Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : The Final Espada.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Note : Un grand merci à vous pour vos retours sur le synopsis du plus profond de mon cœur! C'est la première fois que j'ai autant de retours pour un synopsis, je vais faire de mon mieux pour ne pas décevoir vos attentes. Sachez néanmoins que cette fiction ne sera pas très longue (une dizaine de chapitres) et que je connais déjà la fin. Une fiction moins axée sur l'action, comme vous l'avez deviné, mais une fiction plus centrée sur les personnages. Des idées de ce genre j'en ai tout le temps ou presque, mais rares sont celles qui m'inspirent autant. Voilà merci donc :)

Note 2 : Je suis désolée si des fautes d'orthographe persistent, mais j'ai beau relire plus de dix fois mon texte final elles m'échappent toujours.


Chapitre 1. The Final Espada.

Un long couloir morose et sombre, des suites de portes blindées et des pas qui résonnent dans ce vide qui sent la repentance et le crime. La grande prison de Tokyo abritait depuis des décennies les plus grand criminels du pays; des voleurs jusqu'aux meurtriers, en passant par les criminels sexuels et autres yakuza.

Une politique de fer, une sécurité à la pointe de la technologie, des gardiens de prison embauchés parmi les meilleurs, il n'y avait rien qui puisse défaire la surveillance de la grande prison qui jouissait d'une réputation excellente et d'un classement très flatteur parmi les meilleures prisons du monde entier.

L'enceinte de détention et la répartition de ses habitants y avaient été étudiés savamment; ainsi celle-ci s'étendait sur différents niveaux, chaque étage du bâtiment abritant des degrés différents de crime et donc des prisonniers plus ou moins dangereux.

Le premier niveau était réservé aux détenus de « passage », ceux qui purgeaient une légère peine pour des condamnations standards; le niveau deux présentait des prisonniers hétérogènes, braqueurs de haut vol comme Ikkaku Madarame, nationalement connu pour avoir braqué la banque internationale d'Hokkaido et pour avoir effectué une cavale de plus de 65 jours; ou Abaraï Renji, friand d'œuvres d'art et passé maître dans l'art du cambriolage des musées et autres galeries de grands peintres. Le niveau 3 montait d'un cran avec, par exemple, le terroriste à la bombe chimique : Szayel Apporro Grantz. Mais sans aucun doute, le niveau 4 faisait naître des sueurs froides dans le dos des autres prisonniers... En effet, le quatrième étage renfermait des personnalités compliquées et voire même perfides; des détenus ayant déjà expérimentés la psychiatrie pour la plupart comme Ichimaru Gin ou Kurotsuchi Mayuri.

Mais juste au-dessus de ces personnages pour le moins dangereux, se trouvait encore un étage, réservé cette fois-ci aux criminels les plus sanglants et les plus cruels. Les gardiens qui officiaient à ce niveau étaient des hommes durs, ayant suivi un entrainement spécial autant au niveau physique que psychique.

Parmi ces détenus, Zaraki Kenpachi, le boucher de Tokyo, l'homme qui pendant 20 années s'était amusé à découper tous ses voisins pour la moindre petite querelle. Ou encore Noitra Jiruga, le faucheur, ses victimes préférées? Les femmes... On le comparait même parfois à Jack l'Éventreur. Ulquiorra Schiffer et Coyote Stark, deux yakuza à la tête des familles les plus dangereuses et les plus nombreuses de la banlieue de Tokyo. Sans oublier l'homme que l'on surnommait « le sauvage », « la panthère », l'homme qui tuait à mains nues, comme les fauves de leurs pattes puissantes, Grimmjow Jaggerjack. Aucun juge, aucun avocat n'avait su déterminer la logique du tueur, pas de liens entre ses victimes, pas de raison valable, il tuait par plaisir; ce qui lui avait valu ses deux surnoms judicieusement choisis.

Parmi tous ces prisonniers du niveau cinq, les gardiens s'efforçaient de trouver la force de venir travailler chaque jour. Parmi eux, Muguruma Kensei, ancien caporal de l'armée de terre, un homme intransigeant avec les autres et avec lui-même.

Il officiait depuis huit années maintenant en tant que gardien exemplaire du cinquième et dernier étage de la prison, le dernier niveau, le plus dangereux, le plus tendu mais aussi le plus excitant. Communément, les prisonniers de ces murs appelaient cet endroit « The Final Espada », la dernière marche, celle dont on ne pouvait s'échapper, celle qui indiquait que tout ce qu'on trouverait à la sortie serait la mort.

Muguruma était aussi le bras droit du directeur de la prison : Yamamoto Genryusai qui lui laissait la plupart du temps les reines de la direction pour décider des problèmes et de leur solution en interne. Car la moindre erreur à ce niveau de la prison pouvait engendrer un vrai tsunami à l'intérieur de la micro société qu'était l'enceinte. Le gardien avait bien conscience de cela, et s'était investi dans son travail comme personne, étudiant les dossiers des pensionnaires de la prison, s'intéressant même à la psychologie et à la psychiatrie pour mieux comprendre comment réagir face à eux. Toute sa vie, il n'avait connu que la violence, et il savait que hélas, celle-ci n'était pas toujours la bonne réponse.

Ce matin-là cependant, une certaine effusion régnait derrière les épaisses portes des cellules sombres. Et pour cause, un petit événement venait d'avoir lieu et la nouvelle s'était répandue comme une trainée de poudre chez les prisonniers. Muguruma lui-même avait cru à une blague, avant que le directeur en personne, Yamamoto-san, ne dissipe les rumeurs et atteste de la véracité de l'information.

Perdu dans ses pensées, le gardien remarqua bientôt qu'il venait de dépasser la porte blindée annotée du numéro « 5 », aussitôt ses pas s'alourdirent, pour une bonne raison. Il se voulait fort et radical dans ses pas, dans les bruits qu'il faisait dans le but d'imposer un certain respect. Comme chaque jour, dès qu'il passait devant l'entrée numéroté « 6 », un certain sentiment de nervosité l'envahissait. Derrière cette porte, un prisonnier comme les autres pour ses collègues. Derrière cette porte, un criminel jugé coupable, un homme enfermé à vie comme tous ceux du cinquième niveau, et pourtant; pour Kensei, l'homme derrière cette porte de fer n'était peut-être pas comme les autres...

_Hey! Muguruma!

Le gardien stoppa ses pas à l'entente de son nom. Nullement surpris, il tourna son visage en direction de la porte, mais il ne vit qu'une étendue de gris métallique, cependant il resta immobile. Ce n'était pas dans l'habitude de Jaggerjack d'interpeller les gardiens de la sorte, mais Kensei savait que ce jour était spécial, Grimmjow avait dû avoir vent – comme tous les autres – de la nouvelle. Il n'avait pas été surpris de l'entendre l'appeler par son nom, pourtant les prisonniers ne pouvaient voir les mâtons de l'autre côté de leur porte, mais ils savaient écouter. Ils savaient reconnaître chaque gardien, grâce à sa démarche, son allure, sa respiration, et même ses toussotements.

_Qu'est-ce que tu veux Jaggerjack? répliqua le gardien sur un ton dur et agressif.

_Bin paraît que aujourd'hui on a un nouveau visiteur, hein? D'la chair fraiche... Mmmm!

_Je ne vois pas de quoi tu parles, Jaggerjack!

Kensei détestait la façon dont cet homme avait de parler des autres hommes, notamment des animateurs d'atelier qui venaient de l'extérieur. Mais il n'avait pas à s'inquiéter, Grimmjow n'était pas autorisé à y assister, ce privilège était réservé aux prisonniers des quatre premiers niveaux, même si tout le monde savait ici que le plus grand désir de Grimmjow était de pouvoir rencontrer une nouvelle « victime ».

_J'ai vu sa p'tite gueule d'ange dans l'journal l'aut' jour, reprit Grimmjow. Kurosaki Ichigo...

Muguruma soupira; alors même chez Jaggerjack cette nouvelle avait eu son impact. Oui, cette nouvelle avait fait l'effet d'une bombe aux quatre premiers niveaux, et même jusqu'aux gardiens dont certains étaient de réels admirateurs de l'auteur. Kensei lui, trouvait le travail du jeune remarquable, pour le peu qu'il en avait lu, mais il détestait par dessus tout la riche situation de ces hommes de lettre populaires, aussi il n'avait pas été particulièrement ravie de l'arrivée de la « star ». Car ce genre d'évènement donnait du fil à retordre aux gardiens : les prisonniers étaient plus excités et les garder au calme devenait... compliqué.

L'avènement d'un atelier de lecture-écriture n'était pas vraiment ce à quoi les prisonniers voulaient s'adonner; la littérature, s'activer les méninges, ce n'était pas du tout leur tasse de thé. Mais la venue d'un nouvel animateur était toujours un événement, et les prisonniers en quête de têtes nouvelles, mais aussi de nouvelles victimes à harceler psychologiquement s'y inscrivaient en masse, histoire de casser l'ennui et de s'amuser pendant une heure par semaine.

C'était ce qu'il s'était produit ici : pas moins de cinquante prisonniers s'étaient inscrits à ce tout nouvel atelier qui pourtant n'était réservé qu'à sept chanceux. Les sept premiers avaient donc gagner leur ticket.

_Ça suffit maint'nant Jaggerjack! T'as pris tes médocs ce matin?

_Oui, m'sieur! répondit-il.

Muguruma reprit son chemin, pensif. Cela faisait dix années que Grimmjow était enfermé ici, depuis l'âge de 18 ans, et jamais un changement dans son comportement, jamais quelque chose qui puisse trahir que l'enfermement influait sur sa volonté ou son état d'esprit. Depuis qu'il était gardien, c'était le seul que la dure loi de la prison n'avait pas changé, et pourtant il en avait vu des prisonniers et des durs à cuire! Mais au final, ces derniers finissaient toujours par tenter de s'enfuir, se suicider ou subir des punitions d'isolement extrême pour avoir déclenché une bagarre, insulté un gardien, ou encore avoir violé un autre prisonnier.

C'était le lot quotidien de cette prison, pas un jour sans une agression, pas une semaine sans un viol, pas un mois sans un mort, pas une année sans plusieurs démissions de gardiens. Mais il y avait un prisonnier qui était bien au-dessus de toutes ces pratiques, un prisonnier qui depuis qu'il était arrivé n'avait fait que rarement parler de lui.

A sa charge dans la prison de Tokyo, Grimmjow n'avait qu'une petite bagarre avec un autre prisonnier, ce dernier lui ayant chercher des noises pendant un match de basket, et une altercation avec un gardien, parce que celui-ci avait refusé d'échanger la petite cuillère du bleuté, pas assez propre à son goût.

A part ça, c'était comme si Jaggerjack n'existait pas; en tant que prisonnier de niveau cinq il imposait le respect chez les autres, et s'entendait très bien avec ses acolytes du dernier étage, surtout Noitra Jiruga, avec qui il lui arrivait parfois de soudoyer quelques gardiens pour passer plus de temps sous la douche ou pour avoir un second dessert au diner.

Ça fonctionnait comme ça, ici. Et Grimmjow était de loin celui qu'on redoutait le plus, Kenpachi mis à part. Zaraki était lui aussi un solitaire, il ne se mêlait pas aux autres mais il était évident que les deux hommes se menaient une guerre psychologique pour le règne sur la prison.

Aux yeux de tout un chacun Grimmjow était un être sanguinaire et déraisonné, qui ne semblait pas réellement réfléchir à ce qu'il faisait; mais Kensei s'était toujours demandé si c'était bien le cas. Pas de viol à son actif, pas de bagarre réelle, pas d'autre agression sur un gardien, il était le plus « sage » des détenus de ce niveau. Et c'était sans aucun doute pour cela que Muguruma Kensei le craignait plus que les autres. Il faut se méfier de l'eau qui dort, disait-on.


Une semaine plus tôt. Centre de Tokyo, maison d'édition Kodansha.

Hirako Shinji se balançait de droite à gauche dans son fauteuil noir dernier cri, installé derrière un grand bureau en désordre le plus total. La grande pièce qui lui servait de lieu de vie presque 24h sur 24 était son bureau, son lieu de travail. L'odeur pestilentielle de cigarette qui y régnait avait fait fuir plus d'un écrivain, et ses pieds déchaussés reposant sur son bureau sans gêne, ses chaussettes d'un vert bouteille douteux, amenaient toujours un vif débat sur l'attitude à adopter lorsqu'on travaillait.

Balivernes! Shinji était un homme respectable qui avait réussi, vice-président d'une maison d'édition au bénéfice de plusieurs centaines de millions de yens par an, alors il pouvait bien se permettre d'exposer ses chaussettes à tout un chacun!

Sur l'écran de son ordinateur un e-mail s'étalait, un message électronique qui le laissait pensif vraisemblablement, à en voir son attitude. Par moment, ses grands yeux bleus glissaient sur son écran, comme s'il eut attendu que celui-ci n'exécute une tâche tout seul, ou comme s'il redoutait une chose. Il n'était pourtant pas le genre d'homme à être nerveux mais là...

Son téléphone se mit à sonner soudainement, lui faisant faire un très large bond sur sa chaise. Maladroitement il tâtonna pour saisir le combiné et le cœur battant, répondit:

_Il est là?

_Oui, Hirako-san.

_Faites-le entrer!

Nerveusement, après avoir raccroché, l'homme aux cheveux blonds se leva, replaçant sa veste et sa cravate, celui qu'il attendait méritant certainement qu'il soit sur son trente-et-un.

_Ah! Kurosaki-sama, entrez je vous prie!

Le très large sourire du blond accueillit le jeune homme aux cheveux oranges. Les bras grands ouverts comme on accueille un membre de sa famille, toutes dents sorties avec ce sourire de fou qui lui aurait valu sa place au niveau 4 de la grande prison de Tokyo, Hirako accueillit son invité. Depuis la dernière fois qu'il l'avait vu sa chevelure avait poussé et recouvrait maintenant presque ses oreilles et tombait sur sa nuque en une petite longueur exquise. Les yeux ambrés eux, n'avaient pas changé, ce froncement de sourcil sérieux était toujours aussi énigmatique et ce visage juvénile n'avait pas pris une ride malgré le vint-huitième anniversaire du roux qui avançait à grands pas.

« Bordel! Un jour je l'aurais! » pensa le blond en serrant les poings.

Kurosaki Ichigo répondit faiblement au sourire que son éditeur lui avait lancé, avançant jusqu'au siège qui lui était réservé. Comme à son habitude, le jeune homme était décontracté, jean délavé et troué, polo noir col en « v » qui s'ouvrait immédiatement sur la naissance de ses pectoraux.

Hirako reprit sa place, sans manquer de remarquer que ses joues venaient soudain de prendre une petite teinte rosée et qu'une petite chaleur venait d'envahir son corps. Le grand écrivain le mettait constamment dans cet état.

_Comment allez-vous Kurosaki-sama?

_Bien, merci, répondit l'autre en passant une main dans ses cheveux. Votre message paraissait urgent alors j'ai fait vite pour venir.

_Oui, oui, merci beaucoup. C'est important en effet.

Un lourd silence s'installa entre les deux hommes; Shinji hésitait à reprendre la parole ne sachant comment aborder le sujet qui le troublait. Ichigo attendait, son visage juvénile et pourtant fatigué, ne trahissant aucune impatience.

_Hum... Je vous ai fait venir Kurosaki-sama concernant votre prochain roman.

_Nous en avons déjà parlé, Hirako, répondit le rouquin en soupirant, et vous savez où j'en suis. J'ai du mal à obtenir des informations et à me projeter dans l'univers carcéral!

_Je le sais bien. Et justement, il se pourrait que je puisse vous aider.

Ichigo fronça les sourcils, soudainement intéressé par les mots de son éditeur qui avait toujours été un colle-savate, mais qui pourrait peut-être enfin se révéler utile...

_Comment ça? demanda-t-il en croisant ses jambes dans un geste lent et presque trop sensuel pour l'entrevue.

_Ahem... Euh... Je..., commença le blond, désarçonné par l'attitude toujours aussi charmeuse de l'homme qui l'attirait terriblement depuis plus de trois ans maintenant. Vous savez qu'en ce moment, la presse n'est pas très friande de littérature vous concernant. Votre dernier roman a fait un tabac et a reçu de nombreux prix mais depuis c'est silence radio Kurosaki-sama. Pas même une photo de vous dans les magazines people!

C'était comme si Shinji s'offusquait que le jeune homme n'ait pas de vie amoureuse scandaleuse qui puisse faire parler de lui...

_Excusez-moi de ne pas avoir de petite amie, ou encore de rester chez moi pour travailler.

_C'est tout à votre honneur mais j'aimerais, en pure stratégie publicitaire relancer cela. Il faut qu'on parle de vous Kurosaki-sama, préparer vos lecteurs à la future sortie de votre roman qui indique un certain changement dans vos sujets de prédilection littéraire!

Le roux savait très bien cela. Il avait eu de longues conversations avec Shinji, des heures et des heures, pendant lesquelles ils avaient débattu ensemble du sujet de son nouveau roman : tomber amoureux en prison. Ichigo ne voulait pas en démordre car son esprit tout entier était très inspiré par cet univers mais cela n'avait pas plut à l'éditeur blond. Voilà pourquoi cette entrevue lui sembla tout de suite tout à fait inintéressante et ses nerfs n'allaient pas tenir longtemps.

« Vos lecteurs aiment vos polars noirs, Kurosaki-sama! Vos scènes de crimes, de meurtres, les mystères! Changer ces genres pour écrire de la romance dans un milieu... masculin et confiné va les surprendre! »

_Je vous ai expliqué aussi que je prenais le risque de voir mes lecteurs me délaisser. Écrire de la romance homosexuelle en milieu carcérale motive mon travail et je pense qu'au jour d'aujourd'hui je suis en train d'écrire mon plus beau jet!

Hirako soupira, ne doutant pas des paroles du jeune homme. Cependant, pour la maison d'édition, accepter de publier cette œuvre, qui prenait un virage à 180 degrés dans la carrière d'Ichigo, était un risque qu'elle ne semblait pas vouloir prendre.

_Nous vous aimons, Kurosaki-sama, insista-t-il, ses yeux ne quittant pas l'écrivain. Vous êtes un auteur très populaire, très aimé et particulièrement choyé de vos semblables. Nous vous éditerons, même si demain vous pondez un roman homosexuel érotique et de mauvais goût.

_Ça ne sera pas de mauvais goût!

_Je n'en doute pas, mais... c'était simplement pour illustrer notre soutient envers votre personne, vous comprenez?

Ichigo passa une nouvelle fois sa main dans ses cheveux. Avant de rentrer dans le monde de l'édition et de la littérature il n'aurait jamais pensé qu'on puisse un jour l'empêcher d'écrire ce qu'il voulait; et pourtant c'était bien ce que Hirako était en train de faire et cela depuis de longues semaines.

Depuis qu'il était petit, inventer des histoires avait été le lot quotidien. Jour après jour il aimait à créer des personnages, les voir évoluer dans une histoire à rebondissements, aussi dès l'adolescence commença-t-il à écrire des nouvelles de temps en temps. Son temps passé à l'écriture doubla, voire même tripla, lorsque sa sexualité s'éveilla et qu'il tomba amoureux pour la première fois d'un homme. Puis, à son premier chagrin d'amour, il avait passé deux mois entiers, nuit et jour à écrire ce qui fut son tout premier polar noir et qui traitait de l'assassinat d'un couple homosexuel dans le Japon moderne. Ce premier livre lui avait valu sa popularité.

Puis, il avait continué sur cette voix, étant passé maître dans l'art du polar et du policier, s'aventurant dans le mystérieux-fantastique avec un grand succès encore une fois. Ichigo avait toujours été un bourreau de travail et un homme très productif, qui faisait le bonheur de sa maison d'édition à qui il rapportait des millions par an.

Mais voilà qu'il souhaitait écrire quelque chose d'un peu plus personnel, d'un peu plus engagé et on rechignait à l'accepter. La prison, ces hommes enfermés avec d'autres hommes, comment appréciaient-ils la vie? Son intérêt pour cette question était né après le visionnage d'un reportage sur la prison de haute sécurité de Tokyo et il s'était trouvé passionné par le sujet.

Après avoir mis en place une histoire et des personnages, Ichigo était bloqué par ce qui s'annonçait comme un réel problème : l'appréhension véridique de la vie carcérale. Et il était parfaitement ignorant sur le sujet, et savait bien que tant qu'on n'avait pas été prisonnier on ne pouvait savoir comment cela se passait.

_De plus, pour vous prouver ma bonne volonté, Kurosaki-sama, je vais vous aider pour ce qui vous pose problème, reprit Shinji en se mettant à fouiller activement parmi les papiers qui jonchaient sa surface de travail.

Au bout de quelques minutes, il trouva un post-it de couleur rose qui sembla le ravir :

_Ah! Le voilà! En fait, j'ai connu il y a quelques années l'actuel directeur de la prison de Tokyo, Yamamoto Genryusai. Je l'ai contacté il y a quelques jours lui parlant de vous et de votre envie de connaître ce milieu. En parfait gentleman il a accepté que vous puissiez pénétrer les lieux de la prison hautement sécurisée de la ville.

Le rouquin marqua une pause, fermant les yeux plusieurs fois de suite pour s'assurer qu'il avait bien entendu. Le directeur avait accepté? C'était la chance de voir son roman aboutir!

Il s'avança brutalement sur son siège, inspectant le visage de Shinji avec attention :

_Vous voulez dire que je vais pouvoir entrer en contact avec des prisonniers?

_Euh... oui, effectivement, oui. Cependant, il y a une condition euh... ridicule certes mais...

Kurosaki émit un petit rire et recula sur sa chaise, comprenant où il voulait en venir. Il connaissait ces pratiques, il en avait l'habitude, rien ne s'obtenait gratuitement.

Lorsqu'il avait commencé à écrire son roman « Victimes taboues », sur le meurtre de ce couple homosexuel, il avait voulu inventer un personnage principal très au point sur le milieu de la criminelle. Dans ce but, il avait contacté un grand nombre d'inspecteurs de police mais un seul avait accepté qu'il ne vive au jour le jour son métier avec lui.

Cet homme, un tout jeune inspecteur, Hisagi Shuuhei, avait été une mine d'informations pendant trois ans pour le jeune homme. Et ensemble, ils avaient également échangé bien plus que de simples relations professionnelles... A la fin de sa saga de romans, Ichigo en était sortit lessivé d'un travail de titan, et aussi détruit par une relation qui l'avait laissé meurtrit et sombre.

Pendant plusieurs mois il s'était morfondu sur cet homme qui l'avait quitté, et cela lui avait permis d'écrire un autre roman, plus mystérieux et fantastique.

_Quelle est cette condition?

_Yamamoto, le directeur, souhaite que vous animiez un atelier de lecture et écriture pour les prisonniers. Une heure par semaine, il ne vous placera qu'en présence des meilleurs gardiens et choisira des détenus de moindre dangerosité pour ces ateliers. Il est garant de votre protection et de...

_J'ai déjà pris bien plus de risques pour un roman, Hirako. J'ai perdu trois années de ma vie, et mon cœur lors du dernier. J'ai laissé une partie de mon âme s'en aller avec Shuuhei...

Le blond soupira, mal à l'aise face à la confession d'Ichigo. Bien entendu, il savait tout cela puisqu'il avait été l'éditeur du jeune homme depuis ses débuts et avait assisté à son ascension, sa consécration et sa descente aux enfers après sa rupture.

_Alors, ce ne sont pas quelques prisonniers criminels qui vont me faire peur.

L'autre eut un sourire poli, s'étant attendu à cette réponse. Il savait Kurosaki déterminé et capable de tout lorsqu'il s'agissait de son travail.

_Je me dois d'ajouter Kurosaki, que votre venue dans la prison est aussi un formidable coup médiatique et que...

_Oh je vois! Le coupa-t-il précipitamment avec un sourire. Donc ce n'était pas pour m'aider ce petit plan mais simplement pour remonter ma cote. Je vous reconnais bien là, Hirako...

_Ce n'est pas la question. Laissez-moi m'occuper de la presse et saisissez la chance de finir votre roman.

_Et par la même occasion vous faire gagner tout plein de fric, je me trompe?

Les deux hommes s'observèrent pendant quelques instants, avec suspicion. Ils savaient très bien tous deux qu'ils avaient besoin l'un de l'autre pour survivre, ils étaient dépendants, ils se servaient l'un de l'autre pour avancer plus loin.

Ichigo avait besoin d'une bonne couverture médiatique pour lui garantir le succès, et Shinji avait besoin de l'orangé pour continuer à faire grimper son chiffre d'affaires.

_C'est donnant-donnant, Kurosaki-sama.

_Je sais ça.

_Alors, votre réponse?

Kurosaki acquiesça d'un signe de tête, comme s'il était encore en train de réfléchir à sa future décision. Mais il n'avait pas à hésiter; pénétrer une prison de ce niveau était ce qu'il désirait depuis de longs mois maintenant, depuis qu'il avait eu cette idée qui hantait depuis lors son esprit.

_Bien sûr que j'accepte!