Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : La liste.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Note : Encore un grand merci à vous tous pour vos merveilleuses reviews, je fais mon possible pour que cette fiction vous passionne toujours autant. Et sachez qu'elle me passionne moi-même :)

Note à Distorsion : Mon anniversaire est le 25 Février XD


Chapitre 2. La liste.

Ichigo déposa ses clefs sur le buffet de l'entrée, ou plutôt « jeta » ses clefs bruyamment sur le meuble juste à côté de la porte d'entrée. Refermant cette dernière dans un claquement, le silence étourdissant de son gigantesque loft le laissa pensif. Depuis qu'il avait quitté le bureau d'Hirako et accepté ce bénévolat à la prison, il était saisit par un sentiment d'extrême excitation et de grande nervosité également. Pénétrer un tel établissement sécurisé n'était pas donné à tout le monde et était surtout un risque assez conséquent à prendre.

A la fin de son entrevue avec Shinji, celui-ci l'avait même pratiquement supplié de prendre une assurance vie ou encore d'assurer ses mains – outils qui lui faisaient gagner tant d'argent – dans le but qu'elles soient protégées si jamais un prisonnier avait la bonne idée de les casser.

Mais Ichigo n'avait pas l'intention d'en faire autant. Certes sa présence allait présenter des risques, et très certainement un dispositif de sécurité et de surveillance bien plus poussé qu'à l'habitude, mais il n'était pas le genre d'homme à aller jusqu'aux extrêmes. Il redoutait ce moment mais en même temps l'attendait avec impatience.

_Oh papa, papa, papa..., soupira-t-il au comble de l'exaspération, en consultant ses messages électroniques.

Comme chaque jour, son père qui s'était mis en tête - d'il ne savait quelle façon - de devenir son « manager », lui envoyait ses conseils quotidiens et autres nouvelles « du front ».

Le premier e-mail, que le jeune homme hésita d'ailleurs à lire tout de suite, stipulait les lignes suivantes :

« Bonjour filston, c'est papa!

Le magazine américain Forbes veut t'interviewer. Un journaliste m'a tenu la patte pendant une heure pour me convaincre que tu leurs donnes du temps. Ils veulent te réserver une double page! Tu as rendez-vous avec eux lundi prochain à 10h. Je te donnerai le lieu du rendez-vous plus tard.

A + fils! »

Le roux leva les yeux au ciel. Après Shinji, c'était son père qui se mettait en tête de faire remonter sa cote de popularité et sa présence dans les médias. Bon sang, il n'était pas une bête de foire à exposer dans tous les journaux mais seulement un écrivain! Personne ne se souciait de ce qu'il voulait...

Second message :

« Re, fils!

Je suis passé chez toi comme d'habitude lorsque tu n'y es pas pour relever le courrier, tu devrais dire à ton fan club d'arrêter de faire suivre les lettres de fans hystériques et entichées, je me suis mis du rouge à lèvre partout sur mes vêtements à cause d'une idiote qui a eu la bonne idée de faire des marques de ses lèvres sur l'enveloppe...

Autre chose : pour l'amour de Dieu abandonne cette idée de prison! Tu n'avances à rien là-dedans et ça ne fait que te causer des soucis et bien plus encore. Pense à ta santé fils!

Papa. »

L'orangé prit sa tête entre ses mains, presque désespéré. Quand son père arrêterait-il enfin d'agir avec lui comme s'il était un petit garçon? Il était son père d'accord, cela lui donnait des droits de regard sur sa vie, mais pas sur son travail!

Ichigo en avait par dessus la tête de son paternel qui faisait tout sauf l'aider.

_Tant qu'il ne débarque pas dans une semaine pour mon premier atelier à la prison... Enfin, ça serait un miracle!

Soupirant de fatigue et commençant à s'interroger sur ce qu'il allait bien pouvoir proposer à ses « élèves » détenus pendant cette heure dédiée à la lecture et à l'écriture, il jeta un œil perplexe aux piles de dossier ordonnés qui trônaient sur son bureau depuis maintenant deux mois.

Pour la plupart des articles de journaux sur des prisons, des détenus, des faits communs ou des faits divers hors du commun qui avaient retenu son attention de créateur littéraire. Il avait pensé en faire quelque chose mais au final, toutes ces informations avaient fini par s'avérer complètement obsolètes. Tout comme des photos d'enceintes de prison d'Alcatraz, ces témoignages de prisonniers piochés à la bibliothèque, dans des biographies, ou autre.

Le jeune homme ne manquait pas de « matière » potentielle, mais il manquait de « matière » réelle! Comment écrire un bon livre, comment se mettre dans la peau d'un prisonnier sans en avoir rencontré un seul, sans en avoir eu un face à soit? C'était tout simplement impossible pour le perfectionniste qu'était le jeune homme.

Il espérait donc que ce projet d'atelier dans la prison allait lui apporter beaucoup. Hirako lui avait communiqué le numéro de téléphone de Yamamoto, le directeur de la prison et c'est avec une certaine hésitation mais entrain que le jeune homme prit son téléphone portable pour composer le dit numéro. A l'heure actuelle, étant donné son niveau d'imagination, il n'avait pas grand chose d'autre à faire que de préparer avec sérieux sa future venue à la prison.

La première sonnerie d'attente lui laissa le temps de penser à ses premières paroles, il se devait d'être poli et aussi de remercier l'homme pour l'opportunité qu'il lui faisait.

_Yamamoto Genryusai, j'écoute.

La voix profonde et rocailleuse du vieil homme lui parut impressionnante au premier abord.

_Bonjour, Kurosaki Ichigo à l'appareil.

_Kurosaki-san, bonjour, répondit l'homme dont la voix lui parut tout de suite plus claire et plus enthousiaste. Je ne pensais pas vous parler aussi tôt.

_Eh bien... C'est Hirako Shinji qui m'a donné votre numéro et pour ne rien vous cacher j'étais très impatient de vous parler.

_Nous sommes tout aussi impatients ici de vous accueillir sachez-le. Mes employés ainsi que les détenus ont montré un grand intérêt pour le futur atelier que vous allez animer.

_C'est justement pour cela que je vous appelle. Je sais vers quoi m'orienter en fait, mais j'aimerais connaître le profil de ceux qui vont y assister, voyez-vous. Leur âge, peut-être... leurs origines.

_A l'heure actuelle Kurosaki-san sachez que nous n'avons pas encore décidé de qui assistera à votre atelier. Nous nous devons de faire un choix minutieux pour vous permettre de faire cette animation dans les meilleures conditions. Les gardiens les plus aguerris seront avec vous bien entendu, et seulement six à sept détenus seront votre auditoire.

_Je vois. Ça me paraît très bien. Si jamais vous pouviez... je me permets peut-être une chose osée pour un homme aussi occupé que vous mais, si le temps vous en donne l'occasion d'ici ma venue de me faire parvenir une liste des noms et prénoms des détenus, leurs âges et leurs origines, cela me plairait beaucoup. J'ai envie d'en apprendre plus.

_Très bien... Je suis enthousiasmé par votre intérêt. Je note votre demande et vous fais parvenir ce que vous désirez dès que j'aurais les informations.

Ichigo étira un sourire satisfait, cette histoire commençait très bien!

_Merci beaucoup.

_Je vous en prie.

Mais il savait aussi, en tant qu'écrivain, que lorsqu'une histoire commençait bien, elle se gâtait toujours par la suite...


Quelques jours plus tard

Dans le petit bureau modeste du directeur de la prison, Yamamoto Genryusai, le gardien émérite Muguruma Kensei se tenait droit et fier comme à son habitude. Debout devant le vieil homme qui restait assis sur son siège ergonomique, l'homme en uniforme exposait ses... contrariétés :

_Vous savez très bien tout comme moi que cette situation va engendrer de très lourds changements, Yamamoto-san?

_J'en suis conscient.

_J'espère que vous savez aussi qu'il nous est impossible de choisir ceux qui ont été les premiers à s'inscrire à l'atelier de Kurosaki-sama.

Yamamoto haussa un sourcil blanc. Il ne doutait nullement des intentions de son plus sérieux gardien de prison mais ne voyait pas pourquoi ce sujet revenait encore sur le tapis... Depuis de nombreux jours, la seule préoccupation de Yamamoto et de la prison toute entière avait été : la première venue de l'écrivain à succès Kurosaki Ichigo dans l'enceinte. Le sujet ne semblait jamais s'essouffler, pour les gardes comme les prisonniers, et le directeur commençait à se demander s'il n'avait pas fait une erreur...

La venue de Kurosaki et son premier atelier approchaient, dans trois jours maintenant l'écrivain entrerait dans l'enceinte, et cela donnait des sueurs froides aux employés du pénitencier.

_Certains au troisième niveau ont entendu dire que les places acquises par inscriptions pourraient être redistribuées, continua Kensei, le plus sérieusement du monde. Love a été obligé d'en mettre quatre en cellule d'isolement pendant cinq jours monsieur. Si vous défaites votre engagement ils...

_Je n'en ai pas la moindre intention, Muguruma! répondit durement l'homme en donnant un coup de poing sur son bureau. L'organisation ne changera pas! Les premiers détenus inscrits seront ceux qui assisteront à l'atelier. Excepté une petite chose...

Kensei soupira et ferma quelques instants les yeux, détestant lorsque le vieillard lui demandait toujours mille et une choses in extremis qui le mettaient en difficulté et bouleversaient également l'équilibre déjà fragile de l'enceinte.

_Petite, vous dites?

_Oui...

L'homme caressa un court instant sa longue barbe et plongea ses yeux plissés dans ceux, gris, de l'homme face à lui. Tout laissait à croire que le moment était on ne peut plus sérieux :

_Grimmjow Jaggerjack va assister à l'atelier.

Kensei laissa s'écouler plusieurs secondes, le temps que les mots dits n'imprègnent correctement son cerveau. Il cligna des yeux, ayant certainement mal entendu et bougea nerveusement, pliant ses genoux dans un mouvement mal à l'aise :

_Vous dites? demanda-t-il, en secouant la tête d'incompréhension.

_Vous m'avez parfaitement entendu, Muguruma.

Kensei passa une main sur son visage, sentant déjà les suées froides que lui procuraient cette nouvelle naitre sur son front :

_Mais monsieur, vous avez perdu la tête? Sauf votre respect, se précipita-t-il d'ajouter, Grimmjow n'a tout simplement pas le droit d'y assister! Il ne s'est même pas inscrit!

_Vous savez tout comme moi que Grimmjow est un être solitaire et taciturne, changeant dirais-je même. D'après le cahier des charges des détenus il est celui qui a causé le moins de soucis, cassé le moins de choses, une seule agression en dix ans, je compte donc l'utiliser à titre d'exemple.

_D'exemple?

Mais Muguruma fronça les sourcils après un petit temps de réflexion. Une chose lui revint alors en tête, une chose à laquelle il n'avait pas fait attention mais qui maintenant semblait prendre tout son sens...

Après l'annonce que l'atelier n'était réservé qu'aux détenus des quatre premiers niveaux seulement, annonce faite il y a une semaine, Kensei avait entendu Grimmjow Jaggerjack clairement s'exprimer sur l'inégalité persistante et les privilèges réservés aux autres à l'intérieur du pénitencier. Il avait échangé ces paroles de révolte avec son ami Noitra Jiruga lors de travaux de peinture à l'extérieur du bâtiment.

Et tout le monde savait ici qu'un Grimmjow mécontent pouvait clairement découler sur une révolution.

_Ce matin, Jaggerjack, par l'intermédiaire de Sasakibe qu'il côtoie pendant ses heures à repeindre le bâtiment ouest, m'a fait une demande. Il me prit de le laisser participer à l'atelier, mettant en avant ses actions collectives en bâtiment, cuisine, blanchisserie ou autre, et sa bonne conduite pour recevoir une faveur spéciale.

_Si vous la lui donnez monsieur, les autres vont crier au favoritisme et ça sera encore plus le bordel! s'exclama le gardien, sortant de ses gonds et voyant la situation lui échapper.

_Et si je ne la lui donne pas il soulèvera les autres contre moi, contre vous tous et vous savez ce qui est arrivé la dernière fois, avec Aizen Sosuke.

Les deux hommes échangèrent un regard inquiet. Bien sûr que Kensei se souvenait d'Aizen Sosuke, ce prisonnier de niveau 5 qui en moins de trois mois avait assujetti tous les détenus à sa volonté et avait mené une véritable révolution depuis sa cellule. Il s'en était suivit des bagarres multiples, des meurtres de gardiens, et pour finir, Aizen s'était vu transféré dans une autre prison de haute sécurité à l'autre bout du pays.

Mais la prison avait du mal à s'en remettre, et les prisonniers gardaient encore à l'esprit ce vent de rébellion, que Grimmjow semblait vouloir conserver pour s'assurer la main mise sur l'enceinte.

_Très bien, monsieur. C'est vous le chef, finit par décréter Muguruma en baissant les yeux.

Le vieillard émit un soupir de soulagement et baissa les yeux sur un document qu'il tenait entre ses mains :

_Si nous sommes d'accord, voici donc la liste que je vais communiquer à Kurosaki-sama dès ce soir :

« - Abaraï Renji, 27 ans, détenu depuis quatre ans au niveau 2, voleur spécialisé dans les œuvres d'arts, ayant notamment cambriolé la galerie des trésors du Horyu-ji, à deux reprises.

- Yumichika Ayasegawa, 26 ans, détenu depuis 1 an au niveau 2, escroc professionnel, aurait soutiré des centaines de millions de yens à ses victimes.

- Kurotsuchi Mayuri, 36 ans, détenu depuis 11 ans au niveau 4, issue de la prison psychiatrique d'Hokkaido ou il a passé deux ans, après avoir pris en otage une école entière.

- Kira Izuru, 23 ans, détenu depuis 7 mois au niveau 1, bras droit d'Ichimaru Gin, actuel chef de clan de la famille yakuza Ichimaru.

- Grimmjow Jaggerjack, 28 ans, détenu depuis 10 ans au niveau 5, accusé et reconnu coupable de 23 meurtres à mains nues, surnommé « la panthère » par la presse. »

_Vous ne croyez pas que vous en dites trop? interrogea Kensei en faisant la grimace. Le pauvre Kurosaki va prendre ses jambes à son cou!

_Vous croyez? Il m'a pourtant demandé de lui communiquer tout cela, répondit Yamamoto en agitant la feuille devant lui de manière légère.

Le gardien soupira, à moitié entre l'amusement et l'inquiétude. Il avait la désagréable impression que le directeur allait faire passer un test de taille au jeune écrivain; tout comme il en avait fait passer à chacun des gardiens de ce lieu :

_Je crois que Kurosaki ne sait pas encore dans quoi il va tomber. Vos descriptions feraient fuir la personne la plus courageuse au monde.

_Ahah, je n'en doute pas, Muguruma, répondit Yamamoto avec un rire. C'est justement pour lui faire comprendre dans quoi il va tomber que je vais répondre à sa demande.

_Vous pensez qu'il ne tiendra pas le choc?

_C'est ce que je veux découvrir. A savoir si nous pouvons compter sur lui ou non.

Muguruma étira un très léger sourire en coin. Si l'écrivain survivait à ce premier atelier, il allait acquérir la confiance totale de Yamamoto... Mais encore fallait-il qu'il vienne jusqu'ici et à l'écoute de la liste, Kensei en doutait fort.

Les écrivains sont tous des petites natures, pensait-il.


La veille du premier atelier

Ichigo pénétra dans son appartement et « jeta » ses clefs sur le meuble de l'entrée, comme il en avait toujours l'habitude. Deux jours chez son père l'avaient mis à plat, comme à chaque fois d'ailleurs, et il continuait à se demander pourquoi il rendait visite à son surexcité de père s'il en sortait complètement vidé.

Surtout que demain, c'était le grand jour...

D'un coup d'œil sur le calendrier qui trônait au dessus de son bureau, l'orangé remarqua immédiatement le large cercle à l'encre rouge qui entourait la date du lendemain, il y était. Demain matin il allait animer son premier atelier dans la grande prison, et il savait pertinemment qu'il ne pourrait pas trouver le sommeil ce soir.

L'esprit préoccupé par comment il allait se comporter face à ces détenus demain, il passa en revue le courrier de ces deux derniers jours, s'arrêtant soudain sur une lettre qui retint toute son attention, portant un tampon curieux : « Prison de haute sécurité de Tokyo ».

Dans un geste précipité, l'orangé arracha littéralement le papier et déplia la lettre du directeur Yamamoto qu'il lu, le cœur battant. Enfin ce qu'il attendait!

« Cher Kurosaki-sama,

Suite à notre conversation téléphonique je vous envoie ce que vous m'avez demandé, en espérant que ces informations seront pour vous source de satisfaction. »

Le jeune homme parcourut les noms, les âges, les causes de détentions des détenus cités. A chaque prénom, il imaginait un visage, une attitude, quelque chose de réel se mettait en mouvement devant ses yeux, il pouvait presque imaginer leur voix!

Pour la plupart, il connaissait les noms de ces prisonniers, surtout celui d'Abaraï Renji et celui de Grimmjow Jaggerjack. Et il se rendit alors compte que ces deux personnes allaient attirer toute son attention, elles représentaient tout à fait ce qu'il recherchait comme type de prisonnier. Pour sûr, Yamamoto avait voulu la sélection hétérogène, il y avait un peu de tout et Kurosaki s'en félicita.

Il attendait maintenant avec une plus grande impatience encore la rencontre, car rien qu'à lire leurs noms il se sentait inspiré, que serait-ce en les voyant? Il pinça ses lèvres tout en étirant un sourire satisfait et replia la lettre pour la déposer sur le clavier de son ordinateur. Il ne s'était pas du tout attendu à être confronté à ce type de prisonnier, mais c'était du pain béni!

La sonnerie de l'interphone le sortit soudain de ses songes et lui fit relever la tête de son courrier. Se dirigeant dans l'entrée, l'orangé attrapa le combiné de l'interphone :

_Oui?

_Salut Ichi, c'est moi.

L'écrivain sentit son estomac se tordre soudain au son de la voix grave qui venait de lui répondre :

_Entre.

Il appuya sur le bouton qui autorisait l'entrée à son visiteur et soupira en entrouvrant sa porte. Il ne manquait plus que ça : l'une des visites impromptues dont son ex avait l'habitude...

_Salut!

L'homme aux cheveux bruns grimpa les dernières marches de l'escalier et Ichigo l'observa avancer jusqu'à lui, déposant sa tête contre l'encadrement de sa porte :

_Shuuhei...

L'inspecteur lui montra un sac bien rempli qui sentait extrêmement bon :

_Je passais dans le quartier et une envie soudaine du chinois d'en bas m'a dit qu'il fallait que je vienne te voir.

_Shuuhei... J'ai du travail.

_Oui, comme à chaque fois que je passe. Et comme à chaque fois que je passe, je sais très bien que tu ne te nourris pas. Alors...

Kurosaki n'avait pas la force de lui refuser le passage et se détourna pour le laisser entrer. Hisagi Shuuhei était l'inspecteur qui lui avait inspiré son personnage principal de sa dernière saga et aussi son ex-amant qui l'avait laissé comme une vieille chaussette à la suite du succès fulgurant de cette même saga. Cela faisait plusieurs mois maintenant qu'ils se voyaient ainsi, à la volonté du brun, et qu'ils remettaient le couvert... sans pouvoir y faire grand chose.

_J'ai appris que tu allais entrer la prison de Tokyo pour ton prochain bouquin? demanda l'inspecteur en retirant sa veste et en détachant son holster.

Ichigo l'observa faire avec un sourire, Hisagi n'était qu'un charmeur; il savait parfaitement qu'il était complètement fan de lui lorsqu'il portait son holster et lorsqu'il adoptait son attitude de policier.

_Oui. Ça t'intéresse?

_Disons simplement que je m'inquiète pour toi, répondit-il en déposant devant lui une boîte fumante de riz cantonnais. Tiens, mange. Ça sent toujours aussi bon.

Ichigo prit place à côté de lui, se sentant un peu obligé de jouer la politesse même s'il n'avait pas la tête à ça mais plutôt à son atelier du lendemain.

_Je ne sais pas pourquoi tu continues à venir aussi souvent, Shuuhei. Tu sais comment ça se finit ce genre de soirée...

L'orangé lui envoya en regard insistant qui sous-entendait beaucoup de choses.

_Quoi? Oui alors on couche ensemble, ce n'est pas un crime?

_Shuuhei, ça fait plusieurs mois que tu m'as largué sans égards aucuns et depuis quelques temps tu reviens pour... je ne sais quoi, et on finit toujours au lit! Tu joues avec moi, ou...

_Oh wouaho, enlève-toi cette idée tout de suite de la tête! Si on s'est séparé c'était pour de bonnes raisons, tu le sais.

_Oui, tu ne voulais pas vivre avec moi.

_Tu es très dur à vivre Ichi, je ne pourrais pas être à tes côtés 24 heures sur 24. Tu es écrivain, tu es tellement... solitaire.

_Je sais tout ça. Mais si tu reviens c'est qu'il y a une raison aussi non?

_Oui. Tu me manques, c'est tout.

Kurosaki expulsa tout l'air contenu dans ses poumons par ses narines, en démonstration d'une certaine exaspération, et empoigna ses baguettes pour prendre un peu de riz qu'il porta à sa bouche dans un geste aguerri. Bien sûr que Shuuhei lui manquait aussi, ils se manquaient l'un à l'autre, mais le rouquin ne pouvait s'empêcher de croire qu'il était le dindon de la farce dans cette histoire. Il était trop gentil : celui qui se faisait larguer et qu'on revenait voir pour une petite coucherie de temps en temps.

Et même s'il avait l'impression d'être utilisé, il ne pouvait aller contre le fait qu'il aimait ça.

_Est-ce que ça te dirait de venir avec moi le week-end prochain? L'île de Kyushu ça te dit? Rien que toi et moi et les bains bouillonnants, hein?

Ichigo soupira une énième fois :

_Oui, un week-end de baise quoi.

_Pourquoi est-ce qu'il faut toujours que tu vois le mal partout? Explique-moi ce que j'ai fait de mal! s'énerva le brun qui ne comprenait pas l'application du jeune homme à le contredire systématiquement.

_Parce que je ne comprends pas cette situation, Shuuhei! répondit-il en brandissant ses baguettes chinoises devant le visage du brun. Tu me largues puis tu reviens, qu'est-ce que tu attends? Est-ce que tu as encore des sentiments pour moi ou alors c'est juste de l'amusement, je ne sais pas moi!

Il envoya valser ses baguettes sur la table et fit crisser les pieds de sa chaise sur le sol pour s'en extraire. Il ne pouvait rester plus longtemps sous les orbes noires comme la nuit des yeux d'Hisagi, il ne les avait que trop côtoyés.

_Oui, j'ai encore des sentiments pour toi, admit-il en l'observant faire les cent pas dans la pièce. Et tu me manques. Je sais que... peut-être que la première fois on a été trop vite toi et moi et que si on prenait plus notre temps...

_Ne dis pas de conneries s'il te plait, le coupa-t-il en montrant un visage torturé. Si tu m'aimais vraiment tu vivrais avec moi et tu me supporterais!

_Peut-être que oui, peut-être que non.

_Super ta réponse, ça m'avance beaucoup.

Hisagi secoua la tête, ne pouvant dire ce que le jeune roux voulait entendre depuis plusieurs mois, il ne pouvait lui mentir et lui dire que oui, il vivrait avec lui sans problèmes. Car ce n'était pas le cas, ils avaient déjà essayé et Shuuhei ne s'en sentait pas capable, tout du moins pour l'instant. Mais il tentait d'y trouver une solution et pensait qu'avec un peu plus de temps il pourrait apprivoiser l'écrivain et apprendre à vivre à ses côtés.

Mais ça semblait très compliqué.

_Je n'ai plus très faim je crois. Je vais te laisser et on reprendra cette discussion lorsque tu seras moins préoccupé.

Ichigo n'acquiesça même pas, se contentant de le laisser s'approcher de lui. Pendant un instant, il crut bon de faire un pas en arrière, histoire de lui montrer que ce n'était pas une bonne idée, mais le brun parvint face à lui et prit son bras entre ses doigts, ne se préoccupant pas du tout de ses désirs.

Kurosaki ferma les yeux, se rendant compte qu'il l'avait laissé aller trop loin; dès qu'ils se touchaient il était trop tard, et ils retombaient dans ce tourbillon infernal qu'était la passion. Leurs visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres seulement l'un de l'autre.

_Il faut vraiment que tu t'en ailles, murmura Kurosaki, ses paroles ne convaincant personne et surtout pas Shuuhei.

_Si on ne peut pas résister l'un à l'autre comme ça, à chaque fois, c'est pour une raison, Ichi, commenta le brun en caressant d'un revers de main la joue du jeune homme. On est fait l'un pour l'autre et tu le sais.

Son visage plongea lentement dans le cou de l'orangé pour y planter plusieurs baisers et Ichigo se laissa faire, basculant légèrement sa tête en arrière, ses paupières se refermant doucement.

C'était toujours la même chose en effet : il ne pouvait résister, il l'aimait toujours.

Les deux corps se rapprochèrent un peu plus jusqu'à ce que les genoux s'entrechoquent et que les torses se soutiennent. Hisagi déposa un premier baiser sur les lèvres chaudes de son ex-amant et prit son visage entre ses paumes, formant une coupe.

_Shuu... hei..., soupira-t-il, presque plaintif.

_Han, je n'oublierai jamais la première fois que tu m'as embrassé, Ichi, lui susurra le brun, entre deux baisers sur ses lèvres humides. Ici-même, toi assis devant ton ordinateur, et moi debout derrière toi, ton parfum, tes cheveux qui piquaient mon nez, chaque seconde je me rapprochais de toi et je te sentais tout tendu... Jusqu'à ce que tu te tournes vers moi et que tu attrapes ma nuque pour m'embrasser. C'était... le meilleur moment de toute ma vie.

_Ne... remues pas le couteau dans la plaie comme ça, protesta doucement le plus jeune, tentant avec ses mains de repousser les assauts de son interlocuteur.

_Je n'oublierai jamais non plus à quel point tu étais fou de moi. Et à quel point je suis fou de toi...

_Non... Shuuhei...

Mais le brun n'écoutait pas ses protestations, il continuait à le presser, l'embrassant toujours aussi tendrement et faisant voyager ses mains sur ses hanches. Ichigo tentait de placer deux mots à chaque fois qu'ils se séparaient pour reprendre leur respiration, mais c'était comme si Hisagi l'en empêchant en sachant ce qu'il cherchait à lui dire.

_Shuu... s'il te plait... il faut... que tu t'en ailles!

Cette fois-ci, le roux avait repoussé l'autre bien plus fort, et les mains de l'inspecteur de police le lâchèrent subitement. Il s'immobilisa, observant un instant les yeux ambrés hésitants grand ouverts; et il sut que la sentence ne pouvait être modifiée. Après tout, c'était bel et bien lui qui avait voulu la fin de cette relation le roux ne faisait que lui rendre la monnaie de sa pièce.

_Tss..., laissa-t-il échapper dans un rire ironique tout en se séparant du jeune homme. Je le savais...

_Il fallait y penser avant si tu voulais rester avec moi! C'est trop tard maintenant!

_J'ai bien compris.

Le brun inspira profondément, et quelque peu hésitant fit quelques pas en direction de l'entrée. Ichigo remarqua bien qu'il était sonné, et que le fait de s'être fait rejeté de la sorte ne lui avait pas plut. Mais il ne pouvait retomber dans ses bras, dans cette relation tourmentée pour lui faire plaisir.

_Bonne chance pour le bouquin et... et fais gaffe. Vu que tu tombes systématiquement amoureux de tes personnages principaux, essaye de ne pas tomber amoureux d'un prisonnier. Ça serait balo...

Et sur ces mots il ouvrit la porte et la claqua derrière lui dans un bruit sourd, qui résonna dans la tête d'Ichigo pendant un long moment.

C'était mieux ainsi, pensa le roux malgré un pincement au cœur. Cette histoire n'avançait à rien entre eux, et il fallait qu'ils tournent cette page une bonne fois pour toutes. L'histoire était terminée, la saga était finie, Ichigo voulait enfin passer à autre chose. Un autre roman, une autre histoire, et s'il devait tomber amoureux d'un prisonnier quel qu'il soit, c'était que le destin l'avait décidé.


Le jour du premier atelier

Ichigo monta dans sa voiture après avoir minutieusement détaillé sa montre qui indiquait déjà plus de 9h30. Son atelier était programmé à 10h et il avait horreur d'être en retard. Mais rien ne semblait pouvoir entraver son enthousiasme et ses projets, et surtout pas le stress envahissant qui étouffait tout son être depuis la veille et la visite de Shuuhei. Il n'avait que peu dormi, mais il en avait l'habitude, ses horaires d'écrivain nocturne faisant de lui un être de la nuit.

Il souffla bruyamment, la nervosité grandissante qui l'accompagnait depuis une semaine trouvant son paroxysme en cet instant, alors qu'il allait enfin prendre la route vers la prison pour la première fois. C'était le jour J, celui où il allait enfin pouvoir concrétiser son projet de roman et rencontrer des détenus de la grande prison.

Toc! Toc!

Mais un invité de dernière minute semblait vouloir compliquer sa tâche et ralentir sa progression...

_Bon sang..., marmonna-t-il en descendant la fenêtre conducteur pour se retrouver face au visage complaisant et joyeux de son éditeur.

_Bonjour Kurosaki-sama! lança énergiquement Shinji avec le large sourire dont il avait le secret.

_Qu'est-ce que vous voulez? C'est aujourd'hui mon premier jour et je...

_Oh oui, oui je sais! Ne vous en faites pas je ne vais pas vous accompagner, non, non. Je voulais juste vous souhaiter bonne chance en espérant que votre prochain roman parte sur de bonnes rails!

Shinji avait fait tout ce trajet jusqu'à chez lui pour lui souhaiter un misérable "bonne chance"? C'était tout à fait dans les cordes du blond; il aimait toujours surprendre et exagérer les situations.

_Je vous dirai ça cette après-midi lorsque j'aurais rencontré les prisonniers.

_N'oubliez pas de m'appeler!

Le roux leva les yeux au ciel en démarrant son véhicule; l'insistance de Shinji à son égard était devenu pire qu'une obsession, c'était plutôt une maladie! Et cela depuis qu'ils se connaissaient.

Lors de leur première rencontre, le blond avait malencontreusement crut que le jeune homme n'était qu'un employé de la salle louée pour la soirée donnée en l'honneur de la maison d'édition Kodansha. Il l'avait donc lourdement dragué, le jeune homme prenant un malin plaisir à le voir s'enfoncer dans la honte, puis il l'avait gentiment rembarré en lui avouant qui il était et que dorénavant il avait plutôt intérêt à ne pas trop peloter ses fesses.

Hirako était devenu blanc comme un linge et depuis ce jour-là il ne l'avait plus jamais touché, et tentait sans grand succès d'être agréable au possible au jeune écrivain, sans toutefois y parvenir réellement. Ce n'était pas pour tout de suite que l'éditeur Hirako remonterait dans l'estime de Kurosaki Ichigo.

Alors qu'il approchait des alentours de la prison, Ichigo fut obligé de ralentir l'allure de son véhicule, saisit par un spectacle des plus étranges qui fit encore monter sa nervosité d'un cran. En effet, de chaque côté de la route, des tas de voitures étaient plus ou moins bien garées, gênant la progression de sa propre voiture.

_Qu'est-ce que c'est que ce merdier? demanda-t-il au silence en fronçant les sourcils.

Roulant au pas, il constata alors un attroupement juste devant la large grille de sécurité de l'entrée. Un attroupement suspicieux qu'il ne tarda pas à identifier...

_Merde! pesta-t-il en tapant contre son volant.

Une meute de journalistes, caméras au poing, micros à la main et armés d'autres dictaphones se ruèrent autour de sa voiture, cognant à ses carreaux et stoppant net son avancée. Ils avaient pour sûr des yeux perçants, pensa le rouquin, pour ainsi l'avoir reconnu au volant de sa voiture allemande.

_Kurosaki-sama! Kurosaki-sama! criaient-ils en espérant que le jeune homme baisse sa vitre.

Kurosaki sentit un élan de colère monter en lui; il détestait tout ce remue-ménage médiatique, il avait horreur de ces journalistes avides de scoops sur sa vie et il était très mécontent de les trouver sur son chemin en un tel jour.

D'un geste de la main, il fit signe aux hommes et aux femmes de se détourner pour le laisser se garer, pile devant la grille, ce dont il n'avait certainement pas le droit, mais il n'avait guère le choix. Soucieux, il se décida tout de même à sortir de son véhicule après avoir attrapé son petit cartable de cuir et s'extirpa de son siège comme il put, une dizaine de micros se brandissant sous son nez.

_Kurosaki-sama comment appréhendez-vous cette première entrée?

_Avez-vous déjà rencontré Yamamoto Genryusai? demanda un autre journaliste.

_N'êtes-vous pas stressé de pénétrer un tel endroit?

_Craignez-vous une quelconque agression à l'intérieur?

_Kurosaki-sama?

Le jeune homme se sentit tout à coup tiré en arrière par une force surhumaine, le faisant traverser le flot d'inconnus et l'attirant encore un peu plus près de la grille.

_Hé! protesta-t-il, tentant de se soustraire à la poigne de fer. Mais lâchez...

Ses mots se perdirent dans sa gorge alors qu'il se retrouvait face à son « sauveur ». L'homme portait l'uniforme des gardiens de prison et le salua poliment d'un geste de la tête :

_Oublions les présentations pour le moment et sortons de cette horde de loups! proposa-t-il alors qu'une vague de cris et un élan de foule commençait à emporter le jeune homme.

_Oh avec plaisir! répliqua-t-il en saisissant rapidement la main puissante que l'homme lui tendait, l'amenant jusqu'à l'intérieur de l'enceinte grillagée.

Il se laissa entrainer littéralement par la force de l'homme, qui broyait sa main entre la sienne, mais le jeune homme n'en avait que faire, si seulement cela lui permettait de s'extirper de cet amas de journalistes en délire prêts à l'étouffer pour n'obtenir que quelques mots de sa part.

Une fois la grille refermée derrière eux, les deux hommes avancèrent lentement jusqu'au premier bâtiment sinistre et sombre. Les yeux ambrés détaillaient l'endroit peu accueillant avec une grande curiosité.

_Je suis désolé pour ce qui vient de se passer, Kurosaki-sama. Je suis Muguruma Kensei, gardien de prison et l'homme de confiance de Yamamoto-san.

_Ravie, lui répondit Ichigo avec un sourire poli. Sans vous ils m'auraient mangé tout cru. Mais comment diable sont-ils au courant?

_On l'ignore également... En ce qui concerne votre sécurité vous n'avez rien à craindre, j'ai pris les dispositifs nécessaires. Toujours trois paires d'œil sur vous.

Il désigna du menton deux gardiens qui les attendaient, à l'entrée du bâtiment.

_Je serai votre protection la plus fiable aussi, faites-moi part de la moindre inquiétude, du moindre fait qui puisse vous déranger.

_Comme ces journalistes? dit le roux en jetant un œil derrière lui, pratiquement aveuglé par les flashs des appareils photos.

_Vous allez en discuter immédiatement avec Yamamoto-san. Je vous y conduis.

L'orangé hocha un sourcil, interloqué par l'assurance et l'organisation minutieuse de l'homme. Si tout le monde dans la sphère de l'édition était aussi organisé et préparé que ce Muguruma, le jeune homme aurait certainement eu moins de problème à être publié, pensa-t-il avec un hochement de tête convaincu et une attitude étonnée.

L'intérieur du bâtiment lui apparut presque « banale » pour ainsi dire. Un long couloir parsemé de portes ouvertes ou fermés de ci de là, rien de bien différent de la maison d'édition et de l'étage du bâtiment où officiait Hirako Shinji.

_Vous n'êtes pas encore dans la partie réservée aux détenus. Ici, seul le personnel administratif, les gardiens et Yamamoto-san ont accès. Vous êtes complètement hors de portée des prisonniers. Par ici.

Il l'invita à pénétrer une pièce dans laquelle un vieil homme se trouvait, dos à lui, le visage tourné vers la fenêtre qui donnait immédiatement sur la foule de journalistes. Ichigo remarqua immédiatement le large tableau derrière le bureau, où des noms étaient inscrits. Tous étaient suivis de plusieurs crois rouges notifiées à la va-vite, sauf une ligne, pratiquement vierge, qui suivait un nom qu'il ne put déchiffrer.

_La personne qui aurait la moindre information à me communiquer quant à la présence de ces... vautours ici est la bienvenue! lança-t-il d'une voix autoritaire et en se tournant pour faire face au jeune homme. Bienvenue, même s'il me semble que le mot n'est guère de circonstance.

Le rouquin jeta un regard quelque peu hésitant à Kensei qui resta de glace.

_S'il y a bien une chose que je déteste par dessus tout, c'est bien la presse, Yamamoto-san.

_Nous sommes donc deux. Notez que l'agitation, même extérieure, a toujours un impact négatif sur les prisonniers. Ils s'en trouvent plus excités et donnent du fil à retordre à mes gardiens.

_J'en suis bien conscient, et je vous demande de me pardonner. C'est ma faute.

Yamamoto haussa un sourcil étonné.

_Vous n'avez pas à vous en vouloir, Kurosaki-sama, intervint Kensei, s'ils sont venus ce n'est pas de votre faute.

Kurosaki échappa un soupir incontrôlé et fit quelques pas jusqu'à la fenêtre, où quelques secondes plus tôt Yamamoto se trouvait. Ces journalistes ne pouvaient pas se trouver là par hasard, ils étaient bien trop nombreux, et très bien informés. Une seule personne aurait pu les tenir au courant...

_Si, justement, je m'en veux. Parce que je crois que mon éditeur y est pour quelque chose. Shinji a dans la tête de me mettre en première page de tous les journaux, ce que je déteste! Et je suis vraiment navré que ça soit arrivé aujourd'hui, si j'avais pu l'éviter...

Le vieillard et son bras droit échangèrent un regard complice; le jeune homme semblait dire la vérité et paraissait honnête.

_Refermons cette page, voulez-vous, reprit alors Yamamoto. J'en toucherai deux mots à Hirako Shinji dès ce soir. Mais pour l'heure... avez-vous pris part de la liste que je vous ai faite parvenir?

_Oui, je vous remercie. Et je suis très... curieux de voir ces détenus très hétérogènes m'être présentés.

_Vous devez savoir que le choix n'a pas été facile. J'ai longuement hésité entre instaurer l'égalité à l'inscription à cet atelier, ou bien jouer sur la récompense. Il s'est trouvé que j'ai fait les deux. A part Grimmjow, les autres ont été les premiers à s'inscrire sur la liste.

_Et... et Grimmjow Jaggerjack alors?

_Il y participe pour très bonne conduite. C'est la seule chose qu'il m'ait demandé en dix ans et je dois avouer qu'il n'a jamais été un prisonnier déraisonné, une rareté chez nous.

Ichigo sembla tout à coup très intéressé et fronça les sourcils :

_Comment ça? Vous voulez dire que malgré les faits pour lesquels il a été inculpé, Grimmjow est le plus sage de vos détenus?

_C'est exactement cela.

L'orangé tourna un instant ses yeux sur Muguruma qui acquiesça en silence. Ça ne semblait guère étonner les deux autres mais Kurosaki ne pouvait cacher sa surprise :

_Et... vous trouvez ça normal qu'il ne manifeste aucun comportement agressif ou autre?

_Bizarre oui, quelque peu, répondit Kensei, mais nous ne pouvons pas lui reprocher son calme. Et malgré des dizaines d'examens psychiatriques et psychologiques, aucun problème chez ce détenu. En pleine forme physique et mentale, comme s'il était dehors.

_C'est comme si la détention n'avait pas d'influence sur sa personnalité, continua Yamamoto. Et le voir me demander d'assister pour la première fois à votre atelier, alors qu'il n'a jamais exprimé la moindre demande, même la plus petite, me prouve une chose : Grimmjow attendait patiemment une bonne occasion pour sortir de ses gonds et enfin se montrer tel qu'il est.

Le cœur d'Ichigo accéléra sensiblement à ces mots. Qu'était-il en train de lui dire? Qu'en réalité Jaggerjack avait attendu dix ans une victime qui serait à son goût? Une occasion parfaite d'assouvir ses besoins criminels?

_Notre psychiatre nous a affirmé que c'était fréquent chez quelques grands criminels.

_Mais alors pourquoi l'avoir laissé assister à mon atelier? demanda Ichigo qui malgré la nouvelle, gardait tout son calme.

_Parce que Grimmjow est la plaque tournante de cette enceinte. Il peut soulever un réel raz-de-marée s'il le veut, il tient dans sa main toute la prison. Et je ne peux hélas, en misérable directeur que je suis, m'opposer à cela. Alors pour montrer ma bonne volonté et pour éviter qu'il ne s'énerve, j'ai accepté qu'il y assiste.

_Donc vous préférez protéger vos intérêts plutôt que moi? C'est logique mais pas tellement à votre honneur...

_Êtes-vous prêt à prendre un gros risque pour votre travail, Kurosaki-sama? intervint alors Muguruma en s'avançant de quelques pas vers lui.

Ichigo, méfiant à présent, ne croyait pas à ce qu'il entendait; il avait l'impression de s'être fait tout simplement piéger et que Yamamoto l'utilisait pour rétablir le calme dans sa prison! Le dindon de la farce...?

_Je suis prêt à prendre n'importe quel risque pour ce projet! débita-t-il, ses yeux perçants traduisant une motivation sans failles.

_Alors, vous allez être servi.


Merci beaucoup d'avoir lu en espérant encore une fois que ce chapitre vous aura plu ^^