Titre : Le roman du prisonnier.
Chapitre : L'obstination paye toujours.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Note : Un nouveau chapitre! J'espère qu'il vous plaira :) Merci à tous pour les reviews ^^ Et désolée à celles-ceux, à qui je n'ai pas répondu (pas bien Shini, pas bien u_u")
Chapitre 4. L'obstination paye toujours.
Ichigo avançait à grands pas dans le couloir de la prison, les trois mâtons affectés à sa sécurité l'encadrant. Muguruma Kensei n'avait pu l'accompagner, comme il le désirait, jusqu'au bureau de Yamamoto, se devant d'accomplir son devoir de gardien en ramenant Jaggerjack dans sa cellule.
Il avait donc chargé ses « hommes de main » de le faire. Et ce fut donc ainsi que le roux pénétra dans la pièce réservée au vieux directeur et plaqua ses mains sur son bureau, le fixant gravement :
_Quoique Muguruma-san pourra vous dire, il faut – et je vous en conjure – il faut que Jaggerjack reste dans mon atelier!
Un silence gêné suivit ses paroles, le vieil homme observant d'un œil étonné le profil concentré de l'écrivain. Il laissa s'écouler plusieurs longues secondes, avant de remarquer l'entaille profonde sur la lèvre de l'orangé. Interloqué, il demanda :
_J'imagine que cela a un rapport avec cette... blessure?
_Oui, mais ça n'a pas d'importance! Je veux Jaggerjack!
Kurosaki n'était pas du genre à jouer les capricieux, mais lorsqu'il s'agissait de son travail, il pouvait être très hargneux. Et cette fois-ci, il était prêt à encore aller bien plus loin. Ichigo insistait très lourdement pour une bonne raison, tout simplement parce que Grimmjow avait déclenché un flot ininterrompu d'idées et de situations dans sa tête. Parce qu'il l'avait inspiré bien plus en une seule rencontre que Shuuhei en deux mois de collaboration. Le rouquin ne pouvait tout bonnement pas laisser filer son inspiration.
Il ne pouvait pas la laisser filer d'autant plus qu'il savait que Muguruma allait lui mettre des bâtons dans les roues; Grimmjow avait eu un comportement répréhensible à son égard et allait en être puni. Mais l'orangé devait à tout prix empêcher cela de manière à pouvoir revoir le bleuté lors de son prochain atelier.
_Pourquoi donc quémander cela, Kurosaki-sama? reprit Yamamoto en joignant ses mains ridées devant son visage. C'est peut-être parce que justement Jaggerjack est l'auteur de cette vilaine coupure à votre lèvre?
Ichigo soupira, ne pouvant cacher les faits. Cette entaille était bien sûr l'œuvre de Grimmjow et ça n'avait pas échappé au directeur.
_Écoutez, peu importe, ça n'a pas d'importance.
_Ça en a pour moi, je suis navré. Chaque attitude violente doit être réprimée. Mais je suis étonné de savoir que Grimmjow a en effet montrer une telle attitude. Depuis si longtemps il était si... calme.
_Je sais monsieur, oui je sais.
Kurosaki dodelina la tête de gauche à droite, son argumentation n'était pas la meilleure pour convaincre le dirigeant des lieux et il le savait. Mais il voulait tout tenter, coûte que coûte.
_Écoutez, je suis venu ici pour... pour trouver des idées, connaître la vie carcérale, m'intéresser à des prisonniers. Et vous m'avez permis d'avoir tout cela, et je vous en remercie. En contrepartie vous m'avez demandé de faire cet atelier et je le fais. Vous aviez conscience des risques, j'avais conscience des risques et maintenant que les risques ont dépassé les limites vous voulez rebrousser chemin? Je ne suis pas d'accord.
_C'est moi qui ai décidé que Grimmjow assiste à cet atelier, pas vous. En conséquence j'ai le pouvoir de décider s'il peut y rester ou pas.
Ichigo se redressa en soupirant. Il passa une main dans ses cheveux quelque peu déçu; il avait su dès le début que le vieil homme aurait le dessus sur sa demande, il n'y avait rien – ou presque – qui puisse le faire flancher.
Mais le rouquin aimait les défis, comme cette prison, son roman impossible et donc cette situation. Il était persuadé qu'il trouverait un moyen d'amener Yamamoto à la raison; il le fallait absolument pour la suite de son travail. Mais l'adversaire était de taille et n'avait pas dit son dernier mot, lui non plus.
_J'en discuterai avec Muguruma Kensei, mais étant donné les faits...
Le directeur cessa ses mots à l'ouverture spontanée et inattendue de la porte de son bureau. Ichigo pivota sur ses talons pour voir entrer, à son plus grand mécontentement, le grand et robuste gardien. Il ne pouvait pas se trouver dans une pire posture... Le directeur et son gardien tous les deux contre lui.
Muguruma fronça les sourcils et toisa le jeune homme de tout son être :
_J'en étais sûr, murmura-t-il.
Il fusilla le rouquin des yeux et avança jusqu'à son supérieur tonnant de sa voix rauque :
_Jaggerjack sera placé dès que vous en donnerez l'ordre en cellule d'isolement au sous-sol.
_Attendez une minute, protesta vivement Kurosaki en intervenant sans y être invité, j'étais justement en train de dire à Yama...
_Ça suffit! stoppa le vieil homme.
L'ambiance dans la pièce devint glacial et l'écrivain et le gardien se regardèrent en chien de faïence, ce qui n'échappa nullement au vieil homme. Il était évident qu'un profond désaccord les animait et Ichigo se demanda si le directeur allait se ranger du côté de son employé. Ça semblait hautement probable vu ce qu'il lui avait dit plus tôt...
_Si Muguruma-san pense que c'est nécessaire je ne vois pas pourquoi il en serait autrement.
_Effectivement, ça s'impose monsieur, confirma l'argenté.
Les deux hommes n'avaient pas l'air de comprendre l'importance de la situation pour Kurosaki. Étaient-ils hermétiques à ce point à son travail d'auteur? N'avaient-ils pas voulu l'aider quelque part en acceptant sa présence en ces lieux? Et maintenant ils voulaient lui retirer le seul espoir qu'il ait d'écrire une œuvre grandiose à nouveau. Et même si tout était contre lui, Ichigo devait les convaincre et ça ne semblait pas vraiment facile. Son argumentation allait tomber à l'eau de toute façon, alors autant changer de tactique.
_Écoutez, reprit-il en laissant échapper un petit soupir exaspéré, je sais que j'en demande peut-être trop mais... Grimmjow n'est pas vraiment responsable pour ce qu'il a fait, je l'ai cherché! N'est-ce pas?
Il se retourna violemment en direction de Kensei cherchant son appui sur un fait qu'il ne pourrait réfuter.
_Je l'ai cherché délibérément, je voulais le tester, tous les tester pour les connaître et savoir ce qu'ils ont dans le ventre. Et vous saviez que j'allais le faire!
Yamamoto lança un regard attentiste à son gardien, patientant jusqu'à sa réponse :
_C'est vrai que vous l'avez provoqué, confirma-t-il à contre-cœur. Mais il n'était pas obligé de réagir aussi violemment.
_C'était ce que je cherchais et je ne vous l'ai pas notifié. S'il y a quelqu'un a blâmer pour ne pas vous avoir prévenu de mes intentions c'est moi, et moi seul.
Yamamoto joignit à nouveau ses mains sous son menton, l'air pensif. L'acharnement de l'écrivain était pour lui problématique car il ne voulait en aucun cas bouleverser les codes de sa prison, tout comme Kensei.
_Je suis sûr que nous pouvons trouver une solution, reprit Ichigo, implorant des yeux le directeur. J'ai besoin de lui pour travailler, et... et je suis sûr que je peux trouver une utilité toute autre auprès de vous.
Kensei leva les yeux au ciel, détournant alors son regard du jeune homme qui ne cessait de revenir à la charge. Que cherchait-il exactement? A soudoyer le vieil homme? A l'attendrir? Il n'y arriverait pas, pensa-t-il, à tord cependant.
_Peut-être que vous pourriez effectivement faire quelque chose pour nous, Kurosaki-sama, lança alors le directeur d'une voix traînante et pas tellement convaincu.
_Demandez-moi ce que vous voulez! s'emporta le jeune homme en plaquant ses main sur sa poitrine. Je suis prêt à n'importe quoi!
Muguruma inspira profondément se demandant ce que son supérieur avait en tête. Certainement une chose farfelue le connaissant et il prit soudain le jeune rouquin en pitié. Le vieil homme avait donc décidé de le tester jusqu'au bout et sans doute n'était-ce pas terminé...
_Il y a bientôt une année que le conseil d'administration souhaite agrandir l'aile ouest de notre bâtiment. Nous avions en projet d'y installer une prison psychiatrique mais malheureusement le manque de fonds nous a obligé à reporter le dit projet.
_Votre prix sera le mien, commenta l'orangé, plaquant à nouveau ses mains sur le bureau de l'homme, le fixant avec gravité.
Il y eut un silence pendant lequel Yamamoto ferma les yeux, certainement pour réfléchir à la somme qu'il allait lui demander. Kensei n'osa pas bouger, sachant pertinemment que la somme nécessaire pour ce projet était très importante. Il s'attendait à ce que le vieil homme quémande une somme d'argent impossible à obtenir et pourtant, il savait l'écrivain richissime...
_Nous aurions besoin de cent millions de Yens*.
Un affreux silence suivit ces mots. Ichigo cligna plusieurs fois des yeux, ne laissant passer aucune émotion sur son visage, si bien que Muguruma se demanda s'il avait bien entendu.
_Si je vous en fait don vous me laisserez avoir Grimmjow Jaggerjack?
_Cela va de soit.
_Pendant mes ateliers?
_Oui.
_Et plus si nécessaire?
La conversation devint tout à coup tendue. Yamamoto ne s'était pas attendu à ce que le jeune homme soit si dur en affaire, il avait du cran et en plus de cela de la cervelle...
_Que voulez-vous dire? demanda-t-il, méfiant.
_J'aimerais aussi le voir en dehors de cette heure. Seuls.
_Impossible! intervint Muguruma en avançant d'un pas pour s'incruster dans la conversation.
_Je peux même rajouter quelques milliers de Yen si vous le souhaitez...
_Mph...
Le petit ricanement de Yamamoto sembla surprendre son employé, tout comme Kurosaki.
_Vous irez loin sans doute Kurosaki-sama avec un tel tempérament mais votre compte en banque lui, risque de ne pas vous suivre.
_Croyez-moi, il me suit bien... Alors qu'en dites-vous?
Le directeur croisa le regard mécontent de Kensei qui lui soufflait sans un mot de ne pas accepter. S'il acceptait l'argent de Kurosaki, ce dernier allait obtenir les presque « pleins pouvoirs » sur l'enceinte et cela, Muguruma ne pouvait l'accepter.
_J'en dis marché conclu.
Le gardien poussa un grognement de mécontentement tentant de calmer sa colère en envoyant un coup de pied dans le vide, brassant l'air sans résultat aucun. Ichigo serra la main ridée que Yamamoto lui tendait, le visage plus sérieux que jamais et n'éprouvant aucun remord à la perte de tant d'argent.
_Je contacte ma banque dans la foulée vous devriez recevoir les fonds dans la semaine.
_Vous êtes trop bon, Kurosaki-sama, commenta l'homme âgé, une lueur de malice au fond des yeux.
_Mettez-vous ça dans la tête : pour mon travail je suis à prêt à tout. Je veux Grimmjow et je l'ai eu!
Et sur ces mots, il quitta la pièce sans un salut comme s'il avait gagné la guerre, bouffant les mètres qui le séparait encore de la sortie de la prison dans des pas gigantesques et décidés.
Raccompagné à la sortie par les mâtons affectés à sa sécurité par Muguruma, il ne prit pas la peine de se retourner pour voir si le grand gardien l'avait suivi. Il n'en avait plus rien à faire désormais, il venait d'apposer une sorte d'autorité sur cette enceinte hermétique et c'était bien plus que tout ce qu'il avait espéré pouvoir accomplir.
Il grimpa dans sa voiture, la horde de journalistes ayant disparu, volatilisée comme la brume par un cyclone, et un immense soupir de soulagement s'échappa de ses lèvres, sa tête tombant contre le siège en cuir.
_Bordel..., souffla-t-il en tapant de sa paume de main contre le volant.
Le problème avec son obsession pour son travail était qu'il ne pouvait jamais s'arrêter; il savait qu'il était borné, complètement fou et déjanté lorsqu'il s'agissait de ses romans mais là il venait de dépasser les bornes! Tout cet argent pour... pour...
_Oh et merde il en vaut la peine!
Un peu qu'il en valait la peine, il n'avait pas gratté de papier comme ça depuis des lustres, tout du moins à son souvenir. Il avait gardé en mémoire un certain flot d'idées lors de sa rencontre avec Shuuhei mais il n'avait jamais eut la tête aussi pleine qu'après sa rencontre avec Jaggerjack.
C'était un signe, il en était convaincu.
Il ne lui restait plus qu'à passer un petit coup de fil de convenance à son banquier pour lui demander la somme arrêtée avec Yamamoto, même s'il savait que l'homme n'allait pas forcément en être content... mais peu lui importait, avoir "gagné" Grimmjow Jaggerjack était une victoire brillante et il savait maintenant que le point faible de ce très respecté Yamamoto-san n'était rien d'autre que l'argent.
_Vous voulez dire que vous souhaitez virer cent millions de Yens à cette prison?
_Exactement.
De retour chez lui, le jeune homme avait immédiatement saisit son téléphone pour appeler son austère et trop sérieux banquier. Certes il était un homme de confiance qui s'avérait de très bon conseil mais il lui faisait un peu trop la leçon. Et pourtant, c'était bien la première fois – depuis l'achat de son loft – que l'écrivain le contactait pour une telle sortie d'argent.
_Bien. Et pour quand voulez-vous que la somme soit débloquée?
_La semaine prochaine c'est possible?
_...
_Allô?
Ichigo aimait bien son banquier mais il avait horreur de ses silences à rallonge et de sa voix de croque-mort.
_Vous savez, je vous paye pour que mon argent soit bien géré Kuchiki, alors j'aimerais bien que pour une fois que je vous demande quelque chose d'important ça soit fait et vite.
_Je doute que cela soit possible.
_Ah bon? Et pourquoi? demanda-t-il en fronçant les sourcils, s'affalant de tout son poids dans son canapé.
_Tout simplement parce que notre établissement ne peut convenir à la sortie d'une telle somme en si peu de temps. Prévoyez plutôt deux bonnes semaines voire plus, et présentez-vous à mon bureau, voulez-vous?
Ichigo leva les yeux au ciel. En fin de compte, il détestait son banquier!
_Je n'ai pas le temps et comme je l'ai dit je vous paie pour que vous fassiez ces choses à ma placer, ce n'est pas compliqué, si?
_Je comprends bien mais l'affaire est délicate. Nous parlons de cent millions de Yens.
_Vous le faites exprès ou quoi?
_Ce sont nos règles, je suis navré.
_Oui, moi aussi. Je passerai plus tard.
_Je suis en rendez-vous cet après-midi.
Cette fois-ci, Ichigo crut qu'il allait vraiment s'énerver. Non content de l'exaspérer de par son attitude et son ton monotone, l'homme continuait à le provoquer, semblait-il.
_Nous parlons de cent millions de Yens, lui répondit-il en adoptant l'exact même ton que celui de Kuchiki quelques secondes plus tôt.
_...
_A toute à l'heure.
_Mais vous...
Il avait raccroché. Subitement. Il savait que Kuchiki avait horreur de ça mais là, il en allait du sort de son prochain roman. Il avait besoin de cet argent, il le possédait, alors pourquoi ne pouvait-il pas en faire ce qu'il voulait? Ça relevait de la folie, ou presque...
Deux jours plus tard...
Ichigo avait mis en forme – tout du moins il avait essayé – ses idées et ses notes formelles sur les prisonniers. Il en avait retiré un plan très primitif et approximatif d'un futur début de roman.
Comme à son habitude, il avait affiché un peu partout dans son loft des pages sur lesquelles des descriptions des différents personnages, des évènements, des divers éléments de l'histoire afin de pouvoir les lire où qu'il soit chez lui et de pouvoir y rajouter un mot, une phrase ou plus sur le moment.
Il aimait travailler ainsi, ça lui permettait de rester imprégner de ses idées partout et tout le temps. Une méthode que Hisagi n'avait d'ailleurs jamais comprise ni vraiment apprécié lorsqu'ils sortaient ensemble. Mais Ichigo ne pouvait travailler sans. Une de ses nombreuses manies d'écrivain dont il ne pouvait se défaire.
A la suite de sa conversation téléphonique avec son banquier, il s'était rendu dans son établissement bancaire histoire de débloquer la somme d'argent promise à Yamamoto et tout ne s'était pas vraiment déroulé comme il l'avait prévu. Il s'était retrouvé avec le directeur de la banque sur le dos, lui-même quelque peu réticent à débloquer ce montant. Mais le rouquin avait menacé de quitter la dite banque à laquelle il rapportait bien trop de Yens pour qu'on le laisse s'échapper.
L'accord avait donc été trouvé et il avait accepté d'ouvrir un autre compte, et de prendre quelques options sur l'argent qui dormait sur son compte épargne histoire de le faire travailler et de rapporter encore un peu plus à sa banque. Le seul compromis qu'il ait trouvé pour qu'on accède à sa requête. Et maintenant il n'avait plus qu'à attendre que le conseil d'administration de la prison reçoive l'argent et que Yamamoto fasse ce dont ils avaient convenu.
Il était plus ou moins nerveux face à cela, sachant évidemment très bien que le vieil homme était un fin roublard et qu'il pourrait tout à fait revenir sur sa parole. Mais il n'y avait plus grand chose à faire si ce n'était attendre sa prochaine visite dans la prison.
Celle-ci approchait d'ailleurs à grande vitesse, trop vite au goût du jeune homme qui n'avait pas encore pris le temps de lire ce que les prisonniers lui avaient écrit. Ce matin-là, il s'y attela donc avec une certaine impatience, et une petite pointe de nervosité non négligeable.
La première feuille qu'il piqua au-dessus de la pile présentait une écriture presque illisible, raturée par endroits et quelque peu de travers. Il lui sembla alors reconnaître l'écriture de son médecin, si hachée, tremblante et indéchiffrable. Mais après plusieurs minutes de concentration, il put lire quelques mots :
« Je ne suis pas celui que vous croyez. Personne ne sait pourquoi je suis là, c'est un secret. Un secret que je pourrais vous révéler si vous acceptez de devenir mon prochain objet d'étude. L'être humain est un puits sans fond, le cerveau humain est intriguant. J'aimerais être réduit à la taille d'une cellule pour pouvoir étudier votre cerveau et en découvrir tous les moindres recoins. Un jour peut-être je deviendrai un inventeur de génie! Un génie que personne n'a encore remarqué. »
Ichigo haussa un sourcil interloqué. Il n'y avait aucun doute sur l'auteur de ce texte et il se remémora le visage, quelque peu troublant, de Kurotsuchi Mayuri. L'homme était bien attaqué, il n'y avait rien de plus à dire.
Il soupira, se rendant compte que ce prisonnier ne l'intéressait pas plus que cela pour son travail.
Il passa donc à la prochaine feuille.
Celle-ci présentait une écriture fine et régulière, presque parfaite. Une certaine classe en ressortait, un certain charme également et l'orangé sourit alors qu'il savait déjà qui se cachait derrière ces mots, avant même de les avoir lus.
« S'il y a une chose que je ne regrette plus aujourd'hui, c'est d'avoir intégré cette prison. Car elle m'aura permis de vous rencontrer, Kurosaki-sama. Je vous admirerai toujours pour votre travail, et vous êtes un homme intelligent et droit. Votre atelier m'a plut et j'ai également beaucoup apprécié l'intérêt que vous nous avez tous portés. Je pense que vous savez que c'est assez rare pour nous, des prisonniers, qu'une personne étrangère s'intéresse à notre personnalité. En cela vous ne décevez pas mes attentes. J'aimerais que vous n'arrêtiez jamais d'écrire vos fabuleuses histoires, vous êtes ma seule façon de rêver à travers vos romans dans cet endroit sombre. »
Kira n'avait pas déçu non plus l'auteur par ces mots. Le jeune homme blond avait un bon fond, il en était persuadé, et sûrement sa place dans ce pénitencier n'était pas adaptée à sa personnalité généreuse et rêveuse. D'un certain côté, il voulait en savoir plus sur lui, sur cet associé d'Ichimaru le yakuza. Avait-il protégé son supérieur pour se retrouver ici? Avait-il été pris la main dans le sac avec Gin et été accusé de complicité?
Ichigo voulait savoir... Il était lui-même étonné de s'intéresser à ce genre de prisonnier. Il n'était pas vraiment le profil qu'il recherchait mais le mystère qui l'entourait l'avait captivé.
La prochaine feuille fit froncer gravement les sourcils du roux. A la première vue, le texte était bourré de fautes d'orthographe, et ne donnait pas vraiment envie de lire même si le jeune homme savait de qui il provenait. D'ailleurs, il avait été hautement déçu par cet homme et son attitude, il avait espéré rencontrer un homme plus cérébrale et plus... artistique!
« Vous avé dit qu'on pouvez écrire des insultes mais c pas des insultes que g envi de vous dire moi. D'abord je diré que vous ète super sexy, et mignon et super intelligent. Je sais pas comment vous faite mais vous avé la classe. Si j'été dehor je vous aurez déjà dragué a mort et vous serez tombé dans mes bra. Je tombe pa amoureu facilement mais la vous envoyé grave. Vous ète tellement cool, je vous kiffe! A mon avi vous ète même plus intéressan que tous les trucs que g volé, ca c du complimen! ;)
J'espère vous revoir super vite! »
Ichigo leva les yeux au ciel bien haut. Il ne pouvait pas croire que cet homme lui avait écrit ces choses aussi embarrassantes. Il le faisait exprès, il n'y avait pas à chercher midi à quatorze heures et il le mettait mal à l'aise en plus de ça... Mais la personnalité frivole du voleur lui avait justement donné envie de créer un personnage à son image dans son roman; une façon anecdotique d'y introduire une certaine dose d'humour et quelques moments plus légers. Il n'y avait jamais pensé auparavant, mais maintenant cette idée le séduisait beaucoup. Il voulait encore tester Renji sur sa personnalité pour creuser un peu plus son personnage.
La dernière feuille avait été noircie par de beaux kanji eux aussi bien formés, à l'image de ceux de Kira. Chaque élément en avait été tracé avec doigté, et même un peu trop d'application, mais il en ressortait un texte fluide et parfaitement homogène, un peu plus long que ceux des autres.
« Je trouve ça vraiment très novateur de votre part de nous faire écrire quelques mots. J'aime moi-même énormément écrire, je tiens un journal intime pour ne rien vous cacher dans lequel je déverse mes peines et mes joies. Il y a peu de temps de cela, j'avais perdu un peu espoir de rencontrer enfin une personne qui saurait retenir mon attention, mais vous m'avez prouvé le contraire. Je voudrais tant vous connaître et en savoir plus sur vous, vos goûts et tout un tas de choses; mais je sais bien que ça n'arrivera pas. Je suis un prisonnier, vous êtes un écrivain. Néanmoins, sachez que si vous avez besoin de moi pour votre travail je serai ravi de vous aider, de quelque manière que ce soit...
Votre beauté n'a d'égal que votre talent et Dieu sait que la beauté se fait rare, surtout dans cette prison. Peu de gens beaux, peu de belles choses, j'ai bien cru que le mot « beauté » ne reprendrait plus jamais le sens qu'il avait pris pour moi auparavant. Mais vous êtes arrivé. Et vous, vous êtes beau au moins. »
Ça avait le mérite d'être clair, pensa le jeune homme en soupirant. Yumichika n'avait pas fait les choses à moitié dans son texte et de ce qu'il avait pu en apprendre de cet escroc ces mots collaient parfaitement à sa personnalité si... étrange. La beauté semblait l'obséder et il avait l'air malheureux de ne plus être confronté à la beauté naturelle de ce monde.
Ichigo resta pensif un instant. A bien y réfléchir, il y avait tout un tas de choses qu'il pourrait faire pendant cette heure avec ces prisonniers, mais il semblait bien partie sur le thème de l'écriture et avait envie de continuer. Et il avait déjà son idée sur le prochain atelier...
Mais ses idées nouvelles s'échappèrent aussitôt au son de la sonnerie de sa porte. Immobile un instant, il finit par se lever pour aller ouvrir. Pendant un moment, il crut que c'était encore Shuuhei, mais il se trompait ce n'était pas l'interphone de l'immeuble qui avait sonné. Ça devait donc être un quelconque voisin, l'enquiquinant encore pour assister à une énième ennuyeuse réunion de copropriétaires...
_Salut!
Et non, le sort s'acharnait, c'était bien Shuuhei, tout sourire ou presque, sa veste en cuir sous le bras et pour une fois les mains vides...
_Comment es-tu entré? questionna immédiatement Kurosaki, ne le faisant pas pénétrer son appartement.
_Oh... un voisin est arrivé en même temps que moi alors... je suis rentré avec lui.
_Tu n'as quand même pas fait le pied de grue devant mon immeuble pour ne pas avoir à sonner à l'interphone? s'exclama le roux avec méfiance, qui savait qu'il était prêt à tout.
_Mais non! s'insurgea l'autre, perdant le peu de sourire qu'il était parvenu à étirer.
Ichigo soupira et ferma un instant les yeux. Les visites de Shuuhei l'exaspéraient beaucoup mais en même temps... s'il ne venait pas le voir qui le ferait? Personne. Et il se sentirait bien plus seul encore.
Il finit par se détourner pour le laisser entrer et le brun pénétra le loft décoré par les notes du roux qu'il ne connaissait que très bien.
_Ah... je vois que tu as recommencé à coller tes idées sur les murs, lança-t-il, un peu gêné. Alors l'inspiration coule à flot, hein?
_Parfois j'oublie que tu me connais bien, Shuuhei, commenta Ichigo en se dirigeant dans le salon.
Hisagi sourit, déposant sa veste dans l'entrée et suivant l'auteur dans son salon. Il n'avait jamais eu le moindre doute sur le fait que le jeune homme puisse retrouver l'inspiration de cette manière mais à dire vrai, cela l'embêtait un peu.
Si Ichigo retrouvait l'inspiration cela signifiait qu'il allait une nouvelle fois se perdre dans l'écriture, et Hisagi savait plus que bien que ce que ça signifiait : le roux deviendrait hermétique à tout le monde et ils ne se verraient plus. Et il n'en avait pas envie.
_Alors, pourquoi es-tu venu? demanda l'orangé, reprenant sa place dans son canapé, son mac sur ses genoux.
Hisagi haussa les épaules, un sourire forcé sur les lèvres :
_J'sais pas.
_Comme d'hab.
_Oui et comme d'hab aussi on dirait que tu veux me jeter dès que j'ai franchi le pas de ta porte.
Les deux hommes s'observèrent en chien de faïence mais Ichigo n'avait ni le temps, ni la tête à se battre encore avec lui.
_Je ne te jette pas, et puis... je t'ai laissé entrer, non?
_Ça c'est parce que tu ne sais pas dire non, Ichi, lui répondit-il en prenant place à ses côtés. Tu sais... j'ai réfléchi. Je sais que je suis un peu trop « collant » avec toi. Ce n'est pas vraiment ce que je veux mais...
_Collant? répéta l'autre avec un rire non dissimulé. Je dirai plus « entreprenant » moi!
_Je sais que je suis un idiot et que je ne pense qu'à ce que je veux et pas à ce que toi tu veux.
_C'est vrai...
Ichigo baissa les yeux. Il était tout à coup surprit par ces confessions qui semblaient honnêtes, il ne s'y était pas attendu du tout. Shuuhei avait-il enfin pris conscience de la situation ou bien cherchait-il à se jouer de lui en tirant sur la corde sensible?
_Alors, si tu me dis ici et maintenant de ne plus jamais revenir, de ne plus te revoir je le ferai, lança-t-il, ses yeux noirs braqués dans ceux du jeune homme. Dis-le et je le ferai. Je ne veux plus être un pot de colle ou un parasite.
La demande complètement inattendu glaça les membres d'Ichigo. C'était comme s'il avait attendu une chose pendant si longtemps et qu'une fois qu'il l'avait obtenu... il n'en voulait plus!
_Je... je ne sais pas, répondit-il fébrilement.
_Je croyais que tu en avais assez de moi...
_C'est... plus compliqué que ça.
_Je sais bien.
Il déposa son mac sur le canapé et se leva doucement, faisant quelques pas jusqu'au meuble tout proche où trônait une photo de son père et de ses sœurs. Combien de temps cela faisait-il qu'il ne les avaient pas vus? Des mois. Et pourtant...
_Je me rends bien compte que si tu ne venais pas me voir je serai vraiment seul, Shuuhei. Mais... je ne comprends pas ton espèce de... d'obsession envers moi.
_Je n'ai pas d'obsession, c'est juste que... Je me suis rendu compte que j'avais fait une connerie en te laissant tomber, ça arrive de se tromper, tu sais?
L'orangé ne put qu'acquiescer; et même si son cœur lui hurlait de ne pas retomber dans l'attrape-nigaud d'Hisagi, son corps lui ne pouvait plus bouger.
Le brun se leva lui aussi, rejoignant le propriétaire des lieux, lentement, presque trop lentement. Le temps qui s'écoulait sembla être une éternité pour le jeune homme qui malgré son aversion pour la situation ne fit rien pour empêcher ce qui allait se produire. Il savait plus que bien que Shuuhei n'abandonnerait pas aussi facilement, même si son petit discours lui avait paru sincère, il était toujours aussi entreprenant.
_Tu me rejettes et pourtant tu me regardes avec ces yeux, commenta le brun, déposant une main sur la hanche du roux. Est-ce que tu sais avec quels yeux tu me regardes au moins?
_Tu te fais des idées!
_Je ne me fais pas d'idées et je le sais très bien. Depuis tout ce temps, tu n'as pas eu le cran de m'envoyer balader une bonne fois pour toute alors que tu en avais envie. Et tu sais pourquoi tu ne l'as pas fait?
Ichigo tenta de se reculer face au visage inquisiteur qui le surplombait, mais ses reins heurtèrent douloureusement le meuble derrière lui, le coinçant, à la merci de l'inspecteur.
_Je ne veux pas l'entendre, bredouilla-t-il, plaquant ses mains sur ses épaules pour tenter de le repousser.
_C'est parce que tu m'aimes encore, toi aussi.
_Tu n'arrêteras donc jamais de revenir à la charge?
Hisagi étira un sourire charmeur et répondit dans un souffle :
_Tu me connais, non?
Et il étouffa la réplique d'Ichigo dans un baiser. Ses lèvres s'apposèrent doucement sur les siennes redoutant sans doute un rejet de sa part, mais Ichigo n'en fit rien. Gardant les yeux ouverts alors que le policier lui donnait un second baiser un peu plus long, il se demanda ce qui pouvait bien clocher chez lui.
Il était persuadé de ne plus avoir aucun sentiment pour cet homme, et pourtant son cœur battait la chamade alors que les mains du brun enlaçaient sa taille et que son souffle réchauffait sa joue. Il le laissa faire sans rien dire, jusqu'au bout, laissant sa bouche jouer contre la sienne, sa langue s'inviter à rencontrer la sienne. Il ferma les yeux, un million de pensées contradictoires s'insinuant dans son esprit. Non, il ne pouvait pas se laisser aller de la sorte, il avait un travail à continuer, personne ne pouvait l'en distraire et il ne pouvait retomber dans la passion... Mais toutes ces visites de Shuuhei, inconsciemment il les avait attendues, les unes après les autres, attendues et redoutées... Voir son visage l'avait toujours soulagé, même si à chaque fois ils finissaient par se disputer.
Il ne se comprenait plus lui-même. Que cherchait-il? A retomber dans les bras de l'inspecteur, à le chasser ou bien attendait-il de lui une quelconque amitié?
Il ne savait plus... Il ne savait pas quoi faire. La situation tant redoutée s'était produite et malgré cela il ne disait rien. Il ne l'en avait même pas empêché.
_Il faudra qu'un jour tu arrêtes ce petit jeu, murmura l'orangé libéré de la bouche sauvage du brun.
_Mais... tu m'as embrassé.
_C'est toi qui m'as embrassé, objecta l'autre.
_Ne joue pas sur les mots.
Mais il était déjà trop tard. Ichigo se savait maintenant impuissant, il avait succombé à nouveau au charme d'Hisagi Shuuhei et une fois qu'il avait posé ses mains sur lui, il ne pouvait plus s'en défaire.
Et en plus de cela honnêtement, il en avait envie, vraiment très envie.
_Si seulement tu me laissais pénétrer ton lit tous les jours, souffla-t-il contre la joue de l'orangé, penché au-dessus de son corps nu.
_Je te laisse déjà pénétrer autre chose, tu en veux toujours plus, répondit l'autre en plaquant ses mains derrière sa nuque pour l'attirer plus près.
Ce qui l'avait séduit chez lui c'était ses yeux noirs comme la nuit, son assurance infinie, son allure sombre et sexy, son corps si désirable. Ichigo ne pouvait nier le fait que Shuuhei avait été le meilleur amant qu'il n'ait jamais connu. A chaque fois qu'il entrait son lit il avait toujours envie d'en avoir plus, encore et encore, tout simplement parce qu'il savait lui faire l'amour comme personne.
C'était à chaque fois explosif mais Kurosaki pensait qu'il lui manquait, par moment, un petit soupçon de folie...
Ce grain de folie qui aurait fait qu'il serait resté fou de lui, quelque chose en plus, quelque chose qu'il ne pouvait trouver chez les autres.
Pourtant, il aimait sentir le bout de ses doigts descendre le long de son cou, s'inviter entre ses pectoraux, jouer avec ses mamelons durcis. Et à l'entente de ses soupirs d'extase, Shuuhei étirerait un large sourire de contentement, s'émerveillant continuellement du si beau visage d'Ichigo étiré par les méandres du plaisir. Il connaissait ses désirs mieux que personne, il savait les combler également mieux que personne. Les deux hommes ne pouvaient être autre chose que des âmes sœurs. Mais voilà, ce n'était pas tout à fait le point de vue de Kurosaki qui voulait lui, passer l'épreuve douloureuse de leur précédente rupture et s'assurer que cet homme ne lui ferait plus jamais de mal.
C'était compréhensible, mais Shuuhei avait l'impression qu'il ne ressassait cette histoire que pour l'enfoncer dans une culpabilité toujours plus profonde, de façon à lui faire ressentir la douleur que le jeune homme avait éprouvé.
_Après ces trois parties de jambes en l'air, je veux bien te croire quand tu me dis que tu n'as pas trouvé d'autres hommes pour des histoires sans lendemain. Ça fait combien de temps que t'as pas...?
_Mph... Depuis la dernière fois qu'on l'a fait ensemble.
Le corps nu du rouquin se tourna vers celui également nu de son voisin. Il l'observa, incrédule.
_Quoi?
_Parce que tu penses que j'ai que ça à faire? Sortir et draguer des mecs pour les mettre dans mon lit? rétorqua Hisagi, quelque peu touché dans son amour propre. Bin désolé mais non.
_Ce n'est pas ce que je voulais dire, souffla Ichigo en se redressant assis sur le lit défait. En fait... je ne sais pas, je sais que tu es plutôt... actif sexuellement, tu aimes le faire souvent alors...
_Oui, mais quand j'aime quelqu'un je ne suis pas du genre à aller voir à droite et à gauche.
Une main glissa le long du dos voûté de Kurosaki, lui donnant un frisson étrange, presque désagréable. Et lui qui avait toujours cru que Hisagi, avec son physique, sa classe et sa tchatche, passait ses week-end à ramener des jeunes hommes dans son lit. Quel imbécile il faisait!
_Je suis désolé, s'excusa-t-il pour son comportement, mais j'ai encore du mal à digérer tu vois. Quand tu m'as largué.
Shuuhei poussa un long soupir et se redressa pour s'asseoir sur le bord du lit.
_Si on recommence à s'engueuler à propos de ça, je préfère m'en aller.
Ichigo se retourna vers lui, l'observant rassembler ses affaires et enfiler sa chemise blanche. Alors il n'y avait vraiment pas moyen d'avoir une conversation utile et réfléchie avec ce type? Il fronça les sourcils :
_Ah alors tu t'en vas? Tu as eu ce que tu voulais alors tu peux te casser, c'est ça?
_Mais qu'est-ce que tu racontes? gémit l'autre en sautant dans son pantalon, le front contracté. Je m'en vais parce que je sais que tu vas encore ressasser les mêmes âneries! Bordel j'ai pas été assez clair tout à l'heure, nom de Dieu?
_Oh si tu as été assez clair! répliqua-t-il en le pointant d'un index accusateur. Tout ce que tu voulais c'était te jouer de ma naïveté et de ma candeur ou je ne sais quoi et pouf! me voilà à poils après que tu en aies bien profité. Je ne suis qu'un con!
_C'est ça, et moi qu'un gros salaud, profiteur et en plus manipulateur! Je crois que j'ai compris maintenant, en fait j'avais raison, tu voulais dire « oui » à ma question de toute à l'heure, hein?
_Quoi? Quelle question?
_Laisse tomber...
_Quelle question? répéta Ichigo sautant sur ses pieds pour suivre le brun qui s'en allait à toute vitesse.
Mais Hisagi filait comme le vent, attrapant sa veste au passage et claquant la porte derrière lui après l'avoir franchie. Tel un voleur il s'était tout simplement enfuie alors que le rouquin n'avait voulu que des explications lucides sur leur relation passée.
_Mais quelle question putain?
Kurosaki cacha son visage entre ses mains, il l'avait su de toute façon que ça finirait comme ça. Ça finissait toujours comme ça lorsqu'ils retombaient dans les bras l'un de l'autre, il ne pouvait rien y faire. Hisagi avait clairement eu ce qu'il voulait depuis longtemps et maintenant il n'allait plus entendre parler de lui pendant un très long moment, il en était persuadé.
Il s'était encore fait avoir comme un bleu alors qu'il connaissait ce type depuis presque cinq ans maintenant.
_Kurosaki Ichigo tu n'es qu'un gros con naïf.
Alors qu'il avait eu tout le mal du monde à se remettre de son altercation et de ses ronds de jambes érotiques avec Shuuhei, Ichigo décida de retourner à son travail plus vite que prévu pour occuper son esprit et se défaire de ses pensées un peu trop envahissantes qui ne se tournaient que vers l'inspecteur entreprenant. Après tout c'était bien ce qu'il avait voulu lui aussi, non? Qu'enfin le brun le laisse tranquille, qu'il arrête de pourrir ses journées par ses innombrables allées et venues chez lui, cherchant simplement à le séduire encore une fois. Il lui avait dit qu'il l'aimait toujours, mais le roux en doutait.
S'il l'avait aimé comme il le disait, il aurait au moins écouté ce qu'il avait à dire et il aurait fait un effort pour entrer dans la conversation. L'amour était fait de compromis mais ça, Shuuhei ne l'avait jamais compris.
Ichigo avait prit sa voiture jusqu'au cœur de la ville et se trouvait maintenant devant un bâtiment imposant, cherchant de ses yeux avides le nom de celui qu'il était venu voir. L'ayant trouvé, il appuya sur la sonnette appropriée et pénétra le bureau de la secrétaire de son ami qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs mois.
_Ku... Kurosaki-sama!
La secrétaire, Inoue Orihime, sauta sur ses pieds et devint rouge comme une tomate en voyant entrer l'ami de son patron, dont elle était fan depuis des années.
Secrètement – enfin tout est relatif - amoureuse de l'écrivain depuis qu'elle l'avait rencontré deux ans plus tôt, la jeune femme replaça d'un geste nerveux ses longs cheveux châtains sur sa poitrine protubérante espérant jouer le jeu du charme. Mais cela n'avait jamais marché sur le rouquin, et pas plus aujourd'hui.
_Est-ce que je peux le voir? demanda Ichigo, désignant du menton la double porte fermée face à lui.
_Euh... oui, oui! Il est seul et... et... il n'a plus de rendez-vous ce soir. Allez-y.
_Merci.
Ichigo frappa deux coups secs contre la porte, directement sous la plaque dorée qui indiquait :
« Ishida Uryuu, expertise calligraphique »
_Tiens, Kurosaki, pour une surprise...
Le jeune homme brun replaça savamment ses lunettes sur son nez, gratifiant Ichigo de ce même regard depuis qu'ils étaient lycéens. Assis derrière son bureau, raide comme un piquet, ses cheveux noirs corbeau coiffés comme lorsqu'il était en terminale, Ishida Uryuu n'avait pas changé d'un poil.
_Désolé de débarquer à l'improviste mais... j'ai besoin de toi.
Ishida travaillait maintenant avec succès, et une certaine réputation, comme expert en calligraphie offrant ses services la plupart du temps aux notaires ou encore à la police. Ichigo et lui s'étaient côtoyés au lycée, dans la même classe et s'étaient retrouvés quelques temps plus tard grâce à Shuuhei, lors d'une affaire criminelle sur laquelle l'ex-amant d'Ichigo avait eu besoin des lumières de l'expert. D'ailleurs, à la suite de la sortie de son roman, Ishida avait laissé entendre à son ancien camarade de lycée qu'il avait été très déçu de ne pas apparaître dans le livre...
Les deux hommes n'avaient jamais été très « amis » pendant leurs années lycée et n'avaient pas vraiment donné de suite à leurs retrouvailles. Pourtant, ce fut avec amitié que Uryuu accepta de rendre service à son ancien camarade, avec certainement une idée derrière la tête, pensa le roux.
_Qu'est-ce que c'est que ça? demanda le brun en chaussant une autre paire de lunettes alors que l'orangé venait de placer sous ses yeux une feuille noircie par d'étranges signes répétitifs.
_Tu n'es pas sans savoir, je pense, que j'anime un atelier dans la prison de Tokyo, hein? questionna l'orangé en prenant place de l'autre côté du bureau, face à l'expert.
Les yeux interrogateurs d'Ishida se levèrent sur lui :
_Oui, j'en ai entendu parler.
_Ce que tu vois là, c'est moi qui l'ai refait. En fait, c'est la reproduction d'une soit disant signature de l'un des détenus. En fait, j'espérais que tu pourrais m'aider à savoir si cette personne sait ou non écrire.
Uryuu haussa les sourcils, puis reporta un instant son attention sur la feuille gribouillée. Ses yeux étudièrent un instant les traits quelque peu fouillis reproduits par Ichigo, puis il s'éclaircit la gorge, étirant un sourire crispé qui se voulait moqueur :
_Tu plaisantes? demanda-t-il enfin en haussant les épaules, incrédule. Comment veux-tu que je le sache avec un tel spécimen qui n'est même pas l'original!
_Je sais que c'est idiot et que ça peut très bien ressembler à une signature banale ce truc mais... le type refuse de lire quoique ce soit, il refuse d'écrire le moindre kanji. Et au moment de signer, il a agrippé son crayon comme ça...
Le roux s'empara d'un stylo tout proche dans l'idée de reproduire devant son ami les gestes fait par Grimmjow.
_Hé! s'écria Uryuu.
_Comme ça, regarde attends...
Devant les yeux remplis d'incompréhension d'Ishida, Ichigo reproduisit les gestes et ce que Grimmjow avait tracé sur sa feuille. Le brun l'observa faire, sans l'en empêcher, et détailla même avec attention chaque mouvement du rouquin.
_Il a mis très longtemps à faire ça, commenta-t-il, on l'a presque forcé. J'ai pensé que c'était de l'obstination qu'il ne voulait tout simplement rien faire mais je crois que c'est plus que ça...
_Mph... Écoute, je... je ne peux certainement pas faire une expertise sur un spécimen qui n'est pas l'original en me basant sur des choses que tu as vues toi et dont je n'ai pas été témoin.
Ichigo soupira, il en était sûr. Mais c'était sa seule chance! Il ne pouvait pas demander à Uryuu d'entrer dans la prison pour rencontrer Grimmjow.
_Mais d'après ce que tu m'en dis...
L'expert saisit lui aussi un crayon, et s'empara d'une feuille vierge qui trainait sur son bureau. Après quelques instants d'étude de la « signature » de Grimmjow il répliqua les traits sur sa propre feuille, hochant de la tête avec concentration.
_Vu les traits, et ce que tu as fait, le premier trait qui a été fait est celui-ci. Une vulgaire barre, ou tout du moins ce qui y ressemble, en diagonale, à peine droite. Le second serait celui-ci qui vient rencontrer cette barre pour former une sorte de croix. La croix étant souvent ce qu'on considère comme une « signature » la plus simple et la plus formelle. C'est aussi l'un des signes les plus faciles à tracer, ou presque. Pour un enfant, c'est très dur d'amener les deux traits à se croiser.
_Alors...?
_Alors, il est possible que ton prisonnier ait reproduit une croix, ou ait tenté, sans doute parce qu'il en avait vu une précédemment, et savait que ça pouvait faire office de signature. Mais je doute en effet qu'il sache signer.
_Et donc qu'il ne sait pas écrire?
Uryuu leva un index, histoire de faire une objection :
_J'ai dit qu'il ne savait certainement pas signer, mais c'est sans compter sur le fait que l'homme a juste voulu se jouer de toi. De plus, ne pas avoir de signature propre ne signifie pas ne pas savoir écrire.
_Oui mais... c'est quand même probable qu'il ne sache pas, hein?
_C'est fort probable.
Fort probable. C'était tout ce qu'il avait trouvé à lui dire sans l'original de Grimmjow. Ça n'avançait Ichigo pratiquement en rien mais c'était déjà confirmer son hypothèse à 90% au moins.
_Si tu m'apportes un original alors je pourrais peut-être te le confirmer, mais sans ça...
_Je comprends bien. Merci Uryuu.
Le jeune homme allait quitter la pièce lorsque la voix, quelque peu intéressée de son ancien camarade, le rattrapa :
_Si je comprends bien, tu prends ça très à cœur, hein?
Ichigo se retourna vers lui, étirant un sourire amical :
_Oui. Même un peu trop.
_Et j'imagine que si tu découvres que ton prisonnier est illettré tu vas t'en servir dans ton bouquin. Un superbe personnage principal, n'est-ce pas?
_C'est possible oui, répondit-il en perdant son sourire, se rendant compte que Uryuu savait toujours autant lire en lui. Pourquoi?
Ishida cligna des yeux, patientant quelques instants avant de reprendre :
_Dans ce cas, dans le livre aussi tu vas avoir recours à un expert calligraphique?
Ichigo sentit son corps se détendre pour éclater d'un rire franc; il s'était demandé où il voulait en venir, mais maintenant il comprenait clairement.
_Ah! Tu veux que je te fasse de la pub, c'est ça, Ishida? Si c'est ça que tu veux tu as plutôt intérêt à te rendre utile. Je t'apporte un original et t'as plutôt intérêt à me sortir tout ce qui sera intéressant.
_Mph... Je suis le meilleur dans mon domaine, tu en doutes? De toute façon, tu n'irais pas consulter un autre expert. Tu n'as pas le choix.
_J'avais oublié comme tu peux être trop sérieux par moment...
_Tout comme toi, Kurosaki.
Ichigo dodelina de la tête, à la fois ennuyé et amusé par ce dialogue. Ils n'étaient définitivement plus de petits lycéens à l'aube de leur vie. Tous deux savaient maintenant ce qu'ils faisaient et surtout ce qu'ils voulaient. Et puis, l'orangé n'était pas contre faire de la pub à Uryuu si seulement il l'aidait à comprendre le pourquoi du comment de Grimmjow Jaggerjack...
La veille du second atelier...
Grimmjow ouvrit un œil, recroquevillé sur lui-même, blottit dans un coin de sa minuscule cellule d'isolement affreusement crasseuse et noire comme la nuit.
Six jours qu'il était enfermé là-dedans, six longs jours et six longues nuits. Mais Jaggerjack ne s'était pas vraiment ennuyé, loin de là.
L'isolement n'était pas une punition en soit pour lui et il avait pas mal de souvenirs en mémoire pour s'occuper tout ce temps. Des souvenirs qui l'amenaient à étirer un large sourire carnivore et qui faisaient briller ses pupilles turquoises d'une toute nouvelle lumière depuis qu'il était enfermé dans l'enceinte nippone.
Le goût du sang, la saveur de l'hémoglobine de Kurosaki Ichigo piquait encore sa langue après tout ce temps. Un peu comme un tatouage fraichement fait, une blessure suintante il le ramenait à chaque fois à la réalité. Ce goût le laissait espérer des choses bien meilleures encore auxquelles ils voulaient goûter. Mais sa position était un réel problème : pour avoir goûté au fruit défendu il était maintenant condamné à rester ici et donc à ne plus jamais revoir l'écrivain.
A moins que la chance ne soit enfin de son côté...
Des pas se firent entendre dans le couloir morose du sous-sol de la prison, des pas que le bleuté attribuèrent à l'un des gardiens des cellules d'isolement et qu'il ne tarda pas à interpeler :
_Hey! Chad!
Yasutora Sado, surnommé "Chad" par les autres gardes, n'était pas employé de la prison depuis très longtemps. Depuis quelques mois seulement dans l'enceinte, Muguruma avait décidé de le placer en surveillance au sous-sol, aux cellules d'isolement, histoire de le préparer à son futur rôle de gardien dans l'enceinte à proprement parler. C'était le lot de tous les nouveaux gardiens.
Les pas cessèrent, alors qu'ils venaient tout juste de passer devant la cellule du turquoise. L'oreille aplatit contre la porte de fer, Grimmjow étira un nouveau sourire satisfait alors que de l'autre côté le gardien avait stoppé ses pas.
_C'est quand que j'sors?
_Quand le directeur l'aura décidé, lui répondit la voix profonde et trainante du gardien.
_Rah c'est pas très sympa ça! Et Kurosaki il r'vient d'main hein?
_Tais-toi et accepte ta punition Jaggerjack!
Grimmjow s'assit dos à la porte, ses épaules secouées pendant un instant par un rire amusé. Mais il se calma aussitôt, son rire remplacé par un grave froncement de sourcils. Il n'y avait qu'une seule chose qu'il désirait... Et si Yamamoto lui interdisait de revoir ce type il n'hésiterait pas à le lui faire payer, il en avait les moyens. Un petit soulèvement ne coûterait pas bien cher au bleuté mais engendrerait une catastrophe pour le directeur. Et Jaggerjack était prêt à lui en faire voir de toutes les couleurs pour lui avoir interdit sa nouvelle proie.
Sa belle et toute fraiche nouvelle proie.
Il s'en pourlécha les babines, il voulait sentir son odeur à nouveau, croiser son regard hargneux encore une fois, sentir sa peau sous ses doigts. Ces cheveux oranges, ce visage fin et parfait, et ses fesses...
_Rah! J'hésite trop ent' goûter encore son sang sucré ou... m'le taper!
Mais une chose n'hésitait pas elle; c'était la bosse qui tambourinait contre son uniforme de prisonnier depuis qu'il pensait à l'écrivain. Grimmjow était très excité par le jeune homme, et il ne se calmerait pas avant de s'être soulagé complètement.
Il étendit ses jambes devant lui, plongeant une main décidée dans son uniforme pour saisir à pleine main son érection palpitante. C'était le signe que cette proie là allait lui apporter un plaisir incroyable...
*à peu près 1 million d'Euros
