Titre : Le roman du prisonnier.
Chapitre : Pourquoi donc es-tu Grimmjow?
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur. Quelques tirades issues de « Roméo et Juliette » de Shakespeare.
Note : J'ai été absente longtemps... Trop longtemps, désolée. En espérant que ce chapitre vous plaira :)
Chapitre 12. Pourquoi donc es-tu Grimmjow?
Il y a toujours un moment lorsqu'on apprend quelque chose d'assez peu ordinaire, un secret ou quoique ce soit de confidentiel et dont la responsabilité de garder cela pour soit nous incombe, où l'on souhaite partager ce que l'on sait avec quelqu'un. Peut-être par simple envie de se soulager, d'alléger ses épaules d'un poids conséquent ou bien pour apprécier l'expression d'étonnement de la personne que l'on met dans la confidence. Ou alors, parce qu'on veut avoir l'air de savoir des choses, d'être au courant, ou encore tout simplement pour recevoir des conseils.
Dans le cas de Kurosaki Ichigo, c'était la dernière solution.
_Bordel, bordel, bordel, bordel! Il faut que je le dise à quelqu'un! Bordel, bordel, bordel, bordel...
Le secret - ou plutôt la découverte - qu'il ne pouvait plus supporter de garder pour lui seul était la future évasion de Grimmjow. Et également le fait qu'il avait servi d'appât à Aizen Sosuke pour pousser le bleuté à sortir de son trou. Le collègue de Rukia, Shiba Kaien, lui avait refilé un beau bébé, tiens! Il ne pouvait plus se tenir, sa langue semblait vouloir se délier là tout de suite, et il devait partager ceci avec quelqu'un. Mais qui?
Rukia? Il en était hors de question! Autant signer l'arrêt de mort de Grimmjow et la sienne par la même occasion. Si la petite brune apprenait que Aizen Sosuke planifiait secrètement de faire évader Grimmjow, elle alerterait le monde entier.
Alors qui? Sûrement pas Shuuhei, il était flic! Son père? C'est ça, pour qu'il crie à l'agonie que son fils chéri avait mal tourné... Son éditeur, Hirako? Même effet que Rukia.
Bref, en tout et pour tout, Ichigo était bel et bien seul là-dedans. Dans cette déduction qui ne faisait plus aucun doute mais dont il ne savait encore quoi faire, il était seul face à tous pour prendre sa décision; ne rien dire et laisser à Grimmjow une chance de s'évader ou bien en parler directement à la police et avorter le plan?
_Aaah! grogna-t-il en se sentant devenir littéralement fou. Il faut que j'écrive!
La seule façon de se calmer, la seule façon de se rassasier et de ne plus penser à rien d'autre : l'écriture. Et en relisant ce qu'il avait déjà écrit, il réalisa que ce n'était pas à lui de faire ce choix. Ce n'était pas à lui de choisir si le bleuté avait une chance ou non... Mais si Jaggerjack tentait de s'évader, s'il y parvenait, quelle vie aurait-il? Il risquait d'en mourir, poursuivit inlassablement par la police du pays. Une vie de cavale n'était pas la meilleure vie qui soit, n'est-ce pas?
Et lui dans tout ça? Et Ichigo, alors? Qu'est-ce qui lui disait qu'une fois dehors Grimmjow le choisirait, qu'il se dirigerait vers lui et serait la première personne à qui il penserait? Il en serait peut-être déçue, anéantie si l'homme dans lequel il avait mis tant d'espoir le trahissait.
Il savait bien qu'ils ne s'étaient rien promis, qu'il ne s'était pas passé grand chose entre eux, qu'ils étaient trop différents mais le fait était là; Ichigo éprouvait des sentiments pour cet homme, sûrement n'était-ce que physique, mais quand bien même, s'il s'échappait et ne lui donnait aucun signe, il en serait dévasté.
C'était à Grimmjow de décider de sortir de cette prison ou non, pas à lui, pas à Aizen. Et même s'il doutait fortement que Sosuke puisse au final parvenir à manipuler un être tel que Jaggerjack, il se méfiait tout de même des méthodes de l'homme. D'après ce qu'en avait dit Rukia il était fort, voire même au-dessus de ça.
_Calme-toi, Ichi. Demain c'est l'atelier, tu vas pouvoir voir Grimmjow et lui parler de tout ça.
Mais connaissant l'individu et sa conversation quelque peu médiocre, il ne s'attendait pas à monts à merveilles...
~ Le lendemain ~
L'atelier de ce jour promettait encore d'être fructueux pour Ichigo, et il avait préparé un sujet qui à son avis intéresserait et inspirerait son auditoire tout entier. Un certain stress l'envahissait cependant lorsqu'il quitta son loft pour monter dans sa voiture et se mettre en route. Et s'il n'obtenait rien de Grimmjow? Si ce dernier restait fermé comme une huitre et ne lui permettait pas de savoir ce qu'il pensait de cette évasion? Il reviendrait au point mort, tout simplement.
Mais il ne pouvait, ni ne savait baisser les bras. D'une manière ou d'une autre il parviendrait à faire parler cet homme aux cheveux bleus, il en était capable; tout du moins avant qu'il ne lui fasse perdre la tête. Car vu comment c'était partie, Grimmjow Jaggerjack le faisait déjà suer à grosses gouttes, et il était certain qu'il parviendrait aussi à le faire suer en d'autres endroits...
_Mais à quoi je pense encore, bordel!
Love était venu l'accueillir à l'entrée des visiteurs, le visage quelque peu fermé et moins bavard qu'à son habitude. Le nouveau gardien en chef, remplaçant de Kensei, semblait fatigué voir même éreintée d'avoir repris au pied levé les fonctions qui incombaient au garde exemplaire qu'était Muguruma.
Les deux hommes marchaient côte à côte dans les couloirs réservés au personnel de l'établissement pénitencier et le rouquin se demanda si c'était le bon moment pour aborder le sujet qui le taraudait. Il ne voulait en aucun cas que ses questions au sujet d'Ulquiorra Schiffer paraissent déplacées aux yeux du gardien, il voulait s'en faire un allié et non pas lui donner envie de se méfier de lui. Voilà pourquoi il hésitait soudain à en parler avec lui.
Mais il savait que c'était le moment propice, le silence religieux qui flottait entre eux lui apparaissant comme un mal être persistant.
_Dites-moi, Love-san..., commença-t-il timidement. Il y a... il y a un prisonnier dont j'ai entendu parler, peut-être pourriez-vous me renseigner?
Love tourna des yeux interrogateurs dans sa direction, se demandant ce que l'écrivain farfelu avait encore en tête.
_De quoi s'agit-il?
_Eh bien... On m'a dit qu'il y avait un prisonnier intéressant au niveau 5, quelqu'un qui a fait des études secondaires, un homme cultivé, intelligent.
_Schiffer?
Kurosaki était certain qu'à cet instant, Love pouvait voir cette petite lumière qui brillait d'intérêt au fond de ses yeux et qu'il s'en méfiait très fortement, mais il n'en avait que faire. Ulquiorra Schiffer était un homme qu'il voulait absolument rencontrer, tout du moins pour comprendre ses liens avec Grimmjow et pourquoi il l'aidait ainsi à lui écrire des mots doux.
_J'aimerais le rencontrer.
Love hocha la tête avec un désapointement non dissimulé.
_Décidément, Kurosaki-sama, vous aimez nous donner des sueurs froides! Schiffer est le prisonnier que nous laissons le moins sortir de son trou. Il est bien trop calme et réfléchit pour en sortir. Il est capable de tout, du pire comme du meilleur. Le matin vous pouvez discuter de Freud et Kant avec lui, mais l'après-midi... il vous glace de ses grands yeux verts et pouf! ses hommes vous retrouvent et vous êtes mort.
Ichigo fronça les sourcils :
_Co... comment ça « ses hommes »?
_Un grand yakuza peut être enfermé dans la meilleure prison du pays, il a toujours une main sur ses affaires, et sur son clan. Dieu seul sait comment il fait passer ses ordres mais... il les fait bien passer, croyez-moi. Ne vous mettez pas dans plus d'ennuis que vous ne l'êtes déjà.
_Je ne lui veux rien d'autre qu'une petite discussion, ajouta Ichigo sur la défensive, inquiété par ces révélations. Et puis, j'ai survécu à Grimmjow, n'est-ce pas?
Le gardien soupira, stoppant ses pas devant la porte de la salle de l'atelier. Il ne semblait pas vraiment ravie de la demande de l'écrivain.
_Grimmjow est tout à fait différent. Ses colères, sa violence sont... on peut les voir, les préparer, les contre attaquer. Schiffer est... dans la finesse. Vous ne savez jamais à quoi il pense, il... donne froid dans le dos.
L'orangé dodelina de la tête. Il avait l'impression que cette prison n'était qu'une succession de bêtes de foires plus inquiétantes les unes que les autres. Il avait toujours cru et on lui avait toujours laissé entendre que Jaggerjack était le pire des détenus, et pourtant il apprenait aujourd'hui que ça ne semblait pas être le cas.
_Je vous l'ai dit, Jaggerjack et Schiffer sont cinglés ça c'est certain. Mais à des niveaux différents. Lequel est le plus dangereux je ne saurais le dire mais... un à la fois vous suffit largement, non?
_Et si j'insiste?
_Pfff...
Love posa ses mains sur ses hanches, fortement contrarié. Il ne s'était pas attendu à cela et l'insistance du jeune homme était une chose dont il avait horreur.
_Parfois j'aimerais que Kensei soit encore là, et je n'aurais pas à prendre ces putains de décisions!
_Alors parlez-en à Yamamoto-san et...
_Non, ça ne sera pas nécessaire, s'empressa-t-il d'ajouter.
_Pourquoi?
_Mph... Parce que Yamamoto-san a donné l'ordre que l'on accède à chacune de vos requêtes. J'imagine que vous avez frappé fort avec le gros don que vous avez offert à la prison.
_Donc, vous m'organiserez une rencontre avec Schiffer?
L'homme à la peau brune évita soigneusement son regard mais ne put qu'abdiquer :
_Je vais voir ce que je peux faire pour qu'il soit là dans une heure. Mais sans Kensei, c'est un gros risque que de le bouger, vous savez.
Ichigo acquiesça silencieusement, portant un index à ses lèvres l'air pensif.
_Et...
_Quoi encore?
_Et euh... vous pensez que ça serait possible de... d'avoir les deux en même temps toute à l'heure?
Le garde resta stoïque n'ayant pas tout de suite saisit son allusion. Mais soudain, ses yeux s'écarquillèrent et il fit quelques pas nerveux devant la porte :
_Vous... Jaggerajck et Schiffer? souffla-t-il d'une voix qui se voulait craintive. Vous voulez notre mort à tous ou quoi?
Devant ce qui semblait être une réplique désespérée, Ichigo resta muet. Il n'y avait rien à ajouter à cela et maintenant le jeune homme se sentait étrangement mal à l'aise.
_Désolé, se reprit Love en passant une main sur son front où perlait des gouttes de transpiration. Je suis... sous tension ces derniers temps. Le conseil d'administration, Yamamoto, vous... Bon sang, ce que Kensei me manque!
Cet homme était confronté à bien plus de responsabilités qu'il ne pouvait contrôler. Son ascension à la place de Muguruma Kensei s'était faite si abruptement qu'il n'avait sûrement pas pensé aux conséquences. Et Ichigo ne pouvait que comprendre cela.
_C'est moi qui suis désolé, répliqua-t-il sur un ton plus doux. Si... si vous pensez que ce n'est pas possible alors ce n'est pas grave, je trouverai un autre moyen.
Love soupira et acquiesça d'un signe de tête rapide.
_Bien, on y va? reprit Ichigo en désignant la porte du menton.
_Après vous.
…
L'audience était fidèle au poste, comme à son habitude, attendant la prestation de l'écrivain comme on attendait celle d'un acteur de pièce. Cette estrade n'était rien de plus qu'une scène, et Ichigo le personnage qui les distrayait. Mais ce n'était pas tout à fait exact. Il y avait un spectateur qui distrayait notre jeune auteur et cela l'orangé ne pouvait rien y faire; Grimmjow Jaggerjack.
_Bien, aujourd'hui j'ai bien envie de m'attaquer au théâtre. Je vous ai ramené des extraits de pièces que tout le monde connaît, afin qu'on puisse... les jouer?
Renji frappa un grand coup dans ses mains, gesticulant sur sa chaise comme il savait si bien le faire :
_Bordel, ça c'est géant! s'écria-t-il, un large sourire s'étalant sur son visage juvénile.
_Nous avons, Roméo et Juliette, Hamlet de Shakespeare, j'ai aussi pris la liberté d'amener des auteurs français, Molière et Racine. Ça vous parle?
_Moui, bougonna Yumichika en regardant le plafond tentant de se remémorer ses souvenirs de littérature au lycée. Shakespeare évidemment, Molière aussi mais le dernier...
_Je pense qu'il faut avoir étudié la question de la littérature française pour connaître ces auteurs, répondit Ichigo en s'asseyant sur le coin du bureau. Mais ça peut être intéressant.
Kira leva soudainement la main, dans un élan violent qui fit sursauter son voisin Mayuri.
_Oui? Kira?
_Est-ce qu'on a le droit de choisir la pièce que l'on va jouer?
_Oui, si vous voulez. J'ai pris plusieurs extraits de quelques œuvres de ces auteurs. A vous de choisir.
_Et on doit passez sur... sur l'estrade?
_Oui. A moins que l'un de vous soit contre ça?
Ses yeux dévièrent sur Grimmjow, qui comme à son habitude n'était pas intervenu une seule fois depuis le début de l'atelier. Le bleuté se contentait de rester stoïque, affalé sur sa chaise, ses pupilles braquées sur ses chaussures.
Ichigo garda le silence un instant, les autres constatant qu'il observait minutieusement le prisonnier à la chevelure turquoise. Il savait que cette fois-ci il le piègerait. S'il voulait prendre part à l'atelier il devait passer sur l'estrade et lire une tirade, or... Grimmjow ne savait pas lire, n'est-ce pas? Et il pourrait confirmer sans hésitation les conclusions de son ami Ishida sur le fait que le poème n'avait pas été écrit par lui...
_Grimmjow?
Le détenu leva ses yeux sur le rouquin et les deux hommes se jaugèrent. Tout autour d'eux les autres le sentirent, l'atmosphère était devenu électrique. Était-ce de la tension négative ou bien un tout autre genre de tension... sexuelle?
_Ça m'intéresse pas ces conneries, finit par énoncer Jaggerjack du bout des lèvres.
_Et pourquoi pas?
_Parce que c'est pour les tapettes le théâtre!
Yumichika sembla s'offusquer, tout autant que Kira. Ichigo lui, étira un petit sourire amusé, il s'y était attendu à cette réplique. Love leva les yeux au ciel et secoua doucement la chaise du prisonnier pour lui remettre les idées en place et le rappeler à l'ordre.
_Dans ce cas, j'imagine que tu refuses de nous lire un petit quelque chose?
_Ouais, c'est ça.
Le cliquetis des chaines de Grimmjow se fit entendre pour la première fois, lorsqu'il ramena nerveusement ses pieds sous sa chaise et feignit de se désintéresser de la situation. En réalité, Ichigo comprit qu'il ne savait pas par quel moyen s'en échapper. S'il se retrouvait avec un texte dans les mains, il n'aurait plus aucun échappatoire sauf celui d'avouer qu'il ne savait pas lire...
Le roux hésita un instant à le relancer, histoire de le titiller un peu plus mais il se résolut à abandonner le cas lorsqu'une petite voix dans sa tête lui cria : « Arrête de le chercher, tu te masturbes déjà bien assez en pensant à lui, ça ne te suffit pas? »
« Et merde! »
Il secoua doucement sa tête, voulant reprendre ses esprits plutôt que de s'attarder sur le visage d'ange de ce démon aux cheveux bleus.
_Bien, qui veut commencer? demanda-t-il avec un sourire oubliant tout de suite sa petite discussion avec le dangereux prisonnier.
_Moi!
_Moi!
Renji et Kira se levèrent dans un même bond puis échangèrent un regard en chien de faïence. Ils ne se battaient tout de même pas pour savoir qui allait être le premier à jouer une scène quand même? se demanda Kurosaki, étonné.
_Au moins il y en a qui ont de l'enthousiasme à revendre, ça fait plaisir, commenta-t-il s'adressant directement à un Grimmjow totalement passif.
_Je l'ai dit en prem's! objecta Renji en fusillant Kira du regard.
_On l'a dit en même temps, rectifia-t-il en levant ton index.
_Rah! Arrête de faire ton je-sais-tout un jour j'vais t'défoncer!
_On se calme!
Love intervint entre les deux hommes avant que la dispute ne tourne au vinaigre. Ichigo s'était encore moins attendu à cela, mais d'un certain côté il en était heureux. Cependant, il devait faire un choix maintenant...
_Désolé Kira-kun, mais je vais laisser Abaraï-kun commencer, hein? Peut-être qu'il arrêtera de ronchonner et ne fera pas de remarque désagréable quand les autres passeront...
Le blond arbora une mine déconfite mais ne trouva rien à redire, alors que le rouge se levait pour monter sur l'estrade, l'allure fière et le sourire large.
_Vous voulez quel extrait, Abaraï?
Le rouge fouilla dans le tas de feuilles que le rouquin lui désigna, cherchant visiblement quelque chose de bien particulier. Kurosaki avait comme un mauvais pressentiment et il ne se trompa pas lorsque Renji tendit au bout de son bras, triomphant, l'extrait de Roméo et Juliette.
_Le tirage au sort aurait été plus équitable, lança Yumichika dans une pique acerbe.
Ichigo lui lança un regard réprobateur et glissa ses yeux sur Grimmjow, pour voir sa réaction, au cas ou il en aurait eu une. Et c'était bien le cas...
Il s'était redressé sur sa chaise, ses yeux plissés, dévorant du regard les deux hommes sur l'estrade maintenant proches, trop proches à son goût.
« Bon sang, il est jaloux! » constata Kurosaki en se mordillant la lèvre, à moitié entre l'inquiétude et l'excitation.
_Acte trois, scène cinq de « Roméo et Juliette », annonça le roux.
_C'est vraiment pas juste, jeta Kira en étirant une grimace significative.
_Je voudrais juste rappeler à chacun d'entre vous que ce petit... exercice, on l'appellera comme ça, n'est là que pour vous aider à développer votre écriture. Là, vous êtes à la place du lecteur, vous jouez ce qu'il écrit, vous identifiez les sentiments qu'il sait placer dans ses vers, l'intonation du personnage ect. Le travail d'écrivain passe avant tout et pour tout par un travail de lecture. Les plus grands auteurs de notre temps étaient de grands lecteurs également.
Renji s'était placé de l'autre côté de l'estrade, face à Ichigo. Il parcourait des yeux le texte qu'il devait jouer, son visage concentré comme personne ne l'avait jamais vu auparavant.
_Je vous laisse quelques instants pour que vous puissiez lire le texte Abaraï. On ne lit pas et on ne joue pas un texte inconnu, ça va de soit.
_Mais je fais quel personnage? s'enquit alors le rouge en levant ses yeux de la feuille. Je peux faire Roméo?
_Oh nom de Dieu! s'exclama Yumichika en plaçant ses mains sur ses yeux. Je ne peux pas regarder ça!
Ichigo accéda à la demande du rouge et c'est ainsi qu'ils débutèrent leur lecture, Kurosaki prenant les tirades de Juliette :
_"Veux-tu donc partir? Le jour n'est pas proche encore : c'était le rossignol et non l'alouette dont la voix perçait ton oreille craintive. Toutes les nuits il chante sur le grenadier là-bas. Crois-moi, amour c'était le rossignol"
Renji tenait son texte à quelques centimètres face à lui, comme il l'avait vu faire d'autres acteurs. A la plus grande surprise d'Ichigo, ce fut avec conviction et sans exagération que le rouge lui répliqua :
_"C'était l'alouette, la messagère du matin, et non le rossignol. Regarde, amour ces lueurs jalouses qui dentellent le bord des nuages à l'orient! [...]" déclara-t-il en désignant du doigt le fond de la salle.
Ichigo observait la destination qu'il lui montrait, jouant le jeu étonnant du prisonnier qui venait de le surprendre au plus haut point. Et il n'était pas le seul, les autres dans la salle avaient haussé leurs sourcils bien haut, étonné de voir Renji si concentré dans cette activité.
_"Cette clarté là-bas n'est pas la clarté du jour je le sais bien, moi; c'est quelque météore que le soleil exhale pour te servir de torche cette nuit et éclairer ta marche vers Mantoue" déclara Kurosaki en initiant quelques pas dans sa direction de façon à se trouver côte à côte avec le rouge. "Reste donc, tu n'as pas besoin de partir encore"
Et sur cette tirade, il déposa une main sur le bras du rouge, ses yeux faisant un écart – non voulu – sur le visage d'un Grimmjow qui fulminait. Tout du moins, c'était l'impression qu'il donnait.
_"Soit!" s'exclama alors Renji en enserrant fortement les épaules du jeune homme, autant qu'il le pouvait tout en lisant son texte. "Qu'on me prenne, qu'on me mette à mort; je suis content, si tu le veux ainsi [...]"
Les deux hommes se rapprochèrent un peu plus, à l'image de deux personnes échangeant des secrets murmurés du bout des lèvres. Mais à chaque fois que Ichigol levait les yeux de son texte, son regard se dirigeait inexorablement vers Jaggerjack, juste un court instant, il ne pouvait pas se contrôler. Qu'attendait-il? Une réaction du bleuté? Ou bien était-ce seulement parce qu'il ne pouvait rester plus de quelques secondes sans poser ses yeux sur cet homme au physique ravageur?
L'orangé fit soudain un pas en arrière, adoptant une attitude pour le moins alarmée :
_"C'est le jour c'est le jour! Fuis vite, va-t'en, pars : c'est l'alouette qui détonne ainsi, et qui lance ces notes rauques, ces strettes déplaisantes […]"
Il fallait qu'il arrête de le regarder en douce comme ça, bordel! Son coeur ne cessait de tambouriner à sa poitrine à mesure que son regard s'aventurait sur le visage mécontent de Grmmjow.
_"De plus en plus clair?... De plus en plus sombre est notre malheur"
Renji haussa un instant ses sourcils, stoppant son jeu. La suite du texte nécessitait l'intervention d'un troisième personnage, et Kurosaki ne semblait pas s'en être inquiété. Aussi, lança-t-il :
_Qui fait la nourrice? demanda-t-il à l'écrivain, l'interrogeant du regard.
_Moi! s'écria Kira en se levant et en se précipitant sur l'estrade, lisant par dessus l'épaule du rouquin les répliques de la nourrice de Juliette.
_"Madame!"
_"Nourrice!"
_"Madame votre mère va venir dans votre chambre. Le jour paraît; soyez prudente, faites attention"
Le blond redescendit rapidement, bien trop ravie d'avoir énoncé quelques mots.
Un silence s'installa ensuite, Ichigo ne parvenant pas à se décider s'il devait continuer ou non. C'était du suicide la suite de cette scène. Il pouvait sentir la respiration d'Abaraï s'accélérer face à lui, et ses yeux balayaient la feuille sans qu'il ne puisse lire quoique ce soit. Il savait que Renji y pensait également, il fallait qu'il lui demande d'arrêter là.
Sa vue s'était brouillée et tout à coup il fut saisit par un incroyable stress. S'il continuait la scène, Grimmjow... Grimmjow...
Ses yeux dévièrent à nouveau en direction du bleuté, attentiste sur sa chaise, les yeux rivés sur lui. Il ne l'avait jamais vu si intéressé, si alerte et il savait pourquoi... Jaggerjack était indéniablement jaloux, c'était écrit sur son visage, son attitude criait la jalousie et l'envie de tordre le cou à Renji. Ichigo en était plus que conscient.
_Kurosaki-sensei...? s'enquit Renji qui ne comprenait pas pourquoi il restait muet. C'est à vous...
Mais après une longue hésitation Ichigo se résigna tout de même à continuer :
_"Allons, fenêtre, laissez entrer le jour et sortir ma vie"
Il se détourna du prisonnier aux cheveux rouges, lui tournant presque le dos alors qu'il sentait arriver l'inévitable. Après tout, c'était lui le seul coupable, lui qui l'avait cherché en leur proposant une telle scène...
Et ce fut sans hésitation par contre, que Renji énonça la tirade suivante, avec un plaisir bien trop évident dans la voix :
_"Adieu, adieu! Un baiser, et je descends"
Et avant que le jeune homme n'ait eu le temps de mettre fin à la scène, Abaraï s'était saisit de son bras avec une force démesurée et le fit pivoter sur ses talons. Ils se retrouvèrent face à face à nouveau sans que l'écrivain ne puisse crier gare. Et sans qu'il ne puisse l'arrêter, le prisonnier à la chevelure de feu s'était penché vers lui et avait collé ses lèvres sur les siennes bien trop rapidement.
Dans la salle, l'assistance retint sa respiration. Kira plaqua ses mains sur sa bouche et Yumichika échappa un "beurk!" inaudible. Bien trop surpris par cette démonstration d'intérêt de la part d'Abaraï, Love afficha une mine dégoûtée avant de se rendre compte qu'il devait agir et séparer les deux hommes. Mais quelqu'un le devança.
_SALE ENCULE!
Grimmjow s'en était chargé lui-même. Sautant de son siège tel un félin, ses chaines ne l'handicapant qu'à peine, le bleuté se précipita sur l'estrade pour administrer un placage cinglant - digne d'un joueur de rugby de classe mondial - à Renji. Les deux hommes se retrouvèrent propulsés violemment contre le mur derrière l'estrade et Ichigo poussa un cri de surprise.
Les corps des deux prisonniers enchevêtrés l'un sur l'autre présentaient un spectacle désolant. Renji tentait de se débattre face à un Grimmjow qui semblait se débrouiller plus que bien, même pieds et poings liés. Quelques coups de poings dans le foie, des coups de genoux dans les côtes et une magnifique droite de Renji eurent le temps d'être envoyés avant que Love ne s'interpose avec deux autres gardes et ne maitrise les deux fous furieux.
Ichigo s'était reculé de la scène, observant avec effarement le visage rougit de colère de Jaggerjack. Ce dernier lui lança un regard glacial alors qu'il se faisait maîtriser par Love qui le menaça avec un taser.
_Tu bouges encore et je te grille! le prévint-il, appuyant l'arme de défense contre son cou.
Le turquoise obtempéra alors, observant Renji se faire emporter par les autres gardes à l'extérieur de la pièce, non sans en avoir fini cependant :
_T'es mort, Jaggerjack! T'es un homme mort, connard!
_Va te faire mettre! répliqua l'autre du bout des lèvres.
Love avait empoigné son talkie-walkie et prévenait déjà ses collègues à l'exérieur :
_Code rouge! Salle 2! Code rouge!
Dans la minute qui suivit, les autres prisonniers présents furent évacués et ramenés dans leur cellule, pendant que Love entreprenait déjà de trainer Grimmjow à l'extérieur, le menaçant toujours de son arme.
_Non attendez! le retint Ichigo.
Mais le gardien le fusilla du regard. Le roux sentit que c'était la goutte d'eau qui faisait déborder le vase; Love était en colère contre lui, très en colère même.
_Vous plaisantez? s'écria-t-il. Regardez dans quel souk vous nous avez tous fourré! Rentrez chez vous et réfléchissez bien à votre prochaine visite! Il se pourrait que...
_Allons, Love, un peu de calme.
Une voix plus posée et trainante coupa le flot de reproches du gardien retenant Grimmjow. Ichigo regarda alors entrer dans la pièce l'homme qu'il n'avait vu qu'une seule fois. Un homme étrange, dont il s'était méfié immédiatement.
_Kyouraku-san! s'exclama le garde à la peau brune. Qu'est-ce que...?
_Ceci est bien un code rouge, n'est-ce pas? Alors, me voilà. Oh, Kurosaki-san?
Kyouraku Shunsui inclina son visage quelques instants pour saluer l'écrivain qui resta immobile. Il était évident que cet homme était un drôle d'individu; il n'était pas vraiment comme les autres gardiens, d'ailleurs en était-il seulement un? Ichigo s'était posé la question après l'avoir rencontré pour la première fois. Kyouraku lui avait demandé solennellement de ne pas s'attirer les foudres de Yamamoto, un conseil que le jeune homme avait scrupuleusement respecté depuis. Mais l'homme était comme un fantôme, apparaissant toujours là où on ne l'attendait pas. Et d'après la réaction de Love, ce dernier était aussi très surpris de le trouver en ces lieux.
_Que s'est-il passé? demanda-t-il.
_Grimmjow s'est précipité sur Abaraï et ils se sont battus.
_J'en vois le résultat, constata Shunsui en désignant le coin de la lèvre ensanglantée de Jaggerjack.
_C'connard joue avec l'feu! se défendit Jaggerjack.
_Il joue surtout avec Kurosaki-san et cela ne te plait pas! répliqua Love sur un ton moqueur.
Kyouraku étira un sourire amusé en jetant un coup d'œil vers l'orangé. Ce dernier attendait le dénouement de cette conversation avec impatience, espérant converser avec Grimmjow plus que tout; encore plus après ce qui venait de se produire.
_J'imagine que Jaggerjack doit des excuses à Kurosaki-san, n'est-ce pas Grimmjow?
Le bleuté observa Kyouraku avec méfiance, lisant dans ses yeux toute la malice de l'homme qu'il n'avait que peu côtoyé depuis son arrivée en prison.
_Ouais..., soupira-t-il du bout des lèvres.
_Bien! s'exclama Shunsui en frappant dans ses mains avec un large sourire. Si nous laissions Grimmjow faire des excuses en bonne et due forme seul avec Kurosaki-san, Love?
_Mais...
_Allons donc, vous utilisez encore ce taser? interrogea-t-il en tentant de distraire Love. Il n'est même plus en bon état, ce n'est pas très réglementaire et...
Les deux hommes disparurent derrière la porte, Kyouraku ayant enroulé son bras autour des épaules de Love qui se laissa emporter à contre coeur.
Le silence qui enveloppa soudain Ichigo et Grimmjow les laissa désarmés. Jaggerjack poussa un soupir en faisant cliqueter ses chaines, attendant que le jeune orangé ne fasse le premier pas certainement. Et pourtant, Kurosaki ne savait ce qu'il attendait de lui après le baiser d'Abaraï. Devait-il s'excuser lui aussi, ou bien lui demander pourquoi il était jaloux ou bien exiger de lui qu'il ne fasse plus preuve de violence en sa présence?
_Putain...
D'un revers de main, Grimmjow essuya le sang qui coulait lentement le long de son menton, sa lèvre boursoufflée mise à rude épreuve par le coup de poing de Renji. Il ne l'avait pas raté c'était certain, mais la panthère ne comptait pas en rester là avec lui. Mais à ce moment précis, il excécrait surtout ce silence odieux entre eux.
_Dis un putain d'truc, bordel!
Ichigo porta une main à son visage, dissimulant ses yeux et sa mine préoccupée à l'homme qui l'observait maintenant avec plus d'intérêt que jamais. Ses épaules se soulevèrent lorsqu'il laissa échapper un grand soupir. Il n'avait même pas envie de savoir si Grimmjow le regardait, si seulement il posait ses yeux sur lui. Tout ce qu'il voulait c'était que les choses soient bien claires entre eux.
_Écoute, c'était juste une scène... une pièce de théâtre, tu vois? Et... on jouait, comme des acteurs. C'est juste un... exercice.
« Bordel pourquoi je cherche à me justifier et pourquoi j'ai l'air si... stressé? »
_Tu sais Grimmjow, je ne sais pas vraiment ce que tu as pu te mettre en tête après ce qu'il s'est passé entre nous à l'hôpital mais... Oui, on s'est embrassés, mais... Je veux dire, tu es... toi et je suis... moi. Tu comprends?
_J't'emmerde.
« Oui, évidemment. Faut dire qu'après une phrase pareille 'tu es toi, je suis moi' il n'y avait pas grand chose à faire d'autre que m'emmerder... »
_Je croyais que tu voulais que je dise quelque chose! C'est fait, alors moi aussi je t'emmerde! lui répliqua-t-il assez sèchement. On n'est pas ensemble je te signale! On n'est pas... je suis quelqu'un qui vit à l'extérieur, je suis un écrivain et tu es... ici. On est différents.
_Ouais, t'es riche, célèbre et renommé et moi j'suis qu'un pauv' connard destiné à la chaise électrique. Tout l'monde sait ça!
L'orangé soupira. Comme il s'y était attendu, avoir une conversation avec Grimmjow n'était pas si simple.
_Ce que je voulais dire c'est que... Pourquoi tu t'es emporté comme ça?
_Demande pas.
_Si justement, j'ai envie de savoir. C'est... important.
Mais il n'y avait rien qu'il pouvait sortir de la bouche de Grimmjow, et sûrement pas pourquoi il avait joué les jaloux jusqu'à s'en prendre violemment à Renji. Il ne voulait tout simplement pas admettre qu'il était jaloux, c'était ça la fierté Jaggerjack et Ichigo avait l'impression qu'il le savait mieux que personne.
Mais s'il ne pouvait le faire parler de ce sujet, il pouvait peut-être le faire parler d'autre chose :
_J'ai rencontré un journaliste il y a peu de temps, qui m'a parlé d'Aizen Sosuke.
Les yeux turquoises l'observèrent avec intérêt mais Grimmjow resta muet.
_Je voulais t'en parler, j'y ai beaucoup pensé. Et tu sais, je ne sais pas si tu connais vraiment cet homme mais je suppose que tu l'as vu plusieurs fois déjà. Est-ce qu'il t'a demandé de... il t'a soumis l'idée de sortir d'ici?
_T'crois qu'j'vais répondre à ça?
_Alors, ça veut dire que oui?
Aucune réponse. Comme d'habitude avec lui, il fallait jouer carte sur table et même le provoquer :
_Fais attention, si tu... si tu décides de t'évader alors je ne pourrais plus rien pour toi et je...
Mais Jaggerjack se colla soudainement à lui, coupant le flot de paroles de l'auteur instantanément. Leurs souffles se mêlèrent et Ichigo sentit son coeur s'arrêter sous l'émotion; dès que cet homme posait ses yeux sur lui il se sentait si faible, tel une marionette prête à faire tout ce qu'on lui ordonnerait de faire.
Et pourtant, cette conversation n'était pas terminée, Jaggerjack était loin d'avoir révélé ses intentions et Ichigo restait sur sa faim. Mais en étant si proche de lui, il en oublia toutes ses bonnes intentions, sa volonté de parler d'Aizen et de lui faire entendre raison. Grimmjow était devenu son centre de gravité, son monde en cet instant ne tournait qu'autour de cet homme. Il lui faisait perdre la tête, il n'avait plus pied, et il se noyait dans les orbes turquoises du prisonnier.
C'est là qu'il l'embrassa, c'est là que Ichigo fit le premier pas et captura les lèvres closes de l'objet de ses désirs. Il ne savait plus à qui il devait cette chance d'être seul avec lui maintenant, à Renji qui l'avait embrassé, à Grimmjow qui avait provoqué la panique ou à Kyouraku qui semblait être un soutient de taille dans cette enceinte. Déposant ses mains sur les larges épaules musculeuses il n'attendit pas longtemps avant que Grimmjow ne réponde à son baiser. Ses mains enchainées se posèrent sur ses hanches, ou tout du moins il essayait, et il se laissa prendre au jeu du jeune homme.
Il ne fallait pas sortir de Saint-Cyr pour comprendre que ces deux-là s'attiraient comme des aimants. Dès qu'ils se voyaient, dès qu'ils se touchaient, ils en voulaient plus, ne pouvant se rassasier l'un de l'autre. Ichigo le ressentait de plus en plus, Grimmjow lui manquait cruellement à chaque instant de la journée, et même s'il ne connaissait de lui que le goût de sa bouche et un passé de criminel. Il ignorait si le bleu le ressentait également, il voulait lui poser la question mais ce dernier ne lui aurait de toute manière pas répondu.
Lentement, ses mains descendirent le long de ses biceps puis de ses avants-bras pour aller se poser sur les pectoraux du prisonnier. Il y avait si longtemps qu'il avait envie de sentir sa peau sous ses doigts, sa chaleur étouffante le faire suffoquer et ses mains brûlantes le carresser. Il se promit qu'un jour, ils y arriveraient.
Kurosaki déposa son front contre la poitrine de Grimmjow qui se soulevait à un rythme impressionnant, après avoir échangé avec lui un baiser passionné. Il savait que cette entrevue finirait tôt ou tard, que ces moments n'étaient pas éternels. Alors, il fallait le lui dire maintenant :
_Je t'attendrai.
_Quoi? demanda l'autre en haussant les sourcils.
_Je t'attendrai dehors, jusqu'à ce que tu te décides à le faire. Je le jure, je t'attendrai.
Grimmjow sembla ne pas comprendre où il voulait en venir pendant quelques instants puis étira un sourire carnassier :
_Si j'arrive à m'barrer d'ici, Aizen m'attendra aussi. J'crois que tu l'sais, non?
_Justement! Ne t'évade pas pour lui, évade toi... pour moi.
Ça sonnait comme une délcaration d'amour, une pauvre déclaration qui dégoulinait d'amour et suintait le romantisme, ce dont Ichigo avait pourtant horreur à l'habitude. Mais là, il n'était pas parvenu à le formuler différement, de façon moins... mielleuse. Il lui demandait en tout et pour tout une preuve d'amour, une preuve que Grimmjow était tout bonnement incapable de lui donner.
_Tch! Ecoute, commença le prisonnier, sans...
_Allez les amoureux, il est l'heure de... Oh pardon.
Kyouraku fit brusquement irruption dans la pièce l'air enjoué, avant de constater que les deux hommes étaient enlacés. Il détourna le visage, laissant le temps à Ichigo de se séparer de Jaggerjack. Ils n'avaient pas terminé leur conversation, il ne pouvait pas les interrompre comme ça, pas maintenant! Ichigo sembla gêné un instant, tentant de faire comprenre au gardien qu'il n'était pas le bienvenue et qu'il pouvait bien les laisser encore un peu plus.
_Attendez, Kyouraku-san...
_Je suis navré, Kurosaki-san, mais je crois avoir été plus que clément avec vous aujourd'hui, répondit-il sèchement.
Love pénétra dans la pièce sans un regard pour l'écrivain et se saisit de Grimmjow pour le ramener en cellule avec lui. Ichigo savait qu'il ne pouvait plus rien faire maintenant, et il suppliait du regard l'homme qu'il désirait de lui donner ce qu'il attendait.
"Dis-moi que tu le feras pour moi!" pensa-t-il très fort, serrant ses poings alors qu'il s'éloignait de lui. Les pupilles turquoises l'observaient en retour, mais il savait pertinnemment qu'il ne pouvait comprendre ce qu'il désirait. Mais avant de disparaitre de son champ de vision, à travers son sourire caractéristique, Grimmjow lui répondit :
_Sans lui j'pourrais pas y arriver.
Grimmjow disparut totalement et bientôt Kurosaki n'entendit rien d'autre que les pas des gardiens dans les couloirs aux alentours monotones, glauques et abrutissants.
La messe était dite.
L'orangé ignorait pourquoi mais cette phrase sonnait comme un violent coup de gong final à ses espoirs. Sans Aizen, Grimmjow ne pourrait pas s'échapper; il le savait bien entendu, mais il avait espéré entendre un Grimmjow plus prétentieux et égoïste, lui déclarer avec fougue qu'il pourrait le faire tout seul. Mais il réalisa bien trop tard, que cet homme était sans doute plus à la page des réalités carcérales que lui.
Et il devint alors évident que sans Aizen Sosuke, Grimmjow ne s'évaderait jamais, même avec toute la conviction et l'envie du monde. Et cette pensée, mis un coup au moral du jeune écrivain. Ô Grimmjow, pourquoi es-tu donc Grimmjow? pensa-t-il en replaçant dans son cartable de cuir les passages de Roméo et Juliette qu'il avait pris la peine de préparer.
_Je ne sais pas ce qu'il se passe, ni pourquoi vous êtes tous deux si proches, fit remarquer Kyouraku, l'observant ranger son bureau. Mais je sais une chose, c'est que dès que vos yeux se croisent, votre visage change. Quand il bouge, vous bougez, s'il regarde dans une direction vous suivez cette direction, s'il parle vous l'écoutez. C'est ce qu'on appelle...
_Non, ne dites pas ce mot ici, s'il vous plait, le coupa Kurosaki avec un geste de la main.
Les mots de Shunsui l'avaient plus ébranlé qu'il ne le laissait paraître. Alors il ne s'était pas trompé, même ceux qui gravitaient autour d'eux pouvaient le sentir. Il était maintenant certain que Grimmjow aussi, ce n'était pas qu'une impression idiote.
_Je vous remercie néanmoins de m'avoir donné ces quelques instants avec lui. Mais... nous savons tous les deux que ce genre de choses... c'est de la folie rien de plus, non?
_Qui sait? répondit Shunsui avec un sourire amical.
_Pardon?
_Si demain j'interdisais à Grimmjow de venir à vos ateliers, vous les arrêteriez n'est-ce pas? Il est la seule personne qui vous incite à venir ici toutes les semaines et à prendre tout cela à coeur.
_J'ai besoin d'un moteur, d'un...
_Je sais. Et Grimmjow est votre motivation. Mais n'ayez pas trop d'espoir.
Et sur ces mots, il tapota amicalement son épaule et l'invita à sortir de la salle.
Ichigo repensa longuement dans les jours qui suivirent à cette fameuse phrase de Kyouraku. S'il n'avait plus d'espoir alors à quoi bon vivre? Grimmjow n'était pas seulement devenu sa motivation dans son travail mais aussi son moteur de vie. Il attendait chaque atelier avec impatience, ne vivait que pour cela ou presque et sans ce genre de moteur il n'était plus rien.
Il n'avait plus qu'à espérer que Grimmjow Jaggerjack se tourne enfin vers lui, et attendre le jour fatidique ou il réussirait son évasion. Mais quand cela se produirait-il?
