De ce fait, l'issue d'un combat n'était jamais décidée à l'avance, et le Kazekage déchu savait que la simple force brute n'était pas suffisante.

Le regard azuré de Naruto s'était ensuite terni pendant qu'il emmagasinait les informations qu'il recevait du mode Sennin, sondant la péninsule ninja toute entière. Une perception qui autrefois ne dépassait pas la surface d'un village…

" Un… non ". Il se reprit. " Une d'entre eux a même un pouvoir comparable aux Seigneurs de Guerre ". Il chercha une dizaine de secondes à affiner encore son analyse, mais se résigna quand un mal de tête le bloqua. Une goutte de sang perla de son nez. Il l'essuya d'un revers de la main et se massa les tempes. De toute évidence, c'étaient là les limites de son pouvoir de détection.

" Elle a un chakra extrêmement pur et singulier… très différent des Seigneurs de Guerre ou des trois autres enfants de Sasuke ".

Gaara acquiesça imperceptiblement la tête en suivant Naruto du regard.

" Elle n'est pas loin d'ici, direction nord-est. Elle se déplace rapidement ".

Pour la première fois depuis son arrivée, Naruto sentit une irrésistible pulsion faire bouillir son sang, lui ordonnant de sortir de la citadelle arénacée. Remarquant le regard émeraude que lui jetait le Kazekage déchu, il fit rouler ses épaules comme pour lui faire comprendre sa pensée. Il avait besoin de voir de ses propres yeux ce que le monde était devenu.

" Je t'accompagne " souffla simplement Gaara.