Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : La cage du fauve.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Warning : Un peu de violence... Forcément, un Grimmjow enfermé dans une chambre d'hôpital c'est pas toujours bon ^^


Chapitre 8. La cage du fauve.

Il semblait à Hisagi Shuuhei qu'il n'avait jamais été aussi humilié de toute sa vie. A ses yeux, tous ses problèmes, qu'ils soient d'ordre professionnel ou autre, avaient été balayés en une seule seconde par une tornade du nom d'Ichigo.

A ce moment, seul son cœur le faisait souffrir comme jamais. Lui qui n'avait jamais vraiment eu de chagrin d'amour, aujourd'hui il y avait Ichigo. Et c'était une autre histoire... Autrement dit, il n'avait plus que ses yeux pour pleurer d'avoir perdu définitivement son ex petit-ami et un nouvel homme avec qui il aurait pu aller plus loin en la personne de Muguruma Kensei.

Fébrilement, alors que ses yeux tentaient de retrouver le taxi de Kurosaki qui avait pourtant disparu depuis longtemps dans la circulation dense, l'inspecteur prit son portable, caché au fond de sa poche. Il rechercha un nom dans son répertoire et composa le numéro qu'il souhaitait. Ses yeux parcouraient encore la rue bondée lorsqu'il colla l'appareil contre son oreille, trois longues sonneries lui indiquant que son correspondant n'allait sûrement pas répondre mais...

_Allô?

_Il vient de partir. Il m'a plaqué là au beau milieu de la rue et tout ça pour rien!

Au bout du fil, l'homme poussa un long soupir presque interminable. Il était évident que la détresse de Shuuhei était bien plus profonde qu'il ne le pensait, s'il l'avait appelé.

_Où es-tu?

_Au beau milieu de la rue. Son taxi vient de partir!

_Tu as couché avec lui?

_Non! Non, bien sûr que non! Mais... Finalement ça n'aura servi à rien. Je crois qu'il en aime un autre...

_...

_Kensei?

Muguruma Kensei restait silencieux de l'autre côté de la ligne, et Hisagi n'avait manifestement pensé qu'à lui en cherchant à exprimer sa détresse la plus totale. Appeler Muguruma pour lui parler d'un autre homme, alors que justement ils venaient tout juste de décider d'en rester au stade du simple flirt... Ce n'était peut-être pas la bonne idée. Mais que faire? s'était demandé le brun quelque peu désarmé, alors qu'il lui semblait que le "je ne peux pas" d'Ichigo mettait un terme définitif à leur relation. Pour de bon.

_Tu l'aimais, et tu l'aimes toujours. Je n'aurais pas pu commencer quelque chose avec toi en sachant ça...

_Oui, mais...

_Ça ne sert à rien. Kurosaki Ichigo est parti vers d'autres horizons maintenant, non? Mais tes sentiments sont toujours les mêmes.

_Tu parles! Il n'a rien trouvé de mieux qu'un misérable prisonnier! Son nouveau personnage principal! Quel con!

_...

_Et il est comme avant, lorsqu'on s'est rencontrés, à mille à l'heure, fonçant dans le tas. Je parie qu'il est parti le retrouver à l'heure qu'il est.

La voix de Shuuhei semblait bien moins sûre que d'habitude aux yeux du gardien. Quelque chose s'était effectivement produit entre les deux anciens amants, et il avait dans l'esprit qu'il s'agissait d'un fait tout à fait inédit, pour que ces deux-là en viennent à réellement mettre un terme à leur histoire. Aussi, Muguruma s'inquiéta. Autre chose attisa également sa curiosité dans les propos de Shuuhei, et il se racla bruyamment la gorge, comme pour exprimer la surprise :

_A-t-il dit où il allait? s'enquit-il tout à coup.

_J'en sais rien. Je l'ai entendu annoncer un nom d'hôpital à son chauffeur mais...

_Merde! s'écria-t-il sans pouvoir retenir l'injure. J'en étais sûr qu'il finirait par être au courant! Ne quitte pas!

_Allô? Kensei?

Il entendit le gardien de prison murmurer quelques paroles incompréhensibles puis faire un peu de raffut de l'autre côté de la ligne. Incrédule, Hisagi tenta à nouveau d'attirer son attention, sans résultat :

_Kensei?

Vraisemblablement, l'homme n'était plus là. Collant son oreille à son portable, le brun put alors déchiffrer ce qui semblait être une conversation téléphonique :

_Oui... Oui, ajoutez son nom à la liste... Oui... Oui, il est au courant... Merci.

Le brun haussa ses sourcils, se demandant pourquoi ce changement d'attitude si soudain. Un bruissement étrange lui indiqua alors que Muguruma venait de reprendre son téléphone en mains :

_Qu'est-ce qui se passe? demanda-t-il, suspicieux.

_Désolé, répondit l'autre, je me suis souvenu d'une chose importante à faire, excuse-moi. Tu disais?

Hisagi porta une main à son front en soupirant, contrarié par l'attitude de l'homme aux cheveux argentés. Il n'y avait visiblement rien à faire, il avait réellement perdu ces deux hommes, et pour de bon...


~ Pendant ce temps ~

Ichigo s'accrochait au siège du conducteur de son taxi, ne quittant pas la route des yeux et pestant contre les chauffards et autres voitures qui roulaient trop doucement à son goût. Une excitation sans précédent l'envahissait et l'empêchait presque de réfléchir avec calme. Un sentiment tout à fait rare chez lui qui ne se produisait qu'à l'aube de l'écriture d'un nouveau roman, ou au moment de la trouvaille d'une idée sans précédent dans ses sujets littéraires de prédilection.

_On ne peut pas aller plus vite?

_A moins de pousser la mémé de devant, non.

_Pfff...

Il se laissa tomber contre la banquette arrière en soupirant à s'en fendre l'âme. Oui, il devenait irritable et terriblement impatient dans ce genre de situation, il n'y pouvait rien, il était fait ainsi. Un énième feu rouge arrêta le véhicule, alors qu'ils semblaient encore bien loin de leur destination finale et Kurosaki leva les yeux au ciel, redoutant que sa chance ne tourne à cause de ce retard.

Le roux haïssait les taxis, oui il les détestait. Il tentait toujours de se débrouiller pour y échapper, se remémorant qu'auparavant il prenait le métro pour se déplacer; même si dans ce cas précis il avait également horreur des odeurs pestilentiels des autres voyageurs – surtout en plein été...

Étrangement, Kurosaki se sentait mal à l'aise, comme si un regard malsain voguait sur lui avec curiosité. Il releva ses pupilles, pour croiser le regard azur de l'homme au volant; celui-ci l'observait avec insistance.

_Dites, commença-t-il alors créant chez l'écrivain une nervosité qu'il ne connaissait que trop bien, vous êtes pas... je vous ai déjà vu!

_Oh sûrement..., soupira-t-il en levant les yeux au ciel, exaspéré.

Il fallait toujours que ça se passe comme ça : qu'on l'observe comme une bête de foire.

_Oh oui! Vous êtes cet écrivain là! Je sais plus votre nom mais...

_Kurosaki Ichigo.

_C'est ça! Ah c'est super! Quand je vais raconter ça à ma femme! Vous voudrez bien me signer un autographe?

_Seulement si vous appuyez sur le champignon...

Le chauffeur se contenta d'étirer un sourire amusé et de revisser sa casquette sur sa tête :

_Okay chef!

Mais le rouquin se demanda s'il avait bien compris le sens de « appuyer sur le champignon »... Après moult embouteillages, ils atteignirent enfin l'hôpital, plus de 45 minutes après avoir quitté Shuuhei. Et l'orangé se demandait clairement s'il devait le remercier pour cela...

_Et merci à vous pour l'autographe!

Il n'avait même pas posé un pied dans l'enceinte de l'hôpital que déjà celui-ci lui apparut comme une forteresse infranchissable, pire que la prison de haute sécurité où il donnait ses ateliers. Du haut de son mètre soixante quatorze, le jeune homme toisait l'immense bâtisse blanche devant lui. S'il avait pu pénétrer une prison, il pourrait pénétrer un hôpital. Il n'y avait pas de raison, nom d'un chien!

Mais son enthousiasme et sa rage de vaincre semblèrent se tarir lorsque ses yeux ambrés se posèrent sur l'entrée du bâtiment. En effet, devant l'entrée de l'établissement, une troupe d'hommes armés portant des uniformes de la police locale veillait au grain. Si c'était ainsi dehors, il n'osait imaginer le parcours du combattant qui l'attendait pour parvenir jusqu'à la chambre de Jaggerjack. Si un jour il y parvenait...

On lui demanderait très certainement pourquoi il était là, ce qu'il avait à voir avec Grimmjow et pourquoi personne n'avait été prévenu de son passage... Mais Ichigo voulait prendre tous ces risques, juste essayer. Qui ne tente rien n'a rien comme on dit.

Il ne pouvait laisser con cœur battre la chamade ainsi depuis qu'il avait appris que Grimmjow était sorti de sa cage, sans rien faire pour tenter de calmer son excitation. Et puis, il avait déjà fait bien pire...

_Bonjour.

Mais il ne s'était pas attendu à ce que les hommes l'empêchent de passer, à peine un pied posé sur le gravier de l'allée menant à la porte d'entrée. Et trois d'entre eux avancèrent jusqu'à lui, comme les abeilles sur le miel. Il ne savait pas pourquoi mais il avait un mauvais pressentiment.

« Note pour plus tard : essayer de devenir un putain d'homme invisible! »

_Vous êtes? demanda l'un des policiers, ses pouces enfoncés dans les poches de son pantalon et son déhanché faisant pâlir plus d'une bimbo à l'horizon.

_Je euh... Kurosaki Ichigo, répondit-il en dévisageant les trois hommes avec attention.

Bon sang! Pourquoi fallait-il qu'il ait planté Hisagi alors qu'il avait encore besoin de lui! Ces types portaient les uniformes du commissariat dans lequel il était inspecteur, pensa-t-il avec amertume en se remémorant comment il l'avait tout bonnement abandonné comme une vieille chaussette quelques minutes avant de monter dans ce taxi. S'il avait été là, il serait rentré comme une lettre à la poste.

Très juste remarque, à bien y penser. Avec Hisagi tout, mais alors tout, rentrait comme une lettre à la poste. Sans mauvais de jeu de mots. Ou alors juste un peu.

_Kurosaki Ichigo? répéta l'un des hommes en haussant les sourcils.

_Quoi? Le mec du boss? s'exclama un autre en ouvrant grand ses yeux noirs.

Et voilà, c'était reparti, se lamenta l'homme de lettres. Lorsqu'on ne s'extasiait pas devant l'écrivain qu'il était c'était parce qu'il était l'ex-petit-ami d'un inspecteur de police plutôt réputé...

_Je ne suis pas le « mec » ou quoique ce soit d'autre de Shuuhei.

_Merde... Il en a du cul le boss, toujours des meufs bien roulées, des mecs plutôt bien foutus, murmura le policier à l'oreille de son coéquipier sans toutefois prendre égard si on pouvait l'entendre.

Ichigo croisa les bras en le fusillant du regard. Alors c'était ainsi? Même parmi les hommes d'Hisagi les rumeurs sur lui et leur couple allaient bon train? Super...

_Oui, oui, oui, il en a de la chance comme vous dites. Bref, est-ce que je peux entrer?

Les trois hommes armés échangèrent alors un regard hébété, se concertant quelques instants pour s'accorder sur la meilleure réponse à donner à l'homme qu'ils considéraient comme le petit-ami de leur supérieur, et donc comme potentiellement dangereux s'il rapportait quelques faits non plaisants à leur boss.

_Eh bin... C'est-à-dire que... Vous euh... Vous venez voir qui au juste? reprit l'homme au déhanché spectaculaire plutôt dans ses petits souliers à présent.

_Grimmjow Jaggerjack, pourquoi?

Pendant une fraction de seconde, Ichigo s'était demandé s'il valait mieux leur mentir. Mais il avait pensé, plutôt intelligemment d'ailleurs, qu'il existait une liste des patients et que ces messieurs la possédait sûrement. Il connaissait le travail de la police, après avoir connu Shuuhei et son boulot, et il savait plus que bien comment ils fonctionnaient dans ce genre de cas. Aussi, si un rigolo feignait de donner un nom inexistant, il serait renvoyé sur le champ.

Et puis, à quoi cela servait-il de leur mentir? Ils semblaient bien assez abrutis tous autant qu'ils étaient pour ne pas savoir que Grimmjow Jaggerjack était la raison de leur présence ici.

_Oh oui, je vois, reprit-il. Voyez-vous, ce prisonnier ne reçoit aucune visite, sauf de son psychiatre et éventuellement du directeur de la prison. Sinon...

Son psychiatre? Ichigo écarquilla les yeux avec surprise; décidément, il en apprenait tous les jours! Il décida de se laisser une note pour plus tard, encore : retrouver le psy de Jaggerjack et bien entendu le rencontrer. Même si soutirer des informations à un psy était comme chercher une aiguille dans une meule de foin.

_On a une liste des autorisés à le voir, intervint soudain le second, attendez.

Il s'enfuit quelques instants en direction de ses collègues restés prêt de l'entrée et leur empruntèrent une feuille de papier pratiquement vierge. Ichigo eut tout juste le temps d'y voir inscrit deux noms et un troisième rajouté à la va-vite dans une écriture cochonne et raturée.

_Désolé, je ne savais pas comment s'écrivait votre nom, s'excusa-t-il, mais vous êtes sur la liste.

Ichigo étira un mince sourire qui se voulait satisfait et qui cachait sa surprise. Qui l'avait donc bien mis sur cette liste?

_Espèce de lèche-cul va! Tout ça parce que tu crois qu'le boss va t'apprécier parce que t'as laissé son mec entrer dans un hôpital! entendit-il après avoir gagné son accès à l'hôpital.

_Quoi? Mais pas du tout! Il est sur la liste!

_Fais voir! Ah oui! C'est ce Muguruma qui a appelé...

Kurosaki pénétra dans le hall d'accueil de l'établissement, stoppant ses pas alors qu'il avait entendu la dernière phrase du policier. Muguruma? Kensei? Pourquoi aurait-il fait ça? S'enquit-il avec inquiétude, les sourcils froncés et la mine pincée.

Quel intérêt pour lui que de le laisser voir Jaggerjack? Il n'avait jamais été d'accord pour qu'il s'approche de lui pendant les ateliers, veillant au grain, et maintenant il le laissait carrément le visiter? Pourquoi?

Sans attendre d'avantage que sa chance ne tourne à nouveau, il s'avança jusqu'à l'accueil ou plusieurs hôtesses renseignaient déjà quelques visiteurs. Ichigo attendit son tour puis demanda la chambre de Grimmjow. La jeune femme l'observa avec surprise, presque apeurée et recula d'un pas pour jeter un œil au cortège de policiers toujours devant l'entrée. L'homme qui détenait encore la liste des visiteurs pour le prisonnier aux cheveux bleus lui fit alors un geste de la main.

_Oh, c'est donc la chambre 421. Quatrième étage.

_Merci bien.

Ichigo chercha des yeux l'ascenseur le plus proche et s'y dirigea. Mais il avait bien conscience que son parcours du combattant était loin d'être terminé, l'étape la plus compliquée résidant certainement dans le fait de se trouver dans la chambre même du bleuté. Et à dire vrai, il n'y avait pas encore pensé, après avoir agit sur un tel coup de tête ce n'était que maintenant, alors qu'il ne pouvait plus reculer qu'il réfléchit à la question primordiale : la réaction de Grimmjow.

C'était bien beau de faire tout ça pour avoir la chance de retrouver le prisonnier en question et d'espérer avoir quelques informations sur lui pour son roman, mais se retrouver avec lui pour le faire parler, dans une chambre d'hôpital était totalement autre chose.

En appuyant sur le bouton « 4 » de l'ascenseur, Ichigo commença à ressentir un certain stress. Une petite pointe dans son bas ventre qui tentait par tous les moyens de lui faire rebrousser chemin. Mais pourquoi? Bien sûr que non il n'avait pas peur de cet individu! Et puis l'occasion était trop belle pour reculer à cette étape.

Les portes de la machine qui l'avait amené jusqu'au quatrième étage s'ouvrirent sur un vaste couloir à la lumière peu naturelle et à l'odeur caractéristique des hôpitaux. Le rouquin s'y engagea suivant religieusement le couloir, dépassant les portes les unes après les autres en comptant les numéros inscrits sur certaines d'entre elles.

Il n'était plus très loin...

Il parvint à un carrefour, où un couloir partait sur sa droite. Et c'est là qu'il sut où était la chambre de Grimmjow Jaggerjack. Plus loin dans le couloir, assis sur des chaises de fortune, deux hommes discutaient à voix basse, portant les mêmes uniformes que les policiers à l'entrée.

Les deux hommes l'observèrent alors avancer vers eux, bien trop heureux – lui sembla-t-il – de croiser âme qui vive dans ce couloir désert. Ichigo les observa avec confiance, certain que ce dernier obstacle serait sans doute le plus simple à passer – tout du moins il l'espérait.

_Vous êtes qui? l'interrogea soudain le premier policier, à l'air renfrogné, sans prendre la peine ni de le saluer, ni de se lever par respect.

« Bon, en fait je sens que ça va être maintenant l'obstacle le plus compliqué... »

Ça en avait tout l'air.

_Kurosaki Ichigo, répondit-il. En fait, j'ai vu vos collègues en bas et...

_Oh, okay. Pouvez rentrer.

D'un coup de main, l'homme débloqua le verrou de la porte et poussa cette dernière pour lui laisser pénétrer la pièce sombre.

Ahuris, l'orangé resta immobile n'arrivant pas à croire que ce fut si facile.

_Ouais, ils m'ont appelé en bas pour me dire que vous alliez v'nir et que vous aviez l'autorisation. C'est bon.

Kurosaki n'en crut pas ses oreilles! Finalement, tout s'était merveilleusement bien passé et il était entré dans cet hôpital et dans cette chambre, comme dans du beurre.

_M... merci, bredouilla-t-il avant de se glisser par la porte entrouverte.

Il traversa en un pas l'encadrement de la porte et mit pour la première fois un pied dans la chambre de Grimmjow. Tout à coup, la tension qui y régnait le surpris et il déglutit péniblement, faisant semblant de ne pas avoir sentit ce frisson qui avait secoué sa colonne vertébrale.

C'était donc maintenant, et il en était sûr cette fois-ci, que le véritable combat allait commencer.

La chambre était plongée dans la pénombre. La fenêtre, qui cependant ne possédait ni rideaux ni volets, ne laissait pénétrer la lumière du soleil en aucun endroit; elle était purement et simplement condamnée.

L'odeur âpre des médicaments, de la javel et à la fois de la transpiration se mêlaient dans la pièce, faisant tiquer un instant notre écrivain. Mais il avançait, dans cette cage au fauve silencieuse, et ses yeux commencèrent à s'habituer quelque peu à l'obscurité.

Le « bip! » sonore du régulateur cardiaque retentissait dans sa tête, rythmant ses pas, lents et contrôlés. Il avait repéré le lit, là juste devant lui, cinq ou six mètres plus loin. Il y avait également distingué une silhouette sombre, couchée, immobile.

Sa respiration commença à se faire plus courte au fur et à mesure qu'il s'approchait de la couche, ses pas se faisant encore plus lents et hésitants. Ses yeux balayaient par moment la pièce, de peur que la bête ne surgisse de nulle part, et il avait la désagréable impression qu'on l'observait.

Lorsqu'il parvint jusqu'au lit, il resta immobile un long moment, s'assurant encore une fois qu'une silhouette n'était pas cachée dans un angle de la chambre. Lentement, il posa une main sur la masse non identifiable reposant sur le lit, et sa paume heurta une surface chaude à l'aspect d'un tronc humain. Il sursauta sans un bruit, son cœur démarrant au quart de tour; il était en train de toucher Grimmjow.

Les côtes se soulevaient lentement au rythme d'une respiration endormie. Le jeune homme se sentit soulagé un moment, après avoir donc eu la preuve que Grimmjow était bel et bien endormi dans son lit.

Cette atmosphère glauque au possible ne pouvait cependant pas l'aider à se rassurer un peu plus, aussi décida-t-il d'allumer la lumière puis de réveiller le prisonnier endormi. Ses doigts cherchèrent le mur qu'il trouva, tout proche de lui. Puis, ils caressèrent la tapisserie lisse jusqu'à toucher une surface plus froide; l'interrupteur.

Et la lumière fut.

Un instant éblouit, Ichigo cligna des yeux, cette lumière artificielle agressant ses pupilles fragilisées par l'obscurité. Puis, il reposa ses yeux sur l'homme endormi.

Et là, il reçut un véritable électrochoc. Son cœur s'arrêta et ses yeux sortirent littéralement de leurs orbites. Là, couché sur l'oreiller, à quelques centimètres de ses cuisses, la tête de Jaggerjack reposait, ses yeux d'un bleu électrique grand ouverts le dévorant.

Il sursauta dans un bond, plaquant sa main sur sa bouche dans la surprise la plus totale afin d'étouffer un cri aiguë.

Il n'eut pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait que, en une fraction de seconde, deux mains s'étaient emparées de ses épaules et il basculait sur le lit dans un souffle douloureux. Une main s'empara de ses poignets pour maintenir ses bras au-dessus de sa tête et à califourchon sur lui, Grimmjow bloqua son corps entre son cuisse, utilisant son autre main libre pour bloquer ses cris.

Ichigo se débattit, ne comprenant pas pourquoi ce dingue s'en prenait à lui tout à coup. Et sans comprendre non plus la gravité de la situation et l'humiliation qu'il semblait subir, Grimmjow le regarda de haut, sortant ses crocs comme s'il allait le dépecer. Mais au lieu de cela, il s'empara précipitamment de ce qui semblait être un journal posé sur la table de nuit et enfourna le papier noircit dans la bouche de l'orangé.

_Mfff! Mffff! tentait-il, en se débattant, bientôt à moitié étouffé par le papier qui obstruait sa bouche.

Puis, Jaggerjack cessa tout à coup d'enfoncer le journal dans sa cavité buccale et s'immobilisa. A deux doigts de ne plus pouvoir respirer, Ichigo l'observa, les yeux écarquillés emplies de larme apeurées, son corps lourd et complètement tenaillé par la sensation d'être pris au piège.

_Salope! s'écria alors le bleuté en lui envoyant une claque sur la joue, d'une force mesurée lui sembla-t-il.

Et très rapidement, il lâcha prise et sauta du lit, disparaissant dans la salle de bain en claquant la porte derrière lui.

Ichigo recracha le journal, à deux doigts de vomir, et toussa plusieurs fois, sa main portée à sa gorge. Il se redressa vivement, son souffle court tentant de s'apaiser du mieux qu'il pouvait. Son cœur lui faisait mal tant il battait vite et fort, sa tête était prête à exploser, il sentait le sang battre à ses tympans, il était paniqué. Bon Dieu, il avait bien cru mourir, pensa-t-il en fermant les yeux pour reprendre ses esprits.

Le journal, à moitié mouillé par sa salive et qu'il venait de recracher, reposait près de lui. Et ce fut là qu'il remarqua la photo sur le papier fin. Elle avait été quelque peu effacée par sa salive mais, il pouvait encore se reconnaître sur cette photo.

« Pourquoi Kurosaki Ichigo ne publie plus, nous avons la réponse. Aperçu hier au bras d'un homme au physique attrayant, l'écrivain à succès semble désormais oublier son travail et se complaire dans les relations sans lendemain avec des hommes. En une semaine, il a été aperçu avec trois hommes différents, dont son éditeur aux éditions Kodansha Hirako Shinji. »

Kurosaki soupira, furieux contre lui-même d'avoir osé lire cette feuille de chou. Bon sang, alors c'était comme ça qu'on parlait de lui dans la presse? C'était une bonne raison de ne pas la lire, pensa-t-il en balançant d'un coup de main le journal à travers la pièce.

_Alors... mon écrivain favori! Ici, dans ma chamb' d'hôpital! J'mentirai si j'disais qu'j'en avais pas rêvé...

Grimmjow se tenait là, contre la porte de la salle de bain, les bras croisés et l'air féroce. Il ne portait qu'un bas de pyjama blanc et son corps était parsemé d'ecchymoses.

_Vous n'avez pas d'écrivain favori! lui rétorqua alors le rouquin en se redressant pour s'asseoir sur le rebord du lit, encore étourdit par l'agression du turquoise.

Il n'arrivait pas à croire qu'après tout ce qu'il lui avait déjà fait, il était encore là, lui rendant une visite de courtoisie – ou presque. Ichigo se demanda s'il avait vraiment fait le bon choix concernant ce type... Il était odieux avec lui, c'était certain, mais il était un personnage remarquable, et ça, sa conscience d'écrivain ne pouvait apparemment pas le nier.

_J'aimerais bien qu'on m'dise comment t'as fait pour arriver jusqu'ici! Ça c'est d'l'exploit! T'as vraiment plus d'couilles que j'le croyais.

Le rouquin l'observa avec étonnement, haussant bien haut ses sourcils.

_Oui, c'est un exploit, confirma-t-il, surtout pour manquer mourir après avoir pénétré cette chambre de merde!

_J't'aurais pas tué, répondit-il en le fixant durement. Pas maintenant... C'est bien trop drôle.

Malgré le sous-entendu qu'il venait de laisser entendre – comme quoi il jouait avec sa vie – Ichigo reprit un semblant de sang-froid.

_Vous dites donc que lorsque ce n'est plus drôle, vous tuez? L'amusement est votre leitmotiv?

_Mouais. Et arrête d'me vouvoyer! On dirait un gros coincé du cul!

_Merci bien mais je ne le suis pas!

_Ça j'peux pas savoir, mon p'tit, j'ai pas encore visité ton cul.

Kurosaki fronça les sourcils, ne trouvant rien de précis à répondre à cela. Les provocations de Grimmjow étaient devenues, en quelque sorte, assez répétitives pour lui. Désormais, il continuait à tiquer à chacune d'elle mais les oubliait dans la seconde.

_Alors, reprit-il en se levant pour changer de sujet et détendre l'atmosphère, comment vont ces ecchymoses?

Il s'avança jusqu'aux notes médicales posées sur la table de nuit et étudia avec attention les renseignements des médecins.

_Tch! T'es docteur toi maint'nant? interrogea Grimmjow en faisant quelques pas pour rejoindre la fenêtre condamnée pour s'y appuyer, admirant tout son soûl son visiteur inattendu.

_Moi non, mais mon père l'est. J'ai effectué pas mal de stages dans la clinique familiale qu'il voulait absolument que je reprenne. Puis, finalement, quand je suis devenu écrivain, il n'a rien trouvé à redire.

Il haussa les épaules, n'ayant aucun problème visiblement à raconter sa vie - pensa Jaggerjack - et se tourna vers le turquoise pour observer le large bandage placé sur ses côtes :

_Et ça, qu'est-ce c'est?

_Touche pas! grogna-t-il en envoyant valser la main du roux qui s'était avancée pour le toucher.

_On t'a frappé d'après ce que je sais...

Grimmjow le fusilla du regard. De toute évidence, il s'agissait d'un sujet qu'il n'avait aucune envie d'aborder, et Ichigo comprenait aisément pourquoi. Admettre ces blessures était admettre qu'il était faible, ou tout du moins qu'il avait eu un moment de faiblesse face à Kensei, et cela l'écrivain savait qu'un homme comme Jaggerjack ne pouvait l'accepter ni l'admettre à voix haute.

_T'es p'tet' v'nu là pour défend' ton p'tit copain Muguruma? lança-t-il sur un ton hautement dédaigneux.

Ichigo tiqua :

_Quoi?

_Ton p'tit copain, répéta-t-il avec une légère grimace de dégoût. J'suis p'tet un salaud mais lui c'en est un beau aussi! J'attends juste qu'il soit viré pour plus l'voir tourner autour d'ton cul. Ni dans les journaux ni en vrai.

Ichigo inspira profondément pour remplir ses poumons. S'il voulait un tant soit peu que cette discussion aboutisse à quelque chose de fructueux pour lui, il ferait mieux de ne pas réagir au quart de tour à chacune de ses piques. Pourtant, c'était difficile de garder son calme face au sourire goguenard de Jaggerjack.

Mais il avait bien l'intention de faire comprendre quelques petites choses au bleuté :

_Premièrement, Kensei n'est pas mon petit-ami ou quoique ce soit s'y rapprochant. Deuxièmement, il sort avec mon ex! Et troisièmement, qu'est-ce que... c'est de la jalousie?

Un silence tomba entre eux, et le rouquin réalisa alors les mots qu'il venait de prononcer. Il n'avait pas vraiment voulu embarquer la conversation sur ce sujet – sachant pertinemment que Grimmjow l'y suivrait – mais c'était venu si naturellement...

Et puis, sa curiosité avait été piquée par l'intérêt que le bleu portait à sa relation avec Muguruma. Il pensait également qu'il ne l'aurait pas à moitié étouffé ni giflé sans aucune raison apparente. Sauf s'il était à proprement parler, jaloux. Et Kurosaki voulait creuser dans ce sens là.

Cet homme ne semblait pas seulement être un quelconque prisonnier, meurtrier ou cinglé de la société, non c'était également un être humain – tout du moins il l'espérait – et tout ce qu'il souhaitait était le comprendre. Ou au moins en apprendre plus sur lui.

Il l'observait intensément, de ses grands et profonds yeux couleur turquoise et Ichigo se surprit alors à se rendre compte combien l'aura de cet homme était imposante. Lui seul, son regard brillant et sa personnalité à part faisaient de lui un être totalement à part, loin des stéréotypes et des sentiers battus. Et c'était ce que Ichigo admirait le plus chez quelqu'un; sa particularité.

Il était à mille lieux, à cet instant, de se remémorer le fait que l'individu en question était un meurtrier sanguinaire condamné à vie pour d'atroces crimes, mais pour lui ceci était secondaire. Il ne voulait s'intéresser qu'à l'homme, celui qui faisait Grimmjow dans son ensemble, et pas seulement un homme capable de tuer de sang-froid.

_Tu devrais comprendre l'intérêt que j'ai pour toi, tu devrais..., énonça-t-il d'une voix plus basse. Si je suis venu aujourd'hui c'est parce que cet endroit est ma seule chance de pouvoir en apprendre plus sur toi, sans que... sans que quelqu'un ne nous surveille, sans que le temps ne soit un obstacle!

_Tch!

Grimmjow étira un sourire en coin, dévoilant une longue incisive pointue et menaçante. Ichigo fronça les sourcils, même la plus sérieuse des tirades amusait cet homme. Il était clairement un extra-terrestre et il ne savait plus par quel bout le prendre...

_J'peux t'montrer par quel bout m'prend' mais ça va pas t'plaire j'pense, ajouta-t-il avec la même attitude provocatrice.

_Oh pitié! s'exclama Kurosaki en soupirant, balançant sa tête en arrière soudainement. Est-ce qu'il n'est pas possible d'avoir une conversation sérieuse avec toi, juste deux minutes?

_Impossib' d'êt' sérieux pour moi, surtout quand un si mignon paquet m'fait la causette.

_Est-ce que par contre tu peux arrêter la drague?

_Pourquoi?

_C'est gênant.

_Alors t'as qu'à y succomber, t'auras plus d'drague comme ça.

Le rouquin leva les yeux au ciel à s'en donner le tournis. Ce type était insupportable! Il avait une répartie qui le mettait hors de lui et il était absolument indécent! Bref, tout ce que notre écrivain détestait chez un homme.

_Grimmjow, j'ai un travail à faire tu comprends ça, n'est-ce pas?

Le bleuté haussa les épaules :

_Qu'est-ce que j'en ai à foutre?

_Ça serait trop te demander de m'aider juste un peu pour ça? Hein?

Jaggerjack poussa un soupir et délaissa enfin la fenêtre contre laquelle il était appuyé pour retourner s'asseoir sur son lit. Il ne semblait pas vraiment enjoué par l'idée et l'orangé savait déjà qu'il gaspillait sa salive pour rien.

_T'as qu'à d'mander à Kira, il s'rait ravie lui.

_Mais je ne veux pas Kira! Je te veux toi, nom de Dieu!

Un nouveau silence, très lourd et très embarrassant tomba sur la pièce. Ichigo sentit la chaleur empourprer ses joues au fur et à mesure que ses derniers mots lui revenaient en tête. Quelle idée de sortir un truc pareil à ce genre de type qui n'avait peur de rien? Il venait de signer son arrêt de mort, pensa-t-il en déglutissant difficilement, ses yeux rivés sur le visage de Jaggerjack qui avait étiré le plus grand sourire de satisfaction que le monde n'ait jamais vu.

_Je... je... je m'en vais! décréta-t-il soudain en faisant rapidement demi-tour s'enfuyant en direction de la porte, courant presque, le cœur battant, priant pour que le fauve ne le rattrape pas et ne le dévore pas tout cru. AAH!

Trop tard.

Ichigo avait laissé échapper un cri rauque incontrôlable, et pour cause. Dans la précipitation de sa fuite, qu'il avait voulu rapide pour échapper au sourire goguenard de Grimmjow après sa réplique plus qu'explicite, les battements de son cœur étaient devenus si violents qu'ils avaient entravé ses pas.

Presque aveuglé par l'état de tension dans lequel il se trouvait, il n'étais pas parvenu à temps jusqu'à la porte de la chambre. Tout du moins, pas assez vite pour que Jaggerjack ne le rattrape pas de sa poigne de fer et ne l'empêche de poursuivre sa fuite.

_Minute papillon!

Ichigo ravala un cri étouffé, sentant son bras enfermé dans la main puissante et chaude du prisonnier blessé. Dans un mouvement violent, le bleuté l'avait stoppé puis fait pivoter sur ses talons et pour finir, l'avait rapproché du mur pour le piéger.

Plaqué contre le mur de l'entrée, ses mains tenues fermement au dessus de sa tête par une poigne de dément, Ichigo sentit sa respiration accélérer. Bien sûr qu'il n'avait jamais voulu dire que Grimmjow, et lui seul, l'intéressait. Il n'avait pas voulu le dire dans ce sens . Mais c'était une occasion trop belle pour l'homme aux cheveux turquoises, une occasion de s'amuser encore un peu plus.

_Tell'ment longtemps que j'attends c'moment, souffla-t-il, rapprochant son visage de celui du jeune écrivain.

_Lâche-moi!

_Oh non...

Ce fut à cet instant que Kurosaki réalisa à quel point ils étaient proches, et à quel point il était impressionnant. Ils n'avaient presque jamais été si proches – sauf peut-être lorsqu'il lui avait volé un baiser. Les orbes azur, d'une couleur si pure noyaient son esprit dans la confusion la plus totale. Comment un homme si démoniaque, cinglé et si violent pouvait-il paraître si pur au fond de ses yeux? Un paradoxe incompréhensible qui saisit soudain l'homme de lettres qui pourtant, aimait ce genre de paradoxe. Mais là, il n'aimait guère la situation...

Le nez de Grimmjow furetait dans les mèches orangés, lui arrachant une grimace de dégoût profond mais également d'incontrôlables frissons d'excitation.

_Si tu ne me lâche pas tout de suite, je crie, je te préviens, marmonna-t-il entre ses dents, se concentrant de toutes ses forces pour ne pas trembler.

_Oh oui vas-y, crie, lui répondit la panthère avec un sourire carnassier. Plus on me résiste, plus ça m'excite.

_Tu es cinglé! s'écria-t-il en tentant une énième fois de se défaire de la tenaille qu'étaient ses mains.

_C'est toi même qu'a dit qu'c'est la seule occas' qu'on aura d'être tous les deux. Sans personne pour nous surveiller, sans qu'le temps joue cont' nous. Alors, profitons-en.

Grimmjow n'attendit donc pas que le jeune homme daigne crier pour qu'on vienne à sa rescousse. Il n'avait pas l'intention de le laisser s'échapper, pas encore en tout cas, et cela Ichigo le comprit immédiatement, en observant son visage se rapprocher inexorablement du sien, sans qu'il ne puisse l'éviter.

Il lui vola un baiser. Un baiser sauvage, à l'image de celui qu'il lui avait déjà donné lors de ce fameux atelier. Pourquoi fallait-il que le corps tout entier de Kurosaki s'anime à cet instant? Son ventre se tortillait... Était-ce de peur ou bien d'excitation? Son cerveau s'était mis en stand-by il n'était plus capable de penser, de bouger, de dire la moindre chose censée. La seule chose qu'il savait était qu'une bouche chaude et affamée se pressait contre la sienne.

Le comportement de Grimmjow était énigmatique, si mystérieux mais en même temps si intriguant. Il était tout simplement jaloux; jaloux de Muguruma, jaloux d'Hirako parce qu'ils avaient la possibilité de se pavaner à son bras dehors. Jaggerjack bouillait d'une rage sans demi-mesure, et il ne pouvait la calmer. Ses lèvres qui suçotaient maintenant la lèvre inférieure du rouquin en étaient la preuve : il voulait le prendre, et ne plus le laisser s'échapper. Absorber tout de son être jusqu'au sang, jusqu'à ce qu'il lui appartienne, pour de bon et à jamais.

_A partir de maint'nant, t'es à moi. A moi tout seul. Tout c'que j'veux, je l'ai..., susurra-t-il contre l'oreille de l'orangé, mordillant le lobe de son oreille avec gourmandise.

_Ngh! Arrête!

Mais les supplications de Kurosaki ne faisaient qu'exciter encore plus l'énergumène aux cheveux bleus. Plus il se débattait, plus il le coinçait entre le mur et son propre corps, appuyant son bas ventre contre le sien, et son torse se trémoussant avec frénésie contre le sien également. L'échange était devenu plus que sauvage... Ichigo avait chaud, il bouillait. Cet homme semblait avoir le pouvoir d'allumer la passion dans le corps d'un être humain comme on allumerait une simple allumette. Son souffle chaud, ses mains brûlantes sur sa peau, sa bouche affamée, ses yeux intenses, tout de lui voulait le dévorer jusqu'à l'âme pour n'en laisser que des miettes.

Mais malheureusement pour Grimmjow, Ichigo n'était pas ce genre d'homme. Et il avait oublié un petit détail, le rouquin était réactif, et il n'avait fallu qu'une toute petite seconde - pendant laquelle Jaggerjack reprit sa respiration entre deux baisers - pour que le jeu prenne fin :

_GARDE! GARDE!

_La ferme!

Grimmjow referma une étreinte bien plus étroite encore autour du corps de l'écrivain, lui arrachant un nouveau baiser dans une rage folle. Mais il était trop tard; la porte s'ouvrit à la volée et les deux hommes entrèrent dans la pièce, matraques au poing, dégageant Kurosaki de la poigne de fer du prisonnier.

_Vous allez bien? s'enquit l'un d'eux occupé à maitriser le criminel.

_Oui, oui..., souffla-t-il en reprenant un peu d'aplomb. Attachez-le au lit!

Son ordre claqua dans la pièce comme un coup de feu. Le silence s'abattit sur la chambre tout à coup, faisant taire les grognements de Grimmjow et les soupirs d'efforts des gardes. Trois paires d'yeux observaient Kurosaki, ronds comme des billes, comme s'il eut été fou. Il avait sans doute perdu l'esprit!

_Euh... l'attacher au lit? Comment ça?

_Avec vos menottes, pardi! répondit-il, comme si c'était naturel.

Les deux gardes s'observèrent, intrigué par cette demande quelque peu... inédite.

_T'es un homme mort, Kurosaki! cracha Jaggerjack avec un immense sourire carnassier.

Et pourtant, il sembla au jeune homme que le prisonnier aimait cela. Les deux gardes s'exécutèrent et attachèrent le bleuté au lit, attachant ses poignets aux menottes et reliant les mêmes menottes aux barreaux de fer de la tête de lit. Ainsi, Grimmjow ne pouvait bouger, obligé de rester coucher comme un vulgaire animal. Mais visiblement, ça l'amusait plus qu'autre chose, être ainsi offert à son écrivain favori qui pouvait jouer avec lui sans lui en demander la permission.

Jaggerjack avait, comme on peut le constater, bien trop de fantasmes inavoués...

_Maintenant s'il vous plait, laissez-nous encore un peu.

Les gardiens échangèrent un regard surpris et l'un d'eux se gratta la tête avec étonnement :

_C'est que... on l'a attaché au lit.

_Et alors? Vous croyez quoi? Que je vais le chevaucher? répliqua Ichigo, arrachant à Grimmjow un éclat de rire. A moins que vous ne préfériez que j'en parle à Hisagi Shuuhei...

Les deux hommes pâlirent tout à coup. Ils n'étaient pas sans savoir que le célèbre romancier était le petit ami de leur supérieur, mais la situation sans précédent les avait forcés à s'inquiéter un peu plus pour l'orangé. Leurs visages exprimaient clairement leur hésitation; s'ils laissaient seul le romancier avec le prisonnier et s'il lui arrivait quelque chose, l'inspecteur Hisagi entrerait dans une rage folle et il les mettrait certainement à pied pour ne pas avoir pris soin de l'homme qu'il aimait. Mais s'ils n'obéissaient pas au petit ami de leur supérieur, il se pourrait bien que l'homme exprime son mécontentement à leur chef, et ils n'échapperaient pas non plus à la remontrance.

Le choix était dur pour les deux hommes qui échangèrent longuement un regard perdu. Ichigo tapa plusieurs fois du pied à terre, exprimant son impatience, et bientôt les deux gardes prirent leur décision :

_Bien, on vous laisse, finirent-ils par répliquer, tournant les talons avec inquiétude.

Un sourire victorieux s'étala sans gêne sur le visage juvénile du roux, et lorsque la porte se fut refermée sur les deux hommes en uniforme, il se retourna vers sa victime attendant sagement, fermement attaché au lit. Grimmjow le tuait du regard et bougeait par petits à coups, faisant cliqueter le métal des menottes contre les barreaux du lit. Il était certain, cette fois-ci, que sa vengeance serait terrible.

_S'pèce d'enfoiré! cracha-t-il au bout de longues silence de ce spectacle affligeant.

_C'était la seule solution, puisque tu ne veux pas m'écouter, répliqua-t-il en se rapprochant du lit. J'aurais aimé faire autrement crois-moi.

_Tch! Arrête d'me repousser, j'sais qu't'aimes ça. Quand j't'embrasse ton corps d'vient tout raide, et j'peux sentir ton cœur battre. C'est pas c'que j'appelle du dégoût moi.

Ichigo baissa les yeux rapidement, bien plus touché par sa remarque qu'il ne le laissait même paraître. Oui, lui aussi avait remarqué ce genre de réactions dès qu'il le touchait. Est-ce qu'il était devenu cinglé pour réagir aux mains de ce meurtrier? Non, c'était simplement parce qu'il n'avait personne dans sa vie, ou parce qu'il voulait à nouveau tomber amoureux. Mais, ça ne signifiait pas que ce serait... lui.

_Peut-être bien que si tu acceptes de répondre à quelques questions tu pourras m'avoir, énonça-t-il soudain après quelques minutes de réflexion profonde.

A ce petit jeu, il ne pouvait que gagner.

Une petite lumière lubrique s'alluma au fin fond des yeux turquoises, mais Jaggerjack était loin d'être né de la dernière pluie :

_M'fais pas marcher! J'ai t'jours rêvé d'baiser un mec riche comme Crésus, t'jours. Et depuis qu'jsuis en prison j'ai t'jours voulu baiser un mec de l'extérieur. J'en peux plus des culs d'ces prisonniers et gardiens d'merde. J'veux du frais!

Il se pourlécha les babines, à l'image d'un chat devant sa gamelle, et lui adressa un petit clin d'œil enthousiaste et charmeur. Mais Ichigo se contenta d'étirer un visage impassible et soupira profondément :

_Si seulement tu pouvais me donner... je ne sais pas, ne serait-ce que le nom de ton psy, je pourrais faire quelque chose pour toi en retour, hein?

_J'ai ta parole?

_Bien entendu.

_Alors j'veux qu'tu montres tes fesses, tout de suite!

Le rouquin haussa les sourcils, étonné au plus haut point par sa demande quelque peu déplacée. Mais après tout, il s'était plus ou moins attendu à cela. Il bougea nerveusement sur le lit et acquiesça d'un signe de tête :

_Je sais que tu aimes ce genre de jeu, Grimmjow. Bien, alors en échange de cela, j'aimerais avoir le nom de ton psy.

_Tes fesses d'abord!

_Le psy.

_Tes fesses!

_Comment pourrais-je avoir confiance en toi, Grimmjow? Si je le fais en premier tu me rouleras, alors que moi, tu peux avoir confiance en moi, je le ferais.

Grimmjow observa un instant son visage sérieux et il ne sembla pas hésiter une seule seconde, bien trop excité à l'idée de voir enfin le postérieur du jeune homme :

_Aizen Sosuke. Allez hop!

_Aizen Sosuke? répéta Ichigo en prenant note du nom sur un petit calepin. Bien, très bien.

Il se releva lentement du lit, dans des mouvements sensuels et presque aguicheurs. Il fit quelques pas dans la chambre et stoppa, faisant raidir tout entier le corps de Jaggerjack, à l'affut, un filet de bave s'écoulant de sa bouche attendant qu'un bout de chair rose appétissant ne se dévoile à ses yeux.

Mais à la place, Ichigo étira un sourire en coin :

_Mph! Désolé, Grimmjow, mais il n'y pas moyen que je montre mes fesses pour ça. Et surtout à toi. Tu as perdu à ton propre jeu, c'est dommage.

Puis, il se précipita jusqu'à la porte de la chambre, prenant ses jambes à son cou comme s'il craignait la tempête derrière lui. Et pour cause, il savait que cette provocation allait réveiller chez Grimmjow toute sa rage, et il ne voulait pas le voir retourner le lit à cause de lui.

Et pourtant, alors que sa main touchait la porte pour y frapper quelques coups afin qu'on lui ouvre, le silence époustouflant le fit stopper. C'était calme, bien trop calme.

Intrigué, il tourna son profil en direction du lit et de Grimmjow. Ce dernier, à sa plus grande surprise, n'avait pas bougé, ni exprimé la moindre colère. Au contraire, son visage était tourné à l'opposé et il était allongé là, comme mort. Quelque chose ne tournait pas rond. Et même s'il savait qu'il n'aurait pas dû s'en faire pour si peu, Ichigo entreprit de savoir ce qui arrivait au bleuté :

_Grimmjow? énonça-t-il d'une voix timide.

_Un jour j'gagnerai contre toi, Kurosaki Ichigo.

Le visage du turquoise pivota alors dans sa direction et le roux fut saisit aux tripes par l'expression qu'il y affichait. Pas de sourire aux dents pointues, pas de moqueries, pas d'expression étrange comme il en avait l'habitude. Juste un visage détendu, des yeux mis clos et une bouche inexpressive.

Merde! Il était sérieux. A propos de lui.

_Un jour, tu s'ras à moi, Kurosaki Ichigo.