Titre : Le roman du prisonnier

Chapitre 14. L'échappée belle.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Précédemment : Ichigo a appris un secret à propos de l'évasion de Grimmjow et ce qu'il sait lui brûle les lèvres. A un tel point qu'il s'oblige à en parler à Hisagi Shuuhei son ex et Lieutenant de police. Mais la révélation se retourne contre Kurosaki lorsqu'il est lui-même pris en otage par Grimmjow le jour J…


Chapitre 14. L'échappée belle.

~ Flashback Grimmjow/Tosen, peu avant l'entrevue entre Ichigo et Grimmjow dans la prison ~

Tosen se tenait tout près de Jaggerjack, chuchotant de douces paroles d'évasion et d'un futur libre à la panthère l'écoutant religieusement. Il y avait dans les mots de cet homme bien plus qu'une promesse de vie en dehors de ces murs; il y avait un espoir. Un espoir dans lequel Grimmjow n'avait cessé de croire et qui maintenant lui semblait bien plus accessible que jamais auparavant.

Cet espoir c'était un flic, un commissaire de police qui plus est. Sa carte de sortie c'était lui. Le plan d'Aizen c'était lui, et même bien plus encore. Le bleuté avait été quelque peu sceptique à l'écoute de ce plan, monté par Sosuke lui-même, en personne, et il avait quelque peu redouté le jour ou l'homme qui dirigeait la police de Tokyo viendrait le délivrer.

Quoique… redouté n'était pas le mot, c'était plus... attendu. Attendu patiemment – plus ou moins – mais surtout longuement, son fameux test.

Et dire qu'il se trouvait devant lui ce jour, lui déblatérant des paroles auxquelles il croyait dur comme fer cet homme d'honneur. Ou de déshonneur il n'aurait su le dire.

Et comme l'avait dit Aizen, il n'y avait qu'un homme qui pourrait rendre son honneur à Tosen Kaname. Et cet homme c'était Grimmjow.

_Dans quelques minutes, Kurosaki Ichigo sera là, expliqua calmement l'homme à la peau brune. Il va venir pour te demander de te trahir, et expliquer point par point ta future évasion et bien sûr te faire dire qu'elle sera orchestrée par Aizen Sosuke. Je me tiendrai dans cette pièce également lorsqu'il sera là. Je t'invite à répondre à ses questions avec docilité.

Bien entendu, pensa Jaggerjack sans émettre la moindre réaction. Il savait déjà tout ça. Mais étrangement, il avait encore envie de s'amuser un peu, avant le « feu d'artifice final » comme l'avait décrit Tosen.

_C'est quoi c'te histoire encore? J'ai rien à lui dire moi à Kurosaki! Tout c'que j'veux c'est...

_Oh oui, je sais ce que tu veux, Grimmjow, je le sais crois-moi. Seulement, si tu veux obtenir ce que tu veux – comme Kurosaki par exemple - alors donne à Aizen-sama ce qu'il désire, hein? Tout ira bien pour tout le monde.

Jaggerjack observa le visage de l'homme qu'il connaissait pour avoir pris part à son arrestation, et qu'il connaissait aussi pour obéir aux ordres de celui qui le ferait sortir d'ici. Tenter d'avoir confiance en un flic était peine perdue pour lui, mais il s'en remettrait. Un jour.

_J'te connais pas moi, mec, répondit-il en feignant de ne pas connaître ses intentions. Qui m'dit que t'veux pas m'entuber? Balancer Aizen c'est ma mise à mort, alors non merci j'le f'rai pas. Sauf s'il men donne l'ordre et qu'ça fait partie d'l'évasion. Sans ça...

_Bien, alors appelons Aizen-sama ensemble, qu'en penses-tu?

Le commissaire sortit son portable de sa poche. Il se mit à pianoter sur les touches du clavier avec dextérité puis tendit l'objet au turquoise qui à cet instant, comprit ce qui l'attendait.

_C'est aujourd'hui, c'est ça? J'vais sortir d'ce trou?

Kaname émit un petit ricanement et rangea son portable qui n'avait plus lieu d'être utilisé :

_On ne peut rien te cacher, Grimmjow.

Non ce n'était pas une surprise, contrairement à ce que tout un chacun aurait pu penser. Pas le moins du monde. Jaggerjack connaissait le plan : visite de Tosen était synonyme de fuite imminente.

_Vraiment? demanda-t-il en levant des yeux amusés vers Tosen.

_Alors, surpris? lança l'autre avec ironie. Tu croyais vraiment qu'on allait encore attendre la Saint-Glinglin? Il y a bien trop de choses importantes pour Aizen-sama urgentes et qui nécessitent ton intervention rapide, Grimmjow. Si cela ne tenait qu'à moi je m'en serai chargé, mais va savoir pourquoi, pour ce genre de cas, Aizen-sama ne jure que par toi.

_Tch! Parce que j'suis un bon putain d'tueur.

_Ça tu l'as dit mon cher, acquiesça-t-il. Et d'ailleurs, voici ta première victime. Celle qui t'aidera à t'échapper et qui est la pièce maitresse de notre plan depuis le début.

Kaname fouilla dans une de ses poches et en sortit une photographie pliée en deux. Il défroissa le papier épais et fit glisser la photo sur la table devant les yeux visiblement étonnés de Jaggerjack.

_Tu as compris, n'est-ce pas? Compris ce qu'il faut faire?

Grimmjow fronça les sourcils méchamment. Oh oui il avait compris, plus que bien même ; mais étrangement, il ne se sentait plus aussi excité du tout. Quelque chose lui échappait là, maintenant. Et il se mit à douter ; était-il au courant de l'ensemble du plan ? Il ne pouvait en être autrement, si ?

_J'croyais que Aizen avait b'soin d'moi pour butter des gens dehors, pas en m'évadant. Ça c'est vot' problème.

_Tu devrais réfléchir avant de parler parfois, Grimmjow, répliqua le commissaire en le fusillant du regard. Cet homme sait trop de choses, sur toi, sur Aizen, sur tout ça. Il est ton ticket de sortie alors le mieux à faire c'est de le butter dans ta fuite, hein? Rien qui ne fasse préparé, rien qui ne fasse coup monté.

Le bleuté tourna son visage dans une autre direction, passant sa langue lentement sur ses lèvres comme pour réfléchir à tout ça. Il était certain de deux choses :

_il voulait à tout prix sortir d'ici ;

_il voulait retrouver Kurosaki et s'amuser un peu avec lui.

Aussi, ce que Tosen lui proposait ne lui plaisait guère, puisqu'il lui demandait de renoncer à son second désir. Et Jaggerjack n'était pas homme à renoncer à un quelconque désir.

_Alors, Aizen veut que dans mon évasion, j'butte Kurosaki?

_Exactement. Tu te serviras de lui comme otage, pour sortir d'ici. Ça sera très simple, Kurosaki est l'ancien petit-ami d'Hisagi mon Lieutenant. Il n'osera rien faire du tout tant que tu auras l'écrivain au bout d'un flingue, crois-moi. Tu pourras te faire la belle aussi facilement qu'un habitué de cette enceinte.

_Et ensuite, quoi? demanda le prisonnier en sortant ses canines aiguisées.

_Et ensuite, une fois dehors tu nous en débarrasses comme prévu. Nous n'avons pas besoin d'un écrivain fouineur qui sait déjà tant de choses sur toi et sur Aizen-sama. Encore quelque jours et il pourrait remonter jusqu'à moi. Il faut qu'il soit éliminé.

_Ouais, il aurait dû être flic pas écrivain.

La réplique de Grimmjow ne fit cependant pas sourire Kaname. Mais une chose était certaine, Jaggerjack ne cautionnait pas cette demande, c'était bien trop facile.

_Moi j'comprends pas un seul truc, reprit-il en levant son index devant son visage. Aizen me pousse à sortir d'ici parce qu'il a b'soin d'moi, hein? Et comme par hasard Kurosaki s'pointe et m'plait? Aizen l'a trouvé vite fait l'atout qui m'pousserait à r'trouver mon envie d'liberté. Mais j'vais t'dire un truc, Aizen m'demanderait jamais d'le butter!

Les deux hommes s'observèrent en silence, s'assassinant du regard. Tosen restait silencieux, se demandant depuis quand Jaggerjack avait-il de la jugeote. Grimmjow lui, attendait impatiemment la réponse de l'envoyé d'Aizen, et quelque chose lui disait que la mort d'Ichigo servirait plus les desseins de Tosen que ceux d'Aizen.

_En fait t'as peur pour ta place, hein? reprit un turquoise triomphant au sourire de dément. Kurosaki creuse plus loin, il est intelligent. Et avec ton Lieutenant dans sa poche, pas d'doute qu'il te mettra la main d'ssus. Mais voilà, tu n'sers à Aizen que si t'es dans la police. Et si Kurosaki t'démasque, Sos'ke ne verra plus d'intérêt à vot' collaboration.

Kaname frappa d'un coup de poing sur la table pour le faire taire et cracha d'une seule traite :

_Tu peux croire ce que tu veux sale chien! Mais en attendant, Aizen est d'accord avec moi. On doit éliminer Kurosaki, c'est un ordre. Et sache que si tu ne le fais pas, je m'en chargerai. Et je ne le raterai pas oh non. Une balle juste entre ses deux jolis yeux, ou en plein dans son cœur, qu'en dis-tu? Histoire de tuer dans l'œuf cette si belle histoire d'amour que tu lui as laissé espérer. Ou alors... peut-être que toi aussi tu es amoureux, hein Grimmjow? Ça serait tragique. Qu'il meurt, baignant dans une mare de sang, sous tes yeux, implorant ton aide, son cœur cessant de battre, ça te rappellerait trop de souvenirs douloureux, n'est-ce pas, Grimm'?

Jaggerjack sentit ses nerfs lâcher bien avant la fin de sa phrase et il se débattait sur sa chaise, ses chaines entravant ses envies de meurtre.

_Mph, nous réglerons nos différents plus tard, Grimmjow. Pour l'instant, nous devons parler évasion.

_Y'a pas moyen que j'le tue, enfoiré! cracha-t-il entre ses dents, ses yeux de dément tournés dans sa direction.

_Bien, bien. Laissons cela de côté pour l'instant. Mettons en place le plus intéressant, hein?

Et Grimmjow se calma, tout du moins en surface et en apparence. Il écoutait les mots de Tosen, mettant en place une évasion qu'il désirait maintenant plus que tout, enfin presque. Dans un coin de sa tête, le souvenir de la douce chaleur de Kurosaki ne s'était pas effacé ; et lui vivant, aucun homme, prisonnier ou commissaire qu'il soit ne viendrait mettre à mort cet homme. Ça serait lui qui le ferait le moment venu, ou bien personne.

Jamais.

~ Fin du flashback ~


~ Retour au jour de l'évasion ~

Ichigo reprenait pieds. Le souffle qui s'insinuait dans ses poumons à nouveau semblait ne jamais l'avoir quitté. Une seconde avant il lui avait semblé perdre connaissance, et la seconde suivante il était toujours là, contre cet homme dont l'arme était pointée sur sa tempe.

Il avait progressivement desserré son étau autour de sa gorge, pour le laisser en vie, pour qu'il continue à lui servir de bouclier humain. Peu de temps s'était écoulé entre sa perte minime de connaissance et son réveil. Tosen Kaname se trouvait toujours face à eux, désarmé et se tenant tranquille. Ichigo mit un certain temps avant de comprendre que la situation n'avait pas évolué, sauf pour cette arme qui maintenant ne se trouvait plus qu'à un mètre de ses pieds.

L'arme de Tosen, celle-là même que le turquoise lui avait ordonné de jeter à terre pour s'en saisir.

_Grimmjow, tu devrais réfléchir aux conséquences de tes actes, énonça calmement Tosen en essayant de calmer la bête. Ce que tu fais est bien plus grave que tu ne le penses. T'évader n'amènera à rien si tu commets encore...

_Ta gueule! vociféra Jaggerjack en endommageant plus que nécessaire les tympans de Kurosaki. Et maint'nant, t'vas reculer tout au fond d'cette pièce, m'sieur l'flic. Lent'ment. Voilà, comme ça...

Le commissaire obéit docilement, jusqu'à atteindre le fond de la pièce comme demandé par le prisonnier. Le rouquin ne savait plus vraiment s'il était plus en sécurité entre les mains de Tosen que celle de Grimmjow. Il y avait quelque chose dans le visage de cet homme qui ne lui revenait pas. Alors même qu'ils vivaient la même chose, enfermés ici avec la bête sauvage, jamais une seule fois il n'avait tenté de le réconforter, même du regard.

N'était-ce pas le boulot de tout policier que de savoir conforter et supporter la peur d'un civil dans une telle situation ? N'était-il pas là pour le protéger ? Il n'en donnait pas l'impression aux yeux du jeune homme. Et à ce moment, il se jugea lui-même plus apte à les sortir de cette impasse que ce commissaire sur-gradé.

_Et maint'nant c'est à not' tour, trésor, chuchota-t-il à l'oreille du rouquin. Doucement, on va s'accroupir, doucement...

Se sentant attiré vers le sol avec lui, Ichigo ne put que suivre l'impulsion du malfaiteur, et tous deux se baissèrent dans un même mouvement, jusqu'à ce que le revolver du policier se trouve à la portée d'Ichigo.

_T'vas tendre ta jolie p'tite main et m'faire passer l'arme, mon joli.

_Grimm tu... Hhhhh...

Le bras autour de son cou s'était soudain serré à nouveau pour l'empêcher de terminer sa phrase, coupant la respiration de l'écrivain et l'obligeant à faire ce qu'il lui ordonnait. Ichigo comprit qu'il n'avait plus du tout le choix. Ni lui, ni Tosen n'avaient le pouvoir de faire quoique ce soit à présent, sinon lui obéir, même si Kurosaki savait que le bleuté n'irait pas jusqu'à le tuer.

Mais même, comment en être certain? Il l'avait presque mené au coma quelques secondes plus tôt.

_Allez!

L'orangé tendit un bras hésitant et une main mal assurée vers l'objet gisant au sol. Lentement, dans un mouvement qui lui sembla durer une éternité, il se saisit de cette arme et l'enserra consciencieusement dans sa main.

Ce n'était pas un choc ni une surprise pour lui que de tenir une telle arme. Il avait maintes fois tenue celle d'Hisagi entre ses doigts et s'était même exercé au tir une à deux fois, sans y revenir cependant; la violence de la chose ne lui procurant pas tant de plaisir qu'à son ex.

_Bien, très bien, murmurait Grimmjow contre sa joue. Fais passer l'arme en arrière, j'vais la prendre.

Toujours aussi docilement, Ichigo fit ce qu'il devait faire, ses yeux braqués dans ceux du policier à la peau brune face à lui, désarmé et inoffensif pour Jaggerjack.

Lorsqu'enfin le turquoise se trouva en possession du revolver son bras autour du cou de Kurosaki se retira, substitué par le canon froid et menaçant de l'arme sur sa tempe.

« Bon sang! » pensa un Kurosaki déglutissant difficilement n'ayant que peu d'idées quant à l'avenir de cette situation.

Grimmjow était en bonne voie pour s'enfuir, nulle doute qu'il y parviendrait, pensa-t-il avec un certain détachement. Hisagi ne tenterait jamais rien qui puisse le blesser lui son ex-amant pour lequel il avait toujours des sentiments si tendres. Et ça, Grimmjow semblait également le savoir parfaitement. Aussi, son chemin jusqu'à l'extérieur était déjà tout tracé. Mais une fois dehors, que ferait Grimmjow?

L'emmènerait-il avec lui? L'otage enlevé pour assurer sa fuite de la ville, ou du pays il n'en savait rien encore. Ou bien le tuerait-il aussi froidement qu'il le menaçait de mort à cet instant même? Le laissant agonisant sur le trottoir sinistre et froid devant cette prison?

_On va faire un p'tit jeu tous les trois, continua l'homme aux cheveux bleus. Toi l'flic, tu vas lentement te déplacer sur la droite, rasant les murs, ok? Et nous, avec Ichigo, on va partir aussi sur not' droite lentement. On va tourner autour de c'te table, hein? En silence et sans s'brusquer...

Tosen hésita un instant, mais ne put que s'activer lorsqu'Ichigo et Grimmjow entamèrent leur premier pas. Néanmoins, leur mouvement était en contradiction même avec l'idée de faire fuir Jaggerjack puisqu'ils s'éloignaient de la porte tous les deux, dans une telle procession. Mais le rouquin resta sur ses gardes tout en observant Tosen se rapprocher de la porte de la pièce et eux, s'en éloigner.

En silence, il comptait les mètres qui séparaient encore le commissaire de la porte, dans l'expectative du plan tout à fait incohérent de Jaggerjack à cet instant. A son arrivée à côté de la porte en question, Kaname stoppa ses pas et Grimmjow également. L'orangé observa alors l'étrange scène qui se déroulait sous ses yeux, lui qui n'était pas du tout familier avec les prises d'otage fort heureusement pour lui. Jusqu'à aujourd'hui.

Selon lui, il n'y avait qu'une explication plausible : le bleuté cherchait à conserver la distance entre eux et le commissaire de manière à pouvoir réagir si celui-ci tentait quelque chose. Un peu comme une distance de sécurité lorsqu'on est au volant d'un véhicule sur l'autoroute. Grimmjow le voulait à bonne distance puis immobile lorsqu'ils entameraient leur avancée à leur tour, tous les deux l'un contre l'autre, vers cette sortie.

Et derrière cette fameuse porte, que trouveraient-ils ? Terminer nez-à-nez avec Hisagi Shuuhei et ses hommes n'était sans doute pas l'aboutissement de tout ce manège. Surtout que la surprise future de voir son ex-amant menacé de la sorte par ce fou qu'était Grimmjow n'enchanterait pas Shuuhei. Et Jaggerjack alors ? Il ne s'attendrait pas non plus à trouver une foule de policiers armés jusqu'aux dents…

Mais évidemment, le prisonnier avait prévu le coup si ça tournait mal, Kurosaki serait en pleine ligne de mire, son corps servant de pare-balles au prisonnier.

_On va doucement aller vers la porte nous aussi, énonça Grimmjow d'une voix plus basse. Toi tu bouges pas d'un cil, m'sieur l'flic, d'accord?

C'était comme s'il avait fait ça toute sa vie, comme si Jaggerjack était dans son élément qu'il contrôlait chacune des personnes dans cette pièce. Et malheureusement, c'était bel et bien le cas.

Ichigo tentait de réguler son rythme cardiaque du mieux qu'il pouvait. Dans ce silence étourdissant et incroyablement lourd, un seul souffle de vent à l'extérieur le rendait encore plus nerveux. Et Grimmjow qui le tenait en joue… Tout avait l'air surnaturel et bien plus encore lorsque le turquoise demanda à Tosen de s'adresser à son Lieutenant à travers la porte :

_Hisagi? Hisagi, tu m'entends?

Quelques secondes de silence lui répondirent puis une autre voix s'éleva de l'autre côté.

« Pitié Shuuhei, n'ouvre pas la porte… », pria intérieurement le jeune écrivain en fermant les yeux.

_Commissaire?

La voix de l'inspecteur retentit de l'autre côté, quelque peu troublée, voire carrément étonnée.

_Hisagi, écoute-moi bien, commença alors Tosen en se collant contre la porte. Il faut que tous les hommes sortent du bâtiment, tu m'entends? Qu'ils en sortent, et toi avec!

_Mais… commissaire, je…

_C'est un ordre, Hisagi! tonna-t-il.

De nouveau, un silence s'installa. Ichigo connaissait assez Shuuhei pour savoir que celui-ci n'était pas dupe, il savait en cet instant que quelque chose tournait mal. Mais que faire lorsque votre supérieur vous donnait l'ordre de déguerpir?

« Rappelle-toi que rien ne peut arriver, tu le sais pertinemment. Ta protection est assurée. Tosen-Taïcho ne le laissera pas te faire du mal », lui avait-il dit juste avant qu'il n'entre dans cette pièce infernale. Et voilà où il en était…

Mais c'était un mal pour un bien, se dit-il. Si l'ordre n'avait pas été donné par Tosen mais par une tierce personne, Hisagi n'aurait jamais écouté ce qu'on lui disait. Il aurait défoncé cette porte et aurait sans doute causé plus d'une mort ce jour…

_Bien, commissaire! l'entendirent-ils répondre, confus. Nous quittons les lieux!

Il s'adressa à ses hommes dans la couloir de la prison, de l'autre côté de ce mur. Les trois autres entendirent son ordre : tous devaient sortir du bâtiment. Et le cortège se mit en route bruyamment, les bruits de pas des policiers claquant au sol telle une armée en déroute fuyant le son étranger sur lequel la défaite avait eu lieu. Et Ichigo savait parfaitement que Shuuhei ressentait cela en cet instant.
Le silence reprit son droit de l'autre côté de la porte, plus rien ne pouvait - ni ne devait - perturber la petite entreprise de Grimmjow.

_Ouvre la porte! ordonna-t-il alors au commissaire. Doucement, tu passes devant.

Kaname acquiesça silencieusement, ouvrant la porte lentement pour découvrir que ses hommes étaient tous partis. Tous. Pas un seul n'était resté, comme il l'avait ordonné, le couloir était vide.

Le commissaire tourna son regard en direction du prisonnier qui lui indiqua d'un signe de tête qu'il pouvait y aller, et c'est ce qu'il fit.

Ichigo lui, cherchait désespérément du regard un visage connu, même s'il savait que c'était peine perdu. Personne ne le sortirait de cette situation tout du moins pas encore, pensait-il, gardant un semblant d'espoir.

_Avance trésor, entendit-il Grimmjow lui souffler tout bas.

Et les deux hommes sortirent à leur tour, suivant Tosen Kaname dans la pénombre du couloir. Seuls les bruits de leurs pas se faisaient entendre, et ils parcouraient lentement mais sûrement les quelques mètres qui les conduisirent à l'autre bout du long tunnel.

_Tu n'es pas sans savoir qu'il y a des caméras partout ici, Grimmjow, glissa Tosen sans se retourner stoppant ses pas peu avant le virage du couloir qui les conduirait droit ensuite sur la sortie et sur les policiers. Tout est enregistré.

_Je sais ça! grogna le bleuté. Mais c'est pas c'qui m'intéresse. Tourne à gauche!

L'orangé put percevoir le soupir du commissaire devant lui et avant qu'il n'ait pu dire un mot, les trois hommes avaient pris à gauche et s'aventuraient dans un autre couloir, plus long celui-ci, mais tout aussi désert.

_Où est-ce qu'on va? prit-il le risque de demander, le canon froid de l'arme pesant contre sa tempe telle une enclume.

_Shhh… T'verras, princesse.

Au bout de quelques minutes d'un silence tout aussi pesant qu'irrespirable, les trois hommes débouchèrent sur une porte de sécurité surmontée d'une pancarte verte « EXIT ». Ce fut à cet instant que Kurosaki comprit qu'ils prenaient une porte de sortie non couverte par les hommes de Shuuhei.

Il allait être tout simplement enlevé.

_Toi, l'flic, reste en arrière !

Kaname s'exécuta, s'immobilisant contre le mur à côté de la porte. Grimmjow cependant, invita Ichigo à poursuivre ses pas jusqu'à l'amener à ouvrir la porte de secours. La lumière du soleil l'éblouit un court instant, puis il découvrit qu'elle débouchait sur une petite cour déserte au bout de laquelle une longue berline noire stationnait.

Une voiture qui n'était pas là par hasard. Le taxi de Grimmjow…

Doucement, les deux hommes pivotèrent d'un même mouvement, Jaggerjack toujours derrière l'orangé l'obligeant continuellement à se tenir dos à lui. Ils se retrouvèrent ainsi face à Tosen, tournant le dos à l'extérieur et au véhicule mystérieux.

_Nous y voilà, lâcha enfin Grimmjow avec un petit ricanement qui faisait froid dans le dos. Ma sortie… Enfin.

_Tu n'iras pas bien loin Grimmjow, objecta Tosen en le soutenant du regard. Mes hommes te pisteront et tu le sais, ce n'est pas comme ça…

_Oh ta gueule!

_Il faut que…

_J'ai dit ta gueule! rugit-il en pointant soudain, sans que personne ne s'y attende son arme sur le commissaire de police.

_Aaah !

Ichigo poussa un cri strident. A peine plus fort que le bruit de l'arme qui se déclenchait, assez pour le couvrir entièrement.

Le corps de Tosen s'écrasa au sol dans un bruit sourd, glauque, ses longs cheveux tressés tombant en cascade sur le visage figé de la victime. Une fin bien peu digne pour un homme honoré de tous dans cette ville, pensa un Kurosaki choqué, le corps tendu et les yeux exorbités.

Un assassinat sous ses yeux, voilà ce qui s'était produit. Et il était le prochain sur la liste, n'est-ce pas? Il ne pouvait croire que la seule facette de Grimmjow qu'il n'avait encore jamais expérimenté de ses propres yeux soit en train de se dérouler maintenant.

_Maint'nant qu't'as gueulé, j'suppose qu'ils vont tous rappliquer, dit le tueur en faisant pivoter son otage sur ses talons.

Leurs yeux se croisèrent alors qu'ils se retrouvaient enfin face à face. Le bleu lagon rencontra l'ambré lumineux et perdu, et aucun des deux ne sut alors ce qui l'attendait. L'arme qui quelques secondes plus tôt se trouvait sur sa tempe avait disparu ; elle pendait au bout de la main de Jaggerjack comme si elle avait terminé son rôle dans cette histoire. Mais Ichigo voulait en être certain :

_Tu… vas…

_Dis pas d'conneries! le coupa Jaggerjack en envoyant voler son arme juste à côté du corps inerte de Tosen. En rêve ouais que j'te tuerai!

Sans comprendre pourquoi ni comment il lui laissait la vie sauve, Ichigo se laissa attendrir par l'élan de passion qu'il avait si bien su démontrer à son égard. Cet homme, ce fou, ce meurtrier. Celui qui venait de le prendre en otage, de menacer sa vie et de tuer un policier sous ses yeux se contenta de l'embrasser. Ce n'était pas un baiser pour demander son pardon, ce n'était pas non plus un baiser d'adieu. C'était le baiser d'un homme libre.

Si renversant, si fougueux et si passionné, peut-être plus qu'avant encore mais pourtant, Kurosaki n'était pas dupe. Il n'avait jamais eu l'intention de lui prendre la vie, et encore moins de le menacer ainsi, mais il avait eu besoin de lui. Besoin de lui pour s'enfuir. Voilà ce que Jaggerjack était en train de lui dire : je suis un homme libre est c'est grâce à toi.

Ainsi avait-il aidé un homme à s'enfuir loin de lui.

_J'ai pas beaucoup d'temps, déclara Jaggerjack en prenant le visage du jeune homme entre ses mains, ses yeux plantés gravement dans les siens. Il faut que t'fasses quelque chose pour moi!

_To… Tosen est… pourquoi? articula comme il pouvait Ichigo malgré son trop plein d'émotions, sentant sa vue se brouiller et son esprit s'embourber dans des mystères et des incompréhensions toujours plus épais.

_C'était mon test, expliqua Grimmjow, mon test, mon ticket d'sortie. Aizen voulait que j'le fasse et maint'nant ma vie dehors est assurée. Il va faire c'qui faut pour qu'j'reste loin d'cette prison.

_Que… co… comment?

_Arrête d'poser des questions et écoute-moi! Aizen a jamais eu b'soin d'un flic, nan. Il gardait Tosen en poche pour qu'il m'sorte d'là. Tout c'qui veut c'est qu'j'bosse pour lui. Et j'ai du boulot plein l'dos, trésor. J'aurais pas l'temps d'te faire rêver comme j'ai pu l'faire dans cette prison mais un jour…

Des promesses ? Et maintenant des promesses ? Qui était-il pour jouer avec sa vie et son cœur et lui raconter tout ça de sang-froid sans prendre égard à ses sentiments ?

_Quand l'moment s'ra v'nu, on s'reverra, mais pour l'instant j'dois partir.

_Mais… Et Aizen ? Et… Et Tosen ? Ce… tu as aggravé ton cas !

_Peut pas êt' pire qu'avant.

_Je ne comprends pas…

_Écoute tout c'que j'veux qu'tu fasses maint'nant c'est qu'tu retournes à la prison dans les prochains jours et prends mes effets personnels, ok? Ne fais qu'ça! Prends-les et garde-les, y'a des trucs de valeurs que j'veux surtout pas perdre. J'te d'mande qu'ça.

Quoi? C'était tout? Tout ce qu'il lui demandait, vraiment? Il avait encore des exigences après ce qu'il venait de lui faire vivre?

_Et qu'est-ce que tu vas faire? questionna l'auteur en reprenant un peu plus d'assurance. Quitter la ville, quitter le pays et…

_J'en sais rien. Aizen décide pour moi. Mais…

_Non, c'est… C'est impossible! s'écria-t-il en tapant des poings sur le torse du bleuté. Aucune histoire ne se finit comme ça, tu m'entends? Aucune! Je sais très bien que ça ne me regarde pas mais jamais tu ne reviendras!

_Mph… Qui t'dit qu'elle est finit, hein ? C'est p'tet' juste l'début.

C'était la réponse la plus énigmatique qu'on ne lui ait jamais donné. Kurosaki Ichigo, lui qui approchait de la trentaine, lui qui était un écrivain reconnu, lui qui avait écrit tant de romans policiers mais également de romans qui se finissaient mal ne pouvait croire qu'on puisse le laisser ainsi, sans réponse.

C'était la première fois qu'il faisait partie d'une histoire sans en connaître la fin. Et c'était incroyablement frustrant.

_Adieu princesse.

Lui, à l'imaginatif si débordant, lui qui avait tout imaginé, tout envisagé pour ce roman qu'il avait dédié à Grimmjow entièrement. Jamais il n'aurait cru possible que cet homme le laisserait là, à la sortie d'une prison, l'observant lui faire un signe de la main avant de disparaitre dans une berline noire, à côté d'un cadavre de commissaire de police encore chaud.

Cet assassin, ce fou, ce prisonnier dangereux, cet homme qu'on avait mis sur son chemin pour il ne savait quelle raison, serait sa perte. Car l'histoire n'était pas terminée, oh non elle ne l'était pas. C'était simplement un au revoir. Partir pour mieux revenir, comme on disait. Une étape, un chapitre, un petit bout du chemin. Voilà ce que représentait Grimmjow Jaggerjack dans le long fil de sa vie qui n'avait plus aucun goût à présent, à part celui de la solitude.

Lui avait-il demandé de l'attendre? Pas explicitement mais c'était tout comme. Mais Ichigo ne savait pas attendre, surtout lorsque c'était un homme dont il était tombé éperdument amoureux et qui n'était définitivement pas pour lui.

_ICHIGO!

Un cri et une voix reconnaissable entre mille firent dévier ses yeux de l'endroit où se trouvait la berline quelques minutes plus tôt. Hisagi Shuuhei, l'air paniqué et arme à la main se précipita vers lui en courant, sautant par-dessus le corps de son commissaire sans même y prendre gare.

Son corps de policier surentrainé et massif, heurta puissamment celui plus chétif et tremblant de l'orangé qui sentit de grands bras forts entourer sa détresse. Une chaleur familière et pourtant désagréable l'enferma dans un cocon irrespirable.

_Oh Ichi…, souffla le brun contre ses cheveux en le serrant dans ses bras. Bordel, ce que j'ai eu peur… Tu vas bien?

L'inspecteur aux yeux de braise l'observa sous toutes les coutures, lui épargnant pendant quelques secondes l'étouffant sauna de ses biceps musclés autour de ses épaules fragiles. Ses mains puissantes caressaient ses joues et ses cheveux, comme pour réconforter un enfant qui pleurait, qui avait fait un cauchemar. Et pourtant, on pouvait lire dans les yeux d'Hisagi Shuuhei que c'était bien pire que ça, ses yeux maquillés par un voile d'inquiétude alertés par le mutisme du jeune homme.

Kurosaki Ichigo ne sut jamais ensuite pourquoi cela sa produisit – tout du moins, il ne souhaita jamais y réfléchir plus profondément, de peur d'y trouver une explication qu'il ne connaissait déjà que trop bien au fond de lui – mais Hisagi Shuuhei savait, lui. Il n'hésita pas, sous le coup de l'émotion de revoir l'homme qu'il aimait vivant, sain et sauf, à l'embrasser de bon cœur, glissant dans son baiser de soulagement tout l'amour et l'envie de le retrouver à ses côtés qu'il ressentait.

Grimmjow lui avait donné le baiser de l'homme libre. Shuuhei lui donnait le baiser de l'homme enchainé. A lui.

_Je vais bien, murmura le rouquin, hagard, repoussant son ex gentiment.

_J'ai cru que… Le coup de feu et… le cri et…

C'était la toute première fois qu'il voyait Shuuhei dans cet état. Et il ignorait pourquoi mais d'une certaine manière, cela ne lui faisait ni chaud ni froid. Cependant, ce n'était pas le cas du brun qui ne cessait de lui poser des questions et de l'inspecter des pieds à la tête pour constater des blessures qu'il s'était imaginées toutes plus horribles les unes que les autres. Et ses craintes ne semblèrent pas s'envoler lorsqu'Ichigo lui parla de l'arme sur sa tempe qui avait aussi tué Tosen et du fait que Grimmjow s'était enfuit pour de bon.

_Inspecteur! Des patrouilles ont pris en chasse la voiture dans laquelle Grimmjow s'est enfuit!

Shuuhei s'écarta vivement du roux, se tournant vers l'agent de police qui venait de lui annoncer la nouvelle. Et à cet instant, le brun prit alors conscience – en observant le corps baignant dans le sang de son défunt supérieur – qu'il était de son devoir de prendre les rênes du commissariat.

Et comme Ichigo s'y était attendu lorsqu'il avait pensé à cette promotion des années plus tôt, l'homme oublia ses priorités.

_Contactez tous les postes de la ville, je veux le maximum de personnel là-dessus. Je me fiche de savoir comment ni dans combien de temps mais je veux qu'on ait ce salaud, d'accord?

_Bien, inspecteur.

_Et que fait-on pour… Tosen-Taïcho? intervint un autre agent, agenouillé près du corps de Kaname.

_Nous…

Shuuhei laissa son regard s'attarder sur le corps inerte non loin de lui. Son inquiétude pour Ichigo avait pris le pas sur le reste, et notamment sur le sort de son supérieur et mentor. Quelque part, Hisagi Shuuhei était en train d'observer son ascension future, sa nouvelle carrière, mais bien évidemment ce ne fut pas sa pensée première. A cet instant, il ignorait encore que le poste du mort lui reviendrait.

Néanmoins, ce futur avait bel et bien commencé à en juger par le comportement des agents présents qui attendaient ses ordres pour agir.

_Il faut appeler une ambulance, appelez une ambulance. Protégez et sécurisez le quartier, si une seule photo parait dans le journal, un seul mot sur ça je vous en tiendrai pour responsable!

Les policiers se mirent au travail sans plus attendre, et le brun enroula un bras réconfortant autour des épaules de Kurosaki.

_Il va falloir que tu viennes avec moi…

Compréhensif, Ichigo acquiesça d'un signe de tête, conscient à ce moment-là que toute une profession attendait derrière lui pour connaître les détails sordides de la mort du commissaire Tosen, une figure dans le métier.

Et il était le seul témoin des faits.


Une semaine plus tard ~

Et une semaine de plus dans la vie de Kurosaki Ichigo, célibataire et amoureux transit.

Une semaine de plus à ne faire rien d'autre que répondre aux questions de flics désireux de punir l'homme qu'il aimait pour le crime du vénéré Tosen Kaname.

Il n'avait fallu guère de temps au pays tout entier pour condamner ce crime odieux et mettre tout sur le dos de Grimmjow Jaggerjack, comme Ichigo s'y était parfaitement attendu. Et cela, même si le rouquin avait bien spécifié dans sa déposition que le prisonnier lui avait avoué les agissements de Tosen aux côtés d'Aizen. Mais salir la mémoire d'un policier n'était pas très bien vu...

_Comment ça? Tu es en train de me dire que le commissaire Tosen était… qu'il était impliqué dans les magouilles d'Aizen Sosuke?

Shuuhei avait eu du mal à le croire mais l'orangé ne lui en voulait pas, il avait su également que personne ne le croirait, ou plutôt que personne ne croirait ce que Jaggerjack lui avait dit.

Il était hors de question que cet homme, commissaire de police, citoyen honoré par la ville toute entière tel un héros, et mentor d'Hisagi puisse être au final un comploteur à la solde d'un yakuza sinistre.

_Je te l'ai déjà dit Shuuhei, Grimmjow me l'a dit! Aizen ne l'utilisait que pour avoir un point de chute dans la police, pour peut-être… avoir des infos, être couvert que sais-je encore?

Le brun était néanmoins resté sur ses positions :

_Vraiment? Et toi tu le crois, n'est-ce pas?

_Oui, je le crois. Je le crois aussi quand il m'a dit que tuer Tosen était un ordre d'Aizen, et qu'il devait le faire pour rester en vie après sa fuite de la prison.

_Je vais te dire moi ce que je crois, Ichi, avait répliqué l'inspecteur en serrant les dents. Je crois qu'Aizen voulait simplement salir la mémoire de Tosen-Taïcho. Il voulait le salir tout simplement, pour je ne sais quelle raison! Peut-être que Tosen-Taïcho avait refusé de lui apporter son soutien dans une quelconque affaire, peut-être lui avait-il offert des pots de vin, peut-être est-ce une vengeance? Tu vois, moi aussi je peux faire des suppositions!

Il n'y avait rien eu à faire, les paroles de Grimmjow restaient un mensonge et Ichigo n'avait aucun moyen de les transformer en vérité. Aucun. Et ce fut ainsi que l'affaire fut résolue en deux trois mouvements : Grimmjow jaggerjack était le seul et unique coupable de toute cette histoire. Le roux savait aussi que cela se terminerait ainsi ; la police des polices n'avait mis son nez là-dedans que pour corroborer la conclusion d'Hisagi.
Mais ce n'était pas une surprise. Un flic avait été tué, il fallait trouver un coupable au plus vite et le pister pour mettre la ville en sécurité. En aucun cas ils ne remettraient en cause la loyauté de Tosen Kaname.

Ichigo n'avait eu aucune nouvelle de Grimmjow, et la police l'ayant pris en chasse l'avait perdu définitivement. Sa trace s'était éteinte à la sortie ouest de la ville et laissait entendre qu'il avait soit quitté le pays soit qu'il avait trouvé refuge en campagne.

Une gigantesque chasse à l'homme avait été lancée alors, mais sans résultat aucun. Ichigo guettait tous les jours le journal télévisé, les grands journaux nationaux ainsi qu'étrangers pour savoir si une quelconque information avait filtré. Mais rien. Aizen gardait son mercenaire bien caché maintenant qu'il était l'homme le plus recherché du Japon et Ichigo ignorait si c'était un bien ou un mal.

La rumeur de son implication dans la prise d'otage en tant que victime n'avait mis guère de temps à se répandre également. La presse tout d'abord l'avait assaillit en faisant de lui une victime glorifiée d'être resté en vie, la première proie de Grimmjow la panthère à avoir survécu. Ensuite ça avait été sa famille et ses amis qui ne cessaient de lui témoigner une affection bien trop grande. Et puis, tout récemment, c'était un tout autre homme qui le collait comme un chewing-gum colle à vos basques…

_Qu'est-ce que tu veux, encore? jeta un Kurosaki en robe de chambre, à moitié réveillé en ouvrant sa porte d'entrée.

_J'ai remarqué que vous n'aviez plus de café hier quand je suis venu, alors j'ai fait vos courses, Kurosaki-sama!

Et c'était repartit, une fois de plus, Hirako Shinji son éditeur et accessoirement pot de colle de première s'invitait chez lui à la manière d'un Hisagi Shuuhei amoureux, avant que l'histoire Grimmjow ne vienne tout remettre en question.

_Vous voulez que j'étende votre machine ? Ou peut-être un brin de ménage ? Ou…

_Shinji!

Le blond s'activait dans la cuisine de l'écrivain telle une pile électrique rechargée à bloc mais s'immobilisa aussitôt en entendant son prénom. C'était la toute première fois qu'il le prononçait, la toute première fois.

Pourtant, l'éditeur en avait rêvé de ce moment il avait toujours imaginé que la première fois que Kurosaki Ichigo l'appellerait ainsi serait pendant une passionnée nuit d'amour, au moment d'atteindre le sumum du plaisir entre ses bras, ses joues d'un rose foncé et ses yeux brillant prêts à pleurer tant il n'avait jamais connu pareil désir. Oui, c'était seulement là et dans ce moment-ci qu'il aurait dû l'appeler par son prénom. Pas au beau milieu de sa cuisine!

_Ecoutez, je suis fatigué, d'accord? s'écria Ichigo en prenant son visage entre ses mains. Fatigué! Et je n'ai pas besoin que vous en rajoutiez! Lâchez-moi !

Hirako déposa doucement le sac de courses qu'il avait faites pour l'auteur, adoptant une attitude de chien battu. Baissant son visage et affaissant ses épaules, il tourna les talons :

_Bien, je… je suis désolé, Kurosaki-sama.

_Et pitié arrêtez ce « sama », je ne le mérite pas!

Le blond marcha rapidement vers la porte d'entrée, l'ouvrant à la volée avant de se retourner vers celui qui selon lui, était en train de sombrer :

_Vous savez, je voulais juste vous aider. Je suis peut-être votre éditeur, mais je suis un homme avant tout. Et je voulais vous tendre la main.

L'orangé marqua une pause, ses yeux s'aventurant dans le vide alors que l'étonnement le plus complet le touchait. Depuis qu'il connaissait Hirako Shinji il ne l'avait jamais vu aussi sérieux, aussi sincère également, et il comprit qu'il était allé trop loin. Son cœur brisé et sa détresse ne lui donnaient pas le droit d'en faire payer les autres avec lui.

_Non, c'est moi qui m'excuse, finit-il par souffler en passant une main sur son front. Je… j'ai juste envie de rester seul.

_Je comprends mais vous devez aussi comprendre de votre côté que cela ne le fera pas revenir. Pardonnez la dureté de mes mots.

Ichigo était peut-être un cœur d'artichaut mais il n'était pas naïf, tout du moins il l'espérait. Et il savait parfaitement que ses jérémiades et autres sautes d'humeur ne feraient jamais revenir Grimmjow. Rien ni personne ne le pourrait.

_Faux! objecta Hirako en levant son index devant sa bouche. Vous pouvez essayer!

_Mais comment?

_Eh bien… Au fil des années j'ai eu l'expérience que quand quelqu'un veut revenir vers vous, il le fait, croyez-moi, il le fait. Ou alors il vous fait comprendre qu'il en a envie.

_Mph… Ce n'est pas aussi simple.

_Kurosaki-san, vous êtes le seul à avoir survécu à Jaggerjack, reprit-il en secouant sa tête comme pour lui prouver qu'il avait tort. Que voulez-vous d'autre comme preuve qu'il veut que vous reveniez vers lui?

L'orangé fronça les sourcils.

Bon sang, il avait raison. C'était censé et logique. Si Grimmjow ne l'avait pas estimé, s'il ne l'avait pas considéré ne serait-ce qu'un peu, il l'aurait tué, comme tous ceux qu'il avait croisés sur son chemin! Comme tous ceux qui l'avaient déçue ou trahie! Et dans une telle situation, quelles étaient ses chances de rester en vie, de ne pas se faire abattre par la panthère? Quasiment nulles.

Et pourtant, voilà qu'il était toujours vivant, bel et bien vivant. Pourquoi? Parce que Grimmjow avait encore besoin de lui.

_S'il le voulait pourquoi est-il parti? s'empressa de demander le roux à son visiteur, intrigué. Il aurait pu m'emmener avec lui, ou… ou m'envoyer un message, me dire quelque chose!

Shinji haussa les épaules :

_Il pensait que c'était trop dangereux pour vous. Ou alors…

_Ou alors quoi?

_Lorsque vous vous êtes quittés, il ne vous a rien dit? Rien du tout? Il s'est enfuit sans même vous dire au revoir, vous, l'homme qu'il n'a pas tué?

_...

Oui, il avait dit quelque chose ce jour-là. Quelque chose d'insignifiant dans son flot de paroles sans queue ni tête. Il lui avait demandé une chose, pour être plus précis, une seule petite chose. Mais jusqu'à présent, l'auteur ne s'en était pas plus inquiété, il l'avait pratiquement oublié. A tord.

« Ecoute tout c'que j'veux qu'tu fasses maint'nant c'est qu'tu retournes à la prison dans les prochains jours et prends mes effets personnels, ok? Ne fais qu'ça! Prends-les et garde-les, y'a des trucs de valeurs que j'veux surtout pas perdre. J'te d'mande qu'ça. »

Il s'en rappelait comme si c'était hier. Ses effets personnels il voulait qu'il les récupère, pour quelle raison il l'ignorait, mais c'était le seul message que Jaggerjack lui avait laissé. Tout du moins, c'était la seule de ses paroles qui puissent ressembler de près ou de loin à un quelconque message.

_Ravie d'avoir pu vous aider Kurosaki-san. A bientôt!

Shinji quitta le loft de l'écrivain, refermant la porte derrière lui pour laisser toute la tranquillité nécessaire au propriétaire des lieux pour y réfléchir. Réfléchir et déchiffrer ce message.

Il fit quelques pas dans son salon, tournant en rond sans même se rendre compte qu'il marchait comme un ahuri sans but précis. Et pourtant, il n'était pas si ahuri que cela…

Récupérer ses effets personnels? Pourquoi? S'ils avaient tant de valeurs que ça alors il espérait que le rouquin les lui ramène d'une manière ou d'une autre, non? Mais comment? Comment pourrait-il les lui rendre s'il ne savait pas où le trouver ?

A moins…

_A moins que l'endroit où il se trouve ne soit explicitement mentionné dans ses effets personnels qu'il veut que je récupère! Oh merde!

Il s'immobilisa, tournant sa tête dans tous les sens dans l'espoir de trouver quoi faire de cette déduction de génie! Et ses yeux stoppèrent sur la grande horloge au-dessus de son bureau. Il était l'heure…

L'heure pour lui de mettre à profit ses années de vécu auprès d'un inspecteur de police.

Il fouilla dans son agenda pour mettre la main sur son répertoire téléphonique, dans des gestes précipités et peu assurés. Le numéro de portable de Love, le gardien remplaçant de Kensei à la prison y était toujours inscrit c'était sa seule manière de remettre la main sur les objets de Grimmjow. Mais il ignorait si cet homme lui dirait quoique ce soit, et encore moins s'il le laisserait voir ces objets. Il voulait en avoir le cœur net.

La voix qui lui répondit au téléphone était assurée comme d'habitude et Kurosaki reconnut là le ton du gardien maintenant fier de sa place de gardien en chef.

_Aigawa Love j'écoute.

_Bonjour Love-san c'est Kurosaki Ichigo.

_Oh…? Je comprends que vous soyez déçu que vos ateliers aient été annulés, mais je ne peux rien y faire et…

_Non, non ce n'est pas pour ça, s'empressa d'ajouter le jeune homme. J'aimerais savoir si… enfin si quelqu'un a déjà récupéré les effets personnels de Grimmjow. Vous savez…

_Oh ça? répondit le garde avec un petit rire amusé. Mieux vaut vous prévenir : la police récupère tout ce que Jaggerjack a touché de près ou de loin alors tout ce qui appartenait ici à Grimmjow, de ses draps jusqu'à sa petite cuillère est la propriété de la police dorénavant. Comme ses effets personnels sont des pièces importantes de l'enquête et…

Le rouquin ne le laissa pas aller plus loin. Il raccrocha soudainement – et impoliment – son portable, coupant le flot de paroles de cet homme d'habitude si peu bavard qui pourtant s'était bien vanté d'en savoir autant aujourd'hui. Etait-il content de voir que Kurosaki n'avait plus ce qu'il souhaitait? Peu importait, il y repenserait plus tard.

Et Ichigo quitta son loft quelques minutes plus tard, habillé et rasé, ne se posant même pas une des questions qui aurait pu pourtant entraver sa recherche de la vérité : pourquoi donc Hirako Shinji avait tant cherché à l'aider?

~ Commissariat de Tokyo, quelques minutes plus tard ~

Ichigo poussa la porte vitrée du commissariat, plus bondé qu'à son habitude ce matin-là. Assis sur des sièges de plastique, des visiteurs attendaient patiemment leur tour, sous une pancarte de carton blanc qui affichait en gros caractères l'ordre du jour :

« Appel à témoin évasion de Grimmjow Jaggerjack »

Il ne manquait plus que ça bon sang! Un appel à témoin? Et que faisait-il ici maintenant lui, l'écrivain qui avait échappé aux griffes de la panthère et qui était sans doute le seul à pouvoir le retrouver? C'était une très bonne question. Il se jetait carrément dans la gueule du loup... Mais il en avait l'habitude, non?

Le rouquin se tourna vers le bureau d'accueil et chercha d'un œil curieux la petite tête brune qui avait l'habitude de tenir le standard, Hinamori Momo.

Mais son étonnement ne s'arrêta pas là. La jeune femme avait été remplacée, par un jeune homme, tout aussi jeune semblait-il et beaucoup moins amical.

_Vous désirez?

_Hinamori Momo n'est pas là? questionna-t-il en laissant ses yeux inspecter la salle d'accueil dans l'espoir de trouver la petite brunette.

_Hinamori Momo ne travaille plus ici, elle a donné sa démission la semaine dernière. Vous désirez?

Kurosaki fronça les sourcils. Voilà qui était encore plus intriguant, même si pour un bon nombre de personnes cette démission ne signifiait pas grand-chose, Ichigo lui se mit à se questionner.

Cette jeune fille, depuis le temps qu'il la connaissait, n'avait jamais eu l'air de se plaindre de son travail. Au contraire, elle était toujours souriante et au service des autres, ce poste était fait pour elle. Alors pourquoi démissionner si soudainement, surtout que quelques semaines plus tôt il l'avait vu pour la dernière fois derrière ce bureau d'accueil en parfaite santé et toujours aussi joviale.

_Je… je suis venu voir l'inspecteur Hisagi, finit-il par dire, chassant de son esprit la démission de la jeune femme.

_Il est actuellement occupé monsieur, prenez un ticket et attendez votre tour pour être interrogé.

_Oh non, ce n'est pas ça…

_Vous n'êtes pas là pour l'appel à témoin ?

L'orangé se pinça les lèvres. Pas vraiment non… Il ferma ses yeux un court instant pour reprendre un semblant de calme :

_Ecoutez, appelez-le sur son poste, dites-lui que Kurosaki Ichigo est ici. Je dois lui parler.

_Désolé mais l'inspecteur Hisagi a demandé de ne pas être dérangé.

_Mais…

L'auteur tapa du pied au sol, se sentant perdre sa patience, et pour cause il n'en avait plus depuis qu'il commençait à reconstituer le puzzle de l'évasion de Grimmjow. Bon sang, personne ne semblait comprendre combien c'était important?

_Alors quelqu'un d'autre, n'importe qui! Je dois voir quelqu'un vous comprenez?

_Je suis désolé mais… ce n'est tout simplement pas possible, réitéra le jeune homme affichant un mine confuse.

Le rouquin serra les poings imperceptiblement, décidément c'était comme si tout le monde s'était concerté pour lui mettre des bâtons dans les roues. Et tout ça pour quelques objets que Grimmjow voulait absolument récupérer, enfin plutôt des indices qui lui indiqueraient où il se trouvait, si toutefois Kurosaki ne s'était pas trompé dans ses suppositions.

Il voulait savoir, ici et aujourd'hui, ce qu'il en était si Jaggerjack n'était plus qu'à un pâté de maison ou si au contraire qu'il restait inaccessible.

_Très bien, finit-il par répondre au jeune homme de l'accueil. Dans ce cas j'irai chercher moi-même ce que je suis venu chercher.

L'agent n'eut pas le temps de comprendre dans le fond ce que le rouquin lui disait, que celui-ci avait déjà traversé la salle d'accueil du commissariat et se dirigeait dans les quartiers réservés au personnel de police. Il y avait certes été déjà invité mais à présent, il n'y était plus le bienvenue. Il allait constater à ses dépends que sa rupture avec Hisagi ne lui avait pas apporté que des points positifs. Il n'était plus le petit-ami du supérieur? Dans ce cas, il n'avait plus son ticket d'entrée...

Il ouvrit la porte vitrée l'en séparant encore, et mit un pied dans la zone interdite. Des dizaines de bureaux d'agents s'étendaient dans la grande surface ensoleillée. Et sans faire attention aux regards étonnés des policiers présents, le jeune homme continua son chemin, s'aventurant plus loin là où il n'en avait pas le droit.

Il savait où toutes les pièces à conviction pour les différentes enquêtes étaient exposées, et cette salle se trouvait à deux pas, derrière cette porte, tout au fond de la salle dans laquelle il se trouvait actuellement.

_Excusez-moi vous n'avez rien à faire ici! entendit-il dire dans son dos alors qu'une main puissante le retint par le bras, stoppant son élan.

Ichigo se dégagea de l'emprise sans même répondre au policier qui l'arrêtait.

_Hé!

Cette fois, deux autres hommes vinrent bloquer son chemin et s'en suivit une lutte silencieuse pendant laquelle Kurosaki tenta de se défaire de leurs griffes. Mais c'était visiblement peine perdue.

_Apelle l'inspecteur Hisagi! lança soudain l'un des agents à un collègue planté derrière son bureau.

Parfait! C'était parfait, tout à fait ce qu'il voulait, pensa Ichigo avec un petit sourire. Hisagi viendrait le sortir de là, les agents lui feraient des excuses et il aurait sans doute accès aux pièces de l'enquête. Tout comme il avait prévu…

_Allez, mettez-le dans une cellule qu'il se calme!

Ou pas!
La roue avait définitivement tourné.

_Shuuhei! Shuuhei ne fais pas ça! s'écria Ichigo, transporté de force sur les ordres de son ex dans une cellule du commissariat. Mon avocat, je veux mon avocat!

_Pas besoin de ton avocat, Ichi. Tu es juste en cellule jusqu'à ce que tu te calmes! le réprimanda Hisagi en lui lançant un regard noir comme la nuit. Mais… bon sang qu'est-ce qui te prend, hein? Tu pètes un câble ou quoi? Je suis commissaire maintenant ici, et ça sera officialisé dans peu de temps, je n'ai pas besoin d'un ex qui fout le bordel dans ma vie!

Ichigo s'accrocha aux barreaux de sa cellule et défia l'homme des yeux, cet homme sur lequel il pensait encore avoir du pouvoir. Mais apparemment, ce n'était plus le cas, maintenant que Hisagi allait passer commissaire plus rien ne semblait dépasser cette envie précise.

Les rôles étaient maintenant inversés. Ce n'était plus Shuuhei qui courait après Ichigo pour faire revivre une relation partie en lambeaux, c'était Kurosaki qui courait après l'inspecteur dans l'espoir de faire vivre une relation tout juste commencé avec un fugitif.

_Shuuhei je t'en prie… Je veux juste voir ce que tu as récupéré à la prison! Les effets personnels de Grimmjow!

Hisagi fronça les sourcils à sa demande, ordonant aux agents encore présents de retourner à leur travail sans discuter. Il plaça ses mains sur ses hanches, comme pour s'imposer face à l'homme qui avait partagé sa vie et qui lui semblait un parfait inconnu derrière les barreaux de cette cellule aujourd'hui. Il ne croyait pas que Kurosaki Ichigo ait pu devenir cinglé à cause d'un homme. Et quel homme? Un fou dangereux! Il avait certainement raté un épisode, pensa-t-il.

Lorsqu'ils se retrouvèrent seuls, avec uniquement des barres de fer entre eux, le brun chuchotta :

_Tu perds complètement la tête depuis que ce type est entré dans ta vie, encore plus depuis cette prise d'otage. Tu es entré dans une zone interdite, dans un commissariat Ichigo… Va savoir ce que tu peux faire encore?

_Dis-moi juste ce que sont ces objets, promis ensuite je me calme et je m'en vais!

_Et tu te soigneras?

_Quoi? demanda le jeune homme, son visage se tordant sous l'incompréhension.

_Te soigner! Aller chez un psy, Ichi. D'une manière ou d'une autre cette histoire t'a atteint à l'intérieur, plus que tu ne le penses. Tu as une obsession pour ce type, une obsession malsaine et tu devrais vraiment voir quelqu'un pour t'en défaire.

_Non, non ce n'est pas ça Shuuhei…, geignit l'écrivain en écrasant son front contre le barreau de fer glacial. C'est… je veux comprendre pourquoi, pourquoi moi? Pourquoi on m'a utilisé depuis le début, pourquoi j'ai été si simple à manipuler tu comprends? J'ai vraiment besoin de savoir, pour ma santé mentale!

Shuuhei soupira et passa une main sur son front, il avait l'air exténué et ce n'était pas juste une impression, il l'était vraiment. L'évasion de Grimmjow était pour lui l'occasion de montrer qu'il avait l'étoffe d'un commissaire et que même sans Tosen il pouvait résoudre des enquêtes. Tout le pays avait les yeux braqués sur lui et ses hommes, il ne pouvait donc négliger aucune piste. Et surtout pas celle d'Ichigo…

Il savait très bien que son ex petit-ami était l'atout numéro un de cette enquête, tout du moins pour lui. Ichigo pouvait lui amener Jaggerjack sur un plateau, si seulement il savait un tant soit peu extraire des informations de cette tête rousse! Et il n'avait certainement pas besoin d'un Kurosaki cinglé, enfermé derrière des barreaux de prison! Il avait besoin de lui en parfaite santé, aussi futé que jamais, libre comme l'air.
Il n'avait pas vraiment le choix s'il voulait enfin une piste sur Jaggerjack...

_Une montre, un bout de papier avec un numéro de téléphone, un paquet de cigarettes et une photo.

Les yeux ambrés glissèrent sur le visage marqué du brun qui poussa un énième soupir.

_Quoi? demanda-t-il, bouche bée.

_Tu as parfaitement entendu et ne me demande pas de répéter! Ce que je viens de te dire peut me coûter ma place alors tu gardes ça pour toi, O.K?

Et sur ces mots, Hisagi s'éloigna glissant un mot ou deux à l'un de ses subordonnées qui finit par libérer l'auteur quelques minutes plus tard.

Ce fut ainsi qu'il quitta la première cellule de prison qu'il connut, hagard et réfléchissant à pleine vitesse. Il fut raccompagné jusqu'à la porte du commissariat mais Kurosaki ne s'en était pas vraiment rendu compte. Il s'égara dans les rues de Tokyo ensuite, répétant, tournant dans tous les sens et cherchant un sens à la liste brève que Shuuhei lui avait donnée :

« Une montre… un bout de papier avec un numéro de téléphone… un paquet de cigarettes… une photo... »

Voilà, c'était ça. Pour quatre misérables choses, Grimmjow Jaggerjack lui avait demandé de risquer jusqu'à sa réputation. Qu'est-ce qu'une montre, un numéro de téléphone, un paquet de cigarettes à moitié vide sûrement et une photo avaient de si important? Rien, sans doute, même s'il rêvait maintenant de pouvoir mettre la main sur ces objets pour en savoir plus.

Et il avait déjà joué sa dernière carte : Hisagi, et il avait perdu misérablement. Gâcher un as pareil, il ne se le pardonnerait pas. Autrement dit, il n'avait plus aucun moyen de revenir en arrière ni de trouver un soutient conséquent. Même s'il savait pertinemment qu'il était plus malin que ça.

Lorsqu'il rentra chez lui, la première chose qu'il fit, à l'image d'une femme délaissée attendant patiemment que l'homme ne rentre à la maison, fut de vérifier son répondeur, sa boîte aux lettres, ses adresses mail et même sa porte d'entrée pour s'assurer qu'elle n'avait pas été forcée.

Mais à son plus grand regret toujours aucun signe de Grimmjow Jaggerjack. Pas un seul, ça en devenait déprimant et pour la toute première fois, Kurosaki pensa à abandonner.

Après tout Shuuhei avait raison, cette histoire ne lui apportait que des ennuis. Et s'il abandonnait? S'il laissait Grimmow venir à lui tout simplement et ne plus se prendre la tête avec tout ça? Il ne voulait plus d'ennuis, il ne voulait plus souffrir… mais l'attente serait bien trop longue et solitaire pour lui. Il savait qu'il ne tiendrait pas le coup.

Alors, plutôt que d'attendre que Jaggerjack ne vienne à lui, pourquoi ne pas aller à Jaggerjack? D'une manière qu'il ne pourrait pas le rater?

Il avait pris sa décision, il fallait qu'il dise à Grimmjow qu'il était là et qu'il ferait ce qu'il lui avait demandé, il fallait qu'il lui montre qu'il pensait toujours à lui… C'était le seul moyen, pensa-t-il en prenant son portable.
C'était le seul moyen, n'est-ce pas? s'interrogea-t-il lui-même en trouvant le numéro qu'il souhaitait. Il allait démontrer à tous ceux qui le côtoyaient qu'il n'était pas cinglé, qu'il était définitivement plus malin que tout ça ; et Hisagi comprendrait lui aussi.

_Allô? répondit une voix masculine.

_Shiba Kaien-san? Bonjour, c'est Kurosaki Ichigo. J'aimerais savoir si une interview vous intéresserait. J'aimerais également qu'elle soit filmée et retransmise en direct à la télévision et à la radio. Vous pouvez faire ça pour moi?

Un silence suivit ses paroles, le journaliste à l'autre bout du fil qu'il n'avait rencontré qu'une seule fois sembla étonné :

_Vous... Je veux dire, vous voulez une interview? A propos de Jaggerjack, la prise d'otage et tout ça?

_Oui, c'est ce que je veux. Bien sûr vous aurez l'exclusivité et je peux vous assurer que je répondrai à chacune de vos questions, je m'y engage.

_Pfou! Dites-moi vous m'offrez l'article de ma carrière sur un plateau! Le plus rapidement possible, ce soir ça vous va? Où vous voudrez, tout m'ira bien, le temps que je contacte un ami caméraman pour la chaine NHK World et un journaliste radio de la Tokyo FM.

_Ce soir ça serait parfait. Chez moi c'est possible?

_Tout à fait, je suis même pour. Je fais le nécessaire pour organiser ça et je vous rappelle pour convenir des détails?

_Très bien, je compte sur vous, Shiba-san.

Sans doute Hisagi lui en voudrait-il. Mais il n'en avait plus rien à faire. Il avait un plan lui aussi...