Titre : Le roman du prisonnier.
Chapitre : Entrer dans le jeu.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Note : Je ne cesserai jamais de le dire mais encore un énorme merci pour vos reviews enthousiastes. Je vous promets de prendre le temps de vous répondre à tous personnellement cette fois! J'espère que la suite vous plaira tout autant.
Chapitre 3. Entrer dans le jeu.
« Vous allez être servi ».
Voilà à quoi se résumait la première rencontre entre Ichigo, Yamamoto et Muguruma Kensei. Une phrase de bienvenue bien énigmatique dans la bouche du gardien de confiance du directeur, mais pas tant que ça aux yeux du jeune homme qui, contrairement à ce que pensaient les deux autres, était bien informé sur les prisonniers qui allaient constituer son public ce matin-là. Être bien informé ne constituait pas une sécurité en soit, certes. Mais ne dit-on pas : mieux vaut prévenir que guérir?
Ichigo avait déjà vu Abaraï Renji et Grimmjow Jaggerjack dans les journaux télévisés, il connaissait Kurotsuchi Mayuri de nom, et pour les autres, ils semblaient être des prisonniers minimes mais extrêmement intéressants à interviewer pour justement connaître leurs sentiments sur les criminels les plus extrêmes qu'ils côtoyaient.
Un bras droit de yakuza, un meurtrier atroce, un malade mental, un escroc professionnel et un voleur de haut vol, la liste était diversifiée et c'était bien ce qui ravissait notre jeune écrivain depuis quelques jours. Car se retrouver face à quelques voleurs à la tir sans intérêt, il n'y aurait pas trouvé son compte.
Muguruma Kensei accompagna Kurosaki dans les couloirs de la prison, les trois autres mâtons affectés à sa sécurité par le sombre bras droit de Yamamoto, collant l'écrivain de près. Le silence le plus total flottait entre eux et d'ailleurs, l'orangé se demandait s'il pouvait – et même s'il devait - faire confiance à cet homme froid mais sérieux. Pourtant, Muguruma l'avait mis à l'aise dès qu'il avait posé un pied dans l'enceinte, et maintenant il se méfiait de lui à vrai dire, après l'entrevue qu'ils avaient eue.
Yamamoto l'aurait-il simplement accepté dans son pénitencier pour enfin découvrir la vraie nature de Grimmjow? Ichigo le pensait vraiment, mais le plus problématique pour lui serait de devenir - effectivement – la cible de Jaggerjack.
Il resterait sur ses gardes, pour sûr, sans toutefois changer la "tactique" qu'il avait décidé de mettre en place face à ces prisonnier.
_Voilà votre salle. C'est un ancien bureau d'un gardien de prison qui a démissionné, expliqua Kensei en stoppant devant une porte lugubre.
Ichigo jeta un œil hésitant à la dite porte, soupirant pour reprendre un peu de courage. Elle était surveillée par un gardien armé jusqu'aux dents et d'après ce que le jeune homme pouvait en juger, la poignée de cette porte ressemblait fort aux serrures de cellules de prison.
Il avait eu la chance de pouvoir visiter le commissariat dans lequel Shuuhei travaillait lorsqu'il faisait des recherches pour sa grande saga. Et il savait comment était constitué une porte à fermeture extérieure, sans moyen d'en sortir depuis l'intérieur.
_C'est ici que se déroulent les autres activités de la prison?
_En effet. Vous allez pouvoir constater que cette pièce est assez vaste et profonde. Une estrade, ainsi qu'un bureau, vous permettront de vous y sentir à votre place. Les prisonniers eux seront priés de rester assis sur leurs chaises, placées en demi-cercle face à l'estrade.
_Comme à l'école en gros.
_C'est ça.
Kensei fit signe au gardien positionné devant la porte :
_C'est le moment, commenta-t-il en regardant plus sérieusement que jamais Kurosaki. Si vous voulez encore revenir sur votre décision, c'est maintenant.
L'homme sortit les clefs pour actionner le système de verrouillage, tout en gardant un œil sur l'écrivain, au cas ou il changerait d'avis à la dernière minute.
Le rouquin inspira profondément et plongea ses yeux dans ceux de l'homme infaillible. Ce n'était pas la première fois qu'il le testait sur sa volonté et le jeune homme se rendit alors compte qu'il cherchait certainement à voir jusqu'où sa détermination pouvait aller, rien de plus, rien d'autre.
Si c'était effectivement le cas, lui aussi allait « être servi »...
_Écoutez, Muguruma-san, lui répondit-il avec un sourire amusé, je ne suis pas le genre d'homme à retourner ma veste, surtout lorsqu'il s'agit de mon travail. Je ferai donc cet atelier aussi longtemps qu'il le faudra, jusqu'à ce que Yamamoto me demande de stopper ou bien qu'on mette fin à ma vie!
_Vous ne croyez pas que vous allez trop loin, là? questionna l'autre, en haussant un sourcil.
_Si vous étiez écrivain vous comprendriez...
_Bon, j'ouvre cette porte oui ou quoi? demanda alors le gardien, les clefs à la main, stoppé dans son geste par la conversation des deux hommes.
_Allez-y! répondit fermement Kurosaki bien avant que Kensei n'ait eu le temps de répondre.
Pendant ce temps...
Devant l'une des fenêtres de taille moyenne par laquelle les rayons du soleil venaient inonder la pièce sombre et lugubre d'une lumière salvatrice, le reflet d'un être pour le moins étrange était visible. Un homme concentré, dont les grands yeux bleus ne cessaient de parcourir le moindre pore de sa peau cherchant à y déceler la moindre impureté, semblait accaparé par la vitre. Sa main, fine et grande, passa dans ses cheveux noirs coupés en un carré parfaitement droit, puis il sembla remettre ses sourcils en place avant d'étudier si ses dents étaient bien propres.
Un miroir de fortune, voilà ce qu'était une fenêtre pour Yumichika Ayasegawa.
_J'espère au moins qu'il est bel homme, commenta-t-il en abandonnant enfin son reflet, non sans regret à l'image d'un Narcisse quelconque.
Il pivota sur ses talons, se tournant en direction de ses camarades :
_Moi j'dis qu'c'est un vieux! lança un jeune homme assis négligemment sur une table en bois, digne d'une vieille salle de classe. Ceux qu'écrivent des bouquins c'est des vieux intellos!
_Tu dis n'importe quoi Renji, intervint alors un autre tout jeune prisonnier à la chevelure blonde, en levant son index pour s'imposer. Kurosaki Ichigo est jeune! Avant que je ne sois emprisonné, j'ai eu la chance de lire ses romans. Il avait déjà sorti pas mal de choses. J'ai tout lu de lui, il est génial! Il est très talentueux et très respecté dans son métier.
_Profites-en pour lui demander un autographe, Kira-kun, lança ironiquement Yumichika en se rasseyant élégamment sur sa chaise, à côté d'Izuru.
_Alors, il est jeune? se précipita de demander Abaraï, se jetant sur le pauvre petit blond qui n'en demandait pas tant.
_Oui, tout jeune. Moins de la trentaine, répondit-il en tentant de s'éloigner le plus possible des yeux avides marrons qui parcouraient son visage.
_Mignon?
_Eh bien... oui, je crois, bougonna-t-il, rougissant légèrement.
_Tu crois?
_La beauté n'est pas universelle, Abaraï, intervint alors Kurotsuchi Mayuri, assit dignement sur une chaise et usant de sa voix trainante à tout va.
_Oh la ferme! pesta le rouge. Toi t'aimes que les p'tits enfants!
Il éclata d'un rire sonore, qui lui valut une large claque derrière la tête :
_Aïe! s'écria-t-il en se tournant vers l'homme qui l'avait frappé.
_La ferme Abaraï!
Aisawa Love, gardien de longue date dans l'enceinte et ami depuis des années avec Muguruma Kensei, jouissait lui aussi d'une excellente réputation auprès du directeur Yamamoto.
Il faisait partie des rares gardes à avoir l'entière confiance du vieil homme, et il avait reçu des ordres précis pour la venue de Kurosaki : pas de vagues, pas de violence à outrance, et un langage respectueux dans la bouche des prisonniers.
_Vous connaissez tous les consignes, expliqua-t-il, restez calme et vous n'aurez pas de problème. Maintenant tu t'assois convenablement Abaraï!
Le rouge soupira tout en lui lançant un regard peu sympathique. Mais il s'exécuta tout de même, sachant pertinemment la sanction qui lui pendait au nez s'il faisait un peu trop parler de lui. Chacun savait que la place qu'il avait dans cet atelier était désirée par beaucoup d'autres détenus, aussi ils ne voulaient pas la perdre...
Love afficha une mine plus détendue alors que le silence reprit son droit et que les cinq prisonniers restèrent calmes. Mais ses yeux s'attardèrent un peu plus longtemps sur le seul qui n'avait pas dit un mot depuis que les cinq détenus chanceux avaient été rassemblés. Il sembla d'ailleurs s'en inquiéter de plus en plus au fil des minutes, les petites rides sur son front se creusant, redoutant le comportement du prisonnier inattendu dans cette assistance, qu'il ne savait pas du tout gérer.
La tenue des prisonniers de couleur orange tranchait vulgairement avec la couleur de la chevelure, bleu turquoise, de l'intéressé. Ses fers aux mains et aux pieds avaient été conservés et Grimmjow ne semblait pas s'en soucier. D'ailleurs, il donnait même l'impression de s'ennuyer ferme et même d'avoir été obligé de venir jusqu'ici, alors que c'était bien lui qui avait insisté lourdement pour assister à cet atelier.
Love décida de noter cette attitude dans un coin de sa tête, préférant en discuter avec Yamamoto plutôt que de faire des hypothèses sans valeurs sur le prisonnier. Mais au fond de lui, il espérait le retour très rapide de Muguruma, le seul entre ces murs à mieux connaître Jaggerjack que quiconque, et certainement aussi le seul à pouvoir le contrôler.
La tête baissée et ses yeux observant religieusement ses pieds, Grimmjow Jaggerjack ne bougeait pas d'un poil. Sa respiration était lente et calme, ses épaules carrées ne se soulevant que rarement pour inspirer profondément. Il avait l'air... désespéré.
Désespéré était le mot et Love ne comprit pas sa réaction, son attitude était pour le moins étrange; Grimmjow aurait dû tout simplement être heureux de se retrouver hors de sa cellule pour une nouvelle activité, pouvant côtoyer à nouveau des camarades, ce qu'il n'était pas autorisé à faire d'habitude. Mais au lieu de cela, il restait fermé et totalement hermétique au monde extérieur, le visage baissé et le corps mou.
Abaraï remarqua lui aussi que le sombre personnage n'avait pas manifesté sa présence, et d'un coup d'œil vers Love remarqua l'inquiétude du gardien. Et bien entendu c'était une occasion en or de titiller le représentant de l'autorité qui n'échappa pas au rouge :
_Hep! Qu'est-ce qu'il a Jaggerjack? demanda-t-il en se penchant pour voir le visage du bleuté. Il est pas content on dirait...
_Abaraï! pesta Love qui posa sa main immédiatement sur son arme suite à un mouvement minime de la tête de Grimmjow.
_Peut-être qu'il n'est pas content d'être ici? proposa Yumichika, haussant les épaules sans quitter la porte de la salle des yeux.
_Dis pas de conneries, Yumi! Tout l'monde veut faire c'putain d'atelier! Pourquoi Jaggerjack ferait la gueule? Hein, dis, Grimmjow, pourquoi tu fais la gueule?
_Abaraï! pesta une nouvelle fois Love, sans résultat cependant.
Le grand gardien à la peau brune retint alors sa respiration lorsque Jaggerjack se leva soudainement, sans aucun signe préalable, sa tête se redressant doucement dévoilant un visage coupé par un large sourire carnassier. Instinctivement, Renji recula sur sa chaise, perdant immédiatement son sourire moqueur.
Un silence de plomb s'abattit sur la pièce, chacun observant le prisonnier dangereux attendant qu'il ne fasse un mouvement. Love s'était immobilisé, quelques gouttes de sueur perlant sur son front et ses yeux braqués sur le bleuté.
Si quelque chose arrivait tout de suite, ici et maintenant, il était seul pour rétablir le calme avant l'arrivée de Kurosaki-sama. Et si Grimmjow se mettait en action juste avant sa venue, ou pire à son entrée dans la salle, Yamamoto entrerait dans une rage folle! Et les conséquences seraient bien pires encore...
_Jaggerjack, assis-toi! ordonna l'homme, d'un ton rude mais moins incisif qu'à son habitude.
_Pourquoi j'fais la gueule? Pourquoi j'fais la gueule?
Les paroles de Grimmjow glacèrent l'atmosphère toute entière, et Kira essuya un frisson qui remonta le long de son échine. Le sourire ahurissant de Jaggerjack, ses incisives sorties tel un fauve aux aguets, ses yeux écarquillés injectés de sang et son front plissé par la concentration... Alors c'était l'effet que faisait un prisonnier de rang 5?
_J'vais t'dire pourquoi j'fais la gueule, Abaraï, reprit Grimmjow, avançant d'un petit pas, le cliquetis de ses chaines accompagnant ses mouvements. J'fais la gueule parce que j'me r'trouve avec un connard dans ton genre. Un putois de bas étage, un 'spèce de tocard qu'a même pas sa place dans c'te pièce. T'empestes mon espace vital, connard!
La poitrine de Renji se soulevait à un rythme ahurissant, collé contre le dossier de son siège, ses yeux fixant l'homme aux cheveux bleus. Rien qu'en le regardant dans les yeux il pouvait s'imaginer le bain de sang qu'il souhaitait lui réserver dès qu'il en aurait l'occasion. Aussi, même s'il savait que cela affecterait sa réputation, il ne répliqua pas et décida de rester tranquille.
Autour, les autres ne purent que le comprendre; Kira était devenu blême, Yumichika s'était accroché à sa chaise, ses ongles s'enfonçant dans le bois, et Mayuri... Au final, il n'y avait que Mayuri qui n'avait pas changé d'attitude, pas vraiment impressionné par Jaggerjack. En même temps, Kurotsuchi était lui-même cinglé d'après les dires.
_Ça suffit maintenant, Jaggerjack, assis-toi! reprit Love, dont le rythme cardiaque ne cessait de s'accroitre au fil des secondes.
Le temps comptait, il fallait qu'il rétablisse le calme et vite!
_Deux s'condes, j'ai pas l'droit d'discuter avec Abaraï?
_Pas maintenant! Plus tard! Assis-toi!
_Tch!
Grimmjow étira un peu plus son sourire en tournant ses yeux en direction du gardien, mais ne fit aucun geste qui puisse l'emmener en cellule d'isolement pendant quelques temps. Il n'en avait pas envie, ce n'était pas son but ici. Jusqu'à présent, il avait tenu sa ligne de conduite, pourquoi la changer et tout faire capoter si près du but?
Dans de petits pas hésitants, gêné par la chaine qui reliait ses chevilles dans un cliquetis inquiétant, Jaggerjack se tourna pour faire face à chacun des prisonniers religieusement assis en demi-cercle.
_J'vous préviens les mecs, Kurosaki l'est à moi!
Love n'eut pas le temps d'obliger le prisonnier à se rasseoir que le cliquetis de la serrure de la porte se fit entendre. Les hommes présents dans la salle tournèrent tous, d'un même mouvement, leur tête en direction de la porte qui s'ouvrit sur un premier gardien s'immobilisant en constatant la présence de Grimmjow au milieu de la pièce.
_Salut, lança le bleuté, toujours heureux de voir qu'il déclenchait ce genre de réaction chez les gardiens.
Mais son sourire carnassier se figea lorsque d'un coup d'œil, il aperçut la silhouette qui suivait le garde. Des cheveux oranges entrèrent dans son champ de vision et des yeux ambrés croisèrent les siens, avides et visiblement alertes au moindre objet ou prisonnier présent. Et il comprit qu'il ne s'était pas trompé... Il avait une tête d'écrivain, il avait une tête de naïf, il avait LA tête de la proie parfaite, il avait une tête de... victime!
_Oï Grimmjow, retourne à ta place, tout de suite!
Muguruma bouscula violemment Kurosaki en pénétrant dans la pièce précipitamment, son arme au poing braquée sur Grimmjow, le visage concentré et les pas vifs.
Les yeux de Kensei lancèrent des éclairs alors qu'il tourna son visage en direction de son collègue et ami Love :
_Qu'est-ce que tu glandes, bon sang?
Le brun ne prit pas la peine de répondre et reprit ses esprits aussitôt :
_A ta place, Grimmjow! tonna Love, qui ignorait lui-même pourquoi il n'avait pas agi plus tôt.
_Du calme, du calme, dit Jaggerjack avec un rire amusé. C'est pas comme si j'allais tuer quelqu'un...
_On t'a dit à ta place! hurla de plus belle Kensei, saisissant violemment le bras du turquoise et le forçant à se rasseoir douloureusement.
_Ouch! Ça fait mal!
_La ferme, maintenant!
_C'est pas ma faute si...
_On t'a dit de la fermer! s'écria Love, levant soudain sa main pour frapper le prisonnier et le faire taire.
_Non!
Love s'immobilisa et la totalité des regards se tournèrent vers l'origine de la voix. Un silence presque assourdissant s'installa et Ichigo dépassa le gardien qui était encore devant lui pour parvenir jusqu'à Muguruma. Ses sourcils froncés et l'air décidé, il était convaincu que ce n'était pas la meilleure façon d'agir, et surtout, il ne voulait pas voir de violence en sa présence. Peut-être jouait-il les enfants capricieux aux yeux des gardes, mais il s'en contre-fichait, il ne pouvait aller contre ses principes.
_Kurosaki-sama, vous..., commença Kensei, médusé.
Mais le roux leva la main pour l'empêcher de parler, même si l'homme s'était placé entre lui et le bleuté, par pur réflexe de protection.
_Est-ce que ça serait trop demandé de ne pas utiliser la violence pendant mes heures de présence? demanda-t-il, visiblement inquiet en observant Love. Juste... parce que... ce n'est pas ma façon de faire et de penser, vous comprenez?
Grimmjow l'observa avec attention, détaillant le corps tout entier du jeune homme de ses yeux de fauve. Il étira un sourire, sans sortir ses dents cette fois-ci.
Oui, une victime...
_Kurosaki-sama, il s'agit de Grimmjow Jaggerjack, nous avons de stricts ordres à son propos, expliqua Love, ne sachant plus où se mettre.
_Je comprends, mais que voulez-vous qu'il fasse? Regardez-le il est enchainé comme un vulgaire bout de viande et vous voulez le frapper en plus?
_Je vous assure que c'est de rigueur, lança Muguruma en rangeant son arme dans son étui et en faisant signe aux autres gardes de refermer la porte derrière eux.
Les deux hommes échangèrent un regard alors que l'atmosphère de plomb était coupée par un rire sarcastique de Renji, très amusé par le fait que Jaggerjack se soit fait « sauver » par un écrivain en visite. Mais visiblement, ça ne faisait rire que lui. Les autres observaient Kurosaki, tous "baba" devant son geste et en extase devant la première personne qu'ils voyaient voler au secours du turquoise.
_Je ne m'attendais pas vraiment à ça..., commenta Ichigo, alors qu'il rejoignait l'estrade de l'autre côté de la pièce, accompagné de Kensei. Les chaines, les coups, les...
_Vous êtes dans une prison, Kurosaki-sama, lui expliqua calmement Muguruma, c'est un lieu dangereux. Et cet homme l'est plus que vous ne pouvez l'imaginer.
_Je le sais, croyez-moi. Mais... est-ce que je peux seulement vous demander de ne pas les frapper s'ils ne font rien de dangereux, ou qui porte atteinte à ma vie? s'enquit-il, déposant son cartable de cuir sur le bureau de fortune.
Muguruma soupira et baissa les yeux un instant, pesant le pour et le contre de cette demande. Il avait su que faire participer Jaggerjack n'était pas une bonne idée, et depuis le début. Et les évènements lui donnaient raison.
_Bien, répondit-il enfin un donnant une petite tape sur le bureau de bois. Mais si le moindre incident arrive, Yamamoto saura que vous en êtes tenu responsable.
Les yeux du jeune homme le fixèrent durement :
_Je prends le risque.
L'homme soupira à nouveau, passant une main sur son front avec inquiétude :
_Pourquoi a-t-il fallu que Yamamoto-san laisse Jaggerjack assister à votre atelier? S'il vous arrivait la moindre chose, vos fans chercheraient à me tuer, lança-t-il avec un sourire.
Ichigo lui rendit son sourire et s'appuya contre le vieux bureau :
_S'il m'arrivait quelque chose, ce sera plutôt mon éditeur, Shinji, qui vous tuera.
Kensei dodelina de la tête avant de faire demi-tour pour laisser l'homme seul diriger la salle.
_Au moins je suis prévenu, lui lança-t-il avant de se placer derrière la chaise de Jaggerjack, à son poste d'observation.
Ichigo observa son assistance quelques instants et laissa ses yeux s'attarder quelque peu sur Grimmjow Jaggerjack qui le dévorait des yeux. S'il n'avait pas été dans une prison, le jeune homme aurait très justement pensé qu'on lui faisait de l'œil... Lui qui ne voulait surtout pas plonger dans le jeu dans lequel Yamamoto l'avait poussé, en faisant venir Jaggerjack, il avait l'impression de s'être jeté dans la gueule du loup tout seul. Avoir agi ainsi lors de sa première venue, et avec Grimmjow en plus...
Mais il se reprit et éclaircie sa voix pour commencer :
_Bien, je m'appelle Kurosaki Ichigo, mais j'imagine que vous le savez déjà. Je suis écrivain et je vais donc venir ici toutes les semaines, tous les vendredi à 11h pour qu'on puisse faire des choses et d'autres ensemble.
_Ouais un tas d'choses ouais! lança Abaraï en sursautant sur sa chaise, l'air surexcité et lançant un regard provocateur au jeune rouquin.
Il avait visiblement oublié l'intimidation de Grimmjow, et semblait être entré dans une vraie transe depuis que l'écrivain lui avait, à lui aussi, tapé dans l'œil.
_Oui, c'est ça, répondit Ichigo qui lança un regard noir à Love qui venait de mettre une tape derrière la tête de Renji.
_Il a dit pas taper! se plaignit le rouge, flairant la bonne affaire : pouvoir dire n'importe quoi sans recevoir de coups des gardiens.
_Alors, peut-être que pour commencer vous pourriez vous présenter, chacun à tour de rôle. Votre nom, votre prénom, votre âge, vos origines, ce que vous auriez aimé faire dans la vie peut-être, ou bien... tout simplement ce que vous aimez, ce que vous détestez, ect, ect.
De grands yeux interloqués l'observèrent et le jeune homme se demanda s'il n'avait pas tout simplement parlé chinois. Ils semblaient ne pas avoir compris le moindre mot de ce qu'il venait de dire.
_Et sinon... est-ce qu'il y en a un de vous qui a déjà lu une de mes œuvres? interrogea-t-il, espérant obtenir plus de succès.
Une main timide se leva et Ichigo étira un sourire soulagé en posant ses yeux sur le visage fin qui lui sourit en retour :
_Oui?
_Moi, Kurosaki... sensei.
Abaraï pouffa de rire à la mention utilisée par Kira et donna un coup de coude à Mayuri :
_Oh oui sensei fais-moi monter sur ta grosse estrade! Hihi!
L'orangé tenta de faire abstraction du commentaire déplacé et décida de se rapprocher des détenus, faisant se raidir les deux gardiens présents, à l'affut.
_J'ai lu tous vos romans, expliqua-t-il, un peu surexcité. Mon préféré c'est évidemment « Le signe nippon », ces histoires de yakuzas et l'homme de main qui tombe amoureux du chef de clan avant de découvrir qu'il est marié. Le policier dans celui-là était vraiment détestable!
Kurosaki étira un sourire en tournant ses pensées vers Shuuhei. Oui, détestable, étant donné qu'il avait écrit ce roman peu après sa rupture avec Hisagi et avait donc créé un personnage policier absolument insupportable aux yeux du lecteur.
_Et votre nom, c'est...?
_Kira, Kira Izuru, sensei. Je suis là depuis quelques mois seulement. Avant, je... je ne faisais pas grand chose.
_Ouais genre! Oublie pas d'dire qu't'es le bras droit d'Ichimaru Gin! lança Renji en éclatant d'un rire sonore.
Ichigo fronça les sourcils alors que le jeune blond n'avait pas réagit aux paroles du rouge, se contentant de rester silencieux.
_Alors voilà pourquoi vous avez aimé ce roman là en particulier, vous êtes vous même yakuza?
_Et amoureux d'son chef de clan, oui sensei! continua de brayer Renji, heureux comme jamais de pouvoir dire toutes les âneries du monde.
Ichigo se tourna alors vers lui. Un sourire condescendant aux lèvres, il se planta devant l'homme qui aimait vraisemblablement à faire du zèle :
_Et vous, vous êtes?
_Abaraï Renji, sensei! Et j'peux être votre kouhai* quand vous voulez, susurra-t-il avec un clin d'œil effronté qui exaspéra le jeune homme.
Ichigo lui offrit un sourire poli, mais il n'avait pas l'intention de le laisser continuer à sortir toutes ces bêtises sans réagir.
_Et vous avez déjà lu un de mes livres?
_Euh... nan.
_Alors peut-être... un roman d'un autre écrivain?
_Euh... nan plus, sensei, répondit-il son sourire commençant à s'estomper.
_Est-ce qu'au moins vous savez lire, Abaraï?
Yumichikia pouffa de rire et Mayuri lança :
_Tu l'as bien cherché celle-là!
Même Muguruma étira un petit sourire amusé; Ichigo avait littéralement cloué le bec du rouge qui devint beaucoup plus docile, comme par magie :
_Oui, j'ai lu des choses. Le journal... Les revues qui parlent d'art. J'aime l'art.
_Donc vous êtes le voleur de haut vol, c'est ça?
_Oui, sans doute.
Le rouquin se redressa face au rouge, croisant ses bras et bien décidé à lui en faire baver :
_Vous avez cambriolé divers musés, n'est-ce pas?
_Ouais...
_Quelle est pour vous l'œuvre d'art du siècle? Celle que vous aimeriez voler plus que tout au monde?
Renji fronça les sourcils, complètement déboussolé par la question absolument inhabituelle qu'on venait de lui poser. C'était la toute première fois qu'ils assistaient à un "atelier" pareil! A dire vrai, tous les prisonniers ici étaient habitués aux questions de routine de la police : qui sont tes complices? Où as-tu planqué la marchandise? Etc, ect. Mais là, Kurosaki ne s'intéressait pas aux faits qui les avaient fait prisonniers, à leurs méfaits, ni à ce qu'ils avaient fait de mal dans leur vie. Il s'intéressait à eux. Seulement eux, leur personnalité, leurs goûts. Et cela, ils n'y étaient pas habitués.
_Euh... Bin... La... euh... La Joconde? C'est classe la Joconde! répondit enfin Renji, fier de sa réponse.
Mais Ichigo leva les yeux bien haut au ciel et sembla très peu satisfait :
_Réponse typique et bateau...
_Quoi? Attendez un peu! s'offusqua-t-il en basculant en avant sur sa chaise, mécontent. Comment ça? Et alors, c'était quoi la bonne réponse? J'parie qu'y'en a même pas!
_Bien sûr que si! répliqua l'orangé. Je ne sais pas moi... L'œuf de Fabergé « Mémoir d'Azov » cadeau d'Alexandre III à Maria Fiodorovna, une pierre du Taj Mahal, « La liberté guidant le peuple » de Delacroix, le diamant Wittelsbach plus chère pierre précieuse au monde, je ne sais pas! Il n'y a pas une réponse possible comme il ne peut y en avoir zéro!
Renji resta bouche bée et Mayuri frappa furtivement dans ses grandes mains blanches pour applaudir la démonstration. Qu'on vienne battre Abaraï Renji à plate couture dans le domaine de l'art qu'il croyait maitriser lui cloua littéralement le bec et lui fit ravaler sa fierté encore une bonne fois.
Kensei et Love échangèrent un regard complice, à moitié entre l'amusement et l'étonnement le plus total.
_En parlant de belles choses, reprit le jeune homme en délaissant enfin Abaraï, êtes-vous obligé de faire votre manucure maintenant?
Il haussa les sourcils, pointant ses yeux perçants sur Yumichika, penché depuis le début de la conversation du roux avec les prisonniers sur ses ongles, à qui il semblait refaire une beauté.
Lentement, le brun stoppa son activité et lança un sourire gêné à l'écrivain :
_Désolé...
_Vous teniez un salon de beauté lorsque vous étiez dehors vous, non?
_Pas du tout! s'offusqua Ayasegawa en foudroyant l'orangé des yeux. Je séduisais des hommes, ou des femmes, très riches. Et ça marchait, à chaque fois!
Kurosaki sourit :
_Vous êtes Yumichika?
_Ayasegawa-san s'il vous plait, on ne se connaît pas encore. Mais... j'ai cru entendre dire que vous étiez riche.
Les yeux de Yumichika semblaient s'illuminer d'une flamme nouvelle dès qu'il faisait allusion à l'argent et Kurosaki lui répondit, entrant dans son jeu :
_Ça nous fait un point en commun. J'imagine que si vous n'étiez pas ici, vous continueriez à escroquer des riches?
_Certains disent, l'argent ne fait pas le bonheur. Eh bien je suis désolé Kurosaki-sama, mais pour moi le bonheur c'est l'argent. Qu'est-ce qu'on serait sans argent? Qui prendrait soin de mes beaux cheveux, qui peignerait mes beaux sourcils, remarquez d'ailleurs comme ils sont finement épilés. Qui me rendrait aussi beau, hein?
_Mais dites-moi une chose alors : comment faites-vous ici, dans cette prison, pour... eh bien pour avoir tout ça? Vous vivez avec d'autres prisonniers, votre temps passé dans les douches ou pour prendre soin de vous est limité... Je ne comprends pas.
_Oh...
Yumichika baissa les yeux un instant puis un sourire innocent naquit sur ses lèvres :
_Disons juste que j'ai des ressources financières qui me viennent de l'extérieur et qui me permettent de toujours avoir ces privilèges.
_Vos anciennes victimes vous garantissent toujours un apport financier conséquent?
Ichigo écarquilla les yeux. Cet homme avait été jugé, reconnu coupable et condamné pour multiples escroqueries, or ses victimes continuaient à le choyer comme si elles n'avaient pas réellement été des victimes de sa manipulation?
_Oui, répondit le brun, satisfait.
_Et vous n'éprouvez aucune repentance vis-à-vis de cela?
_Pourquoi donc? répondit-il en haussant les épaules. Le monde est régie par l'argent, tout le monde désire de l'argent, moi aussi!
Kurosaki cligna des yeux rapidement, comprenant que le discours borné de Yumichika ne ferait pas avancer le shmilblik...
_Et vous, Kurotsuchi-san, qu'en pensez-vous?
L'homme pâle à la mine étrange tourna ses yeux globuleux vers l'écrivain, réfléchissant un instant :
_Ce que j'en pense? répéta-t-il de sa voix sarcastique. Vous savez, Kurosaki-sama, je ne suis qu'un simple prisonnier. Je n'ai pas d'avis sur ce genre de question philosophique.
_Très bien. Alors... dites-moi juste ce que vous aimez. Ce pourquoi vous pensez que vous n'êtes qu'un « simple prisonnier »?
Le roux entendit clairement Renji pouffer de rire à nouveau, déjà remit de sa petite leçon d'art par le jeune homme.
_Parce que... je suis un prisonnier comme les autres. Je veux la liberté, et sortir d'ici et vivre comme avant. Je suis simple.
_Simple? Vous voulez dire... Aussi simple que les détenus du quatrième niveau?
Le pique lancé sembla déplaire fortement à Mayuri qui sortit pendant un instant ses dents jaunâtres, sous ses lèvres blanches. Il hocha la tête de côté comprenant où il voulait en venir. Oui, les détenus du niveau quatre étaient considérés comme fous, comme des malades mentaux reconnus par des experts confirmés. Mais lui-même ne se considérait pas comme tel. Pour un fou, ce sont les autres les réels détraqués...
_Faut pas le dire ça, c'est un secret, chuchota-t-il à l'oreille de Kurosaki.
Ichigo fronça les sourcils :
_Un secret?
_Oui. En fait je suis ici incognito, voyez-vous. Je suis juste là, en simple prisonnier, car c'est à moi qu'a été confié la lourde tâche de créer une nouvelle prison, la prison de demain...
_Oh! Alors vous êtes un visionnaire? Un homme moderne?
_Je fais des expériences. J'avais de bons cobayes avant, mais ils me les ont enlevés...
_Qui « ils »? questionna Kurosaki, dont le cœur s'était mis à battre plus vite, la folie de cette homme lui paraissant complètement insensée et malsaine.
_Les gens. Les parents de ces enfants, tous. J'allais faire de grandes choses avec ces gamins...
Le roux déglutit péniblement, sachant où il voulait en venir :
_Vous parlez de ceux que vous avez... pris en otage? De cette école?
_C'était pas de la prise d'otage. Ils étaient tous d'accord pour participer à ma grande expérience!
Il éclata d'un rire sonore faisant reculer d'un pas le jeune roux. Ses yeux cherchèrent l'aplomb de Kensei qui d'un mouvement de main, lui conseilla d'abandonner la conversation. Ce qu'il fit bien entendu, vu l'état de démence de l'homme qui ne cessait maintenant de parler dans un langage technique très étrange, détaillant ce qui semblait être des composants chimiques très précis.
Bon sang, est-ce que tous ceux du niveau quatre étaient ainsi? Se demanda-t-il, quelque peu refroidi par ce dialogue qui fit remonter inexorablement le stress dans son corps.
Et à présent, il ne lui restait plus qu'un détenu à interroger et le roux avança vers lui, le cœur encore un peu plus battant. Jusqu'à présent, son assurance ne lui avait pas fait défaut dans ses dialogues avec les autres détenus, mais celui-ci semblait bien différent. Il n'avait entendu le son de sa voix qu'une seule fois depuis son arrivée, et de quelle manière! L'homme avait vraisemblablement déclenché une réelle panique rien qu'en ayant quitté sa chaise.
Ichigo échangea un regard avec Muguruma, qui tenait toujours son poste derrière le siège du détenu aux cheveux bleus, son bassin collé au dos de la chaise et ses mains libres prêtes à retenir l'homme s'il bougeait. Mais Kurosaki savait que cela ne l'arrêterait en rien, d'après les recherches qu'il avait effectuées sur Jaggerjack; et pourtant, il vint se placer juste devant lui, à seulement un mètre de l'individu qui l'observait attentivement, de cette manière si peu banale.
_Et vous êtes donc, Grimmjow Jaggerjack, dit-il solennellement, fournissant tous les efforts du monde pour ne pas montrer son inquiétude dans sa voix.
_Ouaip, répondit docilement l'autre.
_Comme tous les autres ici, j'imagine que vous avez quelque chose à dire?
_Pas vraiment.
Kensei donna un coup de genoux dans la chaise, faisant un instant tanguer le siège du turquoise.
_Oh, c'est bon, se contenta-t-il de protester, sur un ton presque trop amical.
Kurosaki se pinça les lèvres. Il n'y avait aucun doute sur le fait que Grimmjow allait lui donner du fil à retordre, mais il voulait l'entendre parler, même si c'était de n'importe quoi. Juste parce qu'il était désireux de connaître sa façon de s'exprimer, ses mots, et ainsi en tirer une quelconque « matière » pour une future ébauche qui malgré le peu de temps qu'il avait passé dans l'enceinte, commençait à faire son chemin dans son esprit.
_Vous n'avez pas envie de parler? Ni de me dire, par exemple... vos passions, n'importe quoi!
_Ma passion c'est tuer des gens, répliqua-t-il du tac-au-tac, plongeant ses yeux superbes dans ceux, plus mitigés de l'écrivain.
Un silence lourd tomba sur la pièce et l'orangé haussa les sourcils, tentant de ne pas se laisser perturber par la réponse franche, mais tout à fait atroce. Ses yeux glissèrent à nouveau sur Muguruma qui sembla l'interroger du regard : devait-il réprimer Jaggerjack ou non? Mais l'orangé décida de poursuivre.
_Bien. Et à part ça? Pourquoi être venu dans mon atelier? Un quelconque goût pour la littérature? Pour les mangas, ou que sais-je?
_Nan.
_Alors, pourquoi?
C'était ce qu'il voulait l'entendre dire, il voulait entendre de vive voix la raison de l'intéressé pour laquelle il avait lourdement insisté pour cet atelier. Et visiblement, tout le monde l'attendait avec impatience, cette réponse; les autres détenus, tout comme Muguruma et Love.
_Parce que j'avais envie d'voir un joli p'tit cul à fourrer. C'tout.
L'estomac de Kurosaki se tordit douloureusement à sa réponse, alors qu'au même moment, Renji éclatait d'un rire incontrôlé, et que Kira devint rouge comme un coquelicot.
_Fais des excuses, tout de suite! hurla alors Kensei en attrapant le prisonnier par les cheveux durement, sachant très bien qu'un tel manque de respect arriverait jusqu'aux oreilles de Yamamoto.
Mais encore une fois, Ichigo surprit tout le monde en demandant au garde d'arrêter son geste. Interloqué, Kensei relâcha sa poigne sur la tignasse turquoise et Grimmjow étira un sourire sadique, attendant la réaction de l'homme de lettres. Mais le roux avait plus d'un tour dans son sac, et il savait que s'il voulait avoir le respect de ces hommes, il devait jouer sur leur terrain. Et tout comme il l'avait fait avec les autres, il entra dans le jeu du bleuté.
Lentement, il combla la distance qui le séparait encore de Jaggerjack, et malgré les risques qu'il prenait, n'hésita pas une seconde. Une fois devant lui, il pivota sur ses talons, son postérieur pile devant le visage de Grimmjow, soulevant sa veste qui recouvrait encore une partie de ses fesses, comprimées dans son pantalon de smoking noir.
_Maintenant que vous les voyez de près, profitez-en, parce que vous ne les reverrez plus, commenta-t-il, avant de laisser tomber de nouveau sa veste sur son arrière-train et de retrouver sa position initiale, faisant à nouveau face au prisonnier.
Mais ce fut à cet instant même qu'il comprit qu'il était allé trop loin dans le jeu. Il n'eut pas le temps de ciller que Jaggerjack sauta sur ses pieds et d'un geste, passa la chaine qui reliait ses poignets autour du cou du roux pour plaquer ses lèvres sur les siennes, lui donnant, par la même occasion, un immense coup de front.
Kensei n'avait pas eu le temps de voir le danger arriver, et poussant un cri, il se rua en même temps que Love sur Jaggerjack pour libérer Ichigo de la prise de la bête.
_Espèce de connard! s'écria Muguruma, délivrant l'orangé de la chaine et infligeant un coup de genoux mémorable dans le ventre de Grimmjow, l'obligeant à sa rasseoir et l'attachant – cette fois-ci – à sa chaise.
Ichigo tituba, rattrapé par Love, et plaqua une main sur sa bouche où une douleur lancinante venait de faire son apparition.
_Bon sang..., jura-t-il, essuyant d'une revers de main, le coin de sa bouche.
D'un coup d'œil, il y remarqua du sang. Grimmjow Jaggerjack n'avait pas cherché à l'embrasser, mais plutôt à mordre à pleines dents ses lèvres, dans lesquelles il avait réussi à infliger une sévère entaille de ses dents de fauves.
_Vous allez bien? s'enquit Love, qui tout à coup, ne semblait plus rien contrôler.
_Ça va, ça va! répondit le roux, l'envoyant balader et sortant un mouchoir de sa poche pour éponger le sang qui tombait à grosses gouttes sur sa main.
Son cœur allait sortir de sa poitrine, littéralement, tant il avait été stupéfait, et tant il avait eu peur également. Sa respiration était restée bloquée pendant plusieurs secondes, aussi était il essoufflé. Et sa tête tournait, tournait tant et plus, tentant de remettre à sa place toutes les informations. Ses yeux étaient sortis de leurs orbites, son sang s'était gelé, ses membres immobilisés par le geste totalement inattendu.
Ce type avait surgit comme... comme sortit de nulle part, comme un fantôme, comme un fauve! Il ne l'avait pas vu sauter sur lui, il n'avait pas pu éviter ça, il... il n'arrivait pas à se calmer. Alors que derrière lui, Kensei tenait fermement le prisonnier bleuté et que les autres observaient la scène, quelque peu alarmés eux aussi.
_Je crois que c'est terminé pour aujourd'hui! décréta-t-il en lançant un regard inquiet en direction de l'auteur.
_Non, non... Attendez, répliqua l'orangé, essoufflé, cherchant à reprendre ses esprits et à s'appuyer contre une surface dure.
Il tomba assis sur sa chaise derrière le bureau mis à sa disposition, tremblant de la tête aux pieds et essuyant toujours le sang qui coulait. Il eut la désagréable impression d'avoir aperçut Grimmjow récoltant le sang qu'il restait sur ses propres lèvres avec sa langue, et s'en réjouissant au goût de fer dans sa bouche.
Ce type était... était... au-delà de cinglé!
_Non... On va continuer.
_Mais Kurosaki-sama...
_J'ai dit : on va continuer! ordonna-t-il en fusillant Kensei des yeux.
Les gardiens se regardèrent, hésitants, mais d'un signe de tête, Muguruma ordonna que Love retourne à sa place et les autres détenus ne dirent plus un seul mot, observant tour à tour Kurosaki, sa lèvre ensanglantée gonflant à vue d'œil, et Grimmjow, maintenant attaché à sa chaise, se pourléchant les babines.
Mais Ichigo était un homme de ressources. Il leur avait prouvé qu'il avait de l'esprit et de la répartie, à lui de prouver à ce Grimmjow qu'il avait des tripes, et qu'on ne l'abattait pas aussi facilement. Après tout, cette attaque était semblable à celle d'une critique négative suivant la sortie de l'un de ses livres. Les conséquences sur son moral étaient un peu différentes, mais l'épreuve à passer semblait tout aussi éreintante.
_Je vois que... que finalement je ne suis pas venue pour rien, commenta-t-il en échappant un petit rire qui surprit une fois de plus tout le monde. Il m'a suffit d'une fois ici pour que vous sortiez de vos gonds et fassiez la première erreur de votre longue détention.
Il s'adressait bien sûr à Grimmjow qui n'en perdit pas pour autant son sourire.
_Et il sera puni pour ça, assura Kensei, en donnant une tape sur l'épaule du bleu.
_Rien que pour ça, je suis juste heureux d'être venu, continua le roux, toujours dans la provocation, même s'il savait maintenant que ce petit jeu pouvait lui apporter tout un tas d'ennuis. Pour les autres... Love-san va... va vous distribuer des feuilles que je vous ai ramenées.
Il fit signe au garde d'approcher et sortit de son cartable de cuir un tas de feuilles totalement vierges.
_J'aimerais que... vous écriviez. N'importe quoi. Vos sentiments, vos envies, ou même des insultes que sais-je! Ou peut-être même... que vous avez envie de tuer des gens, termina-t-il en lançant un regard appuyé au turquoise.
Les feuilles furent distribuées dans le silence et les prisonniers, munis d'un crayon, commencèrent à gratter leurs supports, n'en demandant pas plus. L'évènement avait calmé l'assistance et même Abaraï, qui fusillait maintenant d'un oeil peu sympathique Jaggerjack. Comment avait-il osé dégrader l'oeuvre d'art qu'était le joli Kurosaki? Il ne lui pardonnerait pas!
Mais seul un prisonnier ne se mit pas à l'écriture : Grimmjow. Tout comme l'orangé s'y était attendu d'ailleurs.
_J'aimerais également vous dire une chose, reprit Ichigo. Si je suis ici c'est pour écrire un livre, mon prochain roman. Je cherche des informations véridiques sur la vie carcérale et... j'aimerais savoir si l'un d'entre vous serait offensé de retrouver des éléments de sa vie, de sa personnalité ou autres dans mon œuvre. Bien entendu je n'utiliserai pas vos noms.
Kira bougea sur sa chaise, démontrant une certaine excitation et Renji étira un sourire colgate particulièrement fier :
_Cool! On va être dans un bouquin, les mecs!
_J'aimerais aussi... et dans cette optique littéraire, que la composition des ateliers ne change pas. A travers nos discussions, nos travaux, je vais en apprendre plus sur vous, et j'aimerais continuer avec vous.
_Ouais, moi aussi j'ai envie de rester! lança Renji en levant le poing. C'était le truc le plus fun que j'ai fait depuis que j'suis rentré!
_Moi aussi j'aimerais, dit Kira avec un sourire éclatant.
_Mouais... Au moins ici j'ai un miroir qui ne déforme pas mon reflet, ajouta Yumichika en haussant les épaules.
_Je dis oui, continua Mayuri.
Ichigo ne prit pas la peine de demander son avis à Grimmjow et pria les détenus de continuer à écrire tant qu'ils avaient des idées.
Pendant ce temps, le roux écrivait lui-même des bribes d'idées qu'il avait retenues, des choses et d'autres sur les prisonniers. Mais ce fut en s'attardant sur ce qu'il avait vu de Grimmjow qu'il se mit à gratter une feuille entière recto-verso jusqu'à ce que Kensei le sorte de sa concentration. Visiblement, il avait pris bien plus de temps qu'il n'aurait dû et les détenus avaient tous terminé leurs compositions.
_Oh désolé. Je... j'étais en train de... Bref.
Il quitta sa chaise, un sourie gêné à l'appui, et ramassa les feuilles des présents, ne s'attardant pas à les lire :
_Je les lirai chez moi, tranquillement et si vous le souhaitez nous en parlerons la semaine prochaine, expliqua-t-il en arrivant devant Grimmjow pour relever sa feuille.
_Il n'a rien écrit, commenta Kensei en agitant la feuille blanche.
_Bien. J'imagine que de toute façon, c'était chose impossible avec ses chaines, commenta-t-il, insinuant par là que c'était la faute du garde si l'homme était saucissonné et ne pouvait écrire.
_S'il ne l'était pas, enchainé, vous seriez p'tet mort à l'heure qu'il est, fit remarquer Muguruma durement.
_Nan, j'l'aurais pas tué, intervint Jaggerjack, ses yeux levés en direction du rouquin. L'est trop... miam! Miam!
Ichigo haussa un sourcil et présenta la feuille vierge devant les yeux du bleu. S'il voulait continuer à jouer et à le prendre pour un idiot du village dont seul la vision de ses fesses l'intéressait, il allait lui donner ce qu'il voulait :
_Alors, est-ce qu'il peut juste écrire « bien » ou « nul », sur la feui-feuille s'il veut bien, hein? dit-il, d'un air niais, employant cette voix de dégénéré qu'on ne réservait d'habitude qu'aux élèves de maternelle.
Grimmjow se vit mettre un crayon dans la main droite et la feuille fut placée sur ses genoux, la mine du crayon sur le papier.
_Allez, s'il vous plait, relança Kurosaki, voyant qu'il tardait à s'exécuter.
Mais il n'y eut rien à faire. La main de Grimmjow, pourtant guidée par Kensei refusait obstinément d'écrire le moindre kanji sur la feuille, ce qui finit par exaspérer le garde.
_Ce n'est pas grave, finalement, commenta Ichigo en perdant espoir et en abandonnant complètement. Ça m'aurait énormément aidé mais... quand la volonté n'y est pas.
Il tourna les talons et déposa les feuilles remplies par les autres dans son cartable, délaissant celle de Grimmjow sur le bureau avec les autres vierges. Jaggerjack remarqua le geste et fronça les sourcils; visiblement le fait que sa feuille n'ait pas été jointe aux autres le contrariait. Mais sans rien y inscrire elle ne servirait pas à grand chose à l'auteur...
_Pour terminer ce premier atelier, je vais vous faire signer la feuille de présence. C'est pour Yamamoto-san qui veut être sûr que vous ayez bien participé, et face à votre signature je noterai un petit commentaire sur votre attitude.
_Quoi? s'exclama Renji. On est noté?
_Fallait y penser avant de faire des remarques déplacées, lui fit remarquer Yumichiki.
_Pffff! De toute façon c'est tout le temps pareil! C'est tout le temps Kira qui a les meilleurs commentaires!
Il fit la grimace en observant l'écrivain inviter le blond à signer, ce dernier lui demandant un service au passage :
_Kurosaki... sensei?
_Oui? répondit-il en se tournant en même temps vers Yumichika. Allez Yumichika-san, signez.
_Est-ce que je peux... vous demander... un autographe, s'il vous plait? s'enquit Izuru, sortant un exemplaire du dernier roman de l'orangé qu'il avait gardé caché jusqu'ici.
_Lèche-boule! souffla Abaraï en train de signer sous son nom.
Ichigo accepta avec un sourire, et écrit un petit texte de remerciement à son lecteur avant de signer et de lui rendre le tout. Le blondinet le remercia, le rouge de ses joues plus vif que jamais. Mais lorsque le jeune homme se redressa et retourna son attention sur les prisonniers, Grimmjow était devant la feuille de présence, crayon en main, mais ne semblait toujours pas vouloir s'en servir.
_Si vous ne signez pas, Jaggerjack, vous ne reviendrez plus, le prévint Ichigo. Plus jamais. Et sachant comme vous avez insisté pour y venir...
Grimmjow sortit ses dents, montrant par là toute son antipathie à l'entente de ses mots. Mais il ne dit rien, restant désespérément muet sur son attitude négative. Kurosaki ignorait pourquoi il refusait catégoriquement d'écrire le moindre mot. Était-ce seulement de la provocation? Certainement, pensa-t-il.
_Kensei, je fais sortir les autres, prévint Love.
_Vas-y.
Le gardien frappa trois grands coups à la porte et cette dernière s'ouvrit, laissant entrer trois gardes qui escortèrent les autres détenus vers la sortie, Grimmjow restant sur sa chaise, contrairement aux autres.
_Au revoir, Kurosaki-sensei, lança Renji d'un geste de main.
_A la semaine prochaine, ajouta Kira en inclinant légèrement sa tête en passant devant l'homme.
_A plus! Lança Mayuri, ne le regardant même pas.
_A bientôt, Kurosaki-sama. Le noir vous va à ravir, termina Yumichika trottinant joyeusement en queue de peloton.
Le roux les salua avant qu'ils ne disparaissent derrière la porte, en file indienne, et que celle-ci ne se referme dans un claquement sonore et lugubre, laissant seulement Muguruma, Jaggerjack et Kurosaki dans la pièce.
_Est-ce que vous ne devriez pas le ramener dans sa cellule avec les autres? Je ne voudrais pas qu'il soit... je ne sais pas, en retard ou quoique ce soit.
_Ne vous en faites pas, nous avons le temps, commenta Kensei. Je peux le ramener même à vingt et une heure ce soir, si ça vous plait.
Ichigo étira un sourire que le plus âgé lui rendit :
_Je ne pense pas rester jusqu'ici mais...
_Désolé d'vous interrompre les tourtereaux mais... d'toute f'açon si j'signe pas je jarte, hein?
Les deux hommes baissèrent leurs yeux sur Grimmjow qui les observaient avec une certaine... rage. Il avait comme l'impression que le courant passait plutôt bien entre le garde et l'écrivain et il avait horreur qu'une proie lui file sous le nez.
_Oui, tout à fait. Si vous ne signez pas, bye bye, répondit-il.
_Okay...
Grimmjow prit une profonde inspiration et positionna sa main au milieu de la feuille, tenant exagérément serré son crayon qui allait sûrement finir par se casser en deux. Un ange passa et Ichigo observa le visage concentré du prisonnier, bien trop concentré pour une simple signature...
D'un geste de la main visiblement incontrôlé, il gribouilla deux traits et un rond au milieu de la feuille et rendit son crayon à Kensei :
_Voilà, z'êtes contents?
Ichigo récupéra la feuille dans un mouvement si lent que le bleuté crut que le temps s'était tout simplement arrêté. Les yeux ambrés se rétrécirent et les sourcils oranges se froncèrent alors qu'au même moment, Muguruma tempêtait :
_Mais crétin! T'as signé en plein milieu de la feuille! Tu peux pas le faire sous ton nom comme tout le monde! Bordel!
_Ce n'est pas grave, intervint Ichigo, d'une étrange voix qui semblait lointaine. C'est... pas grave.
Presque absorbé par la feuille de présence qu'il ne semblait plus vouloir lâcher, ses yeux traçaient et retraçaient les signes créés par Jaggerjack, encore et encore, de gauche à droite, de droite à gauche, jusqu'à s'en donner la nausée. Les deux autres l'observaient, interloqués.
_Quelque chose ne va pas? demanda Kensei, fronçant les sourcils.
Mais en guise de réponse, le roux l'ignora royalement, et se retourna subitement pour se ruer jusqu'au bureau, se munissant d'une feuille vierge. Il attrapa son stylo, ses yeux toujours rivés sur les signes créés par Jaggerjack comme s'il avait découvert de l'or en barre.
Il commença à recopier les signes, lentement, puis plus rapidement, remplissant et noircissant complètement la feuille, ses gestes exagérés inquiétant Muguruma :
_Kurosaki-sama?
_Deux secondes! lança-t-il avant de revenir rapidement jusqu'aux deux hommes et de présenter à nouveau une nouvelle feuille devant Grimmjow. Refaites ça.
Son ordre sembla ne pas plaire au bleuté mais il s'exécuta tout de même, tentant de recréer les signes étranges qu'il venait tout juste de faire. Cependant, il semblait totalement incapable de les reproduire. Ce n'était donc pas une signature, constata Ichigo, fourrant le specimen dans sa poche comme un voleur et interpellant Muguruma :
_Il faut que je vois Yamamoto-san et vite!
*kouhai = un kouhai est souvent le junior du senpai, lui-même l'ainé. Cela apparaît souvent entre élèves du même collège-lycée-université, dans les clubs de sports également. Une relation ainé-junior très présente au Japon.
Merci d'avoir lu! :)
