Titre : Le roman du prisonnier

Chapitre : Des masques tombent.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Précédemment : Grimmjow s'est enfuit de la prison, laissant derrière lui le cadavre d'un commissaire. Toute la police de Tokyo est sens dessus dessous recherchant l'évadé, le pistant. Et pendant ce temps Ichigo fait de même, mais avec ses propres méthodes...


Chapitre 15. Des masques tombent.

Il était certain que ce qu'il s'apprêtait à faire lui vaudrait les foudres de plus d'une personne. Et Hisagi était l'une d'elles, sans compter toute la police du pays qui lui en voudrait pour salir la réputation d'un homme défunt admiré de tous. Mais c'était un passage obligatoire, une sorte d'étape par laquelle il se devait de passer : dire à Grimmjow Jaggerjack qu'il était là, qu'il attendait son retour, et qu'il ferait ce qu'il lui avait demandé.

Ichigo n'avait pas encore mis la main sur les effets personnels de la panthère, la seule exigence que l'évadé lui avait confié lors de sa fuite. Mais il avait connaissance de leur apparence : une montre, un bout de papier avec un numéro de téléphone, un paquet de cigarettes et une photo. Même si à l'heure actuelle il ne comprenait pas la signification de cette suite disparate, il savait qu'il parviendrait à en percer le mystère, il fallait juste qu'il voit ces objets de ses propres yeux. Il était persuadé que la réponse lui viendrait toute seule, telle une révélation. Mais pour élucider cette énigme, il lui fallait une bonne occasion pour revoir Hisagi Shuuhei, l'homme qui avait en sa possession ces outils. Et justement il en avait une toute prête : des excuses pour son comportement. Il les ferait en bonne et due forme, mais chaque chose en son temps.

Et maintenant c'était l'heure pour une toute autre étape : contacter Grimmjow, de n'importe quelle manière que ce soit, mais faire entendre sa voix. Il ignorait si le bleuté ne le contactait pas par simple peur d'être découvert ou bien parce que Aizen le lui interdisait. Dans les deux cas, il se devait d'y remédier. Après ce qu'il s'apprêterait à dire, Aizen serait bien obligé de l'écouter et donc de le contacter. Ichigo était proche des médias, un organe que Sosuke recherchait activement à toucher pour les biens de sa propre affaire.
Et même si ce qu'il allait dévoiler ne ferait pas plaisir à Aizen celui-ci n'aurait donc plus le choix et Grimmjow se chargerait bien entendu de le pousser à le contacter, il en était certain. Jaggerjack était le fer de lance de Sosuke, celui qui dictait sa loi par la force et qui se chargeait des basses besognes, c'était dans cette optique qu'il l'avait fait évader de cette prison. Autrement dit, sans Grimmjow Jaggerjack Aizen et ses affaires n'étaient rien. Et le yakuza ne refuserait sans doute pas à sa panthère une petite faveur...

Ichigo était prêt à démontrer qu'il soutenait Grimmjow, qu'il voulait le revoir et également qu'il était prêt à prendre part à cette histoire. Après tout, lui aussi avait joué un rôle important là-dedans, il voulait en être.

Et quoi de mieux pour le prouver qu'une interview diffusée nationalement ?

_Vous êtes prêt, Kurosaki-san ?

Tranquillement assis sur son canapé dans son salon, une caméra et des projecteurs braqués sur lui, Ichigo ne s'était jamais senti aussi... peu confiant. Shiba Kaien le journaliste avec lequel il avait sympathisé depuis que Rukia leur avait convenu un rendez-vous – peu avant l'évasion de Grimmjow – était devenu un collaborateur et, il l'espérait également, un ami. Ce fut donc tout naturellement qu'il pensa à le contacter pour cette interview exclusive. Et il avait bien fait, Shiba avait fait un travail remarquable: un caméraman pour une grande chaine nationale, une retransmission en direct sur le petit écran et sur les ondes de la première radio du pays. Tous les éléments étaient réunis pour que Jaggerjack ne passe pas à côté de son message.

_Je suis prêt, c'est quand vous voulez.

Shiba envoya un signe au caméraman qui jeta un œil à sa montre. Il allait avoir le privilège de passer pendant le journal télévisé national en direct, et des millions de téléspectateurs allaient y assister, et il espérait plus que tout que Grimmjow serait l'un d'eux.

_Direct dans vingt secondes ! annonça le cameraman.

Shiba jeta un œil au rouquin à côté de lui, il était étrangement calme pour un survivant de Grimmjow Jaggerjack et c'était ce qui l'avait étonné. Mais au-delà de la chance improbable d'avoir une exclusivité mondiale, le journaliste s'intéressait d'autant plus à l'affaire : que se passait-il donc dans la tête de Kurosaki ? Et que s'était-il passé entre Jaggerjack et lui ce fameux jour ?

Mais pour l'instant, Kurosaki n'avait répondu à aucune de ses questions, attendant le moment propice pour cela.

_Dix secondes ! Neuf ! Huit !

Et ce moment approchait…

_Deux ! Un ! C'est à vous !

_Bonsoir. Je suis en direct ce soir avec l'écrivain que vous connaissez tous, Kurosaki Ichigo. L'homme qui a survécu à Grimmjow Jaggerjack notre évadé de la prison restant encore en fuite à l'heure actuelle. Kurosaki-san, racontez-nous cette prise d'otage, comment Jaggerjack vous a-t-il traité ?

Shiba Kaien tourna son micro en direction de l'auteur, ce dernier paraissait serein et presque heureux de répondre à sa question. Une façade extérieure que l'écrivain avait mis des années à construire. Ses yeux braqués sur la caméra devant lui, Ichigo prit une profonde inspiration :

_Contrairement à ce que tout le monde peut penser, Grimmjow ne m'a pas malmené. Malgré son passé et tous ses crimes, je savais à la minute ou j'ai compris ses plans, qu'il ne me ferait pas de mal. Le seul qui en a subit les conséquences est le défunt commissaire Tosen. Grimmjow savait parfaitement ce qu'il faisait, il contrôlait chacun de nos mouvements, connaissait les sorties non contrôlées par la police… Trop de choses dont il ne pouvait être au courant, sauf si on l'en avait informé. Ce n'est pas lui qui a monté cette évasion, il n'a fait que suivre un plan.

Et celui de Kurosaki allait se mettre en place. Chaque détail, chaque seconde était important.

_Lequel selon vous ?

_Très peu de personnes pouvaient entrer en contact avec Grimmjow Jaggerjack à l'intérieur de la prison, répondit le jeune homme en clignant des yeux, un moment éblouit par le projecteur. La police bien évidemment, les gardiens, puis moi aussi. Mais les conditions d'emprisonnement de Jaggerjack en faisaient néanmoins un prisonnier très surveillé et il ne recevait aucune visite. Pas de famille, pas d'amis. Ses seuls interlocuteurs étaient son psychiatre Aizen Sosuke et moi-même.

_Sous entendez-vous que ce "plan" ait été monté par Aizen Sosuke ? Officiant comme psychiatre de la prison mais connu pour prendre part aux activités d'un clan de yakuza redouté ?

_Oui, c'est ce que je pense et d'ailleurs Grimmjow me l'a confirmé avant qu'il ne disparaisse.

_Justement, voilà qui est intéressant. Grimmjow vous prend en otage pour s'enfuir, il vous laisse en vie et vous explique les tenants et aboutissants de sa fuite, pourquoi à votre avis ?

_Je pense qu'il voulait que je transmette un message. Rien de plus.

_Et quel est ce message ?

Les yeux de Siba brillaient d'un intérêt exaltant alors qu'il tendait à nouveau son micro devant l'écrivain.

_Qu'il ne faut pas juger sur les apparences. Environ une heure avant son évasion, Grimmjow a reçu une visite inattendue à la prison. Celle du commissaire Tosen Kaname, malheureusement victime de la fuite du prisonnier. Sa visite est selon moi une clef de cette évasion, Tosen Kaname était celui qui mettrait en place le plan prévu par Aizen Sosuke. Il devait lui fournir les derniers éléments et jouer un rôle clef dans cette histoire. Cependant, contrairement à ce que le commissaire pensait, Grimmjow était déjà au courant de ce "plan". Il savait qu'il avait besoin de moi pour s'évader, mais Tosen avait prévu de me faire descendre, sans doute au vu de mon implication trop importante dans cette histoire. Seulement, Jaggerjack avait des ordres : Tosen serait la seule victime de cette escapade dangereuse, pour la seule raison que sa coopération avec Aizen devait prendre fin.

_Ce dont la police n'a encore attesté aujourd'hui. Il n'y a aucune preuve de ce que vous avancez, Kurosaki-san. La culpabilité et l'implication du commissaire Tosen Kaname restent des éléments flous de l'enquête ou plutôt dirai-je : totalement opaques.

Au premier abord, Ichigo n'avait pas vraiment voulu révéler cette partie de l'affaire, la mort de Tosen. Il savait pertinemment qu'atténuer la culpabilité de Grimmjow dans cette histoire ne le ferait pas réapparaître tel un innocent agneau aux yeux des civils et encore moins à ceux de la police.
Au contraire, il cherchait simplement à faire la lumière sur l'histoire toute entière, de façon à montrer aux téléspectateurs qu'il était prêt à ternir les forces de l'ordre de la ville. Personne ne lui en voudrait pour dire la vérité. Et c'est ce qui ferait de lui un homme droit et honnête, et bientôt on ne parlerait plus que de lui.

Aizen et Grimmjow ne pourraient pas passer à côté de ça…

_C'est exact, enfin pas tout à fait exact, reprit-il en levant un index. Sur les lieux de la fuite, le corps de Tosen a été récupéré par les forces de police. Son portable a même été emporté comme pièce à conviction, un portable remplit de messages et d'appels vers Aizen Sosuke. De plus, la visite du commissaire quelques minutes avant la prise d'otage à la prison a été enregistrée par les caméras de surveillance, tout comme les gardiens peuvent l'attester. Sans oublier la démission d'un agent de police, Hinamori Momo, sans aucun doute complice elle aussi du commissaire.

Il avait lâché la bombe. Maintenant sa vie était en danger, il le savait. Mais il était aussi certain que ses mots feraient de lui le premier homme à être protégé par Grimmjow Jaggerjack et Aizen Sosuke. Qu'ils le désirent ou non, ces deux-là étaient maintenant obligés de veiller sur lui.

_Pourquoi la police n'a-t-elle pas fait état de ces preuves tangibles ?

_Pour une raison que j'ignore encore. J'ai toujours été partisan de l'honnêteté et de la transparence envers les citoyens de cette ville. Certes, Grimmjow Jaggerjack est un criminel, mais d'autres crimes sont aussi punissables. Dissimuler des preuves, couvrir un coupable… Je crois en la vérité et ce qu'elle peut apporter, Shiba-san. Et je ne reculerai devant rien pour la déclarer.

_Mais pourquoi Grimmjow, cet être sanguinaire, vous a-t-il laissé en vie ? Seulement pour transmettre ce message ?

Ichigo avait magnifiquement tourné cette partie de l'interview pour montrer qu'il n'était pas seulement celui qui cherchait les ennuis et ternissait l'image de la police locale mais aussi la victime de Grimmjow. Histoire d'en rajouter une couche et d'être encore plus crédible.

_Non. Grimmjow et moi avons tissé des liens pendant tout ce temps, et j'aime à croire que je suis celui qui le connais mieux que quiconque, oui j'y crois. Voilà pourquoi j'ai compris qu'il ne me tuerait pas, j'en étais persuadé même si j'avais peur. Avoir une arme pointée sur votre crâne n'aide pas à se sentir à l'aise, et je me suis vu pendant une seconde mourir, même si je connaissais depuis quelques temps Grimmjow. Nous étions proches... Et... Je veux qu'il sache que je l'ai compris, qu'il n'est plus l'homme incompris, le prisonnier redouté, car je lui ai pardonné.

Ses yeux fixaient intensément la caméra, comme un message à l'intention du fugitif : « Grimmjow si tu m'entends, sache que je ne t'en veux pas et que je t'accepte tel que tu es ».

_Mais pourtant, il vous a menacé ? Vous avez été utilisé, Kurosaki-san.

_Oui, je sais, mais je ne lui en veux pas. Je serai sans doute mort à l'heure actuelle s'il n'avait pas abattu Tosen Kaname. Je lui dois la vie, quelque part.

_Pensez-vous que Grimmjow éprouve la même chose à votre encontre?

_Oui, je le crois. Je lui dois la vie et il me doit sa fuite, on pourrait croire que nous sommes quittes mais c'est impossible.

_Pourquoi ?

_Parce que grâce à lui j'ai découvert une part de moi-même que je ne soupçonnais pas. Le Kurosaki Ichigo qui n'abandonne pas et croit que l'avenir sera meilleur que le présent. Je ne suis pas celui qui a survécu, j'aime croire que je suis celui qui a changé Grimmjow Jaggerjack.

_De quelle manière ?

Et maintenant la partie où il rendait Jaggerjack plus humain, pour semer le doute dans les esprits des téléspectateurs.

_Dans le bon sens du terme. Grimmjow n'a pas tué Tosen par hasard comme je l'ai dit précédemment. C'était un message pour tout le monde, il a rendu service à la communauté en levant le voile sur le vrai Tosen Kaname. L'homme qui servait Aizen Sosuke, l'homme qui se servait de ses hautes fonctions pour asseoir un yakuza de plus en plus puissant. Pour moi, Grimmjow Jaggerjack nous a prouvés qu'il était bien plus qu'un monstre, il est aussi un homme de principe.

_Aurait-il tiré un trait sur son passé de criminel ? Est-ce la prison qui l'a changé ou bien sa rencontre avec vous ?

_Mph… Les deux j'imagine, enfin j'espère.

_Vous croyez donc en la rédemption, Kurosaki-san ?

Ichigo étira un sourire léger :

_Oui, plus que jamais.

_Et aujourd'hui ne craignez-vous pas que la police vous suspecte d'être un complice de Grimmjow ?

_Elle ne me suspecte pas, pour elle je suis complice, d'une manière ou d'une autre. Grâce à moi, Jaggerjack s'est enfuit.

_Mais involontairement, bien entendu.

_Oui. Mais ce n'est pas parce que je suis le seul à avoir survécu à Grimmjow que je deviens un témoin clef ou un chemin jusqu'à lui. Il m'a seulement laissé en vie pour transmettre son message, je ne suis rien d'autre qu'un messager pour lui.

_Pourquoi vous aurait-il choisi vous ?

_Ça c'est également ce que j'aimerais savoir, mais seul Grimmjow le sait.

Kaien reprit le micro pour avancer la dernière question de cette interview historique dans les annales de la télévision :

_Qu'avez-vous envie de dire aujourd'hui aux citoyens de Tokyo qui ont peur ? Qu'avez-vous retenu comme leçon de cette prise d'otage ?

_Que l'agneau n'est pas toujours aussi blanc qu'il n'y paraît. Chacun à ses secrets, ses motivations, ses noirs desseins, et au cours de ma vie j'ai rencontré beaucoup de gens mystérieux. Mais pas Grimmjow. Jamais il ne s'est caché de qui il était, de ce qu'il désirait dans cette vie. Il n'est pas une marionnette, il n'est pas faux. Il est tel qu'il est, tel que le monde l'a façonné. J'ai compris qu'on ne peut aller contre sa nature, mais que l'on peut influer sur ses propres choix. Et je crois en mes choix : celui de dire aujourd'hui que le coupable n'est pas toujours le grand méchant loup. Et que l'agneau peut se montrer bien plus vorace encore. Je vous remercie pour votre temps, Shiba-san.

Le caméraman arrêta son engin, levant un pouce victorieux aux deux hommes face à lui. Kaien poussa un cri de soulagement, tout sourire et tapota amicalement l'épaule de Kurosaki :

_C'était de l'excellent boulot, Kurosaki-san. Parfait ! Ça c'est une interview ! Merci encore mille fois !

_Merci à vous.

Kaien lui lança un dernier sourire large et se leva pour visionner la vidéo de son interview. Le rouquin l'observa échanger quelques mots avec son ami caméraman puis se mettre à nouveau au travail.

Il jeta un coup d'œil à l'horloge de la pièce, dans moins de cinq minutes exactement, Hisagi l'appellerait pour l'incendier, pour lui parler d'obstruction à l'enquête et de juges et de tribunaux pour lui. Il lui dirait également qu'il ne pourrait rien pour lui et qu'il l'avait cherché.

Kurosaki s'était préparé à tout ça jusque dans les moindres détails.

Hirako le contacterait aussi rapidement, lui demandant s'il n'avait pas perdu la tête. De même que son père certainement. Puis enfin, lorsqu'il aurait pris les reproches de tout le monde en plein visage viendrait le moment tant attendu : celui ou Aizen Sosuke – ou Grimmjow – prendrait contact avec lui enfin.

Mais il savait qu'il allait en baver jusqu'à cet instant. Certainement des journalistes allaient camper devant sa porte d'immeuble, des citoyens en profond désaccord avec lui vandaliseraient sa voiture, d'autres en accord avec sa vision des choses lui enverraient des cartes, des cadeaux ou des fleurs. Certains flics, soutiens de Tosen et choqués par ses dires iraient même bien plus loin jusqu'à lui faire peur ou le menacer. Mais il espérait qu'à ce moment précis il aurait déjà pris contact avec Aizen Sosuke.

Car à présent, sa vie était réellement en danger.

Vrrr…. Vrrr… Vrrr…

Son portable déposé sur la table basse non loin s'activa en tournoyant sur lui-même, vibrant fort contre le bois épais du meuble pour signaler un appel.

Le rouquin soupira en reprenant confiance en lui, c'était juste le début des hostilités et il y était préparé, pensa-t-il en prenant l'appareil entre sa main lisant sur l'écran un sans surprise « Hisagi Shuuhei ».

_Allô ?

_Tu peux m'expliquer toutes ces conneries ? Tu as perdu la tête ou quoi ? Tu veux me foutre dans la merde, tu m'en veux ou je ne sais quoi encore, hein ? Tu te rends compte ?

Bien, aussi violent et hargneux qu'il l'avait pensé et dès le début en plus. Il gagnerait du temps, c'était certain. Mais cet appel d'Hisagi était certainement la conversation la plus délicate pour lui. Mais s'il avait bien préparé tout cela, il saurait comment contenir le brun.

_Oui, Shuuhei je me rends compte.

_Quoi ? s'écria-t-il, désarçonné. Tu… tu te fous de moi, hein ! Est-ce que… dis-moi si c'est seulement contre moi, O.K ? Tu te venges parce que je t'ai mis en cellule, c'est ça ? Ou parce que je n'ai pas accepté tes sentiments pour Jaggerjack ?

_Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas contre toi.

_Alors pourquoi putain de merde ! s'époumona-t-il au comble de l'agacement. Putain je risque ma place là ! Ils vont envoyer quelqu'un de la police des polices Ichi… Je… je vais sans doute pas survivre à cette enquête alors juste pour m'aider, tu voudrais bien la fermer maintenant ?

Oui bien sûr, sa carrière était – comme d'habitude – plus importante que la vérité. L'orangé s'était aussi préparé à cette réplique.

_Si tu es certain de ne pas survivre à cette enquête alors pourquoi devrais-je me taire ? Le résultat sera le même : tu perdras ton poste.

_Je t'en supplie, merde ! Fais ça pour moi, hein ? Fais ça pour… pour éviter de te retrouver au tribunal. Obstruction à l'enquête, révélations de preuves ect, ça ne te dit rien ? Bon sang je croyais que tu connaissais toutes les ficelles !

_Ne t'en fais pas pour moi Shuuhei, je connais toutes les ficelles. Assez bien même pour savoir que tu t'en sortiras très bien, comme d'habitude.

_Écoute… on peut en parler, hein ?

Ichigo étira un mince sourire il n'avait même pas eu à le proposer, Hisagi l'avait fait tout seul !

_Pourquoi ?

_Tu peux encore revenir sur tes déclarations à la télé, il faut juste qu'on en parle, O.K ?

_Je veux bien en parler avec toi alors, ça me paraît pas mal.

_Bien. Bien.

_Je passe demain, ajouta-t-il avant que l'autre n'ait pu commencer une nouvelle phrase.

_Non, je…

_A demain !

Il raccrocha son portable en expirant longuement. C'était moins une… Encore un peu et il se serait invité chez lui et tout serait tombé à l'eau. Oui, tout.

Il y avait plusieurs choses que Kurosaki Ichigo ignorait à propos d'Hisagi Shuuhei, mais il s'agissait majoritairement d'évènements de son enfance ayant peu d'importance ici. Cependant, il y avait un nombre considérable de petites choses qu'il savait, et qu'il avait gardées en mémoire depuis le début de leur relation une chance pour lui maintenant qu'il y pensait.

L'une des habitudes de Shuuhei lorsqu'il était sur une grosse enquête lui prenant tout son temps et l'accaparant plus qu'il ne le souhaitait, était qu'il aimait travailler chez lui. Même après être rentré du commissariat, il avait besoin de travailler chez lui, la nuit la plupart du temps pour étancher sa soif de vérité. Et dans ces cas précis il n'hésitait pas à… comment dire ? Déplacer sans autorisation des preuves ou pièces à conviction jusque chez lui.

Ichigo le savait, il l'avait vu faire plusieurs fois. Et si comme il le pensait Hisagi n'avait pas changé, il avait sans doute apporté les effets personnels de Grimmjow chez lui, ou bien en avaient-ils des photographies. Et c'était bien là la seule manière pour lui de voir de près ou de loin ce qui occupait son esprit depuis qu'il avait compris le message du prisonnier en fuite...


~ Au même moment, quelque part non loin de Tokyo ~

Une main masculine et puissante tendit une télécommande neuve en direction de l'écran plat high-tech affichant le générique de fin des informations nationales. Lentement, un doigt vint écraser la touche « veille » et éteignit l'écran pour remplir de silence la grande pièce richement meublée.
Plus aucun bruit ne pouvait se faire entendre alors, pas de circulation, pas de klaxons rien qui puisse laisser espérer les joies des tribulations du centre-ville de la capitale nippone. Tout indiquait une demeure campagnarde, ou en périphérie de la grande capitale, reculée et isolée.

Sur le canapé blanc en cuir comblant le coin de l'immense pièce, l'homme qui avait appuyé sur le bouton déserta sa place, laissant son voisin interdit et quelque peu surprit.

_Un petit bourbon pour faire passer ça ? proposa-t-il, se baissant pour ouvrir les portes du mini-bar non loin. J'ai trouvé ça for enrichissant, pour sûr Kurosaki a beaucoup de ressources. Je te félicite pour avoir trouvé un allier de cette envergure.

_Qu'est-ce que ça veut dire ? répliqua l'autre, resté prostré au fond du canapé depuis tout ce temps.

_J'avoue être surpris. Kurosaki Ichigo est un homme intelligent et… vraisemblablement amoureux.

Les yeux des deux hommes se croisèrent, s'attachant en un contact menaçant, amenant l'atmosphère à se faire plus lourde encore qu'elle ne l'était déjà. La boisson ambrée tomba en un flot contrôlé dans un verre de cristal, tout ici suintait le luxe et l'opulence, des tableaux de grands maîtres aux meubles style Louis XVI, jusque dans les rideaux de soie pourpre et les moulures spectaculaires au plafond.

Grimmjow Jaggerjack passa une main sur son visage fatigué puis fit tourner ses poignets qui craquèrent sous le mouvement, n'accordant que peu d'intérêt à l'architecture rare de l'endroit comme s'il l'avait déjà habité auparavant. Depuis qu'il avait quitté la prison et son ridicule uniforme de prisonnier il avait l'impression de revivre. Porter un tee-shirt à manches courtes était une renaissance, pouvoir bouger ses bras et ses mains comme il l'entendait était le summum du plaisir pour l'homme qui réapprenait la liberté de mouvement. Mais il y avait encore une chose qu'il n'était pas parvenu à libérer : ses pensées. Celles-ci restaient désespérément enchainées à Kurosaki et il ne parvenait pas à trouver la paix.

_Dis-moi Grimmjow, reprit Aizen en sirotant son whisky sec dans le récipient luxueux, pourquoi cet homme a-t-il fait ça ? Que cherche-t-il à prouver, hum ? Qu'il est plus fort que toi et moi ? Qu'il a compris nos manigances ? Ou bien veut-il dévoiler le pot aux roses... bien que j'imagine qu'il s'en trouve très loin.

_J'en sais rien.

_Allons, mets-y du tien ! J'ose espérer que tu le connais aussi bien qu'il ne te connait.

Aizen étira un sourire satisfait, les propos de Kurosaki n'étaient pas tombés dans l'oreille d'un sourd, mais il considérait la situation avec prudence. Nul besoin d'agacer sa panthère à l'aube de son implication vitale dans ses affaires délicates de yakuza. Mais comment contenir un fauve qui n'a qu'une envie : dévorer sa proie ? La lui offrir sur un plateau très certainement...

Néanmoins, Sosuke était désappointé. L'implication de Kurosaki Ichigo aurait dû cesser dès Jaggerjack sorti des murs de l'établissement pénitentiaire, or ce n'était le cas d'après ce qu'il observait. Pour une raison qui lui échappait totalement, Grimmjow ne pouvait oublier l'orangé. Il en pinçait pour l'écrivain c'était criant !

_Bien, j'imagine que je peux te dire cela, Grimmjow : que dirais-tu de... me rendre un petit service, et de mon côté je t'en rendrai un ?

_J'veux le voir, marmonna-t-il en se redressant tout en cassant leur contact visuel.

_Bien, je peux arranger cela. Mais j'ai besoin de savoir si tu as accompli ta mission, tout d'abord.

Le brun leva un sourcil, indiquant au turquoise qu'il attendait une chose bien précise et qu'il n'était pas aussi patient qu'il en donnait l'air. Jaggerjack garda le silence, ses yeux se posant sur le verre contenant la liqueur que l'homme face à lui tenait entre ses mains. Il aurait très certainement apprécié un petit remontant lui aussi, mais il se contenait. Il devait garder les idées claires et se concentrer sur son propre objectif.

Il ronchonna alors entre ses dents, dans un raclement de gorge sonore, puis secoua la tête de droite à gauche comme s'il réfutait les idées qui voguaient dans son esprit.

_Tout est là d'dans, répondit-il en pointant son index sur sa tempe. T'as pas à t'en faire pour ça.

_Oh mais j'ai confiance en toi, Grimmjow, éperdument confiance, tu peux me croire.

_J'ai aut' chose à t'dire aussi.

Le ton soudain sérieux que prit l'ex-prisonnier amena Aizen à réprimer une grimace de mécontentement. Il déposa son verre sur le mini-bar et croisa ses bras, cherchant activement dans les yeux du fauve une quelconque cachotterie.

_Je t'écoute.

_Y'a pas qu'toi qui fais des tests, Sosuke. Moi aussi j'en fais. Ou plutôt un !

_Un test ? Voyez-vous cela ? De quel ordre ?

_Kurosaki...

Aizen poussa un soupir à fendre l'âme. Décidément, il n'y avait rien à faire ; il n'obtiendrait rien de cet énergumène tant que cet imbécile d'écrivain ne serait pas à ses côtés. Un formidable moyen de le faire chanter certes, mais aussi un dangereux risque de le voir s'envoler pour les beaux yeux du rouquin. Il fallait qu'il soit prudent.

_C'mec a des couilles, reprit Jaggerjack en serrant ses deux poings fortement devant son visage. Il en a... Étonnant pour un mec qui n'sait rien faire d'aut' que d'écrire d'la littérature, hein ? J'ai essayé d'lui faire peur, d'lui faire comprendre qui j'étais. Et il a compris, mais il est t'jours rev'nu vers moi.

_Ah... l'amour ! s'exclama ironiquement Aizen, sentant cette conversation le barber déjà.

_J'peux lui faire confiance, et toi aussi tu devrais lui faire confiance. Jamais il m'trahira.

_Certes Grimmjow, certes. Nous en avions déjà parlé et je me rappelle précisément de l'argument que tu as avancé lorsque je t'ai présenté notre appétissant appât : son ex est un flic !

_Oui, je sais ça, je sais.

_C'était fortement confortable pour ton évasion, oh oui ça nous a beaucoup aidés. C'est en partie pour cela que j'ai choisi Kurosaki Ichigo afin qu'il entre la prison et qu'il soit cet otage qui faisait tout mon plan. Mais maintenant, le travail de son ex copain est un handicap majeur et tu le sais très bien !

_Il dira rien ! Bordel t'as pas entendu c'que j'ai dit toute à l'heure ? C'mec a plus d'couilles que jamais aucun yakuza du clan n'en aura jamais ! Et il est intelligent...

_Oui... Trop !

_Pour toi ?

_Non, trop intelligent pour toi, andouille ! répliqua le yakuza en le fusillant du regard. Tu t'es servi de lui, tu crois qu'il ne va pas se venger ? Cette interview c'était uniquement pour tes beaux yeux tu penses ? Non ! Il t'utilise à son tour, nul doute que son ex amant de flic était derrière tout ça. Il arriveront à te mettre la main dessus grâce à toi, et donc ils mettront la main sur moi.

_Pourquoi tu t'énerves, Sosuke? T'étais d'accord pour que j'le revois y'a dix secondes, s'étonna le turquoise en haussant les épaules.

_Oh oui, Grimmjow. Mais je te vois arriver comme le nez en plein milieu de la figure. Kurosaki Ichigo peut bien devenir ton amant ou peu importe, il n'entrera pas le clan. Pas plus qu'il ne bénéficiera de ma protection.

_Dans c'cas, dis adieu à la mission qu'tu m'as confié.

Le chantage était tombé comme un cheveux sur la soupe. Aizen étira ses lèvres en un rond majestueux, aucun son ne s'en échappant cependant, et laissa tomber ses bras le long de son corps :

_Bien, veux-tu jouer au plus malin avec moi, Grimmjow ? Tu sais ce qu'il en coûte.

Le bleuté étira un sourire provocateur et acquiesça d'un signe de tête rapide :

_Mais si t'veux pouvoir anéantir le clan Schiffer, t'as b'soin d'moi, Sosuke. J'suis l'seul en c'bas monde qui connaisse absolument tous ses repères par cœur, dans ma tête d'andouille, lança-t-il ironiquement, narguant le yakuza de ses opales azur.

Sosuke avait horreur lorsqu'on lui faisait mouche. Il n'aimait guère également lorsqu'on le mettait en rogne, et Grimmjow Jaggerjack était un as en la matière, mais cette fois-ci c'était différent. Si le bleuté s'entêtait tout cela aura été vain... Dix années d'emprisonnement de Grimmjow pour rien ? Non, Aizen ne pouvait plus accepter de voir son homme de main loin de lui, il avait plus que jamais besoin de lui.
Cette sensation étrange, comme une peur saisit tout à coup les tripes, s'insurgea en lui. Un sentiment qu'il ne connaissait que trop bien pour y avoir été confronté, dix années plus tôt, lors de l'emprisonnement de Grimmjow.

Mêlé à une guerre des gangs qui affaiblissait chaque minute son clan de yakuza, Aizen avait dû prendre une décision radicale : le clan Schiffer devait être éliminé. Malheureusement pour lui, Ulquiorra, le chef de clan était à l'époque en cellule, dans la prison de haute sécurité de Tokyo. A contre cœur, Aizen avait été obligé de faire un choix : renoncer à exterminer le clan qui empêchait son hégémonie sur Tokyo, ou atteindre son chef et recueillir les informations nécessaires à la boucherie du siècle?

Il avait tranché alors pour la seconde décision, faisant enfermer son très cher homme de main Grimmjow Jaggerjack pour mener cette mission. Mais cette décision s'était avérée bien plus affligeante encore pour lui, lorsque Grimmjow lui annonça que la pêche aux informations risquait d'être plus longue que prévue. Et plus celle-ci durait plus Barragan se soustrayait devant ses demandes, refusant de falsifier à nouveau un procès afin de faire sortir Grimmjow de prison. Car Sosuke ne pouvait se passer de sa panthère tout ce temps, si bien qu'après une année sans résultats, il prit l'initiative de faire sortir Jaggerjack et d'avoir recours à un autre moyen pour atteindre Schiffer. Mais le Maire refusait catégoriquement d'interférer encore une fois dans la justice et de libérer Grimmjow. Quant au bleuté, il refusait une évasion au scénario des plus fous, ne voulant pas de cette vie de fugitif et désirant être disculpé.
Rien à faire, Barragan leur avait fait faux bond et Sosuke s'était retrouvé seul à monter cette évasion de toute pièce. Mais encore fallait-il convaincre la bête de vivre comme un fugitif, et pour cela, il n'y avait eu que l'argument Kurosaki. Mais au final, ce rouquin qui avait formidablement servi ses intérêts sans le savoir, lui pourrissait la vie.

Et désormais, il n'était plus qu'à deux doigts de réaliser ses projets, mais ce fou aux cheveux bleus était encore sur son chemin.

_Très bien, finit-il par expier en serrant les dents. Je me chargerai de protéger Kurosaki, ça te va ?

_Bien, j'vois que tu t'es fait une raison. Sage décision, Sosuke. Plus sage que celle de t'faire enfermer toi aussi dans c'te prison pour je ne sais quelle raison. J't'avais jamais dit que c'était nul comme décision ? T'as failli tout faire capoter quand t'es entré dans la prison ! Sous prétexte de quoi, hein?

_Oh à cette époque le clan était au plus bas, Grimmjow. Il fallait que j'intègre la prison pour voir où tu en étais...

_Et résultat des courses, c'con d'Barragan t'a bien entubé, hein ?

Aizen étira une grimace, cet épisode de sa vie lui était désagréable au possible :

_Après m'avoir fait transféré à Fukuoka en me promettant une libération imminente, il m'a laissé croupir huit mois là-bas, pour finalement que je n'en sorte que récemment. Et heureusement qu'il s'est débrouillé pour falsifier mon procès, sinon j'y serai encore.

_Tout comme il a fait pour falsifier mon procès, mais pas dans l'même sens. J'suis un grand dégénéré aux yeux de millions d'personnes, Sosuke.

_Oui, j'aime cela. Et le fait que tu sois à mon service sert encore plus mes intérêts : tu sèmes la terreur chez mes adversaires.

Grimmjow resta pensif à l'entente de sa réplique, la terreur oui... C'était sans doute ce que Kurosaki avait dû ressentir. De la peur, de la méfiance, c'était tout naturel d'éprouver cela surtout lorsque la personne face à vous a été inculpé de multiples meurtres avec circonstances aggravantes. Bon sang, Barragan aurait quand même pu truquer ce procès différemment !

_Il ne pouvait pas t'accuser de faire partie de la mafia, Grimmjow, Schiffer s'en serait trop douté.

_Cambriolage ?

_Tu aurais pris une plus petite peine, il fallait que tu sois incarcéré pour perpétuité afin que Ulquiorra Schiffer te pense de confiance.

_Bien, bien..., soupira-t-il, agacé. N'empêche que Kurosaki pense que j'suis un taré.

_Mais tu l'es !

_Non, non ! répliqua-t-il en pointant un index sur le yakuza. J'suis pas taré...

_Mais tu commets des meurtres.

_Simplement parce que tu me le demandes, c'est mon travail. Si seul'ment il savait qui j'suis...

_Pourquoi ne lui dirais-tu pas toi-même ?

Grimmjow échappa un ricanement sarcastique :

_Parce que tu serais d'accord, peut-être ?

_Qui sait ? répondit l'autre en haussant les épaules. Tout ce que je veux c'est récupérer ces infos, Grimm. Dix ans que j'attends, bon sang !

_Tu peux bien attendre quelques jours de plus, hein ? C'est pas une question en fait, c'est plutôt une affirmation : t'vas attendre quelques jours de plus. L'temps qu'tu fasses toi aussi ta mission. Et tant que j'aurais pas... posé ma bouche sur celle de Kurosaki, tant que j'aurais pas... tâté ses jolies p'tites f...

_Ça va, ça va ! s'écria le yakuza en plaquant ses mains sur ses oreilles. Laisse-moi en dehors de tes histoires... yaoi ou je ne sais quoi ! Tu vas me faire vomir... Attendons de voir ce que la police fait contre Kurosaki avant d'agir. Avec cette interview il risque fort d'avoir des ennuis et ce n'est pas pour me plaire.

Grimmjow soupira, il était d'accord pour attendre encore un peu lui aussi. Après tout, cette interview l'avait soulagé : Ichigo croyait encore en lui et lui avait laissé ce message. Il espérait plus que tout que le jeune homme saurait aussi déchiffrer le sien, il en allait de leur futur.

Kurosaki Ichigo devait savoir qui il était vraiment, cette idée l'obnubilait chaque seconde depuis qu'il était sorti de la prison. Tant de choses n'étaient que mensonges dans cette histoire que parfois il avait du mal à suivre. Tout comme la position d'Aizen au sein du clan d'ailleurs...

_Au fait, j'ai jamais su d'puis toutes ces années que j'te connais... C'est toi l'chef d'clan ou pas ?

Sosuke étira un sourire amusé, il aimait cette question. C'était une interrogation récurrente parmi les membres du clan et il avait toujours pris grand soin à y répondre évasivement :

_L'important, c'est que la police pense que je ne le suis pas.

_Donc c'est qu'tu l'es ?

_Non, Grimmjow, non, ajouta-t-il en souriant plus largement, terminant son verre rapidement. Je protège une personne... bien plus importante encore.

_Qui ? Stark ? ricana Jaggerjack. Tout l'monde croit que c'est c'chacal qui contrôle l'clan ! Et qu'toi t'en fais juste partie comme ça, par obligation familiale. Même les hommes, jusqu'à ton chauffeur pensent qu'c'est ça !

_Alors, peut-être que c'est cela ?

_Nan, moi j'y crois pas.

_J'avais oublié ta tendance à ne pas être sujet à la naïveté, Grimmjow.

Le bleuté prit la réplique comme un compliment, bien sûr qu'il n'était pas naïf. Il ne manquerait plus que ça.

_Tu viens d'le dire toi-même : tu protèges quelqu'un d'plus important encore. Mais si tout l'monde croit que l'chef de clan c'est Stark tant mieux. Le pays tout entier croit qu'ils ont coffré le chef du clan de yakuza le plus redouté du Japon... Ahah ! Les imbéciles.

_Oui, en effet, Grimmjow. Mais laisse-moi te dire une chose.

_Quoi ?

_Sache que si tu me fournis les informations nécessaires et que tu prends part à l'éradication du clan Schiffer, il se pourrait que tu rencontres en personne le chef de ton clan.

Jaggerjack fronça ses sourcils lentement à en faire plisser la peau de son front comme celle d'un vieil homme. Depuis son entrée au sein de ce clan de yakuza, à l'âge de quinze ans, c'était bien la première fois que Aizen Sosuke lui disait une telle chose. Et même qu'il avouait qu'il n'était pas le chef de clan. C'était une preuve de confiance la panthère le savait pertinemment. Mais comment savoir si on ne le roulait pas dans la farine une nouvelle fois ?

Il le saurait avec le temps.


Plus tard dans la soirée

Hisagi s'était assoupi sur son bureau, son menton reposant sur sa poitrine et ses bras croisés se soulevant au rythme de sa respiration. Il était pourtant très tard et l'homme qui désormais assurait les fonctions de commissaire au sein du poste de police, en l'absence de tout autre supérieur, était éreinté par tous ces évènements.
La mort de son mentor et supérieur, l'évasion d'un dangereux criminel dont ses hommes avaient perdu la trace et maintenant son ex qui s'amusait à tout raconter à la presse sans état d'âme, sans oublier le cas Aizen Sosuke qui refaisait surface après tout ce temps… Tout ceci n'était pas pour calmer son horloge interne.

Devant lui sur son bureau, étalé de part et d'autre de la surface de bois, un épais dossier avait été ouvert et les feuilles qu'il contenait déplacées. Un stylo encore ouvert était déposé sur une feuille annotée à la va-vite de plusieurs dates ainsi que de notes diverses et variées. A côté de l'ordinateur de Shuuhei une tasse de café froid, dont l'odeur prenante et persistante embaumait toute la pièce, donnant une atmosphère piquante au sombre bureau de l'inspecteur.

Le brun renifla soudain bruyamment dans son sommeil, son visage se soulevant rapidement, sans qu'il n'ouvre les yeux cependant, alerté par un courant d'air inhabituel. Il bougea sur son siège, commençant à ouvrir peu à peu ses prunelles noires rougies par le sommeil trop court duquel il venait de se réveiller.

_Brrr…, grogna-t-il sauvagement, essuyant un violent frisson.

Mais il ne put se rendormir, ni fermer à nouveau les yeux. Une étrange impression l'avait saisit soudain et il décroisa ses bras, son regard braqué sur la porte de son bureau maintenant entrouverte. Quelqu'un l'avait vu dormir… Inquiet et jetant un coup d'œil à l'heure sur son écran d'ordinateur il constata qu'il était malgré tout l'heure de rentrer pour un bon sommeil, sur un matelas plus confortable que son siège de cuir. D'un geste aguerri, il chercha l'interrupteur derrière lui et alluma la lumière de la pièce.

_Bordel ! s'écria-t-il, sautant sur ses pieds et plaquant une main sur son arme plus vite que l'éclair.

Face à lui, un visage souriant l'observait, assis dans un fauteuil à l'autre bout de son bureau. Il lui avait donné la peur de sa vie.

_Bordel, vous êtes cinglé ou quoi ? s'écria-t-il en se passant une main sur le visage pour s'éveiller un peu plus encore.

_Je n'ai fait qu'attendre ton réveil, Shuuhei. Je ne voulais pas te déranger.

_Depuis quand êtes-vous là ? jeta-t-il sans politesse aucune, se déplaçant pour aller refermer la porte de son bureau.

_Quelques minutes ?

_Je l'espère pour vous.

Hisagi retourna s'asseoir derrière son bureau et regretta finalement de ne pas être parti plus tôt. L'arrivée à l'improviste de son visiteur ne lui garantissait pas qu'il puisse revoir son foyer ce soir. Néanmoins, sa curiosité sur sa présence l'empêcha de penser à nouveau à son lit moelleux.

_Que me vaut votre visite ? reprit-il, impatient.

_Arf… Je suis sûr qu'au fond de toi tu sais pourquoi je suis là, hein ?

_Ichigo, n'est-ce pas ?

_Tout à fait.

_Ne lui faites pas de mal s'il vous plait, soupira-t-il en adoptant un visage triste et inquiet. Ce n'est pas sa faute.

_Pourquoi lui ferais-je du mal, Shuuhei ? demanda l'invité avec un sourire sincère. Ce n'est pas ce que je veux, et ce n'est pas ce qui est prévu. En ce moment vois-tu, Ichigo sert plutôt nos intérêts.

_Nos intérêts ? Comment ça ? s'enquit-il en fronçant ses sourcils. Il a balancé un tas de trucs confidentiels et obstruction à…

_Oui, oui ça va je connais la routine ! le coupa l'homme en brassant de l'air avec sa main. Mais si tu regardes plus attentivement… Kurosaki Ichigo est l'homme qui semble le plus apte à obtenir ce que nous voulons ne crois-tu pas ?

_C'est possible… Mais s'il nous fait passer pour des pourris aux yeux de citoyens…

_Mais tant mieux !

_Je ne veux pas être de cette police là, moi ! s'emporta le jeune inspecteur en plaquant une main sur sa poitrine. J'ai des ambitions, un plan de carrière, je veux… je veux fonder une famille, construire et maison et partir en voyages comme tout japonais normal !

_Oui, ça viendra Shuuhei-kun. Mais si l'on veut parvenir à notre but, il faut bien entendu que la police soit discréditée. Le fer de lance d'une ville est sa police. Mettez à mal l'organe qui protège les citoyens et ils se retournent contre le pouvoir présent. Tout bénèf' !

_Ça ne restera pas dans les mémoires jusqu'aux élections et vous le savez très bien !

_Peut-être pas effectivement. Mais qui te dit que nous allons attendre les élections ?

Shuuhei étira un sourire amusé en entendant la réponse de son interlocuteur, c'était de plus en plus fou cette histoire. Parfois, il n'arrivait même plus à savoir qui disait vrai, qui était le bien et qui était le mal. Et dire qu'il avait plongé Ichigo dans tout ça… ce n'était pas ce qu'il désirait au départ. Mais… une chose en entrainant une autre, il n'avait pas été capable de reculer.

_Vous prenez la tête du commissariat ? interrogea-t-il, histoire d'en revenir à un sujet plus banal.

_Non, répondit l'autre avec un rire, pourquoi le devrais-je ?

_Parce que… nous avons besoin d'un supérieur et…

_Tu dois comprendre… je fais partie de la police des polices, je suis là-dedans depuis trop longtemps pour qu'on me mette à un poste médiatique et aussi diplomatique que celui-ci. Je me suis déjà occupé de Yamamoto et du reste, ça devrait aller.

_Mph… Oui, peut-être. En attendant, vous n'avez pas fait grand-chose pour Ichigo lorsque je vous l'avais demandé à l'intérieur de la prison.

_Muguruma était fait pour ça, je pensais que tu en étais conscient. Et puis… ce n'était pas mon rôle.

_Non, votre rôle c'était surtout de s'assurer que Yamamoto agisse comme vous l'aviez prévu, hein ?

_Mais sans ton aide je n'y serai pas parvenu. Ah… Quelle chance que tu connaisses si bien Ichigo ! Tout a été d'autant plus simple.

Shuuhei se frotta énergiquement les yeux comme il le faisait chaque matin depuis des mois, ne parvenant même plus à discerner la réalité de la fiction. Toute sa vie avait pris un tournant presque trop... irréel. Des mois plus tôt, un homme s'était présenté dans son bureau, arborant fièrement un badge qu'il admirait plus que tout, une appartenance qu'il désirait obtenir plus encore que l'amour d'Ichigo : la police des polices.

C'était le rêve d'Hisagi Shuuhei, rentrer dans ce cercle très fermé et initier une carrière au plus haut. Et cet homme le lui avait offert sur un plateau :

« Après avoir étudié les dossiers de bons nombres de jeunes inspecteurs et commissaires du pays, nous avons décidé de tester plusieurs d'entre vous. Vous avez été choisi, Hisagi Shuuhei, pour prouver que vous pouvez gagner une place au sein de la police des polices. »

Quel rêve était-ce cela ? Comment dire non à une telle folie ? Il n'en avait pas eu le courage...

Et depuis tout ce temps, il avait compris que tout ceci n'était pas sans dommages collatéraux. L'homme qui l'avait contacté dans cette intention, Kyouraku Shunsui, s'était fait engager dans la prison de haute sécurité de Tokyo en tant que gardien de prison. Il était même parvenu à se faire considérer comme un élément de confiance par Yamamoto en quelques semaines, parvenant à manipuler le vieil homme comme il l'entendait. Commençant à considérer Muguruma Kensei comme une menace pour leur plan puisque influent lui aussi auprès du directeur de la prison, il avait demandé à Shuuhei de s'en rapprocher histoire de le contrôler pour au final, après l'échec d'Hisagi, le faire virer de la prison.

Se servant de la toute première faute du gardien dans son exercice - son altercation avec Grimmjow - Kyouraku était parvenu à éloigner l'émérite garde du directeur sur le départ.

Kyouraku n'avait pas toujours eu les bonnes idées. Au premier abord, Hisagi ne connaissait même pas les tenants et les aboutissants de toute cette histoire, tout ce qu'il savait était qu'il avait été choisi parce qu'il était proche de Kurosaki Ichigo, et que sa relation avec lui pouvait lui ouvrir les postes d'un poste haut placé dans la police des polices. Si bien qu'il avait foncé tête baissée dans cette histoire, sans même en comprendre un traitre mot, impliquant avec lui son ex petit-ami.

_Je dois avouer que la perte de Kaname-kun est un problème, reprit Kyouraku en frottant son menton mal rasé. Sans lui, toute cette histoire serait restée dans l'ombre. Un si bon espion...

_Vous voulez dire "agent double" plutôt, non ? marmonna le brun en maudissant Kyouraku d'être venu le trouver en premier lieu.

Il avait toujours ignoré l'implication de son supérieur Tosen Kaname dans cette histoire, avant quelques jours seulement. Tosen était censé infiltrer l'organisation d'Aizen, ce qu'il avait parfaitement réussi à faire, afin d'en comprendre les motivations. Et c'était avec regret que lui, Hisagi Shuuhei, avait enfin mis le doigt sur les vraies motivations de la police des polices...

Barragan Luisenbarn était dans leur collimateur depuis son second mandat à la mairie. Soupçonné d'être impliqué de très près dans les affaires de la mafia à des fins lucratives, la mission première de Kyouraku et de Tosen était de prouver cette corrélation entre le maire en fonction et la mafia. Mais, autant que faire se peut, la loi de la police des polices était que tout soit réglé dans l'ignorance absolue des citoyens, dans l'ombre. Dénoncer les manigances de Barragan avec la justice et la mafia ne devait bien sûr pas être ébruitée, quel scandale sinon...

Il fallait évincer le maire de façon plus... intelligente.

_Dis-moi Shuuhei-kun, reprit l'homme en croisant ses jambes lentement, il s'avère que mes supérieurs sont quelques peu... inquiets à propos de Kurosaki. Oh pour l'instant il a magnifiquemet joué son rôle et je t'avoue que je me demande si l'objectif de Sosuke au final n'est pas le même que le nôtre mais... s'il rejoint Jaggerjack et Aizen il va nous poser un gros problème.

_Je m'en chargerai. J'ai bien réussi à récupérer Muguruma et à l'éloigner de cette affaire.

_Oui, c'est vrai et d'ailleurs tes talents de séducteurs ne sont pas passés inaperçus chez mes supérieurs mais..., dit-il avec un petit rire moqueur, nous ne parlons pas du même individu. Kurosaki est intelligent, rusé et très curieux. Tu l'as dit toi-même Shuuhei-kun : moins Kurosaki en sait, plus nous sommes libres. Or, je crains que son attachement à Jaggerjack ne le fasse sauter de pleins pieds là-dedans.

_Je vous dis que je m'en charge, répéta-t-il une pointe d'agacement dans la voix.

_Sauf le respect que je te dois et ma confiance entière Shuuhei-kun, il me semble que tu as échoué misérablement. Deux fois. Kurosaki ta rejeté n'est-ce pas ?

_Il finira par...

_Non, tu dois trouver autre chose. Nous ne devons pas le laisser s'impliquer avec Jaggerjack d'avantage.

_Il est amoureux de lui, ajouta Hisagi en haussant le ton, énervé. Il... il va le revoir ! Il vont se revoir et il ne pourra plus revenir en arrière ! Grimmjow va tout lui avouer et il fera le rapprochement avec moi, il a toujours su que mon rêve c'était d'intégrer la police des polices ! Il va tout découvrir et ce n'est pas faute de vous l'avoir dit au début ! Je vous avais prévenu et vous ne m'avez pas écouté et...

_Calme-toi, ça ne sert à rien de t'énerver. J'ai bien dit que pour l'instant il servait nos intérêts, non ? C'est juste qu'il m'inquiète pour ses futurs actes et décisions.

_Que dois-je faire alors ? Je suis perdu un peu...

Kyouraku soupira. Il savait que le jeune inspecteur savait quoi faire, même qu'il voulait d'une certaine façon éviter le plus possible d'avoir à impliquer son ancien amant dans cette histoire mais pourtant...

_Tu dois rester proche de Kurosaki, de n'importe quelle manière et...

Kyouraku s'arrêta de parler, interrompu par une sonnerie légère qui s'éleva de la poche de son long manteau noir. Shuuhei l'observa prendre en mains l'appareil, essoufflé d'avoir à convaincre un homme qui pourtant savait mieux que lui les risques qu'allaient engendrer la relation de Jaggerjack et Kurosaki.

_Je dois répondre, annonça-t-il à Shuuhei avant de décrocher. Oui ?

Shuuhei se laissa tomber contre le dossier de son siège, soupirant à nouveau. Que pouvait-il bien faire maintenant à part faire ce qu'on lui demandait ? Il y était impliqué jusqu'au cou lui aussi...

_Oui, il est avec moi... Quand ça ?... Très bien faites écouter.

Il se leva alors, se dirigeant jusqu'au bureau de l'inspecteur qui l'observait de ses yeux interrogateurs. Il déposa son portable devant le brun et actionna le haut-parleur :

_Jaggerjack a contacté Kurosaki. Il y a quelques minutes... Je ne m'attendais pas à ce qu'il le fasse si tôt mais...

_Mais vous avez mis son appartement sur écoute ?

Les deux hommes échangèrent un regard qui en disait long. Ce n'était pas vraiment une question qu'il venait de poser, il connaissait bien évidemment la réponse.

_Nous avons enregistré leur conversation, écoute...

Shuuhei baissa ses yeux sur le portable de l'homme qui le visitait et une sonnerie grésillante résonna dans la pièce silencieuse.

« Allô ? »

La voix ensommeillée et hésitante d'Ichigo coupa la sonnerie après plusieurs tonalités. Hisagi s'accrocha aux accoudoirs de son siège par pur réflexe, et non pas par crispation. Il redoutait seulement d'entendre l'homme qu'il aimait toujours échanger des mots avec cet homme qu'il exécrait.

« T'es seul ? »

Shuuhei sentit son coeur s'accélérer un peu plus. Bon sang, c'était Grimmjow ! Ce type était vraisemblablement cinglé pour oser appeler Ichigo après si peu de temps. Ne pensait-il pas que l'écrivain était surveillée et écouté ?

« Qu... Grimmjow ?

_T'es seul?

_...

_Réponds !

_T'es... t'es dingue de m'appeler ? Oui, seul.. je... Grimmjow, je...

_Ne crois pas que t'es seul. Tu dois être sur écoute, maint'nant écoute moi.

_Mais...

_Tais-toi et ne dis rien de plus : t'as pas oublié hein ?

_Quoi ?

_C'que j't'ai dit...

_Quand ?

_Ce jour... »

Kyouraku et Hisagi échangèrent un autre regard éloquent. Shuuhei ferma les yeux un instant, il ne pouvait pas s'empêcher d'écouter les respirations courtes d'Ichigo, il était étonné et à la fois enthousiaste, il pouvait l'entendre aux tremblements de sa voix, et à sa respiration saccadée. Il n'y avait aucun doute à avoir, Kurosaki était amoureux de cet homme. Et cette pensée était comme une lame lacérant son pauvre cœur mis à mal.

« Je... je me souviens.

_Alors fais rien d'aut' que ça. Fais-le et rien d'aut'.

_Grimm...

_Ecoute, y'a pleins d'choses qu'il faut qu'tu saches. et j'peux pas les dire comme ça maint'nant, mais tu dois m'croire !

_Où es-tu ?

_Question con, trésor.

_Que... Pourquoi ?

_Tout c'que j'sais c'est que... c'était vach'ment bien tout c'que t'as dit ce soir.

_Je ne savais pas comment te parler, ni comment te dire que...

_J'sais. C'est débile de t'appeler maint'nant, j'sais. Les flics vont s'régaler d'nous entendre, j'parie qu'ils se frottent les mains en c'moment en nous écoutant. Mais...

_Je me rappelle, Grimmjow. Je me rappelle, ne t'en fais pas.

_C'est tout c'qui compte.

_Je... j'aimerais te dire tellement de choses moi aussi...

_Pas autant qu'moi j'parie. Tu dois pas croire tout c'qu'on dit, O.K ? Sur moi, c'que la police t'dira... C'est des conneries.

_Je sais, je le sais.

_Bien... J'dois y aller.

_Attends !

_A plus, trésor.»

Et sur ces mots, la conversation prit fin. Hisagi resta interdit alors que Kyouraku reprenait son portable en mains et raccrochait après avoir désactivé le haut-parleur. Cette conversation n'apportait rien de concret du tout ! C'était... affligeant, pour ainsi dire.

_Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda-t-il en secouant la tête.

_Apparemment, notre Jaggerjack aurait dit une chose importante à Kurosaki qu'il veut absolument qu'il se rappelle...

Shuuhei sembla répéter la phrase de Shunsui dans sa tête, comme s'il tentait d'en comprendre la portée. Oui... Maintenant qu'il y pensait, c'était effectivement le cas. Bien trop occupé à écouter la voix de son ancien amant et à ravaler sa jalousie, il n'avait même pas tenté de capter la profondeur de la conversation. Il fallait qu'il reste concentré, bon sang !

_Comme... le lieu dans lequel il se cache ? lâcha-t-il après quelques secondes de réflexion.

_Possible.

_Bordel... C'est... Il n'a aucune idée dans quoi il est tombé !

_Contrairement à Jaggerjack, on dirait, répliqua Kyouraku avec un petit rire. Il sait très bien que Ichigo est surveillé, qu'il est sur écoute, qu'il est suivit. Il ne tentera rien.

_Mais comment savoir ce que c'est ce "ce jour-là" et "ce que je t'ai dit" ?

Kyouraku hocha la tête, plantant ses yeux sur le visage de l'inspecteur quelque peu déconcerté :

_Ça, mon cher, il t'incombe de le découvrir, et à toi seul.


Le souffle court et les mains tremblantes, Ichigo resta de longues minutes à observer l'écran de son téléphone sans esquisser le moindre geste. C'était une manifestation divine, un message inattendu, une conversation providentielle ! Entendre la voix de Grimmjow après cette soirée éreintante était bien plus apaisant que toutes les méthodes de relaxation du monde ! Et pourtant, il avait encore l'impression de ressentir un immense vide dans sa vie et dans sa tête. Ces quelques paroles échangées étaient comme une drogue dont les effets s'estompent bien trop vite. Il voulait l'entendre à nouveau, confronter son regard, plonger jusqu'à la fin de ses jours dans ce bleu si profond et si vivant de ses yeux. Il voulait le voir plus que jamais, sentir ses bras soutenir son corps pour ne pas qu'il tombe tête première dans les abysses de la confusion.

S'il le voulait tant il n'avait qu'une seule chose à faire et Jaggerjack venait tout juste de le contacter pour le lui rappeler : ses effets personnels. Et bien qu'il fut deux heures du matin, Ichigo était plus réveillé et prêt que jamais à prendre le taureau par les cornes.

Mais un détail retint son enthousiasme cependant; Grimmjow avait dit qu'il était écouté par la police, n'est-ce pas ? Dans ce cas, Shuuhei devait être au courant de tout cela, et du fait qu'il l'avait contacté ce soir même. Comment pourrait-il maintenant approcher de près ou de loin les pièces à conviction de l'affaire ? C'était peine perdue !

_A moins que...

A moins qu'il ne ruse. A moins que toutes ses hypothèses ne soient justes, mais si elles s'avéraient erronées, il n'aurait plus aucun moyen d'agir.

Si Hisagi Shuuhei conservait les effets personnels de Grimmjow chez lui, et s'il était parfaitement au courant de son implication dans la vie de Jaggerjack à présent, nulle doute qu'il prendrait soin de ne pas laisser les objets du bleuté chez lui, avant sa visite de demain.

Mais comment faire alors ? Amener Shuuhei à les lui montrer de son plein gré ? Oui, bien sûr, comme s'il pouvait manipuler son ex, inspecteur de police, et qui plus est parfaitement au courant de l'affaire. Il était certes doué, mais pas autant que cela pour amener Shuuhei à faire ce qu'il voulait. Pourtant, il le connaissait très bien. Si bien même qu'il réfuta tout de suite l'idée.

La seule idée plausible était de réussir ce tour sans qu'il ne le sache, s'introduire dans son ordinateur n'était pas une tâche impossible, lorsqu'on tente d'espionner sa moitié on arrive toujours à ses fins. Nul doute que son ordinateur regorgeait de dossiers et de rapports sur toutes les affaires dans lesquelles il avait été impliqué. Pourquoi pas celle de l'évasion de Grimmjow ? Il lui suffirait d'attendre le moment opportun, comme son sommeil par exemple. Shuuhei avait toujours eu le sommeil lourd et Ichigo le savait mieux que personne. Mais il ne dormait comme un loir qu'après avoir... fait l'amour, pensa-t-il désappointé.

Le jeu en valait-il la chandelle ? pensa-t-il en s'effondrant sur son lit, l'éveil causé par l'appel de Grimmjow commençant à s'estomper et le sommeil le regagnant à nouveau. Non, il n'était pas comme ça... Ce n'était pas son genre, il trouverait autre chose, décida-t-il en fermant les yeux.

Demain, il trouverait une ruse digne de ce nom. Il en était certain.