Chapitre 3
Je me tenais au milieu de la pièce, toujours en état de choc, quand la salle se calma, tout le monde se tournant vers le Prince Hiccup. Je ne l'avais pas entendu arriver, mais sa présence était comme un calme avant la tempête. Il y avait quelque chose qui nous montrait qu'il n'était pas tout à fait là, comme s'il était dans un rêve, mais il restait conscient. Il se tenait la tête haute, en quelque sorte, avant qu'Aster ne se tourne vers lui, pour lui donner des nouvelles. Je ne pouvais pas entendre ce qu'il disait, mais je savais que ce serait l'essentiel. Le visage d'Hiccup se tordit en un clin d'œil, de confusion au début, puis finalement, d'une terrible tristesse. Il n'a pas versé une larme, même quand il se dirigea vers la table où le corps de sa mère reposait. Tous les yeux étaient braqués sur lui, alors que ses lèvres étaient pressées dans une ligne serrée.
''Quelqu'un... trouvez mon père, il devrait être dans la ville avec le grand maître chevalier, et quand il sera au courant... faites en sorte que les cloches de l'église sonnent.''
Quelques fonctionnaires quittèrent la salle pour faire comme il l'avait demandé, tandis que les femmes continuaient de pleurer dans les coins de la pièce. Le prince leva la tête.
''Aster... apporte quelques lys, s'il te plaît. C'était ses favorites.'' Dit-il.
Aster hocha la tête, et me fit signe pour que je le suive. Après ces paroles, le prince se hâta de sortir de la salle. J'eus un aperçu de son visage tandis qu'il ouvrait la porte, apercevant celui-ci totalement dénué d'émotion, comme s'il les retenait. Il était plus fort que je ne l'en aurais cru capable. Peut-être qu'il était encore sous le choc, qu'il n'avait pas réalisé ce qui venait de se passer, pourtant, ses lèvres pincées affirmaient le contraire. Il s'était fabriqué un masque, pour sauver les apparences. Je me suis soudain demandé quel était son véritable visage. Était-il rayonnant, comme lors de notre première rencontre ? Trop sympathique, comme avec les filles ? Ou encore maladroit, comme lors de notre balade à cheval ? Qui était le véritable Prince Hiccup ? J'y ais pensé, et me suis alors rendu compte que le visage qu'il m'avait montré... était le vrai lui.
Dieu seul savait pourquoi, mais mes bras voulaient réconforter la famille royale. Il était évident qu'il allait être blessé pour une longue période. Il quitta la salle avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, je n'avais même pas eu le temps de me précipiter vers la porte. Je suivis alors Aster, qui me conduisit à travers les couloirs, m'entraînant dans l'un des jardins. La lumière du soleil semblait terne, comme si elle était trop triste pour briller de mille feux. Nous cueillions le plus de lys possible, les posant dans les creux de nos bras. Leur pollen jaune et rouge profond tombait sur nos chemises, comme de la farine colorée, laissant des petites tâches de couleur rouille. Elles sentaient merveilleusement bon, mais l'on pouvait distinguer une odeur qui n'était pas là avant, une odeur synonyme de fin.
''Aster... tu penses que c'était qui ?''
Il souffla, renfrogné, fixant les fleurs avec tristesse, son regard argent terni.
''Je n'en ais pas la moindre idée... mais qui que ce soit, il mérite pire que ce que chacun d'entre nous sur Terre pourrait lui infliger. Valka était une femme bien... une femme merveilleuse, et par-dessus tout, une sublime reine. Dieu sait à quel point elle était fantastique, une excellente mère, bien qu'un peu trop protectrice. Je... ne peux pas imaginer comment Hiccup prend tout cela. Pour son bien... pour lui plus que tout, j'espère qu'ils vont trouver le bâtard qui a fait ça.''
J'avais appris au cours des derniers jours qu'Aster était grognon, et qu'il s'énervait souvent sans aucune raison, mais là, je voyais ce que c'était pour lui d'être véritablement en colère. Il ne criait pas, mais sa voix ressemblait à un grognement sourd, qui ferait frémir n'importe qui. Oubliez les regards : Aster pouvait tuer avec des mots.
Lorsque que nous eûmes tous deux un grand bouquet de lilas, nous les mirent dans des vases (habituellement réservés pour cette partie du château). En revenant dans la chambre où la reine morte avait été traitée par un médecin du château, ça avait été difficile pour moi. Je ne voulais pas voir de cadavres, encore moins de personnes que je ne connaissais pas. Ils me mettaient mal à l'aise, ramenant des souvenirs indésirables des croisades. Aster demanda au médecin et à deux autres servant où serait placée la reine. Ils dirent qu'ils allaient la transporter dans une autre chambre, afin que le roi et le prince, ainsi que d'autres membres de la royauté, lui fasse leurs prières et leurs adieux. Nous les suivîmes, tandis qu'ils portaient la feu reine à ladite chambre. Avec Aster, nous plaçâmes les fleurs de chaque côté d'elle, sur les deux tables de chevet. Incapable de contenir ma curiosité, je jetais un œil à la feue reine.
Ses yeux avaient été fermés, et j'en étais reconnaissant. Beaucoup de gens diraient qu'elle était seulement en train de dormir paisiblement, mais je détestais cette observation exagérée. Ils avaient dit la même chose lors de la mort de ma mère. Dormir ? Qui se réveille de la mort ? Mes sourcils froncés faisaient un nœud dans mon front. Pourquoi tous ces souvenirs revenaient maintenant ? Je les avais réprimés pendant des années, me concentrant seulement sur moi-même et le chemin à parcourir. Avancer était tout ce qui comptait, rien d'autre. Qu'est-ce que je fais maintenant que je ne faisais pas avant ? Me demandais intérieurement.
Je suis sûr qu'elle avait été une magnifique femme quand elle était vivante. Je me demandais si ses joues auraient pris la même teinte colorée que celles de son fils. Elle lui avait sûrement transmis les taches de rousseur ornant leurs joues et leurs mains. Ma curiosité rassasiée, je me détournais rapidement. Nous sortions de la pièce, quand nous entendîmes des bruits de pas dans le couloir. Ils s'approchaient rapidement, mais Aster les reconnut immédiatement.
''Reste sur le côté, Jack.'' Chuchota-t-il, en marchant, son dos collé au mur.
Je le suivis, me demandant pourquoi il m'avait dit ça. Puis les bruits tournèrent au coin, et un homme avec une longue barbe rouge, les yeux terrifiés, arriva en courant vers la porte, rentrant dans la chambre que nous venions de quitter. Quand lui et d'autres hommes disparurent à l'intérieur de la pièce, Aster prit les escaliers des serviteurs, redescendant vers les petits logements qui nous avaient été fournis.
Le couloir était bruyant, et je pris note de l'absence de personnel dans la cuisine.
''Assurément, ce n'est pas le chef Sheepmeade !''
''Non... je ne pense pas que ce soit lui... Peut-être un de ses assistants ?''
''Bien, Fishlegs ne le ferait pas. Il est bien trop stupide pour penser à ce genre de chose ! Que faire si c'était le jardinier ?! Non ! Impossible. Aster ne ferait rien qui puisse blesser le prince... et encore moins la reine... il était son plus fervent fanatique après tout...''
J'essayais de voir la réaction d'Aster à ce moment précis des ragots, me demandant ce que la femme voulait dire par là. Il tressaillit légèrement, mais son visage resta avec le même froncement de sourcils que quand on avait appris les nouvelles. Je fis une image mentale de la femme, la sauvegardant pour plus tard, si jamais Aster ou moi avait besoin d'un allié. Impossible de blesser, de toute façon. Enregistrer les visages était juste une autre habitude quand on fuyait.
Nous étions revenus à la cabane du jardinier, sur le côté du château, où nous avions pris nos outils et notre matériel. Aster ne disant rien, nous avions commencé à travailler la terre. Il m'avait mis sur le côté. Habituellement, il m'aurait repris sur deux ou trois choses qui n'allaient pas, mais maintenant, il se contentait de corriger mes erreurs, toujours silencieusement. Je le laissais seul dans ses pensées, évitant de rompre le silence. Je détestais le calme, il me rappelait sans cesse qu'il y avait des pensées que j'essayais d'oublier. Le soleil tapait dans mon dos, à travers ma chemise et mon chapeau de soleil. Plut tôt, Aster avait ri en me voyant avec le chapeau, beaucoup trop grand pour moi, mais je lui avais expliqué mon aversion pour les coups de soleil, et il avait hoché la tête en signe de compréhension.
Je sentais la saleté sous mes mains. Les souvenirs indésirables avaient également apporté les sentiments honnis. Mon cœur était lourd, et il avait coulé si loin dans mon estomac que le déjeuner avait vite été oublié. Aster ressentait la même chose, mais il ne fit pas une seule remarque, alors nous avons continué à travailler, pensant que nous aurions perdu trop de temps à manger.
Je me sentais comme si quelque chose avait été déchiré à l'intérieur de moi. Pourquoi tout ces gens étaient-ils agglutinés autour de moi ?! Dieux, je voulais qu'ils disparaissent. Je voulais- non, j'avais besoin- d'être seul. Les larmes étaient toujours présentes, piquant mes yeux. Je ne voulais pas pleurer devant ces gens. Ils avaient tous été pleurer auprès de ma mère. Pourquoi devraient-ils pleurer ? Ils l'avaient fait pour attirer l'attention sur eux, pour montrer leur fausse compassion. Je les détestais de faire quelque chose de si égoïste. Ils ne me laissèrent pas partir loin comme je l'avais voulu. Au lieu de ça, ils avaient gardé leurs excuses et leurs témoignages incessants. Tout ce que je voulais, c'était aller voir ma mère... enfin ce qui restait d'elle.
Dès la première occasion, j'étais sorti de la foule, prétextant que j'allais aux toilettes. Á l'intérieur, je me lavais les mains, regardant dans le miroir. Les gens avaient toujours dit que ma mère et moi étions identiques. Je la retrouvais dans la forme de mon visage, et dans les taches de rousseur sur mes joues. Nous avions aussi le même rire. Il était difficile d'accepter le fait qu'elle soit partie. Je devais la voir... la voir une dernière fois, pour moi-même.
Quelque part, dans un coin de mon esprit, je savais qu'elle avait disparu. Je ne voulais juste pas le reconnaître. Je gardais les mains sous l'eau, le savon à l'intérieur, puis le relâchait de nouveau dans le bol. Impossible de me calmer. Je pris une poignée d'eau et éclaboussais mon visage, puis une autre, et encore une autre, en essayant de laver quelque chose qui n'existait pas.
''Tu dois te ressaisir.''
Je me le suis dit autant de fois qu'il fallait pour pouvoir enfin arrêter de laver mon visage, puis me le séchait, ainsi que mes mains. En revenant de la salle de lavage, je fus une nouvelle fois bombardé par une nouvelle vague de nobles. Je ne leur ais accordé aucune attention cette fois, marchant vers la chambre de ma mère, leur disant que je devais être tout sauf ici. Je me promenais dans les couloirs bondés, occupés avec des gens qui vont et viennent, essayant de jeter un œil à ma mère. Plus j'avançais et plus la foule devenait dense, mais quand ils ont vu qui j'étais, ils m'ont vite laissé le passage. Sans le savoir, j'arrivais à la porte derrière laquelle ma mère reposait. Deux gardes étaient dehors, poussant les nobles curieux du chemin. Ils étaient sur le point de me traiter de la même manière, avant de voir mon visage.
''Prince Horrendous... Votre père est parti. Vous pouvez rentrer à l'intérieur maintenant.''
Prenant une profonde inspiration, j'essayais de me calmer, avant de voir la scène derrière la porte. Un des gardes l'ouvrit, me permettant de rentrer. Je m'y suis alors introduit : la chambre était plongée dans le noir; les rideaux avaient été tirés. Le léger parfum de lys frappa mes narines. Il me rappela mon enfance, du temps où ma mère venait me regarder durant mes leçons, dans le jardin. Aster me donnait toujours une fleur de lys à lui donner, quand la leçon était terminée. Elle souriait, hochant la tête pour Aster, puis me prenait la main, rentrant à l'intérieur pour une collation.
Maintenant, l'odeur familière était une sorte de réconfort. Je me dirigeai vers le bord du lit, où une chaise était installée. Je suppose que mon père s'y était assis il n'y a pas longtemps. Je pris sa place, m'y asseyant à mon tour. Enfin, je trouvais le courage de regarder et de voir le spectacle qui j'espérais, ne serait pas là. Elle semblait sans vie, ce qui était sensé, puisque...
Je poussai un soupir, tremblant. Maintenant, ce serait bien si les larmes coulaient, mais elles ne le firent pas.
''Bonjour Maman.'' Chuchotais-je, posant mes deux mains au sommet de la couverture.
Il n'y eut pas de réponse, comme je l'avais prévu. Je ne sais pas pourquoi je lui avais dit ces mots, étant donné que l'après-midi était déjà bien avancée, mais je ressentais le besoin de les dire. Sa main était encore posée à l'endroit où mon père l'avait tenue. Je glissais ma main vers la sienne, jusqu'à la tenir à l'intérieur de la mienne. Je me sentais mal. La chaleur de la main qui m'avait guidé depuis la naissance avait disparu. Quand je le réalisai, j'acceptais alors le fait qu'elle avait disparu. Il n'y avait rien que je pouvais faire, elle était partie, et le resterait jusqu'à ce que je rejoigne à mon tour mon propre lit de mort.
Je ne sais pas combien de temps je passais, assis là, juste en lui tenant la main, avant que l'une des filles vienne me chercher pour le dîner. Avant de la quitter, je pris une fleur de lys de son vase, la mettant à l'intérieur de la main de ma mère.
''C'est d'Aster. Murmurais-je, avant de me pencher pour presser un baiser sur son front.
... Bonne nuit, Maman.''
Avec ces mots, je quittais la pièce. Les gardes détournèrent le regard, et j'en fus reconnaissant. Bien que je n'aie pas pleuré, j'étais sûr que je ne devais pas paraitre au meilleur de ma forme. La servante qui était venue me voir avait disparu. Je marchais dans les couloirs vides, me dirigeant vers la salle à manger. Á la tête de la table était assis mon père, une expression vide sur son visage. Nous avions eu la même manière de traiter les choses : nous avions tous deux gardé notre calme, préservant nos pensées. De cette façon, il était plus facile de ne pas abandonner quelqu'un. Même en la cherchant, il nous serait impossible de la retrouver de toute façon.
Peut-être cela était une bénédiction, le fait que je n'ai pas beaucoup de relations d'amitiés, ci cela fait aussi mal à chaque abandon. Je tirais mon siège, chaque bruit que je faisais créant un écho dans la salle. Deux assistants sortirent, tenant chacun un plateau. Habituellement, il y en aurait eu un troisième... mais il ne serait plus nécessaire. Je me demandais si ce serait quelque chose dont je me souviendrais, plus tard. Est-ce que tout s'effacerait de ma mémoire ? Y aura-t-il un moment où j'oublierai le troisième assistant ? Y aura-t-il un moment où le parfum des lys ne m'apporterait plus aucuns souvenirs de mon enfance, quand j'étais encore un enfant naïf ?
Je ne savais pas. Je ne voulais pas le savoir. Pour une fois dans ma vie, je ne voulais pas y penser... Je... ne voulais pas être seul. Je ne voulais pas faire face à la tranquillité. Je me suis levé, poussant brutalement ma chaise. Mon père leva enfin les yeux vers moi, me lançant un regard interrogateur.
''Excusez-moi.'' Marmonnais-je, marchant vers la porte.
''Horrendous !'' Hurla mon père, mais ne faisant aucun effort pour tenter de m'arrêter.
Je me suis alors retrouvé, marchant dans les jardins. Le coucher du soleil me faisait savoir que la journée serait terminée dans moins d'une heure. J'errais dans le jardin, ne sachant pas quoi faire. Je ne voulais pas monter à cheval, mais je ne voulais pas m'asseoir non plus. J'allais faire le tour du château trois fois, quand un mouvement attira mon attention. Dans un des jardins se trouvait Jack. Aster avait travaillé dans un autre jardin, celui à l'opposé, mais Jack était juste assis-là, dans les oscillations du salon. Il avait la tête penchée vers le ciel, la bouche légèrement entrouverte, comme s'il parlait.
Abandonnant le petit chemin que je suivais, je me dirigeais vers lui, à la recherche d'une conversation. En m'approchant, je me rendis compte qu'il ne parlait pas; il chantait. Il avait une belle voix, elle sonnait comme les chanteurs de noël. Il chantait toujours, doucement, ne semblant pas m'avoir remarqué. Alors qu'il approchait d'une partie dont il ne pouvait se souvenir, il se mit à siffler. La chanson prit de la hauteur pendant un moment, avant de redescendre très bas, et je me demandais comment il faisait ça. Quand il atteignit la fin de la chanson, je laissais la lumière dévoiler ma présence, en applaudissant. Son expression se figea dans la surprise, alors qu'il redescendait ses mains qui étaient précédemment sur sa nuque.
''Prince Hiccup ?'' Demanda-t-il, ne s'attendant pas à me voir.
''Tu as une voix magnifique.'' Lui répondis-je, m'asseyant à côté de lui.
Il roula ses yeux.
''Nan... mais merci.'' Souria-t-il, avant qu'un froncement de sourcil n'apparaisse.
Je pouvais le sentir arriver, mais je ne voulais pas que ses mots quittent sa bouche.
''S'il te plaît... S'il te plaît, ne me présente pas des excuses. Je suis fatigué de dire à tout le monde que je vais bien. J'avais juste... besoin d'être loin de moi-même.''
Mes mots étaient étranges, mais Jack semblait comprendre ce qu'ils signifiaient, puisque le froncement de sourcils avait quitté son visage.
''Bien, um... Avais-tu déjà entendu cette chanson avant ?''
Heureux d'avoir une distraction, je me tournais vers lui.
''Non, je ne l'ai jamais entendue. Qu'est-ce que c'est ?''
Il sourit et se pencha.
''Elle s'appelle Veni Creator Spriritus. Je l'ai entendu dans une église où j'avais trouvé refuge quand... eh bien, après un long voyage. Elle est destinée à être chantée par des femmes, mais... Je suppose que j'y ais pris goût.'' Raconta-t-il, ses yeux brillants pendant l'histoire.
Je hochais la tête.
''Elle te convient bien. N-non pas parce qu'elle est destinée à être chanté par des filles ! C'est juste que, euh, tu chantes bien.''
Mentalement, je me giflais pour mon lapsus, alors que Jack laissa échapper un rire joyeux à mes côtés. Je sentis le rouge arrivait à mes joues, me rappelant pourquoi je rougissais plus tôt.
Soudain, le prince détourna les yeux. Il avait été en train de rougir à sa folie dans les mots précédents, mais maintenant, ses joues étaient rouges comme le coucher du soleil.
''Prince Hiccup ? Est-ce que tu vas bien ?'' L'interrogeais-je
Il essaya de se cacher en mettant une main sur sa bouche, étirant ses doigts pour cacher autant de rougissement que possible.
''Je suis per- ! Ahem... Je vais, euh, parfaitement bien.'' Gémit-il.
Sa voix avait craqué. Je ne riais pas, même si je sentais les coins de ma bouche tiraient vers le haut.
''Dit... Á quoi pensais-tu plus tôt, pour rougir autant ? Á ce matin ?'' Questionnais-je, sachant très bien dans quoi je m'embarquais.
Mes paroles avaient visé juste, je pouvais le dire de par la façon dont il baissa les yeux et se détourna de moi.
''A-Absolument pas ! Et je ne rougis pas !'' S'écria-t-il, se couvrant maintenant entièrement le visage.
''Pffft ! Oh, bien sûr que non, Hiccup- Oh ! Euh, je veux dire, Prince Hiccup.''
Je devais me corriger. Cependant, Hiccup s'agita, son visage toujours à moitié couvert avec sa main.
''C'est bien. De toute façon, j'ai toujours l'espoir que bientôt, tu ne mettras plus de ''Prince''.''
Je secouais la tête. Qui avait jamais entendu parler d'un prince qui ne voulait pas être appelé ainsi ?
''Très bien, Hiccup, tu es sûr que tu n'as pas rougi ?''
Je n'étais pas prêt de changer de sujet, c'était trop amusant de le regarder. Il agissait comme mes autres ''amis'' ne l'avaient jamais fait. Les voleurs et les bandits n'étaient pas du genre à rougir facilement.
''Je ne l'ai pas fait !''
Il nia une fois de plus, couvrant son visage.
''Oh, vraiment ? Comment suis-je supposé te croire alors que je ne peux pas voir ton visage comme preuve ?'' Demandais-je, un sourire rampant sur mes lèvres.
''Tu peux simplement... ugh ! Bien, bien ! Je rougis ! Content maintenant ?''
Il céda finalement, découvrant ses yeux éblouissants. Je souris.
''Oui. Très, effectivement.''
Je lui donnai un coup de coude dans les côtes.
''J'ai gagné.''
Il rit, son rougissement commençant finalement à diminuer un peu.
''Oh ! Je voulais te demander comment tu avais fais cela plus tôt.'' Dit-il.
Je relevai la tête dans la confusion.
''Fait quoi ?''
Il se tourna vers moi, ses yeux concentrés et déterminés.
''Comment tu as sifflé. J'ai déjà essayé avant, mais je ne peux pas le faire.''
Son sérieux me fit rire un peu.
''Tu ne peux pas siffler ?
Il fit une petite moue.
''Non. Comme je l'ai dis, j'ai déjà essayé, mais il ne veut tout simplement pas... sortir.''
Á quel point avait-il pensé pour essayer de siffler ? Je ris encore une fois du prince naïf, avant de me tourner vers lui.
''Um... bien. Je suppose que tu commences par plisser tes lèvres.'' Expliquais-je en lui montrant.
Il avait l'air un peu drôle, et je ris intérieurement de la façon étrange dont les mots sonnaient. Il fit comme je lui avais expliqué, suivant mon exemple.
''Et puis, tu as juste à mettre tes lèvres dans une sorte de ''o'' serrées, pendant que tu, um, souffle.''
Je lui montrais, ce qui fit entendre les trois premières notes de la chanson que j'avais chanté plus tôt.
Il essaya, et échoua, mais il recommença. Tu pouvais dire qu'il allait presque le faire, et juste à ce moment... il ne sortait pas. Tout comme il l'avait dit. Je plissais mon front dans la confusion, me penchant pour voir s'il y avait quelque chose qu'il faisait mal à l'extérieur. Après un certain temps à le regarder souffler seulement de l'air rapide, je réalisais quel était le problème.
''Tu rentres tes lèvres vers l'intérieur.''
Mes paroles soudaines le choquèrent, et il cessa de souffler une seconde.
''Hein ?''
Ses lèvres étaient toujours dans une petite moue depuis qu'il avait arrêté de souffler. Je fis un signe de tête.
''Voilà ce que tu fais de mal. Á la fin, tu rentres tes lèvres au lieu de les pousser un peu plus loin.''
J'étais fier de mon observation, que Hiccup sembla prendre à cœur.
''Oh... ok. Um... Je vais essayer ça, alors.'' Répondit-il, tout en réalisant combien sa demande avait été maladroite plus tôt.
Il gonfla ses lèvres une fois de plus, soufflant à nouveau. Cette fois, il se focalisa sur la fin, où il devrait normalement rentrer ses lèvres, et les força vers l'avant à la place. J'attendis patiemment, voulant montrer que mon idée était correcte. Juste à ce moment, un petit bruit aigu s'échappa de ses lèvres.
''Ah A-ha ! J-Jack ! Je l'ai fait !''
Il rayonnait, les yeux brillants d'excitation. Je mâchais l'intérieur de ma joue, essayant de ne pas rire trop fort de sa réaction.
''Bon travail.'' Le félicitais-je, atteignant son dos pour le caresser.
Il rougit de nouveau d'un rose clair, mais il ne pouvait pas garder son sourire vers le bas.
''Um merci, Jack. C'était... amusant.''
J'hochais la tête.
''Heureux de l'entendre.''
Soudain, l'obscurité autour de nous attira son attention, et il sauta de la balançoire.
''Je ferais mieux d'aller à l'intérieur, ils vont commencer à s'inquiéter d'où je suis.'' Chuchota-t-il, vacillant maladroitement sur un pied avant de se tourner avec un sourire.
Il avait l'air différent de tout à l'heure, ses épaules n'étaient plus voûtées et son sourire atteignait ses yeux. J'étais heureux de l'avoir aidé de cette façon, sachant moi-même à quel point le premier jour était difficile. Quand il arrivera dans sa chambre, son sourire s'estompera, mais au moins, il avait eu ce petit moment de bonheur.
Je pourrais lui en donner beaucoup. Il se frotta les bras, alors qu'une brise froide balaya le jardin, ébouriffant ses cheveux et révélant deux petites tresses cachées à l'intérieur.
''Bonne nuit, Jack. Je te verrai dans la matinée.'' Dit-il avec un sourire.
J'hochais la tête.
''Bonne nuit. Dors bien... Ne laisse pas le croque-mitaine t'attraper.'' Répondis-je avec un clin d'œil.
Hiccup roula des yeux.
''D'accord. Fais de beaux rêves.'' Salua-t-il, avant de se tourner vers une entrée du château.
Les étoiles avaient rangé leur sombre couverture. Certaines d'entre elles scintillaient légèrement, tandis que d'autres brillaient d'un rouge et bleu profond. Je me retrouvais une fois de plus dans le grand large étendu. J'étais sur le point de commencer de nouveau à siffler l'air quand j'entendis quelqu'un approcher. Je me retournais pour voir que c'était Aster, mais il était entre le château et moi. Après vérification, je me rendis compte qu'il n'était pas en face du château, mais qu'il regardait une fenêtre à l'étage supérieur. La fenêtre était la chambre où avait été placée la feue reine un peu plus tôt. Je me demandais ce qu'Aster faisait si tard, à seulement regarder une fenêtre. J'étais sur le point de dire quelque chose, mais il commença à parler en premier.
''Bonjour Val, c'est moi... Comment as-tu trouvé les lys ? Je me suis assuré de choisir les meilleures... Il y avait beaucoup d'espèce, mais je sais que ce sont tes favorites, alors...''
Aster s'arrêta, portant sa main à son visage et se tournant de telle manière que j'étais capable de voir son profil avec le clair de lune.
''Nous n'avions pas parlé depuis un certain temps, alors je me suis dit qu'il était temps que je t'avoue quelque chose.''
Aster lâcha un rire sombre, même s'il était dépourvu de tout humour.
''Je suppose que je suis un peu en retard.''
Laissant glisser sa main vers le bas, je pouvais voir la douleur dans ses yeux verts, d'où j'étais assis. Je me demandais si je devais dire quelque chose, mais ma curiosité eut raison de moi, et je continuais d'écouter.
''Tu sais, tu n'as jamais répondu à ma question... Dieu sait que je souhaite que tu l'ai fait, toute réponse que tu aurais donné serait toujours mieux que cette torture de ne jamais savoir.''
Il allait et venait à quelque pas.
''Tu... Tu savais que je t'aimais. Je le sais. Je... bien, je te l'ai dit tous les jours... Je suppose que j'ai ce que je mérite pour être tombé amoureux d'une princesse...''
Á ces mots, ses larmes coulèrent sans retenues.
Elles me choquaient, et je me sentais comme un horrible intrus, mais je ne pouvais pas arrêter de regarder. Je retenais de nouveau mon souffle, faisant en sorte qu'il ne me remarque pas, et je me blottis plus bas en dessous de l'arrière de la balançoire. Aster laissa quelques sanglots étouffés échapper à ses lèvres.
''Même si tu n'es plus ici... Je te promets que je vais prendre soin de Hiccup. Il est déjà comme mon propre fils.''
Après ça, Aster fit une pause pendant un petit moment.
''Enfer... il est mon fils.''
