Titre : Le roman du prisonnier.
Chapitre : L'inaccessible passé.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Warning : Un peu de violence...
Chapitre 7. L'inaccessible passé.
Un cortège bruyant d'hommes en uniforme grimpait quatre à quatre les escaliers qui menaient au niveau 5. Ce matin-là, les uniformes sombres des gardiens de la prison de haute sécurité passaient en rafale devant les cellules, ceux qui les portaient courant dans un vacarme assourdissant.
Matraques, armes et ceintures de cuir s'entrechoquaient durement sous leurs pas, et partout où ils passaient des détenus s'éveillaient en sursaut, observant le groupe pressé par la petite lucarne de plexiglas.
_Hé! Il se passe quoi là? pouvaient-ils entendre de-ci, de-là.
Les prisonniers s'inquiétaient de ce trop plein d'action si tôt le matin. Il était à peine sept heures et Muguruma Kensei, en tête de file, était déjà plus qu'en forme. Menant la troupe à un train d'enfer, le supérieur des gardiens du niveau 5, semblait abriter une fureur sans nom.
Son air sévère, ses sourcils froncés et la main sur son arme ne faisaient qu'alourdir l'inquiétude des témoins de la scène : quelqu'un avait fait une grosse bêtise et allait subir la colère de Muguruma.
_Jaggerjack!
Et tout le monde put aisément profiter du nom du coupable, et se délecter de la future sentence que le gardien allait réserver au turquoise.
Kensei tambourina à la porte de la cellule du dangereux prisonnier, sans recevoir aucune réponse. Et ce n'était pas cela qu'il attendait mais tout simplement le signal sonore d'autorisation pour l'ouverture de la cellule de Grimmjow. Le bleuté n'était pas un roi dont on attendait l'autorisation pour entrer son antre.
« Cellule 506, ouverture en cours ».
Un grossier bruit métallique indiqua aux hommes que le verrou avait été débloqué, et Love s'empressa d'attraper la poignée de la porte de fer pour l'ouvrir en grand, les six autres gardiens venus en renfort créant en cercle autour de l'entrée, prévoyant une entourloupe du bleuté.
Mais il n'en fut rien...
_Jaggerjack!
Kensei pénétra dans la cellule froide et humide de l'homme sauvage tel un conquérant, les poings serrés et les yeux plissés pour tenter de discerner un début de silhouette dans l'obscurité. Une tenace odeur de transpiration et de renfermé y régnait. Il était bien là, dans son lit, et semblait à peine s'ébrouer suite à ce réveil plus que brutal :
_Qu'est-ce t'as connard? C'est quoi c'bordel? maugréa-t-il en se frottant les yeux, éblouit par la lumière qui entrait pas sa porte de cellule ouverte.
_Putain!
Mais Muguruma ne lui répondit pas. Ses yeux s'étant quelque peu habitués au manque de luminosité, il avait soudain remarqué le mur plus qu'encombré. Et il était resté estomaqué devant le pan de mur recouvert de photos de Kurosaki Ichigo. Et recouvert était un vain mot. L'homme n'avait jamais vu pareille folie, aussi loin que remontait son expérience en tant que gardien de prison, il n'avait jamais eu l'occasion dans sa carrière de se retrouver confronté à... ça!
Et pour tout dire, il avait envie de vomir. Cet homme, ce jeune écrivain qui n'avait rien demandé à personne, cet homme intelligent, sensé, respectable et respecté se retrouvait comme une vulgaire bimbo de bas étage, placardé sur les murs d'une cellule puante.
Kensei ne pouvait pas tolérer cela. Il ne pouvait laisser Jaggerjack salir cet homme qui jusqu'ici n'avait fait qu'apporter un peu de divertissement aux prisonniers.
_Viens voir ça...
Love était lui aussi stupéfait. Même s'il avait eu un avant-goût la veille de ces images, il n'en avait même pas vu la moitié et la densité de collages sur le béton le fit réaliser à quel point il avait vu juste. Il avait bien fait de prévenir Muguruma très tôt ce matin-là pour agir au plus vite. Et vu l'ampleur de cette horreur, il se félicita lui-même.
Il se trouvait face à un portrait de l'écrivain tout droit sortit d'un magazine people, lorsque Kensei le rejoignit pour jeter un œil à ce qu'il avait découvert. L'homme de couleur pointa un index hésitant sur une photo bien précise. Sur cette page de papier glacé, une photo d'Ichigo à la plage, visiblement en vacances, à moitié nu sur une quelconque île paradisiaque, capturé par les paparazzis. Mais ce n'était pas ça qui retourna l'estomac des deux hommes.
Love effleura d'un doigt la page du magazine bien abimée, pour en relever une substance blanchâtre qui recouvrait partiellement l'image d'Ichigo, et le porta à son nez :
_Bah! Du sperme...
Les deux hommes échangèrent un regard effaré. Sentant la colère lui monter à la tête, Kensei serra les dents, et fondit sur le prisonnier avant que son collègue ne puisse l'en empêcher :
_Espèce de gros dégueulasse! s'écria-t-il en extirpant tout à coup le turquoise de son lit pour le trainer à terre.
_Kensei! s'exclama Love, choqué de voir pour la première fois son collègue agir si violemment.
Une gifle monumentale frappa de plein fouet la joue du bleuté, une sorte de réveil encore un peu plus brutal qui sortit totalement le prisonnier de la torpeur de son sommeil.
_Kensei! répéta Love, en écarquillant des yeux ébahis.
_Tu vas avoir de gros ennuis Jaggerjack, ça oui!
_J'ai fait qu'me branler un peu, connard!
Muguruma attrapa l'homme par ses épaules nus et le secoua brutalement :
_T'es taré, connard! Tu vas partir chez les cinglés et tire un trait sur Kurosaki je veillerai personnellement à ce que tu ne le revois plus jamais!
_Kensei!
Love s'interposa entre les deux hommes avant que la scène ne dégénère. Grimmjow tomba au sol, la lèvre en sang suite à la gifle magistrale qu'il avait reçue. Aikawa emporta son collègue et ami avec lui quelques mètres plus loin, pour lui chuchoter quelques mots, l'effarement dont il était saisit ne quittant plus son visage.
_Que t'arrive-t-il, tu deviens fou? questionna-t-il, les yeux exorbités, l'observant avec stupeur. Tu pourrais être viré pour ça!
Muguruma le repoussa d'une main, s'écartant de lui :
_Oh je t'en prie! répliqua-t-il avec un rire, essuyant son front trempé de sueur. C'est pas la première fois qu'il se prend une baigne celui-là.
_Oui d'accord, mais pas de cette façon. L'humilier n'est pas... ce n'est pas toi, Kensei! Je sais que tu aimes beaucoup cet écrivain mais tu vas trop loin!
Muguruma resta silencieux et ne put qu'acquiescer. Les reproches du brun semblaient concis et il commença à prendre conscience de la situation. Il soupira, se sentant presque éreintée par ce qui venait de se passer. Et il savait pourquoi il avait réagit aussi violemment, il était sur les nerfs pour une bonne raison.
_Très bien, vire-moi ce bordel d'ici. Arrache toutes les photos et... je veux plus voir la tête de con de cet enfoiré de Jaggerjack.
_On va faire le ménage et surveiller tout ça. Et aussi trouver qui lui a fourni les magazines d'où viennent ces pages.
_J'sais pourquoi tu pètes un câble, Muguruma connard...
Les deux gardes tournèrent au même instant leurs visages en direction de Jaggerjack, à quatre pattes par terre, essuyant la commissure de ses lèvres ensanglantée. Un sourire narquois naquit sur ses lèvres et les yeux turquoises le fusillèrent :
_T'arrives pas à avaler qu'il s'intéresse à moi plus qu'à toi, hein? reprit-il sur un ton mesquin, moqueur, bien trop moqueur. Mais c'est moi qui le baiserai l'premier... J'le baiserai bien profond, et après tu...
_KENSEI!
La sentence ne s'était pas faite attendre. Un immense coup de pied, dans lequel le garde avait mis toute sa force, heurta de plein fouet le visage de Grimmjow, et son corps s'effondra sur le sol dans un choc lourd et douloureux.
_T'ES DINGUE? hurla Love en retenant son ami par le bras.
Kensei était furieux, ses joues gonflées par l'air qu'il ne cessait d'expirer et d'inspirer rapidement, comme s'il venait de faire un marathon. Une épaisse veine palpitait dans son cou et ses yeux restaient braqués sur le corps inerte du détenu., injectés de sang, lançant des couteaux.
Mais Grimmjow ne bougeait plus.
_Bordel, qu'est-ce que t'as foutu, Kensei? Appelez un infirmier, vite!
Love se précipita auprès du corps meurtrit de Grimmjow, il était sans connaissance, le visage en sang, et la bouche grande ouverte.
_Bon sang!
L'homme observa son collègue et supérieur d'un œil réprobateur. Kensei ne semblait même pas avoir remarqué la gravité de la situation. Il restait là, à regarder le corps du bleu étendu sur le sol, immobile, sans faire le moindre geste pour l'aider.
_Aide-moi à le transporter à l'infirmerie!
_Qu'il crève. Il l'a bien cherché, ce connard...
_Kensei!
Mais Muguruma avait tourné les talons et venait de disparaître, laissant son collègue effaré et ses six autres gardiens absolument ébahis par ce qui venait de se produire. Le grand et imperturbable Muguruma Kensei venait de faire la pire erreur de sa carrière, et peut-être la dernière.
Loin de toute cette agitation et du comportement tragique de Muguruma Kensei, Ichigo était attablé dans sa cuisine, une tasse de café à la main et le journal ouvert à la rubrique littérature. Il sirotait sa boisson tranquillement, s'attardant sur les dernières sorties de ses « rivaux » en terme de romans. Quelques uns d'entre eux retinrent son attention, mais il constata avec délectation que le sujet carcéral était comme d'habitude absent des publications. Le sujet restait donc une première, et il allait leur en mettre plein la vue!
Il savait que lorsque le moment serait venu de publier son œuvre, le journal lui accorderait une page entière rien que pour en parler. Et cela le mettait étrangement de bonne humeur, il était sûr que son livre allait faire un tabac. Cette pensée lui arracha un sourire et il porta sa tasse à ses lèvres lorsque une mélodie lointaine l'immobilisa. Son téléphone portable se mit à sonner dans sa chambre et le jeune homme délaissa sa lecture pour aller répondre. Si tôt le matin ça ne pouvait être que son père ou pire encore...
_Si c'est Hirako je jette mon portable dans les toilettes! Oh!
Mais ce n'était pas Shinji. L'écran de son téléphone indiquait « Muguruma K. ». Si tôt le matin? Interloqué, le jeune homme pensa immédiatement qu'il l'appelait au sujet de Grimmjow.
_Allô?
_Bonjour, c'est Muguruma Kensei, désolé de vous déranger si tôt un matin mais... Yamamoto-san et moi avons besoin de vous voir. Le plus vite possible.
Surpris par cette demande visiblement urgente, Ichigo resta muet. Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'il le contacte? La voix sombre et à la fois bien trop sérieuse du gardien éveilla son intérêt :
_Est-ce que tout va bien? demanda-t-il. Ça a un rapport avec Grimmjow? Il va bien?
_Oui, ça a un rapport avec lui. Et... pour tout vous dire, il ne va pas vraiment bien.
Le roux fronça les sourcils, interloqué :
_Que voulez-vous dire?
_Nous avons besoin de vous parler de lui. Sérieusement.
_Bien, bien, je vois. Laissez-moi le temps d'arriver, je saute dans ma voiture et j'arrive.
_Merci beaucoup.
_A tout de suite.
_Merci.
Kurosaki n'avait pas la moindre idée de ce qui avait bien pu se passer pour qu'on lui demande de venir à la prison si tôt pour un problème avec Jaggerjack. Quelque chose de grave s'était passé? Ça en avait tout l'air...
_Pfff...
Il sauta dans sa voiture après avoir terminé son café, décidant de ne plus se poser de questions pour l'instant. Il aurait les réponses une fois arrivé dans l'enceinte carcérale. Mais malgré tout, il ne pouvait s'empêcher de se faire du soucis. A propos de Grimmjow...
Lorsqu'il pénétra dans le bureau silencieux de Yamamoto, quelques minutes plus tard, la gravité des deux hommes présents le surprirent. Muguruma n'osa pas le regarder dans les yeux, ou tout du moins à peine, et le vieux directeur était assis derrière son bureau, les doigts croisés, paisible mais tourmenté à la vue de son visage.
_Que se passe-t-il, messieurs?
_Merci d'être venu aussi vite, Kurosaki-sama. Nous avons conscience que vous êtes un homme pris mais ceci ne pouvait pas attendre, commença Yamamoto en le dévisageant avec gravité.
Le directeur marqua une pause, invitant l'écrivain à prendre un siège pour poursuivre leur conversation. Ichigo s'exécuta, jetant un regard perplexe en direction de Muguruma qui se tenait en retrait, debout près de la fenêtre, les bras croisés sur son torse et le visage baissé.
_Malheureusement, il va falloir tirer un trait sur votre travail avec Grimmjow Jaggerjack. Je ne peux le garder dans cette prison plus longtemps.
_Quoi?
Ichigo lança un regard désespéré en direction de Kensei, qui ne le regardait toujours pas.
_Voici l'objet du crime. Et croyez-moi bien, qu'au nom de notre établissement, nous sommes accablés et désolés par ses actes. Acceptez nos plus plates excuses.
Yamamoto glissa en direction du jeune homme, une photo de lui en couleur sous plastique, provenant d'un quelconque magazine people. La photo semblait abimée et par endroit, elle semblait avoir été mouillée...
_Qu'est-ce que ça veut dire? demanda le jeune homme, fronçant les sourcils, alarmé par tout ça.
_Nous avons découvert ce matin que Grimmjow Jaggerjack avait tapissé sa cellule d'innombrables photos de votre personne. Partout, il y en avait partout.
_Quoi?
Kurosaki était de plus en plus affligé, et quelque peu apeuré par leurs mots. Que tentait-il de lui dire? Que Grimmjo était obsédé par lui? Qu'il l'avait pris pour cible, ou bien...?
_Je préfère vous avertir qu'il entretient une sorte d'admiration malsaine pour vous, si vous voyez ce que je veux dire, ajouta Muguruma.
_Et... mais... vous n'allez pas le...?
_Si, nous allons le transférer en cellule psychiatrique, pour une période indéterminée, après que le psychiatre ait donné son verdict. Il en va de votre sécurité et de sa propre santé mentale, continua le vieil homme. Et pour votre sécurité, cet homme ne doit plus entrer en contact avec vous. Je comprends qu'il s'agisse là d'un coup dur pour votre travail.
Ichigo se laissa le temps d'avaler la nouvelle, bouche bée et cœur battant. Dans sa tête, il s'imaginait déjà devoir écrire son roman sans pouvoir profiter de son personnage principal... Ou non, plutôt il ne pouvait se l'imaginer!
_Il n'y a aucun moyen de faire autrement? demanda-t-il, le regard implorant. J'ai besoin de lui! J'ai encore tellement de choses à lui demander, à voir avec lui! Vous ne pouvez pas me faire ça!
_Désolé, mais vous étiez prévenu.
_Non, c'est faux! répliqua-t-il en laissant ses nerfs lâcher. J'étais prévenu en termes de sécurité personnelle, et j'ai toujours tout accepté! Les gardes, les menottes autour de ses poignets, la somme colossale d'argent que je vous ai versée et maintenant ça? Mais qu'est-ce que vous attendez de moi, bordel?
Oui, ses nerfs venaient de lâcher au beau milieu du bureau du très respecté Yamamoto. Mais il avait toujours cette désagréable impression que le vieil homme se jouait de lui, encore et encore. Et s'il comptait lui soutirer encore de l'argent qu'il essaye! Il passerait par d'autres moyens pour avoir l'occasion de discuter avec Grimmjow...
_Il y a également autre chose...
Soudain, l'atmosphère sembla devenir asphyxiante dans la pièce et Ichigo se redressa sur sa chaise, s'attendant à une nouvelle encore bien pire.
_Quoi? Quoi? quémanda-t-il, tournant tour à tour sa tête vers le vieil homme puis vers le gardien. Vous m'avez dit qu'il n'allait pas bien, quoi? Il s'est battu, quoi?
_En quelque façon, oui, répondit Yamamoto. Mais Muguruma Kensei vous expliquera mieux que moi...
Le rouquin n'en était pas certain, mais il avait senti comme une pointe d'agacement dans les propos de Yamamoto. Il se tourna donc vers Kensei qui pour la première fois depuis qu'il était arrivé, osa tourner ses yeux vers lui :
_C'est ma faute, et je tiens à m'excuser auprès de vous. J'ai débarqué ce matin dans sa cellule pour découvrir toutes les... idées malsaines que Jaggerjack avait envers vous et... Lorsqu'il a énoncé des propos insultants et pervers envers votre personne, j'ai perdu le contrôle.
Kurosaki fronça les sourcils puis se tourna à nouveau vers le vieil homme, ouvrant la bouche pour dire quelque chose sans que les mots ne puissent se former. Toujours aussi perdu par ce qu'il entendait, il commença à perdre patiente :
_Quoi? Que s'est-il passé? Vous n'allez pas l'envoyer en psychiatrie simplement parce qu'il s'est m... masturbé un peu!
_Ce n'est pas ça! reprit Kensei en haussant la voix, quelque peu agacé. Il... il a poussé le bouchon et il a dit ces choses, j'étais en colère, je ne les ai pas acceptées! Je ne pouvais pas accepter qu'il parle de vous en ces mots alors j'ai agit! Je l'ai frappé.
_Quoi?
_Et maintenant il est à l'hôpital, sans connaissance, avec des dizaines de points de suture, ajouta Yamamoto sur un ton déçu.
L'orangé ferma les yeux sous le coup de la nouvelle. Merde... Ça ne pouvait pas être vrai, pas maintenant! Pas après tous les efforts qu'il avait fait pour avoir l'opportunité d'avoir ce type avec lui une heure par semaine! Non, le sort s'acharnait!
_Pourquoi? Pourquoi vous avez fait ça? demanda-t-il soudain en serrant les poings, tous ses reproches se tournant vers Muguruma. Je croyais que vous aviez compris combien tout ça était important! Grimmjow est important pour ce roman, et vous le saviez!
_Je sais.
_Sachez que Muguruma Kensei va essuyer une sanction très lourde pour sa faute, reprit Yamamoto. Il va de soit que tout cela ne restera pas impuni. Et pour le préjudice que cela vous porte, je vais vous rendre votre argent.
_Non! Non, gardez-le mon foutu fric! Gardez-le! Je... j'arrive pas à le croire! J'arrive pas à croire que vous ayez fait ça! J'avais confiance en vous! s'écria-t-il en direction de Kensei, accablé par la déception de voir son projet s'envoler. Et vous, vous avez tout foutu en l'air!
_Et qu'aurais-je dû faire quand un type cinglé tapisse sa cellule de photos d'un homme respectable, qu'il... qu'il se masturbe jusqu'à en salir votre image? Et qu'il énonce des propos absolument obscènes et que...
_Mais qu'est-ce qu'il a dit? s'écria-t-il en le coupant et en se levant pour se placer face à lui. Qu'a-t-il dit de si effroyable, dites-moi!
_Je ne peux pas le dire!
_Dites-le!
_Non! C'est... trop dégueulasse!
_Je veux l'entendre!
_Vous ne l'entendrez pas!
_Bordel de...
_Il a dit : « c'est moi qui le baiserai le premier, je le baiserai bien profond ». En parlant de vous.
Un silence de plomb tomba sur la pièce. Ichigo crut même que le temps s'était arrêté tant l'ambiance venait soudain de devenir... glauque.
Entendre ces mots absolument vulgaires sortir de la bouche du vieil homme assis religieusement derrière son bureau venait de calmer toute la colère d'Ichigo, et celle de Kensei en même temps.
_Oh...
L'orangé resta un peu secoué. Ou plutôt, non il ne l'était pas, il se sentait plutôt... non, il ne pouvait pas se sentir ainsi, ce type était un « taulard » et même s'il avait envie de lui de cette façon il restait un dangereux prisonnier qui avait fait des choses pas très malignes en pensant à lui. Mais pourtant, son intérêt pour Ichigo ne semblait pas n'être que fictif. Et cela, l'écrivain ne savait réellement quoi en penser.
Devait-il avoir peur? Devait-il plutôt s'en sentir... heureux? Non, il ne pouvait pas éprouver ni l'un ni l'autre de ces sentiments.
_Il a dit ça? Oui, je vois...
_Vous comprenez maintenant la folie de cet homme? Mais cela ne permet pas de comprendre le comportement absolument inqualifiable que Muguruma Kensei a eu.
_Oui, oui, bien sûr.
Muguruma et Yamamoto échangèrent alors un regard étonné. Ichigo recula de plusieurs pas, ses yeux dans le vague et ses gestes hésitants devenant de plus en plus inquiétants. Il se dirigeait tout droit vers la porte de sortie et les deux hommes se demandèrent si la nouvelle n'avait pas causé chez lui un effroyable choc.
_Kurosaki-sama!
Kensei rattrapa l'orangé alors que celui-ci venait de faire volte-face et de s'enfuir du bureau du directeur. Il l'avait rattrapé au milieu du couloir et visiblement, Kurosaki était bien pire que perdu; il avait l'air presque... drogué.
_Je suis désolé, énonça rapidement l'homme aux cheveux argenté. Je... vous m'écoutez?
_Oui, oui.
_J'ai... tant qu'on y est j'ai aussi autre chose à vous dire. Vous voulez bien m'écouter à nouveau?
_D'accord.
_Je... je ne sais pas comment vous dire ça. Oh bon sang!
Le gardien prit sa tête entre ses mains d'une façon coupable :
_Je ne veux pas vous accabler encore plus surtout après tout ce que vous venez d'apprendre, mais... je suis coupable, pour tout. Et... je voulais aussi vous dire que... ma... ma moitié et moi avons décidé d'en rester là.
Soudain, sous l'annonce de cette nouvelle, Kurosaki sembla reprendre une attitude plus normale, plus censée. Ses yeux se posèrent sur l'homme face à lui et l'observèrent avec méfiance. Il fronça les sourcils :
_Pourquoi?
_L'homme dont je vous parlais... n'est autre que Hisagi Shuuhei votre ex-petit-ami.
_Quoi?
_Croyez-moi j'ignorais qu'il était cet homme et... et que vous aviez été ensemble si longtemps! Après notre dîner hier, je l'ai rejoint et je lui ai dit que j'avais dîné avec vous. C'est là qu'il m'a dit que vous étiez le grand amour de sa vie et que... Enfin nous avons pensé que c'était plutôt étrange. Je veux dire... Je sors avec votre ex et nous... enfin, nous travaillons ensemble. Enfin, si votre projet est toujours d'actualité. A cause de moi certainement plus.
_Vous...
Ichigo n'arrivait pas à le croire. Alors Hisagi avait « rencontré quelqu'un » et ce quelqu'un c'était... Muguruma Kensei? Comment? Quand?
_Il est venu il y a deux semaines environ à la prison, ici même, concernant une enquête. Il devait interroger un prisonnier de niveau 5 et j'ai assisté à l'interrogatoire. Nous avons sympathisé et décidé de faire un petit quelque chose ensemble et de fil en aiguille...
_Stop! Stop, je ne veux plus rien entendre!
Le jeune homme avait placé ses mains sur ses oreilles et secouait sa tête comme s'il était fou. D'ailleurs, celle-ci lui tournait affreusement, il voulait qu'on l'oublie, qu'on le laisse travailler tranquille et qu'on le laisse avoir Grimmjow! Tout ça c'était de la faute de ce type!
_Tout ce qui sort de votre bouche est du poison!
Et sur cette dernière réplique il tourna rapidement les talons et s'enfuit jusqu'au bout du couloir en courant à toutes jambes. Il quitta la prison sans se retourner, la tête prête à exploser et le cœur tambourinant à sa poitrine.
Qui aurait cru à tout ça? Qui aurait cru que toute cette histoire tomberait à l'eau et que l'homme qui initierait ce désastre sortirait avec son ex?
_Bon Dieu d'merde! hurla-t-il, seul dans sa voiture, le plat de sa main tapant furieusement le volant de cuir de sa voiture.
Cet homme qu'il voyait comme son personnage secondaire, à qui il faisait confiance, qu'il avait hâte de pouvoir couché sur papier... il... il l'avait trahi jusqu'à se glisser dans le lit de son ex?
Ichigo n'en pouvait plus. Ses nerfs en avaient trop supporté, il avait déjà essuyé tant d'échecs alors que son roman n'avait pas encore aboutit, il ne pouvait plus continuer comme ça. Il fallait qu'il voit quelqu'un qui le soutiendrait. Il savait qui... Et même s'il savait que c'était sans doute la dernière personne auprès de qui il trouverait du réconfort, il sonna tout de même à sa porte...
Et alors qu'il crut se faire envoyer balader comme un mal propre, une chose étrange se produisit ce jour-là :
_Bonjour... Qu'est-ce que tu fais là?
_Pourquoi vous avez décidé de vous séparer avec Kensei?
Hisagi Shuuhei émit le plus long soupir que la terre n'ait jamais entendu et baissa la tête soudainement, faisant tomber la totalité de ses cheveux pas encore coiffés sur le devant de son front. Son ex était certainement la dernière personne qu'il voulait voir en cet instant, et pourtant, il était bien trop fatigué pour se lancer dans une bagarre des mots avec l'écrivain.
_Ichi...
_Je suis sérieux!
_Comment...?
_Je reviens de la prison, Kensei m'a tout dit.
Le brun releva les yeux lentement, s'appuyant de tout son poids contre la porte entrouverte. Il soupira à nouveau alors que Ichigo attendait la réponse à sa question et que son regard autoritaire laissait entendre qu'il ne déguerpirait pas de si tôt.
_On trouvait simplement bizarre de sortir ensemble avec toi au milieu, voilà tout.
_Pourtant, tu as toujours aimé les plans à trois... Ne me dis pas que tu n'y as pas pensé?
_Ichi... Tu es venu là pourquoi? Pour t'intéresser à moi, me bombarder de reproches ou te foutre de ma gueule?
Kurosaki sembla reprendre son sérieux à ce moment. Il détourna le regard et ses yeux se firent plus doux. Il expira la totalité de l'air contenu dans ses poumons et haussa les épaules, une petite pointe d'anxiété se faisant sentir dans son corps :
_La première solution.
_Et depuis quand tu t'intéresses à moi?
_Depuis qu'on s'est rencontré bougre d'âne!
Hisagi leva les yeux au ciel et se détourna de l'entrée :
_Allez entre! Avant que tout le voisinage ne profite de tes vulgaires insultes et ne porte plainte.
Ichigo ne put s'empêcher d'étirer un faible sourire.
_Ça me rappelle quelque chose ça, lui fit alors remarquer le jeune homme.
_C'était de l'ironie...
_Oui, moi aussi c'était de l'ironie.
Il y avait une chose à laquelle le roux ne s'était vraiment pas habitué depuis sa dernière grande dispute avec Hisagi; c'était de ne plus avoir le brun dans les pattes!
Le voir aller et venir chez lui, s'inviter pour un dîner, l'enquiquiner pour des broutilles et tout ce qui allait avec, étaient des occupations qu'il avait fini par inclure dans son emploi du temps. Il vivait avec, il faisait partie de sa vie de cette manière. Et depuis leur dernière grosse dispute donc, et la rencontre de Shuuhei avec Muguruma, le brun avait définitivement disparu de sa vie. Sans équivoque il n'était plus jamais revenu chez lui, comme mort. Et il venait seulement de se l'avouer sous le coup de la jalousie : ça lui manquait terriblement ses visites impromptues.
Hisagi s'assit derrière son bureau, pianotant sur son ordinateur comme si l'orangé n'était pas là. Celui-ci était resté contre la porte d'entrée, observant son ex avec intérêt, un élan de nostalgie le saisissant à la gorge en constatant que l'appartement impeccablement rangé n'avait pas changé d'un poil. Surtout cette photo encadrée, qui restait tel un vestige sur l'étagère du salon, les deux hommes y posant avec une joie sans égal. Pourquoi la laisser là, comme un trophée, alors que tout était terminé entre eux?
_Qu'est-ce... qu'est-ce qui nous est arrivé, Shuuhei?
Mais il ne s'était pas attendu à ce que l'émotion de se retrouver entre ces murs le gagne si vite.
_Comment on en est arrivé à même plus se parler toi et moi? On... on était super quand on était ensemble! On parlait de tout, on faisait tout ensemble... On s'aimait, non? Et le sexe était... wouahoo!
_Bordel, t'es vraiment venu là pour m'accabler, je le savais!
_Non! Je suis sérieux et...
Hisagi tourna ses yeux vers lui et l'observa avec insistance. Et il comprit que le rouquin n'était pas venu avec de mauvaises intentions, non. Il était simplement venu pour qu'enfin sorte de leur bouche ce qu'ils n'avaient jamais osé se dire depuis qu'ils étaient séparés.
Et pour la première fois depuis très longtemps, les deux hommes osèrent se parler à cœur ouvert.
_Ça t'a fait mal?
La question du brun resta en suspend sous l'étonnement de Kurosaki.
_Quant t'as appris pour moi et Kensei, ça t'a fait mal?
Ichigo mit un certain temps avant de répondre; il n'était même pas sûr de ses propres sentiments, mais il était certain de la façon dont il avait réagit à l'entente de la nouvelle.
_Ouais...
_Si tu veux qu'on tire un trait, va vraiment falloir qu'on tire un trait là dessus tous les deux, Ichi. Et c'est pas en... en agissant comme j'ai pu le faire avant que ça marchera. Je sais que j'ai été un parfait connard à... à courir après une histoire morte, j'ai dû passer pour un gros enfoiré à tes yeux. Mais je ne pouvais pas te résister dès que je te voyais. Alors j'ai voulu aller de l'avant et arrêter qu'on finisse chaque fois au pieux comme avant; j'ai décidé que tu méritais au moins mon respect.
_Alors tu as décidé de voir quelqu'un d'autre?
_Oui. Et ça m'a fait du bien. Pour le peu de temps que ça a duré, ajouta-t-il en soupirant.
Ichigo lui lança un regard de reproches et le brun s'empressa d'embrayer :
_Mais on l'a décidé d'un commun accord. Et puis, je ne me serai pas senti à l'aise en sachant qu'il travaille avec toi et tout ça...
_Il ne travaille pas avec moi, je lui ai simplement demandé de m'aider pour un personnage. Mais vu le déroulement des choses, c'est probable que ça tombe à l'eau.
Kurosaki baissa son visage, ne pouvant réprimer une profonde déception concernant le grand gardien. Il avait mis beaucoup d'espoir en cet homme.
_Pourquoi? s'enquit Shuuhei, surpris.
_Oh rien... Ça s'est mal passé entre lui et Grimmjow, mon prisonnier. Résultats : l'un est à l'hosto et l'autre à deux doigts de se faire virer. Je ne sais même plus si je dois continuer ce roman.
Le policier abandonna l'écran de son ordinateur et pivota sur sa chaise pour faire face à son ex compagnon. Il le connaissait plus que bien, et il savait que lorsque l'écrivain était en proie aux doutes concernant son travail rien ne pouvait le réconforter.
_Tu ne vas quand même pas abandonner ce livre?
_Et comment veux-tu que je fasse? Je n'ai plus rien, plus de quoi m'inspirer, je... je ne sais même plus si c'était une bonne idée. J'ai trop été déçue... J'ai besoin de souffler et d'y réfléchir.
_Alors, pourquoi es-tu venu me voir? Pour exprimer ta déception et trouver du réconfort? Ichi, on...
_Je ne sais pas. Peut-être que... alors que j'avais en tête de tout laisser tomber je me suis dis que j'avais besoin de soutien, quelqu'un qui comprendrait mon désarroi, quelqu'un qui me connaitrait si bien qu'il saurait quoi faire.
_Ouais..., souffla-t-il en soupirant, un peu flatté que Ichigo ait pensé à lui de cette façon.
Hisagi laissa le silence s'installer pendant quelques petites secondes, puis quitta son siège pour avancer vers le jeune homme, dans l'entrée.
_Et je sais quoi faire, lança-t-il avec un regard réconfortant, ses yeux plantés dans les siens et ses mains sur les épaules de l'orangé.
Doucement, il l'attira avec lui pour qu'il le suive jusque dans sa cuisine. Kurosaki se laissa faire, bien trop envieux d'avoir l'occasion de se changer les idées et enfin faire le point sur son travail. Lui qui mettait toujours un point d'honneur à conserver son indépendance et à contrôler sa propre existence, pour une fois il avait envie de se laisser aller pour y voir plus clair et se reposer.
_Tu vas t'asseoir là, dit-il en amenant le jeune homme jusqu'à une chaise où il prit place, et je vais te préparer un bon p'tit plat. Et ensuite on jouera à des jeux vidéos jusqu'à s'en exploser les yeux, comme de gros geek, d'accord?
_Comme avant?
_Exactement!
Il y avait encore une chose que l'orangé avait un peu oublié concernant Hisagi, et qui l'avait fait tomber éperdument amoureux de lui quelques années plus tôt : il avait toujours pu se reposer sur lui. Même si ses problèmes pesaient sur ses épaules comme la misère du monde toute entière, il avait toujours pu avoir son soutient. Toujours. Shuuhei était un homme qui savait vous réconforter et prendre les choses en main lorsque votre vie, votre travail ou votre santé battait de l'aile.
Il avait toujours été plus mature et mieux préparé que lui face à ces problèmes pourtant quotidiens. Depuis la toute première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Ichigo avait décelé chez cet homme trois qualités indispensables chez l'amant parfait :
- la confiance qu'il pouvait lui accorder sans limites;
- sa maturité exemplaire;
- et son talent incontesté pour la cuisine italienne.
Et ce soir-là, il ne put que se rendre compte à quel point son analyse était correcte.
_Et maintenant, tu vas manger. Et on va discuter, comme pour exorciser le démon.
Et c'est ce qu'ils firent. Assis face à face dans la cuisine du brun, ils dégustèrent son risotto à la milanaise, et discutèrent des soucis du roux. Jusqu'à ne plus avoir faim et jusqu'à ne plus avoir de souffle pour parler. Et c'était la meilleure thérapie du monde...
Puis, comme s'il n'avait pas vu le temps passer – et c'était bien le cas – Ichigo jeta un œil étonné à son portable :
_Bon sang, il est déjà si tard?
_Quoi? Tu te lèves tôt demain? demanda-t-il avec amusement, sirotant son Barolo, en grand amateur de vin qu'il était.
_Non, et tu le sais bien. C'est juste que... il faudrait que je rentre à un moment.
_Ichi, tu as bu beaucoup de vin, il est tard, ajouta Shuuhei en se levant pour reboucher sa précieuse bouteille d'alcool. Et puis... on n'a toujours pas fait notre partie de jeu vidéo...
L'orangé sourit. C'était toujours ainsi que se déroulait une soirée parfaite avec Hisagi : un succulent dîner préparé par ses mains, un exquis vin de son choix – toujours judicieux, une longue discussion pour déblayer ses problèmes d'écrivain, et la partie de jeu vidéo. Et Ichigo se sentit étrangement bien.
_Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas joué, je vais être ridicule!
_Mais non! Tiens, si on jouait à Metal Gear Solid, hein? Tu te débrouillais bien sur celui-ci.
_Mouais...
_Allez, viens. Qu'on fasse nos geek un peu!
Et ce fut ainsi jusqu'à très tard dans la nuit, ou plutôt très tôt le matin. Seule la bande son du jeu vidéo et les cris de joie ou de désespoir des deux joueurs se firent entendre. Partie après partie, heure après heure, ils tinrent bon et en oublièrent jusqu'à la terre entière, et qu'entre eux, plus rien n'était comme avant, même s'ils faisaient semblant.
Lorsque les yeux du rouquin commencèrent à se fermer d'eux-mêmes, il décida d'arrêter la partie. Le jour se levait et les deux hommes n'avaient pas vu le temps passer. C'était comme s'ils étaient revenus deux ans et demi plus tôt, peu après leur rencontre...
_Bouah! s'exclama Hisagi en bâillant bruyamment. Je crois que ça va être l'heure d'aller se pieuter... Heureusement que je ne bosse pas aujourd'hui.
_Et moi l'heure de rentrer.
_J'ai une chambre d'amie, tu sais...
Les deux hommes s'observèrent un instant en silence, un silence plutôt gêné.
_Non, sans façon, finit par avouer Kurosaki en quittant sa place sur le canapé.
_Hé! Je ne vais pas te manger! Et puis je suis crevé, que veux-tu qu'il t'arrive de pire que de pouvoir dormir dans la chambre d'amies? Hein?
Ichigo hésita. Après tout, il était complètement K.O, Shuuhei avait des cernes de dix kilomètres de long et était déjà sur le chemin pour sa chambre. Ce n'était que pour dormir.
_Tu peux même fermer à clefs de l'intérieur si ça te chante! Bonne nuit!
Et il claqua la porte de sa chambre, sans un mot de plus. Dans la seconde qui suivit, l'orangé put entendre un choc sourd d'un homme s'affalant sur un grand lit moelleux. Et il avait envie d'en faire de même.
Mais étrangement, et malgré la fatigue, il se demandait pourquoi ça le rendait mal à l'aise comme ça alors que rien ne pouvait se passer?
C'est vrai, rien ne pouvait se passer, décida-t-il en haussant les épaules négligemment et en s'enfermant dans la chambre d'amies, prenant soin de fermer à double tours.
Le grand lit crème était fait et les draps avaient une douce odeur de muguet et aussi... cette étrange odeur qu'il ne pouvait définir, pensa-t-il en se glissant sous ceux-ci, ayant au préalable retiré ses vêtements. Non, en fait il pouvait la définir.
C'était son odeur, celle d'Hisagi Shuuhei.
_Hmfff..., souffla-t-il en s'endormant rapidement, le nez enfouit dans l'oreiller, reput de l'odeur de l'homme qu'il avait tant aimé jadis.
_Ichigo?
Toc! Toc!
_Ichigo?
L'orangé ouvrit un œil brumeux et bougea faiblement dans le lit, la bouche pâteuse et l'esprit embrouillé par une nuit d'un sommeil le plus lourd qu'il n'ait jamais connu.
_Ichigo? T'es mort ou quoi?
_Hein?
La voix d'Hisagi qui lui parvenait depuis l'autre côté de la porte avait fini par le réveiller et étrangement, cette situation lui parut presque... malsaine.
Nom d'un chien, ils étaient des ex, pas de purs inconnus chastes se cachant de la vue d'autrui par peur de montrer leur intimité! Ils avaient vécu ensemble, ils avaient dormi ensemble, ils s'étaient vus nus, ils avaient fait l'amour, ils s'étaient aimés! C'était parfaitement ridicule maintenant de jouer les saintes ni touches en fermant une malheureuse porte à clefs, pensa Ichigo.
_J'ai préparé le petit-déjeuner! Tu devrais venir tant que c'est encore chaud!
Il sauta du lit pour atterrir sur ses deux pieds et s'empressa de tourner le verrou de la porte pour se retrouver face à face avec un Hisagi décoiffé, torse nu, portant un short de football noir en guise de pyjama, une fourchette à la main.
Kurosaki ne se gêna pas pour se montrer non plus, dans un boxer blanc, un œil éblouit par la lumière faible du soleil.
_Quelle heure? bougonna-t-il.
_Seize heures! On a dormi pendant neuf heures, et en fait c'est plutôt un goûter que j'ai cuisiné.
L'orangé sourit, tournant un œil curieux en direction de la cuisine :
_Ça sent bon...
_Gaufres, crêpes, toast, bacon, café, tout ce que tu veux! lança-t-il en levant les bras au ciel, heureux de son exploit.
_Tu es pire qu'un hôtel quatre étoiles!
_Non, mieux! reprit-il avec un sourire. Viens voir.
Il attrapa Kurosaki par la main et le mena jusque dans la cuisine où sur la table l'attendait un « petit-déjeuner » des plus royal. Et il en était plus que fier :
_Tadam!
Placé juste devant la chaise, le journal du jour, ouvert à la page « littérature », une grande tasse de café noir tout chaud, fumant encore...
_Un seul sucre et pas de lait, j'ai toujours bien retenu ma leçon, hein?
… Une assiette débordant de gaufres, de crêpes, de toasts, de la confiture de fraise – la préférée d'Ichigo- du beurre demi-sel, du beurre doux, du miel, du sirop d'érable...
_Mais...
L'orangé se croyait tout bonnement au paradis! Il était vrai que Shuuhei avait toujours aimé le surprendre de cette façon et que pendant leurs vacances ensemble il aimait à lui faire des petits-déjeuners surprises, mais celui-ci surclassait tous les autres en qualité.
_Si j'étais une femme je te kidnapperai et te forcerai à te marier avec moi, je crois. Tu es fou...
Le brun se contenta de sourire et de tirer la chaise pour inviter son ex-amant à s'asseoir. C'était un beau compliment bien entendu, mais Hisagi ne voulait pas mal l'interpréter, aussi préféra-t-il l'oublier dans la seconde. Mais Ichigo ne vint pas s'asseoir. En réalité, il évita délibérément la chaise et vint enlacer son hôte avec tendresse, dans un élan spontané.
Les bras autour de son cou, et le torse nu d'Ichigo contre le sien, manqua faire tituber Hisagi.
_Hého! Tu fais quoi là?
_ Ne t'en fais pas, c'est juste pour te remercier.
_Tu... tu n'es pas obligé de faire ça.
Il n'osait pas le toucher, de peur que le jeune homme ne prenne la mouche et ne s'imagine qu'il cherchait encore à profiter de lui, ou quelque chose du genre.
_Et ce n'est qu'un petit-déjeuner...
_Non, c'est bien plus et tu le sais.
_Tu ne devrais pas m'enlacer comme ça, reprit-il en plaçant avec hésitation ses mains sur les épaules nues de son vis-à-vis.
_Je sais. Tu préfèrerais que ce soit quelqu'un d'autre?
_Tu penses à Kensei? Non, on en n'est pas encore à ce stade de... Enfin on n'est pas encore aussi proches.
Les torses des deux hommes étaient maintenant collés l'un à l'autre, tant collés que Hisagi se demanda s'ils n'allaient pas finir par se greffer l'un à l'autre. Et puis, son cœur battait si vite, celui d'Ichigo également mais il ne s'en rendit pas compte. Tout ce qu'il voulait éviter c'était que leurs mamelons n'entrent en contact. Car si leurs petits bouts de chair ne faisaient ne serait-ce que se frôler, il savait que le roux ne pourrait empêcher une des plus vives réactions qui soit.
Il ne voulait pas le toucher, il ne voulait plus le presser, et il ne voulait plus qu'il croit qu'il n'était qu'un homme superficiel ne pensant qu'au sexe.
_S'il te plait, je ne te demande qu'une seule chose, souffla Kurosaki à l'oreille du brun, calant son menton dans le cou de son partenaire. Ne me fais pas encore une fois tomber amoureux de toi.
Hisagi ferma doucement ses yeux au son de la voix du roux, et ces doux mots suffirent à regonfler son cœur pour très longtemps.
_Je voulais juste te faire plaisir, te faire sentir mieux. Ça n'a rien à voir avec... ça.
_Je sais. Parce que je crois que si je retombais amoureux de toi, je ne supporterai pas une autre rupture.
_Qui te dit qu'il y aurait une rupture?
_Shuuhei...
Kurosaki relâcha le cou du jeune homme et s'écarta de lui, un regard légèrement réprobateur à l'appui :
_Je vais plutôt profiter de ce petit-déjeuner, hein?
Et c'est ainsi qu'il réussit à enterrer le sujet pour la suite de la matinée. Qui y avait-il à dire de toute façon? Tous deux savaient que se remettre ensemble ne leur ferait que du mal; ils n'étaient pas fait pour vivre ensemble, et ils en étaient conscients tous deux.
C'était un mal pour un bien, comme disait le proverbe.
Shuuhei ayant pris un jour de congés - comme tous les premiers vendredi du mois - il s'installa néanmoins devant son ordinateur pour travailler un peu, il était un bourreau de travail et ne pouvait survivre un jour sans avoir sa dose quotidienne d'enquêtes et d'indices innombrables. Ichigo le laissa donc travailler en paix et prit une douche avant de se préparer à rentrer chez lui. Mais lorsqu'il fut arrivé devant la porte prêt à sortir que Hisagi le rattrapa :
_Tu t'en vas déjà? s'enquit-il, les sourcils froncés.
_Oui. Hum... Ça m'a fait vraiment du bien, merci. Merci d'être toujours là pour moi malgré tout ça et... je vais te laisser travailler, moi aussi j'ai du travail. Il faut que je réfléchisse à quoi faire de mon roman, héhé.
_D'accord, répondit-il en baissant les yeux.
Mais tout à coup, Ichigo sentit un étrange poids lui tomber sur les épaules, et un nœud se forma au creux de son estomac. Comme si ce départ semblait bien plus douloureux et conséquent qu'il ne l'aurait imaginé :
_Hé...
Mais il ne voulait pas le garder pour lui, car il savait que Shuuhei ressentait la même chose. Celui-ci releva la tête et croisa le regard ambré sincère :
_Je sais que ce n'est pas vraiment comme ça que tu voulais que ça se termine. En fait, tu ne voulais pas que ça se termine, n'est-ce pas?
_Quoique je fasse, tu me manqueras toujours, lui fit remarquer l'inspecteur en haussant les épaules. Rien que de savoir que tu dormais dans la pièce à côté m'a fait devenir fou cette nuit.
_Oui, mais comme tu l'as dit : il faut tirer un trait définitif, hein?
_Je crois que ça serait mieux pour nous mais... ça m'est impossible, tout compte fait.
Le jeune homme soupira, ne sachant vraiment quoi répondre. La situation était gênante, et en même temps elle ne l'était pas. C'était plus l'honnêteté et la sincérité avec lesquelles ils s'exprimaient qui étaient les plus gênantes.
_Tu sais... Dans les bouquins, il y a toujours cette espèce de tradition, tu sais à la fin quand le couple se quitte... Ils ont toujours droit à... un dernier baiser, une dernière fois, un dernier verre, un dernier n'importe quoi! Pourquoi ça ne se passe jamais comme ça dans la vraie vie?
_Parce qu'on espère au plus profond de soit qu'il n'y aura jamais de « dernière fois »?
_Hmph... Peut-être bien oui, admit-il en hochant la tête.
Un nouveau silence, celui-ci plus gênant. Le brun étira un sourire hésitant sachant pertinemment que l'un d'eux se devait de le demander :
_Ne me dis pas que tu veux un dernier baiser?
_Quoi? Moi? Non, non! C'est juste que ça me faisait penser à ça, c'est tout, s'empressa de répondre Ichigo, embarrassé au possible.
Oh bordel! Ils étaient sortis ensemble pendant deux ans, poser une dernière fois ses lèvres sur celles d'Hisagi n'allait pas le tuer! C'était pour la bonne cause.
_Tant mieux. Parce que je pense que c'est vraiment une mauvaise idée.
Juste au moment ou il allait lui demander s'il avait envie d'un dernier baiser, Shuuhei avait lui-même mit fin à tout ça. Sans connaître ses réels désirs. C'était mieux ainsi. C'était en effet mieux pour eux que leur histoire de couple reste une sorte d'inaccessible passé, qu'ils ne pourront jamais revisiter. C'était... mieux.
_D'accord. Alors euh.. salut.
Mais ça faisait incroyablement mal!
Il ouvrit la porte à la volée et s'empressa de sortir sur le perron pour rejoindre les escaliers, sentant qu'il ne pourrait plus tenir longtemps avant d'avouer à son ex combien tout ça le rendait malade. Car inconsciemment, hier soir, il s'était rendu compte que cet homme valait mieux que tous les autres qu'il avait pu rencontrer.
_Salut, hein! entendit-il Hisagi crier depuis son appartement.
Et il descendait les escaliers quatre à quatre, en courant, aussi vite qu'il le pouvait pour fuir l'affreux refus qu'il venait d'essuyer. Il n'avait refuser qu'un malheureux dernier baiser et il s'en sentait tant furieux, pourquoi? Parce qu'il avait cru que le brun dirait amen à tout ce qu'il demanderait?
Bon sang, quelle honte!
En colère contre lui-même, Ichigo fouilla dans sa poche pour en sortir son portable. Il fallait qu'il voit Shinji au plus vite pour lui parler de son roman et lui demander de l'aide avec Yamamoto. Mais à ce moment-là, il ne se doutait pas qu'un simple message sur son téléphone portable allait bouleverser complètement sa vie :
Un appel en absence. Rukia...
« Vous avez un nouveau message vocal. Aujourd'hui à 12h34. Oï Ichigo où tu es nom de Dieu? J'ai essayé de te joindre chez toi toute la journée! Bon, il faut que tu regardes les infos! Paraît que ton prisonnier Jaggerjack il est au « Tokyo Medical »... L'hôpital est maintenant plus surveillé que le Pentagone! Bref, appelle-moi... »
Ichigo marqua une pause alors qu'il venait de rejoindre le trottoir, devant l'immeuble de Shuuhei. Grimmjow était au « Tokyo Medical », à même pas vingt minutes d'ici? Dans un hôpital? C'est-à-dire hors de la prison? Et... et sans Muguruma? Sans Yamamoto? Sans...?
_Bordel!
C'était sa chance!
_Taxi!
_Ichi!
Mais alors qu'il hélait un taxi en approche, Hisagi le héla lui aussi, courant vers lui comme s'il avait oublié une chose des plus importantes. Surpris et cloué sur place, totalement accaparé par la nouvelle brûlante que Rukia lui avait donnée, le rouquin resta stoïque jusqu'à ce que le brun ne l'atteigne.
_Ichi, il faut que...
_Désolé, je n'ai pas le temps, il faut que j'y aille!
Mais dans son impatience, il n'avait pas remarqué à quel point le visage et surtout les yeux du brun étaient torturés. Ichigo ouvrit la porte arrière du taxi quand Hisagi attrapa à nouveau son bras. Les deux hommes se regardèrent, pendant un moment qui sembla une éternité au jeune roux. Et sans qu'il ne puisse le prévenir ou l'en empêcher, Shuuhei lui donnait un baiser.
Ce fameux dernier baiser. Celui qui devait clore toute relation intime, celui qui officialisait votre séparation définitive. Mais tout ne se passe pas comme dans les romans, et pour Shuuhei ce dernier baiser était plutôt celui de l'espoir, de la renaissance; il disait clairement "reviens-moi". Ichigo ne se rendit pas compte du temps qu'il passa à embrasser son ex-amant, mais ce dont il se rendit compte fut la passion qui traversa leur échange et emballa son cœur. Mais...
_Arrête...
Il le repoussa tout à coup et grimpa dans le taxi, le regard implorant :
_Dé... Désolé mais je ne peux pas! Je ne peux pas! s'écria-t-il dans une voix tremblante avant de claquer la porte de la voiture bruyamment.
Hisagi resta là à l'observer, totalement ahuris, le cœur brisé. Puis, lorsque le véhicule se mit enfin en marche et chercha à s'engager dans la circulation dense, l'homme aux cheveux corbeau rattrapa le taxi et frappa à la fenêtre passager :
_Attends! Ichi!
Mais à l'intérieur, un regard ambré navré et à la fois triste lui répondit qu'il était bien trop tard, et qu'il ne pouvait lui accorder ce qu'il désirait. Et derrière cette vitre, la barrière de verre qui les séparait illustrait parfaitement le fossé qui séparait maintenant les deux hommes.
_Ichi! A... Attends!
Le taxi reprit une allure modeste, puis accéléra sensiblement :
_Attends! Je t'aime toujours!
Et comme si on venait de poignarder son corps et son cœur de mille coups, Ichigo se tapit au fond du taxi, la déclaration de Shuuhei se répercutant en écho dans sa tête. Recroquevillé sur cette banquette défoncée, Kurosaki tentait de se convaincre que ce passé se devait se rester inaccessible.
_Où on va m'sieur?
La question du chauffeur le sortit de sa torpeur et le jeune homme se redressa. S'il venait de tirer un trait définitif sur sa relation passée avec Hisagi en le fuyant de la sorte, il se devait maintenant de se consacrer à cent pour cent à son tout nouvel amour : son prochain roman.
_Au Toyo Medical s'il vous plait! Le plus vite possible!
Pour le prochain je vous promets plein, beaucoup de Grimmjow ^^ Et du Grimmjow comme on l'aime ;)
