Titre : Le roman du prisonnier
Chapitre : Puzzle me*
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Précédemment : Ichigo a reçu un appel de Grimmjow, évoquant ses objets personnels laissés à la prison qu'il doit récupérer. Pendant ce temps, Hisagi reçoit son supérieur de la police des polices, qui met en avant l'élément important de leur enquête : Ichigo est le seul à pouvoir les rapprocher de leur but final...
Chapitre 16. Puzzle me.
« Allô ?
_C'est moi.
_Oh… J'ai tellement attendu ton appel, si tu savais ! »
Une main se crispa autour du combiné du téléphone et des yeux se fermèrent un instant, appréciant la sensation de soulagement qu'apportait cet appel tant espéré.
« Je sais, je suis désolé. Je ne voulais pas te faire souffrir.
_Je le sais. Mon Dieu, où te trouves-tu ?
_J'aimerais tellement pouvoir te le dire, te prendre dans mes bras, t'embrasser et…
_Je t'en prie ne dis pas ça. C'est comme si tu étais à cent lieues de moi. Je t'aime tant. »
Une bouche s'élargit en un sourire tendre sur des dents d'un blanc impeccable. De doux sentiments remontant à la surface, les yeux brillaient d'une émotion toute neuve qui aurait fait battre le cœur de n'importe quel homme.
« Moi aussi je t'aime, mon amour. Mais… Tu sais que la police me recherche et que je risque ma vie en te rencontrant.
_Je donnerai ma vie pour la tienne, mon amour si tu… »
Zip !
_Soap de merde !
Ichigo envoya valser la télécommande de son téléviseur sur la table basse devant lui, après avoir décidé de ne plus jamais regarder de soap américain, et cela même s'il était extrêmement ennuyé et qu'il cherchait par tous les moyens à se distraire.
L'écriture de son roman avançait tant bien que mal c'était un fait. Les longues descriptions de Grimmjow étaient empruntes d'un peu trop de subjectivité et il ne parvenait pas à l'écrire autrement. Lorsqu'il s'agissait de Jaggerjack Ichigo perdait ses moyens, il perdait même son objectivité d'auteur une grande première pour lui. Mais après tout c'était son histoire, son roman et s'il voulait parvenir absolument à ce que le lecteur se délecte de la personne de Jaggerjack autant que lui, il ne pouvait le décrire différemment.
Mais contrairement à ses autres œuvres cette fois-ci Kurosaki Ichigo n'était pas l'acteur passif, celui qui tenait la plume et pouvait choisir ce qui arrivait tranquillement caché derrière son écran. Il était plutôt au cœur de l'action, en plein dans l'histoire, un personnage principal. Et Dieu savait que dans son roman, le personnage qui s'évertuait à sortir Grimmjow de prison se bougeait les fesses lui!
En dépit du fait qu'il savait mieux que quiconque que le bleuté ne le rappellerait pas de si tôt, son portable dans sa main ne le quittait pas où qu'il aille. De la cuisine jusque dans son bain, en passant par les toilettes et jusqu'à sa boîte aux lettres bourrée de lettres incendiaires ou au contraire d'admirateurs secrets, Kurosaki Ichigo ne quittait plus d'une semelle le précieux appareil. Si Grimmjow le contactait à nouveau il ne voulait manquer son appel sous aucun prétexte.
Une nuit et une journée s'étaient écoulées depuis la fameuse interview donnée en direct qui lui avait valu les foudres de son ex Hisagi, et depuis le coup de fil inespéré de Jaggerjack. Mais son apparition sur le petit écran allait encore faire les gros titres pendant un certain temps, et Shuuhei et Grimmjow n'avaient pas été les seuls à y réagir.
Un rapide coup d'œil par la fenêtre de sa chambre lui indiqua que sur le trottoir devant son immeuble, la cohue était toujours de sortie. En effet, depuis la veille, un petit groupe homogène d'une trentaine de personnes - sans compter les journalistes aux aguets, campés dans des voitures tout le long de la rue - tournaient devant son habitation, brandissant des pancartes. Celles-ci étalaient en gros caractères lisibles de loin des slogans divers et variés. Ichigo ne s'était pas attardé à les lire néanmoins, nullement atteint par ces actions de soutien ou de révolte envers sa personne. Franchement, ils pensaient l'impressionner ? Il était écrivain ! Au cours de sa carrière il n'avait vécu que de critiques et d'encensements, de plus il était amoureux d'un dangereux criminel qui l'avait pris en otage et avait menacé sa vie. Son ex amant était un inspecteur de police qui lui avait appris les ficelles de la crim' et l'aisance au tir. Franchement, ce n'était pas un groupe de touristes pancartes en mains qui allaient lui faire peur ou l'empêcher de mener sa vie.
Mais ils mettaient ses nerfs à mal :
_Connards, marmonna-t-il en s'éloignant de la fenêtre, prenant le chemin de la cuisine.
Également, il ne pouvait faire abstraction de l'impact de toute cette histoire sur sa personne, elle le mettait de mauvaise humeur et il ressemblait à un criminel enfermé dans une tour d'ivoire, ceux qui l'avaient condamné venant clamer leur haine envers lui. Ces gens n'avaient aucune idée de tout ce qui se cachait derrière ses motivations. Ils n'avaient pas vécu ce qu'il avait vécu, pensa-t-il avec dégoût.
Mais malheureusement pour lui, cette petite marée humaine était un obstacle de taille entre son logement et le monde extérieur. Sans compter qu'aujourd'hui il devait sortir de chez lui et affronter cette bande d'hurluberlues s'il voulait enfin résoudre l'énigme que Grimmjow lui avait laissée. A cette pensée, il échappa un long soupir tout en se versant un verre de lait frais devant le réfrigérateur ouvert. Piqué par le froid de la machine sur ses pieds nus, il recula de quelques pas, se rappelant au passage que la future confrontation avec Hisagi ne s'annonçait pas de tout repos non plus. Son dos heurta douloureusement le bar, perdu dans ses pensées contrariantes, et il échappa son verre au sol qui se brisa en mille morceaux, éclaboussant du lait sur ses pieds et partout dans la cuisine.
_Merde !
Il se précipita sur un chiffon posé près de l'évier et le jeta au sol, épongeant le liquide épais blanc qui coulait jusque dans l'entrée à présent.
_Oh merde, merde, merde ! S'exclama-t-il de plus belle, entourant ses pieds nus d'essui-tout pour les sécher.
La journée ne pouvait pas plus mal commencer pour lui ! Même si le jour déclinait déjà en cette fin d'après-midi, le rythme journalier de l'écrivain étant décalé du reste de la population, pour lui la journée commençait à 17h, il n'en était pas moins qu'elle ne débutait pas sous les meilleurs auspices. Entre ces râleurs qui brandissaient des pancartes absurdes devant chez lui, Grimmjow qui lui échappait encore et Hisagi qui ne manquerait pas de lui passer un nouveau savon – bien plus terrible que tous les autres – il n'avait pas besoin en plus d'une catastrophe dans sa cuisine.
Mais peut-être que cette journée si mal commencée finirait bien... ?
_Ouais, comme si ça se passait comme ça d'habitude, pesta-t-il en pénétrant dans sa baignoire fumante d'eau parfumée.
Oui, il fallait qu'il prenne un bain, ou plutôt il fallait qu'il porte l'odeur de ces sels de bain luxueux dont Shuuhei avait toujours raffolé. Il voulait le mettre de bonne humeur pour calmer sans doute, son geste n'étant pas innocent, la colère de son ex.
Il avait également prévu de mettre cette chemise qu'il lui avait offert à un quelconque anniversaire, et ces chaussures en cuir qu'il avait toujours aimées. Et pourquoi pas une touche de cette eau de toilette qu'ils avaient acheté ensemble un jour de shopping qui lui semblait bien loin désormais.
_Lèche-cul, lança-t-il à son reflet dans la glace, une réplique que Grimmjow aurait sans doute eut l'audace de sortir bien avant lui s'il avait été là.
Cette pensée le fit frissonner des pieds à la tête et son reflet dans le miroir prit le masque de l'inquiétude et de la tristesse. Comme il aurait aimé ne pas penser à lui à chaque seconde, ne pas ressentir son absence et ne pas éprouver un manque tenace. Un manque qui s'était installé chez lui si naturellement qu'il avait l'impression qu'il faisait partie de lui depuis toujours. Grimmjow était vraiment très fort pour être parvenu à faire de lui un être implorant et végétatif. Certes, il se l'était déjà avoué maintes fois et cela n'avait pas joué en sa faveur, pire même, la révélation de ces sentiments l'avait conduit à encore plus désirer revoir le fugitif mais qu'y avait-il de mal à être honnête avec soit-même ?
Le désir qu'il éprouvait pour ce taulard le conduisait même à vouloir se jouer de son ex. Et maintenant qu'il savait à peu près quoi faire pour parvenir à le retrouver, il ne pouvait plus reculer n'est-ce pas ?
Mais en s'observant ridiculeusement accoutré comme s'il se rendait à un rendez-vous galant, empestant l'eau de toilette à plusieurs milliers de yens qu'il n'avait pas touchée depuis sa rupture avec le brun, il comprit qu'il se trompait encore un peu plus. Ce n'était pas séduire l'inspecteur qu'il souhaitait, tout du moins il ne le souhaitait pas pour parvenir à ses fins, même s'il était prêt à tout pour rejoindre Grimmjow. Il voulait juste avoir accès à ce qu'il savait sur les effets personnels de la panthère, et peut-être avancer et trouver des réponses à ses questionnements, et ce n'était certainement pas en se présentant ainsi qu'il y parviendrait.
Non, il voulait que Hisagi le prenne au sérieux, ce qu'il n'avait semble-t-il pas fait depuis le début de cette histoire. Il fallait qu'il lui prouve qu'il valait mieux que ça, et que tout ce qu'il lui avait appris n'avait pas été oublié.
_Bon sang ! rugit-il en sortant de la salle de bains, arrachant la chemise tape à l'œil pour la jeter à terre et enfilant un tee-shirt gris banal à la place.
Puis, il enfila ses converses qui avaient déjà vu du pays et s'immobilisa un instant pour écouter les clameurs des manifestants dans la rue. Soupirant d'exaspération, il vissa une casquette noire sur sa tête, dissimulant totalement sa chevelure rousse et glissa dans sa poche la télécommande électronique de la porte du garage.
Une fois sorti de son appartement, il dévala les marches qui le séparaient du sous-sol et pénétra dans le parking. Sa voiture était là, observa-t-il en s'arrêtant devant le véhicule qu'il avait eu pour idée d'emprunter aujourd'hui, mais était-ce une bonne idée après tout ?
Les journalistes et les manifestants connaissaient le modèle de luxe qu'il conduisait et il ne passerait pas inaperçu. Alors quoi ? Sortir à pied du garage ? Encore mieux, le bruit de la porte électronique alerterait tout le monde et il se jetterait dans la gueule du loup. Non, il fallait que…
_Bonjour !
Une voix derrière lui le fit sursauter et il se retrouva face au visage peu enjoué de son concierge, Tessaï. L'homme ne portait – comme à son habitude – qu'un tee-shirt blanc et son tablier bleu marine sur un pantalon beige froissé. Ichigo étira un sourire emprunt de sympathie, constatant comme à chaque fois à quel point la carrure de l'homme était impressionnante.
Depuis qu'il avait emménagé dans son loft, quelques années plus tôt, Tessaï avait toujours été d'une bonté et d'une gentillesse sans limites à son égard. C'était lui qui récupérait son courrier lorsqu'il partait promouvoir ses romans aux quatre coins du monde, lui qui montait ses meubles jusque chez lui à chaque fois qu'il refaisait son intérieur. L'homme avait par plusieurs fois même, éconduit des fans ou des journalistes qui tentaient de s'introduire dans la résidence, ayant toujours veillé au calme et à la sécurité du jeune écrivain.
Chaque Noël, pour le remercier, Kurosaki lui achetait une bouteille de vin d'un cru excellent, que le concierge n'aurait certainement pas pu se payer. Pour son anniversaire, il commandait un gâteau chez le meilleur pâtissier du pays et lorsque l'homme se trouvait en situation difficile, Ichigo se débrouillait toujours pour lui venir en aide, qu'il s'agisse d'argent ou de problème plus personnel encore.
Le roux remarqua alors que le concierge remettait en place des poubelles vides dans le local réservé à cet effet, et le rejoignit discrètement, une idée en tête :
_Qu'est-ce que vous faites ? Questionna-t-il.
_Je viens de laver les poubelles, comme toutes les semaines, Kurosaki-sama. Vous avez vu ça dehors ? demanda-t-il en se tournant vers l'écrivain, le toisant de ses deux mètres de musculature. On dirait qu'ils en ont après vous.
_Oh euh oui, répondit le jeune homme agacé. En fait, je… j'essaye de leur échapper.
Ses yeux se posèrent sur les bennes à ordure maintenant vides et nettoyées par les mains expertes du concierge. Pendant une seconde il se crut fou en pesant le pour et le contre de cette idée qui venait de lui traverser l'esprit, puis ensuite il considéra que ce n'était pas si mal. Il en rirait plus tard certainement.
_J'ai besoin que vous me rendiez un petit service, Tessaï…
_Oui, lequel ?
_Vous allez sortir les poubelles.
Tessaï croisa ses bras sur son torse volumineux, l'observant par-dessus ses lunettes de ses petits yeux noirs menaçants, et sa moustache remontant en une grimace étrangement alarmante.
_Je viens de rentrer les poubelles et de les laver, Kurosaki-sama. Je ne vois pas pourq… oh !
Kurosaki étira un large sourire en dodelinant de la tête, appréciant l'éclair de génie qui venait de passer sur le visage de son interlocuteur :
_Vous comprenez pourquoi maintenant ?
Le concierge hocha une fois la tête et ouvrit le couvercle de la benne à ordure la plus proche :
_Celle-là est toute propre, allez-y !
_Merci beaucoup, Tessaï.
Ichigo grimpa dans la poubelle. Tout d'abord ravie d'avoir trouvé un moyen de s'échapper discrètement, le roux poussa un petit cri de dégoût en se retrouvant dans l'obscurité absolue lorsque Tessaï referma le couvercle. Certes, ça sentait la javel à lui en donner la nausée et il ne devait plus rester un seul microbe - même le plus microscopique qu'il soit - là-dedans mais quand bien même…. C'était une poubelle !
« Bon sang Grimmjow, si tu savais tout ce que je fais pour réussir à découvrir ce que tu m'as laissé ! » pensa-t-il en serrant les poings, bien décidé à en faire baver à l'homme aux cheveux turquoise pour cette partie de l'histoire.
Ichigo se sentit bringuebalé dans tous les sens, alors que sous l'impulsion de son allié, la poubelle se mit en mouvement. Après quelques secondes de chemin sinueux, il put entrevoir la lumière faible du jour déclinant à travers l'interstice entre le couvercle et le corps de la poubelle, celle-ci s'immobilisant lentement sous les mains de Tessaï. Ils devaient très certainement se trouver devant la sortie du garage sur le trottoir. Maintenant, il fallait juste attendre le feu vert du concierge pour qu'il s'extirpe de là.
Mais alors qu'il allait soulever le couvercle pour jeter un œil et s'assurer que la voie était libre, une voix féminine s'éleva non loin d'eux, stoppant net son élan :
_Excusez-moi monsieur… Bonjour, je travaille pour le journal de…
_C'est une propriété privée, grogna Tessaï, vous n'avez rien à faire ici.
L'orangé se terra dans sa cachette improbable, tendant l'oreille pour percevoir plus clairement les mots échangés :
_Oui, mais… nous cherchons Kurosaki ichigo et…
_Oh ? Mais vous l'avez raté, je l'ai croisé y'a deux minutes dans le hall il sortait.
_P… pardon ?
_Oui, vous l'avez manqué.
_Quoi ?
_Oh il ne doit pas être très loin, il est parti par là-bas…
_Oh mince ! Vite on retourne devant le hall ! Il est parti !
Ichigo entendit des pas précipités s'éloigner puis au fil des secondes, le calme de la rue reprit le dessus. Tessaï souleva le couvercle et lui lança un sourire :
_Ils sont partis, il n'y a plus personne.
Indécis, l'orangé chuchota :
_Et les voitures ? Il y a des journalistes dans les voitures ?
_Ils viennent de sortir à brides abattues en courant, pour rejoindre l'autre côté.
_Merci Tessaï.
Ichigo s'extirpa de la poubelle, un moment éblouit par la lumière du soleil et s'appuya sur les larges épaules de son concierge pour sauter hors de la benne.
_Partez vite, ils vont rapidement comprendre que je les ais bernés.
_Merci ! Un jour je vous engagerai comme garde du corps ! Jeta-t-il avant de s'éloigner dans de grands pas de l'autre côté de la rue, revissant sa casquette sur sa tête tel un truand en fuite.
Tessaï échappa un rire, plus proche du grognement qu'autre chose et observa le jeune homme lui faire un signe de la main avant de s'éloigner. Il parvint rapidement à la première intersection, jetant un œil derrière lui pour s'assurer que la supercherie avant bien pris. Ça semblait être le cas, personne ne le suivait et aucune voiture n'avait pris sa suite. Il soupira de soulagement et reprit sa marche, tournant sur sa droite pour s'engouffrer bientôt dans la bouche de métro la plus proche.
Depuis l'évasion de Jaggerjack, il n'avait pas encore eu l'occasion d'arpenter les rues, ni même de passer à côté d'un bureau de tabac presse qui étalait des couvertures de journaux en vitrines relatant son interview et l'évasion du bleuté. Il s'arrêta quelques instants devant une pancarte dans les couloirs qui le menaient au quai du métro. Une couverture d'un magasine national japonais affichait un portrait de Grimmjow souriant à pleines dents, un cliché prit à son arrivée en prison, et sous son visage il lut lentement la phrase d'accroche :
« Grimmjow Jaggerjack, l'évadé de la prison de haute sécurité, sa fuite retracée »
Et sous celle-ci en caractères plus petits :
« Mais que fait la police ? »
Il soupira, délaissant l'affiche de grande envergure pour s'avancer sur le quai à l'annonce de l'arrivée du métro dans lequel il grimpa. Il fallait à tout prix qu'il obtienne des résultats aujourd'hui, pensa-t-il en baissant le visage face aux autres voyageurs pour ne pas qu'il soit reconnu. Tous ses efforts pour sortir de chez lui incognito devaient payer !
Hisagi Shuuhei ouvrit la porte de son appartement dans un geste rapide, le courant d'air généré relevant les quelques mèches noires qui d'habitude reposaient sur son front lascivement. Ses yeux corbeau croisèrent ceux de son visiteur et il émit un soupir presque muet, indiquant dans quel état de nervosité cette rencontre le mettait.
_Bonsoir Shuuhei.
Ichigo lui servit un sourire mince, à la limite de l'hypocrisie, celui qu'il servait d'habitude aux journalistes people auxquels il avait horreur de répondre. Shuuhei ne s'y trompa pas et ne répondit pas à son élan déguisé de sympathie, s'attardant plutôt à détailler l'allure du jeune homme caché sous sa casquette noire. Il se contenta de l'observer sans réaction, dégageant bientôt son corps bloquant l'accès à son foyer.
_Entre, expia-t-il comme s'il ne pouvait faire autrement.
Kurosaki remarqua son état tendu et perdit immédiatement son assurance, pénétrant dans l'espace qu'il ne connaissait que trop bien. Aussitôt, l'odeur piquante de l'eau de toilette d'Hisagi lui prit les narines. Lui qui, par le passé, avait appris à chérir ces essences raffinées qui anesthésiaient son odorat et rendaient son corps fébrile, il les redoutait à présent. Le parfum masculin l'enfermait dans un cocon irrémédiablement lié au passé qu'il ne pouvait plus supporter.
L'inspecteur referma la porte derrière lui, restant debout au milieu de l'entrée, les mains sur les hanches, défiant du regard un Ichigo qui ne s'attendait pas à une confrontation aussi rapidement.
_Je ne sais pas comment tu as fait ça, mais il semblerait que tu aies faussé compagnie aux agents que j'avais placés à ta surveillance, déclara-t-il en observant son portable. Je n'ai reçu aucun appel m'indiquant que tu étais sorti.
Ichigo retira sa casquette et ébouriffa ses cheveux, appréciant le courant d'air bienfaiteur sur son crâne.
_Tu me connais, non ? Ce ne sont pas des journalistes et des flics à ma suite qui parviendront à m'arrêter.
_Et ta sécurité ?
L'orangé leva les yeux au ciel :
_Tu crois vraiment que si quelqu'un en voulait à ma vie, que ce soit Grimmjow ou… ou n'importe qui d'autre, ils ne l'auraient pas déjà fait ?
Shuuhei resta muet, se devant d'admettre qu'il n'avait pas tort sur ce point. Si Jaggerjack, ou même Aizen avaient voulu se débarrasser de lui, Ichigo ne serait plus de ce monde depuis un certain temps déjà. Et il n'aurait certainement rien pu y faire, pensa-t-il avec un pincement douloureux au cœur.
_Je t'écoute, annonça enfin clairement le brun, ses petits yeux mesquins brillant d'une lueur sadique.
Kurosaki hésita, il n'avait pas prévu cette réaction chez son ex. Étrangement, ses yeux reflétaient une assurance extrême, une victoire toute proche, comme s'il lisait en lui comme dans un livre ouvert. Et pour tout dire, Ichigo n'aimait guère cela.
_Je suis venu pour m'excuser, déclara-t-il enfin, pinçant ses lèvres en un semblant de sourire forcé. Je… je crois que je devais le faire alors me voilà.
Shuuhei resta impassible, remarquant à peine que son visiteur scrutait de ses yeux ambrés l'intérieur de son salon avec curiosité. Il venait de comprendre que si le jeune homme était parvenu à s'enfuir de chez lui sans même que ses hommes ne l'ait remarqué c'était pour une chose très importante. Ichigo était intelligent, même plus intelligent encore que tous les policiers qu'il avait rencontrés, peut-être même plus futé que lui, alors il valait mieux jouer cartes sur table dès le début, il en aurait le cœur net.
_Arrêtons de tourner autour du pot, tu veux bien, Ichi ?
L'écrivain cessa de fureter et tourna son visage dans sa direction, ses sourcils orange se fronçant très légèrement.
_Pardon ? Tu…
_On sait très bien tous les deux pourquoi tu es ici, le coupa l'inspecteur en désignant d'une main le canapé tout proche. Alors, asseyons-nous et discutons, d'accord ? Ça risque de prendre un petit moment.
Hisagi s'assit le premier, montrant le chemin au plus jeune qui n'avait pas bougé. Tous deux s'observèrent un instant, le silence qui régnait démontrant à l'inspecteur de police qu'il avait visé juste.
_Je sais que tu es là pour Grimmjow, reprit le brun qui constatait que l'autre attendait des éclaircissements. Tu veux savoir où il se cache en parvenant à assembler les pièces du puzzle qu'il t'a laissé. Pièces que j'ai en ma possession ici, dans mon bureau. C'est bien ça que tu es venu chercher, je me trompe peut-être ? Cette… photo, ce paquet de cigarette, ce numéro de téléphone et cette montre. Soyons clairs tout de suite là-dessus : je n'ai aucune idée de ce que tout ça veut dire, et je pense qu'il n'y a que toi qui puisse parvenir à assembler ces indices. Je veux t'offrir mon aide et peut-être…
_Pour ramener Grimmjow en prison ? Le coupa soudain Kurosaki en lui lançant un regard menaçant. En me plantant un couteau dans le dos, pour réussir à faire mousser ta personne et t'offrir le poste de Kaname ? Je ne crois pas être venu pour ça, tu vois.
Shuuhei leva les mains au niveau de sa tête, paumes tournées en direction de l'orangé :
_Je ne nierai pas que ces motivations ont fait partie de cette histoire, mais maintenant c'est différent. Assis-toi et je te raconterai.
_Et Kensei ?
La question d'Ichigo sembla surprendre le maître des lieux pendant un court instant.
_Kensei est parti et tu le sais très bien. Il a trouvé un appartement, ça fait quelques jours maintenant. Alors, s'il te plait…. Il n'y a que toi et moi ici, personne n'écoute, personne n'enregistre cette conversation.
_Pourquoi ai-je du mal à te croire, Shuuhei ? répliqua-t-il avec un sourire hypocrite. Hier tu me passais un savon pour cette interview parce que j'ai révélé beaucoup de choses, trop de choses. Et aujourd'hui je suis ton meilleur ami qui va t'amener à Grimmjow ? Excuse-moi d'avoir des réticences.
Hisagi poussa un soupir, laissant son dos toucher le dossier de son canapé. Soulevant sa chemise pendant un instant, il en extirpa l'arme qu'il avait glissé entre sa ceinture et son ventre, la déposant sur la table basse devant lui.
_Alors je vais te prouver que cette conversation est tout ce qu'il y a de plus secret. Je travaille pour la police des polices, sous le couvert de mon poste d'inspecteur au commissariat. Grimmjow ne nous intéresse pas, tout du moins sa personne. Il nous intéresse pour une seule chose : il peut nous conduire jusqu'à Aizen. La police des polices est infiltrée dans la prison, mon supérieur dans cette affaire, Kyouraku-san, est devenu très proche en quelques semaines de Yamamoto, le directeur. Ce que nous voulions c'était qu'il consente à te faire entrer en tant qu'animateur d'atelier, nous voulions devancer Aizen.
Ichigo déglutit péniblement, ses yeux balayant le visage concentré de son ancien amant pour y déceler un semblant de tromperie. Mais Shuuhei était un être absolument inimitable en ce qui concernait le mensonge, Kurosaki le savait mieux que quiconque. Pourtant, il y avait une personne en ce bas monde devant laquelle cet homme était parfaitement incapable de mentir et cette personne était bien entendu le jeune écrivain.
_C… continue, l'encouragea-t-il, s'avançant lentement en direction du canapé pendant qu'il reprenait son monologue.
_La logique de Sosuke était simple : s'il voulait réussir à faire sortir son tueur à gages de prison, il fallait qu'il ait… comment dire ? L'âne n'avance pas sans carotte, Grimmjow n'avance pas sans qu'il n'ait une bonne raison de le faire. Alors qu'Aizen était à la recherche d'un quelconque prétendant à cette tâche, nous en avons fait de même, cherchant nous aussi l'homme – ou la femme – qui serait à même de rendre fou Grimmjow de désir jusqu'à l'obliger à sortir des murs de la prison. C'est là que je t'ai proposé.
Kurosaki haussa un sourcil sceptique; comment ça c'était lui qui l'avait proposé ?
_Tu étais parfait ! Tout à fait le genre de Jaggerjack, de plus tu avais un rôle tout trouvé pour pénétrer la prison, et tu ne te serais douté de rien : on n'était plus ensemble ! Mon supérieur a validé ma proposition, il ne nous restait plus qu'à… soumettre l'idée de manière à ce qu'Aizen pense que ça vienne de lui. C'est là que Kensei est entré en jeu. Il connaissait Kyouraku, mon supérieur, de longue date. Kyouraku-san a prétexté une sortie entre amis à laquelle Muguruma était convié, lors d'une conversation il a évidemment trouvé le moyen de glisser ton nom, manipulant Kensei jusqu'à parvenir à lui faire croire que tu étais le candidat idéal. Une fois ton nom sorti de l'ombre, si je puis dire, Aizen ne pouvait pas passer à côté. Pendant ce temps, Kyouraku-san t'avait suggéré comme animateur auprès de Yamamoto, qui bien entendu accepterait, et à l'écoute de cette nouvelle, Aizen en serait ravie. Convaincu que ce signe était pour lui : tu devais être l'homme qui pousserait la bête en dehors de sa cage.
Tout au long de son monologue véridique, Ichigo était resté les yeux braqués sur son interlocuteur, avalant toutes ses paroles en un flot continu d'informations qu'il tentait d'enregistrer du mieux qu'il pouvait. Il avait enfin pris place dans le canapé à côté du policier et essayait par tous les moyens de croire à cette histoire.
_Notre plus grand risque c'était qu'Aizen découvre la supercherie, en tant que psychiatre et vu sa capacité à déjouer tous les complots autour de lui, et à les monter, nous n'étions pas certains que ce plan fonctionnerait. Même s'il a été monté par un homme qui sait savamment manipuler également les cerveaux; Ukitake-san. Ce n'était pas mon intention de… de te faire subir tout ça. Le truc c'est que… j'ai pensé à toi parce que… parce que je savais que Jaggerjack te désirerai, je le savais ! Personne ne peut te résister, Ichi. Et surtout pas Grimmjow. Et en plus de cela, tu es un homme intelligent et tu n'aurais certainement pas cherché les ennuis en s'immisçant dans cette histoire de dingue mais… mais…
_Mais tu n'avais pas prévu que je tombe amoureux de lui, n'est-ce pas ? Tu n'avais pas prévu que ce soit moi qui ne puisse pas résister à cet homme.
Shuuhei dissimula son visage derrière ses mains et poussa un soupir éreintant.
_Non. Je n'avais pas prévu non plus que Kensei aussi s'immisce là-dedans. Je l'ai hébergé parce qu'il commençait à creuser lui aussi, je voulais l'éloigner.
_Alors tu l'as fait virer ? S'étonna le jeune homme.
_Pas moi ! Mais c'était la seule solution, Kensei avait joué son rôle et maintenant il devenait trop dangereux il fallait que je l'éloigne de tout ça.
_Alors tu l'as appâté avec ce concours pour la police, tu l'as fait intégrer un poste de police, lui a donné un badge et une carrière pour qu'il se taise ? Reprit-il sur un ton accusateur.
Hisagi ne répondit rien mais Ichigo savait qu'il visait dans le mille. D'une certaine manière il était déçu, déçu de voir que Shuuhei l'avait utilisé pour sans doute permettre à sa carrière de s'envoler. Mais il ne pouvait se résoudre à lui en vouloir pour cela. Sans lui, il n'aurait jamais rencontré Grimmjow...
_Donc, ça veut dire que tu étais au courant de l'évasion de Grimmow, n'est-ce pas ? Depuis le début ?
_Plus ou moins. On a besoin de lui pour retrouver Aizen ! Tu comprends ça au moins, hein ? reprit-il en prenant ses mains dans les siennes. Nous tentons de prouver que Barragan, notre cher maire, est impliqué avec des yakuza dans des histoires pas nettes. Nous savons que Aizen y est impliqué et un tas d'autres hommes importants également. Mais nous avons besoin de Grimmjow pour atteindre Aizen ! Je… c'est pour ça que je m'invitais chez toi si régulièrement dès le début de cette histoire, je voulais m'assurer que tu allais bien que… pour me déculpabiliser d'une certaine manière.
Le rouquin dodelina la tête. Peu lui importait les raisons, il comprenait maintenant que Hisagi n'était plus un opposant à sa folle entreprise de retrouver Jaggerjack :
_J'aimerais tellement que Grimmjow n'ait pas à bosser pour ce type…
_Il n'aura plus besoin de le faire quand tout ça sera terminé, je te le promets, souffla-t-il en posant une main réconfortante sur sa joue. On peut s'aider, Ichi. Retrouvons Grimmjow ensemble et Aizen tombera ! J'obtiens ce que je veux et toi tu obtiens ce que tu veux, non ? On peut bosser ensemble.
Kurosaki recula son visage un instant, n'étant pas certain de comprendre ce qu'il lui proposait à ce moment précis. Méfiant, le jeune homme resta muet de longues secondes. Nul doute qu'il voulait retrouver Grimmjow et autant être honnête : sans l'aide d'Hisagi et des connaissances qu'il possédait sur Jaggerjack et Aizen il n'y parviendrait pas. Sans compter qu'il avait en sa possession les seuls éléments qui pouvaient le relier à la panthère. Il avait conscience que s'il ne disait pas « oui » maintenant, Shuuhei se chargerait de le mettre sur la touche.
Mais d'un autre côté, comment avoir confiance en cet homme ? Il le connaissait mieux que personne sur cette terre pour savoir qu'il ne fallait pas lui faire confiance, surtout lorsqu'il s'agissait d'une telle affaire. De plus, il travaillait pour la police des polices désormais, un organe dont Kurosaki ignorait tout. Qui lui garantissait que son ancien amant ne lui planterait pas un couteau dans le dos en descendant Grimmjow ou en le renvoyant derrière les barreaux le moment venu ?
C'était une décision si difficile à prendre… Il ne pouvait renoncer à Grimmjow mais d'un autre côté, il ne pouvait prendre le risque de le livrer à la police.
_Ichigo, cette histoire, elle va bien au-delà de Jaggerjack. Je me fiche de lui, il n'est pas ce que je recherche, j'espère que tu comprends que je ne me moque pas de toi, hein ?
Shuuhei semblait si honnête à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Même ses yeux débordaient d'une loyauté sans limite.
_Je… je ne sais pas si je peux avoir confiance.
_Bon sang, on est sortis ensemble pendant trois ans ! Reprit l'inspecteur, serrant de plus belle les mains du roux dans les siennes. On a habité ensemble, on a tout partagé toi et moi… Tu devrais savoir quand je mens. Et tu sais… que… que je n'en serai pas capable. Pas avec toi.
Ichigo savait que le temps lui était compté, il devait faire un choix et qui plus est rapidement. Shuuhei n'attendrait pas éternellement, et cette proposition de coopérer avec lui ne resterait pas en suspend toute la soirée.
Il avait déjà pesé le pour et le contre de cette rencontre, imaginant tous les scénarios les plus fous, manipulant son ancien amant, l'amenant à lui faire cracher une vérité dont il ignorait jusqu'aux fondements, mais il n'avait en aucun cas prévu ça. L'idée même d'une collaboration entre eux ne l'avait pas effleuré. Mais il devait réfléchir, vite et bien. Car si l'inspecteur redoutait l'écrivain et son intelligence, Ichigo redoutait lui, la fourberie et le jeu d'acteur du policier. Mais Grimmjow non plus n'attendrait pas éternellement…
Sa décision se résumait en tout et pour tout à deux possibilités : choisir Grimmjow ou renoncer à lui.
Et notre homme avait déjà fait ce choix depuis longtemps…
_Montre-moi ces objets, je veux les voir.
Le brun ne s'exécuta pas tout de suite, scrutant le visage déterminé de l'homme qu'il aimait toujours. Il était vraiment prêt à tout pour retrouver Grimmjow, se dit-il avec amertume, même à s'allier avec la police en prenant le risque que Jaggerjack retourne derrière les barreaux, ou même pire… Il avait même pensé que l'auteur était plus intelligent que cela, mais visiblement il s'était trompé. A moins que Kurosaki ne cache un dernier as dans sa manche ?
Il avait hâte de voir cela.
_Bien.
Hisagi quitta sa place, disparaissant de la vue de son invité dans une pièce adjacente, que l'écrivain connaissait comme étant son bureau. Il sembla y fouiller quelques instants, puis refermer un placard bruyamment. Lorsqu'il revint dans le salon, il transportait une petite boite de chaussures sur laquelle le roux posa immédiatement ses yeux.
Aussitôt, il sauta sur ses pieds et Shuuhei lui tendit les objets tant convoités.
_Voilà, c'est tout ce que Grimmjow a laissé derrière lui.
Kurosaki s'empressa d'ouvrir la boite de carton, disposant avec précaution sur la table basse de la pièce les quatre objets qui de la sorte n'étaient en rien explicites. Il s'agenouilla par terre devant la table et prit en main le paquet de cigarettes à moitié vide. Il le fit tourner entre ses doigts, appréciant la texture du carton sur sa peau, tout en pensant que l'homme qu'il aimait l'avait lui aussi touché fut un temps.
_Tout ça a été pris y'a dix ans, lors de l'arrestation de Jaggerjack. Je doute qu'après dix années, un quelconque message ou autre chose y soit resté enfermé.
_Qui est-ce ? demanda soudain le roux en prenant la photo qui reposait sur la table.
Sur le bout de papier glacé, un jeune homme aux longs cheveux blonds souriait, on ne voyait que le haut de son corps et il semblait décontracté et jeune.
_C'est Il Forte Grantz, le meilleur ami de Jaggerjack. J'ai déjà fouillé son passé, je suis allé lui parler, l'ai interrogé. Ce type est juste le seul qui ait défendu Grimmjow lors de son procès, rien de plus. Un ami de longue date et peut-être euh…
_Quoi un amant ? Souffla Kurosaki en se tournant vers lui, le fusillant du regard.
_Peut-être. Tu dois avouer que…
_Oui, il serait aux goûts de Grimmjow, ça ne m'étonnerait même pas. Mais… je repense à ce que tu viens de dire.
_Quoi donc ?
Ichigo brandit la photographie devant son visage, agitant son poignet dans tous les sens :
_Peut-être que, comme tu dis, ça fait trop longtemps que ces objets sont là, qu'ils ne signifiaient rien il y a dix ans. Mais n'oublions pas que Grimmjow est sorti de prison depuis et il n'a certainement pas oublié ce qu'il a laissé derrière lui. Il m'a demandé de retrouver ces objets parce qu'ils comptent les faire parler…
Shuuhei passa une main dans ses cheveux en désordre. Il devait avouer que sur ce coup-là, Ichigo le bluffait totalement ! Il faisait mieux qu'un inspecteur de la criminelle sorti premier de sa promotion.
_C'est son seul moyen, ajouta Shuuhei, son visage s'éclairant d'un éclair de génie. Il peut utiliser ces objets et les amener à former un message pour toi.
_Grimmjow a très bien pu aller voir Il Forte depuis son évasion et lui transmettre un message à mon intention…
_Mph… Bien, on va aller rendre visite à ce Il Forte !
_Non.
_Quoi non ? demanda Shuuhei qui s'immobilisa après s'être dirigé vers l'entrée.
Ichigo se tourna vers lui, souriant avec un air sadique que Hisagi n'aimait guère :
_JE vais y aller. Sois logique : Il Forte s'il a reçu des instructions de Grimmjow s'attend à me voir arriver seul. Tu l'as déjà interrogé en plus, il ne voudra certainement pas me parler si j'arrive avec la police.
Le brun posa ses mains sur ses hanches en signe de protestation et leva les yeux bien hauts au ciel, il devait admettre encore une fois que le plus jeune avait raison.
_Et donc, qu'est-ce que je devrais faire d'après toi ? T'attendre sagement à la maison en te préparant un bon petit plat, hein ?
Le rouquin échappa un rire et tapota l'épaule de son nouvel allié :
_Rester ici et déchiffrer les autres indices pendant que je rencontre Il Forte. On gagnera du temps, tu ne crois pas ?
L'air enjoué, Kurosaki se redressa et prit le chemin de l'entrée, il avait dans l'idée de rencontrer le jeune homme de la photographie tout de suite, il n'en pouvait plus de rester à ne rien faire alors qu'il avait les clefs en mains.
_Attends ! Tu oublies quelque chose…
Mais Shuuhei le rattrapa avant qu'il n'ouvre la porte, attrapant son bras et le serrant fortement. L'orangé s'immobilisa, se retournant en direction de son complice lentement. Il lui tendit un papier sur lequel figuraient une adresse et un nom de fast food :
_Sans l'adresse tu n'iras pas bien loin… Et tu n'as pas intérêt à me faire un sale cou, Kurosaki, lui glissa-t-il sur un ton presque inaudible. Je te connais…
Les deux hommes n'étaient plus qu'à quelques centimètres l'un de l'autre et la tension était palpable entre eux. Ichigo baissa ses yeux sur la main qui tenait fermement son bras, telle une poigne de fer. Il laissa échapper un soupir, plantant ses yeux dans ceux sombres de l'inspecteur de police, sa bouche frôlant presque la sienne :
_Moi aussi je te connais, Shuuhei alors je serai tenté de te dire la même chose.
_Reviens ici après ta visite à Il Forte. Et tu as intérêt à tout me raconter, compris ? Tout…
Ichigo lui sourit en retour, haussant ses sourcils dans un air surpris et sentit la poigne se défaire lentement autour de son bras. Ne rebroussant pas tout de suite chemin, il passa calmement sa langue sur ses lèvres, Shuuhei n'en perdant pas une goutte et ajouta, dans un mince filet de voix :
_Et tu vas également me demander de ne pas tenter de te séduire pour arriver à mes fins ? Parce qu'on sait tous les deux que tu es perdant d'avance.
_Tu crois ça ? Souffla l'autre en le défiant du regard, ne cessant de jeter des œillades dérobées à ses lèvres carmins si proches de lui. Tu n'as qu'à essayer pour voir, je pourrais te surprendre.
_Ne joue pas à ça avec moi, Hisagi. On sait très bien tous les deux que tu serais incapable de résister, ajouta-t-il amenant son nez à rencontrer furtivement celui du policier.
Shuuhei étira un sourire amusé. Leur complicité se muait dangereusement en une opposition farouche qui ne mènerait strictement à rien, surtout que tous les deux se connaissaient par cœur. Mais aussi invraisemblable que ça puisse paraître, Hisagi se complaisait dans cette ambiance tiraillée, dans ce jeu du "je t'aime, moi non plus".
Posant délicatement son index sur les douces lèvres qu'il désirait pourtant plus que tout, Shuuhei hocha la tête :
_Garde tes tentatives de séduction pour Grimmjow. Te jouer de mes sentiments c'est cruel, Ichi, mais je ne me laisserai plus faire.
_C'est for dommage, répliqua l'autre en tournant les talons, ouvrant la porte pour s'en aller.
_Ne crois pas que tu es le plus doué à ce jeu-là, Ichi ! lança-t-il. N'oublie pas que je sais aussi très bien le jouer !
Ichigo pénétra dans le petit fast food où travaillait Il Forte, une petite enseigne dans un des quartiers les plus fréquentés de la ville. Plusieurs groupes de jeunes étaient attablés autour de burgers et de frites, sirotant leurs sodas en échangeant des paroles insouciantes.
Ichigo se plaça dans la queue de la caisse numéro 2, ayant remarqué sous sa casquette jaune fluo aux couleurs de l'enseigne, la chevelure blonde retenue en un chignon de l'homme qu'il cherchait. Celui-ci s'affairait derrière le comptoir à satisfaire les commandes des clients, peu souriant et visiblement exténué.
Lorsqu'enfin le tour d'Ichigo fut venu, l'homme ne leva pas les yeux de sa caisse.
_Bonsoir.
_Bonsoir.
_... Oui, vous pouvez commander.
Ce fut à cet instant qu'il releva ses yeux bleus clairs sur le client qui n'avait pas encore annoncé sa commande, à sa grande surprise. Pendant quelques instants, il étudia intensément le visage de Kurosaki, ce dernier pouvant clairement lire dans son regard qu'il le reconnaissait.
_Je vais prendre…., commença Ichigo en levant son visage en direction des menus, un… menu américain avec… vous avez de la bière ?
_Euh oui…, répondit Il Forte sans pour autant le regarder à nouveau dans les yeux.
_Alors ce sera une bière, j'en ai bien besoin ce soir.
_Sauce ? Ketchup ?
_Oui.
_Avec ceci ?
_Ça sera tout. Enfin, je crois…
Les deux hommes échangèrent un regard intense, un long regard qui fit comprendre à Ichigo que l'homme l'avait reconnu. Oui, il l'avait bien reconnu mais il se garda bien de lui glisser un mot à propos de ce qu'il était venu chercher.
Il lui servit donc sa commande et annonça le montant qu'il devait payer.
_Oh… je n'ai plus de rouleau pour votre ticket de caisse, lança-t-il alors en lançant un nouveau coup d'œil complice à son client.
_Je… je vais aller m'asseoir, répondit l'écrivain en hochant la tête.
_Je vous l'apporte.
Ichigo prit son plateau et s'éloigna des caisses, cherchant une table reculée dans un coin à l'abri des personnes indiscrètes. Tout en prenant place, il prit garde à bien étudier les clients dans la salle, si quelqu'un lui paraissait suspect il ne manquerait pas de l'éviter et, le cas échéant, d'en parler à Hisagi. Mais mis à part cet homme derrière son journal qui l'observait à la dérobée, personne ne s'occupait de sa personne.
Kurosaki tenta de se détendre, ouvrant sa bouteille de bière qu'il se précipita de porter à sa bouche afin d'en avaler deux longues gorgées rafraichissantes. Ce genre de choses n'étaient pas pour lui, pensa-t-il avec déception, il n'était pas fait pour jouer les infiltrés et encore moins les fouineurs innocents. Il avait plutôt l'impression que tout le monde dans la pièce savait qui il était et cela malgré sa casquette bien enfoncée sur sa tête, et que tout le monde savait ce qu'il était en train de faire.
Après quelques minutes de tergiversations, Il Forte réapparut enfin devant lui, déposant sur son plateau le ticket de caisse promis.
_Voilà, lança-t-il avec un sourire forcé, s'éclipsant sans plus attendre au fond de la salle dans les toilettes.
Ichigo l'observa s'enfuir avec une certaine surprise puis étira une moue dubitative, remarquant soudain que l'homme qui l'inquiétait plus tôt et qui l'observait derrière son journal, venait de quitter le fast food. Bien, ça en moins à s'inquiéter.
C'est alors qu'il remarqua quelque chose sur le ticket de caisse laissé par Il Forte. A la main, dans une écriture visiblement tracée à la va-vite il pouvait lire : « Toilettes ! »
Fronçant les sourcils, il resta quelques instants interdit puis finit par se lever – en tentant de paraitre le plus naturel possible – ramasser le bout de papier pour le fourrer dans sa poche et prit la direction des toilettes. Il poussa la porte et pénétra dans l'espace vide, mais aussitôt l'odeur âpre de la javel qui embaumait les lieux eut-elle envahit ses poumons que la porte se referma violemment derrière lui et il se retrouva face au jeune homme blond, alerte, qui tout comme lui ne semblait pas très doué pour ce genre de choses…
_Vous êtes Kurosaki ? Demanda-t-il hâtivement, dans une voix tremblotante.
_Oui…
_J'ai un message pour vous, reprit Il Forte en parlant tout bas, épiant les pas qui se rapprochaient par moment de la porte des toilettes.
_De Grimmjow ?
Le blond hocha la tête rapidement et déglutit visiblement très mal :
_Il est passé ici quelques heures après son évasion.
_Quel est le message ? s'empressa de demander le rouquin qui n'était là que pour ces informations.
_Vous avez tout ?
Les sourcils orange se froncèrent :
_J'ai les objets si c'est…
_Alors écoutez-moi bien : seuls la montre et le paquet de cigarettes vous aideront, ne touchez pas au numéro de téléphone ! Ne l'appelez surtout pas ! Il me l'a bien spécifié…
_Mais… qu'est-ce que je dois faire avec ça ?
_Vous y trouverez un nom d'hôtel, un numéro de chambre et une heure. Le rendez-vous c'est demain, il vous reste peu de temps alors…
L'homme avait déjà fait demi-tour et rouvrait la porte pour s'enfuir, ayant délivré le message pour lequel Grimmjow l'avait choisi. Mais Ichigo n'était pas prêt de se contenter de ça.
_Attendez ! le retint-il. Pourquoi… pourquoi faisiez-vous partie de ces objets ? Quelle… quelle raison fait qu'il avait votre photo sur lui ?
Il Forte inspira profondément :
_Nous étions amis mais… je ne veux plus rien avoir à faire avec lui !
_Si vous étiez si bons amis que vous le dites, vous devez sûrement savoir ça : est-ce que Grimmjow avait quelqu'un avant son emprisonnement ? Voyait-il quelqu'un ? Homme ou femme, il…
Les yeux bleus du jeune homme restèrent braqués sur le visage de l'orangé et pendant quelques instants il resta muet, plutôt pressé de retrouver son poste derrière la caisse.
_Vous feriez mieux de ne pas chercher à savoir tout ça, le passé de Grimmjow est bien trop riche pour…
_Dites-moi seulement oui ou non.
Il Forte inspira profondément, amenant à croire qu'il allait lâcher prise et révéler tout ce qu'il savait. Mais au lieu de cela, il reprit sa route hors de la pièce, après avoir lâché un :
_Non, je ne sais rien !
Ichigo ne tenta pas d'en savoir plus et laissa sortir l'homme sans rien ajouter. Il avait obtenu ce qu'il voulait et c'était déjà bien suffisant, même s'il n'était pas parvenu à lui soutirer des informations sur le passé de Jaggerjack.
Il ne prit même pas la peine de se rasseoir pour terminer son repas. Rien qu'à l'allure des frites et de son burger, une intoxication alimentaire certaine l'attendait sans l'ombre d'un doute s'il n'en prenait qu'une bouchée. Que fallait-il attendre d'un fast food miteux de toute manière ?
Kurosaki poussa la porte battante de la salle du restaurant pour en sortir, n'ayant plus rien à faire ici, il voulait maintenant retourner chez Hisagi afin de partager avec lui sa rencontre singulière. Et également savoir s'il avait trouvé les indices pour la rencontre du lendemain.
Ichigo ne niait pas avoir pensé un instant ne rien dire à Shuuhei. Il ne lui faisait toujours pas confiance dans cette histoire, et craignait très fortement qu'il se mette sur son chemin lors de sa prochaine rencontre avec Jaggerjack. Mais ne pas avoir recours à son aide aurait certainement été sa plus grosse erreur, et sans les objets en sa possession il aurait manqué ces retrouvailles du lendemain.
Pensif, il allait s'engouffrer dans la bouche de métro lorsque son portable se mit à sonner bruyamment. Pestant silencieusement alors qu'il fourrait une main dans la poche de son jean, il en extirpa l'objet chantant et jeta un œil à l'écran.
« Hirako Shinji »
_Oh merde ! Manquait plus que lui…, ronchonna-t-il en levant les yeux bien hauts d'exaspération. Allô ?
_Kurosaki-samaaaaa ! Couina le blond à l'autre bout du fil, obligeant l'auteur à décoller l'appareil de sa pauvre oreille. Comment allez-vous ?
_Moins bien maintenant. Et vous ?
_Admirablement bien ! Jeta-t-il avec un rire amusé. Je vous appelle pour avoir de vos nouvelles, voilà un petit moment que je n'ai reçu aucune nouvelle page de ce roman, mmh ?
_Je… je travaille sur autre chose en ce moment, mais ne vous inquiétez pas le roman avance. Vous savez que c'est mon genre de travailler sur plusieurs projets, non ?
Il grimaça à l'écoute de son excuse bidon. Le problème était que s'il ne continuait pas rapidement le roman qu'il avait débuté sur Grimmjow, Hirako commencerait à se poser des questions. Et même s'il était un abruti fini, le blond comprendrait que quelque chose ne tournait pas rond.
_Et peut-on savoir sur quel autre projet vous planchez ?
_Oh euh… un autre fait divers, concernant la politique.
_Ah ? Ce n'est pas vraiment votre genre pourtant, Kurosaki-sama.
_Je sais mais… il faut toujours se renouveler, n'est-ce pas votre leitmotiv ?
_Ah ah ah, vous m'avez eu Kurosaki-sama ! Bien sûr que c'est ce que je dis souvent… Pourrait-on se voir pour en parler ?
Ichigo soupira, ce n'était pas le moment que son fol dingue d'éditeur ne se mette en travers de son chemin :
_Écoutez je vous envoie la suite par e-mail, d'accord ? Je ne me déplacerai pas jusqu'à votre bureau Hirako.
_Je peux venir jusqu'à vous aussi, s'il n'y a que cela, ajouta-t-il d'une voix plus grave.
_Non, non. Je vous envoie un mail, bonne soirée Hirako.
_Mais… !
Comme à son habitude, Ichigo ne laissa pas le temps à son éditeur de protester et lui raccrocha au nez. C'était de toute façon la seule façon de faire taire le blond.
Replaçant son portable dans sa poche, il dévala les marches le conduisant jusqu'au métro, pressé de rapporter à Shuuhei ce qu'il avait découvert.
Quelques minutes plus tard
Lorsqu'il pénétra à nouveau dans l'appartement d'Hisagi après que celui-ci lui ait ouvert, il remarqua que le policier n'avait guère chômé. A côté des objets de Grimmjow disséminés sur la table basse du salon, Shuuhei avait noté diverses choses, tout ce qui pouvait lui passer par la tête visiblement et il n'avait, pour ainsi dire, rien découvert de concret.
_J'espère que tu as des choses intéressantes à me dire, lui confia-t-il, parce que là…. je suis toujours dans le flou.
Ichigo s'assit dans le canapé en silence, et prit entre ses doigts le petit bout de papier jaunit sur lequel figurait le numéro de téléphone. Perplexe, il se demanda alors pourquoi Grimmjow avait expressément recommandé à Il Forte de lui dire de ne pas composer le dit numéro.
_Tu sais à qui est ce numéro ? questionna-t-il en haussant ses sourcils.
_Oui. C'est l'avocat de Jaggerjack, Urahara Kisuke. Pourquoi, que t'a dit Il Forte ?
_Mph… Il m'a dit de ne surtout pas appeler ce numéro. Apparemment, Grimmjow ne veut absolument pas que j'appelle son avocat. Mais pourquoi ? Telle est la question.
Le brun resta pensif. Il avait beau cherché dans ses souvenirs liés à l'enquête, il ne trouvait aucune raison valable à cet ordre.
_Peut-être qu'il ne veut pas que Urahara soit mêlé à tout ça ? proposa Kurosaki.
_Pourquoi donc ? Il est son avocat, il est au courant de tout. Tout le procès…
_Justement, s'il est au courant de tout…
_A moins que Grimmjow ne veuille pas que tu découvres quelque chose que cet avocat serait susceptible de savoir…
L'écrivain marqua une pause, observant avec surprise son ancien amant. Cette déduction semblait plausible évidemment, mais ce qui l'inquiétait maintenant c'était ce que Il Forte lui avait dit.
_Apparemment, on devrait trouver un nom d'hôtel, un numéro de chambre et une heure. Le rendez-vous est demain, déclara Kurosaki en reprenant l'étude du paquet de cigarettes, ne remarquant pas que Hisagi l'observait avec attention.
Au bout de quelques secondes, le roux releva les yeux et constata que son ex le scrutait avec intérêt :
_Quoi ?
_Tu me dis que... il y a un nom d'hôtel là-dedans, un numéro de chambre et une heure ? Tu me le dis ? A moi ?
Kurosaki haussa les épaules et étira une moue boudeuse :
_Quoi donc encore ? Tu pensais que je garderais tout pour moi ? Et bien tu vois, tu t'es trompé, je préfère tout te dire. Après tout, pourquoi je ne te ferai pas confiance, hein ?
Hisagi fronça les sourcils, ce n'était pas son genre du tout de dire ce genre de choses. Soit il le roulait dans la farine, soit il tentait de dissimuler autre chose.
_Comment était-il ? Il Forte ? Demanda-t-il, innocemment.
_Oh... Bien, j'imagine.
_Mignon ?
Les yeux ambrés évitèrent délibérément les siens, et Shuuhei mordilla sa lèvre inférieure avec appréhension. Le fait que Ichigo évite cette question était une preuve flagrante : il était jaloux et avait sans doute découvert que Grimmjow et Il Forte étaient amants autrefois. Il savait très bien que ce genre de silence cachait en fait un profond désarroi. Et il ignorait comment le rassurer ou encore le réconforter.
_Tu as fait exactement la même tête lorsque cette femme est entrée au commissariat il y a deux ans, tu te souviens ? lança-t-il pour changer de sujet. Elle ne voyait que par moi et ne cessait de me harceler pour avoir des conseils sur comment mener sa carrière. Bon Dieu, tu étais fou de jalousie !
Il échappa un rire franc qui balaya l'inquiétude dans les yeux du jeune homme de lettres :
_Oui, je campais même dans le hall du commissariat pour surveiller qu'elle ne te colle pas de trop près ou qu'elle ne tente rien avec toi. J'étais complètement à la masse !
_Tu étais simplement amoureux. C'est un peu pareil avec Grimmjow en ce moment : tu aimerais aussi le surveiller et t'assurer qu'il ne te fera pas de mal. Savoir si quelqu'un lui tourne autour et être certain qu'il ne te brisera pas le cœur. Et tu ne crains, ou tu as appris, que Il Forte et lui soient proches, bien plus proches encore que tu ne l'es de Jaggerjack. Et ça te rend... dubitatif.
Ichigo lui lança un regard noir, lui interdisant de dire un seul mot de plus. Ce que Shuuhei fit, de toute façon il savait déjà qu'il venait de toucher un point sensible. Ils étaient à peu près ex æquo à présent dans cette bataille qui les opposait, non ? Kurosaki tapota gentiment la cuisse de son voisin et s'extirpa du canapé, balayant d'un coup de main le sujet embarrassant de la soirée :
_Bon, je vais nous faire du café. On va en avoir besoin pour tenir toute la nuit. On a un paquet de choses à voir ensemble.
Il prit la direction de la cuisine et le brun l'observa disparaître non sans éprouver un certain remord. Ichigo avait habilement mis fin à cette conversation qui traitait de leur passé amoureux, et c'était parce qu'il se sentait mal à l'aise avec ça. Parce qu'il savait que le policier avait toujours des sentiments pour lui.
_Tu sais, je ne fais pas tout ça seulement pour ma carrière, Ichi, reprit-il après avoir rejoint Kurosaki dans la cuisine. Je fais ça pour essayer de comprendre.
_Comprendre quoi ? demanda l'autre, affairé à sortir deux tasses d'un placard.
_Comprendre comment tu as fait pour tirer un trait sur nous deux. Et j'espère bien qu'en comprenant comment tu as fait, j'y arriverai aussi. Crois-moi, c'est ce que je souhaite de tout mon cœur, tourner cette page de ma vie et aller de l'avant comme tu le fais en ce moment.
Ichigo se retourna vers lui, un paquet de café à la main, et lui lança un sourire qui se voulait rassurant.
_Tu y arriveras, lui assura-t-il. Toi aussi tu y parviendras, Shuuhei. Si je l'ai fait, tu peux le faire. Il y a quelqu'un là dehors qui n'attend que toi et qui est fait pour toi.
_Même si je ne crois pas à ce genre de choses ? demanda-t-il dans un rire amusé.
_Oui, même si tu n'y crois pas.
La conversation fut ainsi close, même si pour Hisagi elle ne l'était pas. Il désirait enfin toucher du doigt cette délivrance qu'il n'était pas parvenu à atteindre depuis sa rupture avec Ichigo. Lui aussi voulait vivre autre chose. Rester enchainé à cet écrivain qui ne cessait de lui échapper était définitivement trop fatiguant, et trop décevant.
Peut-être était-ce ce que l'on ressentait lorsqu'enfin on larguait les amarres, lorsqu'on acceptait enfin de voir partir celui qu'on considérait comme l'amour de sa vie.
Quelques minutes plus tôt
Hirako Shinji décolla de son oreille son portable. Résonnant dans son large bureau au siège de la maison d'édition Kodansha, le « bip » lui indiqua que son interlocuteur venait de raccrocher. Encore une fois, il n'avait pas pu placer un mot avec Kurosaki Ichigo. Encore une fois ce gamin pourri gâté, pour qui hélas il vouait une admiration sans bornes, le considérait comme un moins que rien.
Shinji en avait juste assez.
_Il m'a encore raccroché au nez ! S'exclama-t-il en plaquant son portable sur son bureau dans un bruit sourd. Il m'énerve celui-là !
Sa respiration qui s'était accélérée depuis la fin de sa conversation se fit plus sonore, ses halètements retentissant dans la pièce sans qu'ils ne prennent fin, pendant de longues secondes. Le blond tenta de se ressaisir, portant ses mains à son front pour essuyer la sueur qui y perlait.
Si seulement il n'y avait que ça, pensa-t-il avec amertume, si seulement il n'y avait que Kurosaki Ichigo qui le faisait tourner en bourrique de la sorte il pourrait encore le supporter. Mais ce n'était pas le cas.
Il inspira profondément, ses yeux cherchant au fond de la pièce une silhouette qui maintenant faisait les cent pas devant lui. Ses grands yeux marrons qu'il qualifiait lui-même de « globuleux » se posèrent avec une certaine excitation sur l'arrière train de son visiteur, remontant sur la taille fine jusqu'à la poitrine très généreuse. Le tailleur noir de grand couturier de la jeune femme ne lui était pas inconnu, pensa-t-il alors. Forcément c'était lui-même qui le lui avait offert… espérant ainsi acheter la superbe créature et la faire tomber dans ses bras.
D'aussi loin qu'il se rappelait, Hirako Shinji n'avait jamais rencontré de femme aussi sculpturale. Mais il s'était toujours lamentablement vautré en tentant de la draguer…
_Je me demande si tu le fais exprès, Hirako ! s'exclama la voix féminine autoritaire en cessant ses pas. Kurosaki est à la portée de ta main et tu ne fais strictement rien.
_Tu sais quoi : débrouille-toi toute seule ! Ce ne sont plus mes oignons, j'ai quitté tout ça il y a bien longtemps.
_Oh oui ? Tu crois ça ?
La jeune femme avança jusqu'à son bureau, plaquant ses mains sur la surface de bois et se pencha en direction de l'éditeur. Celui-ci avait une vue panoramique sur la plastique de sa visiteuse, ne cachant même pas ses coups d'œil avides.
_Il n'empêche Hirako que ce poste t'a été octroyé par les bonnes grâces de mon patron ! Ou devrais-je plutôt dire : notre patron. Et sache que si tu ne me donnes pas ce que je veux, il te le reprendra. Tu ne veux pas que Kurosaki découvre qui tu es vraiment n'est-ce pas ? Et arrête… de regarder mes seins !
_Va te faire foutre ! Ça fait trop longtemps que j'occupe ce bureau pour être viré d'un claquement de doigts ! Même ton patron ne peut pas faire ça.
_Oh si il peut ! Alors si tu ne veux pas en voir la démonstration, je te conseille vivement de te faufiler dans la vie de Kurosaki et de lui mettre des bâtons dans les roues. Tôt ou tard, ce bâtard mettra le doigt sur tout ce qui concerne Aizen, et bien entendu qui va-t-il en informer ? Son inspecteur d'amant en premier, les médias ensuite ! Et ça, notre patron n'a pas trop envie que ça arrive, lança-t-elle avec un sourire, ses dents blanches éclatantes contrastant avec sa peau brune au grain raffiné.
_Quoi ? Ton patron a peur d'un petit écrivain d'à peine trente ans, parti de néant, qui met son nez dans les affaires de yakuza d'Aizen ? Y'a que Grimmjow qui intéresse Ichigo, crois-moi.
_C'est du pareil au même, crétin ! S'il découvre la vérité sur Grimmjow, il découvre celle d'Aizen et par conséquent ses liens avec notre patron. Tout le monde tombera ! Et je te garantis que si le big boss tombe, toi aussi tu tombes.
Shinji étira un sourire large, montrant toutes ses dents comme il savait si bien le faire. Que cette femme revienne le hanter après des années c'était certes une chose, mais qu'elle lui demande de reprendre son travail là où il l'avait laissé en était une autre. Surtout que, d'après ce qu'il en savait, cette affaire Jaggerjack était un nid à emmerdes.
_Ichigo a vraiment mis le doigt sur quelque chose, hein ? demanda-t-il, s'amusant de l'incapacité de sa vieille associée à stopper l'écrivain.
_Plutôt oui. Il est en train de mettre le doigt sur quelque chose qu'il ne pourra sûrement pas contrôler, s'il le fait, il risque bien d'être en danger. Alors, si tu veux conserver ton cher petit rouquin en vie, je te conseille de l'éloigner de cette histoire.
_Ah oui ? Et comment ?
_Mets-le sur une fausse piste ? Je ne sais pas, démmerde-toi ! Mais il faut qu'il arrête de fourrer son nez dans le passé de Jaggerjack et d'Aizen.
_Qu'est-ce que j'y gagne moi là-dedans ? Okay, je suis d'accord, techniquement je bosse toujours pour le big boss. J'ai juste dit techniquement ! ajouta-t-il en voyant la jeune femme ouvrir la bouche pour le contrer. Mais soit il recommence à me payer soit… il me trouve un compromis.
La visiteuse se redressa, fusillant de son regard noir l'homme blond qui ne cessait de la narguer depuis des années. Si seulement quelqu'un d'autre avait été si proche de Kurosaki… n'importe qui mais pas lui ! Hirako la rendait malade.
_Tu as toujours été doué pour négocier tes contrats, Hirako. Tout le monde s'est toujours méfié de toi et je me demandais pourquoi.
_Parce que j'suis doué ! lança-t-il en levant son pouce comme s'il avait gagné un quelconque prix.
_Bien, puisque tu veux négocier, faisons monter les enchères, qu'en dis-tu ?
Surpris, Hirako observa la nouvelle venue sortir de sa veste une photographie. Plissant ses grands yeux, il eut alors la désagréable impression qu'on allait lui demander bien plus. Bientôt, le portrait d'un homme fut glissé sous ses yeux et Shinji retint un hoquet de surprise :
_Non ! Statua-t-il tout de suite en secouant sa tête. Tout mais pas ça, bordel !
_Tu dois le convaincre de reprendre du service, Hirako. Il a été impliqué dans tout ça, et de plus Kurosaki lui fait confiance.
_Non, pas lui ! Bordel, Yoruichi, il a cessé toutes ses activités avec nous ! Il ne reviendra jamais !
_Même si c'est toi, son vieil ami, son vieux compagnon de mission qui le lui demande ?
_Il ne reviendra pas, même pour moi.
Shihouin Yoruichi échappa un petit rire de contentement, laissant tomber dans un souffle la photographie sur le bureau de Shinji. Le message semblait bien être passé, constata-t-elle en observant un peu plus longuement le visage effaré d'Hirako, ses yeux restant braqué sur le portrait de l'homme qu'il connaissait mieux que personne.
_Bien, tu as vingt-quatre heures pour le ramener parmi nous. Passé ce laps de temps, s'il ne s'est pas montré coopératif, je m'occuperai du morveux moi-même.
L'éditeur blond releva sur elle des yeux catastrophés, posant ses yeux avec horreur sur l'arme qu'elle venait tout juste de retirer de sa ceinture.
_Yoruichi…
_Ce n'est pas faute de t'avoir prévenu, Hirako. Tu as vingt-quatre heures, pas une minute de plus. Et ton prix sera le mien.
Sur ces mots, la jeune femme s'éclipsa laissant Shinji seul face à son désarroi. Et désemparé il l'était, l'éditeur blond qui avait toujours donné l'impression de tout contrôler, de son travail jusqu'à sa vie privée, semblait maintenant voué à une lutte intérieure qui ne se calmerait pas de si tôt.
Lentement, d'un geste mal assuré, ses longs doigts fins tremblants légèrement, il prit la photographie pour la porter devant ses yeux. Le revoir ainsi, même sur un portait ne faisait que raviver de vieux souvenirs qu'il avait pourtant réussi à effacer de sa mémoire. Pourquoi, après toutes ces années fallait-il qu'ils se retrouvent embarqués dans la même galère ?
_Bon sang, jura-t-il sans s'arrêter de dévisager l'allure figée de son vieil ami. Même pour tout le fric du monde je n'aurais pas voulu me retrouver face à toi...
*Puzzle me : à traduire par « me laisse perplexe ». Puzzle signifie « mystère » ou « énigme » plus précisément alors je vois plus ce titre comme une manière de dire « donne-moi des énigmes/mystères » comme un défi ^^ Comprenne qui peut !
