Titre : Le Roman du Prisonnier
Chapitre : L'évasion du siècle.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Chapitre 23. L'évasion du siècle.
Tandis que Shuuhei et Rukia demeuraient penchés au-dessus de la tablette numérique tout en faisant défiler les photographies, Ichigo restait en retrait. Les traits tirés et les mains jointes dans son dos, il faisait les cent pas au fond de son salon.
Le silence régnait dans le loft de l'écrivain, un silence réflexif. Il avait bien conscience de ce que signifiait cette « opération » menée de concert avec Rukia. Le cliché qui avait immortalisé le commissaire Yoruichi le menaçant d'une arme pouvait être employé à bonne escient. Il pouvait en faire ce qu'il voulait : le vendre aux médias afin de discréditer la commissaire, il pouvait également en plus de cela porter plainte et pourquoi pas emporter dans le scandale Monsieur le Maire qui se trouvait lui aussi sur la photographie.
Sur l'image, ce dernier affichait une mine manifestement grave et ses yeux menaçants brillaient presque d'une lumière machiavélique. Il se tenait aux côtés de Yoruichi, prouvant clairement que les deux étaient ligués contre Ichigo. Au-delà de cette association, on pouvait presque sentir son animosité vis-à-vis de l'écrivain et même des envies meurtrières. Mais cela n'était qu'une interprétation, il doutait que quelqu'un d'autre que lui ou ceux qui le soutenaient y voient là la même chose. Malgré cela, le Maire avait été tout de même témoin de la scène et cela suffisait à pouvoir l'inquiéter.
Bien entendu, une telle photographie pouvait également leur porter préjudice. Barragan n'en resterait certainement pas là et crierait au coup fourré, au piège et même à la photo trafiquée. Mais il ne pourrait le prouver. Pas plus qu'Ichigo ne pourrait prouver que ces deux-là en voulaient à sa vie… Un cliché ne prouvait malheureusement pas grand-chose. Mais…
_L'arme utilisée par Yoruichi sur ce cliché est celle qui a tué Nell.
L'observation de Shuuhei fit l'effet d'une gifle en pleine figure à Kurosaki. Il fronça les sourcils et sentit son cœur accélérer légèrement.
_Co… comment ? Demanda-t-il.
Shuuhei zooma sur le cliché. En ayant prévu ce genre d'éventualité, il avait pris la peine d'installer sur la tablette numérique d'Ichigo le logiciel d'étude de photographie de la police. Et grâce à ce logiciel à la pointe de la technologie, l'arme s'affichait en gros plan, nette et parfaitement visible. La crosse arborait très nettement le numéro de série ainsi que la marque de l'arme et son calibre : les mêmes que l'arme ayant assassiné Nell.
_Est-ce que ça suffira à condamner Yoruichi ? Demanda Ichigo, incrédule. Un simple cliché ?
_Non, répondit Shuuhei. Mais c'est un début ! Ce cliché balancé partout tout le monde va se poser des questions. La presse d'abord qui remettra en cause la culpabilité de Grimmjow. Si le remue-ménage est assez important des politiques peuvent monter au créneau, Barragan est impliqué et une commissaire également. Quelques membres du ministère de la justice demanderont des explications, une enquête approfondie et là nous aurons gagné ! Ce sera la voix de Grimmjow contre celle de Yoruichi.
_Que vaut la parole d'un ex-prisonnier, fugitif recherché contre celle d'une commissaire et d'un Maire ? Questionna le rouquin qui expira bruyamment. Je sais que ce cliché peut tout remettre en cause, mais je pensais que nous pourrions l'utiliser comme preuve !
_J'en doute, lui répondit Rukia, ses yeux braqués sur la tablette numérique. Dans un procès, ce genre de preuve est très vite détruit par une simple remise en question de la police scientifique et des méthodes informatiques.
_Mais…
_Il existe des tas d'armes similaires, le contra Shuuhei, et dans la police en plus. Tu voudrais qu'on vérifie les alibis de centaines de policiers de Tokyo ?
_Pourquoi pas ? Et Yoruichi ne peut pas prouver qu'elle n'était pas là ce soir-là.
_Oh crois-moi, elle trouvera, soupira-t-il, dépité. Elle connaît la loi. Et elle la connait mieux que nous, j'en suis convaincu.
Ichigo hocha la tête et il se surprit à penser à Grimmjow. Ses yeux se fermèrent et il imagina le beau visage masculin de celui qui – il espérait – était devenu son amant. Et même plus. Il aimait parfois à imaginer un quotidien avec lui, et ça semblait tel un rêve inavouable. Il se surprenait à l'espérer vivre chez lui, avec lui à ses côtés, et cet espoir ne cessait de devenir plus fort chaque jour. Il aurait aimé savoir ce qu'il pensait de tout cela, savoir s'il serait heureux, enthousiaste de voir qu'il se battait pour lui. Mais connaissant Jaggerjack, son avis serait plus réservé. Il emmétrait une sorte de réserve en disant que ce cliché ne l'innocentait nullement, et il aurait raison.
L'écrivain se laissa tomber dans son canapé et poussa un nouveau soupir, plus éreinté. Dehors, la pluie battait son plein venant s'écraser contre les baies vitrées de son loft dans un bruit étourdissant. Il aurait presque pu y voir là un signe de mauvais augure. Il détourna ses yeux des intempéries lorsque Rukia le rejoignit et posa une main sur son épaule :
_Tu dois garder espoir, lui dit-elle avec un sourire réconfortant. La réunion apportera plus de réponses et de pistes. Et n'oublie pas que Urahara connait Yoruichi, je suis certain qu'il saura nous aider.
_Et n'oublions pas l'effet de surprise, insista Hisagi en s'appuyant sur le dossier du canapé. Ils ignorent qu'on a ce genre de cliché, ou même que tu peux te servir de ta rencontre avec eux. Ils gambergent… et ça ne peut que nous être profitable.
Ichigo en était également convaincu. Il n'y avait rien de pire que de se demander ce qui allait nous tomber dessus, d'autant plus que Barragan n'était pas si à l'aise que cela face à la mort de Nell. Il l'avait lu dans ses yeux, le Maire n'avait vraisemblablement pas encore fait son deuil même s'il avait ordonné la mort de sa fille. Une culpabilité devait forcément peser sur lui, sinon il ne serait pas humain, pensait justement le rouquin. Il ne pouvait en être autrement.
Mais la question du moment n'était pas de savoir ce que leurs adversaires allaient faire, mais bien ce que eux comptaient faire. Ce cliché représentait une arme, il restait simplement à savoir comment l'utiliser : arme de destruction massive ou bien d'intimidation. Ichigo aurait bien foncé dans le tas, prenant même le risque de déclencher un raz-de-marée incontrôlable mais il se réfréna : il se connaissait plus réfléchi que cela. Il ne pouvait laisser la passion parler pour lui.
_Si le cliché sort, je pourrais accélérer les choses, reprit le brun. Je connais quelqu'un à la police des polices qui pourrait rapidement suspendre Yoruichi en attendant des explications de sa part.
Ichigo leva les yeux sur son ex-amant :
_Et ça nous apporterait quoi de la mettre hors-jeu ?
_Eh bien… Je reprends le commissariat à mon compte, répondit-il en haussant les épaules.
_Et pourquoi faire ? Noyer le poisson ? Non, Shuuhei, elle comprendra et peut-être d'autres comprendront que tu es de mèche. Je ne préfère pas.
_Je ne t'ai pas demandé de me protéger, Ichi.
_Moi non plus ! Je te demande juste de faire attention…
Shuuhei soupira et se releva, se plantant devant la large baie vitrée. De dos il paraissait bien plus imposant que d'habitude. Ichigo avait toujours été frappé par son large dos et ses larges épaules. Mais ce qu'il venait de lui dire l'inquiétait, ou plutôt lui donnait raison sur une chose : Shuuhei était l'homme le plus ambitieux qu'il n'avait jamais rencontré. Et au-delà de tout cela, au-delà de ce Maire véreux, de cette commissaire sans pitié et du prisonnier qu'il aimait il y avait quelqu'un qui lui faisait encore plus peur : Shuuhei. Lui et son ambition étaient tels deux bulldozers lancés à pleine puissance et nul ne pouvait les arrêter.
Et manifestement, il n'était pas le seul à avoir ce ressenti :
_Je suppose que tu te proposes de reprendre le commissariat pour aider Ichigo, dit Rukia sur un air faussement accusateur. Ou bien peut-être que tu as d'autres projets ? Ou que tu te sers de ça pour évincer ta supérieure, que tu n'aimes pas d'ailleurs, et qui pourrait te mettre des bâtons dans les roues pour ta montée en grade. Je me trompe ?
Le jeune capitaine de police pivota sur ses talons. Le regard furieux et le visage tiré par la colère, il ne laissa pas Ichigo prendre la parole pour adoucir les mots de son amie.
_J'ai l'impression de revenir quelques années en arrière, pesta-t-il, quand une certaine petite brune n'a cessé de m'en mettre plein la gueule parce que j'avais raté l'anniversaire d'Ichi. Je passais un putain de concours je te signale et…
_Et ce "putain de concours" tu ne t'en rappelles même plus ! Vociféra-t-elle en pointant sur lui un doigt accusateur. Tu as toujours fait passer tes intérêts professionnels avant tes amis, ou même avant tes amours, Shuuhei ! Comment veux-tu qu'on te croit sincère ?
Ichigo ferma les yeux. Il aurait indéniablement préféré qu'elle ne dise pas de telles choses, et pourtant il n'en pensait pas moins. Mais il connaissait son amie, elle avait toujours reproché – sous le manteau – à Shuuhei ce penchant presque malsain de sa personnalité. Lui aussi ne l'aimait guère mais il se gardait de trop le lui reprocher. Cela faisait partie du personnage il avait toujours connu Hisagi ainsi. Il était doué dans son travail et il pouvait se reposer sur lui et son amitié, mais dès que l'idée de gagner quelques médailles ou d'obtenir un nouveau grade se présentait à lui il devenait pratiquement méconnaissable. Il en avait fait l'expérience plus d'une fois d'ailleurs, et il se devait d'avouer que depuis quelques temps il avait du mal à ne pas le soupçonner de profiter de la situation. L'odeur de la distinction le rendait presque... malsain.
Mais il n'était pas leur ennemi. Tout du moins, pas encore, pensa-t-il avec amertume. Et ce n'était pas d'une discorde dont ils avaient besoin maintenant, mais bien d'unité et d'entraide, il ne pouvait laisser s'envenimer la situation.
_Et vous croyez vraiment que c'est le moment pour vous expliquer, tous les deux ? Lança-t-il en les gratifiant tour à tour d'un regard réprobateur. Moi aussi j'ai des choses à dire, des choses sur le cœur, mais je préfère pour l'instant penser à ce qu'on doit faire, pas au passé ! Si vous avez accepté de m'aider vous le montrez d'une façon bien bizarre !
Et sur ces mots, devant ses deux soutiens bouche bée, il se leva et quitta la pièce. Il se devait de reprendre son calme lui aussi, et s'enferma dans la cuisine. Il se plaça au-dessus de l'évier et reprit sa respiration, calmant ses nerfs et son cœur battant à tout rompre. Si la discorde trouvait son chemin dans leur camp ils n'arriveraient à rien, il le savait. Il fallait qu'ils évitent de se tirer dans les pattes et travailler ensemble ! La moindre mésentente pouvait lui être fatal et révéler son entreprise infructueuse. Et cela passait par les relations entre ceux qui l'entouraient.
Il ne pouvait blâmer Shuuhei de vouloir viser toujours plus haut, mais il lui en voulait d'être toujours aussi égoïste. Il n'avait jamais su quoi faire avec lui : l'aimer passionnément ou se défier de lui profondément. Quant à Rukia, il avait toujours apprécié son attitude d'amie dévouée à prendre son parti quelque soit le conflit, mais il n'aimait guère qu'elle le relègue au rang de simple spectateur incapable de se défendre seul. Était-ce donc ce qui faisait l'amitié ? Admirer quelqu'un et en même temps le redouter ?
Ce n'était pas pareil avec Grimmjow. Il ne pouvait détester la moindre chose en lui. Il préférait considérer son implication yakuza comme une erreur de parcours plutôt que comme un défaut avoué. Il le défendait même dans ses propres pensées, il ne pouvait admettre qu'une seule chose en lui pouvait le dégouter. Il ferma les yeux, ses mains fermement accrochées au carrelage de l'évier plus bas. L'air qui empli ses poumons était frais et humide et les grosses gouttes de pluie ruisselaient sur la vitre de la fenêtre juste en face de son visage. Les gouttes glissaient, roulaient sur la surface lisse comme si la fenêtre pleurait. Et pourtant, lorsqu'il y plaça un doigt, le verre était glacé mais sec. Tout comme lui elle avait deux facettes, à l'intérieur il pleurait mais à l'extérieur ses yeux étaient plus secs que le désert. Un personnage public de premier plan se devait de contrôler ses émotions. Oh il le savait plus que bien et il l'avait bien appris, à ses dépends. Et ce n'était qu'en présence de Grimmjow qu'il arrivait à casser cette vitre et à laisser les gouttes d'eau ruisseler sur son visage. Avec lui, il se sentait libre de pleurer comme de rire...
Il ne lui restait plus qu'à attendre désormais, attendre le reste de l'équipe. Il poussa un soupir et se demanda s'il le rejoindrait ce soir. S'il ne venait pas, il aurait bien tout le mal du monde à dissimuler sa grande déception. Serait-il seulement capable de se concentrer face à Urahara, Kensei, Shinji et les autres ? Non, sans Grimmjow toute cette entreprise n'avait plus aucun lieu d'exister, aucun but. Et pourtant, se résignerait-il à abandonner, lui qui n'avait jamais tourné le dos à ses décisions ? Il en apprendrait peut-être plus sur lui-même que sur Yoruichi ce soir…
La porte de la cuisine s'entrouvrit dans un léger souffle et il se tourna rapidement, découvrant le visage de Shuuhei – inquiet et gêné – par l'entrebâillement. Ichigo soupira, voulant montrer son mécontentement mais le brun feignit de ne pas le saisir.
Il pénétra dans la pièce et referma soigneusement la porte derrière lui. Puis, il avança jusqu'à lui et s'accouda au plan de travail à côté de l'évier. Kurosaki ne lui montra pas un semblant d'intérêt et attendit qu'il parle, ce qu'il fit quelques secondes plus tard après s'être raclé la gorge :
_Je sais que ce que Rukia a dit est vrai mais…
_Alors, tu l'avoues ? Le coupa Ichigo sans dissimuler son étonnement. Tu avoues être cet individu égoïste et profiteur ?
Il tourna son visage dans sa direction et observa le profil grave de son ex.
_Ichi, tu me connais quand même, non ? Je le suis égoïste certes, mais d'une manière plus mesurée… Tu ne me l'as jamais reproché pourtant !
_Non. Parce que je savais pertinemment que ça ne servirait à rien d'en parler. Tu ne changerais pas pour autant.
C'était malheureusement vrai, pensa Shuuhei en baissant les yeux. Mais sa personnalité et son but dans la vie n'était pas la raison de sa présence à ses côtés.
_Je voulais te dire, malgré tout ce que j'ai pu dire, tout ce que j'ai pu faire et même penser… je respecte tes sentiments. Je respecte ce que tu éprouves pour lui. Pour Grimmjow.
Ichigo tourna ses yeux dans sa direction et perça son regard. Il y chercha une lueur de mensonge mais n'en trouva aucune. A la place y régnait l'honnêteté et la vérité comme rarement il avait pu les croiser dans ces prunelles aussi noires que la nuit.
_Et quoiqu'il arrive avec lui, ce que tu décideras, je serai là pour toi. Je suis peut-être égoïste comme le dit Rukia ou comme tu le penses tout bas mais il y a une chose pour laquelle je ne ferai jamais preuve d'égoïsme : c'est pour toi. Je serai toujours de ton côté. Toujours.
Ça, Ichigo le savait et un certain Grimmjow ne pouvait pas en dire autant. Shuuhei avait été l'amant, aujourd'hui il était l'ami fidèle. Le meilleur. Et il ne pouvait rêver mieux pour affronter cette situation, mais s'il lui connaissait certains défauts, qui n'en avait pas ? Lui-même était obstiné, cœur d'artichaut et fichtrement égoïste en amour à ne penser qu'à son Grimmjow. Il ne pouvait définitivement pas lui en tenir rigueur, à lui, Shuuhei.
Il le savait aussi sincère et ce fut pour cela qu'il se tourna dans sa direction et lui adressa l'un de ses sourires rassurés, presque enfantin. Leurs yeux se croisèrent et le jeune écrivain ne put s'empêcher de se sentir à nouveau gonflé d'un courage énorme, car il en avait conscience : sans le courage de cet homme il n'aurait jamais été bien loin.
_Merci, Shuuhei, lui souffla-t-il en l'enlaçant tel un ami de toujours.
Le capitaine de police lui retourna son étreinte sans rien ajouter. Mais Ichigo n'en avait pas besoin, il avait déjà tout dit et son soutien lui faisait bien plus plaisir qu'il ne le laissait entendre. Quelque part, il avait su que Shuuhei le soutiendrai toujours mais ce genre de pensées on n'y croit jamais vraiment. Et voilà qu'il le lui avouait de vive voix et ne rechignait devant aucun cliché. Se pourrait-il qu'il ait tiré un trait sur eux, qu'il soit passé à autre chose ? Se demanda le rouquin avec un certain contentement. Et pourtant, une petite pointe au fond de son cœur lui laissait entendre qu'il n'en était pas satisfait.
Il n'osa pas lui poser la question, par pure appréhension certainement. Par peur de sa propre réaction peut-être. Il n'aurait su dire.
_Je parlerai à Rukia, lui assura-t-il en se séparant de lui, mettant de côté ses pensées. Elle est comme moi, je sais qu'elle ne t'en veut pas vraiment.
_Je pense que tu vas gaspiller ta salive. On la connait toi et moi, seul le temps pourra apaiser ses doutes.
_Peut-être…
Shuuhei inspira profondément et porta son regard sur sa montre :
_Il faut que j'aille travailler, soupira-t-il en haussant ses sourcils. Souhaite-moi bon courage, Yoruichi va certainement me parler de toi.
Il échappa une grimace qui en disait long sur son état d'esprit. Mais Ichigo se contenta de lui donner une tape réconfortante sur l'épaule et de lui sourire à nouveau, de cette façon si douce qu'il avait toujours adoré. Et cela suffit à donner au policier du baume au cœur.
- Commissariat de police de Tokyo –
Dès qu'il poussa la porte vitrée du commissariat, Shuuhei sut que cette journée resterait dans les annales. En bien comme en mal.
On lui fournissait de-ci de-là des accolades de félicitations, des sourires avisés, des attentions qu'il n'aurait pas méritées en temps normal. Puis, en pénétrant son bureau, son nouveau et rutilant badge de capitaine de police trônait sur la surface de bois noire. Pas de cérémonie ? C'était bien la punition que lui imposait Yoruichi ? Qu'en avait-il donc à faire tant qu'il recevait son insigne et qu'il passait le grade supérieur ? Il fronça les sourcils en triturant l'objet de ses envies. Qu'il se trouve déjà en sa possession était forcément un message... Mais de qui ?
En levant les yeux de son beau badge brillant, il remarqua une silhouette sombre plantée devant la fenêtre. Il n'en fut pas étonné, pas plus qu'il n'en éprouva une appréhension quelconque. Un intrus dans son bureau... qui n'était pas vraiment un intrus. Comme à son habitude, la carrure était impressionnante au premier coup d'œil et le regard vif et tranchant malgré les rides qui l'entourait. Le sourire chaleureux lui, n'était pas du chiqué. Kyouraku Shunsui avança jusqu'à lui, les mains dans le dos et la mine réjouie :
_Des félicitations s'imposent. Capitaine, dit-il en lui tendant une main robuste que Shuuhei serra.
_Merci, monsieur.
Sa présence ici n'avait rien d'une coïncidence avec celle du badge. Ce n'était pas Yoruichi qui s'était au final battue pour qu'il gravisse les échelons, c'était bien le chef de la police des polices.
_En effet, admit le charismatique homme, le commissaire a demandé à ce que ta nomination soit annulée.
Il leva un index poilu devant son visage et étira un sourire plus large encore :
_Mais je suis venu à ta rescousse. Fais tes cartons, jeune homme, ce commissariat ne t'apportera rien de plus. Te laisser ici sous couverture de ce poste ne sert plus nos intérêts, et je soupçonne ta supérieure de l'avoir découvert.
Lui aussi le soupçonnait très fortement depuis un petit moment. Yoruichi savait qu'il était du côté d'Ichigo et donc de Grimmjow, et s'il quittait le commissariat pour de plus hautes fonctions il lui échappait. Elle n'aurait plus aucun contrôle sur lui et sa sécurité reculait, elle le savait. C'était une guerre froide qui se jouait et Shuuhei la menait pour l'instant d'un cheveu. Mais c'était sans compter le support de son nouveau patron : Kyouraku Shunsui. Néanmoins, Yoruichi ne s'était pas gênée pour le virer, d'une certaine façon, de son commissariat.
_J'imagine que c'est elle qui est derrière tout ça ? Se surprit-il à demander.
Kyouraku haussa un sourcil étonné puis frappa dans ses mains deux fois :
_Voilà qui est bien déduit, Capitaine ! Mais… disons qu'elle s'est prise à son propre piège. En refusant que tu accèdes au grade de Capitaine, et en demandant ton départ express du commissariat elle savait que je viendrais à ta rescousse et que de ce fait, tu serais relevé de ton poste ici. Elle te perd pour de bon, d'un côté.
Shuuhei l'avait lui aussi déduit et il en était plutôt satisfait. Au-delà du fait qu'il accédait enfin à d'autres fonctions, qu'il allait avoir d'autres collègues, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un pincement au cœur : ce commissariat avait été presque toute sa carrière. Il se rappelait en avoir foulé pour la première fois le sol, Ichigo l'accompagnant alors qu'ils étaient encore fou amoureux l'un de l'autre. Il se rappela Tosen Kaname avec une pointe au cœur, ses collègues avec qui il échangeait tous les jours.
Il se souvint de tout, jusqu'à ce jour. Il avait pénétré cet endroit plein de confiance, d'espoir, amoureux et heureux et il en sortait avec aucune certitude quant à l'avenir, seul et sans l'homme qu'il aimait. Avait-il donc tant perdu sur le chemin ? L'émotion lui monta à la gorge et l'idée même de partir sans se retourner lui serra le cœur.
_Je ne peux pas abandonner les hommes, monsieur. Je ne peux pas, fut la seule chose qu'il put dire.
_Voyons… Bien sûr que tu le peux ! S'exclama-t-il en écartant les bras.
_Je les ai soutenus, je ne peux pas les laisser entre les mains de cette femme, répondit-il en secouant la tête, dépité. Ils ont confiance en moi, si je m'en vais maintenant ils…
_Ils comprendront, le coupa-t-il en lui offrant un regard appuyé. Tu ne saurais être perpétuellement auprès d'eux. Je respecte ta sollicitude mais… il faut savoir être égoïste dans ce métier, Shuuhei.
Égoïste… Il échappa un ricanement ironique, et c'était bien là toute la teneur de la situation : ironique. N'était-ce pas ce que Rukia et Ichigo lui avaient tous deux reprochés d'être égoïste ? Alors qu'il avait l'impression là, de n'être que l'opposé. Se souciait-il plus de ses collègues policiers que de l'homme qu'il aimait toujours ? Impossible. Et même s'il leur portait plus d'intérêt à cet instant qu'à personne d'autre cela faisait-il de lui un égoïste ? Certainement aux yeux de Rukia.
Ou bien tout cela n'était qu'une excuse, une vulgaire excuse trouvée en quelques secondes pour rester ici. Peut-être n'avait-il pas envie de ce poste, peut-être ne voulait-il pas qu'on lui resserve du "égoïste"...
_Dois-je comprendre que tu refuses ? Demanda bientôt Kyouraku, déçu après quelques instants de silence. Je dois avouer que je suis quelque peu…
_Non attendez, le coupa le jeune capitaine en agitant sa main devant son visage. Ce n'est pas… ce n'est pas ce que je voulais vraiment dire.
L'homme face à lui resta muet, attentif à ses explications et Shuuhei comprit qu'il ne pouvait laisser cette chance s'échapper. Mais il irait jusqu'au bout cette fois-ci et ne laisserait personne le qualifier d'égoïste ou de quoique ce soit d'autre. Penser à sa carrière et évoluer ne faisait pas de vous un monstre ! Et il voulait le leur prouver.
_J'ai des raisons de penser que le commissaire est impliqué dans la mort de la fille du Maire, monsieur. Je peux pratiquement le prouver. En fait je peux peut-être apporter quelque chose comme… je ne sais pas vraiment…
Kyouraku conserva son calme, alors qu'il avait cru qu'il se contenterait de le traiter de dingue et de balayer le sujet d'un revers de main. Non, cet homme travaille pour la police des polices il écoutera toujours mes suspicions.
_Quel genre de preuve as-tu ? Demanda-t-il en relevant le menton, intéressé.
_Ce n'est qu'un cliché. Un cliché du commissaire menaçant Ichigo d'une arme : la même que celle qui a tué Nell.
_Je vois, s'empressa de dire Kyouraku en se raclant la gorge, mais… Ceci n'est pas une preuve à proprement parler, Shuuhei.
_Je le sais, monsieur. Mais je pense qu'il y a moyen de déterrer quelque chose ici. Si la photo était exposée, peut-être alors que…
_Tu dois savoir que nos méthodes excluent les médias.
Cette affirmation même coupa la chique du jeune téméraire, et il referma la bouche. Le silence s'installa un instant jusqu'à ce que Shunsui reprenne, l'interrogeant sur le meurtre de Nell :
_As-tu visionné les caméras de sécurité du lieu du crime ? La demeure de notre Maire doit en comporter des dizaines !
_Je… Non, elles sont introuvables.
Kyouraku écarta ses bras et fit claquer ses mains sur ses cuisses :
_Voilà un sujet plus intéressant ! Pourquoi sont-elles introuvables, qui aurait pu les subtiliser ?
_Elles…
Kyouraku pencha la tête et lui servit un regard peu convaincu. Shuuhei comprit qu'il ne montrait pas le meilleur de lui-même, si ce n'était une haine sans faille pour sa supérieure. Il se passa une main dans les cheveux, il n'était d'habitude pas si pathétique, mais une certaine haine l'aveuglait. Il voulait absolument accabler cette femme… Peut-être à tort.
_Je te promets de t'aider dans tes recherches si tu rejoins mon unité, Shuuhei. Mais je suis ici pour te proposer ce poste. Rien de moins, rien de plus. Pour le moment.
Le jeune homme baissa les yeux sur le badge qui reposait au creux de sa main. Était-il seulement digne de mériter telle promotion ? Ses pensées s'égarèrent vers Ichigo : serait-il fier de lui en sachant qu'il allait accéder à de plus hautes fonctions ? Certainement. Pourtant, il se souciait de ce qu'il pensait de lui plus que personne d'autre au monde et qu'il puisse imaginer une seconde qu'il était carriériste le touchait. Mais il ne pouvait s'attarder là-dessus, Ichigo s'était détourné de lui à présent et il se devait de suivre le chemin qui lui semblait le meilleur. Afin de pouvoir l'épauler du mieux qu'il pourrait.
Et travailler pour Kyouraku était le mieux qu'il puisse faire pour l'aider.
_Mon cher Hisagi, nous allons faire un peu le ménage dans cette police, lui lança Shunsui avec un sourire. Vous êtes prêt à sortir votre balai et à foutre à la poubelle toutes ces grosses boules de poussière ?
La métaphore fit sourire Shuuhei, mais il ne pouvait que l'apprécier.
_Oui, monsieur.
- Loft de Kurosaki Ichigo, le soir-même -
Lorsque Shuuhei pénétra pour la seconde fois de la journée dans le salon d'Ichigo, les têtes se retournèrent toutes sur lui. Il les balaya d'un regard antipathique et referma la porte derrière lui.
Le propriétaire des lieux se tenait derrière le canapé les bras croisés, Rukia à ses côtés lui lança un œil presque indifférent. Tandis que sur le canapé deux individus diamétralement opposés étaient assis : Muguruma Kensei, qu'il connaissait bien, et l'autre qu'il connaissait également mais qu'il était loin de porter dans son cœur : Hirako Shinji. Devant eux un être quelque peu étrange se démenait, debout devant un tableau sur lequel il traçait et écrivait des choses illisibles. Son air enjoué et ses vêtements d'un vert peu agréable à l'œil rehaussait le blond doré de sa chevelure qui couvrait ses épaules. Il était juché sur des geitas instables que Hisagi observa avec un dégout certain. Pas besoin de lui présenter l'homme, il l'avait reconnu des descriptions qu'on lui avait données : Urahara Kisuke.
_Vos témoignages peuvent alimenter le moulin, disait-il. Cette arme dans sa main n'est qu'un petit caillou qui nous conduira au but, au bout du chemin. Vous l'avez connue, moi aussi. Nous savons qui elle est, calculatrice, sans pitié et ne rechignant jamais à appuyer sur la gâchette. Elle a travaillé pour un yakuza dans le passé et travaille pour un autre à présent. Que croyez-vous que les juges penseront de ça ?
Que pensez-vous que Ichigo pensera quand je lui annoncerais mes nouvelles fonctions ? Pensa-t-il en pinçant ses lèvres.
Il vint se placer aux côtés du rouquin et celui-ci se pencha dans sa direction. Mais ce ne fut pas pour le saluer ni lui demander comment s'était passée son après-midi. Il lui dit simplement :
_Grimmjow n'est pas venu.
Effectivement, remarqua le brun en faisant glisser ses yeux sur la pièce. Et ce n'était pas vraiment une bonne chose en voyant le profil préoccupé de l'auteur. Si Grimmjow lui faisait faux bond, nul doute qu'Ichigo en serait… dévasté. Et cette lutte n'aurait servi à rien, ni même sa nomination à la police des polices.
_Yoruichi est venue me voir, quelques temps après l'évasion, conta Shinji les yeux baissés sur ses mains. Elle… elle voulait que je contacte Kensei pour que nous reprenions du service. Son intention était on ne peut plus facile à deviner : elle savait que j'étais proche d'Ichigo et Kensei était proche du Lieutenant de police Hisagi, une aubaine pour eux ! Un plan auquel ils n'avaient même pas pensé, tout s'était fait naturellement. Moi j'étais plutôt d'accord pour enfin me débarrasser d'eux. J'aurais demandé à Barragan une paix définitive une fois que j'aurais fait ça mais… pour Kensei, c'était différent.
Il tourna son visage en direction de l'homme à forte carrure resté muet. Ses yeux gris fixaient le vide sans répit, et Shuuhei inspira profondément en observant son profil impassible : est-ce que Muguruma dirait la vérité ? Il en doutait. Et pourtant…
_J'étais son garde du corps. Au début, quand tout allait à peu près bien et que le clan yakuza n'était pas aussi important, pas aussi puissant. Mais j'en avais terminé avec cette vie. Gardien de prison, ça m'allait. Ce poste me permettait d'avoir un travail honorable, être un fonctionnaire de l'État et en même temps je côtoyais tous les jours ces prisonniers… et grâce à eux je n'oubliais jamais, tous les jours je pensais que j'aurais pu finir comme eux si j'étais resté avec Barragan. Et je me disais que l'avoir quitté avait été la meilleure chose qui me soit arrivé.
Ichigo redressa son visage en écoutant le récit de Kensei. Quelque chose le touchait dans ses mots, dans sa voix. Il s'en repentait, ça crevait les yeux. Cette erreur de chemin il l'avait encore en travers du gosier, et il regrettait d'avoir pendant quelques mois seulement vécu hors-la-loi ou presque, et d'avoir été lié avec une telle ordure. Grimmjow aurait-il un jour les mêmes mots dans sa bouche ?
_J'ai quitté beaucoup de monde ce jour-là, mais c'était pour le mieux. Shinji m'en a voulu, je m'en suis voulu de laisser un ami dans… ce clan. Qui savait ce qui pouvait arriver là-dedans ? Barragan obtenait plus de puissance, plus de pouvoir. Beaucoup de petits yakuza notoires s'étaient alliés à lui et il avait de plus en plus de partisans. J'entendais la ville souffrir, la police courir sans relâche sans succès derrière lui. Et j'ai joué les égoïstes. J'aurais pu offrir ce que je savais à la police, aux services secrets que sais-je. Mais non. J'ai préféré me taire… J'étais un dégonflé.
_Et Yoruichi ? Interrogea Ichigo. Vous la connaissiez déjà ?
_Oui, répondit-il. Mais elle n'avait pas autant d'importance qu'aujourd'hui. Elle était un jeune membre prometteur. On la jetait dans la mêlée, dans les quartiers chauds et elle tirait sur tous les opposants possibles. Elle était forte pour ça…
_Et pour convaincre aussi. Femme et yakuza, un mauvais mélange, si vous voulez savoir, ajouta Shinji. Barragan l'a propulsé dans la police avant ses ambitions politiques. Il se mettait les forces de l'ordre dans la poche d'un seul coup, surtout que Yoruichi et ses états de service impeccables et remplis d'éloges avaient été façonnés des mains de Barragan mêmes.
_Quoi ? Des faux ?! S'exclama Shuuhei, choqué.
_Bien sûr, répondit Shinji en se tournant vers lui. Mais vos hauts fonctionnaires n'y ont vu que du feu ! Yoruichi était du pain béni et s'il elle soutenait Barragan c'était qu'il devait être un homme bien…
Rukia échappa un petit rire mesquin et Ichigo reprit la parole :
_Pourquoi avez-vous décidé de la contrer ? Elle voulait me tuer, n'est-ce pas ? Mais vous l'en avez empêchée…
Kensei acquiesça d'un signe de tête mais ce fut Shinji qui répondit :
_Kensei n'était pas chaud, mais je savais que c'était ce que je devais faire. Je ne voulais pas qu'ils vous tue, Kurosaki-sama, ça aurait été… été…
Shinji sembla tout à coup incapable de parler et Kurosaki comprit aisément pourquoi. Ce n'était un secret pour personne qu'il était amoureux de lui depuis des années mais tout de même… il lui devait la vie, et il ne pourrait jamais le remercier comme il se devait. Cependant, s'il savait qu'il pouvait faire confiance aux deux anciens hommes de Barragan, ce n'était pas le cas d'Hisagi qui ne semblait pas de son avis. Il avait des doutes et n'était pas prêt à les croire aussi facilement :
_Et vous étiez au courant de ses plans ? Demanda-t-il d'un air suspicieux. Par quel miracle ?
_Un miracle oui, on pourrait l'appeler comme ça, répondit Kensei en serrant les dents. Mais elle a un nom : Mashiro. Elle travaille avec moi, enfin pour moi plus précisément. Quand j'étais dans l'armée elle a été mon élève et son sens de la loyauté ne l'a jamais quittée. Elle est la meilleure infiltrée que je connaisse. Je l'ai envoyée au ministère empêcher l'entrée de Barragan au gouvernement. Et quand je lui ai donné l'ordre de se retirer, elle a tout simplement refusé et est allée offrir ses services à Barragan. Elle est en ce moment même auprès de lui, et espionne pour mon compte. C'est ainsi que j'ai su pour le coup contre Jaggerjack et Kurosaki. Et aussi comme ça que j'ai pu obtenir ces vidéos de surveillance.
Il désigna du menton deux petites cartes mémoire carrées déposées à côté de la télévision. Le visage de Shuuhei se figea soudain et il se précipita jusqu'au poste de télévision :
_Qu'est-ce que… ? C'est… Ce sont…
_Les caméras de surveillance de Barragan, cette nuit-là. Quand Nell a été tuée.
Hisagi brandit les objets entre ses doigts ahuris, les yeux exorbités comme s'il ne pouvait y croire. Les vidéos des caméras de surveillance étaient là, entre ses mains et il crevait d'envie de les regarder.
_On les a visionnées, Shuuhei, lui avoua Ichigo. On voit bien Grimmjow oui, armé en plus. Il nous faudrait identifier son arme et celle de Yoruichi pour avoir un début de preuve.
_Mais le plus intéressant c'est tout de même que le coup de feu qui a tué Nell est entendu environ quarante secondes après que Grimmjow ait quitté la demeure, ajouta Urahara avec un sourire presque amusé.
Shuuhei tourna ses yeux en direction d'Ichigo, mais celui-ci ne semblait pas aussi satisfait que lui de cette nouvelle. Ne comprenait-il pas ? Pensa Hisagi. Ne comprenait-il pas que c'était gagné ! C'était la preuve ! Grimmmjow n'avait pas pu tirer !
_Non, effectivement, affirma Rukia tout aussi fermée que le rouquin. Mais Shuuhei, tu sais aussi bien que nous que ce genre de preuve peut être mis en cause. C'est une vidéo, n'importe qui peut avoir trafiqué l'heure sur l'image ou même le son…
_Putain mais les experts ça existe ! Sortit tout à coup de ses gonds Shuuhei. Des putains d'experts ! Ceux de la police des polices vont expertiser ça et vous assurer la vidéo au-then-tique !
_Les experts de la police des polices ? Le reprit Ichigo, incrédule.
Shuuhei acquiesça d'un rapide coup de tête, fouillant dans la poche intérieure de son blouson de cuir sa plaque qu'il balança sur la table basse de la pièce :
_Police des polices. Z'ont un nouveau capitaine, officiellement. Je vais te la mettre au fond d'un trou la Yoruichi…
_Parce qu'avant c'était pas officiel ? demanda Rukia en plantant ses mains sur ses hanches.
_Non, lui répondit Hisagi irrité par sa réaction. Mais là, j'aurais un bureau chez eux et je pourrais l'emmerder autant que je voudrais et surtout enquêter sur elle ! Je prends toutes les preuves tangibles et je monte un dossier avec mon supérieur.
Ichigo sembla pratiquement le seul à être content pour lui. Il s'approcha et l'enlaça en le félicitant pour sa promotion. Un sourire à l'appui et la reconnaissance dans ses yeux valait bien tous les badges pour Shuuhei. Mais il redoutait le regard accusateur de Rukia, elle allait encore lui balancer qu'il était carriériste, très certainement. Mais elle n'en fit rien de la soirée. Si bien que les discussions continuèrent et qu'ils étudièrent leurs possibilités les unes après les autres.
Hisagi se fit expliquer par Ichigo que Shinji et Kensei menaient la même entreprise qu'eux : faire tomber Barragan et Aizen. Et qu'ils étaient prêts à les aider à innocenter Grimmjow, si cela permettait évidemment de compromettre leur ancien patron. Ichigo remarqua néanmoins que le policier restait accroché à son portable et qu'un message reçu quelques minutes plus tôt l'avait particulièrement inquiété. Ses yeux devinrent un peu plus sombre encore, remarqua-t-il. L'inquiétude de son visage redoubla et il aurait put saisir jusqu'à la nervosité de son corps. Certainement s'agissait-il d'une alerte quelconque, sa première de la police des polices voilà pourquoi il était nerveux.
L'écrivain jetait par moment des coups d'œil vers sa montre, ou bien à son portable lui aussi, ou encore vers la porte d'entrée. Mais Grimmjow n'était pas là. Et par instant, Shuuhei remarquait dans ses yeux qu'il perdait le fil de la conversation, perdu dans ses pensées.
_Si Aizen a vraiment des intentions politiques comme on l'a dit, et comme Kurosaki-san l'a annoncé, je suppose qu'il n'obtiendra guère de soutient, dit Urahara en s'asseyant dans un fauteuil.
_N'en croyez rien, le contra Kensei. Il a plus de soutient que vous ne le croyez. Il n'a qu'à faire éliminer Barragan tant qu'il y est et tout roulera pour lui. Aucun candidat ne pourra le battre.
_Aucun ? Vous y allez peut-être fort, objecta Rukia en levant une main. Quelqu'un de plus populaire que lui pourrait avoir la main mise sur la petite population…
_Ah oui ? Et qui je vous prie ? Rétorqua-t-il. Personne n'osera se présenter. Et si quelqu'un essaye il achètera tous ses opposants, il le fera.
_Alors il faut choisir quelqu'un d'intègre et de fort. Quelqu'un qui puisse rallier tous ses ennemis à une seule cause ! Lui lança-t-elle.
Ichigo inspira profondément, Rukia était sur son terrain. Elle était journaliste et la politique n'avait guère de secret pour elle. Lui-même ne savait quoi faire face à ce problème de taille. Ils ne pourraient jamais empêcher Aizen de se présenter aux municipales et encore moins l'empêcher de gagner, à moins de... à moins qu'il... Oui, qu'il ne meure, pensa-t-il en réprimant immédiatement sa pensée.
Il parcourut d'un regard ceux qu'il avait invités chez lui ce soir, craignant d'être trahit par son expression horrifiée. Avoir de telles pensées meurtrières ne serait pas du goût de Shuuhei, et du sien non plus d'ailleurs. Il en était presque choqué, mais il n'y pouvait rien. Si cette histoire avait été son roman, les personnages se seraient ligués pour tuer Aizen. Mais ce n'était pas un roman. Ceci était la réalité, la vie. Sa vie. Si tout était aussi simple il n'en serait pas là.
La seule idée qu'il avait eue n'était pas vraiment honorable et pourtant il ne put s'empêcher de la considérer dans tous les sens. Aizen mort, cela solutionnerait beaucoup de choses, jusqu'à sa vie amoureuse certainement. Rukia continuait ses allégations pendant ce temps, mais elle était toujours aussi excessive dans ses propos :
_Ses ennemis c'est nous, lui rétorquait Shuuhei. Que comptes-tu qu'on fasse contre lui ? Convaincre un politique de se présenter contre lui et de tout faire pour gagner ? On n'est pas des politiciens.
_Non. Mais en politique pour gagner, il faut savoir gagner le peuple. Aizen est encore loin de l'avoir, fit remarquer Muguruma en hochant la tête.
_Qui d'autre peut l'avoir ? Questionna Shuuhei.
_Personne n'est très populaire en ce moment, reprit la petite brune en secouant la tête. L'actualité est plus à un certain prisonnier évadé et à un certain écrivain féru de médias.
Kurosaki hocha la tête et baissa les yeux : elle n'avait pas tort. Il était présent dans tous les médias possibles et imaginables, comme Grimmjow. Mais ce succès n'était pas vraiment ce qu'il avait souhaité, il préférait qu'on parle de lui pour son travail et non pour ce fait divers. Qui n'en était pas tellement un, d'ailleurs. Il remarqua que les regards s'étaient posés sur lui et que l'assistance restait muette. Son regard croisa les prunelles noires de Shuuhei et quelque chose d'étrange y apparut. Il sentit un frisson lui parcourir l'échine et tout devint clair comme de l'eau de roche. Ces imbéciles étaient carrément en train de se faire des films ! Ils voulaient le jeter dans l'arène.
_Oh non ! S'écria-t-il, les yeux exorbités. Trouvez-vous un autre candidat, jamais je ne me présenterai ! Vous êtes cinglés !
_Ichigo, il faut y réfléchir..., avança doucereusement Rukia. Si tu...
_Mais vous êtes cinglés je vous dis ! Rétorqua-t-il en faisant quelques pas à reculons. Et... et pourquoi pas zigouiller Aizen, hein ? Ça irait plus vite, non ? Et on a des bonnes gâchettes dans la pièce je crois, non ?
Son regard se porta successivement sur Shuuhei, puis Hirako et enfin Muguruma mais aucun d'entre eux ne pipa mot. Ce fut Rukia qui se fit leur voix et qui se leva pour aller aux devants de l'écrivain qui voulait fuir, telle une gazelle attaquée par un fauve :
_Tuer Aizen ?! Mais tu écoutes ce que tu dis, Ichi ? C'est fou ! On ne peut pas...
_Pas plus qu'on ne peut me présenter aux élections ! Et sous quel parti ? Demanda-t-il en écartant ses bras, ahuri. Pour quel but ? Je parle d'un but collectif, pour les habitants de Tokyo ! Je ne veux pas mentir, je ne suis pas ce genre d'homme !
_Tu sais t'exprimer, les gens t'aiment, ils t'apprécient.
_Ils m'apprécient pour mes histoires rocambolesques, Rukia ! S'écria-t-il. Ils ne m'aimeront pas pour que je dise la vérité et que je dirige leur ville ! Et quel sénateur, quel député voudrait se ranger derrière moi ? Hein ? Non, c'est hors de question.
La journaliste se le tint pour dit et abandonna la partie dans un soupir profond. Il n'y avait pas grand chose à ajouter à la défense d'Ichigo. Il n'avait pas tort dans un certain sens et il ne se sentait pas capable d'assumer une telle responsabilité, si toutefois il était un jour élu. Ce n'était nullement l'un de ses buts dans la vie et s'opposer à Aizen serait trop risqué. Grimmjow risquait lui aussi d'en pâtir et il ne voulait pas risquer de mettre en danger sa relation avec l'ex-prisonnier. Sans compter qu'afficher à tout le monde son intention de s'opposer à ce yakuza risquait de faire peser sur lui des dangers bien plus inquiétants encore...
Il était évident que la soirée devait s'achever, même sur une note guère positive. Shuuhei donna son accord aux autres pour quitter le loft d'Ichigo et lui-même s'apprêta à le quitter lorsque Kurosaki le retint. Il se tenait sur le pas de la porte de sa chambre et son visage avait pris une vilaine teinte pâle. Shuuhei se rapprocha du porte-manteau et attrapa son blouson de cuir qu'il glissa sur ses épaules sans lâcher le rouquin des yeux. Une pièce les séparait, plusieurs mètres si bien que le capitaine de police crut qu'un fossé immense venait de se creuser entre eux, soudain. Trop soudainement.
_Je ne le pensais pas vraiment, tu sais, lui dit-il en haussant les épaules.
_Bien sûr que si tu le pensais, Ichi, lui répondit-il en se munissant de ses clefs de voiture. Tu le pensais tellement fort que tout le monde t'a entendu le penser avant que tu ne soumettes l'idée à voix haute.
_Tuer Aizen...
_... n'est pas une bonne idée. Nous ne sommes pas des criminels. On est des mecs bien, nous.
_Parfois la frontière entre le bien et le mal est plus mince que tu ne l'imagines.
_Je le sais, mais pas là. Pas dans cette situation, répondit-il en soupirant. Est-ce que je dois t'enfermer dans ta chambre au cas où tu ferais une bêtise ?
Kurosaki leva les yeux au ciel et lui sourit d'un air moqueur :
_Imbécile... De toute façon, je ne serais pas le mieux placé pour le tuer.
Shuuhei lui décocha un regard inquiet. Il connaissait le Ichigo aux idées farfelues mais seulement pour ses romans pas dans la réalité ! Et voilà qu'il chantait tout haut que tuer Aizen était une bonne idée. Ses pensées se portèrent un moment sur l'arme qu'il avait donnée à Ichigo et qu'il conservait dans sa table de nuit, dans sa chambre. Devait-il la lui confisquer vu l'état des choses ?
_Je dois y aller, se décida-t-il enfin à dire. Et... ferme bien la porte derrière moi et tes fenêtres.
Il jeta un regard noir en direction des baies vitrées du salon encore grande ouverte malgré la pluie puis tourna les talons et sortit. Ichigo fronça les sourcils, il savait qu'il était protecteur avec lui mais de là à faire une psychose parce que deux fenêtres étaient ouvertes. Il ferma les yeux un instant alors que le ton presque autoritaire de son ex retentissait encore dans sa tête. Il connaissait Hisagi comme s'il l'avait fait et il n'était pas sans savoir lorsqu'il stressait, et là c'était au-delà d'un simple stress. Certainement cette nouvelle qu'il avait apprise plus tôt dans la soirée le tarabiscotait. Il le connaissait si bien qu'il était certain de taper dans le mile ! Avec un peu de chance, il s'était passé un quelconque attentat dans le pays ou une tentative d'attentat sur un homme politique.
Il se dirigea dans le salon et alluma l'écran de télévision. Il zappa directement sur la chaine infos et constata qu'aucune nouvelle catastrophe n'était à l'ordre du jour. Se portant une main au ventre, il se rendit compte que cette réunion lui avait ouvert l'appétit. Il prit donc le chemin de sa cuisine et farfouilla dans ses placards en se remémorant les différentes conversations de la soirée. Il n'avait pas appris tant de choses que cela, à son désarroi, excepté ces caméras de surveillance. Elles étaient bien évidemment une source précieuse, une preuve qui valait de l'or. Leur contenu avait été placé dans des cartes mémoire qui étaient toujours placées sur la table basse, remarqua-t-il en leur lançant un coup d'œil. Il fallait qu'il les mette en sûreté...
Il se versa un thé vert bouillant dans une tasse et entreprit de fouiller dans son frigo lorsqu'un jingle musical particulier s'éleva du poste de télévision et fit froncer les sourcils du jeune homme.
« Flash spécial, nous interrompons nos programmes pour une information de premier ordre. La prison de haute sécurité de Tokyo a été victime voilà plus de trente minutes d'une panne d'électricité générale. Il semblerait que les générateurs de sécurité, censés alimenter l'établissement en cas de coupure de courant, ne se soient pas mis en route. Nous demandons à la population tokioïte de rester calme et de regagner leur domicile. La police ainsi que l'armée ont été dépêché sur les lieux et... »
Ichigo manqua en faire tomber sa tasse de thé par terre. Il regagna en catastrophe son salon et se planta, yeux ahuris et cœur battant devant l'écran. Des vues d'hélicoptère de la prison apparurent à ses yeux, les murs étaient encerclés de militaires mais il était vraisemblablement trop tard. Pendant un instant, il revit les visages de ceux qui avaient assisté à son atelier dans la prison, et se demanda s'ils s'étaient échappés. Et puis, il se rappela l'absence de Grimmjow ce soir...
_Bon sang Grimmjow, si tu as quoique ce soit à voir là-dedans.., grogna-t-il entre ses dents.
«... impossible de déterminer le nombre d'évadés, mais selon toute vraisemblance toutes les cellules ont été ouvertes manuellement. Le directeur de la prion ainsi que plusieurs gardiens restent introuvables et injoignables par la police. Nous restons bien entendu sur le qui-vive pour vous informer au plus vite des avancées de ce qui s'annonce déjà comme la plus grande évasion jamais... »
Ichigo se précipita sur l'interrupteur pour éteindre la télévision. Il ne voulait plus en entendre une seul mot ! Yamamoto avait disparu ?! Ils l'avaient plutôt enlevé oui, ou bien tué ça semblait plus véridique. Lorsqu'il pensa à des individus comme Kurotsuchi les poils de ses bras s'hérissèrent : qui savait ce que ce cinglé pourrait faire en liberté ? L'absence de Grimmjow n'était pas une coïncidence, ça ne pouvait ps l'être ! Aizen était responsable de ce foutoir et Grimmjow était impliqué il aurait pu le jurer ! Tout cela ne lui disait rien qui vaille. Tous ces prisonniers dehors, personne n'était en sécurité, pensa-t-il en parcourant de ses yeux inquiets la pièce sombre. Et surtout pas lui...
Prenant tout à coup conscience de la situation dans laquelle il se trouvait, il se précipita dans sa chambre et ferma la fenêtre grande ouverte dans un claquement. Ses mains tremblaient presque lorsqu'il appuya sur le bouton du volet roulant qui descendit lentement. Pendant un instant il resta immobile les oreilles aux aguets. Il était très nerveux tout à coup pour il ne savait quelle raison. Les prisonniers qu'il avait rencontrés auraient mieux à faire que de venir lui rendre visite c'était certain ! Pourquoi était-il aussi troublé par cette évasion ? Peut-être parce qu'elle avait lieu juste avant qu'Aizen n'annonce sa présentation aux municipales ?
Que comptait-il faire ? Se demanda-t-il en se retournant pour faire face au vide de sa chambre. Provoquer une évasion et s'imposer comme un héros en rattrapant un à un les fugitifs ? Non, ça semblait fou. En même temps, cela ne le surprendrait pas si le yakuza s'amusait à ce genre de choses, un jeu dangereux. En remettant tout ce petit monde en prison il s'assurait les remerciements de la foule et la population le verrait comme le gardien de la ville. Qui pourrait dès lors le battre dans le cœur des habitants ?
Sûrement pas Ichigo.
Le jeune écrivain reprit subitement conscience et entreprit d'aller fermer les baies vitrées du salon toujours ouvertes. Il traversa la pièce, passa à côté de son lit en hésitant un instant : devait-il s'armer juste au cas où ? Non, pas besoin. Personne ne savait où il habitait, en tout cas pas ces prisonniers.
Mais à peine eut-il mis un pied dans le salon qu'une ombre inconnue se dessina entre lui et la baie vitrée. Il se figea, totalement surpris et apeuré par ce qui se dressait là, dans la pénombre. La lumière de la rue dessinait sa large silhouette et il pouvait entendre son souffle rauque de bête. Il était grand et sa carrure le rendait bien plus effrayant que toutes les créatures maléfiques de ses romans fantastiques. Son sang se glaça comme si la température venait de chuter, drastiquement. Il s'entendit haleter en silence, sa respiration se figeant pendant quelques instants alors qu'il manquait d'air. Le sang se mit à battre à ses tempes au rythme de son cœur et bien qu'il cru un instant à un mirage il réalisa bien tard que ce n'en était pas un. Il ne pouvait s'agir de Grimmjow. Et d'ailleurs, ce n'était pas Grimmjow...
Il se précipita sur l'interrupteur de la pièce et retint un cri lorsqu'un homme trempé jusqu'aux os apparut devant lui. Un homme qu'il connaissait et qu'il n'avait pas oublié. Il n'avait pas oublié ses petits yeux perfides, ses larges mains habiles, ses gros bras forts, sa longue chevelure rouge ruisselait d'eau sur le sol de son salon. La bouche aux lèvres fines s'étira en un sourire mielleux et Ichigo recula d'un pas, désarçonné.
Il ne saurait me faire du mal, pensa-t-il en se remémorant la place de son arme à feu dans sa table de nuit, à quelques mètres seulement. Il n'est pas là pour me faire du mal. Il est là pour... Comment a-t-il su où j'habitais ?
_J'en ai fait des coups, j'en ai volé des babioles. Mais y'a qu'un truc que j'vais voler aujourd'hui, dit l'intrus d'une voix étrangement rauque.
