Titre : Le roman du prisonnier.

Chapitre : Le piégeur piégé.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Note : Du retard pour ce chapitre encore et toujours, désolée ^^"

Précédemment dans "Le roman du prisonnier" : Ichigo a découvert que Aizen Sosuke, ancien détenu et maintenant psychiatre de la prison, projetait de faire évader Grimmjow Jaggerjack. L'écrivain décide de garder le secret dans l'espoir qu'un jour, son désir de vivre pleinement une relation avec Grimmjow se réalise. Mais garder un secret est dur et il va de déconvenue en déconvenue. Va-t-il enfin révéler les projets des deux hommes? Et surtout, à qui?


Chapitre 13. Le piégeur piégé.

Trop court, trop éphémère, voilà comment il avait jugé son entrevue avec Grimmjow aujourd'hui. Et il n'en était ressortit rien de bon du tout. A quoi Ichigo s'était-il attendu? A ce que le prisonnier lui jure de s'évader pour ses beaux yeux? C'était absurde.

Même Aizen n'avait pas réussi à dompter la panthère comment pouvait-il croire y arriver? Il se sentait amer et frustré, comme s'il ne pouvait rien faire pour empêcher un futur inéluctable.

Cet épisode dans la prison ne lui avait pas donné plus d'informations quant à ses espérances; même si Jaggerjack semblait vouloir bel et bien la même chose que lui, il n'apparaissait pas prêt à tout risquer pour y parvenir. Et surtout pas sa vie. Ichigo l'avait parfaitement senti dans le regard azur de l'être sanguinaire. Il s'en remettait à Aizen pour sa fuite, pour cette évasion qui n'était rien de plus qu'une idée folle, quoique pas si folle que cela s'était-il rendu compte lors de son entrevue avec Shiba Kaien, le collègue journaliste de Rukia. Celui qui l'avait mis sur la piste.

Mais tout ce qu'il s'était passé ce jour n'avait pas entamé son enthousiasme d'écrivain, loin de là. Alors qu'il était penché sur son ordinateur et pianotait la suite de son roman du bout des doigts, il se sentit étrangement impatient. Encore plus qu'à son habitude.

Il avait déjà envie de le revoir.

Et cette envie était si pressante qu'elle le stoppa dans son élan, en plein milieu d'une phrase du chapitre six. Le rouquin poussa un soupir à fendre l'âme et se laissa tomber en arrière contre le dossier de son siège, étendant ses bras au-dessus de sa tête pour s'étirer.

Ses yeux divaguèrent à travers la pièce, ses pensées en faisant de même mais focalisées sur un seul personnage; celui de Grimmjow. Son désir de croiser à nouveau sa route était bien plus vivace encore, alors qu'il pensait que le bleuté – après sa fuite de la prison – ne se tournerait pas vers lui. Tout lui laissait à croire en effet que Jaggerjack rejoindrait Aizen, il n'avait aucun doute là dessus. Un meurtrier restait un meurtrier, et sa soif de tuer ne devait pas s'être altérée pendant son incarcération. Alors à sa sortie, Grimmjow se précipiterait plutôt vers le yakuza qui lui promettrait de s'adonner à ses loisirs favoris, plutôt que vers un jeune homme solitaire et bourreau de travail qui ne lui donnerait qu'une passion éphémère.

C'était logique, après tout.

Néanmoins, malgré ces désillusions auxquelles il croyait dur comme fer, Kurosaki ne pouvait s'empêcher de réfléchir à pleine vitesse, dans l'optique de continuer son roman.

Le mystère Schiffer restait encore entier, et il ne pouvait continuer à écrire sans en savoir plus sur l'austère prisonnier, visiblement érudit. Mais comment l'approcher? Yamamoto n'apparaissait plus si accessible que cela et le soutient de Love semblait s'évaporer comme neige au soleil. Au vu de sa dernière visite nulle doute que le remplaçant de Kensei mettrait des holà à ses exigences.

C'est à ce moment précis qu'il s'immobilisa, à cette pensée même. Il se redressa lentement, écarquillant ses yeux lentement comme s'il venait de faire une découverte intrigante. Et il y avait de quoi! Comment avait-il pu être aussi bête?

Il l'avait oublié, alors qu'il était une fantastique mine d'informations à sa portée.

_J'suis con! laissa-t-il échapper en empoignant fermement son portable.

Il déroula d'un coup de pouce la liste de ses contacts pour stopper à la lettre « H ». Il avait perdu bien trop de temps en oubliant cet homme... Enfin "oublier" n'était pas vraiment le mot, il l'avait toujours plus ou moins gardé dans un coin de sa tête mais là il s'en voulait amèrement de l'avoir laissé sur la touche de ses pensées.

Lui seul pouvait maintenant lui garantir de revoir Grimmjow très vite. Mais encore fallait-il réussir à convaincre ce têtu personnage...

_Je le connais trop bien, jamais il n'acceptera ça.

L'orangé avait pourtant cru que son ex était l'amant idéal, tout du moins pendant un moment. Et à cet instant, alors qu'il s'apprêtait à demander à Hisagi Shuuhei, ancien petit-ami et accessoirement inspecteur de police, de le faire entrer dans la prison et retrouver Grimmjow, Kurosaki se demanda s'il ne faisait pas une erreur.

Il n'y avait personne d'autre à part Shuuhei qui puisse l'aider en cet instant, que ce soit avec Ulquiorra, Yamamoto ou même Grimmjow. Et puis, il avait fait confiance à cet homme, aveuglément, pendant des années. Pourquoi ne pourrait-il pas le faire à nouveau?

Il soupira bien fort, secouant sa tête de gauche à droite comme pour se détendre.

_Le moment de vérité, souffla-t-il en collant son portable contre son oreille.

~ Pendant ce temps, chez Hisagi ~

L'inspecteur à la chevelure corbeau laissa tomber lourdement sur la table de son salon un épais dossier de papiers. Le courant d'air provoqué par ce choc soulevant une serviette en papier roulée en boule non loin, celle-ci s'écrasa au sol aux pieds déchaussés d'un homme terminant son diner.

_Qu'est-ce que c'est? interrogea Kensei en avalant la bouchée du sandwich de fortune qu'il s'était préparé.

_Ton billet d'entrée pour ton nouveau job, répondit Hisagi en s'asseyant à côté de lui. Remplis ces papiers et ensuite laisse-moi faire. Tu n'as pas de soucis à te faire.

Muguruma soupira, baissant ses yeux sur le dossier qui lui faisait déjà très mauvaise impression. Il déglutit péniblement et délaissa sa nourriture dans l'assiette déposée devant lui. Vivré chez Shuuhei était déjà pour lui une preuve de sa capitulation, après avoir perdu son travail et s'être emporté face à Grimmjow. Il ne voulait pas encore en plus avoir à être redevable de cet homme pour un travail.

_Tu sais pertinemment que je ne cautionne pas ces méthodes.

_Moi non plus, alors s'il te plait accepte.

_Et si je dis, non?

Hisagi fit claquer bruyamment ses mains sur son jean tout en tournant son regard vers le plafond. Il voulait trouver les bons mots et le ton juste pour le convaincre sans pour autant s'énerver et déblatérer des choses qu'il regretterait ensuite.

_Tu as besoin d'un coup de main, non? Tu ne vas pas rester sans travail éternellement? Avec tes antécédents et ton C.V. je n'ai même presque pas besoin de te pistonner.

_Alors ne le fais pas! répliqua l'autre en se munissant du dossier qu'il lui tendit. Reprends ça. Je n'ai pas envie qu'on pense que j'ai intégré la police par tes bonnes grâces.

_Et si c'était grâce à tes qualités, hein? Imagine un peu, je ne fais que te donner l'idée. Nul doute qu'un dossier comme le tient devance tous les autres!

_Ouais, surtout si on couche avec l'inspecteur qui gère les recrutements.

Shuuhei reprit la volumineuse chemise, objet de la discorde, pendant que son visiteur quittait le canapé. Il ne cherchait pourtant qu'à agir pour son bien, pour l'aider à reprendre une vie normale. Il savait mieux que quiconque que le licenciement de Kensei avait été un coup dur pour l'ex gardien de prison, et c'était justement pour cela qu'il voulait soulager cet homme.

Et coup de chance, il était responsable depuis l'an dernier des recrutements des agents de police, pour les envoyer à l'école de police de Tokyo.

_Ce n'est qu'un coup de pouce, Kensei. Et puis... ce n'est pas comme si on couchait vraiment ensemble, n'est-ce pas?

L'homme aux cheveux gris lui lança un regard assassin et fit quelques pas au fond de la pièce. Sur la défensive, Shuuhei baissa d'un ton :

_C'est vrai quoi, on ne l'a fait qu'une fois depuis qu'on se connait et...

_Et quoi? Hein? rétorqua l'ex maton, le visage colérique. Excuse-moi de ne pas avoir le même appétit sexuel que ton ex, excuse-moi de ne pas avoir les mêmes envies que celui dont tu es toujours amoureux, Shuuhei!

L'inspecteur de police préféra ne pas répliquer, car au fond c'était malheureusement vrai. Amoureux il l'était encore sans doute un peu, attiré par lui également mais ce qu'il regrettait le plus était de ne pas pouvoir s'entendre aussi bien sur le plan sexuel avec Kensei qu'avec Ichigo.

_Je ne suis pas du genre à être jaloux, oh non crois-moi ce n'est pas le genre de la maison, poursuivit Muguruma. Mais je ne suis pas non plus du genre à accepter l'aide, ni l'hébergement d'une personne qui ne fait cela que par pitié. C'est pas la peine de te justifier, que tu le fasses ou non par pitié tu ne le sais même pas toi-même.

_Je sais.

_Je veux juste que... que tu comprennes; je n'ai jamais accepté qu'on me vienne en aide, je me suis toujours débrouillé seul. Que tu me proposes ça, c'est...

_Ne me dis pas que tu te sens castré au moins?

_Non...

Hisagi haussa les sourcils bien hauts. Que fallait-il qu'il fasse de plus? Qu'il lui laisse toute initiative afin que Kensei se sente tel qu'il était : comme un mâle solitaire et indépendant?

_Je te promets d'arriver à oublier Ichigo. Mais j'ai besoin que tu m'aides et pour ça il faut que je t'ai avec moi! Maintenant, si tu ne veux pas me donner un coup de main à vaincre mes démons dis-le tout de suite que je t'épargne cette perte de temps.

Il était clair que cette demande n'était pas une simple invitation à entrer dans la vie d'Hisagi Shuuhei. Elle était également porteuse d'un avenir stable entre eux et d'une relation sérieuse; ce que Kensei ne pouvait ignorer étant donner les circonstances dans lesquelles ils s'étaient mis ensemble. Il pensait notamment au cas Ichigo...

_Mph... J'accepte ton aide seulement si tu acceptes la mienne, c'est donnant-donnant, Shuuhei.

Le brun fronça les sourcils, interloqué :

_Comment ça?

_J'accepte de remplir ce dossier pour entrer dans la police seulement si tu me fais la promesse que tu es décidé à oublier Ichigo. Je ne veux pas m'engager pour qu'un beau jour, lorsqu'il en aura envie, qu'il jette à nouveau son dévolu sur toi et que tu accoures!

_Kensei, tu peux croire tout ce que tu veux, mais si je suis avec toi je...

Mais la conversation fut interrompue par une sonnerie entrainante qui s'éleva dans les airs, depuis la poche du pantalon d'Hisagi. Fouillant nerveusement dans son jean pour en retirer son portable, l'inspecteur marqua une pause en découvrant le nom inscrit sur son écran.

Hésitant, il leva soudainement ses yeux sur Muguruma :

_Quoi? Qui est-ce?

_C'est Ichigo..., répondit tout bas l'autre.

Les deux hommes échangèrent un regard hésitant et Kensei soupira, haussant les épaules :

_Qu'est-ce que tu attends? Réponds lui.

Shuuhei l'observa s'éclipser dans la chambre en silence et se frotta les yeux énergiquement. Il n'y avait pas trente six mille raisons pour que Ichigo l'appelle, soit il avait besoin lui pour obtenir de quelconques informations sur la prison ou ses prisonniers soit... Non, il ne pouvait qu'y avoir une seule raison, pensa-t-il à tord en décrochant :

_Allô?

_Salut Shuuhei, c'est Ichigo.

_Tiens, salut, répondit-il en posant ses yeux sur la porte qui se refermait derrière Muguruma, désireux de ne pas entendre ce dialogue.

_Je sais que c'est peut-être un peu bizarre que je t'appelle maintenant mais...

_Évite de tourner en rond, je n'ai pas le temps pour ça.

_O.K..., la voix du rouquin paraissait confuse. Je... il y a un service que j'aimerais te demander. Ou plutôt, non ce n'est pas un service, c'est une info.

Hisagi déglutit péniblement, tout à coup piqué à vif par une curiosité maladive dont il ne savait se débarrasser depuis le début de sa carrière. Et le rouquin avait toujours eu le don de titiller cet intérêt inépuisable pour n'importe quoi.

_Je t'écoute.

_Tu sais que je suis en contact avec Grimmjow Jaggerjack à la prison, hein? Et que je mène des recherches sur lui et accessoirement sur d'autres prisonniers...

_Euh... oui.

Il ne voyait pas vraiment où il voulait en venir, surtout qu'il avait la désagréable impression que cette fois-ci, Kurosaki allait lui annoncer bien pire qu'un simple "j'ai besoin de quelques infos".

_On a déjà parlé d'Aizen ensemble et même si ça n'a rien donné et que tu n'as pas été sur l'affaire lorsqu'elle est sortie, je pense que je peux t'être utile, continua le jeune homme de l'autre côté du fil. Tu es prêt à entendre ça?

L'inspecteur aux cheveux corbeaux passa une main sur son front, ses yeux divaguant sur les murs de son salon. Il cherchait à comprendre ce qu'il faisait, et ce qu'il allait lui annoncer. Si tout ça n'était qu'une entourloupe pour réussir à voir Jaggerjack il le démasquerait. Même si penser en ces termes de son ex-amant le mettait mal à l'aise.

_C'est à mon supérieur que tu dois t'adresser Ichi, pas à moi.

_Oui, mais je n'ai confiance qu'en toi, Shuuhei.

Et bien entendu il trouvait toujours les mots pour le toucher droit au cœur.

_Mfff... De quoi s'agit-il?

_Je crois, non plutôt j'en suis certain, que Aizen Sosuke va tenter de faire échapper Grimmjow de la prison.

...

Lorsque Kensei osa enfin sortir un œil hors de la chambre, espérant que la conversation entre son nouvel amant et Kurosaki Ichigo soit terminée, il ne trouva rien de plus qu'un salon vide.

_Shuuhei?

Son regard gris perçant balaya la pièce sans y trouver ce qu'il cherchait. La cuisine était également vide, tout comme la salle de bain et le bureau de son logeur. L'ancien garde de la prison tourna sur lui-même, fronçant ses sourcils de manière inquiète.

Il n'y avait aucune chance que Shuuhei finisse par oublier Ichigo.

Surtout s'il accourait à chaque fois que ce dernier lui passait un coup de fil...

~ Au même moment, commissariat de Tokyo ~

Hinamori Momo, en tant qu'agent de police au plus bas de l'échelle, avait été affectée à l'accueil du commissariat du second district de Tokyo. Sa polyvalence ainsi que sa discrétion en faisait une candidate parfaite pour ce poste. Et ce n'était plus les individus arrêtés en état d'ivresse, les petits voleurs à la tir ou les prostitués ramenées chaque jour par ses confrères qui l'impressionnaient.

Pour ainsi dire, il n'y avait plus rien qui pouvait l'étonner ou encore provoquer chez elle une curiosité sans nom.

Cependant, une fois n'est pas coutume, l'inspecteur Hisagi Shuuhei pénétra en coup de vent dans le commissariat et passa droit devant elle, sans même lui esquisser un « bonjour » chose qu'il n'avait jamais oublié en plus de quatre années de bons et loyaux services.

Intriguée, la jeune femme l'observa avaler les marches jusqu'à l'étage du bâtiment, dans des pas immenses et précipités. Oui, cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas été si... curieuse.

Shuuhei stoppa ses pas devant la première porte qu'il croisa, celle sur laquelle brillait la plaque qu'il admirait plus que tout autre chose : « Tosen Kaname, Commissaire ». Il y frappa, non sans reprendre son souffle avec précaution. Déranger son supérieur n'était pas le genre de chose à faire à la légère, et Hisagi le savait plus que quiconque au monde.

_Hisagi? Qu'est-ce que c'est?

L'homme à la peau brune ouvrit la porte en grand, fronçant ses sourcils à la vue de l'homme devant lui. Ses yeux balayèrent le couloir vide dans l'espoir d'y trouver une réponse et pendant un instant, Shuuhei fut perturbé par la vue de son regard découvert. Tosen portait toujours ses lunettes; toujours. Une pathologie très rare au niveau de sa rétine lui interdisant d'affronter la lumière du soleil sans des lunettes fumées.

_Tu n'étais pas censé être en repos, Hisagi? poursuivit-il en hochant la tête avec surprise.

_Oui, monsieur mais il faut que je vous parle de quelque chose.

_Voyons crois-tu que c'est un moulin, ici? Je n'ai pas le temps d'entendre tes jérémiades, j'ai un emploi du temps strict, ajouta le commissaire en notant toutefois l'anxiété certaine de son homme.

_Je le sais très bien monsieur, mais c'est extrêmement important! insista Shuuhei en serrant les dents. Si l'info ne vous intéresse pas, mettez-moi à pied quelques semaines, je prends le risque!

Stupéfait, Tosen recula pour laisser entrer l'homme qui travaillait sous ses ordres depuis plusieurs années et qu'il ne connaissait que très bien. Il reprit lentement place derrière son bureau et croisa ses mains devant son visage, tout ouïe.

_Je t'écoute, qu'as-tu donc de si extraordinaire?

_Le cas Aizen Sosuke, vous pouvez le rouvrir! déclara d'une traite le brun. Je sais et de source sûre qu'il va faire échapper Grimmjow Jaggerjack de la prison de haute sécurité. Et ce n'est qu'une question de jours, monsieur!

Au premier abord, la réaction de Kaname ne fut pas celle qu'il avait espérée. Le commissaire resta parfaitement stoïque, ses yeux braqués sur le visage de son inspecteur qu'il savait pourtant calme et concis lorsqu'il s'agissait d'un tel cas.

Au bout de quelques longues secondes de silence total, Tosen se laissa tomber contre le dossier de cuir de son siège, fermant les yeux un court instant pour avaler cette information :

_Et as-tu des preuves? Cette « source », qui est-ce?

_J'ai justement besoin de vous pour avoir ces preuves, tout du moins de votre accord. Et cette source c'est Kurosaki Ichigo. Il mène un atelier dans la prison et il s'est – comment dire ça – plutôt bien entendu avec Jaggerjack qui lui a livré cette information.

_Intéressant.

_Intéressant? Sauf votre respect monsieur, nous n'avons rien de mieux ici qu'une occasion en or pour coincer tout ce petit monde. Exigez un tête-à-tête entre Grimmjow et Ichigo à la prison. En moins de deux il déballera tout je vous le garantie. Et nous aurons notre preuve.

_Preuve? La parole d'un prisonnier condamné à perpétuité qui explique qu'un autre ex-prisonnier devenu psychiatre va le faire sortir de la prison?

_Vous savez très bien que c'est une preuve suffisante pour rouvrir le procès d'Aizen!

_Ce ne sont que des petites paroles en l'air. Jaggerjack n'est pas...

_Je croyais pourtant que vous teniez à ce dossier! Cette présomption contre Aizen, qui se transformera en accusation dans la bouche de Jaggerjack est votre seule chance!

Kaname détourna les yeux et quitta son siège dans un silence religieux. Calmement dans des pas lents, il s'installa devant la fenêtre qui donnait sur la cour intérieur du commissariat.

_Et qu'est-ce qui te dit que j'ai envie de repartir dans cette affaire?

_Monsieur, vous...

_L'affaire Aizen a été bouclée il y a longtemps, ce n'est plus mon soucis à présent.

_Mais... et l'évasion?

La voix d'Hisagi semblait désespérée. Lui qui avait tout misé sur son supérieur pour décrocher cette affaire en or resta déconcerté. L'attitude de son mentor était surprenante, alors qu'il savait tout le mal que l'homme avait eu à confondre le yakuza Aizen Sosuke. Il le lui servait presque sur un plateau et tout ce que Tosen trouvait à dire était que ce n'était plus son soucis? Quelque chose clochait...

Quelque chose clochait effectivement, et Kaname Tosen s'en rendit compte lui aussi en réfléchissant à ses dires. Mieux valait pour l'instant s'intéresser à cette « nouvelle » que lui apportait son précieux inspecteur.

Le commissaire marqua un silence, pesant le pour et le contre de sa future réplique. Il n'eut que très peu de temps pour prendre sa décision, mais il finit par se tourner lentement en direction de son collègue :

_Si je ne peux pas avoir Aizen alors j'aurais ce salaud de Grimmjow. Préviens Kurosaki qu'il devra être à la prison demain à 8 heures précises. Prends tous les hommes disponibles pour l'opération. Demain, nous allons rendre une petite visite à Jaggerjack.

Shuuhei se redressa, étirant un petit sourire de fierté qui en disait long sur le respect qu'il portait à cet homme.

_Bien, commissaire. Et pour Aizen?

_Ça, j'en fais mon affaire.

_Bien. Tout sera prêt!

Et sur ces mots, le brun quitta le bureau en hâte ne manquant pas de saluer son supérieur avec toute la gratitude qui lui était dû. L'enthousiasme de la jeunesse était toujours beau à voir, pensa Tosen. Mais pas dans ce cas précis, se reprit-il, la mine plus inquiète que jamais.

Kaname ne bougea pas, jusqu'à ce que la porte de son bureau se soit refermée, et jusqu'à ce qu'il n'entende plus les pas précipités de Shuuhei se diriger vers son bureau au bout du couloir.

Puis, il reprit sa place derrière son bureau et décrocha lentement le téléphone à sa gauche. Il attendit qu'une voix féminine lui réponde après avoir appuyé sur un bouton du clavier.

Lorsqu'un bruit significatif que son interlocuteur avait décroché se fit entendre, Tosen prit les devants et parla le premier :

_Tu as entendu ça?

_Oui, Tosen-sama.

_Nous avons un loup dans la bergerie ma chère, annonça-t-il avec une pointe d'amusement dans la voix.

_Il faut prévenir Aizen-sama.

_Je vais le faire.

_Bien, il vaut mieux qu'il apprenne cela par votre bouche que par la mienne, Tosen-sama. Cet imbécile d'Hisagi que vous avez entrainé va nous mener droit dans le mur.

_Hisagi, j'en fais mon affaire, il ne sera plus un soucis.

_Et pour demain? Kurosaki?

_Grimmjow s'en chargera très bien tout seul. J'ai un plan.

_Vraiment? Vous feriez mieux d'en informer Aizen-sama très rapidement, avant qu'il ne vous coupe autre chose que votre prime pour bons et loyaux services.

_Mph... Je vois que l'on peut toujours compter sur toi, Momo.

_Mais bien sûr, Tosen-sama.

~ Le lendemain, prison de haute sécurité de Tokyo ~

Les orbes d'un turquoise brillant s'ouvrirent en grand dans l'obscurité humide de la cellule 506. A l'entente des pas qui ne pouvaient qu'être ceux de Love, Grimmjow tendit l'oreille et se redressa alors que le système de fermeture de sa porte blindée émit un bruyant grincement qu'il ne connaissait que trop bien.

Un rayon de lumière artificielle s'insinua dans la pièce plongée dans la nuit depuis trop longtemps et le prisonnier se leva pour s'asseoir sur le rebord de sa couchette. Par l'embrasure de la porte il reconnut alors le garde à la peau brune, les pouces dans sa ceinture de cuir l'air sérieux.

_Jaggerjack, t'as une visite! annonça-t-il comme si l'idée lui déplaisait très fortement.

Haussant ses sourcils bleus bien hauts, Grimmjow aplatit ses paumes de main sur ses cuisses et jeta un regard interrogateur au gardien présent; qui pouvait bien lui rendre visite si tôt le matin?

Surtout qu'il n'avait pas l'habitude de recevoir des visites, il n'en recevait – pour ainsi dire – pas du tout. Il pensa brièvement au fait que Kurosaki puisse être là pour le voir, mais il préférait ne pas y penser. Ce genre d'espoir avait l'habitude de le mettre dans tous ses états et il était bien trop en manque de contact humain pour se permettre une désillusion de cette taille.

Deux gardes se chargèrent d'installer ses fers aux mains et aux pieds; Jaggerjack se laissa faire docilement tentant d'arracher à Love la raison de cette visite si matinale. Mais le gardien ne laissa rien filtrer, restant muet comme une tombe. Puis, la petite troupe se mit en marche et Grimmjow suivit Love jusque dans les quartiers réservées aux visites.

Cependant, le bleuté fut surpris de voir qu'ils ne s'y arrêtaient pas.

_Hé! Hé où on va?

Mais Love se garda bien de lui répondre, laissant Jaggerjack imaginer le pire... comme le meilleur.

Le groupe dépassa bientôt les pièces réservées aux ateliers et stoppa sa marche au fond du long couloir sombre. Incrédule, l'homme aux cheveux turquoises observa s'éloigner les deux autres gardes l'accompagnant, le laissant seul avec un Love plus qu'inquiet. Ou bien nerveux il n'aurait su le dire. Surtout que celui-ci le fit bientôt pénétrer dans une petite pièce que le prisonnier n'avait encore jamais vu.

Au premier coup d'œil il devait s'agir d'une énième salle réservée aux gardes, octroyée pour l'occasion à Grimmjow et son visiteur mystérieux. Mais en son centre, une seule table et deux chaises de fortune placées l'une en face de l'autre. Une disposition qui lui laissa alors entendre qu'on venait lui faire subir un interrogatoire. Après être passé de commissariat en commissariat, de poste de police en poste de police, Jaggerjack savait plus que bien à quoi ressemblait une pièce réservée aux interrogatoires.

_Assis-toi là, Jaggerjack! ordonna Love en l'envoyant valser sur l'une des chaises qui grinça au sol.

Dans un souffle douloureux cachant sa surprise, Grimmjow s'écrasa contre le dossier de la chaise, ses chaînes de ferrailles cliquetant à tout va. Non, ce n'était définitivement pas une visite de courtoisie qu'il allait recevoir.

_Qu'est-ce qui s'passe? Pourquoi j'suis là? Mon procès a été rouvert ou quoi? Et mon avocat?

_Pas besoin d'avocat, Jaggerjack.

La voix qui venait de s'élever devant lui était plus que familière. Et les yeux bleus lagon s'écarquillèrent quand une silhouette se dessina, sortant de l'obscurité du fond de la salle inconnue. Tosen Kaname avança jusqu'à lui, faisant le tour de la table de fortune pour s'asseoir en face de la panthère.

_Bonjour, Grimmjow.

Le bleuté fronça les sourcils, observant tour à tour le commissaire et Love qui terminait de l'installer sur sa chaise. Il savait plus que bien qui était cet homme, Tosen, il le savait. Et la perspective de se retrouver avec lui n'annonçait rien de bon, surtout en un tel endroit, si tôt le matin pour une visite suspecte.

_C'est quoi c'bordel?

_Vous pouvez nous laisser maintenant, Love-san.

_Bien.

Le gardien quitta la pièce non sans vérifier une dernière fois que le prisonnier était solidement attaché avec ses chaines. Grimmjow le suivit des yeux, se demandant si toute cette mise en scène n'était pas une mascarade. Bordel, c'était Tosen Kaname! Il n'était pas censé se retrouver en sa présence et encore moins discuter avec lui.

_Qu'est-ce qu'ça veut dire? interrogea-t-il en fusillant du regard l'homme face à lui.

Kaname attendit que les pas du gardien se soient évanouis dans le silence morbide du couloir, puis il extirpa de sa poche un petit bout de fer n'étant rien de plus qu'une clef.

Il brandit le petit objet devant son visage, étirant un léger sourire qui n'était pourtant pas son habitude :

_On a quelques petits préparatifs à faire Grimmjow, avant le feu d'artifice final!

~ Au même moment, à l'extérieur de la prison ~

_Ne sois pas si nerveux!

_Roh c'est facile pour toi de dire ça, hein? C'est pas toi qui va te retrouver face à Grimmjow et qui va tenter de le confondre avec un micro planqué dans tes fringues!

Shuuhei éteignit le contact de sa voiture de fonction, garée juste devant l'entrée de la grande prison. Ichigo était à côté de lui et ne cessait de se gratter partout, le fil relié à son micro jusqu'à l'enregistreur le démangeant plus qu'il ne devrait.

Il ne croyait pas à ce qu'il allait faire; après avoir servit d'appât à Aizen pour que Grimmjow ait envie de s'échapper, il servait d'appât à la police pour qu'ils coincent ces deux-là. Avec un micro caché dans ses vêtements, censé immortaliser les futurs révélations du condamné. Pourquoi était-ce toujours lui qu'on embarquait là-dedans?

_Tosen-Taïcho sera là et tu le sais, tu n'as pas à t'inquiéter, il sera dans la pièce. O.K Ichi?

_Grimmjow ne parlera jamais s'il se rend compte que Tosen est aussi dans la pièce!

_Il ne le saura pas! Grimmjow n'en saura rien, on mettra le commissaire dedans avant que Jaggerjack n'y rentre. Il croira qu'il n'y a que toi et lui. Si ça tourne mal, mon supérieur saura faire ce qu'il faut.

_Ouais, comme m'acheter un cercueil?

_Arrête.

_Je t'ai dit que je préférais que ce soit toi dans la pièce, plutôt que ce Tosen! Je l'aime pas beaucoup moi ton commissaire!

_Et moi je te dis qu'il vaut mieux que ça soit lui que moi, d'accord?

Ichigo soupira, ce n'était pas aussi simple qu'il l'aurait cru. Et d'ailleurs, ce n'était même pas du tout ce qu'il avait prévu; lui qui voulait seulement revoir Grimmjow, il allait être servi!

Tout avait été préparé en amont par Tosen Kaname et Shuuhei; ils avaient mis au point un plan qui était censé fonctionner à merveille, mais le seul hic de tout ce plan était qu'il ne reposait que sur les frêles épaules de Kurosaki Ichigo.

Et toute la confiance d'Hisagi ne pouvait rien y changer. Face à Jaggerjack, Kurosaki était absolument certain de faire tout capoter. C'était bien simple, il était tout bonnement incapable de rester concentré face au bleuté.

_Tu ne viendras pas te plaindre après hein, Shuuhei? Quand j'aurais tout fait foirer!

_Oh arrête, comme si tu n'avais pas envie de le revoir...

Bien entendu qu'il voulait le revoir, la question ne se posait même pas. Il voulait également aider Grimmjow, mais il désirait aussi le voir à l'extérieur de ces murs. Mais tout avait été trop vite. Son appel à Hisagi et la révélation sur l'évasion de Jaggerjack avaient été deux grosses erreurs puisque Shuuhei s'était chargé de mettre en place la grosse artillerie derrière tout ça.

Et maintenant, Ichigo était pris à son propre piège, condamné à piéger l'homme qu'il désirait de cette façon. Bon sang, Grimmjow ne le lui pardonnerait jamais. Et après ça que se passerait-il?

Il ne le reverrait certainement plus jamais. Il s'y préparait depuis la veille. Sa volonté de garder le silence et de se ranger du côté d'un criminel n'avait pas duré longtemps; il était bien trop honnête – et bien trop con! - pour jouer dans la cour des grands. Mieux valait pour lui rester à ces petits bouquins.

_Tu es sûr que ça va? s'enquit Shuuhei en posant une main sur son bras.

_Pfff... Je sais pas trop, répondit-il sans le regarder. C'est quitte ou double. Soit il me tue, soit... je ne le revois jamais.

_Il faut que tu tires un trait sur lui, Ichi.

Le rouquin tourna enfin son visage en direction de son ex-amant avec un petit sourire en coin :

_Mph! Tu devrais savoir mieux que personne que c'est plus facile à dire qu'à faire, hein Shuuhei?

_Ichi...

_Alors ne me donne pas de leçons là-dessus s'il te plait.

Kurosaki s'extirpa de la voiture rapidement avant que Hisagi ne rebondisse sur sa dernière phrase; il n'avait vraiment pas envie de parler de ça maintenant. Surtout qu'il s'apprêtait à faire – selon lui – quelque chose de détestable. Trahir Grimmjow n'était pas vraiment ce qui lui tenait le plus à cœur; mais il était trop tard pour reculer.

« Ça t'apprendra à ouvrir ta grande bouche, Kurosaki! » pesta-t-il contre lui-même.

Les deux hommes n'échangèrent plus un seul mot jusqu'à leur arrivée à l'intérieur de l'enceinte. La nervosité d'Ichigo semblait avoir atteint tout le monde, y compris Shuuhei qui tentait de garder son sang-froid du mieux qu'il pouvait.

« Au moins, je le reverrai une dernière fois... » pensa-t-il avec amertume, s'étant convaincu que de toute façon, cet homme ne partagerait jamais ses sentiments. Il n'y avait rien de plus à dire que cela, Grimmjow Jaggerjack resterait un éternel fantasme inassouvi dans les rêves d'Ichigo. Mais à cet instant, renoncer à lui était plus dur que tout. Et s'il se débrouillait pour que Jaggerjack ne révèle rien? S'il tournait la conversation de manière à ce que Grimmjow ne se rende pas compte qu'il était en train de le piéger? Lui, l'homme qui rêvait de lui chaque nuit, le piéger pour mettre la main sur Aizen Sosuke. C'était franchement ridicule, pensa-t-il en essuyant son front ruisselant de sueur d'un revers de main.

Lorsque le portable du brun se mit à sonner, Kurosaki eut un léger sursaut et fusilla son ex du regard comme s'il le tenait responsable de son manque de calme.

_Oui? répondit Hisagi. Grimmjow est en place? Bien, on est prêt.

Il raccrocha aussitôt, bientôt assaillit par une main qui ne cessait de taper son épaule de plus en plus fort :

_Prêt? Qui est prêt? Je ne suis pas prêt, Shuuhei! lui souffla un Ichigo dans tous ses états.

_Désolé mais il va bien falloir que tu le sois.

_J'arrive pas à croire que tu m'utilises pour coincer Aizen!

_Et toi tu ne m'utilises pas peut-être?

_Moi? Bien sûr que non!

_Tch!

Ce n'était pas le meilleur moment pour se bagarrer avec son ex, certes, mais l'orangé avait l'impression que tout reposait sur ses épaules et d'une certaine manière il tenait Hisagi pour responsable. Lui qui avait tout organisé si rapidement pour qu'il se sente mal à l'aise et utilisé.

_Bon, voilà la pièce.

L'inspecteur désigna du doigt une porte fermée que Kurosaki observa avec hostilité. Derrière lui, d'autres policiers se mirent en place, armes au poing pour sa protection. Même si selon lui, ce n'était pas de rester dehors que ça empêcherait Jaggerjack de lui faire de mal s'il découvrait l'existence du micro ou même de Tosen.

_Ichi, je compte sur toi, déclara Shuuhei plus solennel que jamais, plaçant ses mains sur les épaules du jeune écrivain. Rappelle-toi que rien ne peut arriver, tu le sais pertinemment. Ta protection est assurée. Tosen-Taïcho ne le laissera pas te faire du mal.

_Tu vois, à cet instant, j'ai plus confiance en Grimmjow qu'en ton Tosen-Taïcho.

_Ne dis pas ça. Je sais que c'est éprouvant pour toi mais crois-moi si j'avais pu faire autrement je l'aurais fait. Pour t'empêcher de te retrouver avec ce type encore une fois.

Ichigo étira un sourire, il ne savait pas s'il devait le croire ou non. La carrière d'Hisagi avait toujours été en première position dans sa vie, même si à un moment il avait cru avoir raflé cette tête de liste. Pourquoi en serait-il autrement aujourd'hui? Shuuhei jouait gros sur ce coup, surtout que son supérieur y était impliqué également. Mais malgré tout, il avait confiance en lui et cela toucha Kurosaki.

_Bon, il va falloir que j'y aille, non? On n'est pas venu jusqu'ici pour échanger des gentillesses.

_Non, en effet, répondit-il avec un petit rire censé détendre l'atmosphère. Ichi...

Les mains chaudes et rassurantes de Shuuhei se posèrent sur les épaules de Kurosaki, doucement, pour ne pas le brusquer. Ses yeux sombres reflétaient toute l'inquiétude qu'il ressentait mais qu'il n'osait exprimer à haute voix. C'était peine perdue de la dissimuler, l'homme face à lui était certainement l'être qui le connaissait le mieux en ce monde.

Cet instant saisissant aurait dû rajouter un peu plus de nervosité dans le corps de l'auteur mais au contraire, il le rassura :

_Bonne chance.

Le jeune homme se contenta de hocher la tête en guise de remerciement alors que Hisagi se chargeait de plonger la main dans la poche arrière de son jean et d'allumer l'enregistreur qui allait immortaliser leur conversation.

Puis, il se tourna vers la porte bien décidé à en finir avec cette supercherie et oublier que jamais Grimmjow ne sera sien.

Il fallait tirer un trait maintenant. Et cette entrevue serait parfaite pour la mise à mort.

...

Le premier pas qu'il fit dans la pièce après que Shuuhei ne lui ait ouvert la porte était hésitant.

Un horrible frisson parcourut son échine de long en large et le laissa mal à l'aise. L'atmosphère était humide et étrangement suffocante.

Devant lui, une pièce vide, impersonnelle au possible, déprimante et inhospitalière. Au fond de son être, une pression incroyable, étouffante et paralysante.

Et pourtant il avançait, ses yeux scrutant les coins sombres de la pièce dans l'espoir d'apercevoir Tosen et de se rassurer. Car droit devant lui, enchainé sur sa chaise de bois, se trouvait son ennemi du jour, celui que son cœur redoutait tant.

Grimmjow Jaggerjack.

Le roux ne stoppa pas sa marche et s'assit bientôt en face du bleuté, sans avoir dit un mot, seul son regard exprimant son désir de s'enivrer de son visage avant qu'il ne disparaisse de sa vie.

Face à lui, la bête le dévorait de ses orbes d'un bleu infini, comme à son habitude. Sa respiration était calme et lente, et son visage toujours aussi expressif. Cependant, Grimmjow affichait clairement son incompréhension en voyant s'assoir l'écrivain. Et ce fut à cet instant que Ichigo comprit que ce jour, Grimmjow Jaggerjack allait devenir une victime.

_Bonjour.

_'lut. Pourquoi t'es là?

Il ne s'était pas attendu à ce que le prisonnier pose cette question de but en blanc, pourtant il le savait très bien, Grimmjow était un homme direct.

_Pour te voir, répondit-il simplement, sentant sa gorge s'assécher brutalement.

_C'est un peu bizarre, nan? C'te pièce c'est quoi? Et les visites c'est pas ici normalement.

_Ma visite est un peu spéciale, Grimmjow. J'ai eu recours à des moyens externes pour avoir cette entrevue avec toi.

_Entrevue? répéta-t-il en hochant la tête. T'veux quoi?

Ichigo soupira, il sentait déjà que tout était cuit, que le prisonnier resterait muet et que tout serait perdu.

_Je suis venu pour te demander une nouvelle fois de rester sage et de ne pas tenter de t'échapper.

_Tch! T'as peur pour moi, princesse? T'inquiète pas j'vais gérer.

_Et si tu te fais prendre, hein? reprit le jeune homme en se penchant vers lui précipitamment. Ta vie sera perdue si tu te fais attraper et...

_Ma vie est d'jà perdu, trésor. Un peu plus ou un peu moins...

Ce n'était pas le genre de Grimmjow, pensa-t-il, même pas du tout. Et cette réplique l'inquiéta, il en oublia immédiatement son intention de tourner la conversation à son avantage et de couvrir Grimmjow le plus possible :

_Comment ça? Tu n'es pas le genre à baisser les bras ou à accepter ton sort, Grimmjow! Qu'est-ce que...

_Voilà pourquoi j'veux m'tirer d'ici! Et j'y arriverai! cracha-t-il en se penchant lui aussi dans sa direction. Et t'vas m'aider.

_Quoi? Sûrement pas! Je croyais que Aizen t'aidait, hein? Il t'a laissé tomber?

_Pas du tout, y va m'faire sortir d'là. Mais j'ai b'soin d'ton aide.

Kurosaki fronça les sourcils violemment, cette clause ne faisait pas partie du contrat...

_Je crois qu'on m'a déjà assez utilisé pour le restant de mes jours, ça suffit.

Le rouquin prit son visage entre ses mains, cette conversation ne tournait pas exactement comme tout le monde l'attendait mais ça ne le surprenait pas. Il était si nerveux et mal à l'aise qu'il ne pouvait se concentrer sur sa « mission ».

Il souffla tout l'air contenu dans ses poumons et ferma les yeux un instant. S'il lui laissait un peu de temps peut-être qu'il pourrait se reprendre... Mais c'était mal connaître la panthère. La voix grave et profonde du prisonnier s'éleva bientôt, laissant croire à son visiteur que le pire était à venir :

_Et d'ailleurs, j'ai d'jà commencé.

_Hein?

Ichigo se redressa vivement à sa phrase; face à lui, Grimmjow, mains détachées brandissant fièrement une minuscule clef en argent.

_Qu'est-ce... qu'est-ce que tu fais? Qu'est-ce que c'est? S'enquit l'écrivain en reculant instinctivement sur sa chaise, le cœur tambourinant à sa poitrine.

_Ça? C'est une clef, répondit-il en se levant de sa chaise, parfaitement libre. J'crois que Love est devenu un peu gâteux sur les bords pour s'faire avoir par un tel tour de passe-passe.

Le cœur de Kurosaki se mit à battre à toute vitesse dans sa poitrine, sa tête se mit à tourner très vite elle aussi alors que plusieurs secondes s'écoulaient sans qu'aucun d'eux ne bougent. Il... il était détaché, là devant lui, libre enfin presque.

Dans un sursaut de panique, il se leva faisant grincer bruyamment les pieds de sa chaise au sol.

_Chuuut, lui souffla Grimmjow tout sourire. T'veux pas que tes copains t'entendent de l'autre côté de la porte, hein?

Il avait comme une mauvaise impression, un très mauvais pressentiment sur tout ça. Pourquoi Tosen ne bougeait-il pas? Il était bien là dans un coin de cette pièce et Grimmjow affichait clairement son envie de s'évader. Rien ne pouvait être plus clair...

_Je... je vais reculer et sortir par cette porte, Grimmjow, annonça lentement Kurosaki sans le quitter des yeux. Je vais...

_T'vas t'en aller comme ça?

_Je t'ai dit que je ne pourrais rien pour toi si tu décidais de t'enfuir, Grimmjow! Tu... tu n'as pas idée de ce qui t'attend et de ce qui est en train de se passer!

_Peut-être pas, ouais, répondit-il en dodelinant la tête. Mais... j'm'attendais pas à c'que tu m'fuis. Après c'qu'on a vécu dans cette chamb' d'hôpital la dernière fois. C'était pas des crack tout ça.

Oh bon sang!

Tosen écoutait tout, il allait entendre tout cela et savoir que Ichigo avait eu des échanges plus qu'amicales avec un prisonnier. Il fallait qu'il parte maintenant!

_Toi et moi, on sait c'qui s'passe entre nous, Ichigo. J'sais que tu peux pas m'résister. Et c'est pareil pour moi.

C'était comme si un étau se resserrait autour de lui sans qu'il ne puisse rien faire. Alors qu'il n'avait jamais eu peur de cet individu, ce Grimmjow qui se tenait face à lui était totalement différent. Il lui semblait que rien ne pouvait l'arrêter, que plus rien n'entravait son être. Et pour la première fois en sa présence, l'écrivain eut vraiment peur pour sa vie.

_Quand t'as cru que c'était la dernière fois qu'on pourrait s'voir tous les deux dans cet hôpital, t'as complètement changé. Tu t'es laissé aller, et t'as aimé ça.

_Tais-toi maintenant!

_T'es fou d'moi, trésor et t'dois être la seule personne sur terre à l'ignorer.

Il était trop tard, bien trop tard pour s'échapper à présent. Les pieds de l'orangé étaient comme collés au sol et la main chaude et puissante de Jaggerjack se posa sur sa joue pour le faire frissonner.

_Personne tremble d'plaisir d'habitude quand j'mets ma main sur une joue. Personne s'enflamme quand j'parle tout près d'une bouche. Mais toi si...

Son visage frôlait le sien et le corps tout entier de Kurosaki lâcha prise. Il avait tant voulu sentir ses mains sur lui, sa bouche contre la sienne qu'il était impossible pour lui de le repousser à présent. Le désir avait pris le pas sur toute cette mission, sur cette peur qu'il ressentait quelques instants plus tôt, sur sa résolution à l'oublier.

Il voulait simplement sentir son corps contre le sien, toucher sa peau, mêler son souffle au sien et trembler entre ses bras. C'était absolument dingue de ressentir cela pour un homme aussi dangereux, mais Ichigo n'en avait plus vraiment conscience à cet instant. Jaggerjack avait le don de l'envoûter.

Et pendant que ses lèvres parcouraient son cou, l'orangé se sentit partir très loin de cette pièce et de ce monde. Planer, voler sous les caresses si agréables d'un homme qui selon lui n'était capable d'aucune douceur.

_Mfff... Grimm..., soupirait l'auteur entre deux baisers, s'accrochant à ses épaules pour ne pas se noyer dans le plaisir qui le submergeait petit à petit menaçant de lui faire perdre pieds.

Mais la dure réalité le ramena à plus de bon sens rapidement; Tosen... Il était là et maintenant sa petite « aventure » avec Grimmjow serait révélée au grand jour, à tout le monde. Ainsi qu'à Shuuhei...

_Non, arrête!

Il était hélas, trop tard lorsqu'il énonça ces mots. Le prisonnier avait déjà glissé ses mains sous sa chemise et avait trouvé l'objet du délit; le micro.

_C'est quoi ça? s'enquit alors un Grimmjow interloqué en tirant sur le câble, faisant s'écraser au sol le magnétophone.

En pleine panique, Ichigo ne pouvait reprendre son souffle. Ses yeux affolés passaient du micro dans les mains du bleuté au visage de ce dernier. S'il ne trouvait pas une raison, une excuse valable tout de suite toute la supercherie serait démasquée et Dieu seul savait ce que Jaggerjack en penserait. Et surtout comment il allait réagir.

_C'est un micro, Jaggerjack. Et maintenant tu vas t'éloigner bien sagement du jeune homme.

La voix sombre et autoritaire du Commissaire Tosen s'éleva non loin derrière Grimmjow. Tout d'abord surpris, le rouquin sentit ses épaules se détendre au son de cette voix qui annonçait sa délivrance. Kaname apparut dans le champ de vision de Kurosaki, arme au poing braquée sur le turquoise resté immobile.

Lentement, il tourna son visage pour découvrir le policier derrière lui :

_C'est quoi ça?

Et Ichigo sentit que la question lui était adressé. Puis soudain, Grimmjow se retourna vers lui, l'empoignant par les épaules et le secouant violemment :

_C'est quoi ça? s'écria-t-il, le visage marqué par la rage.

_Calme-toi Jaggerjack, ou je n'hésiterai pas..., commença Tosen.

_'Spèce de salaud! Salaud!

Ichigo était bien trop sous pression pour réagir plus vite que la panthère éveillée face à lui. Il le secouait comme un arbre, sa rage de voir un tel piège se refermer sur lui se déchainant tout à coup.

« C'est terminé, je suis mort! » pensa Ichigo en plissant ses yeux pour ne pas voir cette fin arriver.

Mais alors qu'il s'attendait au pire, et avant qu'il ne puisse esquisser un geste, la situation évolua d'une manière qu'il n'aurait jamais imaginé; même dans son fol esprit d'auteur...

Grimmjow avait enroulé son bras autour de son cou et l'utilisait comme bouclier humain pour se protéger de l'arme du commissaire Tosen :

_Balance ton flingue ou j'le fais suffoquer comme un cochon! cracha Jaggerjack un sourire large sur le visage.

_Arrête! Jaggerjack, ne fais pas ça tu pourrais le regretter! répliqua Kaname, ses yeux alarmés passant du visage rougit d'Ichigo à celui de Grimmjow très rapidement.

« Là, je suis mort ».

Ichigo suffoquait par moment sous la poigne de fer du prisonnier qui l'avait soudain pris comme otage. Ce n'était qu'un rendu après tout; il avait voulu le piéger, Grimmjow se servait de lui à son tour. Ils étaient quittes, n'est-ce pas?

_Grimm...

_Tais-toi trésor, ou j'éclate ta très jolie pomme d'Adam. T'es p'tet' mignon mais ça s'arrête là, t'as pas grand chose dans le ciboulot!

_Grimm...

Ses paroles vénéneuses étaient comme un millier de coups de couteau dans son cœur. Entendre de telles choses de la part d'un homme qu'on désirait, qu'on aimait même secrètement, vous donnait envie de... mourir, tout simplement. Là maintenant, tout de suite...

_Grimmjow, relâche le il n'a rien fait!

_Envoie d'abord ton arme par là connard! s'écria Jaggerjack.

L'orangé ferma les yeux, tentant de reprendre un souffle qui semblait s'enfuir comme le sable entre les doigts. Grimmjow ne se souciait guère de son état, faisant pression sur sa gorge pour faire pression sur le commissaire chargé de sa sécurité.

De plus en plus fort, ce bras autour de son cou, de plus en plus rapide ce sang qui battait contre ses tempes, de plus en plus lancinante cette douleur qui terrassait son cœur.

Il fallait qu'il reste conscient, il fallait, il fallait... qu'il reste éveillé. « Non, il ne le fera pas. Il a les mêmes sentiments que les miens, hein? Ce n'est... ce n'est pas comme ça que ça devait se terminer. Je ne veux pas... mourir ».

...