Titre : Le roman du prisonnier
Chapitre : Retrouvailles amères.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Chapitre 17. Retrouvailles amères.
Grimmjow referma la braguette de son pantalon, boutonnant sa ceinture et réajustant sa chemise noire par-dessus le haut de son jean. Il s'observa un instant dans le large miroir de la salle de bain adjacente à sa chambre, dans la riche demeure d'Aizen qui l'hébergeait depuis son évasion. Replaçant savamment ses cheveux bleus au millimètre près, comme il l'avait toujours fait, il scruta de plus belle son visage qu'il trouvait quelque peu blafard par rapport à d'habitude. Il y avait de quoi : il n'avait pas revu la lumière du soleil depuis que le yakuza qui l'employait l'avait sorti de cette prison, le gardant précieusement à l'abri des regards.
Assuré, il jeta un œil à la montre qu'il portait à son poignet, constatant avec un souffle de soulagement maîtrisé qu'il était juste à l'heure. L'ex-prisonnier croisa ses yeux turquoise dans le reflet de la glace et marqua une pause, examinant ce regard qui ne le quittait plus depuis maintenant deux jours. Et il ne savait l'expliquer.
Ses pupilles brillaient d'une étrange manière, reflétant une sorte d'excitation mais aussi d'anticipation qu'il n'avait jamais connues auparavant. Il aurait bien mis ces émotions sur le dos de sa libération inattendue s'il n'y avait pas eu un autre facteur déterminant. Ichigo jouait avec ses nerfs tant et plus, comme s'il éprouvait un malin plaisir à revenir le hanter. Le bleu avait bien imaginé mille et une fois ce que l'écrivain pourrait bien lui dire lorsqu'ils se retrouveraient enfin à l'extérieur de la prison, mais aucune hypothèse n'était assez réaliste à son avis.
Il trouvait le jeune homme bien plus imprévisible qu'il ne l'était lui-même, ne sachant déterminer ce qu'il ferait en le revoyant, ou même ce qu'il pensait depuis ce fameux jour où il l'avait tenu en joue jusqu'à sa fuite. Et le pire dans tout ça était qu'il ne regrettait pas de l'avoir fait. Mais Kurosaki lui aurait-il pardonné ? Il le saurait dans quelques heures maintenant.
Sortant de sa chambre pour se diriger dans le couloir, il descendit les escaliers en colimaçons de la demeure, raflant au passage près d'un meuble des clefs de voitures posées là. Il tourna sur ses talons pour prendre la poudre d'escampette, ouvrant à la volée la porte battante du salon qui le conduirait jusqu'au sous-sol.
Mais il stoppa net son élan, découvrant avec des yeux étonnés que le maître des lieux l'attendait au tournant. Lascivement adossé au mur du couloir qui menait jusqu'au garage, Aizen Sosuke lui lança un regard amusé accompagné d'un sourire moqueur. Sa mèche ondulée brune tombant sur son front nonchalamment lui donnant un air amical, était accompagnée d'un sourire que Grimmjow connaissait bien. Un sourire qui l'immobilisa immédiatement. Il était bien évident que le brun ne se trouvait pas là par hasard, et Jaggerjack le suspecta de le surveiller de près et d'étudier chacun de ses mouvements.
_Bonjour Grimmjow, lança le yakuza, fermant quelques instants ses yeux chocolat.
Ces yeux perfides avaient toujours su lire en lui comme dans un livre ouvert. Depuis tant d'années qu'ils se connaissaient, Jaggerjack avait toujours tenté de cacher des choses à cet homme sans succès néanmoins. Et le trouver là à ce moment précis n'augurait rien de bon pour ses plans.
_Je peux savoir où tu vas comme ça ? Questionna Aizen, baissant ses yeux sur la main du fugitif enserrant les clefs de voiture d'un de ses hommes.
_Parce que tu crois que ça t'regarde ? J'suis libre aux dernières nouvelles…
La réponse avait été jetée sur le ton du défi, le bleuté n'ayant aucune crainte à provoquer celui qui l'employait depuis si longtemps. Mais Sosuke ne releva pas son ton provocateur et se contenta de lui sourire en retour, apposant sur lui son regard condescendant qu'il savait si bien lancer à ses hommes désobéissants.
_Étonnamment, j'ai aisément pu deviner que quelque chose de spécial devait avoir lieu aujourd'hui, tu es si distrait depuis hier soir, étudiant avec un intérêt étrange les mouvements de mes chauffeurs et de mes gardes du corps. Je savais que tu sortirais en douce, Grimmjow. Vas-tu le rejoindre ? Questionna-t-il de plus belle. Je sais que je ne saurais t'en empêcher, mais ton attachement à cet homme me… comment dire ? Ça me surprend de toi, Grimmjow.
Le bleuté expira l'air dans ses poumons de façon rapide, expiant l'aversion qu'il avait à tenir cette conversation, surtout maintenant. Les minutes filaient et il avait besoin de temps pour mettre en place sa rencontre avec Kurosaki.
_Et alors ? A c'que j'sache, tu m'as jamais interdit d'avoir une vie privée.
_Certes, certes, mais… j'espère que tu connais les risques. Comment l'as-tu contacté ?
Les regards des deux hommes s'accrochèrent, entrant en conflit. Grimmjow n'était pas le genre d'homme à se justifier ni à donner des raisons à ses agissements mais il n'avait jamais été confronté à ce genre de situation auparavant. C'était une première.
_T'inquiète pas pour ça. J'l'ai pas contacté. J'avais juste laissé un p'tit message à déchiffrer pour lui.
Aizen haussa les sourcils, laissant échapper un petit rire en dodelinant la tête :
_Suis-je bête ! Lança-t-il. Comment oublier à quel point tu étais fort pour ce genre de choses. Mais qui te dit qu'il parviendra à le déchiffrer correctement ?
_Pour ça non plus je m'inquiète pas.
Jaggerjack dépassa le yakuza, passant devant lui en espérant la conversation close, mais le plus âgé le retint soudain, attrapant son bras dans sa main puissante pour l'immobiliser. Encore une fois, les deux paires d'yeux se croisèrent :
_Ce n'est pas ce que j'avais prévu, Grimmjow, tu le sais. Te voir courir après ce… gamin est tout à fait inhabituel et je ne le cautionne pas.
C'était un avertissement, l'ex-prisonnier le comprit immédiatement. Il put aisément saisir la dose de menace dans la voix de son supérieur et se remémora ce qu'il était advenu des autres hommes sous son autorité ayant tenté de voir en secret des femmes. La plupart du temps Aizen se montrait sans pitié pour ces hommes qui lui mentaient, allant jusqu'à menacer la dite femme de mort s'ils n'y renonçaient pas.
Mais Grimmjow ne s'abaissa pas à répondre à son « patron ». Il poursuivit son chemin et actionna l'ouverture centralisée des portes de la voiture qu'il allait emprunter. Il ouvrit la porte, désireux de s'engouffrer rapidement à l'intérieure, lorsque la voix de Sosuke le ralentit à nouveau :
_Cette fois-ci je ne t'en sortirai pas si tu te fais prendre. Tu as bien conscience de cela, Grimmjow ?
Les yeux turquoise se tournèrent en direction de l'homme au complet de luxe impeccable qui l'observait toujours de ses petits yeux perfides. Étirant ce large sourire qui étalait toutes ses magnifiques dents blanches et aiguisées, Jaggerjack répondit :
_Oh j'compte pas m'faire prendre Sos'ke. Mais si c'était l'cas, j'te manquerai trop.
Et il savait que rien n'était plus vrai. Il n'avait bien entendu aucune envie de retourner en prison, et aucune envie, cela allait de soi, de se faire prendre dehors en tant que fugitif. Il savait quels étaient les risques pour cette rencontre avec Kurosaki, mais il ne pouvait faire autrement s'il voulait savoir si le jeune homme avait le cran de venir. Et s'il désirait le revoir il lui fallait se montrer à ce rendez-vous.
Il ne voulait rater pour rien au monde une chance de voir Ichigo librement.
La panthère grimpa dans la voiture, faisant rugir le moteur du bolide allemand noir flambant neuf, il lança un petit signe de la main à Aizen qui l'observa s'éloigner le long de l'allée en graviers de sa demeure. La panthère se montrait indomptable à nouveau et cela, Sosuke ne pouvait se le permettre.
Au même moment, dans le centre-ville
Hirako Shinji stoppa ses pas devant un petit immeuble de cinq étages, observant avec désappointement la rue parsemée de vieilles voitures bosselées, rouillées, de poubelles éventrées et de groupes de jeunes dont il fallait rester éloigné. Entre ses doigts, il tenait une feuille de papier froissée sur laquelle il avait noté l'adresse fatidique : celle où il se trouvait. Il y jeta d'ailleurs un coup d'œil, voulant s'assurer qu'il ne s'était pas trompé et se gratta un instant le crâne, désorienté par l'aspect miteux de l'immeuble qui s'élevait devant lui.
Sceptique, il laissa ses grands yeux bleus détailler l'allure du bâtiment : la vieille porte d'entrée n'était plus sécurisée et dans le hall l'alignement de boîtes aux lettres faisait peine à voir. Quelques-unes étaient éventrées, n'avaient pas de porte quand d'autres avaient tout simplement disparues de l'endroit qui leur était destiné. Malgré ces détails sordides, l'éditeur se prit par la main et pénétra dans le hall glacial. L'odeur de la poussière mêlée à celle du bois moisit lui souleva le cœur mais il se reprit tout de même pour aller jusqu'au bout de ce qu'il était venu chercher.
L'ascenseur ne fonctionnait plus, constata-t-il en déglutissant avec nervosité, observant à nouveau l'adresse notée sur le bout de papier que Yoruichi lui avait donné. Alors c'était vraiment là qu'il habitait à présent ? S'interrogea-t-il en soupirant, un pincement au cœur.
_Bon sang…, marmonna-t-il en passant une main sur son front, ne pouvant croire que l'homme qu'il avait jadis si bien connu puisse à présent vivre dans un taudis pareil.
L'éditeur grimpa les marches lentement, étage après étage, redoutant un peu plus au fil des secondes qui passaient ses prochaines retrouvailles. Ses pupilles curieuses ne pouvaient s'empêcher d'observer la cage d'escalier en piteux état, les toiles d'araignée au coin des marches, la couche de poussière exceptionnellement épaisse sous ses pieds. Lorsqu'enfin il s'arrêta devant la bonne porte, il constata une fois de plus que cet immeuble était plus qu'insalubre. Au bout du couloir, un appartement était pleinement ouvert, la porte ayant été défoncée, celle d'à côté n'avait plus de poignée, et la porte à laquelle il frappa perdit dans un bruit sourd le numéro « 5 » qui l'ornait.
La porte s'ouvrit dans un grincement et Shinji retint son souffle, découvrant alors le visage fatigué de son ancien collaborateur et ami. Face à lui, l'homme laissa glisser son regard sur le visage de l'homme blond, ses traits se figeant à vue d'œil alors qu'il détaillait l'allure propre et bien mise de l'éditeur.
_Bonjour, Kensei, lança Hirako, étirant un mince sourire qu'il tenta par tous les moyens de ne pas rendre effrayant.
Mais la porte se referma immédiatement, dans un violent coup de vent et les cheveux longs d'Hirako volèrent autour de ses épaules, le laissant souriant et quelque peu pantois. Puis, son sourire sembla s'évanouir à mesure qu'il comprenait que le regard gris de l'ancien gardien de prison n'avait plus rien d'amical ni de respectueux. Il venait également de lui fermer la porte au nez, et ce regard... il lui avait glacé le sang !
Le peu d'enthousiasme qu'il lui restait venant de partir en fumée. Hirako hésita, il s'était évidemment attendu à ce genre de réaction de la part de Muguruma mais il n'avait pas prévu de plan de secours, ni comment il pourrait réagir face à cela. Il retenta alors sa chance, estimant qu'il n'avait plus rien à perdre.
_Kensei ! S'exclama-t-il en tambourinant à la porte. Ouvre-moi, s'il te plait !
_Va-t-en, Hirako ! Lui répondit la voix grave et tonitruante de l'autre côté de la porte.
_S'il te plait…
_Dégage !
_Mais…
Shinji aplatit sa joue contre le bois glacé de la barrière qui le séparait de son vieil et ancien ami. Il ferma les yeux quelques instants, se remémorant les paroles de Yoruichi et ce qu'elle ferait si jamais Kensei ne revenait pas parmi eux. Si quoique ce soit arrivait à Ichigo il ne pourrait pas se le pardonner. Sans lui, il n'avait plus de carrière, plus… d'espoir. Depuis qu'il avait rencontré le jeune écrivain, Hirako avait toujours cru qu'un jour il le verrait tel qu'il était : un homme sincère et sérieux qui était capable de tout pour lui.
Son admiration pour le rouquin avait toujours été sans égale, même avant qu'il ne le rencontre, alors que le manuscrit sans prétention aucune s'était retrouvé entre ses mains grâce à l'une de ses employées qui l'avait trouvé formidable, avant même de lire ses mots pour la toute première fois il avait été séduit par son nom. Puis par sa mise en page, puis par sa prose, son imagination, ses dialogues piquants, sa virtuosité avec une plume et avec les mots... Il avait dévoré le tout premier roman de Kurosaki le cœur battant, les yeux grand ouverts et les mains tremblantes. Les mots de cet homme, sa position sans égale pour la justice et sa croyance en l'amour éternel l'avait retourné, et il ne s'en était jamais remis.
Et lorsque quelques mois plus tard il le rencontra et eut le privilège de s'occuper d'Ichigo et de sa carrière, il comprit qu'il ne s'était pas trompé. Et ce fut à ce moment précis qu'il eut le premier véritable coup de foudre de sa misérable vie. L'homme était plaisant, souriant à l'époque, sympathique et respirait l'intelligence par tous les pores de sa peau.
Depuis ce jour, Shinji avait toujours veillé à ce qu'il soit bien traité comme il le méritait et il avait ainsi assisté à tant de déboires et de succès dans la vie du jeune homme. Il faisait partie de sa vie à présent. Il ne pouvait rester les bras croisés alors que Shiohin Yoruichi menaçait de s'en prendre à lui…
_Je t'en prie, Kensei…, reprit-il plus doucement, sa bouche effleurant le bois usé et gonflé par l'humidité de la porte. C'est… c'est une question de vie ou de… de mort.
Il entendit un petit rire de l'autre côté de la paroi, Kensei ne le prenait pour ainsi dire pas au sérieux du tout.
_Il risque de lui arriver quelque chose si tu ne reviens pas. Ichigo, il… il risque de…
La porte s'ouvrit brutalement, manquant l'emporter avec elle lorsqu'il bascula tout à coup en avant. Il se rattrapa de justesse, s'appuyant contre l'encadrement. Face à lui, la stature stoïque de Kensei le surplombait et son regard était tout aussi menaçant.
_Kurosaki ? Interrogea-t-il, levant un sourcil étonné.
Shinji ouvrit la bouche mais pas un mot ne s'en échappa. Muguruma semblait vouloir renouer le dialogue tout à coup, et Shinji comprit qu'avoir prononcé le nom d'Ichigo venait de lui ouvrir bien plus qu'une simple porte. Les yeux gris de Kensei s'étaient quelques peu attendris, observant Hirako comme s'il attendait de lui maintenant des explications précises.
_Oui. Kurosaki Ichigo, répondit-il enfin, hochant sa tête pour affirmer ses dires. Il est dans de sales draps.
Kensei poussa un soupir, ne pouvant aller contre le fait qu'il avait fait partie de cette histoire, et qu'il était de ce fait plus ou moins concerné. Mais il était plus inquiet par le fait que Shinji ait de tels informations en mains et surtout, que cela concerne Kurosaki Ichigo. Malgré le fait qu'il ne le connaissait que très mal, l'ex gardien de prison avait beaucoup d'affection pour le jeune écrivain, sans compter qu'il était l'ex-amant d'Hisagi Shuuhei... cet homme qu'il ne parvenait pas à se sortir de la tête.
_Entre, expia-t-il du bout des lèvres, accordant à son visiteur le droit d'entrer.
_Je sais que je suis certainement la dernière personne que tu désires voir mais je devais venir te parler.
_Et de quoi veux-tu donc me parler ? A part de Kurosaki, hein ? Demanda-t-il en refermant la porte dans un claquement bruyant. Je sais déjà qu'il est dans de sales draps. Sa promiscuité avec Jaggerjack n'arrangeant pas les choses il faut maintenant que ce soit Barragan qui ait des vues sur lui ? Je croyais que tu ne travaillais plus pour cet individu, Shinji ?
_C'était exact, il y a encore une heure, c'est vrai, confirma-t-il. Yoruichi est venue me voir.
Kensei haussa les sourcils, observant avec méfiance son ancien partenaire :
_Ah ! Tous ces noms nostalgiques, étrangement ils ne me manquaient pas.
_N'essaye pas de m'embobiner, Kensei. Je sais très bien que ton existence est maintenant réduite à une vie solitaire sans intérêt et sans excitation. Tu reprendrais ton poste auprès de Barragan si tu le pouvais. Et c'est ce que je viens te proposer.
Muguruma éclata d'un rire tonitruant, sa mâchoire largement ouverte et sa bouche laissant échapper un fou rire incontrôlé. Le blond resta perplexe, c'était bien la toute première fois qu'il voyait son ancien collègue rire à gorge déployée et cette vision l'inquiéta quelque peu; connaissant Kensei, ça laissait entendre qu'il ne le prenait pas du tout au sérieux.
_Est-ce que tu plaisantes ? Parvint enfin à articuler l'argenté. Moi ? Retravailler pour Barragan ? Tu le fais exprès ma parole !
_Ce n'est pas exactement retravailler pour lui vois-tu, ça serait plutôt… protéger Kurosaki de lui-même.
_Tu auras beau me le présenter de n'importe quelle manière, ça sera toujours non, et tu sais exactement pourquoi.
Oui, Shinji savait pourquoi. Au tout début de la carrière politique de Barragan, Kensei était l'un de ses meilleurs gardes du corps et il était excellent dans sa fonction. Il avait fait tant pour la carrière du député maintenant devenu Maire, son intelligence et sa clairvoyance ayant toujours fait la différence, même Hirako l'admirait pour cela.
_Je ne comprends vraiment pas pourquoi c'est toi qui viens me demander une telle absurdité, Shinji. Surtout toi. N'as-tu aucun amour propre ? Bon sang !
_Ce n'est pas une histoire d'amour propre ! Je ne veux pas que… que Ichigo soit embarqué dans une vieille querelle de yakuza entre Aizen et Barragan, il risquerait d'y laisser sa peau. Il faut juste l'éloigner ne serait-ce qu'un peu, l'empêcher de mettre son nez dans les rivalités de ces deux types. S'il apprend que Barragan est le chef du clan qu'Aizen dirige actuellement alors nos noms sortiront inéluctablement aussi ! Je ne veux pas ça, Kensei, même si je n'en ai rien à foutre de Barragan.
_Mph… A cette époque, tu n'étais qu'un jeune journaliste plein d'ambition, Shinji, lui rappela Muguruma se rapprochant de lui, les yeux accusateurs. Tu étais prometteur, tu étais voué à une belle carrière. Et tu t'es laissé embarquer dans ce clan de délinquants par Barragan, pour mener cette campagne de …. Et foutre ta vie en l'air. Tu n'y as jamais pensé à ça ?
Bien évidemment que si, il y pensait chaque jour. Lui aussi avait pesé lourd dans la carrière de l'homme politique, il était son infiltré dans la presse, celui qui écrivait des articles à sa gloire, répandant sa propagande aussi facilement qu'une trainée de poudre. Pour ça il était doué, pour tourner les mots et jouer avec eux pour les amener à traduire ce qu'il souhaitait, sans même que le lecteur ne s'en rende compte. Il avait passé des années à véhiculer des messages cachés aux lecteurs du journal pour lequel il travaillait, s'amusant tant et plus à prouver qu'il était capable de manipuler n'importe quel esprit.
_Je n'ai jamais rien regretté, et tu le sais très bien. Toutes ces années à tes côtés…
_Ne me ressers pas ce refrain je t'en prie !
_Et toi tu as regretté ? Tu regrettes maintenant nos petites cachoteries, les instants trop courts qu'on passait ensemble ? Est-ce que tu me mentais lorsque tu me disais que les nuits qu'on passait ensemble seraient des souvenirs impérissables ? Tu m'as menti, n'est-ce pas ? Comme lorsqu'on s'est perdus de vue. Tu m'avais promis…
Kensei poussa un soupir de fatigue, laissant courir ses mains dans ses cheveux courts de manière coupable. Que pouvait-il bien répondre à ces accusations, se demanda-t-il, bien conscient qu'il avait abandonné tous ses amis et cette vie qu'il avait pourtant mis si longtemps à bâtir.
_Je n'ai pas regretté, et je n'ai pas menti. Je ne t'ai jamais rien promis, Shinji.
Le blond serra les poings, ses yeux lançant des éclairs de plus en plus violents au fur et à mesure que cette conversation devenait de plus en plus personnelle. Mais Hirako n'y pouvait rien, il avait toujours su que revoir Kensei après tout ce temps serait inévitablement douloureux, même plus que ça, et qu'il lui jetterait ses quatre vérités en face, ne se souciant pas de lui faire du mal ou de remuer le couteau dans la plaie.
_Cette nuit-là… Tu t'en souviens, ne me dis surtout pas non, cette nuit-là où tous les deux nous avons échappé de peu à la mort alors que nous étions en voiture avec Barragan, cette nuit-là où tu m'as hébergé ou nous avons partagé plus que ton lit, tu m'as dit… tu m'as dit que tu n'avais jamais été aussi bien. Et tu m'avais promis de faire de ton mieux pour ne rien gâcher, Kensei. Tu m'avais promis.
_Bon sang, Shinji, on était encore jeunes à cette époque ! Je n'avais aucune idée que tout ça allait me tomber dessus que je déciderais de quitter ce monde, que ma vie était ailleurs ! Et tu étais jeune aussi, regarde ce que tu es devenu ! Ce n'était qu'une nuit, bon sang. Une seule nuit... C'était... c'était...
_Quoi ? Une erreur ? Le coupa le blond avec un rire sarcastique. Tu m'as laissé tomber Kensei, près cette nuit tu es parti, tu n'étais plus là, tu m'as abandonné...comme… comme tous ces gens, mes parents, mes… Je croyais pouvoir te faire confiance, je croyais t'aimer pour de bon.
L'ancien gardien de prison prit son visage entre ses mains, cachant à ses yeux l'expression de tristesse de son visiteur, l'empêchant de regarder la réalité et de se confronter à ses erreurs passées. Oui, il avait fui le clan de yakuza de Barragan, enfin pas tout à fait fuit… Le chef du clan l'avait laissé partir, ne le jugeant plus assez à la hauteur de ses espérances, préférant prendre pour sa protection un garde du corps plus jeune et moins fatigué par les années de la vie. Il avait cependant accepté l'offre d'emploi que Barragan lui avait trouvé dans cette prison, tirant un trait sur sa vie de yakuza. Et cette décision, il l'avait prise bien avant cette nuit avec Shinji. C'était pour cela qu'il lui avait accordé cette intimité, comme une sorte d'adieu, ayant toujours su que le blond avait ce genre de sentiments pour lui. Il voulait seulement le réconforter.
Et il avait laissé derrière lui ce jeune homme qu'il avait connu pendant son travail, ce gamin journaliste, à l'esprit plus vif que l'éclair, cet esprit brillant, ce calculateur hors pair. Il avait plus ou moins toujours admiré l'intelligence de Shinji, mais ne le lui avait jamais dit. Pas plus qu'il ne lui avait révélé son futur départ, perdant de vue le blond pour de bon. Jusqu'à aujourd'hui.
_Je suis désolé, Shinji. Mais quand j'ai décidé de partir, je devais tout laisser derrière moi. Et j'entends bien TOUT.
_Même moi, c'est ça ?
_Oui.
Un mal être étouffant s'installa entre eux et Shinji, à court de souffle sous l'émotion de remettre sur le tapis leur passé ensemble, reprit sa respiration difficilement. D'une certaine manière il aurait préféré ne pas le revoir, pour ne pas se faire plus de mal, pour ne pas revivre ce qui avait fait qu'ils étaient si proches. Mais d'un autre côté, lorsque Yoruichi était venue le trouver, une pointe d'espoir s'était éveillée en lui, le laissant espérer que peut-être Kensei retomberait dans ce tourbillon avec lui. Mais à quoi bon ? Tout cela appartenait au passé.
Lorsqu'ils faisaient encore partie de la famille, lorsqu'ils étaient encore dans le clan de yakuza dirigé alors par Barragan, tout était différent. Ils vivaient alors quasiment ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, ne pouvant aller contre ce rapprochement entre eux qui avait été si naturel, Hirako était tombé amoureux. Et puis, de fil en aiguille cette nuit s'était profilée entre eux, même si ce jour-là il n'avait pas pu saisir cette pointe de solitude dans les yeux de Muguruma.
Cependant, après son départ, ou plutôt son renvoie du clan par Barragan ne le jugeant plus assez capable de le protéger, il n'avait pas trouvé la force de continuer. Quelques mois après ce départ, il avait supplié Barragan de lui donner un autre poste, plus tranquille, loin de tout ce qui lui rappelait Kensei. Il ne trouvait plus d'intérêt dans ces activités de yakuza, préférant reprendre une vie normale, mais bien entendu cela n'était pas possible. On ne quitte pas la famille sur un coup de tête. Alors Barragan lui avait offert un poste dans cette maison d'édition, dont il connaissait très bien le directeur, plaçant Hirako Shinji comme éditeur. Et aujourd'hui, voilà qu'il devait se retrouver confronté à lui à nouveau, et tout cela pour tenter de protéger Kurosaki Ichigo : l'homme qui avait pris la place de Muguruma Kensei dans son cœur.
_Quelles sont les intentions de Barragan ? Questionna Muguruma, fronçant ses sourcils. Il a laissé la direction de la famille à Aizen, pourquoi veut-il maintenant faire…
_Tu ne comprends pas, Kensei, le coupa le blond avec un sourire léger. Depuis l'évasion de Grimmjow Jaggerjack, Aizen est au cœur de la tempête. Barragan l'accuse directement d'avoir mené cette échappée belle de bout en bout, sachant pertinemment que Sosuke a besoin de Jaggerjack pour faire le sale boulot.
_Et alors ? Ça sert les intérêts de Barragan, non ? Après tout, il est Maire à présent…
_Non, ce n'est pas ça. La police soupçonne Barragan depuis très longtemps d'avoir falsifié les élections, tu le sais, alors il se fait tout petit. Directement après les accusations de la presse sur le scrutin qui semblait trafiqué, Barragan a jugé prudent de s'éloigner de la direction du clan, voulant garder ses activités de yakuza secrètes, et aussi ses revenus exorbitants y étant liés cachés. Pour cela, il a placé Aizen à sa place, mais officieusement Barragan tenait toujours les reines.
_Je sais tout ça ! Pourquoi tu me dis ce que je sais déjà ?
_Pour t'expliquer afin que tu comprennes mieux. Barragan suspecte maintenant Aizen de faire les choses dans son dos, et de reprendre à son compte la direction totale du clan. Sosuke pourrait aisément le faire, il a les capacités pour ça, et la fuite de Jaggerjack est une preuve, tu le sais toi aussi. Et l'évasion de Grimmjow fait que maintenant, les projecteurs sont braqués sur lui et donc sur Aizen. Et par conséquent dans peu de temps : Barragan lui-même.
_Seulement, Barragan ne veut pas perdre le clan, n'est-ce pas ? Il veut faire comprendre à Aizen qu'il doit rester à sa place ?
_Oui…
Mais il y avait une chose que Muguruma ne parvenait pas à saisir :
_Quel rapport avec Ichigo ?
_Plus Ichigo traine avec Jaggerjack plus il est proche d'Aizen. Donc de ce fait, plus il risque de découvrir que Aizen n'est en fait que la figure de proue du clan. Il découvrira tôt ou tard que Barragan est là-dedans, concerné de très près et s'il l'apprend le reste du monde le saura. Il est plutôt du genre à dévoiler les scoops, c'est un écrivain, il le fera je le connais.
_Et si tout le monde découvre que Barragan a encore cette affaire en mains, adieu sa carrière politique ?
_Oui, et la place dans le gouvernement qu'il tente d'arracher depuis un an.
Les deux hommes soupirèrent, c'était certes un beau foutoir ! Et Kensei était bien placé pour savoir comment ce genre d'histoire se gérait, et comment elles finissaient d'ailleurs. Il préféra ne pas y penser, s'avançant en direction de la table basse de son petit salon pour y trouver un verre rempli d'une liqueur ambrée. Il engloutit la totalité du verre en une seule gorgée, poussant un soupir de bien-être après avoir reposé le verre.
_Tu bois toujours ? Lui lança Hirako, une lumière d'inquiétude dans les yeux.
L'argenté haussa les épaules :
_Tu poses toujours des questions stupides ?
Shinji étira un sourire amusé qu'il était rare de voir sur son visage, un sourire moins large et plus retenu :
_Tu sais, je ne suis pas venu par choix, j'aurais aimé éviter de remuer le couteau dans la plaie, crois-moi, reprit-il en aplatissant sa grande main osseuse sur son thorax. Mais tu sais très bien où je veux en venir avec tout ça.
_Qui est dans le collimateur ? Ichigo ? Pourquoi ? Demanda l'ancien gardien de prison, quelque peu perdu à présent.
_Yoruichi me l'a laissé croire, je pense que ce n'est pas le cas, elle a juste voulu me faire peur et jouer la carte Kurosaki était vraiment bien essayé. Mais je pense que ce n'est pas lui qu'ils veulent.
_Jaggerjack ?
_Va savoir, répondit-il en plissant ses yeux. Jaggerjack vivant ou mort, le mal a été fait, ils n'y gagneraient rien à l'abattre. Tout du moins c'est ce que je crois. Sauf si évidemment notre petite panthère peroxydée est une pièce maîtresse dans le jeu d'Aizen... Et ça, si Barragan le découvre alors Yoruichi se chargera de le...
Le blond fit courir son pouce sur son cou, mimant un acte de décapitation avec une grimace significative. Kensei poussa un soupir de fatigue :
_Et alors ? Je me fiche de ce mec !
_Je sais bien, moi aussi ne t'en fais pas. Mais… maintenant il est lié à Jaggerjack qu'on le veuille ou non. Et plus il est lié avec lui, plus il est en danger, et je ne veux pas ça.
_Qu'as-tu donc en tête ?
Hirako soupira sans lui répondre et prit le chemin du petit canapé-lit poussé contre le mur de la pièce. Il y prit place et posa ses avant-bras sur ses genoux, son corps basculant en avant, ses cheveux créant une barrière devant son visage devenu maintenant invisible pour le propriétaire des lieux.
_Assis-toi, Kensei. Je pense que nous en avons pour un moment….
Le lendemain
Ichigo se redressa, clignant plusieurs fois des yeux afin d'habituer ses pupilles du mieux qu'il pouvait à la lumière du jour qui envahissait le salon. Hagard, il laissa son regard planer sur la pièce, reconnaissant le salon de Shuuhei et son canapé sur lequel il avait dormi.
Maintenant assis sur le rebord de la banquette, la soirée de la veille lui revint en mémoire, et les objets étalés devant lui sur la table basse ne faisaient que lui rappeler l'imminence de cette échéance qu'il attendait impatiemment, et qu'il redoutait en même temps. Sur une feuille blanche raturée, s'étalait l'écriture de Kurosaki après avoir victorieusement déchiffré le lieu et l'heure du rendez-vous fixé par Grimmjow.
Sous ses yeux gisaient maintenant le paquet de cigarette Kent, les trois cigarettes qu'il contenait avaient été fumées par Hisagi la veille étant donné qu'elles n'avaient plus d'incidence sur leurs recherches. La montre dont les aiguilles indiquaient toujours six heures avait elle aussi été délaissée mais Ichigo savait maintenant ce qu'il lui restait à faire ; s'il ne se présentait pas à ce rendez-vous sans doute ne reverrait-il jamais Grimmjow. Et c'était dire adieu à bien des choses : ses sentiments pour commencer et son roman ensuite. Néanmoins, il avait déjà pris sa décision et leurs trouvailles le confortait un peu plus dans ses choix : ce soir, il rencontrerait Grimmjow à l'hôtel Kent à six heures, dans la chambre 3.
Shuuhei lui avait promis qu'il n'interférerait pas dans cette rencontre, et que d'ailleurs la police ne le suivrait pas ni ne le surveillerait. Le rouquin ne pouvait que lui faire confiance. Après avoir vu son ex l'aider à déchiffrer le mystérieux message derrière les indices de Jaggerjack il était certain qu'il ne se jouait pas de lui. Et puis, il était maintenant d'accord avec ses projets : si Aizen se faisait arrêter, Grimmjow serait libre et n'aurait plus à travailler pour lui. Il serait certes, toujours un fugitif mais Ichigo ferait tout pour qu'il ne soit pas impliqué lors de l'arrestation de Sosuke.
Oui, s'il voulait parvenir à cela, il devait faire confiance à Shuuhei et il devait se rendre à ce rendez-vous.
L'horloge face à lui indiquait dix heures et encore huit heures le séparaient de Grimmjow. Il savait que sans doute l'attente serait insoutenable, et le stress lié à celle-ci bien plus horrible encore mais peu importait, il patienterait jusqu'à ce moment. Et la meilleure des solutions pour passer ce temps sans se faire de bile plus qu'il ne devait, était certainement de rentrer chez lui tranquillement et de s'atteler à la suite de son roman. Les heures s'écouleraient beaucoup plus vite.
Décidé, il se leva, prit ses affaires ainsi que la montre de Grimmjow et le bout de feuille sur lequel était étalé le résultat de leurs recherches sur le rendez-vous mystère, et déserta l'appartement de Shuuhei. Pour ne pas non plus s'enfuir comme un voleur, il pianota un petit texto à l'attention de son ex, avant de s'engouffrer dans le sous-sol du métro.
« Je viens de partir, sans te réveiller désolé. Merci pour ton aide très précieuse, je ne sais encore comment te remercier. Je me rendrai au rendez-vous donné par Grimmjow et j'espère que la confiance que je t'ai accordée ne mourra pas ce soir… A bientôt »
Ichigo rejoignit son loft, ne se rappelant évidemment plus que la horde de journalistes l'y attendait de pied ferme. Ce ne fut qu'à quelques mètres seulement de l'entrée, et donc d'eux, qu'il aperçut le groupe hétérogène. Certains buvaient leur café du matin et mordaient avec appétit dans un croissant ou tout autre viennoiserie calorique, quand d'autres lisaient le journal ou encore passaient des coups de fil. Il jura bien fort en stoppant sa marche, tentant un demi-tour furtif avant de se rendre compte qu'après tout, ces gens-là n'allaient pas le tuer. Et puis, s'ils obtenaient un peu de lui maintenant peut-être bien qu'ils s'en satisferaient et le laisseraient tranquille plus tard. Comme par exemple lorsqu'il sortirait retrouver Grimmjow…
_Bonne idée, affirma-t-il en reprenant – d'un pas conquérant – son avancée vers la fosse aux lions.
Lorsqu'il fut à bonne distance, il tenta néanmoins de baisser la tête et de ne pas trop attirer l'attention mais c'était mal connaître ce genre de journaliste rapace qui savait sentir à des kilomètres le scoop du jour. Il ne fallut pas très longtemps avant que l'un d'eux ne flaire son arrivée et ne le reconnaisse :
_Hé ! C'est Kurosaki ! S'écria-t-il, éveillant par là même, les autres qui n'en pouvaient plus d'attendre.
Aussitôt, un mouvement de foule eut lieu et Ichigo releva son visage pour observer cette marée humaine se ruer vers lui. Il ne s'arrêta pas de marcher, constatant avec un certain optimisme que l'entrée de chez lui n'était plus qu'à quelques foulées.
_Kurosaki-sama ! Kurosaki-sama !
Plusieurs chasseurs de scoop, micros en main, accompagnés de leur caméraman avancèrent à sa rencontre et plantèrent leur micro devant lui. Sans cesser d'avancer cependant, le rouquin fut bien forcé d'admettre qu'il se jetait tout droit dans la gueule du loup.
_Kurosaki-sama comment vivez-vous avec du recul la prise d'otage que vous avez vécu ?
_Éprouvez-vous des remords par rapport à ce que vous avez dit à la télévision lors de votre interview ?
_Avez-vous été interrogé par la police ? Avez-vous peur que Grimmjow Jaggerjack ne revienne vous séquestrer ?
Cette question sur Grimmjow fut la question de trop, l'écrivain ne pouvait tolérer qu'on continue à considérer le bleuté comme un homme monstrueux qui l'avait pris en otage et qui était maintenant en liberté, menaçant la vie de tous les citoyens de Tokyo.
Il s'arrêta donc et se planta devant les micros, un farouche regard sur le visage :
_Je ne dirais qu'une seule chose…
Le silence total s'était fait autour de lui alors que chacun attendait les mots qui feraient les gros titres, ou pire encore : un scandale.
_Regardez l'interview que j'ai donnée à Shiba Kaien et qui est passée au journal télévisé. Merci.
Ichigo avait énoncé cette seule phrase sur un ton autoritaire, laissant entendre que la conversation était close. Il se fraya un chemin parmi eux, tentant d'atteindre la porte de son bâtiment, se battant contre les micros, les dictaphones et autres caméras lui barrant la route. Il n'avait aucune intention d'en dire plus, et cela même s'ils continuaient à pousser derrière lui, le harcelant de plus belle avec toujours plus de questions.
Lorsqu'enfin il atteignit la porte et composa le code pour pénétrer dans le patio, une main puissante l'attrapa faisant décoller ses pieds du sol pour le propulser à l'intérieur. Surpris, le jeune homme essuya un hoquet de surprise et leva les yeux sur celui qui s'attelait maintenant à refermer convenablement la porte avant qu'elle ne soit enfoncée par ces vautours.
_Tessaï ! S'écria-t-il en constatant encore une fois que son concierge était venu à sa rescousse. Merci.
_Grimpez vite jusque chez vous, Kurosaki-sama, lui conseilla l'homme à la moustache. Ils n'ont pas l'air très content. Si ça continue j'appelle la police !
L'orangé se contenta de hocher la tête pour acquiescer et disparut dans les grands escaliers de marbre, s'engouffrant ensuite chez lui très rapidement et verrouillant sa porte d'entrée derrière lui.
La quiétude et l'étrange vide de son loft le laissèrent étourdit quelques instants. Il inspira profondément, son cœur s'emballant au fur et à mesure que l'heure du rendez-vous avec Grimmjow se rapprochait, constata-t-il en levant ses yeux sur la grande horloge dans l'entrée. Il avait hâte bien sûr, il attendait ces retrouvailles comme jamais il n'avait été si impatient de sa vie, mais l'inquiétude qui y était irrémédiablement liée ne pouvait être chassée de son corps.
Il se glissa sous la douche, laissant échapper quelques minutes cette tension qui le rendait à fleur de peau, presque trop émotif. Il avait en quelque sorte oublié cette sensation avant un premier rendez-vous, ce stress, cette inévitable envie de tout jeter à l'eau et de ne pas y aller. Cette peur d'être déçu et de ne pas y trouver ce qu'on était venu y chercher : l'autre partageait-il nos attentes ? Était-il prêt à s'engager dans une relation ? Était-il tel que nous le souhaitions ? Tant de questions qui n'avaient encore aucune réponse. Et pour Kurosaki tout était encore plus compliqué : Grimmjow était un évadé de prison.
_Pfff…, souffla-t-il en sortant de la douche, se laissant envahir un instant par la pensée que tout cela était une mauvaise idée.
Il était certes tombé amoureux, mais tout cela était une folie, il le savait très bien. Alors pourquoi ne pas tout laisser tomber maintenant, tant qu'il en était encore temps ?
En observant ses pupilles quelque peu égarées par ces interrogations persistantes face à la glace, il s'imagina alors tout envoyer valser, ne pas le rencontrer à nouveau et tirer un trait sur toute cette histoire qui rythmait maintenant sa drôle d'existence. Son cœur fit un saut périlleux dans sa poitrine, comme pour lui dire qu'il ne devait pas faire ça, qu'il en serait malade et dévasté. Ichigo comprit alors que s'il abandonnait Grimmjow pour de bon, il s'en voudrait pendant longtemps, des années peut-être. Il ne pouvait tout simplement pas l'oublier, pas lui. Pas maintenant, pas tant qu'il n'avait pas expérimenté quelque chose d'un peu plus ambitieux avec lui.
Il voulait repousser ses limites, se prouver qu'il était toujours prêt à se battre pour les sentiments qu'il éprouvait et pour ce en quoi il croyait. Et d'ailleurs, il croyait dur comme fer en ses sentiments pour la panthère, en cela il avait foi. Et on ne jetait pas par-dessus bord sa propre foi, n'est-ce pas ?
_Au diable toutes ces conneries, je le veux et je l'aurai ! Se convainc-t-il face au miroir, séchant ses cheveux à l'aide d'une serviette moelleuse.
Sa tignasse orange à peu près sèche, il sortit de la salle de bain, une serviette autour de la taille et s'attabla devant son ordinateur, double cliquant sur le fichier texte de son nouveau roman. Déposant son menton au creux de sa main, il relut quelques lignes, puis la dernière page qu'il avait écrite. Il en profita pour envoyer le tout à Hirako, son éditeur à qui il avait promis d'envoyer son avancement et soupira. Enfin, il plaça ses mains au-dessus du clavier et pianota sur celui-ci, comme si l'inspiration coulait à flot.
Il était dans le parfait état pour décrire les sentiments de son héros et il ne voulait pas laisser passer cette occasion.
Après avoir noirci quelques pages et avoir travaillé sur sa trame, le temps s'était bien écoulé - plusieurs heures étaient passées - et Kurosaki se prépara, enfilant un pantalon noir et un tee-shirt noir. Il retrouva même dans un tiroir un vieux bonnet gris que Shuuhei avait l'habitude de porter et le vissa sur sa tête, refusant de se laisser repérer par qui que ce soit à cause de ses cheveux ! Une fois prêt, alors que l'heure de partir approchait, il enfourna quelques affaires pratiques dans son sac bandoulière : un plan, une bouteille d'eau, un carnet et un stylo ainsi qu'un paquet complet des cigarettes préférées de Grimmjow.
Ichigo sortit enfin de son loft, il était déjà plus de seize heures à ce moment-là et il jeta un œil nerveux à sa montre. Il ignorait combien de temps il lui faudrait pour arriver jusqu'à l'hôtel et si des complications se présentaient il voulait avoir assez de temps pour y faire face.
Il avait pensé à toutes les éventualités, du retour de Shuuhei sur sa parole – l'empêchant de se rendre à ce rendez-vous, jusqu'à la présence de la police sur les lieux. Dans tous les cas, il avait trouvé une parade pour s'en sortir et pour faire en sorte que Grimmjow s'en sorte lui aussi du mieux possible. Quoique, si la police était effectivement à l'hôtel ou bien les surprenait ensemble, il n'aurait plus qu'un seul choix : celui de s'enfuir loin avec Jaggerjack et de devenir lui-même un fugitif recherché.
Néanmoins, il chassa tout cela de son esprit du mieux qu'il put en trouvant le chemin de la sortie par le garage, comme il avait fait la dernière fois avec l'aide de Tessaï. Il observa longuement les journalistes faire le pied de grue devant chez lui, comme à leur habitude, voulant trouver le bon moment pour prendre à poudre d'escampette. Il n'avait pas le droit à l'erreur, il n'avait pas le droit de se faire voir, ni de se faire suivre par n'importe quelle voiture aujourd'hui.
Sentant une opportunité, Ichigo se lança, courant à grandes enjambées sans regarder derrière lui, s'éloignant le plus rapidement possible de son immeuble pour ne pas être intercepté par les journalistes. Cependant, il n'eut pas la chance qu'il escomptait. Alors qu'il approchait du boulevard voisin sur lequel il trouverait pour sûr un taxi, il s'aperçut que quelques vautours de ce monde de la presse l'avaient suivi. Tenant à bout de bras leurs micros pour parvenir à attraper un mot de plus que leurs collègues, ces derniers firent cependant chou blanc, lorsque le jeune écrivain héla un taxi et s'engouffra à l'intérieur.
Il claqua la porte derrière lui, prenant bien garde à ce qu'ils soient hors d'attente avant d'annoncer sa destination :
_Hôtel Kent, s'il vous plait. Et… prenez garde à ce que personne ne nous suive, compris ? ajouta-t-il en tendant au chauffeur une poignée remplie de billets alléchants.
Le chauffeur ne jeta même pas un regard à son visage, mais prit le temps de détailler la somme conséquence se trouvant au creux de sa main. Il arrêta le véhicule au feu stop le plus proche et étudia les onéreuses feuilles de papier.
_Vos désirs sont des ordres, répondit-il enfin, enfournant la somme dans sa boîte à gants.
_Et si vous parvenez à m'y emmener avant dix-huit heures, vous aurez le double.
L'homme au volant rajusta sa casquette sur sa tête, haussant ses sourcils bien hauts à la pensée de ce petit pactole qui correspondait ni plus ni moins à ses gains mensuels.
_C'est comme si c'était fait.
Kurosaki jeta un œil derrière eux, alors que la voiture se mettait en mouvement une fois le feu passé au vert. Il était nerveux, et il comprenait pourquoi cependant : sa future rencontre avec Grimmjow le stressait. Il fallait qu'il s'assure que personne ne le suive, ni journaliste, ni policier, ni…. Rien du tout ! En chemin, il surveillait ses arrières à chaque fois que le taxi prenait un virage, demandant au chauffeur de vérifier si aucun véhicule ne lui semblait suspect. Il scrutait également sa montre, la grande aiguille se rapprochant dangereusement du sommet du cadran, faisant battre son cœur plus vite à chaque seconde.
De plus en plus troublé par l'idée seule de ce périple, il checka son portable, remarquant alors que Shuuhei lui avait répondu.
« Comment me remercier ? Essaye de ne pas te faire prendre. A + », lut-il avec un sourire amusé sur les lèvres. Et il s'en senti soulagé, Hisagi ne semblait pas lui avoir fait un coup fourré et il lui en était grandement reconnaissant. Il souffla de soulagement, reprenant une position plus confortable sur le siège du véhicule et tenta d'évacuer sa nervosité en regardant défiler les grands immeubles par la fenêtre...
Hôtel Kent, deux heures plus tard
Ichigo s'arrêta devant la porte richement ornée du numéro « 3 » fatidique, reprenant ses esprits afin de se convaincre lui-même qu'il n'avait pas à être si nerveux. Mais il n'y avait rien à faire, sa nervosité était encore bien plus importante. Et si derrière cette porte il ne trouvait rien ? S'il avait mal interprété le message de Grimmjow et que ce dernier n'était pas là aujourd'hui ? S'en remettrait-il ?
Il avait tant envie de le voir, et ce depuis bien des jours, qu'il avait mis tous ses espoirs en ce jour, en ces retrouvailles. Et que dirait-il si jamais l'objet de ses désirs se trouvait bel et bien de l'autre côté de ce mur ? Que pourraient-ils bien s'avouer étant donné tout ce qui s'était passé, tout ce qui avait eu lieu entre eux et autour d'eux ? Ichigo ignorait même si Jaggerjack éprouverait le même plaisir à le revoir. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'y croire.
Lentement, il posa sa main sur la poignée dorée de la porte, l'abaissant tout doucement comme s'il craignait qu'une catastrophe quelconque vienne l'empêcher d'atteindre son but. Le couloir était désert, et pas un bruit ne parvenait à ses oreilles. Puis soudain, ses mouvement se firent plus rapides il ouvrit la porte, franchit d'un grand pas l'encadrement et pénétra dans la pièce.
La porte se referma derrière lui, dans un « clac » silencieux et il observa la large pièce. Elle était spacieuse et cosy, d'un beige exquis, avec quelques tableaux aux murs, des compositions florales sur les tables de nuit. Le lit king size bed à côté de la fenêtre était proprement dressé, les oreillers moelleux qui l'ornaient affublées de taies en dentelle.
Il fit quelques pas dans l'espace, sortant du petit couloir qui servait de vestibule et déboucha sur la pièce en elle-même, juste à côté d'un large bureau sur lequel se trouvaient des prospectus de la chaine de l'hôtel.
Il laissa ses yeux s'évader sur le large écran de télévision plat, déposé sur une table basse face au lit et glissa son regard sur la moquette blanche impeccable. Pourquoi Grimmjow aurait-il choisi un tel lieu ? Se questionna-t-il alors qu'à sa déception la pièce était toujours vide de celui qu'il attendait.
Soudain, un bruit attira son attention derrière lui, à travers la porte de la salle de bains. Il se retourna, cognant ses reins contre le coin du bureau tout proche de lui et plaqua ses mains sur la surface de bois, constatant alors que la lumière de la salle d'eau était allumée. Un certain raffut se fit entendre puis la porte s'ouvrit.
Ichigo sentit son cœur s'accélérer comme jamais lorsque sur le pas de la porte de la salle de bains apparut un homme. Ses yeux s'écarquillèrent et il recula un peu plus, le coin de la table de travail plantée dans ses reins douloureusement.
L'homme s'immobilisa, écarquillant lui aussi les yeux à la vue du visiteur et plusieurs secondes s'écoulèrent sans un mot ni un mouvement. Kurosaki ignorait s'il devait dire un mot, s'il devait parler le premier et demander ce qui était en train de se passer, il resta là, interdit, soufflé sous le coup de sa nervosité qui avait atteint son apogée.
L'homme soupira, initiant un pas de côté afin de s'adosser au mur à côté de l'entrée de la salle de bain, croisant ses bras sur son torse large. Il le scrutait, étirant finalement un sourire ostentatoire sur son beau visage carré :
_J'pensais pas que tu viendrais, dit-il alors, un petit brin de moquerie dans la voix.
Ichigo ne lui répondit pas tout de suite, souhaitant tout d'abord laisser à son cœur le loisir de se calmer, tant il était emballé de se retrouver enfin face à l'être désiré.
_Je… J'ignorais si j'avais bien déchiffré.
_Oh j'me faisais pas de soucis pour ça, répliqua Grimmjow en levant son menton comme pour le regarder de haut. Mais… j'vois que tu es venu.
_Oui…
Ichio ne s'était pas attendu à cela : la tension était palpable entre eux, d'une manière peu commune et il n'y était pas préparé. L'aura étouffante et envahissante de Jaggerjack le confinait un peu plus dans cet espace qui lui sembla alors minuscule. Et plus il essayait de reprendre le contrôle de lui-même, plus il lui semblait que l'homme face à lui redoublait d'intensité dans son regard, rien que pour le rendre plus faible encore. Cherchait-il à le destabiliser ? Certainement, le connaissant. Cherchait-il à lui faire peur ? Dans quel but, c'était idiot...
_Quelqu'un t'a suivi ?
_Non, j'ai pris mes précautions.
_Qui sait que tu es ici ?
_Tu ne crois pas que ça serait plutôt à moi de poser les questions ? Répliqua soudain l'orangé, une assurance toute nouvelle dans sa voix.
Le bleuté cligna des yeux, hochant de la tête pour l'inviter à poursuivre et lui donner raison. Ichigo ferma les yeux quelques instants, ce moment tant attendu était en fait une torture, pensa-t-il, car maintenant ils devaient jouer cartes sur table. Plus aucun masque n'était de rigueur s'ils voulaient réellement savoir où tout cela les conduirait.
_Après toi, l'invita-t-il poliment.
Ichigo passa sa langue sur ses lèvres, inspirant profondément avant de choisir judicieusement la première question qu'il lui poserait. Autant aller du moins important au plus important, crescendo :
_Qu'est-ce que tu fabriquais dans cette salle de bain ?
Le turquoise ricana, haussant ses sourcils de manière étonnée :
_Vraiment ? C'est la première question que tu…, débuta-t-il avant de se ressaisir en captant le regard assassin face à lui. J'vérifiais juste si y'avait pas de caméra ou d'micro, j'ai vérifié toute cette pièce aussi. Précaution, trésor.
L'orangé dodelina de la tête comme pour affirmer ou cautionner ses actes. En réalité, il trouvait sa question ridicule, ce n'était pas vraiment cela qu'il voulait savoir, mais cette première question était juste un essai. Histoire de voir s'il lui disait la vérité ou se jouait de lui. Et visiblement c'était plutôt le premier cas...
_Bien… Alors maintenant, pourquoi moi ? Dis-moi, pourquoi moi ? Reprit-il, ses yeux affichant une lumière blessée.
Le sourire de Jaggerjack sembla se figer sur son visage, comme s'il ne s'était pas attendu à cette question. Il constata l'air contrarié de son visiteur ainsi que ses yeux fuyant, il lui en voulait, beaucoup pour cette fois-là. Grimmjow avait enfin sa réponse : oui, Ichigo lui en voulait toujours d'avoir braqué une arme sur lui. Cependant, il nia être surpris et se contenta de hausser les épaules, enfournant ses mains dans les poches de son jean :
_Que veux-tu que j'te dise ? Tu t'es simplement trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et…
_Oh non, je ne crois pas. Pourquoi tu ne me dis pas que j'ai été choisi pour être une sorte de… de faire valoir, un « objet » qui te pousserait à sortir de prison ? Aizen ne te l'a pas dit ?
_C'est plus compliqué qu'ça, répliqua-t-il en passant une main dans ses cheveux bleus.
Ichigo le fusilla du regard. Il avait dit cela en sous-entendant qu'il était trop stupide pour comprendre les raisons de ce choix, pourtant ce n'était pas ce que Grimmjow impliquait.
_Me r'garde pas comme ça ! Lui jeta Jaggerjack en levant ses paumes de main devant lui.
_Alors, réponds à ma question.
_Aizen voulait évidemment m'attirer hors de prison, j'voulais pas m'en échapper comme ça, je voulais juste que ma sortie soit… qu'elle soit légale. Barragan devait m'faire sortir en demandant une révision du procès mais ça s'est pas fait.
_Pourquoi ?
_J'imagine qu'il voulait pas qu'je sorte, après j'en sais pas plus moi.
_Et donc j'ai été utilisé pour faire sortir de prison un fou dangereux ?
_Non, j'suis pas fou ! Jeta le turquoise en fronçant les sourcils. Bon sang, quand vas-tu comprendre que tout ça c'était faux ! J'ai pas tué tous ces gens, mon procès était falsifié, tout, tout était faux ! J'suis pas un assassin !
Kurosaki sembla se raidir au fur et à mesure de ses révélations, sa bouche s'ouvrant légèrement pour laisser échapper un « quoi » inaudible.
_Mon entrée en prison était qu'une mise en scène ! Aizen voulait m'y faire entrer pour atteindre Schiffer, rien d'plus ! J'ai pas tué ces gens, j'ai pas fait ces meurtres ! Tout inventé, tout ! Alors… n'aie pas peur d'moi, j'suis pas celui qu'tu crois.
Les mains de l'orangé se mirent à trembler sensiblement, s'accrochant au bureau derrière lui comme s'il cherchait un soutient de taille pour ne pas crouler sous ses informations qui changeaient tout ce qui le taraudait depuis des jours et des jours. Grimmjow était… innocent ?
_Bon sang…, grogna-t-il en posant une main sur son front. Tu… tu n'as jamais…
_Mon boulot c'est juste protéger Aizen, faire le sale boulot pour lui. Oui, si tu veux j'ai d'jà tiré sur des types, mais seul'ment parce qu'ils le méritaient. Certains sont morts sous mon arme, oui. Mais parce qu'ils menaçaient directement ma vie et celle d'Aizen, c'est tout.
C'était bien plus encore que tout ce que Kurosaki avait espéré. Apprendre tout à coup que l'homme dont il était amoureux n'était finalement pas le dangereux criminel qu'il croyait, lui offrait de nouvelles perspectives, soudain ses sentiments explosèrent et son cœur se serra d'autant plus qu'il comprit que son attirance pour lui s'était décuplée. Il n'avait plus aucune raison de s'en vouloir pour être tombé amoureux d'un tel homme, il n'était pas cinglé, il n'était pas un meurtrier sanguinaire et sans scrupules, il était juste… un yakusa.
_Mais j'crois bien faire en te prévenant que… tout ça plait pas bien à Aizen, toi et moi j'veux dire. Ça lui plait pas trop, il a b'soin d'moi et pas qu'un mec me détourne d'mon boulot. Alors que…
_Pourquoi tu le laisses te traiter ainsi ? Pourquoi est-ce que tu ne dirais pas toute la vérité, hein ? A tout le monde ? Dis à tous ces gens que tu n'es pas un criminel que tu n'es pas…
_Mais j'suis un criminel ! Le coupa le turquoise. T'as pas l'air de capter, c'est ça ? Même si j'ai pas commis ces meurtres, même si tout ce pour quoi on m'a inculpé a été inventé, j'reste un yakuza, j'reste l'mec qu'a butté Tosen ! Et rien qu'pour ça j'suis un criminel.
La vérité c'était qu'au final Ichigo s'en moquait. Il se moquait de savoir s'il était un criminel, un innocent ou s'il lui cachait encore des choses, il voulait simplement lui faire comprendre qu'il ne le voyait pas comme tel. Mais Grimmjow n'en avait pas besoin, il le savait déjà. Pour le rouquin, cet homme avait toujours été bien plus qu'un simple prisonnier, il avait toujours eu envie d'en savoir plus sur lui, de creuser plus loin, allant même jusqu'à écrire un roman sur lui. Comme s'il savait déjà que derrière l'histoire et le personnage de Grimmjow Jaggerjack se cachaient encore bien des mystères. Et aujourd'hui, l'intérêt certain qu'il avait manifesté à son sujet prenait tout son sens.
Oui, Grimmjow était bien plus que ce qu'il voulait bien montrer.
_Qu'est-ce que ça veut dire ? Parvint enfin à articuler le jeune écrivain, ses yeux perdus dans le vide de ses pensées incessantes. T… toi et moi ? Qu'est-ce qu'on va faire ?
_Le problème c'est que ni Aizen ni moi on s'attendait à c'que j'veuille te r'voir. T'as piqué ma curiosité, trésor. Tu m'plais.
Grimmjow se redressa alors, avançant dans sa direction lentement, la respiration de Kurosaki devenant de plus en plus saccadée au fur et à mesure qu'il approchait de sa personne. Il ne se sentait pas en danger, il se sentait tendu par une nouvelle nervosité, la peur de se lancer dans une aventure qu'il avait ardemment voulue mais qui risquait de l'emmener bien au-delà du simple sentiment amoureux. Il l'avait compris peu de temps auparavant, si lui et Grimmjow commençaient quelque chose il tomberait alors bien plus amoureux que de n'importe quel homme avant lui, il était lucide concernant ses sentiments.
Mais d'une certaine manière, il n'en était plus effrayé.
Le turquoise prit délicatement son menton entre ses doigts et redressa son visage, pour que leurs yeux s'accrochent et que leurs souffles se mêlent. Ichigo sentit sa respiration se couper d'être si proche de lui et ne put contenir un hoquet de surprise.
_Et toi ? Murmura l'ex-prisonnier. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse ?
_Je…
_J'suis pas v'nu là, j'ai pas fait tout c'chemin pour m'prendre un vent, j'te préviens. Si t'veux pas, je t'aurais d'une manière ou d'une autre, trésor. Sois prêt.
Les mains de l'orangé, bien que mal assurées à cet instant se levèrent et tracèrent le torse du bleuté, à travers sa chemise, remontant le long de ses abdominaux pour terminer leur chemin au niveau du col. Il saisit le tissu entre ses doigts et entrouvrit sa bouche, ses yeux traduisant une émotion profonde qu'il ne pouvait plus dissimuler.
_Même si…. Même si tu m'avais dit que tu… que tu étais ce prisonnier et que tu avais fait toutes ces choses, je… je n'aurais pas été capable de reculer. Depuis la première fois que je t'ai rencontré, il y a cette chose…
_Quelle chose ? Le coupa Grimmjow, ses orbes turquoises fixant intensément les siennes.
_Celle qui me pousse vers toi pour je ne sais quelle raison, répondit-il dans un filet de voix. Je n'ai jamais pu lutter contre cet intérêt qui me poussait sans arrêt vers toi, alors je ne pense pas pouvoir lutter à présent contre mon attirance.
Jaggerjack haussa un sourcil comme pour traduire un étonnement notable, et pencha son visage sur le côté, étudiant et observant avec curiosité l'expression du visage du jeune homme. Étrangement, il ne lui fallut guère de temps pour admettre lui aussi que cette rencontre avait conduit à bien plus que ce qu'il espérait. Mais il voulait être certain que l'orangé savait dans quoi il embarquait :
_Des tas d'gens nous en empêcherons, tu l'sais, hein ?
_Et alors ? Répliqua l'écrivain en haussant les épaules. Nous ne sommes pas obligés de les mettre au courant.
_J'suis un fugitif, un yakuza et…
_J'ai dit : peu importe qui tu es vraiment, même si je le sais à présent. Je veux juste….
_Tais-toi maintenant, lui ordonna tout à coup Jaggerjack en posant son index levé sur les lèvres d'Ichigo. Si t'veux vraiment faire ça, y'a qu'un moyen…
Les lèvres de Grimmjow se posèrent sur celles d'Ichigo délicatement, se pressant contre les siennes dans un souffle brûlant. L'orangé répondit à son baiser, son corps se rapprochant du sien un peu plus et ses poings se serrant durement autour du tissu de la chemise de Grimmjow, le tirant par le col de son vêtement. Il ferma les yeux, son souffle s'accélérant suivant les battements de son cœur de plus en plus rapides, quelque chose cependant l'empêchait de sombrer sous les tonnes de sensations qui envahissaient son corps : les mains du bleuté fermement agrippées à ses biceps, puis jalousement accrochées à ses hanches. Elles étaient comme deux ancres le raccrochant à la vie, à la réalité, lui faisant encore sentir que tout ceci n'était pas un rêve et que Grimmjow était bien avec lui.
Le baiser s'intensifia, les langues s'entremêlant et Ichigo s'abandonna sous les lèvres de l'homme qui l'avait séduit. C'était tout ce qu'il avait attendu : un geste, un mot, une phrase, un simple signe de sa part pour se conforter dans l'idée que cette "relation" n'était pas à sens unique. Et à cet instant, il le comprit. L'accolade de Grimmjow était chaude et accueillante, étonnamment salvatrice, comme un délicieux thé glacé en plein été, un feu ardent en plein hiver, bref ce qu'il manquait à son existence pour se sentir totalement bien et en phase avec ses sentiments.
Lorsque les deux hommes se séparèrent pour reprendre leur souffle, le front du roux rencontra la cage thoracique du plus grand, et ses bras entourèrent le corps musclé. Grimmjow déposa son menton sur le haut de son crâne et soupira de soulagement. Plus un bruit, plus un seul bruit ne pouvait se faire entendre dans cette pièce qui abritait leurs retrouvailles. Et Ichigo aurait souhaité que ce moment ne finisse jamais.
Seulement, après quelques secondes de plus, Jaggerjack repoussa ses épaules doucement, amenant leurs corps à se séparer, amenant leurs visages à se retrouver face à face et leurs regards à se croiser. Pourtant, aucun d'eux ne dit un mot, ils n'en avaient pas besoin. Ils comprirent qu'ils souhaitaient tous deux la même chose et qu'ils étaient décidés à continuer à se voir, malgré les risques, malgré tout ce qui gravitait autour d'eux.
_En fait, parfois j'me d'mande comment un gars...
Mais Jaggerjack ne put terminer sa phrase, puisque sur ses mots, à ce moment-là Kurosaki poussa un bruit à moitié entre le hoquet choqué et le cri étouffé, coupant net la phrase que Grimmjow s'apprêtait à dire. L'orangé leva des yeux exorbités vers lui, son corps s'étant tout à coup tendu tel un arc. C'est là que l'ex-prisonnier comprit. Ce fut à ce moment qu'il comprit sa réaction et que l'inquiétude qu'il avait eu concernant leur rencontre s'en trouva justifiée.
Là, sur la joue du rouquin, se baladait un point rouge vif. Un point rouge créée par un laser qui se trouvait sur sa gauche. Jaggerjack tourna lentement son visage en direction de la fenêtre, un moment éblouit par le faisceau aveuglant qui se trouva pointé sur son œil droit; son cœur manqua un battement, puis un second alors que son cerveau enregistrait l'information et commandait à ses muscles de se protéger, et de protéger la vie d'Ichigo.
_A TERRE !
Grimmjow tira alors soudain le corps de Kurosaki contre le sien, les faisant tomber tous deux à terre dans un choc douloureux, l'écrivain sur le bleuté, son front cognant fortement contre son menton sous le choc. Les deux hommes poussèrent un cri douloureux alors que le dos du turquoise rencontrait le sol dans un choc dur et que le corps d'Ichigo s'écrasait contre celui de son sauveur. Un tir se fit entendre et la fenêtre de leur chambre vola en éclats de verre un peu partout sur la moquette blanche. L'orangé tenta de se blottir un peu plus contre le corps de Grimmjow, poussant un cri à moitié étouffé par la main du bleuté lorsqu'un second coup de feu retentit et dégomma le vase posé sur la table de nuit juste au-dessus d'eux.
Puis, le silence le plus total se fit. Les poitrines se soulevaient rapidement, entrant en contact, s'entrechoquant. Les estomac se rencontraient également en de perpétuels va et viens et les deux hommes restèrent ainsi de longues secondes. Les oreilles aux aguets, ses yeux scrutant le plafond comme s'il s'attendait à en voir sortir le tireur mystérieux, Grimmjow tenait toujours la tête du roux entre ses bras, ses mains croisées sur le chevelure rousse, gardant le visage à l'abri des morceaux de verre et de vase qui avaient volé dans la pièce.
Les mains plaquées contre le torse de Jaggerjack, sa joue gauche appuyée contre son cœur, Ichigo reprenait son souffle, sa bouche grande ouverte et ses yeux plissés douloureusement. Le bruit choquant de ces deux coups de feu l'avait étourdit, lui qui pourtant avait tant pratiqué le tir à l'arme avec Hisagi, la réalité d'un tir à balle réelle restait pour lui totalement différent. Il s'en trouva sourd pendant quelques instants, reprenant peu à peu sens de la réalité alors que le souffle sonore de Grimmjow retentissait à ses oreilles endoloris.
Aussi étrange que cela puisse paraître, malgré le fait qu'ils aient failli mourir tous les deux, maintenant qu'il se trouvait en cette position, maintenant que le corps de Grimmjow était si proche et qu'il le maintenait fermement contre lui, il n'avait plus peur de rien. Comme si toute menace s'était envolée, comme s'il créait autour de lui une aura de sécurité incroyable, qu'il n'avait jamais expérimenté avec personne d'autre. Et pourtant, il se devait de regarder les faits en face : quelqu'un avait cherché à les tuer ce soir, et il n'avait tout simplement pas envie de savoir qui était derrière tout ça...
_J'sais pas c'que t'en penses mais on dirait que quelqu'un nous a balancés.
