Titre : Le Roman du Prisonnier

Chapitre : L'autre prisonnier.

Rating : M

Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.

Warning : Lemon.

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Chapitre 22. L'autre prisonnier.

« Il ne cessait de se questionner. Tout tournait tragiquement dans sa tête, un bal de pensées qu'il n'était pas capable de stopper. Depuis quand s'était-il surpris à imaginer cela ? Il ne parvenait même plus à se rappeler.

Ce prisonnier, qu'avait-il de si spécial ? Simplement un magnétisme qui créait une attirance si puissante. Comment aurait-il pu lui, simple gardien de prison de son état, s'intéresser à l'un de ces animaux en cage. Il avait toujours pensé et s'était époumoné à se répéter que ces animaux ne méritaient pas le respect des hommes, qu'ils méritaient leur sort. Mais cet homme était différent.

A chaque fois qu'il passait devant sa porte blindée, alors que son cœur martelait sa cage thoracique, il retenait sa respiration. Un réflexe inutile puisque l'individu parvenait tout le temps à sentir son arrivée, à l'entendre malgré ses pas de chat. Il était le seul, le seul qui parvenait à le reconnaître aussi facilement et à l'interpeller derrière la petite fenêtre de sa porte de fer. Et c'était ce qui le rendait spécial.

Il y avait ceux qu'il ne regardait pas, ceux qu'il rappelait à l'ordre à chaque sortie, ceux qu'il tentait de mâter, et puis il y avait lui. Ce mystérieux prisonnier de la cellule 506. Certains jours, il le trouvait endormi sur son lit de ferraille sans matelas. Un bras replié derrière sa tête, l'autre déposé lascivement sur son bas-ventre, il dormait si paisiblement qu'il en était subjugué. Un tel assassin pouvait-il trouver le sommeil aussi facilement ? Une telle expression de paix émanait de lui lorsqu'il était perdu dans les limbes, dans les bras de Morphée. Il était constamment interpellé par son comportement, captivé par ses regards passionnés, fasciné par son allure. Cet homme ne pouvait être un simple homme... »

_Qu'est-ce qu'tu fais à moitié à poils comme ça ?

Ichigo laissa échapper un soupir de frustration mais refusa de se tourner en direction de la porte de sa chambre. Continuant à faire courir ses doigts sur le clavier de son ordinateur portable déposé sur un oreiller du lit, il choisit d'ignorer Grimmjow qui, adossé à l'encadrement de la porte, l'observait avec attention.

Ce n'était pas comme s'il était en train d'écrire un moment important de son roman, hein ? Et il tentait de fouiller en lui, de chercher dans ses sentiments une façon de retranscrire ce que ce gardien de prison ressentait pour ce prisonnier. Après tout, ce gardien c'était lui. Et il déversait toutes ses émotions à propos de ce qu'il avait ressenti ou ressentait encore lors de sa rencontre avec Grimmjow. Puis au fur et à mesure qu'il croisait son chemin. C'était le sujet de son roman : un gardien de prison tombant sous le charme d'un prisonnier dangereux, et il voulait plus que tout que son livre soit imprégné de ses propres sentiments.

Jaggerjack ne fit pas attention au manque d'intérêt envers sa personne dont faisait preuve l'écrivain. Au contraire, il préférait observer tout son soûl la jeune personne à moitié nue. Et... il y avait de quoi observer, pensa-t-il en haussant les sourcils. Seulement vêtu d'un petit boxer noir recouvrant – et surtout moulant – ses fesses, Ichigo était allongé sur le ventre sur son lit. Ses longues jambes tendues sur les draps, il se tenait sur ses coudes et tapait la suite de son roman, des écouteurs plantés dans les oreilles.

Malgré le fait qu'il savait parfaitement qu'il écoutait de la musique, il n'était pas sans savoir aussi que le jeune homme avait l'habitude de ne pas monter le son. Ainsi, on pouvait lui parler sans le déranger outre mesure.

_Il est parti…, ajouta-t-il en désignant quelque chose derrière lui avec son pouce. Pas facile à dégager ton ex…

Il entendit Kurosaki échapper un minuscule rire ironique et murmurer :

_T'as pas idée…

Jaggerjack haussa des sourcils interrogateurs tout en observant les mains du jeune homme s'activer sur le clavier. Lorsqu'il le voyait comme ça, il aimerait savoir lire et écrire tout de suite, là, immédiatement. Il donnerait n'importe quoi pour parvenir à lire un de ses romans, partager son monde, pouvoir en faire partie. D'une certaine façon, cette barrière demeurait toujours entre eux et bien qu'elle semblait s'amenuiser au fil des jours, elle restait bien présente. Un peu comme une vitre de plexiglas derrière laquelle ils seraient séparés. Ils pouvaient se voir, se parler même, mais leurs corps ne pouvaient entrer en contact à cause de cette vitre. Elle était si mince, il aurait pu la briser d'un seul coup de poing. Mais il y avait des règles, et s'il ne les respectait pas, s'il ne faisait pas disparaitre cette vitre dans les règles, Ichigo ne serait jamais à lui.

C'était sa manière à lui de matérialiser cette différence entre eux : l'illettré et l'écrivain. Et cette vitre de plexiglas représentait cette frontière invisible entre eux, ce qui les séparait : la langue écrite.

Il s'avança dans la pièce sans un bruit, entamant des pas de velours sur la moquette. Il était toujours très intéressé lorsqu'il le voyait écrire, un peu comme un enfant serait curieux face à un magicien effectuant un tour de magie. Ce processus d'écriture était si lointain pour lui, si inconnu qu'il en éprouvait une fascination démesurée. Il contourna le lit, sans déranger l'écrivain et vint s'asseoir de son côté du lit, juste à côté de lui. Jetant un coup d'œil appuyé à l'écran sans se faire voir, il étira une moue boudeuse :

_Et qu'est-ce que ça raconte ?

D'une main vive, l'orangé s'empressa de rabattre l'écran de son ordinateur sur le clavier, et ainsi fermer la machine. Il se retourna, poussant un soupir quelque peu éreinté mais ne put se résoudre à fusiller le bleuté des yeux :

_Grimmjow…. J'ai horreur quand on regarde ce que j'écris. Et tu le sais, non ?

_T'sais aussi que j'peux pas lire, hein ? Répliqua-t-il en levant un sourcil arqué.

_Oui, mais tu connais déjà quelques kanjis.

_Et alors ? T'as peur que j'puisse lire ton roman, Amour ? Questionna-t-il en plongeant sur ses cuisses nues qu'il arrosa de baisers.

_Grimmjow…, souffla Ichigo dans un rire mutin, se dandinant avec plaisir.

Les mains de l'ex-prisonnier glissèrent sur la peau fine de l'arrière de ses genoux puis de ses mollets, tandis que sa bouche pinçait entre ses lèvres une petite parcelle de peau de son postérieur. Ichigo joua le jeu. Après tout, il n'y avait rien de plus agréable qu'un Grimmjow s'occupant de vous, caressant votre corps et ravissant votre peau de ses mains aventureuses. Il reprit une position allongée et reporta son attention sur son ordinateur qu'il rouvrit d'un mouvement de main.

Dès que Grimmjow disait ce mot magique, dès qu'il s'adressait à lui de cette manière, dès lors que la formule magique « Amour » franchissait ses lèvres il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un bonheur indescriptible. Il ignorait s'il avait choisi ce surnom par pure moquerie, ou bien s'il était en rapport avec ses sentiments. Depuis deux jours qu'il utilisait ce sobriquet, il ne lui avait pas encore demandé la raison de cette utilisation. Il mourrait d'envie de le savoir, mais Grimmjow savait garder ses mystères mieux que personne surtout ce qu'il éprouvait.

Il savait que ce surnom n'était pas là par hasard. Il l'avait gardé en mémoire de ce fameux passage de « Roméo et Juliette » qu'il avait joué lors d'un atelier dans la prison avec Renji. Sans le lui avouer à voix haute, Ichigo comprenait que d'une certaine manière la littérature avait touché Jaggerjack, et il en était heureux. Ce surnom était certainement plus symbolique qu'autre chose. Il appréciait énormément cette attention.

_Tu connais mon point faible, grogna-t-il en se laissant griser par les lèvres de Grimmjow traçant son échine. Quand tu m'appelles comme ça...

_J'sais...

_C'est vraiment trop injuste, bougonna-t-il en roulant pour se retrouver sur le dos. Toi, tu n'as aucun point faible...

_Mmm ? C'pas tout à fait exact, Amour, répondit-il en s'allongeant de tout son long sur le corps à demi-nu de son amant. J'ai un point faib'...

Kurosaki étira une moue quelque peu surprise, et boudeuse en même temps. Un petit sourire naquit sur ses lèvres rougies et il feignit de ne pas savoir de quoi il parlait. Il voulait l'entendre lui dire quel était ce point faible.

Leurs visages se rapprochèrent et Jaggerjack déposa un baiser sur la bouche du jeune homme dans un claquement. Le roux accrocha le regard bleu turquoise et plaqua ses mains sur sa nuque musclée, attendant patiemment que les mots qu'il attendait sortent de sa bouche si peu habituée à ce genre de déclaration. L'ex-prisonnier planta un index sur ses lèvres closes comme pour lui faire signe de se taire, et l'observa quelques instants. Le silence qui s'installa alors était confortable, mais en même temps irritant pour Ichigo. L'attente d'une déclaration de Grimmjow, l'entendre dire ne serait-ce que quelques mots tendres était tout ce qu'il désirait.

Le visage de Grimmjow plongea soudainement dans son cou, le bout de son nez traçant la peau avec délectation, en humant son odeur sucrée tout son soûl. L'orangé ferma les yeux et ne put s'empêcher d'étirer un large sourire, bien plus large que d'habitude. La bouche de Grimmjow remonta jusqu'à son oreille et y laissa quelques mots en son creux :

_C'est ton odeur...

Un petit rire échappa les lèvres d'Ichigo, et il se tortilla un peu plus sous lui. Ce n'était pas qu'il était surpris, il l'avait plus ou moins remarqué que l'odeur de sa peau lui faisait de l'effet. Mais il aimait à l'entendre dire une telle chose.

_Sérieus'ment... cette putain d'odeur m'rend dingue !

Pourtant, Ichigo n'avait pas fait grand chose pour cela. Il avait bien tenté de comprendre d'où provenait cette odeur si spéciale dont Grimmjow raffolait. Mais il avait fini par comprendre que ce n'était pas un quelconque gel douche, ou parfum ou un après-rasage, c'était tout simplement sa peau. L'odeur de sa peau, au naturel, avait semblait-il une odeur toute particulière qui ravissait l'odorat de son partenaire. Il n'avait pas tenté de chercher plus loin. Il trouvait ça vraiment... charmant. Une arme de séduction qu'il n'avait jamais considéré comme étant concluante, et pourtant.

Lentement le turquoise coucha son corps sur le sien, et leurs regards se lièrent à nouveau. Ichigo ne put retenir ce sourire bienheureux qui ornait ses lèvres depuis qu'il était entré dans la pièce. Il avait le pouvoir de le placer sur un petit nuage, là-haut, tout là-haut, un paradis dont il ne semblait pas capable de redescendre.

_Est-ce que tu te rends compte au moins ? Demanda-t-il dans un filet de voix, ses sourcils se fronçant légèrement.

Jaggerjack dodelina de la tête affichant un air interrogateur :

_De quoi ?

_Que ce n'est plus toi le prisonnier, mais moi ?

Pendant un instant, le plus parfait des silences répondit à Ichigo. Vraisemblablement, Grimmjow n'avait pas compris ce qu'il avait cherché à lui dire à travers cette phrase. Pourtant, c'était tout à fait clair aux yeux du jeune écrivain et il n'y avait rien de plus à expliquer. Cependant il voulait que le message soit parfaitement clair, et il était plutôt fier de sa métaphore, une notion que son amant pouvait tout à fait saisir :

_Je suis ton prisonnier, Grimmjow, reprit-il en posant un index sur le cœur du turquoise. Tu m'as emprisonné. Et crois-moi… c'est pire que toutes les prisons du monde. Pire que la cellule que tu as connue.

Son index traça les contours de sa mâchoire. Pendant un instant qui lui parut des heures, Grimmjow planta ses yeux dans les siens, comme s'il cherchait encore à comprendre le sens de sa dernière phrase. Mais il avait bien compris, Ichigo pouvait le voir dans ces mêmes opales azurs. C'était plutôt la surprise qui l'immobilisait, ou peut-être tout simplement la beauté de la métaphore. Car c'était bien certainement la seule métaphore qu'il était capable de saisir parfaitement. Reprenant peu à peu ses esprits, et comprenant qu'il n'y avait rien à rajouter à la révélation de son partenaire, Jaggerjack fit voyager ses doigts jusqu'au col de sa veste. Il tira sur celui-ci et fit ainsi tomber la veste de ses épaules. Il avait tout à coup très chaud, et ne pouvait plus supporter aucun vêtement sur sa peau, d'autant plus que les yeux d'Ichigo étaient une invitation à la luxure. Sa veste de cuir tomba au pied du lit et sa chemise en fit de même avant que le rouquin ne reprenne le contrôle et ne le pousse contre le matelas.

Grimmjow se laissa faire, son dos se retrouvant coincé contre les draps défaits. Le corps en émoi de Kurosaki s'allongea sur le sien, jambes tendues, entrejambes collées l'une contre l'autre. Sa bouche s'empara jalousement de la sienne, la dégustant avec un plaisir non dissimulé. Une grande main, chaude et poignante, s'aventura dans sa touffe de cheveux flamboyants, descendit le long de son cou, puis de ses flancs. Elle agrippa au creux de sa paume le muscle bombé de son postérieur, le malaxant pour en apprécier la fermeté et le rebondie. Puis, ses deux mains s'attelèrent à la même activité, en rythme et se glissant sans pudeur sous l'élastique de son boxer.

Ichigo grogna de désir, sous les gestes grisant de son partenaire. Il était au bout de toute patience, il avait besoin de lui, envie de lui. Rien que le fait de pouvoir sentir sa peau était une ultime délivrance qu'il n'aurait jamais imaginé si forte. Ce n'était pas comme la dernière fois, c'était tout à fait différent de leur première fois. Comme si entre eux, quelque chose avait évolué. Ils étaient plus proches, plus intimes et pourtant peu de temps avait passé. Ce magnétisme qu'il avait pu sentir s'installer entre eux dès leur première rencontre dans la prison se décuplait au fur et à mesure de leurs gestes. La façon dont ils se touchaient, s'embrassaient, leurs souffles excités brûlants et leurs corps tortillant de désir, tout était différent. Mais dans le bon sens.

Grimmjow se redressa soudain, s'appuyant sur ses genoux pour se dépêcher de retirer la ceinture de son jean. Il fit glisser le pantalon de toile sur ses cuisses puis le long de ses mollets pour l'envoyer valser sur la moquette de la chambre. Dans des souffles saccadés, ses yeux brillants ne quittant pas Kurosaki, il agrippa le sous-vêtement du jeune homme et le fit glisser pour le dévêtir entièrement. Une fois débarrassé du dernier rempart bloquant ce qu'il cherchait à atteindre, il plaqua de nouveau sa personne nue contre le jeune homme.

Ichigo s'accrocha de plus belle à son cou, recherchant sa bouche afin de la coincer entre ses lèvres. Mais il ne put l'emprisonner plus longtemps, puisque Jaggerjack fit voyager son visage le long de sa gorge, sa bouche entourant sa pomme d'Adam un instant. Puis, il recula sur le lit et traça enfin de sa langue le nombril du jeune homme avant d'aplatir sa paume de main chaude contre le membre durci de l'orangé. Celui-ci échappa un soupir rauque et ondula ses hanches de façon à lui faire comprendre qu'il aimait ça. Mais Grimmjow n'avait pas besoin qu'il le lui fasse comprendre; il le savait.

Cette fois-ci, pas besoin de mots, pas besoin de regard pour savoir ce que l'un et l'autre désirait. Ichigo voulait plus que tout partager avec lui la sensation si plaisante de ne faire qu'un et toucher le septième ciel. Quant à Grimmjow il voulait lui aussi se sentir complet avec lui, et pouvoir enfin rattraper sa misérable performance de quatre minutes de la dernière fois. Son visage plaqué à l'intérieur de la cuisse de l'écrivain, ses mains glissèrent lentement, remontant le long de son torse. Ichigo enferma sa lèvre inférieure entre ses dents, mordant avec gourmandise dans sa propre bouche pour étouffer le cri indécent qui manqua s'échapper de sa gorge. Et pendant qu'une langue humide et brûlante venait titiller le sommet déjà engorgé de son membre, il inspira profondément tentant de ne pas perdre le contrôle.

Kurosaki plongea ses mains dans les cheveux turquoise, écartant ses jambes pour inviter son amant entre elles plus profondément. Il voulait faciliter ses mouvements, l'inciter à aller plus loin et lui montrer qu'il était tout à fait d'accord pour qu'il fasse ce qu'il souhaitait de lui. Lorsqu'il le prit complètement en bouche, enfonçant sa verge durcie au fond de sa gorge, autour de laquelle il avala deux fois avant de la relâcher, Ichigo ne put retenir un sursaut de son corps tout entier. Il lui fit tourner la tête ainsi, pendant de longues minutes, les gouttes de sueur naissant par dizaine sur son front, forçant ses ongles dans son cuir chevelu, obligeant ses hanches à accompagner ses mouvements de tête de haut en bas. Il aurait souhaité que ces préliminaires durent des heures, mais il n'en était pas capable. Lorsqu'il se sentit partir, ses yeux roulant d'eux-mêmes dans leurs orbites, il tira sur les cheveux de Jaggerjack l'incitant à relâcher sa proie.

Grimmjow se redressa, essuyant d'un revers de main la salive qui recouvrait ses lèvres, les rendant plus brillantes. D'un seul regard sur le visage rougit d'Ichigo il sut qu'il n'avait plus vraiment le choix. Non pas qu'il n'en avait pas envie, mais déjà ses muscles tremblaient d'excitation et il ne put dissimuler plus longtemps le désir dans ses yeux. Il se positionna à nouveau sur ses genoux, entre les jambes du rouquin et retira son caleçon rapidement. Puis, il se pencha en direction de la table de nuit et ouvrit le premier tiroir, en extirpant un préservatif sous emballage. Ichigo en profita pour se redresser à son tour et approcha son visage du bassin de Jaggerjack. Et pendant qu'il s'attelait à retirer l'emballage plastique de la protection intime, il ouvrit sa bouche et y glissa à l'intérieur le membre turgescent du bleuté.

_Mph...

Surpris, Grimmjow eut un sursaut et bascula un moment en avant lorsqu'il baissa ses yeux sur la chevelure orange. Ses paupières à son tour se baissèrent lentement, recouvrant ses pupilles azur. Il n'arrivait pas à croire qu'ils n'aient pas fait ça plus tôt. Étant donné qu'il gardait plutôt un mauvais souvenir de leur première fois au lit, il craignait de devoir idéaliser cette fois-là. Et il y avait de quoi semblait-il... Il savait qu'il n'aurait pas dû laisser Kurosaki aller si loin, il n'était pas vraiment préparé à tenir aussi longtemps avec cette langue tentatrice qui jouait autour du sommet gorgé de désir de son membre. Et ses lèvres douces et chaudes qui l'enfermaient totalement aux creux de sa bouche, il aurait souhaité que ça dure tellement plus longtemps. Mais il avait bien conscience qu'il ne pouvait en rester là, il fallait qu'il efface de la mémoire d'Ichigo sa pitoyable prestation de la dernière fois.

_Ah... arrête, finit-il par gémir, observant le jeune auteur relâcher sa proie en lui lançant un coup d'œil interrogateur.

Il glissa le préservatif là où il devait aller, et Ichigo reprit sa position sur le dos, sans pour autant dire le moindre mot. Il écarta les jambes à nouveau et attendit que Grimmjow ait terminé de placer la protection pour échapper un soupir d'anticipation. Mais Jaggerjack n'était pas né de la dernière pluie, il n'avait pas l'intention de le pénétrer sans avoir pris la peine de préparer le terrain. Ça aurait été plus terrible encore que sa foireuse prestation. Il replaça ainsi son visage entre les cuisses de la jeune personne et laissa courir sa langue le long de sa longueur palpitante. Tout en accomplissant cette caresse buccale, son index se présenta face à l'intimité du jeune homme.

Ichigo réprima un profond cri de satisfaction en fourrant son poing dans sa bouche, lorsque l'index passa la barrière de muscles de son intimité. Il s'invita en lui sans même lui avoir donné un quelconque avertissement et s'enfonça plus profondément dans sa chair. Kurosaki attrapa de son autre main les draps du lit, pour les serrer au creux de sa paume de toutes ses forces. La sensation de douleur au début finit par s'estomper de seconde en seconde, surtout que la bouche de Grimmjow, enfermant sa verge dressée, le distrayait de la meilleure des façons. L'index aventurier fut enfin enfoncé complètement en lui et il trahit un frisson à moitié entre l'excitation et l'appréhension. Non pas qu'il redoutait d'aller plus loin, mais il n'y avait pas de secret : si Grimmjow ne prenait pas la peine de plus le préparer ça ne serait pas une partie de plaisir !

A son plus grand étonnement, ce dernier continua à jouer de son doigt dans son intimité. Alternant les rythmes et les mouvements, il invita un second doigt à se joindre au premier et fit grimper la chaleur de son corps. Plus facilement encore qu'aucun homme n'était parvenu à le faire, Grimmjow avait le pouvoir de le détendre de la meilleure des façons, même dans cette situation. Ichigo plissa ses yeux fermés et pinça ses lèvres un peu plus fort encore, réprimant un énième gémissement sonore en l'avalant au fond de sa gorge. Mais c'en était trop pour lui, cette attente était réellement la pire des tortures :

_Oh j't'en prie, ça suffit maintenant ! Jeta-t-il soudain d'une voix rauque, soustrayant son bassin aux caresses de son amant.

Jaggerjack ne put réprimer un léger étonnement mais ne se laissa pas décontenancer. Au contraire, il reprit le contrôle des opérations et fit ce qu'on attendait de lui, ou plutôt ce qu'il attendait depuis maintenant de très longues journées. Il approcha son bassin des cuisses écartées du jeune homme et positionna son membre à son entrée, se glissant doucement à l'intérieur. Prenant la peine d'ajouter une bonne dose de lubrifiant, l'ancien prisonnier pinça ses lèvres entre ses dents et plissa ses yeux par pure anticipation.

C'était tout de même totalement aberrant. Lui qui avait tant détesté être enfermé, lui qui avait eu horreur de se sentir à l'étroit, de ne pas pouvoir bouger de se sentir prisonnier... Là, il était à sa merci, enfermé dans cet étau brûlant duquel il avait l'impression qu'il ne pourrait ressortir entier. Son souffle en était coincé dans sa gorge, ses entrailles se tordaient et tout son corps était contracté par l'appréhension de cette étroitesse si étouffante. Même s'il avait détesté être enfermé dans cette cellule, il adorait maintenant être prisonnier de cette intimité échauffée par le désir. Ses mains délaissèrent les cuisses de Kurosaki qu'il tenait écartées entre ses paumes, et fit glisser ses doigts le long de l'abdomen du jeune homme.

Ichigo imprima un mouvement de bassin en rythme avec Grimmjow, ne pouvant croire à ce qui était en train de se dérouler. Il en avait certes rêver, mais il n'aurait jamais imaginé que ça puisse être... si érotique. Cette main qui voyagea de son bas-ventre jusqu'à ses épaules puis bifurqua sur son cou et s'y accrocha, était lente et douce. Il agrippa les draps entre ses doigts et les étira si fort qu'il crut bien les déchirer. Quelques gouttes de sueur trouvèrent leur chemin entre ses pectoraux et se nichèrent au creux de ses abdominaux étirés. Le rythme lent et sensuel de Jaggerjack le rendait fou et il tenta bien d'imprimer une cadence plus rapide mais ce n'était pas ce que voulait l'autre.

Grimmjow positionna ses mains sur les hanches osseuses de son partenaire et essaya de les maintenir en place. Il voulait initier le rythme, il ne voulait pas qu'il prenne les choses en main, c'était lui qui se devait de le faire. Lui faire comprendre qu'il était le dominant et que c'était à lui de l'amener au plaisir ultime, une manière de lui dire qu'il se rattrapait pour la dernière fois. Mais visiblement, Kurosaki s'en souciait guère... Il ne pensait plus à rien, tout du moins c'était ce que s'imaginait le bleuté en jetant un œil à son visage contracté et ses yeux perdus au plafond qui ne clignaient même plus.

_Oh... Grimm... Grimmjow !

Étirant un sourire de satisfaction, le bleuté se pencha pour recouvrir son torse du sien et coller leurs peaux. Ses deux mains vinrent se poser sur le front chaud et humide de la jeune personne et écartèrent les mèches oranges collées avec la sueur sur son visage.

_Dis mon nom..., lui susurra-t-il tout près de sa bouche. Comme ce jour où on s'est rencontrés... Mph bordel... J'avais d'jà envie d'te bouffer tout cru !

Sans laisser le temps à Kurosaki de comprendre ses mots, il se redressa et l'attrapa par les avants-bras. Il le fit se redresser presque violemment, l'amenant dans une position assise. Lui, s'était assis sur ses talons et Ichigo prit appui sur ses pieds avant de s'asseoir sur ses cuisses étirées sans que son membre ne s'échappe de sa cachette humide pendant le processus.

_Grimmjow !

Il ne lui fallut guère plus de temps pour arracher au rouquin des cris rauques de désir, qui se transformèrent en réels couinements de plaisir. Les mains de l'auteur prirent appui sur les épaules musclées de son amant pour s'élancer plus sauvagement sur son membre offert. Puis, ses doigts descendirent sur ses pectoraux, s'enfoncèrent dans la peau du muscle bombé, laissant des traces rougeâtres par endroit avec ses ongles. Il aurait pu crier qu'il en voulait plus, mais ce n'était pas la peine, Grimmjow le savait parfaitement. Et il ne se fit pas prier puisqu'il redoubla d'intensité ses coups de bassin se faisant plus rapides et bien plus appuyés. Il ignorait s'il pourrait continuer à cette cadence aussi longtemps qu'il le désirait mais pour le moment il ne s'en souciait pas le moins du monde.

Le rouquin l'aidait du mieux qu'il pouvait étant donné qu'il était désormais celui qui se trouvait "au-dessus". Mais quand bien même Jaggerjack était celui qui gardait la maîtrise du rythme, ses mains maintenant déposées sur le postérieur d'Ichigo, il soulevait son corps au rythme des hanches du plus jeune, accompagnant ses mouvements. Une certaine transe s'était emparée du corps des deux amants, sans qu'ils ne puissent s'en rendre compte. Ils bougeaient à l'unisson, comme s'ils eurent été seuls au monde et pourtant ils étaient parfaitement conscients de la présence de l'autre à leur côté. Ichigo s'était accroché aux bras musclés, la peau bronzée de Grimmjow brûlante sous ses doigts le piquait jusqu'à la gorge. Cette envie l'avait pris au plus profond de lui, serrant son cœur presque douloureusement et enflammant ses entrailles comme jamais. Il avait espéré cet échange, qu'il serait comme ça... Qu'enfin ils feraient l'amour et que l'acte serait aussi grandiose que leur rencontre, que leur histoire et que tout ce qui les attendait encore.

Et lorsqu'ils atteignirent enfin le sommet de tout plaisir, l'écrivain perdit jusqu'à son esprit et conscience même de qui il était. Son corps se détacha progressivement de celui de Grimmjow et tomba en arrière. Son dos rencontra violemment le matelas moelleux et il échappa un cri étouffé lorsque le membre à moitié mou de son partenaire glissa hors de lui.

Essoufflé et au bord de l'apoplexie, Ichigo se passa une main sur les yeux et tenta de recouvrer la raison. Devant lui, Grimmjow restait agenouillé, les mains sur les genoux et le torse se levant et se baissant si vite qu'il crut bien qu'il allait s'étouffer. Pendant de longues secondes, les deux hommes essayèrent de retrouver un souffle normal et l'atmosphère de la pièce sembla se rafraichir quelque peu. Même s'il y régnait maintenant une forte odeur de transpiration masculine, de testostérone et de sexe. C'était l'odeur de la passion. Kurosaki n'en raffolait pas, mais là juste après l'acte cette odeur avait presque le parfum du plaisir brut.

Grimmjow glissa jusqu'au rebord du lit, laissant ses pieds toucher à nouveau la moquette moelleuse de la chambre. Le dos légèrement voûté il resta quelques instants dans cette position, poussant un soupir fatigué puis tourna son profil en direction de son voisin allongé négligemment sous la couette blanche. Les deux hommes échangèrent un regard et Ichigo étira un sourire large, qui en disait tout simplement long sur le sentiment qu'ils partageaient tous deux à cet instant. Jaggerjack dodelina de la tête mais ne put s'empêcher de lui rendre son sourire.

_Quoi ? Finit par demander le rouquin alors qu'il ne le quittait pas des yeux.

_Rien... Faut que j'y aille.

Kurosaki se redressa dans son lit, haussant légèrement ses sourcils. Sa bouche s'ouvrit avec un certain étonnement et il interrogea :

_Quoi ? Maintenant ?

_Ouais, faut vraiment que j'rentre.

_Mais... et demain alors ?

_Quoi demain ? J'serai là t'inquiète. Mais là...

Il prit appui sur ses deux mains déposées sur le lit et allait se lever lorsque Ichigo l'en empêcha. Il se pencha dans sa direction et entoura ses épaules de ses bras. Sa joue se posa sur l'une de ses épaules nues et il poussa un soupir déçu. Pris par surprise, Grimmjow s'immobilisa et réprima un grognement étonné. Mais avant qu'il n'ait pu articuler la moindre syllabe, le roux s'empressa de reprendre la parole :

_Tu sais très bien pourquoi je te retiens.

Oui, il le savait, pensa Grimmjow en fermant un court instant ses yeux. Et il n'avait vraiment pas envie de remettre ça sur le tapis. Mais il comprenait bien que ce n'était pas le cas d'Ichigo, il n'en avait pas terminé avec cette histoire et n'était pas prêt à le laisser rejoindre Aizen. Ou tout du moins, il lui montrait qu'il n'appréciait pas. Mais se retrouver les fesses entre deux chaises n'était pas une position si simple que cela pour Grimmjow. Et il souhaitait vraiment trouver une solution adéquate.

_J'sais. J'ai pas envie d'm'engueuler encore... mais, si Aizen m'voit pas rev'nir il s'posera des questions. Pour l'instant, j'veux dire tant qu'on a pas trouvé de solution j'préfère qu'il se doute de rien, tu comprends ?

Le roux le laissa se relever et retira son étreinte autour de ses épaules. Il observa l'ex-prisonnier nu se diriger à l'autre bout de la chambre et ramasser ses affaires. Il scruta ses gestes avec curiosité lorsqu'il enfila la première jambe de son boxer puis la deuxième et recouvrit ses fesses jusqu'à présent nues. Il enfilait son jean lorsqu'Ichigo s'assit à son tour sur le rebord du lit et se surprit à fixer le mur face à lui. Subitement perdu dans ses pensées, une étrange sensation de solitude s'emparant de lui, le jeune homme tenta de remettre de l'ordre dans sa tête. Grimmjow ne le remarqua qu'à peine et boutonnait déjà sa chemise lorsqu'il s'enquit de savoir ce qui le perturbait.

_Je sais qu'on en a déjà parlé Grimmjow. Et le pire... c'est qu'on a envie d'être ensemble, dit-il en dodelinant de la tête, ses yeux fixés sur le mur. J'ai envie qu'il y ait un « nous » qu'on ait notre histoire, une vie à nous sans personne d'autre. Je sais que toi aussi tu en as envie, c'est pour ça que je me bats pour te rendre ton innocence... Je veux qu'on ait une vie normale, qu'on ait la chance d'être un couple normal !

Grimmjow resta figé un long moment, son regard coulant sur le dos vouté et l'attitude tout à coup fermée du jeune écrivain. Il aurait aimé pouvoir le réconforter, l'aider, trouver les mots pour défendre sa vision de leur relation, mais il ne trouva rien de beau à dire. Les mots n'avaient jamais été son fort et faire du social encore moins. Il comprenait néanmoins ce que le jeune homme voulait dire car il ressentait la même chose. Quand bien même, il ne pouvait s'empêcher de croire qu'il se faisait des illusions. Bien que lui aussi en ait envie, il savait que ce n'était pas encore l'heure pour eux de vivre pleinement ce qu'ils avaient commencé.

Il se laissa le temps de la réflexion puis s'avança vers le jeune homme. Lentement, il s'agenouilla devant lui afin de pouvoir placer son menton sur sa cuisse. Il leva ses beaux yeux turquoise dans sa direction et croisa l'ambré quelque peu humide du jeune homme. Son regard en cet instant était un véritable crève-cœur, et pourtant il trouva la force de lui dire :

_On s'ra jamais un couple normal. Pour ça, faudrait p'tet' commencer par êt' un couple, pour l'instant c'est pas possible, expliqua-t-il calmement.

Il tentait de capter le regard du plus jeune mais ce dernier refusait de croiser ses yeux perçants. Il l'écoutait religieusement certes, mais d'un côté il sentait que Grimmjow lui faisait comprendre qu'ils ne pourraient pas être comme tout le monde pour l'instant. Ichigo le savait, bien évidemment. Il ne voulait pas qu'il lui dise là tout de suite qu'il allait tout abandonner et qu'ils mèneraient une vie normale comme tout japonais banal, non. Il voulait qu'il lui laisse un espoir, une porte ouverte pour qu'ils puissent avoir un avenir. C'était tout ce qu'il voulait : un espoir.

_Et même si on y arrive, j'peux que t'faire la promesse d'essayer et tu l'sais. C'qui est certain c'est qu'toi et moi ça s'ra pas facile, si t'espère pouvoir vivre avec moi normalement vaut mieux oublier l'idée... Aux yeux des gens j'serais jamais innocent, c'est comme ça. Tout c'qui m'intéresse c'est qu'à tes yeux j'le sois.

Ichigo inspira profondément et acquiesça d'un signe de tête. Bien sûr que pour lui il était innocent. C'était bien la seule chose dont ils pouvaient être certains tous les deux. Ce n'était pas dans son caractère d'hésiter de cette façon et d'être si craintif quant à l'avenir, mais il tenait plus à Grimmjow qu'il ne se le laissait croire. La façon dont il se torturait les méninges pour lui était tout à fait nouveau. Mais cela ne faisait que prouver à quel point il comptait maintenant dans sa vie. Oui, il était sa muse, mais il était aussi bien plus. Celui qui maintenait sa tête hors de l'eau, celui qui lui permettait de continuer son travail, qui enrichissait ses journées de sa présence. Grimmjow était peut-être un yakuza, il était peut-être un ex-prisonnier, un évadé dangereux et un homme qui ne savait ni lire ni écrire mais jusqu'à présent, Ichigo n'avait jamais rencontré quelqu'un comme lui. Personne ne lui avait autant apporté que cet individu si hors du commun.

Il aurait voulu le lui dire, lui avouer toutes ces vérités. Mais il ignorait si c'était le bon moment, il n'avait d'ailleurs jamais su choisir ce fameux "bon moment" pour avouer ses sentiments. Y avait-il seulement un bon moment pour cela ? Pour avouer ses sentiments ? C'était une illusion romantique, n'est-ce pas ? Lui-même, en tant qu'auteur n'avait jamais surpris ses personnages à s'interroger sur la véracité de l'existence de cet instant si précieux. Pour lui, rien n'était mieux que la spontanéité, et pourtant il hésitait maintenant. Il voulait le lui dire, qu'il était tombé amoureux de lui mais qu'il ne voulait pas l'effrayer. Après tout, Grimmjow n'était peut-être jamais tombé amoureux, lui. Comment pourrait-il le savoir s'ils ne partageaient pas ce genre de choses. Ils n'en avaient jamais parlé, même si pour lui il était évident que le bleuté éprouvait quelque chose qui s'apparentait à de la tendresse pour lui. Ce n'était pas anodin qu'il l'appelle « Amour » et pourtant, se rendait-il seulement compte à quel point son cœur battait pour lui ?

Avec Shuuhei, tout avait été si facile. Le brun lui avouait avoué presque immédiatement qu'il avait craqué pour lui, qu'il ne cessait de penser à lui, qu'il le désirait plus qu'il n'avait jamais désiré quiconque. Ichigo n'avait rien eu à faire, ou presque. Hisagi s'était ouvert à lui naturellement. Mais Jagegrjack était un homme plus mystérieux et beaucoup moins éloquent, même si au fond ces deux-là n'étaient pas si différents sur le plan moral. Ichigo savait qu'il était face à un personnage qu'il ne maitrisait pas encore totalement, qu'il fallait mieux appréhender que croire au fond de sa poche.

Grimmjow se releva, s'écartant de lui pour terminer de boutonner sa chemise. Kurosaki ne put se résoudre à lui dire ce qu'il ressentait. Il ne voulait tout simplement pas le braquer, même si c'était idiot à bien y penser. Et puis, les mots étaient-ils donc si importants ? Il avait plus envie de voir Grimmjow le lui exprimer à l'aide d'actes, comme accepter d'abandonner Aizen pour tenter de vivre sa vie avec lui. S'il abandonnait les yakuzas, cette action serait certainement plus lourde de signification que tous les mots de la terre. Alors il fallait mieux attendre, rester muet et garder enfouit ses sentiments afin de pouvoir les lui dire lorsqu'il aurait fait ses preuves. Il attendrait que Grimmjow soit "prêt" lui-même à lui faire des confidences. Brusquer les choses ne servait à rien; la preuve en était sa relation complètement foirée avec Shuuhei. Être sincère avec ses sentiments était certes très réconfortant et ça soulageait énormément, mais ça ne faisait pas tout. Sinon, il serait encore avec lui et ils n'auraient jamais vécu cette fin de relation chaotique.

_J'prends mes d'voirs ? Demanda Grimmjow en ouvrant la porte, pointant du pouce le salon derrière lui.

_Hein ?

Ichigo releva vers lui des yeux interrogateurs et fronça légèrement son front d'incompréhension.

_Mes d'voirs, répéta-t-il avec un petit sourire. Si j'veux progresser faut que j'finisse mes lignes d'kanji, nan ?

_Mph... Oui, si tu veux.

_J'aurais bien l'temps d'main.

L'écrivain acquiesça silencieusement et ramena ses genoux contre son torse, de manière renfrognée. Grimmjow l'observa, une main sur la poignée de la porte et resta figé sans pouvoir faire un pas. Comme s'il hésitait à quitter cette pièce, il demeura quelques instants à fixer l'attitude esseulée d'Ichigo. Pour tout dire, il n'avait pas vraiment envie de retrouver Aizen maintenant, il aurait préféré rester ici. Mais il savait aussi que reculer l'échéance n'était pas une solution, et puis Kurosaki était un grand garçon il s'en remettrait, n'est-ce pas ?

_Dis-moi que tu viendras demain soir, Grimmjow.

Le ton presque autoritaire de la voix d'Ichigo, qui s'adressa à lui par surprise, le fit tiquer. Il serra entre ses doigts la poignée froide qui se réchauffa à son contact et baissa ses yeux sur ses pieds nus quelques instants. Il soupira, se rendant compte qu'éviter ce genre de sujet avec lui était peine perdu. Ne jamais oublier que ce type était plus intelligent et subtil qu'il ne le serait jamais...

_Si tu ne viens pas... je considérerais que tu n'as pas envie d'être avec moi.

_Ichi...

_Non, il n'y a pas de "Ichi" qui tienne ! Répliqua-t-il en le fusillant du regard. Je sais qu'on s'est déjà disputés à ce propos, et même que tu as tenté de me réconforter sur notre avenir. Mais... si tu ne viens pas à la réunion demain soir, je considérerai que tu ne veux pas agir contre Aizen, et que tu n'as pas envie qu'on soit ensemble. Ça fait partie d'un tout, Grimmjow. Si tu n'agis pas contre lui, toi et moi... il n'y aura jamais de toi et moi.

Jaggerjack hocha la tête, bien sûr qu'il le savait. Mais il n'avait pas envie d'aborder ce sujet une fois de plus. Ichigo avait cruellement besoin d'une preuve de sa part, mais il ne savait comment la lui donner. Il ne voulait pas tout jeter par la fenêtre, loin de là, surtout qu'il savait ce qu'il devait au jeune homme. Choisir n'avait jamais été le fort de Grimmjow, il n'avait jamais été très doué pour discerner ce qui était le mieux pour lui. Et faire un choix entre Aizen et Ichigo était définitivement l'un des tournants de sa vie. Et il n'avait plus qu'une journée pour y réfléchir, vu l'ultimatum que Kurosaki venait d'exposer. S'il ne se montrait pas le lendemain à la réunion « anti-Aizen » qui se tiendrait ici même, alors c'était qu'il avait choisi de devenir l'ennemi d'Ichigo.

_La balle est dans ton camp.

C'était aussi simple que ça.

Le bleuté acquiesça silencieusement et ne tarda pas à tourner les talons. Il sortit de la chambre et referma la porte derrière lui. Puis, sans s'éterniser, il attrapa son cahier d'exercices d'écriture déposé sur la table basse et déguerpi sans demander son reste. Il faisait nuit noire dehors lorsqu'il sortit de l'immeuble et il rejoignit la rue en se dissimulant derrière de grandes lunettes fumées. Et même si sa démarche était pressée et son allure assurée, il était plus préoccupé que jamais...


- Le lendemain - Banlieue de Tokyo -

Ichigo avait enfilé de ce qu'il avait de plus austère sur le dos. C'était une journée un peu particulière pour lui, une journée de recueillement mais aussi tournée vers le passé. Son dernier enterrement remontait à très loin, et il s'était toujours solennellement promis de ne plus jamais revivre une telle épreuve. Avoir enterré sa mère alors qu'il était si jeune lui laissait un souvenir très amer. Pire que cela, il en avait conservé une phobie des cimetières. Ainsi, il n'y avait plus jamais mis les pieds. Et aujourd'hui, il parvenait à remettre ce principe en cause pour Grimmjow. Son amour pour lui était-il aussi important qu'il transgressait ce qu'il s'était promis plus de vingt ans auparavant ? Il l'ignorait, mais en tout cas il était décidé. Et ce ne fut pas la vue des hauts murs du cimetière qui le firent reculer, au contraire.

Ichigo se rendait compte que ses intentions n'étaient pas forcément les meilleures en mettant un pied dans ce cimetière. Il avait toujours appris à respecter ces lieux, à respecter le deuil des autres et à prier pour les défunts. Et dire qu'il était là parce qu'on mettait en terre l'une de ses plus veilles amies. Nell, la fille de Barragan, alias Monsieur le Maire, n'avait sans doute pas mérité une telle fin. Ni un tel battage médiatique. Ichigo s'en voulait, parce qu'il regrettait la mort de cette amie avec qui il avait été si proche pendant ses études, et il ne pouvait tout simplement la laisser comme une vulgaire victime de Grimmjow. Mieux que cela, il voulait rétablir la vérité sur sa mort pour – en quelque sorte – lui rendre un petit hommage. A sa manière.

Il n'était donc pas seulement venu ici par devoir envers son amie, ni même pour tenter de discuter avec le Monsieur le Maire et lui faire cracher quelques indices. Il était aussi venu par curiosité, et par incompréhension. En effet, l'enterrement avait été programmé peu de temps après la mort de Nell. Pourtant, vu l'état des choses et l'enquête en cours le corps avait fait l'objet d'une autopsie. Dans les procédures policières, surtout en matière d'homicide comme ici, les autopsies ne scellaient pas le devenir d'un cadavre. Autrement dit, ceux-ci n'étaient pas tout de suite mis en terre, même si la famille le demandait. Au contraire, ils étaient conservés à la morgue jusqu'à la clôture de l'enquête.

Dans ce cas-ci, même si le coupable avait été tout désigné, aucun juge et aucun tribunal n'avait désigné coupable aux yeux de la loi Grimmjow. Autrement dit, l'enquête n'était nullement close. Et pourtant, tout avait été orchestré afin que le pauvre Maire puisse enterrer sa fille et faire son deuil. C'était trop rapide... Ichigo le savait bien. Même Shuuhei en avait convenu, et s'était mis à imaginer des scénarios fantasques en se demandant si l'enquête ne serait pas close très rapidement. Ils savaient tous deux que tout ce qui intéressait maintenant Barragan et Yoruichi, la commissaire, était d'attraper Grimmjow - mort ou vif.

Mais il y avait encore de l'espoir, lui avait rappelé Hisagi. Yoruichi était certes celle qui dirigeait le commissariat mais elle n'était pas là depuis longtemps, et dans ce genre d'administration les nouveaux ne sont pas vus d'un bon œil surtout lorsqu'ils sont hauts gradés. Shuuhei avait ses habitudes et dans un commissariat les agents étaient fidèles à celui qui les soutenait depuis longtemps. Ils étaient nostalgiques et respectaient bien plus le jeune inspecteur avec qui ils avaient traversé tant de crises que cette commissaire autoritaire qui avait de suite fait souffler un vent de rigueur sur la petite communauté de policiers. De ce fait, il avait ses entrées et notamment avec les médecins légistes de la criminelle auprès desquels il était intervenu pour demander les rapports d'autopsie de Nell. Avant qu'ils ne se retrouvent entre les mains de sa supérieure.

Mais ce n'était pas le genre de Kurosaki de rester les bras croisés. Comme ses héros de roman il n'était pas le type d'homme à laisser celui qu'il aimait sans le défendre. Aussi, il avait l'intention de confronter Barragan et il était certainement le seul à pouvoir le faire. Nell s'était souvent confiée à lui lorsqu'ils étaient étudiants; combien de fois l'avait-il entendu dire qu'elle et son père n'entretenaient pas des relations très tendres ? Elle avait tout tenté pour se rapprocher de lui mais il restait insensible au possible. Elle en avait été très perturbée pendant sa jeunesse, et tout comme elle, Ichigo avait grandi sans n'avoir vraiment connu sa mère. Ils s'étaient rapprochés avec tant de points communs : un père submergé de travail, une mère décédée alors qu'ils étaient très jeunes et une volonté de continuer à vivre une vie des plus normales.

Ichigo connaissait de ce fait bien la vie privée du Maire, et sa relation passée avec sa fille. Il se considérait donc bien placé pour pouvoir interroger le Maire de façon détournée afin d'en connaître plus sur ses sentiments concernant la mort de sa fille. Bien entendu, perdre un enfant était horrible. Mais Barragan en avait trop fait, et étant donné qu'il n'avait jamais vraiment fait quoique ce soit pour elle pendant qu'elle était en vie... il ignorait si c'était pour se racheter ou bien si c'était pour amuser les médias.

La procession était déjà parvenue jusqu'au cimetière lorsqu'Ichigo rejoignit la longue file habillée de noir. Il portait un costume sombre d'un grand couturier, qu'il avait retrouvé par hasard au fond d'une armoire. Il ne l'aurait certainement pas mis, seulement Grimmjow avait férocement insisté. Et son argument avait été des plus censés : s'il voulait que Barragan le prenne au sérieux il devait en donner l'impression. Et s'habiller élégamment, mais sobrement, pour l'enterrement d'une de ses amies était tout à fait recommandé.

Ichigo avait hésité avant de se rendre à l'enterrement de Nell. D'une part parce qu'il ignorait s'il avait sa place ici, parmi tous ceux qui l'avaient certainement mieux connu que lui. Et ensuite parce qu'il craignait qu'on ne l'interroge sur Grimmjow. Ou plutôt que Monsieur le Maire, alias le père de la défunte, n'emprunte le terrain glissant de son amant. Certes, il était extrêmement doué pour trouver des pirouettes, finir un dialogue sur un coup de maître mais ça le mettait mal à l'aise. Malheureusement, il n'avait pas vraiment le choix, s'il voulait que sa petite sortie ce jour soit productive.

Il stoppa bientôt ses pas, se détachant de la procession qui rejoignait la future sépulture de Nell. Le petit groupe forma un cercle autour de l'endroit et attendit que le cercueil soit abaissé dans le trou creusé à cet effet. S'en suivit une scène banale de condoléances souhaitées à la famille, quelques discussions à voix basse, des fleurs placées dans la tombe par les amis de la famille et quelques personnes commencèrent à rebrousser chemin dans un silence mortuaire de circonstance.

Ichigo observa l'endroit se vider peu à peu, il n'avait pas trouvé judicieux de se joindre aux condoléances. Il préférait observer de loin et remettre à plus tard son recueillement sur la tombe de sa défunte amie. Mais la mort de Nell était une tragédie qu'il ne pouvait oublier. Barragan était Maire certes, mais le meurtre de sa fille était un acte abominable... Même si cela l'aidait à regagner des points de sondage auprès des citoyens.

Le Maire se retrouva bientôt seul devant la tombe fraichement creusée de sa fille défunte. Alors que deux employés du cimetière s'attelaient déjà à recouvrir de terre le cercueil déposé au fond de sa tombe, il resta là, les mains jointes devant lui en signe de recueillement. Ce fut le moment que choisit Ichigo pour faire son entrée auprès de l'homme politique. Il ne voulait pas non plus paraître tel un goujat irrespectueux, aussi il avait travaillé les premiers mots qu'il dirait à cet homme. Il se plaça à ses côtés sans un bruit, observant le cercueil d'acajou disparaitre sous la terre et inspira profondément avant de lancer d'une voix faible :

_Elle était très certainement la citoyenne qui vous était la plus loyale.

Au son de sa voix, le Maire sursauta légèrement. Se croyant seul, il se laissa surprendre par la présence de l'écrivain à ses côtés et commença à s'agiter. Sa tête tourna dans tous les sens à la recherche d'il-ne-savait-quoi et planta enfin ses yeux meurtriers sur le beau profil du jeune homme.

_Qu'est-ce que vous foutez ici ?

_Ça me semble logique, répliqua l'orangé en haussant les épaules. Je suis venu dire au revoir à une amie. Lui rendre hommage… c'est la moindre des choses, n'est-ce pas ?

Sur ces mots, il tourna son visage dans la direction du vieil homme et croisa ses yeux surpris. Ils s'observèrent étroitement, mais Kurosaki savait qu'il détenait l'ascendant psychologique à cet instant. Son regard lui criait « je sais que Grimmjow ne l'a pas tuée, et je découvrirai la vérité ». Barragan sembla le capter car il détourna soudainement les talons et s'éloigna rapidement comme s'il fuyait une tempête. Ses yeux continuaient à fureter un peu partout autour de lui, sans doute à l'affut du moindre journaliste venu immortaliser l'enterrement de sa fille. Il n'avait aucune envie qu'on le photographie avec Kurosaki Ichigo à cet instant, ça n'aurait fait qu'amener de l'eau au moulin et il n'en avait pas besoin.

Mais le roux était bien plus malin que cela, et rattrapa le Maire en un rien de temps. Quelques foulées rapides lui suffirent pour revenir à ses côtés, et il se planta devant lui pour barrer son chemin.

_Vous ne croyez pas qu'elle mérite la vérité ? Que dire la vérité serait lui rendre un réel hommage ? Reprit-il en serrant les poings, la conviction animant son visage.

_Qui êtes-vous pour me dire quoi faire ? Jeta l'homme aux cheveux blancs en lui lançant un regard empli de haine. Vous êtes l'envoyé de ce monstre qui a tué ma fille !

Barragan pointa un index accusateur sur la poitrine de Kurosaki, mais ce dernier ne s'en formalisa pas. Son regard soutint celui de l'élu, plus convaincu que jamais :

_Qui essayez-vous de convaincre ? Vous ou moi ? Nell vous aimait beaucoup et vous n'avez jamais été capable de comprendre qu'elle aurait tout fait pour vous faire plaisir. Et aujourd'hui, vous lui mentez jusque dans l'au-delà ?

_Vous…

_Elle aurait tout fait pour vous, même si elle n'était pas votre fille biologique...

Les yeux de l'homme s'écarquillèrent et il se figea, observant étroitement l'écrivain qui tentait de faire mouche. Et il semblait bien y parvenir à voir l'attitude tout à fait estomaquée de Barragan. Ne sachant quoi faire ni quoi à répondre à la divulgation de ce secret qu'il pensait enterré avec sa fille, le Maire tenta de dissimuler un geste nerveux. Ichigo échappa un petit rire qui se voulait moqueur :

_Vous avez cru que Nell était une parfaite imbécile ? Elle le savait depuis longtemps, seulement elle avait trop peur de vous perdre. Alors elle n'a jamais abordé le sujet avec vous.

_Qu'est-ce que vous voulez ? Cracha-t-il de manière désagréable. Détournez-vous de mon chemin !

Il semblait mal à l'aise, presque pressé de déguerpir. Peut-être parce qu'il craignait d'être surpris par un quelconque journaliste, et c'était bien ce qu'Ichigo attendait. Mais il ne voulait commettre aucun impair, sinon tout lui reviendrait en pleine figure tel un boomerang.

Kurosaki allait embrayer lorsqu'une voix féminine le devança et s'éleva de derrière lui :

_Tout va bien, Barragan-sama ?

Ce fut au tour d'Ichigo d'être décontenancé. Il se retourna et se retrouva face à deux grands yeux félins, plantés sur un visage féminin anguleux à la peau brune. De longs cheveux foncés aux reflets prune tombaient en cascade dans le dos de la nouvelle venue et l'une de ses longues mains agiles était plantée dans son dos.

_Tout va bien, merci, s'empressa de répondre le Maire. Tu peux te…

_Je crois au contraire que vous avez besoin de moi, Monsieur, renchérit-elle en jetant un regard mauvais en direction d'Ichigo.

Ce dernier observait étroitement la jeune femme, qu'il reconnut comme étant Yoruichi Shihoin, la commissaire et supérieure de Shuuhei. Il ne l'avait certes jamais vu mais il avait entendu tant de descriptions d'Hisagi qu'il aurait pu la reconnaître entre mille. C'était bien sa veine, lui qui avait tant tenté de comprendre cette jeune femme et son implication dans les affaires de Barragan, il avait une occasion en or ! Et il n'allait pas la rater.

_Vous craignez peut-être que je ne me venge ? Lança Kurosaki en se rapprochant de Barragan. Que je vais le tuer ?

Il leva un sourcil et fit semblant d'avancer sa main en direction de l'intérieur de sa veste, pour donner l'illusion qu'il allait en retirer une quelconque arme. Et sa manœuvre ne manqua pas. Yoruichi mordit à l'hameçon et la main qu'elle gardait dans son dos sortit tout à coup de sa cachette, brandissant une arme qu'elle pointa directement sur la tête du roux.

Kurosaki sursauta en se retrouvant nez-à-nez avec le canon de l'arme. Pendant quelques instants, son cœur se mit à battre la chamade et il regretta d'en être arrivé là. Même si c'était ce qu'il avait cherché depuis le début, il comprenait maintenant que cette femme était dangereuse. Elle n'était pas seulement une sorte de garde du corps pour le vieil homme...

Barragan s'interposa soudain, comme s'il désapprouvait le geste de la jeune femme. Il posa sa main sur l'arme braquée et obligea Yoruichi à l'abaisser, puis à la ranger.

_Ça suffit ! Lança-t-il entre ses dents. Je sais que les journalistes ont été refoulés et que le périmètre est vierge de tout appareil photo, mais... Yoruichi !

Il se pencha vers elle et lui glissa quelques mots dans le creux de l'oreille. Ichigo ne doutait pas qu'il s'agisse d'une remontrance, mais il n'avait que faire de ces deux-là se disputant. Il avait obtenu ce qu'il était venu chercher, il n'avait plus rien à faire ici :

_Quoiqu'il en soit, Monsieur le Maire, reprit-il en attirant à nouveau l'attention du vieil homme sur lui. Vous aurez compris que je ne compte pas vous laisser salir la mémoire de Nell. Et que ça me prendra peut-être une éternité mais j'arriverai à prouver que Grimmjow est innocent.

Yoruichi fronça les sourcils mais ne répliqua pas. Quant à Barragan, il se contenta de hausser le menton et de toiser du regard le jeune auteur qui recula d'un pas pour s'éloigner d'eux. Sans être retenu, le jeune homme rebroussa chemin à travers les allées étroites du cimetière. Il parvint ensuite à la sortie et accéléra ses pas drastiquement une fois passé les grilles. Tout à coup, il craignait ce que cette femme était capable de faire. Shuuhei l'avait décrite comme une femme extrêmement habile et possédant un sang-froid à toute épreuve et il en avait eu la preuve ce jour. Et il n'était définitivement pas rassuré. Avoir Barragan comme ennemi était un fait, savoir qu'il avait de son côté une femme comme elle était autre chose.

Il longea le cimetière tout en remontant la rue déserte de toute circulation. Gardant une attention toute particulière derrière lui pour s'assurer que personne ne le suivait, il se retrouva bientôt à un carrefour et tourna sur la droite où il s'engouffra dans une petite impasse sombre. Les mains fourrées dans les poches et l'allure pressée, il n'attira l'attention d'aucun passant et disparut incognito dans la petite rue.

Garée non loin, une voiture tout à fait banale lui barra bientôt le chemin. Nullement inquiété, Ichigo contourna le véhicule pour en ouvrir la portière. Il s'empressa de grimper dans l'engin et claqua la porte derrière lui. Il se laissa tomber contre le siège passager et poussa un profond soupir tout en fermant ses yeux avec un soulagement non dissimulé. Il n'eut guère le temps de se reprendre cependant, puisqu'un épais dossier fut jeté sur ses cuisses. Surpris, Kurosaki posa ses yeux sur le dossier beige qui reposait sur ses jambes puis jeta un œil en coin au conducteur du véhicule. Celui-ci déposa son gobelet de soda dans le repose-verre près du tableau de bord et passa une main dans ses cheveux noirs corbeau :

_Walther p88, calibre 9. Gaucher, très précis, une seule balle tirée.

Le roux fronça les sourcils et prit en mains le dossier qu'il ouvrit pour en parcourir les premières pages. Une main sur le volant et l'autre sur le levier de vitesse, Shuuhei observait la rue devant eux, attendant patiemment le dernier membre de leur équipe, et surtout surveillant qu'aucun toutou de Barragan ou même de Yoruichi ne les prenne en flagrant délit.

_Bordel de..., s'esclaffa soudain Ichigo en arrondissant les yeux.

_Espérons que Rukia a fait de bons clichés ! Rajouta Hisagi en hochant la tête.

A cet instant, la portière arrière du véhicule s'ouvrit et Rukia s'engouffra à l'intérieur. Poussant un cri à moitié entre la victoire et la jouissance, la jeune femme retira la casquette des employés du cimetière et la jeta sur la banquette arrière. Ébouriffant ses cheveux et réprimant un énième éclat de rire, elle glissa une main à l'intérieur de la blouse qu'elle portait, ornée d'un écusson "Cimetière de la ville de Tokyo" et en sortit son appareil photo numérique.

_Roule, Shuuhei ! Lança alors Ichigo en reportant son attention sur le conducteur.

Hisagi avait déjà mis le contact et ne se fit pas prier. La voiture avait certes des vitres teintées mais il savait aussi que si Yoruichi les retrouvait, elle aurait tôt fait de savoir à qui appartenait cette voiture. Et Shuuhei savait qu'elle ne tarderait pas à savoir qu'il avait emprunté ce bolide à l'un de ses collègues. Sur les chapeaux de roue, la voiture sombre quitta sa planque et s'engagea dans la circulation dense de la fin de matinée.

Pendant ce temps, Rukia avait extrait de son appareil photo la puce électronique et la tendit à Ichigo qui s'empressa de l'encastrer dans sa tablette numérique dernier cri. Aussitôt, les images prises par Rukia s'affichèrent à l'écran et Ichigo les observa avec attention.

_C'était vraiment la planque du siècle, Capitaine ! Lança Rukia en jetant un large sourire en direction d'Hisagi dans le rétroviseur. Ils n'y ont vu que du feu ! Cet uniforme, cette casquette et avec une pelle dans les mains, ils ont vraiment cru que je rebouchais le trou de cette tombe ! Je suis même pas certaine que Ichi m'ait reconnu...

Elle était visiblement ravie d'avoir participé à cette opération. Personne n'avait remarqué qu'elle était l'une des employés rebouchant le trou de la tombe de Nell lorsqu'Ichigo avait abordé Monsieur le Maire. A seulement quelques mètres d'eux, il avait été aisément simple de prendre des clichés discrètement tout le long de leur conversation, son mini appareil photo numérique caché dans la large manche de sa blouse d'employé municipal. Et elle était fière de ses photographies.

_Bordel ! S'écria tout à à coup Kurosaki.

_Quoi ? Quoi ? S'enquit Shuuhei tout en tentant de garder un œil sur le route. Quoi ?!

_Rukia, t'es la meilleure ! Lança le jeune homme en brandissant devant la petite brune son écran tactile.

_Quoi ?! Répéta Shuuhei qui ne pouvait malheureusement pas prendre part à leurs observations.

Ne prenant pas la peine d'attendre la réponse plus longtemps, le conducteur pila et arrêta la voiture sur le bord de la route. Il arracha des mains d'Ichigo la tablette numérique et fixa le cliché qui enthousiasmait ses deux accompagnateurs. Il dodelina de la tête :

_Alors, qu'est-ce que tu veux faire maintenant, Ichi ? On balance ça aux médias ? Questionna-t-il en désignant du menton la photo sous ses yeux.

_Si vous me déposez au journal, je peux avoir ce cliché sur le site internet dans une heure, aux infos de ce soir et dans tous les journaux papiers dès demain, embraya Rukia en consultant sa montre avec une moue satisfaite.

Ichigo inspira profondément, son torse se gonflant alors qu'il réfléchissait à ce qui était le mieux à faire. Ses deux amis étaient suspendus à ses lèvres et la photographie de Yoruichi braquant son arme sur lui s'affichait toujours sur sa tablette. Que faire ? Il pouvait déchaîner une réelle tempête médiatique dès ce soir s'il le voulait. Il pouvait faire tomber une commissaire et peut-être même un Maire avec cela...

Et bien plus important encore, il pouvait apporter un début de preuve innocentant Grimmjow du meurtre de Nell.