Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : Échec et mat.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Warning : Ichigo qui fait des siennes avec des idées mal placées! Quel coquinou! XD


Chapitre 11. Échec et mat.

Alors que la journée était déjà bien entamée pour le commun des habitants de Tokyo, les gardiens de la prison de haute sécurité eux, étaient confrontés à une journée peu... commune. Love avait eu "l'immense" privilège - comme le lui avait-on annoncé - de remanier l'emploi du temps du jour pour les prisonniers; et à dire vrai, le gardien remplaçant désormais Muguruma Kensei à la tête de l'équipe des gardes, ne prenait pas cela comme un cadeau.

Il était rare de changer le déroulement d'une journée dans la prison, puisque les prisonniers n'aimaient guère les bouleversements et en général ces consignes s'accompagnaient de fortes révoltes et autres bagarres dont les gardiens se seraient bien passés. Le planning quotidien avait donc été remanié; le quartier libre de la journée avait été avancé de quelques heures, mais aussi raccourci, et le temps consacré aux douches avait tout simplement été éradiqué. Tous les pensionnaires pestaient maintenant, contre les barreaux de leurs cellules, qu'ils n'avaient quitté qu'une petite heure au lieu des trois habituelles, après avoir fait leur fête aux quelques gardiens les surveillant à l'heure du déjeuner.

Une visite exceptionnelle à l'intérieur de l'enceinte justifiait cet emploi du temps peu réglementaire. Cette fois-ci ce n'était pas la visite d'un écrivain célèbre se cantonnant dans les quartiers réservés au personnel de la prison, ça aurait été bien trop facile. Non, cette fois-ci il s'agissait d'une visite expressément requise par la personne en question, non encore approuvée par Yamamoto-san – et même si elle ne l'était pas, l'individu n'en avait que faire – et de plus, cette visite avait lieu dans les quartiers des prisonniers. Même, au cœur du niveau 5, dans la cellule du plus dangereux prisonnier des lieux : Grimmjow.

Love avait donc dû trouver un subterfuge adéquate afin qu'aucun prisonnier ne soit en quartier libre durant la visite de cette personne de l'extérieur. Bien sûr, cela n'était pas réglementaire pour un sous. Si on apprenait dans les hautes sphères que les prisonniers n'avaient pu bénéficier de leur quartier libre dont ils ont droit, Yamamoto serait dans de beaux draps. Et même si c'était la toute première fois - et sûrement la dernière - que ça se produisait, les avocats des prisonniers se feraient un plaisir de relancer la machine de la justice pour obtenir un quelconque avantage à leur client. Et cela, Love le savait pertinemment bien.

_Ça ne me plait pas trop d'agir alors que Yamamoto-san était contraire à ta visite mais... le conseil d'administration a eu le dernier mot. Après tout, ce sont eux qui me paient, je dois m'y plier.

Love stoppa ses pas à quelques mètres seulement de la cellule 506, l'antre de Jaggerjack. Il se tourna en direction du visiteur qu'il connaissait plus que bien d'ailleurs. Ce dernier arborait un visage impassible, presque apaisé et heureux de se trouver en ces lieux, ce qui sembla interloquer le gardien.

Depuis que son collègue et ami Muguruma Kensei avait plié bagages sous la pression du conseil d'administration, Love n'en était que plus méfiant encore. Toutes les nouveautés n'étaient pas forcément bonnes pour cette prison et bien entendu, depuis que l'autorité de Muguruma et ses arguments solides ne jouaient plus sur les décisions de Yamamoto, ce dernier était plus que laxiste. Non pas qu'il ne prenait pas à cœur la gestion de la prison mais le vieil homme était affaiblit ces derniers temps et sans Kensei, le conseil d'administration avait les pleins pouvoirs.

_Ça ne te fait jamais rien de revenir dans cette prison, Sosuke?

Aizen étira un sourire et replaça lentement ses lunettes sur son nez. Il prenait tout cela avec un calme étonnant et rien sur son visage ne laissait entendre qu'il avait été autrefois un pensionnaire de cet établissement.

_Je vis ça comme un pèlerinage, expliqua-t-il, une sorte de souvenir malheureux qui semble s'effacer avec le temps. Ah... J'ai changé maintenant.

Love fronça discrètement les sourcils, ne remettant pas en cause les paroles du brun mais doutant fortement du fait qu'il ait « changé ». Cependant, il ne le contredit pas et garda pour lui ses méfiances. Plus rien ne l'étonnait après vu Kurosaki faire ses ateliers et Muguruma se faire remercier par l'administration, la visite du psychiatre attitré de Grimmjow n'était pas une surprise. Et puis, ce cinglé en avait besoin plus que quiconque, pensa-t-il. Mais le fait que ce genre d'imprévus se multiplie depuis le départ de son ami aux cheveux argentés n'était pas pour le rassurer. Muguruma n'aurait jamais autorisé l'entrée d'Aizen; conseil d'administration ou pas.

Mais voilà, Love était différent et craignait bien plus que lui de perdre son emploi. C'était sans doute pour cela qu'ils l'avaient choisi à la place de Kensei. Love en était également persuadé.

_Si tu le dis. J'imagine que je n'ai pas à te prévenir sur le « spécimen » qui habite cette cellule, hein? Tu connais bien la bête.

_Mph... On peut dire ça comme ça, acquiesça Aizen avec un sourire amusé.

Love n'attendit pas plus longtemps. Il inséra la clef électronique dans le petit boîtier sur la porte de la cellule et attendit que le « bip » aigüe ne retentisse. Puis, il tendit son doigt en direction du clavier numérique ou il pianota un numéro à rallonge, si long que Sosuke se demanda s'il n'avait pas fait plusieurs essais.

Un second « bip » retentit, moins aigüe et la porte se débloqua, s'entrebâillant légèrement. Love porta une main à son arme par pur réflexe et ne quitta pas l'entrée de la cellule des yeux.

Mais Aizen posa une main amicale sur son épaule :

_Ça ne sera pas nécessaire. Il faudrait mieux que je le vois seul. Grimmjow a toujours fait preuve d'intelligence et de non-violence en ma présence.

L'homme à la coupe affro fronça les sourcils, glissant ses pupilles sombres sur le visage angélique de Sosuke. Pendant un instant il hésita; qu'aurait donc fait Kensei?

_Okay. Je vous surveillerai par la lucarne.

Il accéda à ses désirs et le laissa entrer dans la petite pièce étouffante, refermant la porte derrière lui. Il soupira. Laisser pénétrer un homme dans une cellule était strictement interdit, et surtout d'en refermer l'accès derrière; mais au Diable! Si Grimmjow s'en prenait à Aizen la société ne s'en porterait que mieux, n'est-ce pas?

Aizen avait attendu que le garde ne referme la porte derrière lui pour être plongé dans le noir quasi complet. Seule la lucarne de la porte, par laquelle passait un fin rayon de lumière artificielle lui permit d'évaluer la pièce.

Sosuke avait été lui-même bien trop habitué aux fortes odeurs masculines pour relever la quantité aberrante de testostérone qu'il respirait dans l'air à travers l'odeur de transpiration et de mâle. A sa gauche était un toilette primaire, à peine propre et sordide. Au fond de la pièce, autrement dit deux mètres devant lui, un lit de camp sans couverture sur lequel était assis un corps familier.

Assis en tailleur, lui tournant le dos, Grimmjow Jaggerjack semblait observer le mur de pierre qui lui faisait face. Le visiteur tenta de s'approcher de lui avec une curiosité non dissimulée, pour enfin comprendre ce que le bleuté observait avec tant de ténacité.

Un bout de papier journal, une image plus précisément, représentant deux personnes visiblement prises en photo par des paparazzis. Sans que Grimmjow ne semble s'en rendre compte, Sosuke rapprocha son visage de l'image et découvrit avec une certaine délectation qu'il s'agissait de Kurosaki Ichigo, au bras de Muguruma Kensei. Cependant, s'il n'avait pas vu lui-même cette photographie dans le journal il y a quelques jours, il n'aurait pu reconnaître l'accompagnateur de l'écrivain; en effet, son visage avait été arraché. Et il n'y avait aucun doute sur l'auteur du méfait.

Une lueur de malice passa dans les yeux chocolats de Sosuke et il se pencha vers un Grimmjow toujours immobile pour lui souffler à l'oreille :

_Serait-on en colère contre ce Muguruma Kensei?

La poitrine de Jaggerjack se souleva dans un long mouvement et son visage se tourna vers le visiteur :

_Y va crever. D'ma main. Ichigo est à moi!

Sa dernière phrase sonna comme un rugissement aux oreilles d'Aizen qui eut à peine le temps de se reculer pour éviter le geste violent de Grimmjow qui sauta sur ses pieds et frappa durement le mur de son poing. Le psychiatre l'observa sans réagir, attendant que la bête se calme et que son souffle se fasse moins rapide.

_Que comptes-tu faire Grimmjow? lui demanda-t-il en croisant ses bras, l'air plus calme que jamais. Tu désires cet homme à t'en faire saigner les poings contre les murs, tu haies cet autre homme pour tourner autour de l'objet de tes désirs. Que vas-tu faire? Comment ferais-tu enfermé ici?

Jaggerjack tourna vers lui des yeux injectés de sang, haineux et prêts à tuer, mais Sosuke ne s'en formalisa pas. Il savait que le bleuté ne lui ferait pas de mal, il savait le contrôler en l'amenant toujours à exprimer sa colère sur ceux qu'il souhaitait.

_Que voudrais-tu faire, hein Grimmjow? Retrouver Kurosaki? Qu'il t'accepte, le serrer dans tes bras, connaître son lit sûrement? Tu voudrais l'empêcher de voir Muguruma? Tu voudrais faire du mal à cet homme qui fut ton geôlier et qui te mena jusqu'à l'hôpital? Il t'a humilié, Grimmjow. Que vas-tu y faire?

Grimmjow l'écoutait attentivement, se mettant soudain à faire les cent pas autour du psychiatre en se massant nerveusement le poing blessé.

_Je veux l'buter. Et j'veux Ichigo. Je l'veux t'entends?

_J'entends très bien, mais... comment? Le désires-tu à un tel point que... tu t'imagines en dehors de ces murs avec lui?

Le turquoise stoppa net ses pas, glissant ses beaux yeux sur Sosuke qui lui sourit avec compréhension. Jaggerjack se rapprocha alors de lui :

_Oui, répondit-il abruptement. Ouais, j'l'imagine.

_Voudrais-tu que cela soit vrai? Toi et Kurosaki?

_Oui! Dehors, et... j'l'empêcherai d'voir Muguruma! Il s'ra à moi!

_Mais Grimmjow, tu es un prisonnier, lui répliqua Aizen en posant ses mains sur ses épaules musclées. Tu es... un homme dangereux, qui a fait beaucoup d'erreurs. Tu es enfermé ici et... tu n'en sortiras plus. Et tu ne pourrais voir Kurosaki si ce n'était pour son atelier.

Jaggerjack serra les dents un instant, ne trouvant pas de réponse à ce qui semblait un détail colossal. Comment assouvir ses désirs s'il ne pouvait sortir d'ici? Et comment avoir Kurosaki en restant un éternel prisonnier? Non, il y avait sûrement une autre solution. Plus efficace, qui comblerait tous ses désirs et qui...

_Faut qu'je sorte d'ici. Faut que j'm'évade.

La résolution inattendue du prisonnier claqua dans l'air comme un coup de fouet cinglant, les yeux turquoises plongèrent dans les pupilles chaudes de Sosuke, comme s'il le mettait au défis de l'en empêcher. Une main chaude et délicate se déposa sur l'épaule du bleuté comme pour le féliciter d'avoir pris une telle décision accompagné d'un mince sourire à la façon du brun.

« Bien, voilà qui fut assez simple à mettre en place » pensa-t-il avec jubilation. « L'homme qui ne réfléchit pas et se laisse guider par ses sentiments est si aisément manipulable... »

_Heureusement que ces portes de prison retiennent mes mots, je m'efforce de parler tout bas alors que tu n'as visiblement rien à faire du fait qu'il puisse t'entendre, lança-t-il avec un rire amusé en désignant du pouce le garde les observant par la lucarne. Et comme tu as rempli ta part du contrat en jouant ton rôle à la perfection dans le renvoie de ce cher Muguruma Kensei, je ne peux que t'aider, Grimmjow. Je t'y aiderai. Attends ma prochaine visite, je règlerai tous les détails. Et alors, tu pourras être libre et retrouver celui qui hante tes pensées.

Jaggerjack resta impassible, n'ayant pas l'habitude – oh non! - qu'on lui fasse ce genre de promesse. Il était plutôt sceptique, même s'il savait que cet homme ne se jouerait pas de lui. Tout du moins pas dans cette promesse.

_T'as intérêt à pas t'foutre d'moi, Sos'ke!

_Je ne me le permettrai pas, répondit le brun en secouant la tête. Nous avons toujours été... proches, toi et moi, n'est-ce pas? Je me rappelle encore lorsque tu es arrivé dans cette prison. Je t'ai aidé, soutenu et même après mon transfert puis ma libération suis revenu vers toi. Pourquoi te laisserai-je tomber maintenant?

Grimmjow acquiesça d'un rapide signe de tête puis retourna prendre place face à l'image de Kurosaki scotchée au mur. A présent, tout lui semblait si accessible qu'il en était à se demander ce qu'il pourrait bien faire dehors... Mais il le savait déjà; Kurosaki ne s'en était sans doute jamais douté mais Grimmjow avait vu en lui l'élan qui le pousserait en dehors de ces murs.

Aizen échappa un ricanement étouffé tout en observant le bleuté contempler l'objet de ses désirs. Attirer la bête avec un gibier appétissant, puis l''emmener en dehors de la cage et ensuite lui enfiler une laisse autour du cou pour qu'alors le propriétaire s'en pavane. Grimmjow était - à sa manière - la future fierté d'Aizen, mais le brun se gardait bien d'en informer l'intéressé. Sosuke se décida enfin à laisser notre panthère seule, faisant signe à Love à travers la lucarne pour qu'il le laisse sortir.

_Tu vois finalement, nous avons discuté. Comme de parfaits gentlemen! s'extasia-t-il à sa sortie, haussant avec désinvolture les épaules à la vue d'un Love beaucoup moins convaincu que lui.

_Il y aura toujours une chose que je ne comprendrai pas chez Grimmjow, objecta alors le garde en rangeant la clef électronique dans sa poche, c'est pourquoi il semble te tenir en si haute estime?

Aizen ne lui répondit pas et les deux hommes restèrent quelques instants à s'observer en silence, chacun tentant de percer à jour les pensées de l'autre. Mais à ce jeu, Aizen était de loin le plus fort, et il avait la réponse à la question de Love. « Mais parce que je suis le seul à pouvoir lui offrir son désir le plus fou sur un plateau. Je savais déjà que convaincre Grimmjow serait un jeu d'enfant, mais maintenant ça sera beaucoup moins simple avec ce Kurosaki... »

Sosuke quitta la prison rapidement après avoir pris congé de Love en le remerciant pour son implication. Montant en grande hâte dans sa berline étincelante garée juste devant la porte de l'établissement, le psychiatre se frotta les mains laissant voir une excitation toute nouvelle. Il ne démarra pas tout de suite son véhicule mais prit la peine de passer un coup de fil qui semblait ne pas pouvoir attendre :

_C'est moi. Je viens de sortir, énonça-t-il en jetant un œil dehors pour s'assurer que personne ne se trouvait dans les parages.

_J'espère pour toi que ça a été fructueux, Sosuke, lui répondit une voix profonde et sombre dans l'appareil. Rendre visite à Jaggerjack n'est pas exactement ce qu'on appelle « faire dans la discrétion ».

_Ne t'inquiète pas pour ça, il n'y aura pas de problème, ma couverture est parfaite, non? D'ailleurs, en parlant de cette entrevue, il va falloir qu'on se voit pour mettre en place la petite évasion de Grimmjow. Je compte sur toi...

_Je vais y réfléchir. Mais je suis surpris, Grimmjow s'est laissé embarqué là-dedans?

_Oh oui, il est tombé dedans en deux petites secondes. Mph, depuis le temps que j'attends d'enfin récupérer Grimmjow Jaggerjack. Il m'a fallu attendre tant de temps pour qu'il se décide enfin à vouloir s'évader, j'ai parfaitement choisi Kurosaki, n'est-ce pas?

_Parfaitement n'est peut-être pas le mot, Sosuke, lui répondit son interlocuteur. Il va nous poser des problèmes, je le connais plutôt bien dira-t-on. C'est un curieux, un fouineur de première! Il a même tout failli faire capoter quand il a expertisé ce stupide poème que tu as fait écrire par Schiffer.

_J'avoue que sur ce coup-là il a bien failli tout faire foirer. Mais peu importe, il n'a pas trouvé de conclusions à cette expertise, n'est-ce pas? Et puis, comment voudrais-tu qu'il fasse le rapprochement entre un poème, Ulquiorra et moi, hein?

_Je ne sais pas, peut-être en posant des questions! N'oublie pas que Muguruma et Love sont de son côté.

_N'oublions pas aussi qu'il a dans ses fréquentations l'un des meilleurs flics du pays, tu en sais quelque chose, hein?

_Mph... Hisagi j'en fais mon affaire, il ne sera pas un obstacle. Tout ce qui compte c'est que Jaggerjack sorte, n'est-ce pas? Il sortira, crois-moi.

_Et ensuite je pourrais régler toutes mes petites affaires laissées de côté.

_En espérant qu'il ne se soit pas laissé attendrir par les effluves de l'amour et ce rouquin. Sinon, tu peux dire adieu au meilleur tueur à gages qu'il t'ait été donné d'embaucher.

_Occupe-toi d'Hisagi, d'accord? Kurosaki, j'en fais mon affaire...

Sosuke fit claquer sa langue contre son palais en terminant sa conversation. Il raccrocha et rangea son portable dans la poche de sa veste de costume, satisfait de lui-même. Puis, il étira un sourire charmeur qu'il ne manqua pas d'admirer dans le rétroviseur de sa voiture de luxe.

_Et bientôt, échec et mat pour Aizen-sama...


~ Au même moment chez Ichigo ~

Ichigo était de retour chez lui après son entrevue avec Shuuhei. Dans quelques heures, à la fin de la journée il allait rencontrer le collègue de Rukia : Shiba Kaien, et il attendait l'entrevue avec impatience. Si l'homme avait suivi le procès de Jaggerjack nul doute qu'il lui dirait de nombreuses choses. Et avec un peu de chance, il pourrait lui parler du cas Aizen...

Soupirant d'une fatigue qu'il n'avait connu que rarement, il décida de s'allonger quelques temps sur son lit. Relaxant son corps et son esprit, il voulait être détendu avant – une fois de plus – de se lancer dans des questionnements migraineux à propos de Grimmjow et de son entourage.

Ah ce Grimmjow..., pensa-t-il en fermant les yeux, roulant son corps sur le côté. Il lui donnait tant de fil à retordre, mais il aimait ça. Ichigo avait toujours su au fond de lui qu'un jour un homme parviendrait à faire ressortir ce côté sadomasochiste qui sommeille en tout un chacun. Il sourit bêatement à cette pensée, inspirant la douce odeur de la lessive émanant de ses draps propres.

Il laissa le plat de sa main parcourir le matelas à ses côtés, frais et non encore défroissé. Quelque part, il aurait aimé que ces draps soient déjà roulés en boule par terre, jetés au loin sous les mouvements bestiaux de deux corps en ébullition; le sien et celui de Grimmjow. Il aurait tant aimé aussi qu'ils n'aient plus cette odeur de lessive artificielle, mais celle de la sueur, celle des ébats amoureux. Oh oui, il aurait tant aimé ça...

_Je suis cinglé..., soupira-t-il en se replaçant sur le dos, son avant bras gauche couvrant ses yeux.

La frustration de sa condition le laissait rêveur parfois, et seul allongé dans son grand lit était on ne peut plus propice à la fantaisie. Mais dès qu'il pensait à Grimmjow ce n'était plus de la fantaisie, c'était autre chose... à chaque fois. Il pouvait sentir son membre tressaillir dans son caleçon à chaque fois qu'il pensait à lui, un frisson le parcourait tout entier alors que ses testicules durcissaient en pensant à lui.

Était-ce de la frustration, était-ce du pur désir? La frontière entre les deux était extrêmement difficile à distinguer. Et puis, il n'en avait que faire...

Il repensait, encore et encore, au corps finement musclé du prisonnier, à son bronzage si parfait, à ses yeux affamés et ses mains si curieuses. Ses lèvres se pincèrent lorsqu'il laissa échapper un mince grognement, son pouce effleurant le sommet de son sexe déjà suintant. S'il y avait une chose qu'il voulait plus que tout au monde c'était bien qu'il puisse un beau jour entrainer Grimmjow avec lui dans cette chambre. Qu'ils puissent s'enivrer l'un de l'autre sans penser au lendemain.

_Grimmjow...

Il ouvrit soudain des yeux ronds en s'entendant gémir son nom de cette manière. Cependant, cela ne le stoppa pas au contraire; son bas-ventre se tortillait et son cœur battait de plus en plus vite. Ça lui était égal de savoir qu'il fantasmait sur un homme tel que Grimmjow Jaggerjack, tout ce qu'il savait était qu'il ne pouvait penser à rien d'autre que lui. Il devait évacuer ce désir de son corps, histoire de se sentir un peu mieux. Jusqu'à la prochaine montée de fièvre.

Lentement, sans se relever, il tendit son bras en direction de la table de nuit, cherchant à tâtons le tiroir qu'il ouvrit violemment. Il y fouilla à l'aveuglette, le bout de ses doigts entrant soudain en contact avec ce qu'il cherchait.

_Tiens, longtemps que je ne t'avais pas utilisé toi, chuchota-t-il au long objet d'un rouge fraise qu'il observa avec amusement.

Ce n'était pas son premier sex toy, mais celui-ci était bien mieux que tous ceux qu'il avait testés auparavant. Shuuhei le lui avait offert un jour de Saint-Valentin et lui avait dit que ce jouet lui faisait tant penser à lui qu'il le lui avait acheté.

L'objet émettait de douces vibrations lorsqu'on activait la fonction « ON » et sa couleur si appétissante avait toujours ravie les yeux d'Ichigo. A l'image d'un membre masculin ordinaire, l'objet était long et dur et son sommet avait été formé comme une fraise. Une idée amusante plus agréable à l'œil que la forme d'un sexe en érection.

_Oh bordel de...! laissa-t-il échapper en arquant son dos à la sensation du bout de l'objet pénétrant son intimité.

Il inspira profondément, fermant ses yeux pour se concentrer. C'était comme ça qu'il voulait Grimmjow, à l'intérieur de son corps, le pénétrant sans préambule aucun. Dans ce fantasme, Grimmjow était impatient, excité et très dominateur. Il tenait ses mains en otage, son corps contre le matelas et il l'enflammait de son beau regard bleu turquoise étourdissant.

_Oh Grimmjow! s'exclama-t-il en étirant un très large sourire alors que l'objet s'aventurait un peu plus loin en lui sous son impulsion.

Doucement, de plus en plus loin, dans un va et vient parfait, le poignet d'Ichigo n'avait en rien perdu de sa dextérité. Après sa rupture avec Shuuhei, le manque de sexe lui avait cruellement fait défaut; il s'était donc attelé à ce genre de plaisir plusieurs fois par semaine. Mais ces derniers temps, il n'y avait guère goûté, la soif de plaisir s'étant faite moins forte.

Mais depuis l'arrivée de Grimmjow dans sa vie, il y avait repris un goût certain; jusqu'à en reprendre des activités perverses de masturbation poussée. Et ses mouvements ne faisaient qu'accélérer, poussant l'objet toujours plus loin, imaginant le corps brillant de sueur du bleuté au-dessus de lui, étirant ses muscles, ondulant ses hanches pour chercher plus loin en lui. Il pouvait presque entendre sa respiration bestiale, imaginer ses fesses musclées sous ses doigts, sa langue dans son cou. Il n'avait jamais eu un fantasme de la sorte, jamais.

_Grimm... Grimmjow..., expia-t-il en relevant la tête, alors que le sex toy ne cessait de titiller sa prostate avec délectation. Han...

Passant sa langue sur ses lèvres lentement, Ichigo tenta de se remémorer leur dernier baiser. Il voulait l'embrasser, il voulait qu'il l'embrasse à l'aube de son orgasme comme il le faisait si bien. Sa langue dans sa bouche jouant avec la sienne, ses dents aiguisées mordillant sa lèvre inférieure, et ses répliques perverses qui avaient le don de l'électriser systématiquement.

« J'vais jouir en toi, Ichi. Et la prochaine fois j'viendrai dans ta bouche... »

_Ah! Grimmjow!

C'en fut trop pour le rouquin à qui ses pensées malsaines ne cessaient de jouer des mauvais tours. Il fut saisit d'un grand tremblement et son corps se tendit tel un arc prêt à tirer une flèche. La semence blanche s'écoula le long du membre palpitant, recouvrant les doigts de l'écrivain qui retomba soudain sur son matelas en un soupir épuisé. Lentement, il retira l'objet qui vibrait toujours en lui et se laissa quelques minutes pour reprendre son souffle.

_Bon sang, grogna-t-il entre ses dents.

Ce n'était pas la première fois qu'il se masturbait en pensant à un homme mais... oh grand Dieu! C'était bien la première de toute qu'il avait ressentit une telle excitation et qu'il se sentait si insatisfait après avoir jouit.

Ses yeux tournés vers le plafond il se laissa quelques secondes de réflexion; si ça continuait comme ça, il ne serait jamais capable d'ôter ce magnifique prisonnier de son esprit. Il fallait sans doute qu'il y fasse quelque chose mais il ignorait quoi.

_Oh... Je suis un cas désespéré, lança-t-il, son corps lourd comme un cheval mort.


~ Un peu plus tard ~

Un œil curieux et un sourcil haussé apparurent dans le rétroviseur du taxi dans lequel Ichigo avait pris place. Le conducteur assistait, sceptique, à la bataille que se livrait Ichigo et sa conscience.

_Non, non, je dois arrêter ça! se murmurait-il en serrant les poings. Je dois arrêter de penser à ça... à ce type tout le temps bordel!

Le jeune homme était concentré, prêt à prendre cette résolution qui ne lui apporterait que du bon : cesser de penser à Jaggerjack. Tout du moins, cesser de penser à lui de manière... équivoque. Sans quoi ce qui s'était produit plus tôt se reproduirait pour sûr, et son corps en émoi ne le laisserait jamais tranquille.

_Je sais quand même me contrôler, non? Je ne suis plus un ado! continuait-il de murmurer, furieux contre sa personne.

Il n'était pas d'humeur à supporter le regard de ce chauffeur sur lui, l'observant comme s'il eut été fou, pas plus que cette entrevue avec Shiba Kaien. Il était bien trop préoccupé par ses propres sentiments pour travailler. Mais voilà, Rukia avait fait le nécessaire pour qu'ils se rencontrent tous les deux et l'orangé était un homme de parole. Il fut bien soulagé lorsque le véhicule s'arrêta au coin d'une rue et qu'il paya sa course, échappant enfin aux yeux curieux de ce chauffeur qui ne manqua pas de lui lancer un "vous devriez vous faire soigner, vieux!" avant qu'il ne s'éloigne en maudissant ciel et terre.

Le journaliste l'attendait à l'intérieur d'un café cosy et tranquille en centre ville. Le rouquin le remarqua immédiatement, il l'avait déjà vu à la télé ce Shiba Kaien, et observa que celui-ci avait pris la peine de commander deux cafés. Ichigo prit place face à lui après s'être présenté avec courtoisie. Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant que les deux hommes échangeaient des banalités de circonstance.

_Vous m'avez l'air préoccupé, jeta soudain l'homme brun en lui souriant. Est-ce Grimmjow qui vous donne tant de soucis?

Ichigo porta une main à son front en ricanant en son for intérieur « si seulement vous saviez... ». Le sujet du jour était donc lancé; autant mordre à l'hameçon!

_Oui et non, finit-il par répondre. Disons qu'il m'arrive de me demander si je ne ferai pas mieux de laisser tomber.

_Je crois que tout individu s'étant penché sur le cas Jaggerjack est passé par là! Décourageant il l'est!

L'écrivain étira un faible sourire, retirant de sa poche un carnet de notes et un crayon qu'il avait préparés pour l'occasion. Kaien l'observa faire avec attention, ses mains croisés sur la table de bois.

_Vous l'avez déjà rencontré pour vous être penché sur son cas? interrogea alors le rouquin en agrippant son crayon bien taillé.

_Oui, plusieurs fois mais je doute que ça l'ait marqué. En fait, « rencontré » n'est pas vraiment le mot, je l'ai croisé de-ci de-là. A ses procès, à son entrée en prison ect. Vous voyez?

_Et vous avez suivi l'affaire par obligation ou bien par choix?

Shiba se laissa tomber contre le dossier de sa chaise et passa une main dans ses cheveux corbeaux nerveusement. Ses yeux glissèrent à droite et à gauche, comme s'il eut voulu surprendre quelqu'un les espionnant. Son attitude ne surprit pas l'orangé qui avait l'habitude de rencontrer ce genre de "contact".

_Par choix, répondit-il sur un ton moins fort. En fait, l'affaire de Grimmjow n'était pas vraiment ce qui m'intéressait de prime abord, voyez. Ce qui m'intéressait c'était...

Il stoppa ses mots et jeta à nouveau des coups d'oeil autour de lui pour enfin s'avancer et se rapprocher du jeune homme, baissant encore le ton de sa voix :

_Le premier vrai cas qui m'intéressait c'était Aizen Sosuke, vous le connaissez j'imagine.

_Oui.

_Bien. Quand Aizen a été libéré, il n'y a pas eu de conférence de presse suite au procès. Aucune journal n'a eu de communication sur ce qu'il s'est produit. Maintenant, écoutez ça... Il est pratiquement certain que notre bien cher maire Luisenbarn avait trop besoin de Sosuke pour le voir enfermé à nouveau.

Ichigo comprit alors que ce que Shuuhei lui avait dit était véridique. Il lui avait déjà parlé de tout ça plus tôt dans la journée et le sujet l'intéressait également au plus haut point. Aussi tendit-il l'oreille plus attentivement.

_Pourquoi?

_J'y viens, j'y viens.

Ichigo dévisageait le journaliste avec un intérêt non dissimulé, buvant ses paroles jusqu'à la lie.

_Tout homme politique a son côté sombre, ses magouilles pas nettes. Luisenbarn lui, doit son élection a pas mal de votes obtenus par la force, la persuasion, le chantage. Aizen aurait usé de ses méthodes de Yakuza et obligé quelques grands pontes et partis à pousser l'électorat vers Barragan. Bien entendu, ce ne sont que des hypothèses, mais quand vous connaissez le personnage qu'est Aizen, vous savez que tout ceci est dans ses cordes.

_Mais... pourquoi le faire libérer alors puisqu'il était déjà élu?

Kaien dodelina de la tête avec un sourire vainqueur :

_Voilà où je veux en venir, Aizen n'est pas seulement un soutient, ni un homme de main engagé sur la pouce pour la seule durée de la campagne de Barragan, il fait également partie intégrante des affaires du maire. Il est chargé de régler les petits différents, de donner des pots de vin, de faire du chantage aux adversaires et même de descendre des personnes trop dangereuses. La mafia, c'est ça.

Ichigo inspira profondément, déposant son crayon sur son carnet vierge de toutes notes. En venant ici ce jour, il n'aurait jamais cru entendre de telles choses. C'était inimaginable, à la hauteur d'un de ses polars mais en même temps... possible.

_J'ai entendu dire que le dossier d'Aizen avait été rouvert par la cour sans raison précise, lança-t-il à son tour pour faire avancer la conversation plus loin. Que le maire avait assisté au procès et que d'obscures choses s'étaient produites pendant ce procès.

_C'est ce que je crois également. Maintenant, revenons-en à Jaggerjack. Vous allez me dire : quel lien entre Sosuke et Grimmjow, hein? Vous avez raison, il n'est pas facile à détecter. Mais... voilà ce que j'ai découvert pendant que je couvrais le cas Aizen. Sosuke a engagé pas mal de personnes autour de lui, l'homme ne fait pas le sale boulot oh non! Il engage des... disons hors-la-loi pour faire le boulot à sa place à la demande de Luisenbarn. Tout ça pour dire qu'il est constamment à la recherche de nouveaux « employés ».

Ichigo plissa les yeux, sentant qu'il tenait là un scoop de toute première qualité.

_En faisant mes recherches sur Aizen après sa libération, j'ai appris que la police continuait à le garder à l'oeil et connaissait ses déplacements. L'un de mes contacts dans le milieu m'a affirmé que Sosuke versait régulièrement de l'argent à un certain IlForte Grantz, un vieil ami de Grimmjow. En creusant plus loin, j'ai également découvert que Aizen avait assisté à son procès et lui rendait régulièrement visite en prison, comme de vieilles connaissances. Ajoutez maintenant à cela que Sosuke officie en tant que psychiatre de la prison. Je crois qu'il s'intéresse à Grimmjow, de près.

_QUOI? P... pourquoi ça? s'écria le roux en plaquant sa main devant sa bouche alors que les autres clients tournaient des yeux étonnés dans sa direction.

_Chuuuut! se précipita-t-il de chuchotter en le fusillant du regard. Grimmjow est l'homme parfait pour Aizen! Ils ont été compagnons de cellule ou presque, Jaggerjack est un tueur expérimenté, Aizen a besoin de lui dans son équipe de truand. Il le tient en s'occupant de son meilleur ami, fait office de soutient ect. Et tout le monde sait que Aizen Sosuke ne fait pas ça par pure bonté d'âme. Aizen a besoin de lui!

_Mais... Mais Grimmjow est enfermé! Il ne sera jamais libéré! ajouta l'orangé en ouvrant des yeux alarmés.

_Mph! ricana Kaien, fier de lui. Ne jamais dire jamais, Kurosaki-san.

Ichigo déposa lentement sa main sur sa bouche pour cacher sa surprise et chercha sur le visage du journaliste la moindre preuve de mensonge, mais il n'y en avait pas. L'homme disait la vérité, tout ça était vrai. Le lien qui unissait Grimmjow et Aizen n'était pas si banal. Il avait l'impression que tout autour de lui prenait des proportions immenses et qu'il ne s'était jamais attendu à entrer dans un tel bazar. Mais il se devait de garder la tête froide, comme ses héros de roman. Il devait tenter de décrypter la situation au mieux, non?

_Pouah bon sang, on dirait un de mes romans. Ça me donne déjà mal à la tête, gémit-il.

_Je ne vous le fais pas dire!

_Mais après tout, Barragan a bien réussi à faire sortir Aizen de prison, pourquoi Grimmjow lui, ne sortirait-il pas?

_Pffff... Je crois que c'est plus ardue. Aizen avait été inculpé pour des chefs d'accusation moins graves que Grimmjow. Je doute qu'ils parviennent à réussir un second coup de la sorte.

_Alors quoi? Ils vont le faire évader? jeta-t-il en éclatant de rire.

Mais Shiba Kaien ne suivit pas son élan et le jeune homme échappa un soupir angoissé et tapa des poings en faisant trembler la petite table en bois :

_Ils vont le faire évader? cracha-t-il, estomaqué.

_Je n'en sais rien, répondit-il en haussant les épaules. Mais je crois que plus Aizen côtoie Grimmjow plus il est capable de lui mettre des choses en tête. Jaggerjack est un homme cruel mais une fois en prison, rien ne l'a jamais poussé à sortir de sa cage. Il ne voyait pas l'intérêt de faire le moindre effort pour en sortir. Or, si Aizen pouvait lui trouver un intérêt à l'extérieur, la panthère sauterait hors des barreaux. Et ils ont intérêt à faire ça avant que Jaggerjack ne rentre en psychiatrie, ce que je pense Sosuke ne fera pas tant qu'il n'aura pas trouvé un plan adéquat.

_Mais... il y a quand même un gouffre entre "vouloir s'évader" et "monter un plan pour s'évader", non? Je peux concevoir que Grimmjow soit un homme qui... enfin quand il a décidé quelque chose, il n'en démord pas. Et j'imagine que Aizen a déjà pensé à des moyens de l'en faire sortir. Il connait la prison et les allées et venues de son personnel. Les gardes aussi.

_Tss! Alors, ça vous parait un peu moins fantasmagorique, hein? Quand on y pense, ces deux mecs-là sont les deux seuls à avoir le cerveau et la niaque pour monter une évasion.

Ce fut à cet instant que Kurosaki passa en revue, à la vitesse de la lumière, toutes les conversations qu'il avait eues avec Aizen. Cette fois-ci où il lui avait parlé si intimement de Grimmjow, et du fait qu'il avait besoin d'être aimé. Il pensa également à la présence de Jaggerjack à son atelier, elle ne s'était pas faite toute seule, Yamamoto avait bien dit que tout ceci s'était fait après bonne conduite mais même... ce brusque changement de comportement chez le bleuté n'était pas de son fait.

Aizen avait... Aizen était en train de... Aizen avait trouvé un intérêt à Grimmjow; un appât qui le pousserai à vouloir sortir de son trou noir. Et Ichigo était cet appât, il était la carotte idéale pour amener l'âne où il le désirait.

Ce n'était donc pas le fait du hasard? Grimmjow et lui s'étaient rencontrés dans un but précis et Aizen Sosuke avait mis en marche cette machine qu'il ne savait que trop bien conduire : la manipulation.

_Vous allez bien, Kurosaki-san? s'enquit soudain Kaien en l'observant avec méfiance.

_Oui, je... je vais bien. Je... Je ne me sens pas très bien! s'écria-t-il avant de se lever précipitamment et de s'enfuir en courant.

_Kurosaki-san!

Mais Ichigo avait déjà quitté le café et traversait la rue à grandes enjambées, avant que le journaliste n'ait pu le rattraper. Ses yeux captant le moindre mouvement perceptible, il avait l'air apeuré, catastrophé et dans un geste hésitant il retira son portable de sa poche. Ce qu'il venait d'apprendre, ce qu'il en avait déduit ne pouvait seulement être des hypothèses! Aizen avait tant bien placé ses pions, que sans Kaien il n'aurait jamais rien compris à son petit jeu. Même le renvoie de Kensei lui apparaissait maintenant comme suspect!

Sa main enserra son portable alors qu'il se sentait manipulé et trahit, honteux et affaiblit. Sa fierté en prenait un coup; lui qui avait créée des intrigues tordues dans chacun de ses romans, lui qui avait côtoyé un policier rôdé, lui qui avait créée, résolue des intrigues pointues. Il n'aurait jamais imaginé qu'un jour un cerveau plus intelligent que le sien puisse le manipuler sans qu'il ne se rende compte de la supercherie. Il se sentait même bafoué dans son rôle d'écrivain, de créateur de séries policières.

Mais qui aurait-il bien pu mettre au courant? se demanda-t-il, calmant ses pas pour reprendre son souffle, sa poitrine se faisant soudain plus lourde. Qui?

Et qu'aurait-il dit? Que Aizen projetait de faire évader Grimmjow, qu'il les avait rapprochés dans ce sens-là lui et Jaggerjack? Non! Mais si c'était bien le cas, si Sosuke avait en objectif de faire sortir le turquoise de prison, d'une manière ou d'une autre, ne devait-il pas prévenir...

Son flot de pensées incohérentes stoppa, comme une vague s'écrasant sur un rocher insurmontable. Et l'écrivain s'immobilisa au milieu du trottoir, ses yeux naviguant dans le vide comme si l'idée du siècle l'avait soudain frappé.

S'évader... Comment Grimmjow y parviendrait-il, même avec l'aide d'Aizen? Et puis quoi? Il serait libre, serait un fugitif et... il serait libre quand même. Libre, n'est-ce pas?

Libre.

« Je ne suis pas en train de faire de complot je suis en train d'imaginer ce que j'aimerais qu'il se produise! » énonça-t-il dans sa tête, comme pour calmer l'appel de sa conscience qui lui ordonnait d'abandonner des pensées aussi peu honnêtes.

Et alors? Si Grimmjow s'évadait, ce ne serait pas de son fait, non? Il n'y serait pour rien, mais quand bien même cela voudrait dire qu'il... qu'il pourrait peut-être avoir une chance.

Le dilemme le plus improbable de toute la vie d'Ichigo s'immisça alors dans sa conscience déjà bien malmenée. Rester honnête en dénonçant l'hypothétique entreprise d'évasion de Grimmjow et donc tirer un trait sur lui définitivement, ou bien enfouir cette découverte loin en lui, n'en parler à personne et peut-être voir un beau jour Jaggerjack libre, en cavale mais bel et bien avec lui...?

Le cœur a ses raisons que la raison ignore, dit-on. Et ce fut ce jour que Kurosaki Ichigo comprit tout le sens de ce dicton.

« Kurosaki hors-la-loi pour les beaux yeux d'un repris de justice! » sonnait comme le futur titre d'un grand journal. Car Ichigo avait pris sa décision.