Titre : Le roman du prisonnier
Chapitre : Quatre minutes.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Warning : Lemon.
Chapitre 19. Quatre minutes.
_J'crois qu'il faut qu'on arrête d'se voir.
C'était un coup bas. Non, pire que ça, c'était un coup de poignard dans le dos, une trahison ingrate, une porte de sortie si pathétique que Ichigo s'en voulut de réagir comme il le faisait. Il ne devait pas souffrir pour lui, pas après avoir vu comment il comptait éradiquer sa présence de sa vie d'un simple revers de main. La décision de Grimmjow était cruelle, ô combien cruelle. Après lui avoir fourni la liberté, après lui avoir ouvert son cœur, tout ce qu'il récoltait était une fin tragique. Certes, il l'avait prédit. Qui n'aurait pas prédit que l'histoire prématurée entre un yakuza ex-prisonnier et un romancier ultra célèbre ne finirait pas tragiquement ?
Même Kurosaki l'avait senti. Au plus profond de son âme. Mais quand bien même l'avait-il vu venir, rien ne s'était encore vraiment passé entre eux. Rien de bien concret en tout cas. Et il n'était pas prêt à voir cette passion s'évaporer avec la fuite de Jaggerjack.
Grimmjow releva son visage, se donnant plus de constance, et plus de prestance. Le regard de l'orangé ne le laissait pas en paix, braqué sur lui comme une arme menaçant directement sa vie, un poids si lourd à porter qu'il voulait s'en débarrasser sur le champ. Mais il réalisa qu'il ne pouvait se résigner à quitter cet endroit, tout du moins pas encore.
Il comprit alors qu'il s'était trompé quelques secondes plus tôt, ses pensées s'étaient égarées se refusant à admettre l'impossible vérité. Ce n'était pas un caprice, non ce n'était pas une passade comme le pensait Aizen, ou comme il le pensait lui-même encore quelques minutes plus tôt. Ichigo était loin d'être une ligne d'un quelconque repas gastronomique sur le menu de ses conquêtes. Il ne le considérait plus comme tel.
_Si tu avais tenu à moi tu te serais battu pour moi ! S'écria Ichigo en plaquant une main sur son propre torse. Tu sais quoi ? Shuuhei avait raison à ton propos, il avait raison depuis le début. J'aurais dû l'écouter...
_Bien, super alors écoute-le maint'nant, répondit-il, fortement agacé par l'allusion à l'ex d'Ichigo, esquissant un geste pour s'enfuir rapidement.
Mais l'orangé n'en avait pas terminé. Quelle que soit la raison, la vraie raison, pour laquelle Grimmjow refusait de continuer ce qu'ils avaient débuté, il n'avait pas l'intention de laisser cette histoire se terminer ainsi. Tout du moins pas avant qu'il n'ait tout fait pour la sauver.
_Est-ce que tu te rends compte de ce que tu fais ? Demanda-t-il, le regard menaçant, les mains sur les hanches comme s'il s'apprêtait à disputer un enfant après une bêtise. Après tout ce que j'ai fait pour toi ?
_Excuse-moi... ? L'interpella alors Jaggerjack en fronçant les sourcils.
_Je t'ai sorti de prison, je t'ai aidé à t'enfuir, j'ai... j'ai attendu, ô oui j'ai attendu que tu reviennes vers moi, j'ai dit amen à tout ce que tu...
_J't'ai jamais rien demandé !
_Oui, merci je suis au courant ! Répliqua-t-il en haussant la voix, toute sa colère se répercutant dans ses mots. Quand je pense que j'ai... je suis en train de jouer ma carrière sur toi ! Ma vie aussi. Est-ce que tu te rends compte que depuis le début... que depuis que tout ça a commencé il n'y a que toi ? Hein ? Il n'y a que toi qui compte, toi et tes potes yakuza, toi et Aizen, toi et les flics, toi et... Putain Grimmjow je suis en train d'écrire un bouquin sur toi, nom de Dieu !
Le turquoise haussa les épaules innocemment :
_Personne t'a d'mandé d'le faire.
_Non. Mais je sais qu'au fond de toi ça ne te laisse pas de marbre. C'est des conneries tout ça...
Grimmjow laissa glisser d'entre ses doigts la poignée de la porte fenêtre qu'il avait commencée à ouvrir pour s'éclipser. Il poussa un soupir comme si tout cela l'ennuyait profondément, comme s'il aurait préféré se trouver à cent lieux d'ici et qu'il ne souhaitait pas avoir cette conversation. Mais aussi étrange que cela puisse lui paraître, il ne parvint tout simplement pas à fuir. Ses yeux se détournèrent de la silhouette éprouvée qui se tenait à l'autre bout de la pièce face à lui.
_Je le savais que toi et moi c'était perdu d'avance, Grimmjow. Mais bordel... je pensais qu'au moins tu aurais la décence... non, excuse-moi, les couilles de me respecter et de me dire la vérité ! Je pensais vraiment que tu avais des couilles...
Le turquoise laissa échapper un petit rire moqueur, plus à sa propre intention qu'à celle de Kurosaki. Ça ne l'amusait pas, loin de là, mais il devait admettre que contrairement à lui Ichigo avait le cran de lui dire tout ça en face. Il avait ce qu'il fallait dans le pantalon pour le lui dire en plein visage. D'habitude, c'était plutôt lui qui faisait mouche, pas un écrivain plus jeune que lui ne connaissant rien à sa vie.
Mais il avait oublié l'espace d'un instant pourquoi il avait foi en ce rouquin, il avait complètement ignoré ce qu'il était et qui il pouvait être. Parce qu'il venait tout juste de se rendre compte qu'il avait raison. Ichigo avait raison à son propos. Aussi douloureux que ça puisse être à admettre – d'autant plus pour lui – Kurosaki avait trouvé le point sensible.
Pinçant ses lèvres comme s'il hésitait pendant un instant, il décida de tenter un pas vers lui, s'écartant de la fenêtre pour avancer dans la pièce et se diriger vers le propriétaire des lieux. Ichigo l'observa faire, attendant un quelconque geste de sa part, une parole qui puisse lui laisser croire qu'il était parvenu à le convaincre de rester.
_J'ai des couilles… pour beaucoup d'choses, Kurosaki, souffla Grimmjow, son intense regard se plongeant dans les pupilles ambrées comme pour le défier.
_Trop de choses, c'est sûr, répliqua l'autre en baissant d'un ton. Mais pas pour ça. Pas pour nous, hein ?
_Qui t'a dit qu'il y avait un « nous » ?
Le roux leva les yeux au ciel :
_Tu me l'as laissé croire, toi et toi seul. Et encore maintenant. Alors dis-moi…, reprit-il, un regard insistant à l'appui, comment Aizen a-t-il fait pour te convaincre de rejoindre son camp ?
_Pourquoi ? Interrogea le bleu, fronçant les sourcils avec surprise, perdu un instant.
_Parce que je veux te convaincre de rejoindre le mien.
Ichigo saisit son vis-à-vis par l'épaule et l'attira jusqu'à lui. Les deux hommes se retrouvèrent collés soudainement, presque violemment. Jaggerjack ouvrit la bouche au contact dur de leurs deux torses, mais ne laissa échapper aucun son. Quant à Ichigo son cœur battait très vite, à tout rompre et il eut du mal à se remémorer la dernière fois qu'il avait ressenti un tel chavirement, un aussi grand bouleversement face à quelqu'un. Sans doute jamais…
Le souffle de l'ex-prisonnier soulevait les quelques mèches orangées qui tombaient sur son front et leurs regards s'entrelacèrent si intimement que le souffle de l'écrivain se bloqua dans sa gorge. Il sentit qu'il devait dire quelque chose, reprendre son beau discours et chercher à le convaincre un peu plus de rester avec lui, mais il n'eut finalement pas à le faire.
_Quoiqu'tu puisses dire, quoiqu'tu puisses faire, à chaque fois que j'pense à toi j'peux pas m'empêcher d'sentir à quel point t'es dangereux pour moi, Kurosaki…, lui souffla-t-il tout près de sa bouche, ses yeux d'un bleu incroyable scannant les orbes ambrées avec avidité. T'es dangereux…
_Tch ! Et je devrais dire quoi moi, hein ? Répliqua l'autre en le fusillant du regard. Tu es bien plus dangereux que la pire des gangrènes qui me boufferait de l'intérieur, Grimmjow !
Le bleuté redressa son menton, le toisant du regard sans pour autant se donner un air supérieur. Il cherchait presque à découvrir jusqu'où il pouvait aller :
_D'habitude les gens ont peur quand ils sont si près d'moi, souffla-t-il en fronçant légèrement les sourcils.
_...
Que cherchait-il à lui dire ou à lui démontrer ? Qu'il était prêt à supporter tous les aléas de leur relation ? Cet homme changeait d'avis comme de chemise et Ichigo n'avait pas vraiment besoin d'une girouette dans sa vie.
_Il y a deux minutes tu ne voulais plus me voir, il faudrait savoir ce que tu veux !
_C'est toi qu'a voulu m'convaincre, te plains pas maintenant ! Mais si toi et moi…, ses yeux se baissèrent soudainement et l'ex-prisonnier reprit un semblant de souffle. Si toi et moi on va plus loin… Aizen rest'ra pas les bras croisés.
_Et alors ? Ce type n'est pas Dieu... Il peut essayer de te contrôler, de nous contrôler. Je m'en fous.
_Il peut aussi contrôler tout un tas d'meurtriers avec lesquels j'ai d'jà bossés. Et quand ces types sont dans la rue, crois-moi, Aizen ressemble plus à Dieu que n'importe qui d'aut' dans c'pays. Contrôle la vie d'tout le monde...
_Pas la mienne...
Kurosaki dodelina de la tête et ses mains naviguèrent le long des flancs de Jaggerjack pour remonter sur ses pectoraux. Il saisit d'un geste vif et fort le col de sa veste de cuir noire entre ses doigts, immobilisant le cou de son partenaire :
_Ne cherche pas à me protéger, Grimmjow. Je n'ai pas besoin de toi. Je n'ai pas envie que tu me protèges…
_Tu diras pas ça quand ça aura tourné mal…
_Peut-être mais… mais pour l'instant, ça n'a pas encore tourné mal alors…
Grimmjow fronça les sourcils en se rendant compte qu'une main se glissait dans ses cheveux et agrippait l'arrière de sa tête. Un léger grognement échappa ses lèvres et le bleuté abaissa son visage, rencontrant furtivement les lèvres d'Ichigo. Un baiser claqua dans le nouveau silence, muet de tout éclat de voix, de toute dispute et le murmure rauque et incontrôlé de la voix de Grimmjow s'éleva, à peine audible :
_Alors autant en profiter ?
_Qui sait ? Aizen pourrait peut-être déjà avoir envoyé ces meurtriers pour me rayer de la surface de la terre...
L'orangé approcha sa bouche de celle de l'ex-prisonnier, mordillant sa lèvre inférieure à l'image d'une moue boudeuse destinée à faire craquer jusqu'à l'homme le plus vertueux du monde. Mais Jaggerjack n'avait pas besoin de ça, il avait déjà craqué depuis longtemps…
_Qu'il essaye...
Les bouches se lièrent à nouveau, bien plus voracement et bien plus envieusement qu'avant. Les nez s'entrechoquèrent lorsque Grimmjow pencha lentement sa tête sur le côté pour intensifier le contact et permettre à sa langue de se frayer un chemin dans la bouche de son partenaire. Intimement serrés l'un contre l'autre et maintenant intimement liés, la température, l'atmosphère tout devint bientôt insupportable, étouffant et incontrôlable.
Ichigo se rendit très vite compte que ses vêtements sur sa peau devenaient intolérables. Ils brûlaient sa peau, comme si une envie pressante, si urgente et presque vitale lui ordonnait de s'en débarrasser. Il était conscient néanmoins que ce n'était que le désir qui parlait et se surprit à vouloir pour une fois que tout aille plus vite. Il souffrait presque de ne pas sentir le corps nu de Grimmjow contre le sien, il souffrait de ne pas encore avoir cet homme à l'intérieur de lui.
Le bleuté pouvait sentir que l'écrivain en demandait plus, et il n'allait pas attendre de se faire prier pour le lui accorder. Surtout lorsque les mains de l'orangé commencèrent à déboutonner sa chemise, Jaggerjack s'empressa de faire de même et tira sur la ceinture de cuir d'Ichigo pour la libérer et avoir accès aux boutons de son pantalon. Sa grande main puissante se fraya un chemin à l'intérieur du tissu de toile bleue et rencontra un boxer, formant un rempart entre ses doigts et l'incroyable fournaise qu'était devenu le membre palpitant de Kurosaki.
Le roux fit tomber la chemise des épaules musclées de son invité, ses doigts naviguant le long des courbes de ses omoplates pour revenir sur ses épaules et descendre sur ses pectoraux. Il lui vola un baiser rapide, étouffant au passage un ricanement de Grimmjow qui tourna bientôt sur ses talons et exhiba fièrement le bas de son dos devant les yeux ébahis de l'orangé.
Kurosaki dévora de ses yeux grands ouverts l'élégant tatouage occupant les reins de Jaggerjack : une panthère, s'étalant de sa hanche gauche à sa hanche droite, immortalisée dans une marche, le port de tête royal et la queue dressée fièrement remontant le long du flanc de Grimmjow. Les doigts de l'auteur parcourir les lignes finement tracés par le dessin digne d'un grand artiste.
_Wouah ! Une panthère ? Sérieusement ?
_J'aime cet animal… Il est solitaire, doit tuer pour vivre et même si c'est un putain d'chasseur, y'aura toujours d'meilleurs félins qu'lui : le lion, le tigre… Alors qu'il a une putain d'classe. Y devrait êt' l'roi d'la savane, sans déconner.
Au-delà de la métaphore utilisée par Grimmjow pour se décrire lui-même, Ichigo ne pouvait qu'admirer le chef d'œuvre qui recouvrait les reins parfaits. Le bout de ses doigts effleura les courbes du dessin si bien tracé, ancré dans la peau, comme s'il touchait un trésor tout juste découvert. Puis, ses bras entourèrent le corps si bien sculpté de Jaggerjack et le torse du jeune homme se colla contre son dos.
_J'ai souvent rêvé de ce moment, lui glissa-t-il, ses mains parcourant sans relâche le torse sous ses mains.
_Mm ?
Le menton de Kurosaki reposait au creux formé par le cou et l'épaule de Grimmjow lorsque ce dernier tourna son profil dans sa direction, étirant un sourire :
_Et qu'est-ce qu'on faisait dans c'rêve, mmh ?
Ichigo échappa un rire étouffé et ferma ses yeux, serrant le torse nu entre ses bras étroitement :
_Tout un tas de choses en fait…
_Interdites aux moins de dix-huit j'espère…
_Mph… Entre autres.
_Ça m'intéresse de savoir ce que t'imagines que j'puisse faire.
_Oh ? Disons juste que tu prenais… les choses en mains un peu plus… avec autorité, parvint-il enfin à dire réfléchissant au meilleur moyen de l'expliquer.
Grimmjow haussa les sourcils de manière surprise, assez amusé par la situation et se retourna pour faire face à l'auteur.
_T'veux dire… comme ça ?
Sa main agrippa le haut de son jean déjà déboutonné quelques minutes plus tôt pour l'attirer rapidement jusqu'à lui, le rouquin se laissant faire et se retrouvant soudain collé au turquoise, leurs torses s'entrechoquant.
_Ou encore… comme ça ?
Jaggerjack attrapa la cuisse de l'orangé et la colla contre son flanc, comme s'il désirait que sa jambe ne s'enroule autour de ses reins afin d'y prendre appui. Ayant compris le message, ses yeux plongés dans l'azur infini des orbes de Grimmjow, Ichigo prit appui sur ses épaules et se laissa porter, ses talons croisés sur les reins du bleuté. Au moment où il allait enfin répondre à sa question pourtant rhétorique, l'ex-prisonnier le surprit de plus belle et l'emporta avec lui jusqu'au fond de la pièce, amenant bientôt son dos à entrer en contact violemment avec le mur.
Kurosaki poussa un soupir douloureux, à moitié entre l'excitation la plus extrême et la surprise totale. Mais Grimmjow n'attendit pas outre mesure qu'il se remette de ses émotions, ce n'était pas son objectif. Il profita plutôt de l'égarement du roux pour l'embrasser à nouveau, capturer ses lèvres et l'étourdir encore un peu plus – si c'était possible.
Ichigo s'agrippa à son cou comme à une bouée de sauvetage, comme si sa vie en dépendait toute entière. Quelque chose lui disait – non, lui criait ! – que Grimmjow Jaggerjack était exactement comme lui : ils étaient fous l'un de l'autre. Il pouvait le sentir dans ses lèvres affamées qui dévoraient les siennes, dans son souffle chaud et moite qui s'insinuait dans sa bouche et contre son visage. Il pouvait même l'appréhender à travers ses gestes ce bassin qui ne cessait de se frotter contre le sien, ses mains qui avaient lâché ses cuisses pour s'infiltrer sous son tee-shirt…
Toutes ces barrières entre eux, qu'elles furent sociales ou autres, semblaient être parties en fumée, brûlées tel du papier par le feu ardent de leur désir. Et à présent ils ne pouvaient plus lutter, plus rien ne les retenait, ils n'avaient pas envie de se refreiner, rien ne les y obligeait. Après tout, tous les deux étaient libres à présent, et à cet instant, aucun homme, aucun mur, aucune accusation fausse ou vraie ne les séparait.
Ils étaient seulement deux hommes, inexorablement attirés l'un par l'autre.
Petit à petit, les talons de Kurosaki se dénouèrent, laissant ses jambes retrouver la terre ferme. Mais loin de lui l'envie de se séparer de ce corps qu'il désirait depuis si longtemps, non. Prenant le poignet de son partenaire dans sa main, le maître des lieux l'attira avec lui, silencieusement, jusque dans sa chambre. La pièce sombre sembla calmer la respiration saccadée de l'orangé, ses yeux aveuglés par le manque de lumière, cherchant frénétiquement la stature musclée face à lui. Il poussa un cri lorsque deux mains se posèrent sur ses hanches, sans qu'il ne les voie venir. Il ne le voyait plus, mais sentait son souffle à l'odeur de tabac froid sur lui, il pouvait sentir jusqu'à son regard poignant, perçant, enflammé sur son front, enflammant son corps de la pointe de ses cheveux au bout de ses pieds.
A tâtons, ils se cherchaient, leurs bouches se trouvant à nouveau, hésitantes puis reprenant plus d'assurance à mesure que les derniers remparts tombaient au sol. Les peaux nues se frictionnaient avec avidité, les mains parcouraient sans relâche le corps offert à sa portée, Grimmjow laissait glisser ses lèvres le long du cou de Kurosaki, déclenchant chez le jeune homme une suite de soupirs érotiques incontrôlés.
Sous ses doigts qui étaient désormais ses yeux, Ichigo découvrait le corps parfait de Jaggerjack. Ses muscles fermes, qu'il prenait à pleine main, ses pectoraux qui durcissaient à mesure qu'il les pétrissait, et ces abdominaux qui lui paraissaient irréels tant ils étaient durs. Laissant son index descendre le long de son ventre, Kurosaki avait l'impression de dévaler une échelle aux barreaux de fer, les muscles si férocement sculptés roulant sous ses doigts, vivants, électrisés par ses gestes.
D'un coup de main, Grimmjow poussa l'orangé sur le lit, ne trouvant aucune résistance, le corps d'Ichigo tomba sur le matelas moelleux et Jaggerjack le rejoignit, surplombant le jeune homme qui agrippa illico sa nuque pour le rapprocher de sa bouche à nouveau.
Dans un mouvement de bassin, Grimmjow fit se rencontrer leurs membres et leurs lèvres se séparèrent, chacun expiant un soupir de satisfaction mêlé à une excitation encore bien plus accrue.
_Déjà mouillé ? Commenta Grimmjow, son pouce frottant le sommet brûlant et moite du sexe d'Ichigo. Il t'en faut peu…
_Tais-toi, répondit l'autre d'une voix feutrée, maquillée par le désir. J'ai envie de toi…
Le corps de Kurosaki se fit plus pressant, écartant ses jambes impudiquement pour pousser son postérieur face au membre dressé de Grimmjow. La prise d'initiative manqua faire perdre à Grimmjow le peu de contrôle qu'il conservait tant bien que mal depuis le début de leurs étreintes. Mais il se rattrapa et entreprit de diriger ses doigts entreprenants entre les fesses offertes, traçant la chair généreuse, bombée et douce de la pulpe de ses doigts. Il regrettait déjà ce noir qui les enveloppait. Voir le postérieur de Kurosaki était l'un de ses désirs les plus marquants de ces dernières semaines. Et dire qu'aujourd'hui il était là face à lui, jambes écartées, pudeur au placard et prêt à le chevaucher… il se sentait presque trop chanceux.
_Capote ? Demanda-t-il soudain, alors que ses doigts s'étaient frayé un chemin en lui.
Ichigo ne réagit pas tout de suite, bien trop submergé par les émotions, puis acquiesça d'un signe de tête rapide, désignant machinalement la table de nuit proche.
Saisissant l'opportunité, Grimmjow en profita pour allumer la lumière et ouvrit le tiroir de la table de nuit d'un coup de main, cherchant à l'aveuglette ce qui pourrait ressembler de près ou de loin à une boite de préservatifs.
_Mph ! Souffla-t-il, haussant ses sourcils bien hauts en trouvant ce qu'il cherchait. Montre-moi le tiroir de ta table de nuit et j'te dirai qui t'es. Bordel t'as combien d'capote là-dedans ?
_J'en sais rien. J'les commande par centaines.
_Prévoyant ou gros fêtard ?
_Acheteur compulsif.
_Mph… Tourne-toi.
Ichigo s'exécuta, déposant son visage contre les oreillers, son ventre contre le matelas et soulevant légèrement son arrière-train pour qu'il soit accessible. Grimmjow plaça un doigt entre ses lèvres et suçota son index avec insistance avant de le placer à l'entrée du jeune homme offert.
Ichigo eut un mouvement d'inconfort à la sensation de ce doigt pénétrer son intimité mais résista à l'envie de s'y soustraire. Il inspira profondément, s'habituant lentement afin de se relaxer et d'accepter pleinement l'intrusion. Tournant son profil pour jeter un œil à Grimmjow, l'orangé constata que ce dernier fronçait les sourcils avec concentration, une grimace étirée en signe de dégout.
_Quoi ? Demanda-t-il en haussant un sourcil avec le bleuté tournant son regard vers lui.
_Aussi loin que j'me rappelle, quel que soit le nombre d'cul que j'ai pu baiser, mettre… mes doigts là… a toujours été une activité des plus désagréables…
_Mph !
Ichigo échappa un rire étouffé, oubliant son inconfort passager et se redressa sur ses coudes.
_Alors arrête et mets-y ce que tu comptais y mettre depuis le départ.
_Okay…
Aussitôt dit, aussitôt fait, Grimmjow se retira et s'allongea de tout son long sur le corps de Kurosaki. Arrachant d'un coup de dent l'emballage du préservatif qu'il avait trouvé, il extirpa l'objet en plastique et le plaça rapidement sur son érection, plaçant ensuite le tout de nouveau à l'entrée du jeune homme.
_Mmm…, grogna l'orangé à cette nouvelle intrusion.
_Malgré l'peu d'temps qu'j'ai mis à préparer l'terrain… déjà opérationnel ?
_J'suis habitué…
_J'en doute pas !
_Ah ! Échappa-t-il alors qu'un premier coup de bassin, violent, venait de tendre son corps tout entier.
_Rah bon sang…, échappa-t-il en goûtant pour la première fois à la chaleur torride du corps de Kurosaki. Tu...
Ichigo se pinça les lèvres, essayant lui aussi comme il le pouvait de se refreiner le plus possible. Ils n'avaient même pas commencé qu'il enserrait fortement le bleuté en lui, et se contractait même autour de son membre durçi. Ils étaient tous les deux bien trop excités visiblement...
_Faudra m'rappeler d'plus t'préparer, Kurosaki. T'en as pas besoin… Ah…
_Est-ce que tu peux arrêter de parler ? Demanda Ichigo en fermant les yeux, alors qu'un frisson le submergeait. Ah….
_Désolé…, murmura-t-il au creux de son oreille, reprenant une position plus adaptée pour s'élancer un peu plus et donner plus de profondeur à un second coup de bassin bien placé. Si j'parle pas… j'risquerai d'venir trop tôt…
_Oh… Éjaculateur précoce ? Soupira-t-il en lui lançant un sourire moqueur de profil.
_Mph… C'genre de conversation peut, par contre, m'faire débander…
_Ça s'rait un crime !
Grimmjow glissa une main dans les cheveux orange, agrippant les mèches courtes d'Ichigo comme pour s'y accrocher. Il y avait bien plus excitant encore que les mots de Grimmjow : ses soupirs prononcés, incontrôlés, son souffle brûlant contre la nuque du jeune roux, son torse et son ventre ondulant contre le dos et les reins de son partenaire.
Ichigo ouvrit la bouche, cherchant plus d'air pour alimenter ses poumons. De sa main libre, Jaggerjack ne cessait de caresser sa peau, l'intérieur de ses cuisses humides, la forme arrondie et rebondie de son postérieur à la peau de pêche, ses abdominaux finement dessinés. Son toucher l'électrisait, il le rendait fou et bien qu'ils ne furent engagés dans ce contact intime que depuis quelques secondes, il avait déjà envie d'atteindre le sommet des sommets.
_Oh... Grimmjow...
Il pouvait sentir ses propres contractions autour du membre de Jaggerjack, l'enserrer fortement, le retenir à chaque fois qu'il tentait un va et vient rapide, ralentit par la poigne de fer de son intimité.
_Mmm…
Tout ce qu'entendit Ichigo fut un soupir incontrôlé, une suite de respirations sonores et profondes, il voulait savourer. Fermer les yeux et savourer la présence de Grimmjow près de lui, et en lui. Leurs peaux qui se frictionnaient, son dos contre le torse musclé de Jaggerjack lui donnaient des sueurs froides. Il se sentit partir loin, très loin sous les multiples sensations qu'il expérimentait.
Il avait fait l'amour avec un certain nombre d'hommes, tous différents, et il avait toujours pensé que la façon de faire l'amour d'un homme le dévoilait bien plus que n'importe quoi d'autre. Grimmjow était pressant, rapide, extrêmement sensuel et bestial. Ses soupirs omniprésents ne cessaient de faire tourner sa tête, de le mettre sur orbite et d'envahir son être tout entier. Il faisait l'amour comme il vivait sa vie : brutalement, à bras le corps, sans se soucier du lendemain. Et il aimait cette façon de faire...
_Ah... Ah!
Perdu dans ses pensées et prêt à atteindre le summum du plaisir, Ichigo sentit son partenaire soudain s'immobiliser puis se décoller de lui sans un mot. Il rouvrit les yeux, esquissant un coup d'œil par dessus son épaule pour observer Jaggerjack regagner le bord du lit et s'y asseoir, le dos voûté et le visage caché entre ses mains. D'une seconde à l'autre tout s'était arrêté, comme ça, sans qu'il n'y soit préparé à l'aube de son orgasme.
Le jeune homme eut un instant d'hésitation; quelque chose clochait ? Quoi ? C'était fini ? Déjà ? Non, impossible. Ce n'était absolument pas l'idée qu'il avait eu de leur première fois ! Il s'attendait à jouir encore et encore sous les assauts répétés du bassin transcendé de Grimmjow Jaggerjack... ! Il roula sur lui-même pour s'allonger sur le dos et croisa ses mains sur son ventre, et laissa le silence envahir son être. Le sang battait à ses tympans, signe d'une excitation au paroxysme qui n'allait certainement pas retomber tel un drapeau sans vent. Tout comme son membre d'ailleurs, toujours fièrement dressé attendant une délivrance qui ne viendrait sûrement pas.
_C'était bien..., tenta-t-il pour casser le silence qui lui sembla soudain complètement embarrassant. C'était... bon.
_Mph...
Grimmjow échappa un rire muet, ses épaules se secouant quelques instants, signe qu'il riait silencieusement. Mais il ne dit pas un mot, son dos voûté se soulevant au rythme de sa respiration saccadée alors qu'il tentait de retirer en cachette le préservatif usagé de son membre. Le plastique humidifié fut retiré en un sonore « pop » et le bleuté le laissa tomber dans la poubelle non loin.
_Pour le temps que ça a duré, ajouta Kurosaki comme un cheveux sur le soupe, ayant vu passer subrepticement dans la pénombre la protection usagée contenant dans son fond la semence du turquoise.
_J'me casse.
Jaggerjack se leva dans un bond, refusant apparemment d'avoir cette conversation avec l'écrivain. Mais ce dernier ne lui en voulut pas; après tout, cela devait être très frustrant de jouir si vite, surtout lorsque c'était la première fois avec un partenaire que vous désirez depuis longtemps. Enfin... depuis un certain temps.
_Grimmjow..., reprit Ichigo avec un sourire qui se voulait réconfortant, alors que le bleu se rhabillait aussi vite qu'il pouvait, je ne voulais pas dire ça... comme ça.
_Non, mais tu l'as dit, jeta-t-il en s'immobilisant un instant pour lui lancer un regard glacial.
_Je suis sûr que ça arrive à tout le monde ! C'était la première fois et puis...
_Ouais et puis j'avais pas baisé depuis que j'suis rentré dans cette putain d'prison ! Lâcha-t-il, excédé, en jetant son tee-shirt sur son épaule. Épargne-moi ta pitié.
_Quoi ? C'était bien, très bien même ! Eut-il tout juste le temps d'avouer avant que le turquoise ne disparaisse par la porte de sa chambre.
Quelques secondes plus tard, Ichigo poussa un soupir éreinté, alors que la porte fenêtre de son salon se refermait en claquant, signe que son visiteur avait pris la poudre d'escampette.
_Bordel...
Il attrapa un oreiller et l'abattit de toutes ses forces sur son visage – quitte à se faire mal – et poussa un cri frustré. Oui, frustré c'était le mot. Non pas sexuellement, même si évidemment il l'était, mais une frustration bien plus profonde encore. Il se rendait compte au final qu'il avait trop attendu de Grimmjow. Il l'avait imaginé tel un héros de roman, surestimé son charisme voire même son magnétisme sexuel... Non, impossible. Grimmjow était de loin l'homme le plus désirable qu'il ait rencontré dans sa vie mais aussi... sa pire partie de jambes en l'air.
_Non, non, la prochaine fois, ça sera mieux, se répéta-t-il tout haut, tentant sans doute de se convaincre qu'il y aurait une prochaine fois.
Si l'ego de Grimmjow Jaggerjack n'en avait pas pris un coup...
Le lendemain
Hisagi poussa la porte du commissariat ce matin-là, n'ayant aucune idée de ce qui pourrait l'attendre derrière la porte de son bureau. Son esprit était constamment inquiet pour Ichigo et il en venait à oublier de temps à autres que viendrait le jour où il ne serait plus en charge du commissariat tout entier.
Car depuis le décès tragique de Tosen Kaname, commissaire et supérieur de Shuuhei, le commissariat avait été placé entre les mains du jeune inspecteur brun qui effectuait un travail remarquable pour son grade et le poste qu'il occupait. Dans les hautes sphères de la police de la ville, on murmurait déjà qu'il n'était pas urgent de nommer un nouveau commissaire pour remplacer Tosen et au sein même du Commissariat, les rumeurs allaient bon train. Certains avaient prédits la promotion de l'inspecteur Hisagi au grade de Capitaine et qu'ils deviendraient une antenne du commissariat du second arrondissement, laissant Shuuhei à ses commandes.
_Bonjour Hinamori. Des messages pour moi ?
Shuuhei s'appuya sur le comptoir de l'accueil du commissariat et s'adressa à la jeune standardiste qui s'empressa de le saluer respectueusement.
_Il… il y a quelqu'un dans votre bureau, Hisagi-san.
_Oh, d'accord, merci.
Shuuhei ne se laissa pas le temps d'y réfléchir, grimpant les marches jusqu'à l'étage du bâtiment et pousser la porte de son bureau avec une certaine décontraction qu'il n'allait pas tarder à perdre d'ici peu de temps.
_Que… qu'est-ce que tu fais là ?
Mais le beau brun stoppa sur le pas de la porte ouverte, immobilisée par la silhouette longiligne qui se dressait en contrejour devant la fenêtre par laquelle filtrait le soleil matinal.
_Bonjour, Shuuhei.
Deux regards noirs se croisèrent et l'inspecteur de police fronça gravement les sourcils, ne dissimulant pas sa surprise ni son inquiétude à la présence de la personne inattendue dans son bureau personnel.
_Je peux savoir ce que tu fais ici ? Demanda-t-il en se résignant à fermer la porte pour s'avancer vers son bureau.
_Oh, il va falloir que tu t'y habitues mon petit, je vais rester ici un moment.
La réponse donnée éveilla encore un peu plus les méfiances d'Hisagi. Face à lui dans cette pièce se trouvait son ancien instructeur à l'école de police, celle qui l'avait entrainé avant qu'il ne soit inspecteur dans ce commissariat. Une redoutable flic s'il se fiait à son expérience, et une personne contre qui il ne valait mieux pas se retrouver Shihoin Yoruichi, sergent instructeur de l'école de police de Tokyo.
_Pourquoi ça ? Reprit-il en prenant place dans son siège derrière son bureau.
_Parce que ce commissariat a besoin d'être pris en main rapidement, tu ne peux pas rester éternellement remplaçant de ce défunt Tosen, n'est-ce pas ? Alors ils m'ont envoyé.
Shuuhei resta un moment abruti par la nouvelle brutale qu'il venait d'entendre. Non, c'était impossible ! Cette femme ne pouvait pas devenir Commissaire ! Toute sa vie était à l'école de police, il le savait très bien.
_Il s'agit d'une nomination exceptionnelle. J'ai été propulsé au grade de Commissaire pour remédier à la situation. Demande qui a été avancée et acceptée par les hauts fonctionnaires de la ville.
_Que… comment ?
_Tu as bien entendu. Le bureau d'à côté sera bientôt à moi et je vais reprendre tout ce petit monde en mains. La ville a besoin d'être rassurée maintenant que Jaggerjack court dans les rues. Mon objectif premier est sa capture. Ou bien sa mort. Le résultat est le même.
L'estomac d'Hisagi se tortilla dans tous les sens à l'écoute de cette nouvelle pas très réjouissante pour lui. Il connaissait Yoruichi, quand elle avait quelqu'un en tête elle ne s'arrêtait pas avant de l'avoir arrêté ou pire, de l'avoir tué. La jeune femme avait une réputation à tenir, et disons qu'elle était bien connue dans la police pour toujours arriver à ses fins. Shuuhei avait toujours pensé qu'elle était le meilleur flic qu'il n'ait jamais rencontré, même meilleure que ne le fut Tosen, et ce fut pour cela qu'une grande nervosité s'empara de lui.
Si son objectif était Grimmjow, alors Ichigo serait forcément de la partie. Et avec Yoruichi, il y avait toujours des dommages collatéraux. Comprenez par-là : d'innocentes victimes. Tant qu'elle atteignait sa cible ça lui était égal. Et vu qu'on lui avait donné tous les pouvoirs pour remplir cette mission, Ichigo était définitivement en danger de mort. Mais les mauvaises nouvelles ne s'arrêtaient pas là. Avec Yoruichi dans les pattes, Shuuhei prenait également de gros risques : il était certainement le seul au courant pour Grimmjow et Ichigo et le secret pesait maintenant sur ses épaules telle une épée de Damoclès prête à tomber et à fracasser son crâne violemment.
_C'est pour cela que je souhaite que tu prennes part à ces recherches. J'ai insisté auprès de nos supérieurs et d'ici la fin de la semaine tu seras nommé Capitaine. J'aimerais que tu mènes l'enquête sur Jaggerjack, que tu sois… mon adjoint. Qu'en dis-tu ?
Hisagi déglutit péniblement, ne laissant cependant aucun indice sur son inconfort à celle qui le fixait avec un grand intérêt. Et son instinct lui criait que tout cela ne pouvait être une coïncidence. Lui, l'ex de Kurosaki qui avait pris part dans l'évasion de Jaggerjack, était maintenant au cœur de la chasse au fugitif ? Non, c'était bien trop évident pour paraître innocent. Yoruichi ne lui donnait pas cette promotion parce qu'elle avait foi en ses qualités de policier, elle lui donnait cette promotion parce qu'elle comptait atteindre Ichigo, et donc Grimmjow, à travers lui.
Elle croyait quoi ? Qu'il allait la mener jusqu'à Jaggerjack ? Qu'il était assez bête pour se faire mener par le bout du nez ainsi ? Il n'était pas un imbécile ! Jamais il ne ferait quoique ce soit qui puisse mettre Ichigo en délicate position. Jamais !
De plus, cette promotion le flattait, même s'il savait qu'elle n'était pas due qu'à ses compétences, mais Shuuhei visait la Police des Polices et il était soulagé que son objectif de carrière soit resté secret et qu'il n'en ait parlé à aucun collègue.
_J'en dis que j'en serai évidemment honoré, finit-il par dire. La chasse à Jaggerjack est une chance unique dans une carrière et puis… il faut bien que je prouve que ma promotion de Capitaine est méritée, n'est-ce pas ?
_Bien, répondit-elle avec un sourire satisfait. C'est tout ce que j'attendais de toi une collaboration étroite et une motivation certaine. Je vois que tu as déjà les deux, je ne me suis pas trompée sur ton compte, Shuuhei.
L'inspecteur lui rendit son sourire, le niveau d'hypocrisie atteint dans cette attitude était le plus élevé qu'il n'ait jamais cru possible d'atteindre. Mais peu lui importait, tant que Yoruichi ignorait le petit secret d'Ichigo… mais pour combien de temps ?
_Ta promotion devrait avoir lieu à la fin de la semaine. Tu recevras ta convocation d'ici peu de temps. En attendant, bonne journée, Shuuhei.
_Bonne journée, Commissaire.
La jeune femme sourit au grade qu'il employa pour la nommer et s'éclipsa par la porte, bien consciente du regard qui la suivait jusqu'à ce qu'elle fut sorti. Hisagi resta ensuite quelques instants hagards, perdu dans ses pensées, redoutant que sa prise de position actuelle en faveur d'Ichigo dans le but de le protéger, ne se retourne contre lui tôt ou tard. Sa nomination au grade de Capitaine ne le protégeait encore moins qu'avant, et si Yoruichi apprenait qu'il savait des choses sur Grimmjow – et notamment qu'il fréquentait Kurosaki – sa carrière serait ruinée en un claquement de doigt. Yoruichi y veillerait.
Mais le jeune policier n'était pas de nature à se laisser faire. Il connaissait Ichigo, même plus que bien, et il ne pouvait concevoir que le jeune écrivain puisse se tromper : s'il croyait Grimmjow innocent, c'était pour une bonne raison. Et Hisagi avait bien l'intention de la découvrir.
La salle des archives, se trouvant au sous-sol du commissariat avait toujours été un lieu dans lequel il n'aimait guère aller. La paperasse était certainement cette partie du travail d'inspecteur qu'il avait toujours exécré, préférant mener des hommes et des enquêtes sur le terrain. Mais Shuuhei avait toujours su qu'un jour ou l'autre il aurait bien besoin d'y mettre les pieds voilà pourquoi il avait toujours su se montrer agréable et sympathique envers le jeune policier qui officiait dans ce lieu lugubre et dépeuplé.
_Bonjour, Hanatarou.
_Inspecteur Hisagi ? Interrogea le jeune homme brun au teint pâle. Ce n'est pas vraiment votre habitude de venir ici.
_Je sais. En fait, j'ai besoin de ton aide.
Le bureau minuscule d'Hanatarou, jonché de dizaines de dossiers en désordre lui rappela son propre bureau d'agent de police lorsqu'il avait commencé dans un commissariat plus petit en banlieue de Tokyo. Et il se surprit à sourire en se remémorant à quel point il pouvait être naïf et inconscient à l'époque. Mais visiblement, les temps changeaient, et aujourd'hui il était dans l'œil du cyclone…
_Je cherche plusieurs dossiers, des enquêtes menées il y a dix ans par le Commissaire Tosen sur le cas Jaggerjack.
_Ah oui, je vois, lui répondit Hanatarou en sautant de son siège. Allée 5, bloc quinze à gauche. Venez…
_Oh euh… Tu connais tout ça par cœur ?
_Non, pas vraiment. Je m'en souviens parce que c'est le dernier dossier que le Commissaire Tosen m'a demandé de sortir des archives avant qu'il… enfin…
« Vraiment ? » pensa Hisagi avec un sourire agacé. « Pourquoi ne suis-je qu'à moitié surpris ? »
La petite silhouette d'Hanatarou marchait vite devant lui et bientôt il bifurqua dans une allée créée par de hautes étagères remplies de dossiers plus volumineux les uns que les autres. Shuuhei observa le tout avec appréhension, quelque peu étonné par l'immensité de tout ce que le commissariat avait bien pu traiter au cours de son histoire, et stoppa ses pas derrière le jeune homme qui lui désignait une étagère précise.
_C'est ici, désigna-t-il en pointant du doigt l'étiquette « J – Jaggerjack ». Il y a plusieurs dossiers si je me souviens bien, un pour chaque homicide.
_Je te remercie, Hanatarou.
_Prenez votre temps. Et si vous avez besoin de moi, je ne suis pas loin.
Shuuhei acquiesça d'un signe de tête et se mit tout de suite au travail, les pas de l'archiviste se faisant de plus en plus lointains jusqu'à disparaître complètement. La matière cartonnée du premier dossier qu'il prit était glaciale et le papier poussiéreux, mais il prit soin de ne rien déclasser et ses yeux commencèrent à parcourir les rapports des agents sur les lieux, les témoins oculaires ainsi que la conclusion du légiste et celle du Commissaire.
Dossier après dossier, homicide après homicide, quiconque aurait lu les divers rapports aurait tout de suite fait enfermer Grimmjow. Des témoins qui juraient avoir vu un homme aux cheveux bleus, jusqu'aux rapports des experts scientifiques de la criminelle qui avaient identifié l'ADN de Grimmjow à chaque fois, l'affaire avait été rondement menée. Si bien menée que ce fut la première fois que Shuuhei tombait sur un cas pareil. Certes il existait dans leur métier des affaires simples, dans lesquelles le coupable ne faisait aucun doute. Mais bon sang, ici il s'agissait de plusieurs homicides, cinq pour être précis ! Et dans ce genre de cas, les équipes en charge de l'enquête prenaient toujours des gants pour conclure, on cherchait même les pistes adjacentes, et cela malgré les rapports des experts.
_Pourquoi Tosen aurait-il remis son nez là-dedans avant l'échappée de Grimmjow ? Se questionna-t-il dans un murmure, cherchant sans relâche un indice, un signe qu'il se dirigeait sur le bon chemin.
Les identités des victimes ? Toutes dans le milieu de la mafia, des personnages visiblement peu recommandables, d'après ce qu'il en lisait. Et tous s'étaient fait avoir par Jaggerjack au détour d'une ruelle sombre en pleine nuit ? Ce type était quoi ? Superman pour zigouiller ces fous de la gâchette à mains nues ? Non, il y avait définitivement quelque chose qui interpella Shuuhei.
La première victime… morte par strangulation. Et pourtant, la photographie de la dépouille ne laissait aucun doute sur le fait qu'elle avait été également frappée à la tête. Le sang qui s'en écoulait ne pouvait pas le tromper. Il n'était pas un expert mais…
Ses yeux noirs se dirigèrent à nouveau sur le rapport de l'expert duquel il releva le nom à la fin du dossier. Puis, le dossier suivant énonçait le même expert. Le suivant également, puis encore le même et le dernier…
_Tia Hallibel, lut-il en scrutant l'allée déserte dans laquelle il se trouvait.
L'actuelle légiste-en-chef des experts de la criminelle avait signé chacun des rapports concernant Grimmjow. Pas un seul autre légiste n'était mentionné dans aucun rapport, chose surprenante lorsqu'on savait que sur ce genre d'homicides, deux, voire trois légistes, confrontaient leurs rapports pour avoir la chance maximale de faire inculper le meurtrier au tribunal. Et là, rien. Juste elle…
_Je crois savoir à qui rendre ma prochaine visite…, se décida-t-il, rangeant précautionneusement les dossiers à leur place et esquissant un sourire victorieux.
Tia Hallibel devait certainement être le bon chemin à suivre…
Ichigo était déjà devant son écran à taper la suite de son roman que huit heures n'avaient pas encore sonnées. Il n'avait pourtant guère dormi la nuit dernière, suite à la visite de Grimmjow et son départ précipité. Il ne pouvait s'empêcher d'être inquiet pour lui.
En fait, il ne cessait de penser au « fiasco » de leur première fois. Il pouvait concevoir que Grimmjow n'avait pas fait l'amour depuis longtemps, des mois, et que certainement cette nuit avait été trop forte en émotion, mais quand même... Il se devait d'admettre qu'il était déçu. Il fallait qu'ils y remédient tous les deux et vite afin d'oublier cet événement qui les avait laissés sur une mauvaise note la veille. Mais il savait que Grimmjow était certainement celui qui en souffrait le plus.
Il avait bien envie de l'appeler ou de lui envoyer un texto mais à quoi bon ? S'il l'appelait il ne répondrait pas et un texto… quoi comme texto ? Grimmjow ne pourrait pas le lire de toute façon.
Idée stupide. Il devait à tout prix calmer ses ardeurs d'amant inquiet, Grimmjow était foncièrement différent de tous les hommes qu'il avait connus, il détenait le record : quatre minutes !
_Non, non, non, Kurosaki bordel de merde ! S'écria-t-il en prenant sa tête entre ses mains, ne parvenant pas à détacher ses pensées de la pitoyable prestation de l'ex-prisonnier dans son lit.
Bien, alors il attendrait que le turquoise ne le contacte. Mais s'il ne le faisait pas avant demain il prendrait les choses en mains !
Le téléphone fixe se mit à sonner et Ichigo déserta son écran, s'avançant dans l'entrée de son loft pour répondre :
_Oui ?
_Sarugaki Hiyori des Éditions Kodansha, vous êtes Kurosaki-san ?
_Oui, c'est bien moi, répondit le rouquin en fronçant légèrement les sourcils.
Il connaissait Sarugaki Hiyori de réputation seulement, enfin de la bouche de Shinji. La jeune femme travaillait au bureau de la direction des Éditions et ne manquait jamais une occasion de ridiculiser Hirako dans son travail, et cela même s'il était le vice-président. Le blond détestait d'ailleurs la jeune femme, mais Ichigo voyait dans l'attitude et le comportement qu'on lui avait décrit, qu'au contraire, Hiyori était bien loin de détester Shinji…
_J'espère que vous pourrez m'aider Kurosaki-san, reprit-elle après une brève inspiration. Hirako Shinji n'est pas venu travailler depuis maintenant cinq jours et nous nous inquiétons. Nous ne parvenons pas à le joindre et il reste introuvable. Nous espérions que vous saurez nous en dire plus…
_Pardon ?
Shinji avait… disparu ?
Le rouquin resta quelques instants sans voix, cherchant dans sa mémoire la dernière fois qu'il avait vu ou entendu son éditeur. Mais il ne parvint pas à se souvenir et finit par articuler :
_Je suis désolé… En fait, je n'ai pas eu de coup de fil depuis un moment, ce qui est rare chez lui. Je ne sais pas… je… ça m'étonne de lui.
_C'est bien ce que ses collaborateurs proches pensent. Merci de bien vouloir nous prévenir si vous avez des nouvelles de lui.
_Est-ce que vous… vous comptez contacter la police ? Je ne sais pas…
_Et bien… pour l'instant non. Hirako est un personnage qui disons… est plutôt excentrique, je le vois tout à fait disparaitre de la surface de la terre et réapparaitre comme une fleur d'ici quinze jours, mais… il ne l'a jamais fait.
_Donc vous allez prévenir la police.
_C'est fort probable.
Le rouquin marqua une pause. N'avait-il pas assez de problèmes personnels comme ça que maintenant son éditeur venait à disparaître ?
_Bien. Je vous préviendrai s'il me contacte.
_Merci.
Il replaça son téléphone sur son socle, perturbé un instant par la pensée de savoir son éditeur introuvable. Et s'il lui était arrivé quelque chose ? Après tout, Hirako était le genre d'homme à chercher les ennuis, il suffisait qu'il ait stalké un homme comme il le faisait avec Kurosaki, que cet homme s'en soit trouvé passablement énervé et...
Non, mieux valait ne pas penser au pire, se dit-il en passant une main sur ses lèvres entrouvertes. Il se redressa, tournant son profil en direction de son ordinateur qui attendait son retour, et échappa un soupir en reprenant en mains le téléphone qu'il venait à peine de lâcher.
_J'arrive pas à croire..., soupira-t-il en composant rapidement un numéro sur le clavier, que... c'est maintenant à moi d'appeler cet emmerdeur...
Un autre soupir lui échappa, plus exaspéré cette fois-ci lorsque la première sonnerie retentit à son oreille, tout de suite coupée par une voix familière :
_Bonjour, vous êtes bien chez Hirako Shinji, laissez un message... Bip !
_Euh... Bonjour, c'est Kurosaki Ichigo. Je... j'ai besoin de vous voir. Vite. Rapidement, si c'est possible. Vous pouvez me rappeler ? Merci.
Vu comment le blond l'avait harcelé ces trois dernières années, nul doute qu'il le rappellerait dans la seconde avec un tel message sur son répondeur ! Enfin, à supposer qu'il était chez lui... Et s'il ne l'était pas, alors c'était soit qu'il avait rencontré quelqu'un, soit qu'il était bel et bien porté disparu... Pourquoi semblait-il soudain si intéressé par la vie de Shinji, alors que pendant toutes ces années il avait passé son temps à l'envoyer balader ? Et surtout à l'éviter... ?
Au même moment
Grimmjow poussa l'immense porte en fer forgé de la demeure d'Aizen, le pas lourd et le visage marqué par une nuit blanche. Le jour pointait à peine le bout de son nez et l'homme ne désirait qu'une seule chose : rejoindre son lit afin d'oublier cette nuit bâclée. Après avoir quitté le loft de l'écrivain, il avait erré au volant de sa voiture, conduisant jusqu'à l'extérieure de la ville; ça l'aidait souvent à réfléchir. Même s'il regrettait ce qu'il s'était produit avec Kurosaki, il savait que ce qu'il avait fait était définitivement le mieux. Pour eux.
Il gravit le grand escalier de pierres et pénétra dans sa chambre vide, s'étalant sur le lit, exténué. Ses yeux se fermèrent par réflexe et ses muscles cherchèrent à se détendre et à se reposer. Mais son esprit lui, ne cessait de divaguer.
_Merde..., échappa-t-il en ouvrant à peine sa bouche.
Il était tombé bien bas. Très bas. Lui, Grimmjow Jaggerjack faire croire qu'il était nul au lit pour protéger un quelconque mec sur lequel il... Non ! Il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu faire une chose pareille.
Il avait bien compris que Ichigo était complètement accroché à lui. Il attendait beaucoup de lui, et l'idéalisait trop, ce que d'ailleurs il ne comprenait pas vraiment, personne ne s'était comporté ainsi avec lui auparavant. Mais peu importait. Grimmjow savait que le jeune écrivain avait des sentiments pour lui, qu'il était amoureux et que tôt ou tard Aizen mettrait fin à tout ça. Il ne se gênerait pas pour réduire en cendre cette aventure ou ce il-ne-savait-quoi qui rapprochait Grimmjow et Ichigo. Le turquoise en était conscient. Et il avait tenté de le faire comprendre à Kurosaki, il ne voulait pas l'emporter dans sa chute, dans ses histoires de yakuza et sa vie bien trop compliquée. Il ne voulait pas que Sosuke s'en prenne à lui.
Il avait bien tenté de le lui expliquer mais les sentiments du rouquin étaient bien trop ancrés, bien trop forts pour qu'il puisse l'obliger à l'oublier. Alors Jaggerjack avait laissé croire à l'écrivain que son beau discours l'avait convaincu, qu'il croyait maintenant en sa propagande de "l'amour est plus fort que tout" ! Et surtout plus fort qu'Aizen. Bien entendu, il n'en croyait pas un mot. Les mots d'Ichigo avaient été certes sincères il le savait, mais ils ne pouvaient pas empêcher Aizen de faire du mal.
Alors, quoi de mieux pour protéger quelqu'un que de le décevoir ?
Si Ichigo comprenait que Grimmjow n'était pas fait pour lui, alors il ne tenterait plus de le revoir, ses sentiments s'effaceraient. Tout ce qu'il voulait c'était que Ichigo parvienne, d'une manière ou d'une autre, à s'éloigner de lui. Non pas qu'il le souhaitait de bon cœur, sûrement pas, ce type était bien mieux que tous ceux qu'il avait pu rencontrer dans sa vie, c'était justement pour cette raison qu'il se devait de l'éloigner. Il aurait aimé en profiter, mais il ne pouvait pas.
Après sa prestation au lit, Ichigo serait déçu, très déçu de savoir que l'amant qu'il attendait avec impatiente n'était pas Grimmjow. Il admettrait que sexuellement il ne le satisfaisait pas, un pas vers le détachement. Pour le turquoise, le sexe faisait partie intégrante d'une histoire, d'une relation ou même de l'amour entre deux personnes. L'orangé certainement, pensait tout comme lui. Ainsi, déçu et commençant à oublier cet idéal que Jaggerjack représentait, il se désintéresserait de lui, il finirait par ne plus être amoureux. Et alors il serait en sécurité.
_Pffff...
Et il fallait en arriver là pour parvenir à détourner Aizen de ses petits plans machiavélique ! Tôt ou tard il aurait cherché à les séparer, à se débarrasser d'Ichigo et Grimmjow avait pris les devants : il ne laisserait pas une telle chose se produire. Il savait ce que Sosuke pouvait faire lorsqu'il n'appréciait pas quelqu'un. Certains hommes travaillant pour lui avaient ainsi eu des relations avec des femmes, parfois de clans étrangers, de clans ennemis, et Aizen s'était toujours débrouillé pour se débarrasser d'elles. Incluant parfois une mort lente et douloureuse.
Kurosaki ne méritait pas ça. Après tout, Jaggerjack devait lui reconnaître le fait qu'il lui devait sa liberté momentanée.
Depuis quand était-il devenu un bon samaritain ? Depuis quand la vie des autres lui importait plus que la sienne ? Il était même prêt à saboter une partie de jambes en l'air avec un mec super sexy pour... pour quoi ? Pour ne rien obtenir en retour que de savoir qu'il serait en sécurité ?
C'était une première.
_Et une dernière, Jaggerjack merde !
Quelques jours plus tôt il aurait tout donné pour passer une nuit de sexe effréné avec Kurosaki et alors qu'il était à deux doigts de l'obtenir il saccageait tout ? Quelque chose ne tournait définitivement pas rond chez lui...
La porte de sa chambre s'ouvrit soudain et Jaggerjack se redressa dans un sursaut pour voir entrer un Aizen furieux, lui lançant au visage un exemplaire d'une journal quelconque.
_J'espère que tu as une explication ! Et une bonne ! Parce que je te jure que je te couperai les c...
_Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? S'empressa de demander Grimmjow, déjà passablement irrité par ses propres problèmes.
Aizen s'immobilisa face au lit de la panthère, les mains sur les hanches et le regard emplit de haine. Jaggerjack lui retourna l'attention, haussant les épaules et priant pour que son patron déguerpisse rapidement et le laisse se reposer.
_Tu te fous de moi ? La nouvelle est partout ! Dans tous les journaux espèce d'imbécile ! Tu sais combien ça va me coûter tes conneries ?
Grimmjow, perdu, s'empressa d'empoigner le journal qui reposait à côté de lui et ses yeux parcourir la une. Il ne pouvait évidemment pas lire mais la photo en gros plan de la fille du Maire, Nell, lui fit froncer les sourcils.
_Pourquoi la fille de ce connard est en première page ? Interrogea-t-il en relevant ses yeux sur Sosuke, éberlué.
_Je vais finir par croire que tu te fous vraiment de moi, Grimmjow ! Vociféra-t-il en faisant les cent pas, son regard haineux planté sur lui. Et je n'aime pas ça...
_Quoi? Quoi? Pourquoi? Que se passe-t-il? J'comprends rien!
_Oh vraiment ? Reprit-il en se plantant face à lui, mains sur les hanches et narines palpitantes. Oh vraiment ? Hier soir je t'envoie chez Barragan et sa fille meurt ! Tuée d'une balle dans le dos ! Ça ne m'amuse plus tes conneries !
Grimmjow resta interdit, ses yeux naviguant de la une du journal au visage d'Aizen, sa bouche entrouverte et dans sa tête déroulant le film de la nuit dernière. Non, s'il avait tué quelqu'un, il s'en serait certainement rappelé...
_J'ai tué personne, Sos'ke..., marmonna-t-il entre ses dents, soutenant le regard noir.
_Tu..., commença Aizen avant de se passer une main sur le front, quelques gouttes de sueur y perlant. Tu es allé là-bas ?
_Oui, et j'ai fait c'que tu m'avais d'mandé ! Rien d'aut'!
_Quelqu'un t'a vu ?
_Non ! Enfin, si... Je l'ai vue justement elle, Nell. Je l'ai juste croisée en partant... mais elle était bien vivante et je ne l'ai pas tuée !
_Pourtant... Monsieur le Maire affirme que c'est toi qui l'a tuée. C'est écrit là !
Le doigt de Sosuke se planta au beau milieu de l'article en première page et Grimmjow écarquilla les yeux en reconnaissant les kanjis de son nom. Peut-être ne savait-il pas lire mais il pouvait néanmoins reconnaître son prénom et son nom lorsque celui-ci s'affichait sous ses yeux. Il resta sans voix, ses sourcils se fronçant et sa gorge devenant sèche.
_Nan... c'est pas moi qui l'ait tuée ! Répéta-t-il en secouant sa tête.
_Bien, alors qui ? Dis-moi qui si tu es si malin ! S'écria l'autre en levant ses bras au plafond.
Grimmjow dodelina de la tête, n'ayant évidemment aucune réponse à apporter. Il l'aurait sûrement remarqué si quelqu'un avait tué la fille du Maire lorsqu'il était sur place, bon sang !
_J'en sais rien !
_A quelle heure étais-tu là-bas ?
_Minuit et des poussières...
_A quelle heure es-tu parti ?
_Minuit et demi voire moins, j'en sais rien...
_Minuit et demi ? Et tu ne rentres que maintenant ? Bordel, mais qu'est-ce que tu as foutu ?
Grimmjow haussa les épaules :
_J'ai vu Kurosaki après.
Quitte à se faire accuser de meurtre autant dire la vérité et peut-être se trouver un alibi.
_Tu as vu Kurosaki ? Cette nuit ? Sans m'en parler ?
_Roh... Je fais encore c'que j'veux, nan ? Répliqua l'autre en laissant tomber le journal, désertant son lit pour rejoindre l'autre côté de la pièce. J'suis pas un meurtrier, Sos'ke. Pas comme ça !
Aizen haussa les sourcils, ses bras s'élevant lentement pour retomber le long de son corps dans un geste d'impuissance. Et puis, pensa Grimmjow, en quoi cela inquiétait-il tant Aizen ? Ça ne l'avait jamais préoccupé qu'il puisse tuer quelqu'un ou non. Et surtout pas un proche de son ennemi juré. Alors pourquoi ?
_Parce que maintenant l'utilité que je trouvais à ton petit copain vient de se faire tirer dans le dos ! Répondit-il avec un rire sarcastique. On aurait pu utiliser cette fille, bon sang ! Kurosaki l'a très bien connu, on aurait pu faire tant de choses grâce à...
_Attends, t'es sérieux là ? T'veux... t'veux qu'Ichigo bosse pour toi ? Le coupa Grimmjow, se tournant dans sa direction en écarquillant ses yeux de surprise. Il acceptera jamais !
_Travailler pour moi non. Mais travailler pour toi... ? Je suis sûr que tu as déjà pensé à mille et une façon de le remercier pour son travail, énonça-t-il avec un air rusé, ses paroles sous-entendant un remerciement en nature.
Jaggerjack détourna le regard subitement, poussant un long soupir. Après ce qu'il venait de se passer, Ichigo n'était pas prêt d'accepter de l'aider en échange de quelques nuits torrides. Ou de quatre minutes torrides, étant donné qu'il avait cru bien faire en se faisant passer pour le pire amant du siècle. Et maintenant Aizen retournait sa veste ! Non, plutôt... il lui donnait son aval pour revoir Kurosaki.
Bien... Il n'aurait plus qu'à lui prouver que ce n'était pas sa meilleure performance. Oh oui... il allait lui montrer...
Ce qui vous attend dans le prochain chapitre :
Grimmjow se remémore la nuit précédente, après avoir quitté le loft d'Ichigo;
Kurosaki se rend chez Hirako et surprend une conversation des plus intrigantes;
Quant à Hisagi, il s'aventure sur une piste dangereuse en rendant visite à Tia Hallibel et s'attire les foudres de son nouveau supérieur;
Ichigo apprend que Nell est morte et que Grimmjow est le seul suspect...
