Titre : Le Roman du Prisonnier
Chapitre : La prison d'Aizen.
Rating : M
Disclaimer : Tous les personnages de Bleach appartiennent à Tite Kubo, leur créateur.
Note : Je vous remercie toutes et tous pour suivre cette fiction et continuer à la reviewer.
Je sais que je mets un temps impossible entre chaque chapitre et je m'en excuse. Disons que l'envie d'écrire va et vient mais elle est toujours là, il faut juste trouver le temps et surtout le calme pour s'y coller. J'espère que vous n'aurez pas trop déconnecté et que vous parviendrez à vous replonger dedans ^^
Perso j'aime toujours autant cette histoire et croyez-moi, elle trotte toujours dans le fond de ma tête :)
Chapitre 24. La prison d'Aizen.
_Renji…
Il prononça son nom dans un souffle incontrôlé, sa voix pratiquement tremblante. Face à lui, Abaraï Renji, le prisonnier qu'il avait rencontré au cours de ses ateliers n'avait pas cessé de sourire. Son visage trahissait sa jubilation de se trouver dans cette situation, ainsi qu'une certaine fierté et une excitation non dissimulée. Il avait l'air bien plus dangereux qu'il ne l'aurait cru et Ichigo réalisa bien tardivement qu'avoir pénétré cette prison avait été la pire erreur de toute sa vie.
_Salut, trésor…
En effet, sa voix trahissait bien des émois. Et son regard laissait entendre toutes sortes de choses déplaisantes encore. Ichigo recula d'un pas, tout à coup apeuré par la silhouette menaçante de Renji qui tenta quelques pas vers lui, mais sans brusquer les choses. Comme s'il cherchait à amadouer un animal sauvage, l'évadé s'arrêta à quelques mètres de lui, craignant une riposte imprévue.
_Comment... comment es-tu arrivé jusque là ? Demanda l'écrivain en fronçant les sourcils, son esprit travaillant à une vitesse hallucinante pour trouver une échappatoire.
Toute proche, une lampe massive se trouvait à portée de sa main, si l'intrus s'approchait de lui il la lui fracasserait sur la tête. La cuisine et son armada de couteaux était juste derrière lui, à quelques pas. Sur sa droite sa chambre, avec dans sa table de nuit son arme à feu. S'il était venu le tuer, il ne se laisserait pas faire !
_Oh, très facile. Connaître ton adresse est pas vraiment difficile, reprit Renji avec un sourire fier. Toutes ces photos dans les journaux, j'ai reconnu le quartier. Dès que j'ai pu filer de la prison je me suis pointée ici, j'ai eu de la chance, j'ai suivi les journalistes... Pis il m'a suffi de jeter un coup d'œil aux boîtes aux lettres ici, et bam ! Me voilà !
Il écarta les bras comme s'il se présentait à lui, un visiteur tant attendu. Mais Kurosaki redoubla de vigilance. Ce n'était pas Renji le cinglé dans son atelier, c'était Mayuri et Grimmjow. Renji lui, n'avait fait que jouer avec lui, il n'avait fait que se pavaner tel un paon en phase de séduction. Oui, il n'avait fait que jouer, jamais il n'avait eu une attitude agressive ou violente envers lui. Il était un beau parleur, il aimait se donner en spectacle, c'était un voleur, pas un assassin. Mais comment s'en assurer alors qu'il était face à lui dans son appartement, qu'il était entré par effraction et qu'il semblait lui vouloir autre chose qu'une conversation amicale ?
_Qu'est-ce que tu veux ? Cracha le jeune homme en serrant les dents.
Il fallait mieux qu'il reste sur ses gardes. Une bien sage attitude qu'il avait apprise en pénétrant la prison de haute sécurité.
_Ah ce que je veux..., répéta-t-il en s'ébouriffant les cheveux, l'eau tombant en gouttelettes sur le carrelage au sol. Je me suis toujours demandé pourquoi c'était Grimmjow qui avait tout... Le succès, le plus d'attention, toi...
_Qu'est-ce que tu rac...
_Tss, pas de ça avec moi. Il t'a mis le grappin dessus, hein ? Reprit-il en haussant un sourcil. Je dois le féliciter sur c'coup-là. Mais franchement... un homme de main de la mafia ? Tu vaux mieux que ça, Kurosaki. Moi j'ai des tas de choses à t'offrir. Les plus belles choses du monde.
_Tu... tu es venu pour... pour me draguer ? Lança-t-il, estomaqué.
_Appelle-ça comme tu veux. La vérité c'est que... c'est plutôt ça qui m'intéresse !
Ses yeux se levèrent et fixèrent quelque chose se trouvant dans le dos d'Ichigo. Celui-ci tourna sa tête et observa alors l'endroit que désignait le prisonnier. Au-dessus de son bureau se trouvait un tableau qu'il avait acheté une petite fortune il y a plus de deux ans, sur les conseils de Rukia.
_La seule réplique au monde de ce tableau d'Uccello, reprit-il d'une petite voix presque mélancolique. Grand artiste de la Renaissance, l'innovation de la perspective... J'aurais aimé qu'il soit en meilleur état mais... il est unique au monde.
Il échappa un petit rire et Ichigo se figea, sans pour autant retourner ses yeux vers lui. Toujours méfiant, il fronça les sourcils un peu plus fort et se demanda s'il ne se moquait pas de lui. Certes ce tableau était un chef d'œuvre et une œuvre rare, il le savait, mais il l'avait acquis pour une petite fortune et n'avait jamais compris pourquoi une réplique pouvait être si chère. Et Renji était venu pour ça ? Il ne pouvait pas le croire, malgré ce qu'il en disait.
_Prends-le et va-t-en, finit-il par jeter en se retournant pour lui faire face.
Abaraï fixait toujours le tableau avec un sourire émerveillé et ne sortit de sa contemplation que pour poser sur lui un regard perdu, presque surpris.
_Renji ! Prends-le et va-t-en ! Répéta le roux en avançant vers lui, sentant la rage le gagner plus vite que d'habitude. Prends-le !
Si c'était aussi simple que cela, il était prêt à lui donner tout ce qu'il voulait dans son loft pour se débarrasser de lui. Il était loin d'être le prisonnier le plus effrayant mais il savait indéniablement que ne pas se méfier de lui était une erreur.
_Quoi ? Comme ça ? C'est trop facile, ricana l'autre.
Ichigo remarqua alors qu'il s'était lui aussi rapproché, trop près et il attrapa son bras dans sa main puissante et le serra. Ses petits yeux marrons se plantèrent dans les siens et son souffle chaud balaya sa joue droite :
_C'est trop facile, siffla-t-il. Donne-moi du challenge...
Puis, dans un geste rapide, il attira le jeune rouquin contre lui et leurs torses s'entrechoquèrent. Ichigo échappa un cri étouffé puis se retrouva, bouche collée contre celle de son visiteur. Estomaqué et essoufflé par la surprise, il tenta de se dégager de sa prise comme il le put avant de mordre avec appétit dans la langue qui se frayait un chemin dans sa bouche.
_AÏE ! S'écria l'autre en reculant d'un pas, portant une main à sa bouche.
Ichigo en profita pour se dégager et se ruer dans la cuisine. Il l'avait su ! Pensa-t-il en se maudissant d'avoir été si peu méfiant, il n'était pas seulement venu pour le tableau ! Renji lui, tapotait d'un doigt sa langue sur laquelle quelques gouttelettes de sang avaient fait leur apparition. Ses yeux lançant des éclairs, il se reprit et poursuivit le rouquin, affichant clairement son attention de ne pas le ménager cette fois-ci.
_Reviens ici ! Reviens ici ! Rugissait-il, sa voix roulant dans sa gorge comme s'il eut été fou.
Ichigo se plaqua contre le plan de travail de la cuisine écoutant ses pas résonner contre le carrelage de son salon. Il ferma les yeux et déglutit péniblement en attrapant la première chose qui lui passa sous la main, dissimulé à côté de la porte. Pourquoi... pourquoi fallait-il qu'il n'attire à lui que des cinglés ? Renji, Grimmjow... Était-ce parce qu'il était fou lui aussi quelque part ? Bon sang ! Son cœur battait si fort qu'il n'entendait plus Renji, son sang semblait s'être accumulé dans ses oreilles et battait contre ses tempes, sa tête tournait et il ignorait pourquoi mais tout à coup Renji n'était plus le simple petit voleur qui le draguait pendant ses ateliers de théâtre. Il était devenu un dangereux criminel en liberté !
_J'te jure, j'aurais c'tableau et toi avec Kurosaki ! Reprit la voix enjouée de l'évadé qui poussa la porte de la cuisine et y posa un pied.
Ichigo pinça ses lèvres et attendit de l'avoir dans son champ de vision. Le visage concentré du rouge apparut devant ses yeux, cherchant avec intérêt sa silhouette, un bout de touffe orange pour se précipiter sur lui. Mais il était prêt...
Bam !
Le wok s'écrasa de plein fouet contre le crâne d'Abaraï, lancé de toutes ses forces par Kurosaki. Malgré son corps chancelant et ses bras tremblant, il avait pu aplatir de toutes ses forces l'ustensile contre son agresseur. Il ignorait encore comment mais toutes ses forces s'étaient tout à coup accumulées dans ses bras pour accomplir ce miracle. Le bruit métallique résonna dans la pièce avec fracas se répercutant en échos pendant de longues secondes. Puis, le rouge chancela un instant et tomba, comme une mouche sur le sol, évanoui. Reprenant son souffle, son arme toujours dans les mains serrant le manche comme jamais, Ichigo baissa les yeux sur le corps inerte du prisonnier qu'il avait connu légèrement moins collant.
_Tu aurais mieux fait de prendre le tableau et de partir, Renji, lui souffla-t-il comme s'il voulait lui faire la morale.
Soudain, un bruit retentit dans l'entrée et il sursauta. Le cœur prêt à exploser et à sortir de sa poitrine il se rua hors de la cuisine pour voir sa porte d'entrée exploser littéralement sous les assauts répétés d'une hache. Il poussa un cri strident avant de voir les yeux noirs écarquillés de Mayuri se poser sur lui.
Le sol venait de se dérober sous ses pieds, ou presque. Le temps s'était arrêté. Renji n'était qu'un amuse-bouche comparé à ce fou, tueur d'enfants, complètement masochiste et pervers, et il était là chez lui dans son appartement devant lui, une hache dans les mains. C'était un film d'horreur. Un vrai film d'horreur, pensa-t-il en manquant tomber au sol, ses jambes se faisant plus flageolantes que jamais.
Dans un sursaut de survit, il balança la poêle qu'il tenait en mains et se rua dans sa chambre, derrière lui. Il y entra, escalada le lit, son souffle s'était transformé en de petits couinements catastrophés et il arracha le tiroir de sa table de nuit pour y chercher son arme. Il la trouva pour se retourner et voir Mayuri sur le pas de sa chambre attentiste comme s'il se délectait de sa pure panique. Son teint pâle comme la mort, ses dents jaunâtres et ses yeux injectés de sang, tranchaient avec ses vêtements orange fluo qu'il n'avait même pas pris de la peine de retirer. Non, il s'était précipité ici aussi, à brides abattues comme Renji et Kurosaki se demanda ce qu'il avait donc bien pu faire pour mériter un tel châtiment.
Il braqua lentement l'arme sur l'homme, se rendant alors compte à quel point il tremblait. Il serait bien incapable de viser vu comme son bras bougeait, mais c'était bien le cadet de ses soucis. Pour le moment, il y avait encore son arme entre lui et ce cinglé. Son seul lien avec la vie, c'était cette arme, sa survie il la tenait au bout du bras.
« Shuuhei, pensa-t-il en sentant une boule dans sa gorge l'empêchant de déglutir, quand tu m'as appris à tirer tu savais qu'un jour ce genre de chose arriverait. Et si je dois tuer ce type aujourd'hui, si je suis en vie demain ça sera grâce à toi... »
_Gentil le petit, gentil, souffla Kurotsuchi comme s'il s'adressait à un chien, jouant avec sa hache d'une main. Il veut jouer, comme c'est mignon.
Il avança d'un pas sur la moquette de la chambre et Ichigo tenta de se reculer le plus loin possible dans la pièce. Voyant sa vie défiler devant ses yeux, et son sang s'égoutter déjà le long de la lame tranchante de cette hache abominable, il parvint à articuler :
_Reculez ! Reculez ou je tire !
Sa propre voix semblait ne pas lui appartenir, tant elle était lointaine, différente. Il ne pouvait pas mourir comme ça, pas maintenant. Il ne le voulait pas. Il allait tirer. S'il faisait un pas de plus il le tuerait !
_Tirer ? Mais pourquoi mon mignon, on va juste jouer un peu tous les deux, reprit Mayuri, passant un doigt désincarné sur le tranchant de sa hache. Ça va être marrant. On p... Mmmm...
Le visiteur sembla tout à coup être attiré en arrière. Sa hache tomba lourdement au sol et il plaqua ses deux mains sur son cou. Ichigo haleta, sa bouche soudainement sèche et ses membres tremblants de frayeur. Le corps de Mayuri eut quelques tremblements, puis le rouquin remarqua les deux larges mains qui encerclaient son cou pâle. L'homme tomba à terre, son corps ayant un dernier sursaut, inerte.
_Oh mon Dieu, soupira-t-il, ses yeux exorbités par tant d'horreur.
Un homme enjamba alors le corps tombé au sol et Ichigo sentit ses jambes se dérober sous lui. Il tomba lourdement sur la moquette de sa chambre, les bras flasques et les lèvres entrouvertes, sa bouche sèche au possible et incapable de penser rationnellement. L'homme avança vers lui et tendit ses bras dans sa direction. Il ferma les yeux et sentit alors le plus grand soulagement de toute sa vie courir dans ses veines, insuffler un souffle nouveau dans ses poumons. L'émotion avait amené les larmes dans ses yeux, l'empêchant de voir correctement, elle avait même paralysé ses mains, ses bras et ses jambes et son estomac lui faisait tant mal qu'il était prêt à rendre tout ce qu'il avait avaler pendant la journée.
Quand l'homme qui venait d'étrangler Mayuri parvint à ses côtés, il s'accroupit juste devant lui et l'observa avec inquiétude. Incapable de dire le moindre mot, Ichigo était seulement capable de se répéter un mot dans sa tête, une seule information qui tournait en boucle depuis que ses yeux turquoises avaient envahi son champ de vision : Grimmjow.
_Si jamais j'te vois tenir à nouveau une arme à feu, j'te jure que c'est moi qui t'fais la peau, lui souffla-t-il en retirant de ses mains son arme. J'veux pas qu'tu tues quelqu'un. Jamais. Même un taré comme lui.
Ses mots sonnaient comme une remontrance mais Kurosaki était bien incapable d'en saisir le sens. Il ne pouvait que se sentir grisé par le soulagement qui avait relâché chaque nerf dans son corps et qui coulait dans ses veines. La pure adrénaline et le stress laissaient place à un sentiment de joie ultime, d'excitation presque incomparable et il cligna des yeux pour s'assurer qu'il ne rêvait pas.
Grimmjow soupira puis s'écarta de lui avant de l'aider à se remettre sur pieds. Ichigo prit appui sur lui, ses émotions rendant encore son corps fébrile mais il n'eut pas le temps de lui poser la moindre question. Jaggerjack l'entrainait déjà hors de sa chambre, hors de son appartement, hors de son immeuble. Dehors, il pleuvait des cordes et ils s'élancèrent sous la pluie comme s'ils ne risquaient pas de finir trempés jusqu'aux os :
_Grimmjow... ? Tenta-t-il d'une voix enrouée, hésitant.
_Tu dois partir, lui répondit-il sans se retourner vers lui, sa voix à moitié couverte par le bruit de la pluie. J'savais que certain d'entre eux viendraient. Il l'avaient dit en prison. Ils l'avaient qu'ils voulaient t'retrouver. Jamais prendre la parole d'un prisonnier à la légère, j'suis bien placé pour l'savoir. Et cet imbécile d'Abaraï qui déblatérait tout c'qu'il savait sur toi en montrant des photos d'chez toi...
_Et la réunion... ce soir, pourquoi tu n'es pas venu ce soir ? Je t'attendais... Tu n'es pas venu ! Déblatéra le roux, comme si c'était la chose la plus importante du monde à cet instant.
_Ah euh... d'solé pour ça, bredouilla le bleuté perdant subitement son assurance légendaire. Une urgence d'dernière minute. J't'expliquerai...
Mais Ichigo en doutait, qu'il s'expliquerait. Et puis une urgence ? Une urgence de quoi ? Ne pouvait-il pas seulement lui dire qu'Aizen s'en était encore mêlé et qu'il l'avait empêché de le rejoindre en lui donnant des choses à faire ?
Il se précipitèrent dans une petite voiture de sport garée devant l'immeuble et démarrèrent, incognito. Ichigo se cala dans le fauteuil, complètement passif se demandant encore ce qui était en train de se produire et s'il n'était pas mort. Il avait soudainement froid, ses vêtements étaient trempés et il reprit peu à peu conscience de son corps et de ce qu'il venait de se passer. Grimmjow s'engagea rapidement dans la circulation de la ville et poursuivit son monologue :
_Probablement 90% des cinglés du pays sont en libertés c'soir. J'te laisserai jamais tout seul chez toi alors qu'ils savent qui t'es et où t'habitent.
_Grimmjow...
_On pouvait pas rester chez toi, le coupa-t-il en jetant un œil observateur dans le rétroviseur. D'un parce que les voisins auront entendus les cris et l'bruit et deux parce que ton putain d'ex allait rappliquer. J'voulais pas l'laisser jouer le héros à ma place.
Il tourna la tête et lança ce qui devait être un sourire amusé et rassurant à la fois, mais il se crispa en posant ses yeux sur le visage blafard et les yeux perdus du jeune homme. Inquiet, Jaggerjack posa une main sur la cuisse de Kurosaki :
_Hé...
_Grimmjow, je... j'ai failli le tuer, avoua-t-il fronçant ses sourcils au dernier mot de sa phrase. Je le voulais. J'allais le faire. Je voulais le faire, je l'aurais fait. Il n'aurait fait qu'un pas de plus et... mon arme...
_Dans ma poche. Ton appart est plutôt un carnage, c'est deux trous du c' évanouis sur ton plancher, dit-il en dodelinant sa tête de droite à gauche. La première personne qui entrera dans ton appart' va s'poser dix mille questions et j'serai prêt à parier que ça s'ra ton ex, y va s'ruer là-bas dès qu'il saura pour les évadés...
Ichigo fronça les sourcils en se remémorant la façon dont Shuuhei l'avait quitté précipitamment : "ferme bien la porte derrière moi et tes fenêtres", en jetant ensuite un regard plus qu'inquiet en direction des baies vitrées du salon. Il avait radicalement changé d'attitude et son visage était devenu pâle. Il avait sûrement eu vent de l'évasion avant le monde entier, contacté par ses supérieurs très certainement. Et pourtant, il avait filé, le laissant seul alors qu'il savait très bien que les prisonniers pourraient venir dans son loft et tenter de lui faire du mal.
_Il viendra à ta rescousse comme un espèce de Superman qu'il croit être, poursuivit le bleuté. Tsss... Quand il verra qu't'es pas là il t'appellera et tu l'rassureras. Et j'pense qu'il va même prendre la peine de nettoyer ton appart'. Il pourra se vanter d'avoir repris deux évadés dans la même nuit. Et il risque d'en prendre plus en restant chez toi c'te nuit. Crois-moi.
Ichigo cligna plusieurs fois des paupières avant de parvenir à comprendre ce que Grimmjow venait de dire. Mais étant donné que son ex allait être débordé à cause de cette évasion, il doutait très sérieusement qu'il laisse tomber ses hommes pour accourir chez lui. Il lui avait donné des consignes claires et le roux avait été assez stupide pour ne pas les suivre.
_Et... et si c'est quelqu'un d'autre qui arrive en premier chez moi ?
Grimmjow sembla un instant désarçonné par sa question, il eut un mouvement d'épaule nerveux et lui lança quelques coups d'œils interrogateurs.
_Grimmjow, si c'est quelqu'un d'autre qui... on va croire que...
_Oh et puis merde !
Jaggerjak s'empressa d'attraper son portable dans sa poche et le balança sur les genoux d'Ichigo.
_Trouve un « Yammy » dans mes contacts, ordonna-t-il en jouant d'un coup de volant pour dépasser comme un pro une voiture sur l'autoroute.
_Yammy, voilà !
_Bin compose le numéro, putain ! Lui lança-t-il d'une voix nerveuse.
Ichigo s'exécuta et plaqua l'appareil contre l'oreille du conducteur après avoir composé le numéro. De l'autre côté du combiné il put entendre la voix, forte et grave du dénommé Yammy :
_Qu'est-ce qui t'arrive, Grimmjow ?
_Est-ce que le boss est là ? Demanda-t-il comme pour s'assurer innocemment qu'Aizen n'était pas rentré.
_Nope. Parti et tu l'sais.
_Faut qu't'envoies quelqu'un tout de suite, illico chez Kurosaki. Pour faire le ménage.
Un coup d'œil nerveux fut lancé en direction d'Ichigo et il fronça les sourcils en se demandant ce qu'il voulait dire par là. Et qui était ce Yammy ?
_Le ménage ? J'sais pas bien, Grimmjow. Avec tous ces types évadés, tout ça... Ça sent pas bon.
_Putain on te d'mande pas ton avis, t'vas faire c'que j'te dis, enfoiré ! Grogna Jaggerjack d'une voix menaçante. C'est qui l'chef ici, bordel ?!
Après quelques secondes de silence un son s'éleva dans le portable de Grimmjow et un lointain « Ouais, connard » lui répondit. Puis il raccrocha et il se redressa, sa tête lui faisant signe de reprendre le portable. Ichigo s'exécuta en restant tout de même quelque peu surpris :
_Qu'est-ce que tu comptes faire, Grimmjow ? Je ne veux pas que tu sois dans le pétrin à cause de moi...
_J'le suis déjà d'puis un bail, trésor. J'y suis jusqu'au cou d'puis que j't'ai rencontré, répondit-il avec un petit sourire amusé sur les lèvres, ses yeux braqués sur la route.
Kurosaki se renfrogna, ignorant s'il se moquait de lui ou si ses paroles avaient un sens plus profond. Lui aussi était dans le pétrin jusqu'au cou depuis qu'il l'avait rencontré, parce qu'il avait ces sentiments...
_Faut qu'tu captes Amour, personne est en sécurité c'soir. Des tarés sont sortis d'prison, à part moi j'veux dire, ajouta-t-il avec un petit rire qui n'eut pas l'effet escompté sur son passager. Ils voudront t'avoir, parce qu'ils t'en veulent, parce qu'ils t'ont vu de loin, parce qu'ils t'admirent...
_Pourquoi m'en voudraient-ils ?
_Un sacré nombre de types a pas pu assister à ton atelier à cause du nombre de places limités. Y'en a qui l'ont pas digéré. Et certains tarés pourraient avoir envie d'te l'faire regretter...
_Mais... mais j'y suis pour rien ! S'écria le jeune homme en se redressant, énervé. C'est Yamamoto qui a voulu tout ça !
Grimmjow secoua la tête et tourna la tête un instant vers la fenêtre, observant la route défiler rapidement à côté du véhicule. Il grimaça en tentant de paraître le moins pessimiste possible :
_J'pense que si y'a bien quelqu'un qu'a dû trinquer cette nuit, c'est bien l'vieux directeur.
Ichigo soupira en laissant tomber ses paupières sur ses yeux. Cette nuit était pour le moins étrange, et il pouvait sentir qu'une chose tragique était en train de se passer. Au-delà du simple fait que Grimmjow était prêt à le mettre en sécurité, il ne savait où, il avait la désagréable impression que l'évasion massive de prisonniers n'était pas sans rapport avec leurs recherches. Et si c'était Barragan qui avait planifié tout ça ? Pensa-t-il en se mordillant la lèvre.
Ou pire encore... Aizen ?!
- Au même moment, aux abords de la prison de haute sécurité de Tokyo -
Shuuhei braqua les roues de sa voiture de fonction à droite, faisant crisser les pneus lorsqu'il aplatit d'un franc coup de pied la pédale de frein. Il ne prit pas la peine d'arrêter le moteur du véhicule et sortit en catastrophe par la portière en courant sur la route. Devant lui, des camions de forces spéciales, des ambulances, des pompiers, les services secrets... Il se précipita au-delà du périmètre de sécurité après avoir montré son badge et découvrit les portes de la prison de Tokyo. Grandes ouvertes. Ouvertes à tous vents.
Bon sang... Ils s'étaient tous fait la malle ! Pensa-t-il, essoufflé et complètement ahuris par la vision qui s'étalait devant lui. Comment ces prisonniers auraient-ils pu passer à côté d'une chance pareille ! Les portes étaient ouvertes, ils n'avaient plus qu'à se précipiter à l'extérieur ! Comment cela s'était-il produit, bon sang ? Se demanda-t-il en serrant les dents et les poings.
_Capitaine !
L'un de ses subordonnés du commissariat se précipita vers lui. Le regard catastrophé et le visage blême, il s'accrocha au bras de son capitaine en avançant à ses côtés, lui débitant un flot de paroles impressionnant :
_Il y a beaucoup de blessés chez les gardiens. Les prisonniers ont fait exploser quelques murs, on ne sait pas comment. L'équipe scientifique est déjà sur le terrain. On dénombre trois morts : deux gardiens et un prisonnier. Le commissaire est injoignable, elle...
_Quoi ?
Shuuhei se figea et jeta un œil noir à son subordonné :
_Le... Commissaire Yoruichi est introuvable ?
_Oui, mais on tente de la joindre depuis toute à l'heure. On n'a pas d'autres supérieurs que vous ici Capitaine, vous êtes le plus gradé.
Les yeux noirs d'Hisagi se retournèrent sur l'enceinte mal en point et un millier de pensées traversèrent sa tête. Le seul supérieur ici ? Le seul gradé ? Et Yoruichi introuvable, il ne pouvait pas tenir les reines de tout ça, il ne pouvait pas. Il était bien trop impliqué émotionnellement et personnellement entre Ichigo et Grimmjow. Il fallait que quelqu'un de plus gradé soit...
Soudain, il se figea et ses yeux s'agrandirent.
_Kyouraku-san...
Kyouraku était dans la prison !
Il se dégagea de la prise de son subordonné et s'élança à l'intérieur de l'enceinte malgré les plaintes de quelques pompiers qu'il dépassa. Il enjamba les décombres, quelques corps qui recevaient les premiers soins et aperçut un pompier qui notait sur un calepin les noms des blessés.
_Kyouraku, avez-vous un Kyouraku ? Demanda-t-il hagard en lançant des regards autour de lui.
L'homme fronça les sourcils quelque peu réfractaire à l'idée de lui répondre, mais il prit la peine de regarder sur sa liste.
_En salle de repos, Kyouraku Sh...
Shuuhei déguerpit en un éclair, ne laissant aucune chance à l'homme de terminer sa phrase. Il courut à travers le large couloir par lequel il avait vu Grimmjow s'évader, Ichigo entre ses mains au bout de son arme. Il avançait dans le noir, plus d'électricité, le vent de la nuit s'engouffrait dans le labyrinthe qu'était la prison. Quand il bifurqua sur la droite il poussa ce qu'il restait de la porte de la salle de repos.
Deux infirmiers étaient en train de hisser un corps sur une civière. Un corps qui semblait inerte, dont les longs cheveux noirs ondulés balançaient dans le vide. Sentant son cœur avoir un loupé, Shuuhei resta figé en échappant un hoquet d'horreur. Puis, il observa le visage ensanglanté de Kyouraku Shunsui se dévoiler devant lui alors que les infirmiers s'agitaient autour de lui pour lui prodiguer les premiers soins.
_Kyouraku-san, parvint-il à articuler d'un faible filet de voix en rejoignant la civière.
L'homme était conscient, ses yeux plissés, comme si le simple fait de les ouvrir était plus douloureux que toutes les blessures du monde. Il ne semblait pas pouvoir bouger mais ses pupilles glissèrent jusqu'à lui en l'entendant l'appeler. L'un des infirmiers tenta de l'éloigner mais la main de Kyouraku bougea et sembla se diriger vers lui.
_Sh... kun..., s'éleva un filet de voix aiguë que le capitaine de police ne parvint pas à identifier comme étant la voix de son supérieur.
_Que s'est-il passé ? Pourquoi est-il comme ça ? S'empressa-t-il de demander aux infirmiers qui pansaient une plaie ouverte sur l'abdomen du blessé.
_Je dirais qu'ils l'ont attaqué. Ils avaient besoin d'armes, d'habits civils et la salle de repos des gardiens est l'endroit idéal pour ça. Il était sans doute seul quand ils ont débarqué, expliqua le premier infirmier en fronçant les sourcils appliqué sur ses gestes.
_Ils l'ont tabassé, poursuivit l'autre en levant un œil sur Hisagi. Côtes cassés, tibia fracturé, son bras est aussi cassé en plusieurs endroits. Je ne m'attarderai pas sur son visage quant aux blessures internes... il nous reste à les déterminer. Nous devons l'amener à l'hôpital.
_Faites vite, les pria Shuuhei en dégageant la porte endommagé de leur passage pour qu'ils puissent transporter Kyouraku hors de la pièce jusqu'à l'ambulance dehors.
L'endroit était un carnage, un véritable film d'horreur avait dû se dérouler ici. Kyouraku s'était sans doute défendu, pensa Hisagi en jetant un œil aux casiers éventrés devant ses yeux. Bon sang, tout ça pour... pourquoi ? La panne d'électricité n'avait pu arriver inopinément, le système de relais aurait dû prendre le relais justement, il était fait pour ça ! Alors comment... ? Ce n'était pas un accident, avait-il tout de suite pensé en prenant sa voiture jusqu'ici. Quelqu'un avait délibérément débranché le système électrique de secours. Oui, mais qui ?
Il secoua la tête en admettant l'évidence : tout ceci allait vraiment déboucher sur une sale affaire ! La police allait être réquisitionnée pendant des jours, voire même peut-être la police des polices si Yoruichi continuait à demeurer introuvable. Trop de choses lui paraissaient être des coïncidences pour qu'elles ne le soient pas. Yoruichi et Barragan avaient-ils orchestré cette évasion ? Ou bien était-ce en rapport avec l'évasion récente de Grimmjow, et donc Aizen serait impliqué ? Il espérait bien que ça n'était pas la dernière solution, si Ichigo se retrouvait encore au milieu de la mêlée... lui qui n'avait rien demandé de plus qu'à rencontrer des prisonniers. D'ailleurs, ces mêmes prisonniers devaient se trouver dehors maintenant, et eux seuls savaient ce qu'ils allaient faire maintenant.
Il s'approcha de la fenêtre aux carreaux brisés de la pièce, inspirant profondément en laissant la lumière de la lune baigner son visage. Ces prisonniers... où comptaient-ils aller ? Ils étaient trop nombreux, trop bien fichés pour espérer s'échapper loin, quitter la ville ou même le pays. Il était certain que les plus malins s'en sortiraient et feraient une longue cavale, peut-être même ne les retrouveraient-ils jamais. Mais les autres ? Avaient-ils un but ? Une vengeance, quelqu'un à revoir ?
_Tch...
Il dodelina de la tête. Bien sûr qu'ils se rueraient chez leur famille, l'être aimé. Même Grimmjow l'avait fait. Il s'était échappé et avait ensuite désiré revoir Ichigo, et il avait foncé chez lui.
Soudain, il sursauta et tourna sur ses talons, une expression horrifiée sur le visage. Ichigo ! Ichigo était chez lui. Seul. Et ces types...
_Putain !
Il évacua la pièce au pas de course, sa main tâtonnant dans sa poche pour y trouver son portable et y pianoter un numéro rapidement. Toujours élancé il sortit des lieux et dépassa l'armada de secours et de forces de l'ordre pour rejoindre sa voiture. L'air paniqué et le cœur battant à tout rompre, le silence relatif qu'il trouva dans l'habitat de son véhicule ne fit que le rendre encore plus nerveux. Et quand la voix d'Ichigo retentit dans son téléphone il ne put dissimuler dans sa voix sa profonde inquiétude :
_Ichigo ! Où es-tu ?! Débita-t-il en démarrant sa voiture prêt à rejoindre le loft de son ex au quart de tour.
_Shuuhei..., répondit la voix hésitante de Kurosaki. Je...
_Ne bouge pas ! Surtout ne bouge pas ! N'ouvre à personne tu m'entends... J'aurais jamais dû partir et te laisser seul quand j'ai su... l'évasion a...
_Je sais, Shuuhei. Mais... c'est trop tard, lui répondit-il. Je... je suis déjà parti. Je suis avec... avec Grimmjow.
Un silence suivit ses paroles et Hisagi ne put s'empêcher de sentir une pique au cœur. Grimmjow... Il éprouvait une haine farouche envers ce type, mais au moins Ichigo était en sécurité. Tout du moins pour l'instant, pendant combien de temps Jaggerjack jouerait-il les innocents ? Il ne lui faisait pas confiance et refusait de lui laisser Ichigo. Mais il devait bien avouer qu'il était plus rapide que lui...
_Oh..., parvint-il à articuler. Où ça ?
_Je... j'en sais rien. On doit être sur l'autoroute en direction du sud et on...
Shuuhei sursauta soudain en entendant la voix lointaine de Grimmjow couper celle du rouquin :
_Ça va, tout va bien ! Si t'veux savoir où on est t'as qu'à lancer tes chiens à nos trousses, teme !
_Grimmjow ! Retentit la voix d'Ichigo visiblement en colère.
_Ichigo, tous les grands criminels du pays sont en liberté. Tu dois au plus vite rejoindre un endroit sécurisé. Comme un commissariat...
_Je te jure que la seule volonté de Grimmjow est aussi de m'emmener dans un endroit où je serai en sécurité, lui répondit-il de la voix la plus calme du monde malgré tout ce qui se produisait. Je sais que ces types en auront peut-être après moi.
_Bien. Avoir conscience du danger est déjà une bonne chose. Tu... Tu me diras où tu seras quand tu y arriveras ? Je me sentirai plus rassuré.
Il entendit un soupir prononcé de l'autre côté de la ligne et un minuscule acquiescement lui répondit :
_Ok.
_Et si tu as le moindre problème, appelle-moi !
_Ne t'inquiète pas pour moi.
_Justement...
_Je me sens plus en sécurité avec Grimmjow qu'avec n'importe qui.
Cette réplique lui transperça le cœur mais il feignit de ne pas l'avoir entendu.
_Bien. Prends soin de toi, Ichi.
_Toi aussi.
Et sur ces mots, l'écrivain raccrocha avant qu'il ne l'ait fait. Il n'était pas rassuré pour autant. Qui savait où Jaggerjack allait le conduire : dans un repère à yakuza ? Chez Aizen ? Pfff... Ichigo allait certainement être bien à l'abris des regards il n'en doutait pas, mais pour combien de temps Grimmjow serait-il capable de le tenir loin de tout ?
Il s'arrêta sur le bas côté sans arrêter le moteur de sa voiture, tentant de reprendre son souffle et ses esprits. Il avait du pain sur la planche ce soir et il fallait qu'il se reprenne. Tout s'entrechoquait dans son esprit, son inquiétude pour Ichigo, son envie de partir à la recherche du commissaire Yoruichi, son désir de prendre des nouvelles de Kyouraku... Et ses hommes sur le terrain laissés à l'abandon dans la prison, ils faisaient tout le boulot ! Et lui se morfondait alors que des criminels courraient les rues. Il fallait qu'un état d'urgence soit décrété... Mais c'était le Maire qui devait agir, et s'il pensait que Barragan était à l'origine de tout cela comment pourrait-il obtenir une solution venant de lui ? Non. Il fallait qu'il court-circuite tout de ce petit monde, il fallait qu'il tape plus haut. Et seul Kyouraku pouvait l'y aider.
Il lâcha son portable et plaqua ses mains sur le volant, la tête baissée. Oui, Kyouraku saurait quoi faire ! Si seulement il était toujours en vie. Et s'il ne l'était plus... qui l'aiderait ? Kensei ? Non... pas la moindre chance. Hirako ? Plutôt rêver ! Il n'avait plus personne à part Kyouraku.
Il posa son pied sur la pédale d'embrayage avant de passer la première vitesse et de s'engager à nouveau sur la route. Prenant la route de l'hôpital, il espérait simplement qu'aucun évadé avait déjà fait des siennes...
Grimmjow avait pris une petite bretelle qui les éloigna de l'autoroute et qui filait entre de grandes étendues d'usines et d'anciens quartiers industriels. Le paysage avait radicalement changé et Ichigo ne perdait aucune miette du voyage. Il lui semblait qu'ils roulaient depuis des heures mais il n'en était rien. Sûrement parce qu'il aurait aimé que ce voyage dure des heures, rien que Grimmjow et lui seuls au monde dans une voiture qui filait au bout du monde... Ça sonnait comme un rêve. Mais il avait bien conscience de la réalité : la ville de Tokyo venait de se transformer en un gigantesque repère de criminels en liberté. Combien y aurait-il de vols, de meurtres et de viols cette nuit à cause de tout ça ? Il ferma les yeux, en tentant de se convaincre que la police de la ville était assez puissante pour contenir tout cela. Tout ce qu'il espérait c'était que les autorités et les politiques sauraient agir vite. Mais cela impliquait que Barragan le Maire et Yoruichi la commissaire fassent leur boulot. Et ça ne semblait pas être leur tasse de thé...
De plus, le coup de fil de Shuuhei l'avait inquiété, surtout que depuis Grimmjow s'était muré dans un silence qui laissait présager une colère noire. Qu'aurait-il dû faire ? Ne rien lui dire, ou carrément ne pas lui répondre pour qu'il remue ciel et terre afin de le retrouver ? Non. Si Shuuhei savait qu'il était en sécurité tout irait bien. Il ne ferait rien de dingue. Tout du moins pour l'instant.
Après plusieurs minutes sur une route sinueuse, mal bétonnée et abimée, une grande bâtisse semblable à un immense manoir que l'on verrait dans les films d'épouvante, s'éleva devant eux. La voiture s'engagea dans une allée faite de graviers après avoir franchis deux grandes portes de ferraille ouvertes. Grimmjow gara la voiture à côté dune berline sombre devant les escaliers de pierres conduisant à la porte d'entrée de la demeure.
Choqué, Ichigo observa les yeux écarquillés l'immense maison aux quatre étages et aux pierres apparentes qui se dressait devant lui, telle une menace. Alors c'était ça la demeure d'Aizen ? Elle lui ressemblait, aucun doute là-dessus : mystérieuse, sombre et flippante !
Il ne lui avait fallu que peu de temps pour comprendre où Grimmjow le conduisait, après avoir aperçu au bout de la route cette grande maison à l'allure sinistre. Et il avait demandé tout haut si ses suppositions étaient bonnes. Son conducteur n'avait pas cherché à lui mentir et encore moins à lui cacher que Aizen était sorti de la ville pour affaires, pendant une période indéterminée. Ce qui laissait Grimmjow maître des lieux ou presque, puisque le chef yakuza avait remis entre ses mains le droit de diriger tout ce petit monde.
Se retrouver chez Aizen avait quelque chose d'inquiétant, mais tant qu'il y était avec Jaggerjack et que le yakuza était hors de la ville, il n'avait sans doute aucune inquiétude à avoir. Bien que la demeure devant ses yeux continuait à lui donner des sueurs froides. Dès qu'ils eurent mis un pied en dehors de la voiture, trois hommes costumés de noir et à l'allure de farouches yakuzas sortirent de la maison et accoururent vers eux. Ils se rangèrent en ligne à quelques mètres d'eux et se plièrent presque en deux pour saluer Grimmjow qui ne leur accorda même pas un regard. Ichigo quant à lui, surpris par cette démonstration de respect resta figé quelques instants avant de suivre le bleuté sur les marches qui menaient au perron.
_Qu'est-ce qu'ils font ? Demanda-t-il en jetant un dernier regard aux hommes qui leur avaient emboité le pas.
_C'qu'on leur a dit d'faire certainement, répondit-il en haussant les épaules.
Ce fut comme s'il avait pénétré une autre dimension. La demeure d'Aizen était encore plus grande qu'elle n'y paraissait de l'extérieur. Une employée vint immédiatement prendre leur manteau et leur demander s'ils désiraient dîner, ou bien autre chose. Mais Grimmjow l'envoya balader et lui demanda de la fermer.
Ils montèrent au premier étage, par un immense escalier de pierre recouvert d'un tapis de velours rouge. Ils poursuivirent en empruntant un escalier maintenant plus étroit jusqu'au quatrième étage. Interloqué et curieux, Ichigo observait chaque recoin de la vaste demeure quitte à en perdre la vue, et à sentir sa tête tourner sous le trop plein d'informations, de meubles, de décorations et de découvertes. Quand Grimmjow ouvrit la seule porte qui se trouvait sur le palier du quatrième étage, Kurosaki l'observa avec un intérêt tout nouveau :
_J'habite là. C'mon étage. Aizen me l'a réservé, pas depuis longtemps mais... c'est mes quartiers privés comme il dit.
Il poussa la porte et invita le jeune homme à pénétrer dans ce qui ressemblait plus à un petit appartement qu'à une simple chambre de bonne. Certes la pièce était plus petite que son loft, mais elle possédait un beau volume sous les toits de la maison aux poutres apparentes. Le plafond se trouvait à trois mètres au-dessus de leur tête et le plancher qui recouvrait le sol se mit à craquer tandis qu'ils avançaient tous deux dans l'espace sombre. Grimmjow alluma la lumière et Ichigo se dirigea vers une immense cheminée ancienne sur laquelle le bleuté avait installé toute une armada de photographies mises en évidence dans des cadres.
Émerveillé, il se rendit alors compte que c'était la toute première fois qu'il pénétrait son intimé de la sorte. La vie de Grimmjow, son monde était enfin là devant lui, à sa portée et il en faisait partie. Il l'avait enfin invité à faire partie de tout ça et il n'y avait pas de meilleur sentiment. Il se sentait chanceux, heureux et transporté par une sorte de félicité rare. Les photos affichaient des personnes qu'il ne connaissait ni d'Eve ni d'Adam sauf ce jeune adolescent aux cheveux bleus dont le large sourire aux dents blanches ne pouvait être confondu avec celui de quelqu'un d'autre. Grimmjow adolescent, posait devant un immeuble des quartiers mal famés de Tokyo, un jeune homme à ses côtés. A droite, un autre cliché le montrait au milieu d'un groupe d'hommes plus âgés et visiblement plus mélancoliques que lui. Pourtant, son visage rayonnait. Sur chaque image il n'y avait que lui qui crevait la photographie, que lui qui attirait le regard de Kurosaki.
_La première fois qu'j'ai rencontré Aizen..., commenta-t-il alors qu'Ichigo s'était figé devant une photo de Grimmjow posant fier et heureux avec un Aizen protecteur dont la main pesait sur l'épaule de son protégé.
_On dirait que tu as... quel âge as-tu là-dessus ? Demanda-t-il en prenant le cadre photo entre ses mains.
_Quinze ? P'tet quatorze j'sais même plus. Il finançait une partie d'l'orphelinat dans l'quel j'étais. Comme ça qu'on s'est rencontré.
_Bon sang... Qu'est-ce que tu pouvais être beau !
Grimmjow échappa un ricanement et Ichigo se reprit en s'éloignant des clichés :
_Enfin je veux dire... Tu l'es toujours, crois-moi. Seulement... tu es différent.
_Différent ? Répéta l'autre, intrigué par ses déclarations.
_Oui. Il y avait quelque chose dans tes yeux à cette époque qui semble moins... tragique. Peut-être. Difficile à dire, mais je le sens.
_J'serai plus jamais ce Grimmjow-là, lui dit-il avec une pointe de déception dans la voix en s'asseyant sur le canapé d'angle non loin. Et ça fait longtemps que j'le suis plus. J'pouvais pas me permettre d'le rester. Être un yakuza implique des changements.
_Grimmjow... Pourquoi tu m'as ramené ici ? Est-ce qu'Aizen est...
_Aizen est absent, le coupa-t-il en retirant ses chaussures avant de placer ses pieds sur la table basse. Pour combien d'temps j'en sais rien. Mais assez longtemps pour que tout ça s'calme. Quand ils auront repris les évadés t'pourras rentrer chez toi.
L'orangé soupira profondément en détournant les yeux. Combien de temps cela prendrait-il ? Bien qu'il ne détestait pas cette situation, très loin de là, il se doutait fort bien que ça ne serait pas la même chose lorsqu'Aizen serait de retour entre ces murs. Il le pousserait très certainement à accepter d'aider ses petites affaires et surtout de lui ouvrir la route pour les élections.
_Où est parti Aizen ? Questionna-t-il soudain en s'avançant vers la fenêtre la plus proche.
Elle donnait sur le jardin de derrière plongé dans le noir, et il avait beau plisser les yeux pour tenter d'en discerner les limites la nuit noire l'en empêchait.
_Pourquoi, ça t'intéresse ? Lui répliqua Jaggerjack en laissant tomber sa tête contre le dossier du canapé.
_Je ne sais pas, je m'interroge c'est tout, lui dit-il en haussant les épaules. Il part au même moment que l'évasion... Tu ne trouves pas ça bizarre ?
_Amour, Aizen est toujours bizarre. Qu'il soit parti au même moment est p'tet aussi qu'une coïncidence. Tu dois arrêter d'te poser un milliard de questions.
Il lui fit signe de venir s'installer à côté de lui. Ichigo ne se fit pas prier et s'assit sur le canapé, hanche contre hanche avec lui, tentant innocemment de se blottir plus étroitement contre lui. Cette situation et cette intimité ne dureraient pas éternellement il devait en profiter, non ?
_Je peux au moins appeler ma famille ? Leur dire que je vais bien ? Mon père va s'inquiéter.
_Évidemment, lui souffla-t-il en passant un bras autour de ses épaules. Et si t'as faim ou soif...
_Pourquoi tu es si attentionné et dévoué tout à coup, hein ?
Les yeux ambrés se levèrent jusqu'à lui et Grimmjow détourna le visage feignant de hausser les épaules pour prouver une indifférence inexistante. Il fronça les sourcils, comme s'il venait de se rendre compte de ses actes et de leurs conséquences.
_J'sais pas. T'as quand même eu une sale journée avec ces cinglés qui t'ont couru après, jusque chez toi. J'ai juste... envie de... d'te faire oublier.
_Je vais bien, Grimmjow, murmura-t-il en étirant un sourire béât de bonheur total. Très bien... Je suis avec toi.
L'autre émit un son indescriptible, entre le ricanement et l'étouffement dû à la surprise. Mais le silence reprit bientôt son droit et ils restèrent serrés l'un contre l'autre étroitement, leurs paupières se fermant doucement et le sommeil les gagnant. Ichigo savait que tout ce qui s'était produit ce soir était inquiétant, terrible même mais il n'y pouvait rien pour l'instant. Cette évasion, tous ces criminels en liberté à présent... la ville allait plonger dans une peur panique incommensurable et lui se retrouvait dans cette forteresse gardée par des yakuzas armés jusqu'aux dents un garde du corps rôdé à ses côtés. Oui, il était en sécurité et il n'en avait pas honte.
Lorsqu'il rouvrit les yeux, éveillé par les mouvements de Grimmjow il eut du mal à se rappeler où il était. En découvrant l'intérieur des quartiers du bleuté tout lui revint en mémoire et il observa le locataire des lieux se lever et fouiller dans sa poche. Frottant son visage d'une main il s'étira puis jeta un œil par la fenêtre. Il faisait toujours nuit noire et l'horloge au-dessus de la cheminée de pierres indiquait quatre heures vingt et des poussières. Grimmjow était plongé dans son portable, fixant l'écran en se grattant l'arrière de la tête. Lorsqu'il tourna enfin son visage dans sa direction, Kurosaki saisit immédiatement son tourment :
_Quoi ? Demanda-t-il.
_Faut qu'j'y aille...
_Quoi ?! Répéta-t-il en écarquillant les yeux. Maintenant ?! Mais...
_Désolé. Une urgence. Quand Aizen est pas là j'gère les merdes.
Il soupira en se passant une main dans ses cheveux bleus en désordre. Il n'avait pas vraiment envie de s'en aller mais il le devait, et Ichigo le savait bien lui aussi. Il revint vers lui et lui désigna le grand lit, king size, qui se trouvait dans la pièce adjacente puis le téléphone au mur. S'il composait le un, l'un de ses hommes lui répondrait et il pourrait demander tout ce qu'il voudrait. La salle de bain se trouvait juste à côté de la chambre et s'il avait le moindre soucis, il pouvait toujours l'appeler sur son portable même s'il ne le lui conseillait pas.
_Pourquoi, tu vas où ?
_J'sais pas bien, répondit-il. On vient d'me laisser un message. Difficile à décrypter surtout que j'capte qu'un kanji sur... quatre ! Mais j'crois qu'un fournisseur d'Aizen a eu des emmerdes avec...
_Avec quoi ? Fournisseur de quoi ?
_Tu sais quoi ? J'pense qu'vaut mieux qu'tu saches rien d'tout ça.
Ichigo n'en demanda pas plus et acquiesça silencieusement, encore dans les brumes du sommeil. Il observa Grimmjow quitter la pièce puis se dirigea vers le lit sans demander son reste. Le matelas était presque aussi agréable que celui de son propre lit. Et il s'endormit là, habillé, couché sur le ventre en se demandant ce que Grimmjow pouvait bien faire.
Lorsqu'il se réveilla, le soleil était déjà haut dans la ciel et il était toujours seul. Il remua doucement, mal à l'aise dans son jean et son tee-shirt de la veille qui semblaient l'avoir gêné pendant la nuit. Il se frotta les yeux et s'assit sur le bord du lit, recouvrant ses esprits et surtout se demandant pourquoi il s'était laissé attirer là-dedans. Il inspecta l'espace sans trouver de traces du bleuté, et il se dirigea vers la porte d'entrée pour tenter d'en savoir plus. Les employés d'Aizen devaient certainement savoir où il était passé. Mais en tentant d'ouvrir la porte il remarqua que celle-ci était verrouillée, de l'extérieur. Il essaya bien de tirer sur la poignée pendant de longues secondes mais celle-ci refusa obstinément de s'ouvrir. Il frappa, donna des coups de poings contre la surface dure en appelant à l'aide mais personne ne lui répondit.
_Il y a quelqu'un ?! Ouvrez ! Ouvrez-moi ! Grimmjow ! GRIMMJOW !
Il commença à paniquer et se retourna subitement pour inspecter l'endroit. Pourquoi Grimmjow l'avait-il enfermé ici ? C'était au-delà de la simple protection, c'était... de l'emprisonnement ! Mais non, Grimmjow n'était pas capable de lui faire ça, n'est-ce pas ? Quoique, il en venait à douter, pensa-t-il en se mordillant la lèvre. Il avait l'air capable de tout quand il s'agissait de sa sécurité. Certes, le voir si protecteur le rendait heureux, et emplissait son cœur d'un souffle nouveau mêlé de courage et d'amour, mais c'était tout nouveau pour lui. Si Grimmjow avait véritablement l'intention de le protéger, de le garder à l'écart du monde pendant que les évadés couraient dehors il aurait pu lui en parler ! Ichigo aurait bien fait tout ce qui lui aurait demandé, i compris se faire enfermer ici.
Mais quelque chose lui laissait à penser que tout n'allait pas comme le bleuté l'espérait. Il l'avait lu au fond de ses yeux cette nuit avant qu'il ne parte précipitamment, prétextant un quelconque "fournisseur" d'Aizen. Il avait eut l'air plus que préoccupé et ce n'était pas son genre. S'il croyait pouvoir lui cacher des choses il se mettait le doigt dans l'œil ! Il commençait à le connaitre ce grand gaillard aux cheveux bleu qui donnait l'impression de ne jamais s'en faire, et il savait pertinemment que quelque chose de très important le contrariait. Bien plus que ces prisonniers en liberté.
Il décida de prendre son mal en patience, que pouvait-il faire à part rester là et ne rien faire en attendant qu'il ne rentre ? Il se trouva d'ailleurs bien calme en s'asseyant à nouveau sur le canapé en jetant un œil par la fenêtre. Il patienta pendant près d'une heure, occupé à remettre en ordre ses pensées et ce qui s'était produit la veille. Il espérait que personne n'avait vu les deux évadés chez lui et encore moins dans leur état : assommés. Et s'il était porté disparu, ça serait Grimmjow qui serait le plus dans la panade. Mais par chance, Jaggerjack avait envoyé un homme faire ce qu'il fallait et Shuuhei était au courant qu'il était ici. Personne ne chercherait plus loin.
Il prit le temps d'appeler son père à Karakura, sans pour autant lui parler des intrusions de Renji et Mayuri chez lui, ni qu'il avait quitté son appartement. Il se contenta de le rassurer et de ne pas s'éterniser sur les évasions de ses anciens élèves. Pendant sa conversation téléphonique il avait fait les cent pas, inconsciemment, et s'était approché de la fenêtre qu'il avait tenté d'ouvrir sans succès. Après avoir raccroché, il s'éternisa sur la poignée de toutes les fenêtres de l'étage, se rendant alors compte qu'elles étaient toutes condamnées, sans exception.
_Grimmjow..., grogna-t-il en serrant les dents espérant qu'il aurait une bonne explication à lui donner.
Il composa le numéro de Jaggerjack, bien décidé à lui demander des explications, et à exiger des réponses surtout. Mais il tomba directement sur sa boîte vocale et laissa un message des plus enragés :
_Je peux savoir pourquoi je suis enfermé chez toi ?! La porte, les fenêtres tout est verrouillé, Grimmjow ! Tu as intérêt à avoir une bonne explication et ne me sors pas l'excuse des évadés, je veux la vérité ! Je ne suis pas un animal en cage nom d'un chien !
Mais son message agacé n'avait pas eu d'effet, puisqu'il passa le reste de la journée seul, enfermé. Il reçut un coup de téléphone vers midi, au téléphone mural qui se trouvait près du canapé, mais ne daigna pas décrocher, cantonné dans une rage intérieure qui ne manquerait pas d'exploser dès qu'il verrait Jaggerjack.
En milieu d'après-midi il entreprit d'explorer plus attentivement les lieux et s'attarda sur la bibliothèque qui n'avait guère attirée son regard lors de son arrivée. Et pour cause, elle était petite, une dizaine d'ouvrages seulement et n'était pas mise en évidence dans la pièce, poussée dans un coin sombre près du mur de la porte d'entrée, ce meuble semblait laissé à l'abandon. Pourtant, lorsqu'il ouvrit la porte vitrée donnant accès aux étagères, il se figea un long instant.
Seuls ses ouvrages étaient présents. Tous, sans exception. Tous les livres qu'il avait écrits étaient alignés, en édition romaji, et non en kanji qu'il savait que Gimmjow avait encore du mal à déchiffrer. Il prit en main l'un des livres et l'ouvrit, à moitié entre la surprise et l'attendrissement de retrouver l'intégralité de son œuvre chez l'ex-prisonnier. Il feuilleta le bouquin et remarqua quelques notes de-ci de-là écrites d'une main hésitante, celle de Grimmjow il n'en doutait pas. Il devait très certainement travailler sa lecture et son écriture seul d'après ce qu'il en voyait. Ou alors il cherchait tout simplement à lire ses romans, à comprendre ses histoires et ça le touchait bien plus qu'il ne voulu l'admettre sur le moment. Bon sang... Grimmjow aussi voulait faire partie de son monde ! Il voulait le comprendre et tentait de lire ses œuvres, alors qu'une semaine plus tôt il ne connaissait que les kanjis du nom d'Aizen et les siens !
Il était profondément étonné et en même temps fier. Grimmjow se servait de ses livres pour apprendre à écrire... Et cela le touchait d'autant plus qu'il semblait vouloir lire tout ce qu'il avait écrit, comme si seuls ses romans trouvaient grâce à ses yeux. Cette pensée chassa tout élan colérique de son esprit et il serra le livre contre son torse en étirant un sourire tendre.
_Oh... Grimmjow..., chuchota-t-il en dodelinant de la tête. Même quand je suis enragé contre toi, tu arrives encore à me surprendre...
Le bruit d'une porte qu'on déverrouille le fit soudain sursauter et il s'empressa de replacer le livre à sa place tandis que la porte s'ouvrait. Il refermait la bibliothèque quand Grimmjow pénétra dans l'espace, envoyant claquer fortement la porte en la refermant d'un coup de main agacé. Il retira sa veste qu'il envoya valser sur le canapé et s'immobilisa en apercevant le rouquin sur sa droite, devant la fenêtre. Ils s'observèrent un instant, Ichigo ignorait s'il avait eu son message, mais sa colère bien qu'atténuée était toujours là. Le silence pesa sur leurs épaules pendant un long moment et dans ses yeux, le rouquin comprit qu'il avait eu son message et qu'il n'était pas prêt à se laisser parler comme ça sans répliquer.
_J'vais pas l'répéter dix fois, alors ouvre grand tes p'tites oreilles, mon chat, commença-t-il d'une voix agacée en pointant son index sur lui. Tu rest'ras enfermé ici aussi longtemps que j'le voudrais, compris ? Tant qu'c'est types s'ront tous dehors il est absolument hors d'question qu'tu sortes de c'te pièce !
Ichigo allait répliquer, son regard noir et ses poings serrés, quand il remarqua l'attitude de son interlocuteur. Il s'était appuyé contre un meuble et ses épaules s'étaient affaissées comme s'il portait toute la misère du monde sur ses épaules. L'écrivain comprit qu'il avait eu raison : quelque chose tracassait Grimmjow et ça semblait plutôt important. Il lui tournait le dos mais il voyait ses omoplates s'affaisser au rythme de sa respiration et même sa voix avait une pointe de nervosité totalement étrangère.
_Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a quelque chose que tu ne me dis pas, Grimmjow et je n'aime pas ça, dit-il d'une voix emplie de reproches.
_C'qu'y a c'est qu'j'ai assez d'emmerdes comme ça sans qu'en plus tu veuilles t'faire la malle ! Répliqua-t-il, tendu en se tournant vers lui. Et t'es même pas capable d'comprendre pourquoi j'fais tout ça !
_Si, si je comprends, je te le jure, reprit-il en avançant vers lui tentant de le convaincre. Mais... mais... tu aurais dû m'en parler avant, j'aurais été d'accord. J'apprécie que tu prennes soin de moi, seulement je... j'aimerais que tu sois honnête. Je ne suis pas un... une sorte de gosse que tu veux garder à l'abri parce qu'il a fait une bêtise ! Je comprends la situation et je peux comprendre ton envie de me garder à l'abri. Juste, dis-le moi la prochaine fois.
Jaggerjack soupira, essayant de cacher la surprise qu'avait causé son monologue. Il acquiesça d'un signe de tête puis passa rapidement sa langue sur ses lèvres avant d'étirer une grimace qui n'échappa pas à Ichigo. Le jeune homme se recula, aïe quelque chose clochait définitivement et il allait le lui révéler... Il était prêt à plaquer une main sur sa bouche pour ne pas l'entendre, il avait assez d'embêtements comme ça. Mais... s'il voulait vraiment faire partie de sa vie, ils devaient partager bien plus tous les deux, et il savait qu'il allait devoir s'acclimater - pour un temps - aux problèmes de yakuza de Grimmjow.
_Aizen est pas parti en voyage d'affaires, expia-t-il en baissant les yeux rapidement. J'ai menti...
Le cœur de Kurosaki eut un raté soudain et le temps sembla se suspendre tandis qu'il attendait la suite de sa phrase.
_Les hommes savent rien. Ils croient qu'il est parti en Chine pour... j'sais pas quoi. Mais... la vérité c'est qu'ça fait trois jours, trois putain d'jours qu'il s'est volatilisé. Pas d'nouvelles. Son portable est coupé. Personne sait où il est... Ses collaborateurs deviennent fous et c'est sur moi qu'ça r'tombe. J'sais pas quoi faire, j'sais plus quoi faire. J'suis pas prêt, Amour...
Son regard désespéré et ses paroles teintées de détresse frappèrent Ichigo de plein fouet. Il avait l'air sérieusement atteint, comme jamais il ne l'avait vu avant. Il sut alors qu'il devait le soutenir, peut-être. Il n'allait certainement pas l'envoyer paître alors qu'il avait cette tête-là ! Il voulait le serrer dans ses bras, comme on le ferait avec un enfant qui aurait perdu son ballon...
_Co... comment ça il s'est volatilisé ? Parvint-il à demander.
_Il a disparu, comme ça ! Lui répondit-il en claquant des doigts devant son visage. J'sais pas pourquoi, j'sais pas comment. J'suis pas prêt... c'trop tôt.
_Pas... pas prêt à quoi, Grimmjow ? Pourquoi tu ne serais pas... prêt ?
Instinctivement il avait reculé d'un autre pas après avoir posé sa question. Parce que la réponse semblait couler de source, il pouvait presque le sentir dans l'ambiance, sur son visage, dans ses yeux. Il ne le lui avait jamais dit, mais il l'avait toujours su...
_Parce que j'suis son successeur. Parce qu'il m'a désigné aux yeux de tous comme son héritier. S'il r'vient pas, j'vais dev'nir un putain d'chef d'clan yakuza, Ichi.
Et c'était ça, la pire de toutes les prisons.
