Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : Le psychiatre entremetteur.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Warning : Petit Lime!


Chapitre 9. Le psychiatre entremetteur.

Ichigo se laissa le temps de reprendre ses esprits, juste quelques instants. Il voulait seulement s'assurer qu'il avait bien entendu les derniers mots de Grimmjow. Ces mots qui le laissaient dans un état qu'il était difficile de décrire. Du dégoût ou de l'excitation?

« Un jour, tu s'ras à moi, Kurosaki Ichigo »

Quelle genre de personne dirait cela à un autre homme, sans gêne, sans aucune sorte de préavis? Sûrement était-il en train de mal interpréter les choses, ça ne pouvait être que cela. Il avait rêvé et tout ça n'était pas arrivé. Ou alors Grimmjow... avait vraiment voulu dire ça...?

_Je ne pense pas avoir saisi ta dernière phrase, Grimmjow, souffla-t-il doucement.

Il était pourtant prêt à sortir d'ici, plus que prêt même. Il voulait s'enfuir loin de cette pièce bien trop dangereuse à son goût, il savait que plus il s'y attardait plus il risquait de voir ses barrières tomber. Mais alors que faisait-il encore dans cette pièce à remuer le couteau dans la plaie? Il n'en savait rien lui-même. Ses jambes étaient prêtes à l'emmener loin de lui mais son cœur ne pouvait s'atteler à laisser cette situation comme elle l'était.

Cependant, comme il ne recevait aucun éclaircissement de la part du bleuté, ce fut tout naturellement qu'il rebroussa chemin, en direction du lit à nouveau. Juste quelques petites secondes, il voulait éclaircir tout ça, histoire d'en avoir le cœur net.

Ses yeux étaient braqués sur le corps immobile de Jaggerjack, son cœur prêt à bondir hors de sa poitrine à tout moment. Ses poings s'étaient serrés, sans doute pour éviter que ses mains ne tremblent à la vue du prisonnier. Il voulait savoir.

_Si j'ai bien compris, reprit-il en stoppant ses pas à quelques mètres seulement de la couche, tu oses penser qu'un jour... je serai... à toi?

Ces paroles semblaient n'avoir aucun sens pour lui. En réalité, Ichigo ne savait quoi en penser; personne ne lui avait jamais dit cela, personne n'avait osé agir comme cela avec lui. C'était la première fois qu'on lui parlait ainsi. Lui qui avait toujours pensé que Hisagi était effronté et indécent, toujours à lui crier des sonores « je t'aime » en pleine rue, ou encore à lui débiter des « j'ai envie de toi » en le regardant droit dans les yeux, là il venait de trouver encore plus fort! Un homme qui s'était auto-persuadé qu'il le ferait sien.

_Il faut que tu comprennes une chose, Grimmjow. Je ne sais pas... je ne sais pas quel genre de film on peut se faire lorsqu'on est dans une cellule toute la journée, et je ne veux pas le savoir. Mais... je ne serai jamais à personne. Même l'homme que j'ai le plus aimé dans ma vie n'a jamais osé me posséder comme cela, comme si je lui appartenais, comme si je lui était dû, alors...

_Y'a un début à tout, lui répondit une voix étouffée.

_Quoi? demanda-t-il en haussant les sourcils, étonnés. Qu'est-ce que tu as dit? Tu te moques de moi ou quoi?

L'orangé se précipita vers le turquoise et le saisit par les épaules, l'obligeant à le regarder enfin dans les yeux depuis qu'il lui avait déblatéré ça. Lorsque leurs yeux se croisèrent, Ichigo eut un mouvement de recul léger, sentant son cœur s'emballer sous la marée turquoise qui le submergea tout à coup.

Ne jamais plonger son regard dans l'assurance bleu azur lorsqu'on était perturbé, à coup sûr, Grimmjow vous faisait chavirer, et pour de bon.

_Je ne suis pas... je ne suis pas ce genre d'homme! s'écria-t-il en plissant ses yeux de toutes ses forces. Je ne serai jamais à toi, tu m'entends? Comment ça se pourrait, tu es un prisonnier, un meurtrier!

Un petit sourire en coin, espiègle lui répondit et le rouquin cessa ses mouvements. A quoi cela servait-il de le remuer si tout cela amusait Grimmjow? Il n'était pas capable d'être sérieux, autant reprendre son calme et contrôler sa colère, pensa-t-il. Il lâcha le corps du prisonnier et soupira en se laissant tomber assis sur le bord du lit. Les épaules voûtées, il tournait le dos à Grimmjow, appuyant ses avants-bras sur ses genoux comme s'il eut été épuisé.

D'une certaine manière, il l'était.

_Peut-être que j'ai fait une erreur après tout, énonça-t-il à haute voix. Je n'aurais peut-être pas dû choisir un tel sujet d'écriture.

Grimmjow haussa un sourcil, sa tête bien calée sur son oreiller et ses yeux braqués sur le dos du jeune homme. C'était comme s'il se parlait à lui-même, mais à haute voix.

_Je n'ai jamais regretté un seul mot, une seule phrase, un seul paragraphe écrit de ma main au cours de ma vie, continua-t-il. Mais là... Tu... tu me fais amèrement regretter tout ça, Grimmjow.

Il soupira, fermant ses yeux un court instant. Il ne savait pas vraiment pourquoi il lui sortait tout ça à lui, ici et maintenant, mais il avait juste envie de se libérer de quelques poids.

_J'imagine que ce n'est pas comme ça que je devrais me comporter. C'est vrai, j'avais une vie tranquille, sans histoires, calme et... et... monotone. J'avais un homme qui m'aimait beaucoup, et mon petit train-train m'allait très bien et puis... Mais c'est mieux ainsi, pas vrai? J'avais besoin de sortir de cet espèce de mensonge dans lequel je me complaisais à vivre. Je ne suis pas comme ça, je n'étais pas comme ça avant. Je... D'une certaine manière, j'ai l'impression de me retrouver comme j'étais au tout début. Avec cette niaque, cette envie, l'impression que si je ne mords pas la vie à pleines dents, elle va m'échapper. Tout va m'échapper.

Kurosaki se surprenait lui-même à parler ainsi. Non pas qu'il n'éprouvait pas tous ces sentiments, mais il n'y avait jamais vraiment pensé, ni à les exprimer à haute voix. Il savait tout simplement que cet homme, Grimmjow Jaggerjack, ne porterait pas un regard de jugement sur sa propre vie, pas comme l'aurait fait Shuuhei, ou son amie Rukia, ou même son père.

Cet homme ne faisait que l'écouter. Sans doute ni comprenait-il pas grand chose, mais peu lui importait. Il avait osé avoué l'inavouable et soudainement, ses épaules semblèrent plus légères.

Le silence qui suivit la fin de son monologue se prolongea, et bien que l'écrivain sentit le blessé bouger sur son lit, il ne daigna pas ouvrir les yeux. Il les gardait fermés, comme s'il avait peur d'affronter la réalité de ce monde, maintenant qu'il s'était avoué toutes ces choses de vive voix.

_Je suis tellement pathétique que même toi tu ne trouves rien à dire à ça, pas vrai?

Aucune réponse ne se fit entendre. Au lieu de ça, Ichigo sentit un poids derrière lui, affaisser le matelas du lit de fortune, mais il ne sembla pas réagir ni s'alarmer d'une telle sensation.

Mais lorsqu'un frisson électrifiant lui arracha presque un cri et un sursaut immense, il ouvrit les yeux et s'immobilisa tout à coup. Quelque chose... quelque chose s'était posé sur sa peau, et traçait une ligne droite dans son cou, depuis son oreille jusqu'au tissu de sa chemise recouvrant ses épaules. Quelque chose de doux et de léger, comme une caresse. Était-ce un insecte ou bien...?

Kurosaki ferma les yeux à nouveau, laissant ce petit courant d'air chatouiller sa nuque agréablement et continuer à toucher sa peau avec volupté. Il n'en était pas certain mais un souffle chaud accompagnait ces caresses, comme si... comme si...

_Grimmjow?

Sans bouger, le rouquin tourna des yeux ébahis sur sa droite, espérant trouver le corps immobile du bleuté et ses poignets solidement attachés au barreau du lit, mais l'oreiller était vide. A sa place, un barreau en fer dévissé du reste de la tête de lit reposait.

Ce n'était pas un insecte, ce n'était pas un courant d'air non plus. C'était...

« Aah... Son nez... »

Le bout du nez de Grimmjow furetait dans son cou, traçant tour à tour de courtes lignes dans sa nuque, ou de petites vaguelettes derrière ses oreilles.

Il s'était détaché de la tête du lit, il avait dévissé un barreau – ou bien arraché, peu importait – et se tenait maintenant derrière lui, les mains toujours attachées par les menottes et son visage penché dans le cou du roux.

Ichigo sentit alors son souffle se figer dans sa poitrine, mais pourtant, il ne s'était jamais sentit aussi léger, aussi bien depuis très longtemps. Ces milliers de frissons qui parcouraient sa peau sous la douceur du nez de Grimmjow, descendaient le long de son échine pour mourir au creux de ses reins, et faire se dresser le moindre petit poil de ses bras.

C'était certainement la caresse la plus tendre qu'on lui ait donné. Personne n'avait jamais fait ça comme ça, personne. Il fallait que ce soit cet homme, cette brute, cet analphabète, ce meurtrier, qui parvienne à le faire planer si haut, sur ce petit nuage douillet duquel il ne voulait plus redescendre. La terre s'était arrêtée de tourner et Ichigo ne voulait rien faire pour que ce moment se termine. Était-ce mal? Ne devait-il pas plutôt appeler les gardes comme il l'avait fait plus tôt et s'enfuir loin de cet homme?

_Kurosaki...

Cette voix et la façon dont il venait de prononcer son nom lui arracha un tremblement violent. Ichigo rouvrit les yeux pour constater qu'il n'était plus dans son état normal; qu'était-il en train de faire, nom d'un chien?

_Tu sens tellement bon...

La voix était chaleureuse, les mots enivrants, le moment surnaturel. Grimmjow huma tout son soûl l'odeur de la peau couleur miel, à s'en donner le tournis, à s'en emplir les poumons, et il sentit le jeune roux se raidir totalement. Cette réaction était dû à la surprise et l'excitation, non pas à la répugnance, le turquoise le savait bien. Ichigo était... le seul homme qu'il ait voulu si ardemment toucher depuis qu'il était enfermé dans cette prison. Pourtant il en avait vu des hommes de l'extérieur; des policiers, des médecins, des psy, des gardiens, des avocats, des juges et il ne savait encore. Mais cet homme-là était bien mieux que tous ces gens; il avait le succès, la fortune, la jeunesse, la beauté, l'insouciance, il était fait pour être sa plus appétissante victime.

Mais comme toute victime qui se respecte, Ichigo avait bien droit au grand jeu de la séduction made in Grimmjow Jaggerjack, non?

_Grimm... Grimmjow? souffla le jeune homme, d'une voix mal assurée.

Alors qu'il disséminait quelques baisers légers le long de son cou, Ichigo se sentit mal à l'aise. Non, plutôt... il ne s'était jamais sentit aussi bien, aussi considéré, aussi aimé. Mais il savait qu'il n'aurait pas dû...

_J'sais que t'aimes que les flics, mais quand même..., soupira le turquoise, positionnant sa bouche à hauteur de son oreille à nouveau.

Ichigo fronça imperceptiblement les sourcils, comment... comment savait-il ça aussi?

C'était comme si Grimmjow Jaggerjack le connaissait jusque dans les moindres recoins de sa personnalité; il connaissait ses fréquentations – ou tout du moins l'une d'elle : Muguruma - et savait même qu'il était sorti avec un policier : Shuuhei. Que savait-il encore, bon sang?

_J'sais aussi que t'aimes ça, par exemple, taquina-t-il en faisant voyager sa bouche sur sa joue, en tentant de trouver son chemin jusqu'à sa bouche.

_Hé! protesta le jeune homme sans grand succès.

La main de Jaggerjack se déposa de l'autre côté de son visage et la force qu'il y imprima obligea le rouquin à tourner complètement sa tête dans sa direction. Les visages des deux hommes étaient ainsi à la même hauteur.

Ichigo sentit son cœur s'emballer une nouvelle fois. Il savait qu'il n'aurait pas dû croiser à nouveau ces yeux terrifiants et ensorcelants, qu'ils finiraient un jour par être sa propre mort. Mais là, il n'avait pas le choix.

La bouche de Grimmjow se referma sur la sienne sans qu'il n'ait le temps de comprendre pourquoi ni comment. Un souffle chaud s'insinua dans son corps sans y être invité et le jeune écrivain ferma les yeux par réflexe.

« Qu'est-ce que... je... fais? » Mais il n'avait plus aucun moyen de réfléchir correctement. Son esprit et sa personne étaient comme pétrifiés tout à coup, il oublia en un instant qui il était, où il se trouvait et ce qu'il était en train de faire.

Surréaliste était certainement le mot qui définissait le mieux cette situation, et même si Ichigo savait que cela n'aurait jamais dû se produire, il avait seulement l'impression que ce n'était pas lui. Qu'il observait cette scène, qu'il ne la vivait pas, qu'il ne pouvait pas être celui à qui cela arrivait. Irréel aussi s'accordait bien avec ce qui se déroulait.

Ce genre de sentiment qu'on expérimente lors d'un premier baiser, ou lorsqu'on a trop bu. On se rend compte que l'on fait une chose, mais en même temps la sensation de réalité n'existe plus et tout devient fictif. Si bien qu'on ne pense même pas à se stopper soit-même.

_Grimm... Grimmjow...

Mais le reste de lucidité qu'il lui restait lui donna la force de se sortir de cette étreinte enivrante. Malgré le fait que son corps tremblait des pieds à la tête, et que son cœur ne voulait pas cesser sa folle course, le rouquin reprit sa respiration et observa le bleuté, exprimant son incompréhension. Pourtant, à cet instant, les seuls mots qui sortirent de sa bouche, ou plutôt la question qui lui brûla les lèvres, n'avait aucun rapport avec ce baiser. Mais Kurosaki savait que c'était le bon moment pour la lui poser.

_Il y a... il y a une question que je veux te poser et qui... qui me prend un peu la tête et...

_Oï! T'vas pas t'mettre à faire comme les poulets ou ce con de psy, hein?

_Écoute moi, reprit-il sans le regarder dans les yeux, cette question lui apparaissant tout à coup capitale sans savoir pourquoi. Après t'avoir rencontré, Yamamoto-san m'a dit des choses sur toi... Il... Il m'a dit que tu étais un prisonnier assez calme, ta conduite était excellente. Puis, quand je suis arrivé, après cet atelier, tu as soudainement... tu es devenu... tu as changé! Pourquoi? Je veux savoir pourquoi?

Il n'avait aucune idée de la raison pour laquelle il tenait tant à connaître la réponse à cette question, mais cette envie de combler cette incompréhension le rendit fou à cet instant. Ses poings étaient serrés et ses yeux plissés, comme si sa vie se jouait à ce que dirait le bleuté. Il aurait certainement tout donné pour entendre la réponse de Jaggerjack.

_Ah ça? répondit l'autre dans un petit rire charmeur. Parce que...

Mais un cliquetis bruyant couvrit sa réponse et le coupa dans ses mots. Sursautant bien haut à l'entente de la porte de la chambre qui s'ouvrait, Ichigo sauta sur ses pieds. Dans la seconde qui suivit, la porte s'ouvrit lentement sur un homme inconnu. L'orangé ne savait plus où se mettre, et il avait la désagréable impression que ce qui venait de se passer entre lui et Grimmjow était inscrit en gros sur son front...

L'homme qui venait d'entrer observa les deux hommes d'un œil curieux puis stoppa après avoir dépassé le perron de la chambre. Un petit sourire s'étala sur son visage et ses yeux chocolat s'attardèrent sur Ichigo. Celui-ci ne savait pas pourquoi mais le regard de cet homme le mettait mal à l'aise.

_Tiens, manquait plus qu'ça! s'exclama Grimmjow, qui connaissait sans doute l'inconnu, en tombant allongé sur son lit.

Ne faisant pas attention à la réplique du turquoise, l'homme continua d'étudier le visage d'Ichigo sans gênes.

_Tu es en charmante compagnie, Grimmjow, finit-il par dire avec ce même sourire sur les lèvres. Étrange, il n'a pas du tout l'air d'un policier. A moins que... Qui est-ce?

Sa question s'adressait directement au prisonnier mais Kurosaki s'imposa dans la conversation :

_Hé! Je peux me présenter quand même! dit-il , piqué à vif. Kurosaki Ichigo, enchanté.

_Oh... Aizen Sosuke, je suis le psychiatre de Grimmjow.

Le rouquin intensifia son froncement de sourcils. Cet homme était donc le psy dont lui avait parlé Grimmjow? Il semblait bien hautain pour faire un tel travail, au service des autres. Il n'en avait pas du tout l'allure et ne semblait pas cacher du tout les revenus mirobolants qu'il obtenait à soigner le désespoir et les problèmes de ses patients. Chaussures de cuir d'une grande marque française, une veste sur-mesure qui venait d'Italie, un costume onéreux français lui aussi, et une cravate originale mais qui restait de très bon goût.

_Je me disais bien que votre visage ne m'était pas inconnu, reprit-il.

_Vous avez sans doute dû me voir dans le journal, ou à la télévision, je suis écrivain.

_Oui, je sais ça, répondit-il en prenant son menton entre deux doigts, l'air pensif. Mais ce n'est pas de ça dont je parle. Vous êtes le fils d'Isshin.

Ichigo sembla surpris tout à coup. Cet Aizen connaissait son père, et pour une fois, on ne lui sortait pas ce qu'il avait l'habitude d'entendre : « Oh! Vous êtes cet écrivain super célèbre! »

_Vous... vous connaissez mon père?

_Mmm, affirma-t-il, plus que bien. Nous avons fait nos trois premières années de médecine ensemble, à Tokyo. Puis il a choisi de s'orienter vers la cardiologie, et moi dans une autre direction. Nous étions très amis, il me manque, par moment. Comment va-t-il?

_Il va... bien, répondit-il avec une certaine méfiance, ne se doutant pas que son père ait pu avoir un ami avec tant de classe. Il... il a toujours la clinique familiale à Karakura.

_Tant mieux, c'est un homme bien. Et je ne doute pas que vous soyez semblables tous les deux.

Grimmjow observait la scène depuis son lit d'un œil peu amical. Il avait appris à cerner la personnalité de on psychiatre et il avait eut ouïe-dire que ce dernier n'était pas un agneau tout blanc, notamment pour son goût des jeunes garçons...

_Hé oh! intervint-il en mettant fin à cet interlude. C'est pas à moi qu'tu devrais t'intéresser Sos'ke?

Aizen lui jeta un regard malicieux puis reposa ses orbes chocolat sur le roux :

_Mon patient semble jaloux. Néanmoins, vous avez bien grandi, Kurosaki Ichigo. Je vous ai connu vous n'étiez pas plus haut que trois pommes.

_Je... j'ai été ravi aussi. Je vais m'en aller.

Il en avait tant envie, de filer d'ici, que l'occasion était trop belle pour ne pas la saisir. Sans un mot de plus, il sortit de la chambre et laissa les deux hommes ensemble, quelque peu distrait par cette rencontre qui l'avait laissé perplexe.

La porte se referma derrière l'écrivain et Aizen soupira, retirant son long manteau noir pour le déposer non loin de Grimmjow, sur le lit. Son sourire avait disparu et ce fut avec une inquiétude non dissimulée qu'il tourna à nouveau son regard sur Jaggerjack.

Ce dernier le fusillait du regard, bien mécontent qu'il est fait fuir sa délicieuse petite fraise...

_Je vois que tu prends du bon temps, Grimmjow. Cette petite bosse, non dissimulée, sous ton caleçon en étant la preuve irréfutable.

_J'ai pleins d'choses à t'raconter, Sos'ke, répondit le prisonnier en sortant ses canines pointues.

_Ça je n'en doute pas. Et je suis déjà impatient de connaître l'histoire qui te lie à Kurosaki Ichigo.


Ichigo laissa tomber sa veste de cuir dans l'entrée de son loft, accompagnant son geste d'un grand soupir douloureux. Ses yeux balayèrent lentement l'immense étendue de son « chez lui » vide de toute vie, et soudain il se sentit gelé, un frisson désagréable parcourant son échine.

Il ferma les yeux, la seule image revenant sans cesse dans sa tête le rendant presque fou. Grimmjow... et ce baiser stupide! Il s'en voulait horriblement d'être tombé dans le piège de Grimmjow, il s'en voulait de ne pas avoir été aussi fort que d'habitude. Mais il y avait quelque chose en cet homme qui le rendait irrémédiablement faible, et il n'y pouvait rien.

_Merde..., chuchota-t-il en prenant son visage entre ses mains.

Pourquoi avait-il fallu que cet imbécile heureux l'embrasse? C'était lui le cinglé, lui qui le mettait dans une telle situation et qui lui faisait expérimenter cette culpabilité, mais aussi ce mal être tenace.

D'habitude en rentrant chez lui, lorsqu'il se sentait nostalgique ou tout simplement trop seul, il arrivait à imaginer Shuuhei penché au-dessus des fourneaux, lui préparant un bon petit plat comme avant. Il parvenait à sentir son odeur autour de lui, sentir ses bras autour de son corps, tant il lui manquait. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, ces pensées lui remontaient le moral, le réconfortaient, car ces souvenirs de moments heureux avec Shuuhei étaient le trésor qu'il avait appris à chérir le plus au monde.

Mais maintenant, Shuuhei avait disparu. Le fantôme de sa relation passée avec le policier était balayé par cette espèce de tornade turquoise qui s'insinuait dans son loft tout comme il s'était insinué dans son corps.

Il pouvait l'imaginer affalé sur son canapé, lui lançant un sourire carnassier et un regard pervers. Il pouvait le voir déambuler à moitié nu entre sa chambre et sa salle de bain, une simple serviette de bain autour de la taille. Il pouvait l'entendre jurer, concentré devant un jeu vidéo ou encore le poursuivre partout dans le salon pour enfin l'attraper et lui faire des choses peu catholiques. Il le rendait fou, il voulait le voir. Il voulait le voir évoluer entre ces murs, il voulait le toucher, il voulait l'entendre.

Il voulait peindre sa vie en turquoise.

Son appartement lui apparut si triste et monotone tout à coup; il manquait de couleurs. Il manquait de vie, de piment, d'attraction... La chevelure bleue turquoise était la touche piquante qui manquait à cette morosité.

Ichigo savait qu'il était trop tard désormais; il avait sauté le pas. Lorsque son imaginaire se tournait tout entier vers une personne, son cœur ne tardait pas à suivre et c'était là qu'il souffrait le plus.

Épuisé, il se laissa tomber comme une masse sur son lit, la tête enfouit dans la couette et ses pieds dépassant du matelas. Il voulait seulement s'étouffer pour oublier tout ça, jusqu'à s'en faire tourner la tête, jusqu'à se rendre malade et oublier un tant soit peu cet homme et ce qu'il lui avait fait.

Il n'avait toujours pas eu la réponse à sa question : pourquoi Grimmjow avait-il si soudainement changé de comportement à la prison? Alors qu'il était si calme avant son arrivée... Ichigo était persuadé que ça avait un rapport avec lui. D'une manière ou d'une autre il voulait s'en convaincre, qu'il ne le laissait pas indifférent et qu'il y avait plus qu'un simple jeu derrière le comportement du bleuté. Oui, bien plus même. Peut-être même... des sentiments?

Bordel, voilà qu'il en était à espérer des choses complètement dingues! Qu'est-ce qu'il lui avait fait? Il l'avait comme drogué depuis ce baiser, et il ne parvenait pas à penser à autre chose.

Est-ce qu'il... est-ce qu'il était tombé amoureux de Grimmjow, sans même s'en rendre compte?


~ Le lendemain ~

Ichigo avait mal dormi, très mal dormi. Ce matin-là, ce fut avec un affreux torticolis qu'il se réveilla, et il constata que son lit était sans dessus dessous. Sans doute les quelques instants de sommeil qu'il avait trouvés avaient été très agités. Il ramassa l'oreiller sur la moquette et la couette à moitié tombée à terre de l'autre côté du lit, tout en maudissant celui qui était la cause de son insomnie.

« Enfoiré de Grimmjow! »

Il se redressa dans son lit, tentant de ne pas faire de gestes brusques alors que son cou le faisait souffrir. Il soupira longuement, se rendant compte qu'il était bien plus que pathétique. Il n'avait même pas envie de sortir de la couette, pas envie de voir ce soleil se lever, pas envie d'avoir à penser à Grimmjow... Mais il ne pouvait pas s'en empêcher.

Et plus il pensait à ce type et ce qu'il s'était passé entre eux, moins il avait envie d'affronter le monde extérieur, et notamment son travail. Étrangement, il n'avait aucune envie d'écrire et encore moins de réfléchir à son roman. Comme si le virage que venait de prendre sa vie personnelle était un frein à sa créativité et à son imagination.

Forcément, l'écriture est histoire de fantasme; or, Grimmjow était maintenant bien trop réel pour réussir à broder la moindre histoire fictive autour de lui. C'était un défaut d'écrivain, une maladie qui ne vous frappait que lorsque vous tombiez amoureux, c'était bien connu.

Il avait plus ou moins connu la même chose avec Hisagi mais ce n'était pas vraiment la même chose; le personnage de Shuuhei n'était qu'un policier menant des enquêtes, pas d'histoire d'amour, pas de sentiments à décrire. Ce qui n'était pas le cas avec ce roman précis.

Autrement dit, il était dans une impasse.

Il se leva donc et entreprit de se réchauffer un plat cuisiné qu'il mangea, la tête dans les nuages. Il s'imaginait un Grimmjow venant piquer dans son assiette puis s'enfuyant dans des éclats de rire. Il pouvait clairement le voir penché, la tête dans le réfrigérateur, pester contre le manque de nourriture : "Bordel, y'a vraiment rien à bouffer dans c'putain d'frigo!" Et ça le faisait rire, il voulait rire, plus qu'en pleurer. Mais plus il continuait à fantasmer plus la solitude s'intensifiait et plus elle était douloureuse.

Il s'installa enfin devant son ordinateur et relut le début de son roman lentement. Il aimait ce qu'il avait écrit, il pouvait voir Grimmjow évoluer dans cette prison qu'il avait créée de toute pièce pour ce livre. Mais malheureusement, il était bien incapable de le continuer ce bouquin. La panne, pure et dure.

Il passa donc sa journée à surfer sur le web, et même à lire des mangas yaoi... Cela faisait tellement longtemps qu'il n'en avait pas lu. Depuis le début de sa sexualité sûrement; lorsqu'il avait commencé à apprécier les hommes sous un autre angle et qu'il était désireux d'en apprendre plus sur les relations homosexuelles. Mais maintenant, il trouvait ces histoires trop... clichées.

L'après-midi s'écoula lentement, et dix-sept heures sonnèrent lorsque son téléphone portable se mit à vibrer à côté de lui, l'extirpant de sa torpeur. Et il crut bien avoir atteint le fond lorsque la voix haut perchée de son éditeur Hirako Shinji retentit dans son téléphone.

_Kurosaki-sama!

_Bordel, Shinji! Parlez moins fort!

L'orangé porta une main à son oreille avec une expression douloureuse. D'autant plus que cet appel le mettait plus que de mauvaise humeur tout à coup.

_Il y a un homme à l'accueil de la maison d'édition, ici, expliqua Shinji d'une voix beaucoup moins enjouée mais sérieuse. Cet homme a parait-il demandé après vous, puis a demandé qu'on lui donne votre numéro de téléphone personnel, Kurosaki-sama!

Le blond semblait s'offusquer d'un tel comportement; mais ses paroles mirent la puce à l'oreille d'Ichigo.

_Qui est-ce? s'enquit-il en fronçant les sourcils.

_Il s'agit d'un certain... Aizen Sosuke, et...

Ichigo fronça les sourcils. Aizen? Le psychiatre de Grimmjow? Pourquoi venait-il jusqu'à sa maison d'édition comme ça, tout à coup, alors qu'ils s'étaient rencontrés la veille?

Était-il possible que Grimmjow lui ai parlé de lui ou que...? Il fallait qu'il le rencontre absolument de toute façon!

_Donnez-lui mon numéro, tout de suite! Et qu'il m'appelle le plus rapidement possible, c'est compris, Hirako?

_Mais euh... vous...

_Faites ce que je dis!

Il raccrocha sans attendre la réponse de Shinji, assez brutalement, et tout à coup une montée de stress l'envahit. Il joignit ses mains nerveusement et mordilla sa lèvre inférieure. Pourquoi ce type voulait-il prendre contact avec lui maintenant? Juste après qu'ils se soient rencontrés au chevet de Grimmjow?

Il avait sans doute des choses à lui dire. Oh bon sang, il espérait que Jaggerjack n'avait rien dit à propos de leur baiser! Il s'en sentait déjà affreusement honteux avant d'avoir à aborder le sujet avec le sérieux psychiatre. Un ami de son père en plus! Bon sang, tout ça ne lui disait qui vaille, surtout avec Grimmjow qui n'avait pas sa langue dans sa poche. C'était sûr et certain : il lui avait parlé du baiser!

Merde, merde, merde et merde!

_Je vais l'tuer, ce Grimmjow. Je vais l'tuer! grogna-t-il entre ses dents, ne cessant de jeter des coups d'œil nerveux en direction de son portable.

Quelques minutes plus tard, l'appel attendu arriva. Ichigo n'avait pas lâché l'écran de son portable des yeux, mais sursauta bien haut lorsque celui-ci s'alluma pour signaler un appel entrant, affichant un numéro de téléphone inconnu. Mal assuré, il empoigna l'objet et répondit :

_Allô?

_Bonjour, Aizen Sosuke à l'appareil.

_Bonjour.

_Navré de vous déranger et également navré de m'être procuré votre numéro ainsi. Je sais que ce n'est guère poli de débarquer sur votre lieu de travail et de demander cela à votre éditeur...

_Oh, il n'y a pas de mal, répondit-il avec un sourire. J'avais de toute façon l'intention de demander le votre à Yamamoto Genryusai.

_Bien. Je tenais à vous appeler suite à notre rencontre au chevet de Grimmjow Jaggerjack hier.

_Oui...

_Pour ne rien vous cacher, la séance que j'ai eu hier avec Grimmjow n'a pratiquement fait que tourner autour de votre personne. Et c'est ce qui m'inquiète.

Kurosaki sentit son estomac se contracter douloureusement à ces mots. Alors il avait raison, le bleuté avait bel et bien parlé de lui à son psy et maintenant celui-ci l'appelait pour lui dire ce qu'il en pensait. Et il s'attendait à une remontrance bien salée...

_Vous devez savoir que... Grimmjow est un être à part. Je pense qu'il comprend mal l'intérêt que vous lui portez.

_Co... comment ça? demanda-t-il, de plus en plus nerveux.

_Grimmjow est un homme qui a été extrêmement mal aimé pendant son enfance et son adolescence. Tour à tour, ses parents, oncles et tantes l'ont abandonné, laissé à la merci d'orphelinats peu recommandés qui eux aussi lui ont souhaité bon vent dès ses dix-huit ans. Grimmjow s'est toujours senti abandonné par la société, le monde entier. L'abandon reste tenace dans son esprit, malgré qu'il ne montre qu'une personnalité franche, agressive bien sûr et entreprenante. Mais aujourd'hui, vous vous intéressez à lui comme personne auparavant.

_Ah...?

Que tentait-il de lui dire?

_Je crois qu'il interprète mal l'intérêt que vous portez à sa personne.

_Eh bien... Je m'intéresse à lui dans le cadre de mon travail, de l'écriture de mon roman. Rien... rien d'autre.

Aizen prit le temps de remplir ses poumons d'oxygène avant de reprendre:

_J'ai bien peur que ça ne soit pas ce qu'il pense. Grimmjow est très enthousiaste vous concernant, il ne fait que parler de vous, de votre rencontre. Il pense que... il pense que vous êtes amoureux de lui. Et que vous êtes le seul à pouvoir l'aider.

Ichigo fronça les sourcils avec étonnement. Comment ça Grimmjow pensait qu'il était amoureux de lui?

_Je... je n'ai rien laissé entendre de tel, finit-il par répondre. Je ne sais pas pourquoi...

_Ne tentez pas de comprendre pourquoi et comment, c'est une perte de temps. Grimmjow n'a jamais connu l'amour comme nous le connaissons, il ne sait pas de quoi il s'agit. Ce sentiment lui est étranger, aussi dès qu'une personne agit de façon inhabituelle avec lui, il pense que c'est peut-être de l'amour. Il ne sait pas l'identifier. Il ne sait faire la différence entre l'intérêt et l'amour.

_Je l'ignorais...

_Je vous conseille de faire plus attention à l'avenir. A moins que Grimmjow ait visé juste...? Dans ce cas je ne peux que vous encourager...

_Comment?

Il sous-entendait qu'il était d'accord pour qu'il tombe dans les bras de Grimmjow? Ce psy? Il était cinglé?

_Autre chose, j'ignore si vous vous êtes renseigné sur le passé de Grimmjow...?

_Non, pas vraiment. Pourquoi ça?

_Pour en revenir au sentiment d'abandon comme je vous l'ai expliqué, c'est ce qui a le plus traumatisé Grimmjow. Pour être plus clair, les meurtres qu'il a commis se sont tous produits suite à une abandon. Sa première victime était l'un de ses amis qui a voulu s'éloigner de lui pour rejoindre sa petite-amie en France. Grimmjow s'est senti abandonné, couic, il est passé à l'acte.

_...

Ichigo déglutit péniblement. Même s'il pouvait comprendre le concept d'abandon et la douleur que l'on pouvait ressentir, rien n'excusait le meurtre.

_Je suis d'accord sur ce point. Mais pour Grimmjow, ce n'est pas le cas. C'est ce qui a fait de lui l'être qu'il est aujourd'hui. Alors, je vous en prie, Kurosaki-kun, faites bien attention. Le moindre recul de votre part et Grimmjow considèrerait que vous l'abandonnez.

_Mais je... vous dites que... il pourrait me tuer?

_...

Aizen resta silencieux quelques instants, laissant le jeune homme paniquer de l'autre côté du fil :

_En ce qui vous concerne, non, je ne le pense pas. Comme je vous l'ai dit : je m'inquiète, car c'est la première fois que Grimmjow semble si enthousiaste. Mais je ne peux prévoir ses réactions, alors ne l'abandonnez pas. Vous avez déclenché chez lui une sorte d'électrochoc, de changement de comportement, ce qui indique que peut-être il est décidé à se repentir, ce que j'espère de tout mon cœur pour lui.

L'orangé sentit les paroles de l'homme sincères, et il voulait lui aussi y croire. Maintenant, Grimmjow lui apparaissait plus complexe à saisir, sa personnalité bien plus profonde et enfouie qu'il ne l'imaginait. Il voulait le connaître, comme Aizen-san le connaissait.

_Oh je dois vous laisser, je m'en excuse, annonça soudain fièrement Aizen. Une dernière chose : le transfert de Grimmjow de l'hôpital vers la prison a lieu à 18h piles. Checkez votre horloge. Au revoir!

_Attendez!

_Bip. Bip. Bip.

Kurosaki décolla le portable de son oreille, observant un moment l'écran s'éteindre et le numéro d'Aizen Sosuke disparaître. Ce type... est-ce qu'il était seulement et simplement le psychiatre de Grimmjow? Pourquoi lui laissait-il entendre que tomber amoureux de Grimmjow n'était pas si terrible, qu'au contraire il l'encourageait?

Bon sang! Aucun être humain relativement censé n'aurait cautionné un tel amour! Entre un écrivain et un prisonnier condamné à perpétuité, n'est-ce pas? Alors pourquoi Aizen le faisait-il? Agissait-il dans l'intérêt de son patient? Pour son bonheur? Grimmjow lui avait sans doute dit quelques petites choses à son propos pour qu'il le pousse ainsi; alors quoi? Jaggerjack était tombé amoureux de lui également sans s'en rendre compte? Et Aizen l'aurait compris?

Ça n'avait ni queue ni tête, nom d'un chien! décréta-t-il en posant son téléphone sur son bureau, dans un geste colérique.

Il allait mettre un point d'honneur à oublier toute cette conversation, lorsque la dernière phrase du psychiatre lui revint en tête : « Checkez votre horloge ». D'un coup d'œil, l'orangé observa l'heure inscrite sur son écran d'ordinateur 17h15...

« Le transfert de Grimmjow de l'hôpital vers la prison a lieu à 18h piles », se remémora-t-il en serrant les poings.

« Non, non Kurosaki, c'est une mauvaise idée. Une très mauvaise idée! Tu n'iras pas là-bas, Kurosaki, tu n'iras pas. Même si c'est sûrement la dernière fois pour que tu puisses le voir de cette façon » exposa-t-il dans sa tête, alors que son corps tout entier était prêt à donner toute son énergie pour se rendre à cet hôpital avant 18h.

La dernière fois..., pensa-t-il alors en sentant les battements de son cœur avoir un raté. Si c'était la dernière fois, pourquoi ne pas... pourquoi ne pas... Il le regretterait n'est-ce pas? Il allait le regretter s'il n'y allait pas. Mais...

Les yeux ambrés se posèrent à nouveau sur l'heure indiquée. 17H20.

_Putain!

La réaction fut immédiate. Ichigo se leva dans un bond, faisant tomber sa chaise de bureau au sol et sauta dans ses chaussures. Il enfila une longue veste noire et décampa le plus rapidement possible. Il courait dans les escaliers, manqua renverser une personne âgée en sortant de l'immeuble, et traversa la rue en courant à toutes jambes, recevant avertissements et hurlements des conducteurs mécontents.

_Hé! R'garde où tu marches, connard!

Mais Ichigo n'avait pas le temps. Il n'avait pas le temps d'écouter leurs paroles, ni de se soucier de son apparence; sa veste noire cachait en partie son vieux tee-shirt blanc troué et son jogging gris qui lui servait de pyjama. Il n'en avait que faire s'il ressemblait à un claudo et si on le regardait comme un pestiféré.

_TAXI!

Il sauta dans un taxi, indiquant à son chauffeur sa destination avec une certaine anxiété. Mais quelques minutes plus tard, le véhicule était déjà pris dans les embouteillages.

_Et merde! scanda-t-il en donnant un coup de pied contre le siège conducteur.

_Hé! Va falloir vous calmer mon p'tit m'sieur, le rappela à l'ordre le chauffeur.

Mais les minutes défilaient, et Ichigo n'avait pas le temps de garder son calme.

_Où est la station de métro la plus proche?

_Euh... au bout de cette rue, vous en avez une mais...

_Au revoir!

Il fourra dans la main de l'homme un billet puis sauta hors du taxi pour se ruer dehors. Il dévala les marches pour atteindre la station de métro souterraine et s'engouffra dans le premier train venu, après avoir jeté un rapide coup d'œil aux destinations desservies.

17h25...

Et il avait un changement à faire dans l'une des stations les plus empruntées, à l'heure où il ne fallait pas. Bon sang!

Finalement, après avoir couru entre les voyageurs, sauté dans une correspondance et encore fait la course jusqu'à atteindre l'hôpital, Ichigo était plus que vidé. Le visage rouge comme une pivoine, le cœur battant à toute vitesse, et ses jambes lui faisant un mal de chien, il se précipita à l'intérieur, ne prenant pas la peine de passer à l'accueil pour s'annoncer il grimpa directement dans l'ascenseur pour atteindre le quatrième étage.

Le couloir était vide lorsqu'il y arriva enfin, mais il entendait des voix d'hommes au loin. Il n'était pas trop tard au moins? 17H45... Il était essoufflé, entendait son cœur battre jusque dans ses oreilles et sa tête qui tournait affreusement.

Il sentit cependant son corps se détendre étrangement, même s'il regrettait déjà de s'être mis dans la panade jusqu'au cou pour avoir agit sur un coup de tête.

_Allez, mettez-lui la combinaison les gars. On s'ra un peu en avance sur l'horaire.

Ichigo remarqua que la porte de la chambre était ouverte et que plusieurs gardiens en gardaient l'entrée. A l'intérieur plusieurs d'entre eux s'activaient sans doute à habiller Grimmjow de sa tenue de prisonnier. Une fois arrivé au niveau des gardes devant la porte, Ichigo ne prit pas la peine de se présenter et se fraya un chemin parmi eux.

_Hé! Vous... Kurosaki-sama? s'exclama l'un d'eux, reculant d'un pas pour laisser passer l'écrivain.

L'ensemble des gardes cessèrent leurs activités, se retournant pour observer l'orangé qui pénétrait dans la pièce. Mais celui-ci n'y fit pas attention; ses yeux avaient été tout de suite attirés par la silhouette du bleuté debout devant son lit, tenant à peine debout, et sa tête balançant de droite à gauche.

Inquiet, Ichigo demanda :

_Pourquoi est-il... comme ça?

_On l'a drogué, Kurosaki-sama, expliqua l'homme qu'il avait rencontré devant l'entrée de l'hôpital lors de sa première venue. Sans ça, impossible de le ramener vous vous doutez bien.

Ichigo ouvrit des yeux étonnés, voir choqués.

_Dro... drogué? Mais bon sang, ce n'est pas un animal!

_Vous pouvez me croire que si!

Le rouquin fit quelques pas pour se rapprocher du bleuté. Il n'avait pas remarqué son arrivée, il n'avait même pas relevé la tête au son de sa voix. Interloqué, il prit son menton entre ses doigts et redressa son visage pour constater qu'il était dans un sale état.

Ses yeux étaient mis-clos, un voile les couvrant donnant l'impression qu'il était complètement ailleurs; drogué effectivement. Sa bouche était entrouverte, un filet de salive s'en échappant. Il n'était pas beau à voir, et Ichigo sentit une pointe de colère monter en lui.

_Sortez! ordonna-t-il en lançant un regard foudroyant au gardien. Réveillez-le tout de suite et sortez d'ici!

_Mais, Kurosaki-sama! Si nous faisons ça, si nous sommes en retard, Yamamoto-san...

_Et bien vous n'aurez qu'à lui dire que c'est ma faute! J'en prends la responsabilité, réveillez-le et sortez d'ici!

Pendant quelques instants, les gardiens s'observèrent tour à tour. Mais l'homme qui l'avait fait rentrer la première fois, savait pertinemment que Muguruma-san avait donné son aval pour qu'il visite le prisonnier; il ne voulait pas avoir se problème. Sans compter qu'il avait l'inspecteur Hisagi de son côté; personne ne voulait se faire réprimander par le chef des gardiens de la prison ni par l'inspecteur de police réputé pour ses colères noires.

_Bien. Mais vous n'aurez droit qu'à quelques minutes. Nous risquons notre place. Je le fais seulement parce que Muguruma-san vous a autorisé à le voir, et parce que Aizen-san nous a demandé de vous laisser le voir.

_Aizen-san...?

_Oui. Je vais lui faire respirer ce produit, reprit-il en fouillant dans son sac et en brandissant un petit flacon aux couleurs sombres. Il sera un peu plus conscient, mais nous ne pouvons pas retirer les effets de la drogue en un claquement de doigts.

_Ça ira!

Ichigo aida alors Jaggerjack à s'asseoir sur le rebord du lit et lui fit renifler quelques secondes les effluves du flacon. Grimmjow cligna des yeux plusieurs fois, très rapidement puis eut un frisson. Ça semblait désagréable mais son visage se redressa de lui-même et il reprit un peu d'aplomb.

_Grimmjow?

Les yeux turquoises se plantèrent sur l'écrivain et le bleuté tenta d'esquisser un sourire, avec la force qui lui restait. Il referma sa bouche et s'essuya lentement le coin des lèvres pour en retirer la salive qui en coulait.

_Merci, maintenant, sortez s'il vous plait.

A contre cœur, les gardiens s'éclipsèrent et une fois la porte fermée, Ichigo prit place à côté du prisonnier, sur le lit, et déposa tranquillement son front sur l'épaule musclée. La respiration de Jaggerjack s'était accélérée, mais il n'avait toujours rien dit, reprenant sans doute ses esprits peu à peu.

_Je ne sais pas pourquoi, commença alors Kurosaki dans un murmure, je ne sais pas pourquoi ça m'arrive. Je ne veux pas savoir pourquoi en fait. Je sais juste que... quelque chose est arrivé, et je ne me serai pas permis de revenir si Aizen-san ne m'avait pas dit ces mots.

Grimmjow se contenta d'émettre un petit ricanement faible, mais ne répondit pas.

_C'est la dernière fois, tu le sais aussi, n'est-ce pas? La dernière fois que nous pourrons nous voir de la sorte, comme ça... La dernière.

_Tais-toi.

La voix était faible, presque tremblante et lointaine. Ichigo se releva, croisant un court instant les yeux bleus profonds avant qu'il ne bascule en arrière sur le matelas avec le blessé. Grimmjow posa ses lèvres sur les siennes et coinça son corps entre le lit et son propre torse. Mais Kurosaki ne se serait pas échappé de toute manière.

Il enroula une jambe autour de la taille de Jaggerjack, remarquant avec un certain contentement qu'à cause des effets de la drogue, la vitesse des gestes du prisonnier étaient considérablement altérés. Mais c'était mieux ainsi. Ses mouvements, beaucoup plus lents qu'ils ne l'avaient jamais été, étaient plus doux, plus sensuels et Ichigo appréciait tout ça.

Une main froide se posa sur sa cuisse et caressa sa hanche, ce qui déclencha chez notre orangé un envol de milliers de papillons dans son bas-ventre. Il connaissait ces réactions, il savait ce qu'elles signifiaient, il ne pouvait se méprendre plus longtemps sur ses sentiments.

Entre deux baisers, alors que ses doigts s'étaient perdus dans la chevelure bleue, il murmura contre la bouche de Grimmjow :

_Je me fous de qui tu es, de ce que tu as fait, de ce que tu feras. Je ne peux plus faire comme si tu n'existais pas! Je veux écrire sur toi, je veux que tu fasses partie de ma vie, de mon travail, de mon succès, je veux...

_Shhh..., le coupa soudain le turquoise en déposant un doigt sur ses lèvres. Tais-toi, j'ai dit.

Ichigo obéit et se tut, fermant les yeux pour se laisser à la merci d'un homme hors du commun. Car il l'était; non pas dans un sens littéraire où son potentiel n'était plus à prouver pour l'homme de lettres, mais hors du commun puisqu'il était entré dans son cœur, en à peine quelques heures. Alors qu'ils se connaissaient à peine, et qu'ils n'avaient échangé que de rapides discussions.

C'était la première fois que Ichigo ressentait cela pour quelqu'un aussi vite. Était-ce ce qu'on appelait communément un coup de foudre? Était-il bel et bien amoureux d'un prisonnier?

Il n'en doutait plus désormais, surtout lorsque les lèvres du bleuté dessinèrent dans son cou des vaguelettes étourdissantes et qu'il se sentit réagir jusque dans le bas de son ventre, la chaleur s'agglutinant au niveau de son entre-jambe et sa tête se mettant à tourner dangereusement.

Jaggerjack appuya quelques instants son bassin contre le sien, sans doute pour lui faire comprendre et sentir qu'il était dur lui aussi, puis pour s'assurer qu'ils étaient bien dans le même état tous les deux.

Malgré le fait qu'il soit perdu sous les baisers de Grimmjow, Ichigo gardait à l'esprit qu'ils n'avaient que peu de temps, très peu de temps. Il voulait tout de lui, maintenant tout de suite. Il se fichait de cet endroit et des gardiens qui attendaient derrière la porte. Coupant quelques instants le baiser, il chercha des yeux la fermeture éclair de la combinaison de prisonnier de Grimmjow et la fit glisser dans un « zip » silencieux. Puis, il glissa ses mains à l'intérieur de l'uniforme, faisant naviguer ses doigts sur ses pectoraux fermes et ses abdominaux délicieusement bien dessinés.

Jaggerjack en fit de même, soulevant le tee-shirt de l'orangé et ses caresses non précipitées éveillant la peau miel de son partenaire. Sa bouche suçotait la peau de son cou, revenait capturer ses lèvres puis s'aventurait un peu partout. Kurosaki se pinçait les lèvres pour ne pas gémir, tirant doucement les cheveux bleus pour lui faire comprendre qu'il était à bout.

_Grimm... jow..., soupira-t-il alors que ce dernier coinçait entre ses dents un mamelon dressé. Grimm... Je m'fous qu'on nous découvre, tu m'entends, ou qu'on soit pressés... Je veux... Je veux... Prends-moi Grimmjow!

Le bleuté relâcha le mamelon rosé et écrasa à nouveau sa bouche contre celle du rouquin. Cet écrivain était pas croyable, il semblait si coincé à première vue, alors qu'il suffisait de le titiller un tout petit peu pour qu'il sorte des choses si impudiques.

_'Spèce d'écrivain dépravé, murmura-t-il contre sa bouche.

_Mmm, répondit Kurosaki qui maintenant était de plus en plus pressant, frottant tout son corps contre celui de son partenaire pour qu'il passe aux choses plus sérieuses. Dépêche... Grimmjow?

Mais le turquoise s'affala tout à coup de tout son poids sur lui, laissant son visage tomber dans son cou d'un seul coup brutal. Comme s'il n'avait plus de force, Ichigo dut le retourner pour qu'il le laisse respirer.

_Grimmjow? Grimmjow? s'enquit-il en tapotant les joues du prisonnier qui était comme tombé dans les pommes.

Ses yeux s'étaient fermés, sa bouche s'était entrouverte à nouveau pour chercher plus d'air, son corps était flasque et il n'était plus excité. Il était... comme mort.

_Grimmjow!

Il le secouait, soulevait ses paupières, tentait de l'embrasser mais il n'y avait plus personne. Les effets de la drogue avaient repris le dessus et Jaggerjack s'était évanouit.

_GARDES! GARDES!


L'assemblée était silencieuse, les regards autoritaires et glacés pointés sur la même personne de façon accusatrice. La longue table de bois autour de laquelle étaient regroupés les membres du conseil d'administration de la prison de haute sécurité était monotone et sans intérêt. Comme d'habitude les conseils de discipline n'étaient guère enthousiasmants.

_Muguruma Kensei...

Mais pour la première fois de sa longue carrière, ce ne fut pas en tant que juge que Kensei y siégea, mais bien en tant qu'accusé. Et Yamamoto Genryusai trônait en face de lui, à l'autre bout de la table, son visage toujours aussi fermé et sa voix si autoritaire tonnant dans la pièce :

_Vous êtes suspendu de vos fonctions de gardien de la prison de haute sécurité de Tokyo, ainsi que de votre poste de gardien en chef de cette prison. Cela pour une période indéterminée mais d'un minimum de trois mois. Le conseil a voté. Veuillez remettre vos armes, insignes, badges et uniformes à Love-san qui prendra votre suite au poste de gardien en chef.

Muguruma laissa s'écouler quelques secondes avant de s'activer et de retirer d'un sac à dos tout ce qu'il devait remettre à son collègue. Son visage ne trahissait aucune émotion, stoïque et fermé. Ses gestes restaient assurés et précis, et Love se demanda pourquoi cette sanction ne l'accablait pas. Peut-être était-ce ce qu'il cherchait en faisant ça?

_Bon courage, Love, finit par dire Kensei en se levant de son siège. Je suis heureux que mon poste te revienne, tu le mérites plus que n'importe qui.

_Kensei...

_Je te souhaite bonne chance, termina-t-il en tapotant amicalement l'épaule de celui qu'il considérait plus comme un camarade qu'un simple collègue.

Love le suivit du regard, ne pouvant croire à ce qui était en train de se dérouler devant ses yeux. Muguruma était un pilier de cet établissement, l'homme de confiance, celui à qui tous les gardiens faisaient confiance. On pouvait lui confier n'importe quoi, l'homme ne vous jugeait jamais et vous aidait toujours du mieux qu'il pouvait. Il ignorait s'il avait les épaules pour reprendre ce travail.

_Au revoir, messieurs, salua Kensei en balayant l'assistance de ses yeux quelque peu brillants d'émotion. Je vous souhaite bonne continuation.

Lorsqu'il posa une main sur la poignet de la porte, Yamamoto-san fut le seul à se lever de son siège pour saluer sa sortie. Le vieil homme ferma ses yeux ridés lorsque celle-ci se referma; il savait que Muguruma Kensei ne reviendrait jamais. Même si demain, sa sanction était levée.

Kensei traversa le couloir lentement, tentant de garder les plus beaux souvenirs de ses années passées ici, et s'imprégnant de l'établissement qui avait été son travail et même bien plus que ça. Il s'était investit dans cette prison bien plus que personne, et aujourd'hui il se devait de tourner la page.

Après avoir « tabassé » Grimmjow, après avoir donné une autorisation à Kurosaki pour qu'il visite le prisonnier, il avait violé plus d'une règle. Et même s'il n'avait pas été sanctionné, il aurait donné sa démission; pour sa conscience personnelle. Il ne pouvait continuer à travailler ici en sachant qu'il n'avait pas respecté son contrat et le règlement imposé par Yamamoto.

Il voulait rester honnête avec lui-même.

Lorsqu'il termina de traverser la cours de la prison et se retrouva sur le trottoir, un petit pincement au cœur le surprit. C'était donc la dernière fois qu'il entrerait ici. Était-ce un mal ou un bien, il l'ignorait. Mais il avait fait tout cela en pensant servir une bonne cause. Ou bien était-ce simplement pour lui seul qu'il l'avait fait?

Non loin de lui, il remarqua alors un véhicule qu'il connaissait; une voiture blanche dont le conducteur, toujours à l'intérieur, semblait attendre quelqu'un. C'était Shuuhei.

Muguruma soupira puis se dirigea d'un pas conquérant vers la voiture, bien conscient qu'il devrait à un moment ou un autre en parler avec l'homme dont il était le plus proche.

La portière passager s'ouvrit lentement, comme une invitation pour qu'il monte, et il s'engouffra à côté du brun puis claqua la porte derrière lui. Le silence assommant qui régnait à l'intérieur le rendit mal à l'aise, et l'ex gardien bougea sur son siège de façon nerveuse.

Hisagi lui, était à moitié affalé sur le volant, le visage baissé et la respiration lente. L'atmosphère était tendue et ni l'un ni l'autre ne savait comment rompre ce silence embarrassant. Cependant, ce fut Kensei qui fit le premier pas :

_Pourquoi es-tu là?

Shuuhei soupira puis redressa son visage qu'il tourna en direction de son passager :

_Pour comprendre ce qu'il t'a pris! Pourquoi tu as fait un truc pareil?

L'homme aux cheveux gris haussa les épaules sans rien répondre.

_Tu vas me faire croire que tu l'as fait sans raison apparente? Pourquoi...? reprit-il en tentant tout de même de garder son calme. Tu as donné une putain d'autorisation pour que Ichigo rende visite à ce taré et tu oses me laisser entendre que tu ne sais pas pourquoi? Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi?

Muguruma se tourna précipitamment vers lui, le visage contracté et s'adressa à lui sur un ton coléreux :

_Écoute, je l'ai fait pour toi, tu vois? Pour toi, pour moi, pour nous. Je... D'une certaine manière je veux que Kurosaki s'éloigne de toi! Je VEUX qu'il parte loin de toi, qu'il tombe amoureux d'un autre, n'importe qui! On sait très bien tous les deux, que tant qu'il sera célibataire tu continueras à garder espoir, tu l'aimes. Et par pur égoïsme, j'ai tenté de faire tourner ma chance. Kurosaki est... il a cette capacité de toujours vénérer ses personnages principaux alors pourquoi pas Grimmjow?

_Tu veux les pousser dans les bras l'un de l'autre dans le seul but de m'avoir? exposa clairement Hisagi, estomaqué par ses propos.

_Oui. Car si Kurosaki reste célibataire et que tu restes accroché à lui, toi et moi ça ne sera jamais possible. Je suis... égoïste oui, mais c'est parce que je tiens à toi.

_Bien...

Le brun serra le cuir du volant entre ses mains, gardant son calme devant ces révélations pour le moins surprenante. Cependant, il avait l'habitude de garder son sang-froid même dans les pires situations, il était policier après tout. Mais là, cette histoire touchait sa vie privée, ses sentiments, il ne pouvait rester ainsi sans réagir.

_Tu as foutu ta carrière en l'air pour moi? Mais tu es dingue ou quoi?

_Ouais sans doute. Dingue de toi, ouais.

Shuuhei essaya de réfréner le petit sourire qui s'esquissa sur ses lèvres, sans grand succès néanmoins. Il était touché par ses mots, et il était bien plus que touché par ses intentions.

_Allez, je te ramène chez toi, décréta l'inspecteur de police en démarrant sa voiture. J'espère que tu as de l'alcool. Fort.

_Pourquoi?

_Pour oublier que tu es un imbécile!

La voiture fit quelques mètres, s'éloignant de la prison que Kensei n'osa même pas regarder une dernière fois. Le plus dur allait commencer pour lui.

De son côté, Shuuhei n'avait pu garder bien longtemps cette petite pointe de joie à l'entente de la déclaration de Kensei. Maintenant, il se faisait du soucis pour Ichigo. Grimmjow Jaggerjack n'était pas un enfant de chœur. Et il n'était pas très à l'aise à l'idée que ces deux-là... Il ne pouvait même pas y penser!

Ce n'était pas de la jalousie. Il n'était pas vraiment jaloux, non. Il voulait simplement protéger Kurosaki, et il se promit donc de garder un œil sur lui. Il savait pertinemment qu'il ne pourrait jamais empêcher Ichigo de tomber amoureux. Il était ainsi : passionné. Et il était celui qui le connaissait le mieux.

Le plus dur allait commencer maintenant, pour lui aussi.