Puis vint dix-huit heures, le moment critique. Haruna entra dans sa chambre, inspecta sous tous les angles sa penderie. Hum, il n'y avait pas mal de trucs intéressants à l'intérieur.

Elle attrapa rapidement une robe d'été bleue nuit sans manches lui arrivant à peine à mi-cuisses, enjolivé d'un décolleté suffisamment plongeant pour que l'on puisse apercevoir la généreuse poitrine de la jeune femme.

Elle enfila un gilet gris perle très court s'arrêtant au niveau de la poitrine ainsi que des bottines de la même couleur à talons plutôt hauts sans non plus faire vulgaire. Elle mit des leggings noirs et se regarda dans le miroir. Elle était bien, ouais, très bien même.

Il manquait la touche finale par excellence : le maquillage. Elle entra dans la salle de bain, prit le nécessaire et en ressortit, un grand sourire étirant ses lèvres.

Environ une vingtaine de minutes plus tard, Haruna se recula et se contempla dans le miroir. Whoa... Elle était pleinement satisfaite de son travail.

La glace reflétait une jeune femme aux yeux soulignés d'eye-liner et de fard à paupière bleu céleste par-dessus un gris translucide, ce qui donnait un élégant dégradé, approfondissant son regard sombre. Un très, très léger fard à joue colorait ses pâles pommettes d'un joli rosé et ses lèvres d'un gloss couleur pêche.

Elle laissa ses cheveux tels qu'ils étaient.

Sous cette magnifique apparence, il ne sera pas difficile de m'approprier un bon mec, hihihi ! Ajouta la brune, riant diaboliquement, une lueur étrangement dangereuse traversa ses « douces » pupilles sombres.

La jeune femme se toisa une nouvelle fois dans le miroir ; elle était parfaite, si cet homme ne la regardait pas, cela voudrait dire qu'il n'avait aucun goût en matière de femme ! Néanmoins, s'il était beau gosse, elle ferait tout pour qu'il tombe sous son charme.

Elle soupira. Pourquoi était-elle si déterminée à avoir un homme ? Elle avait toute la vie devant elle... Voilà maintenant qu'elle parlait comme une allumeuse... Bon, dix-neuf heures vingt-trois.

Haruna s'aspergea de son parfum favori et se re-brossa les dents. Elle attrapa une petite sacoche dans laquelle elle inséra son porte-feuille et monnaie, ses cléfs et son ami de toujours : son téléphone portable.

Elle ferma la porte derrière elle et croisa dans le hall de son petit immeuble une jeune femme aux cheveux roux qui lui atteignaient le milieu voire le bas du dos et aux yeux turquoises pétillants de dynamisme mais qui exprimaient aussi du sérieux et de la maturité.

Cette femme était Ran, une grande amie d'Haruna. Elles se connaissaient depuis la primaire et avaient un point commun : elles aimaient le journalisme. Aujourd'hui, alors qu'Haruna était professeur et conseillère, Ran était une journaliste, une certaine réputation la précédait : la jeune prodige de la presse.

Haruna comptait présenter la rousse à son grand-frère, elle lui plairait sûrement ; intelligente, pas forcément égocentrique ni surexcitée mais frivole sur les bords, posée par moment, tout ses faits et gestes étaient calculés... Ils faisaient la paire, non ?

Elle portait une robe noire qui lui arrivait vingt centimètres au-dessus des genoux, une ceinture dorée située juste en-dessous de sa poitrine la relevait, donnant un joli aperçu. Ses escarpins, son sac à main, et tout autres accessoires étaient dorés.

- Ran, nice dress ! S'écria Haruna avec un accent bien imité

- Thanks, you too ! Lui retourna-t-elle en lui faisant la bise.

- Allez, on y go ?

- Ma voiture est par là, viens.


Sakuma passa pour la énième fois sa main droite dans ses cheveux. Mais qu'est-ce qu'il foutait encore, ce Kidou ? Cela faisait plus d'une heure qu'il poirotait chez son ami aux dreadlocks qui trafiquait il ne sait quoi dans la salle de bain ou dans sa chambre, il n'en savait rien.

Mais bon, il était déjà dix-neuf heures et demi et Yuuto ne semblait toujours pas décidé à descendre de l'étage. Perso, lui était déjà prêt depuis longtemps.

Il avait chopé un slim gris, mit une chemise blanche en laissant les deux premiers boutons libres, une veste de costard noir dont il avait relevé les manches jusqu'aux coudes et s'était négligemment noué une petite cravate rouge autour du cou. C'était tout. À peine dix minutes, si on exceptait la douche.

Jirou en eut marre de cette très longue attente et entra sans toquer dans la chambre de Yuuto. Celui-ci était tranquillement allongé dans son immense lit, un casque lui couvrant les oreilles, la musique étant parfaitement audible même d'où se trouvait le borgne. Il baissa la tête, sa mâchoire commença à trembler et il devint rouge de colère :

- P'tain mais qu'est-ce tu fous depuis tout à l'heure, bordel ?

L'autre retira son casque.

- Salut, t'attend depuis longtemps ? Sourit-il d'un air innocent.

- Y'a pas de « Salut » qui tienne ! Tonna Jirou en imitant son expression faciale de son « ami ». Tu comptais me faire attendre encore combien d'temps en bas ? Tu sais que je ne suis absolument pas patient !

- Je le sais très bien, c'était en partie une vengeance. Car s'il y a une chose de que tu ne supportes pas, c'est attendre. Tu tuerais pour ne pas patienter, énonça Kidou en ajustant ses lunettes sur ses yeux.

Ce fut en traînant un Jirou passablement en colère qu'il se rendirent jusque dans le garage de Yuuto, prendre sa voiture et la route par la même occasion.


Ils s'aperçurent bientôt mutuellement sur le parking du Mugen no Natsu, vers dix-neuf cinquante-cinq, juste quelques minutes avant l'heure de rendez-vous.

Arrivés à leur hauteur, après s'être salué et fait la bise -au grand dam de Sakuma qui détestait ça-, Haruna s'occupa des présentations :

- Donc Kidou Yuuto, mon frère, Amano Ran. Ran, Yuuto. Et puis Sakuma Jirou, Ran. C'est une amie dont je t'ai parlé, nii-san, tu te souviens ?

- Ah oui, tu m'en as souvent parlé. Enchanté, Amano-san.

- Enchanté, Sakuma. Ouais bah moi, tu m'parles jamais d'rien, hein... murmura-t-il à l'intention de son « ami ».

Avant que son grand-frère n'envenime ce début de dispute, disputes auxquels la jeune femme brune était accoutumée, elle proposa de préférence entrer dans le restaurant. Ce qu'ils firent sous les yeux amusés de Ran.

Quelques instants plus tard, une fois attablés autour d'une table de quatre près d'une grande fenêtre, ce fut Ran qui se chargea d'animer leur soirée :

- Bon ! Maintenant que les présentation ont été faites, on s'appelle tous par nos prénoms ! Tous ! Insista-t-elle lorsqu'elle vit son amie ouvrir la bouche, sûrement pour protester.

- D'acc'... accepta Sakuma.

- Je n'y vois pas d'inconvénient, argumenta Kidou.

- Super et toi ? S'enquit la rousse à l'adresse d'Otonashi.

- Si vous êtes tous d'accord avec, ça me va.

Après avoir passé commande et bien dîné, ils discutèrent encore un peu. Kidou suivit durant ce laps de temps attentivement tout mouvement de son meilleur ami envers sa sœur, semblant vouloir vérifier s'il ne pouvait vraiment rien faire pour espérer les voir ensemble un jour. Mais rien. Il ne la regardait quasiment pas...

Était-il aveugle ? Il le savait borgne mais... Il avait deux radieuses et ravissantes jeunes femmes juste en face de lui dans toute leur splendeur mais non, il ne réagissait pas du tout, n'était pour rien au monde gêné ni intimidé. Franchement, cet homme était fort, Yuuto tirait son chapeau.

Par-contre, lui, analysait Ran en lui jetant de furtifs coup d'œil qu'elle ne remarquait pas. Et même si c'était le cas, il continuerait, ça ne le importunait aucunement, lui. Il l'appréciait et la trouvait très jolie. Peut-être était-elle étrangère, compte tenu de ses iris bleues ?

Un de ces rapides coup d'œil dévia vers son voisin qui remuait la paille de son cocktail dans tout les sens, provoquant de minuscules vagues se fracassant contre le verre qu'il semblait apprécier, écoutant que d'une oreille se qui se disait, son autre main inoccupée appuyée contre sa joue. Il paraissait s'emmerder.

À le voir galérer de la sorte, Yuuto était prêt à parier un million de yens qu'il attendait le dessert et qu'il s'en enfilerait bien trois ou quatre... Lui et son addiction au sucre... Ah, en les mentionnant, les desserts venaient d'être apportés.

Alors, deux parts de fraisiers pour les filles, une glace vanille-caramel-cacahuètes pour le génie et... un banana split, un parfait au chocolat, un fondant au chocolat et une glace identique à celle de son ami aux dreadlocks pour Jirou. Dans le mille.

C'est pour ça que t'as presque rien mangé, hein ? Pour avoir plus de plus place pour... tout ça ? Lui reprocha Kidou en lorgnant dessus d'un œil blasé.

Ouais ! Affirma vivement l'autre en dégustant avec lenteur en premier son fondant. Oh put'..., ça fait trop du bien, six heures que j'ai pas touché de sucre ! Six, quoi...

Imbécile... souffla Yuuto, détourant son attention vers les filles qui avaient cessé de parler et fixaient à présent le gris qui ne senti pas les regards lourds et insistants qui lui était portés.


C-Comment pouvait-il autant manger de sucreries ? Songèrent simultanément Ran et Haruna qui le toisait, n'en croyant pas leurs yeux. Le frère de cette dernière prit la peine d'éclaircir les choses :

- Surprises ? Si vous commencez à le fréquenter, comme ami s'entend, précisa-t-il, vous vous y habituerez. Même si c'est assez déroutant au début. Je m'explique : le mec à côté de moi-...

- Le mec d'à côté t'emmerde. Répliqua son « cher ami » entre deux bouchées de son parfait déjà bien entamé.

- C'est réciproque, bref. C'est un accro au sucre, un véritable. Il déteste par-dessus tout attendre donc s'il n'en prend pas toute une journée ou n'a pas sa dose habituelle, il devient taciturne, désagréable, cynique et injurieux comme il y a quelques instants.. Surtout envers moi, en fait...

- Tu viens de le remarquer, railla le gris, à fond sur son banana split. Après toutes les années qu'on a passées ensemble.

- « Toutes ces années » ? Cita Ran, désorientée.

- Amis d'enfance, la renseigna Yuuto. Meilleurs amis, en fait.

- Vous avez une bien drôle de relation pour des meilleurs amis ! Fit-elle remarquer avant que le frère de la brune ne se mette à lui raconter des anecdotes sur son ami et lui-même sous les vives protestations de ce premier.

Haruna observait les trois s'amuser avec entrain d'un œil jovial ; ils étaient chou tout les trois à se chamailler gentillement. Son regard se porta sur Sakuma en particulier. Il était mignon-... non, il était beau, vraiment très beau. Ouais, un homme d'une rare beauté.

Sa réflexion ne la gênait en aucun cas, quasiment tout les hommes qui l'entourait étaient beaux : Endou plus mignon que beau, Gouenji alias Ishido Shuuji, Toramaru son protégé, Kazemaru, Fudou, Fubuki, Someoka, Afuro Terumi dit Aprodi,...

Mais Sakuma l'intriguait fortement. Elle le connaissait d'un naturel très calme et posé, le voilà maintenant un peu... excentrique : grossier, il avait une addiction au sucre et haïssait attendre... Ça en faisait, de nouvelles choses à assimiler...

Cela venait peut-être du fait que, plus jeune, il avait été dans « l'ombre » de son frère et n'affichait pas vraiment de caractère fort ni arrogant. Toutefois, elle appréciait largement cette facette de son ami, bien qu'auparavant très gentil, et il l'était resté, il était à présent unique en son genre. Un sacré gars.

Tiens, il venait de finir en beauté son « repas » avec sa glace. Avec tant de calories, il ne grossissait vraisemblablement pas. « Le chanceux » pensa Haruna.