Il ouvrit un œil puis l'autre. Les évènements de la veille lui revinrent en mémoire ; ils étaient rentrés une quinzaine de minutes après l'altercation et après avoir mangé du fast food -car oui, Jirou n'aimait pas cuisiner- ils s'étaient couchés.

Soudain il sentit quelque chose remuer entre ses bras. Il baissa les yeux et y surpris Rin dormir à poings. Il sourit en replaçant une cheveux bleutée derrière l'oreille qui se présentait à lui. Qu'est-ce qu'il était mignon... On voyait de qui il tenait sa beauté également, sans se vanter, bien sûr...

Il n'avait pu le laisser seul dans la chambre d'ami à son si jeune âge ; elle était immense pour lui, alors imaginez sa frayeur une fois dans le noir...

Une fois le petit réveillé et les deux attablés, les deux discutaient normalement, conversation typique d'un oncle et de son neveu :

- Alors, qu'est-ce que tu apprends à l'école en ce moment ?

- À compter jusqu'à cent !

- Déjà ? Compte, pour voir.

Et il compta jusqu'à la soixante, s'arrêtant à ce nombre et fronçant ses petits sourcils. Jirou rit doucement et l'aida à mémoriser les quarante derniers nombres, se montrant extraordinairement patient pour une fois. Cela fait, il changea vite de sujet... :

- Sinon, gamin... Ta voisine de table, là... Seira, elle te plaît toujours ? Demanda-t-il avec espièglerie, en buvant un thé vert.

- Baka Oji-chan ! … Seira-chan n'arrête pas de regarder Kai, le garçon qui fait toujours des bêtises... avoua-t-il tristement en regardant ses pieds qui ne touchaient pas le sol.

- Un mini bad-boy, hein ? Se dit-il pour lui-même. Oy, arrête de m'appeler comme ça !

Une conversation pas si typique que cela. Voilà qu'elle prenait une toute autre tournure...

- Je pense que tu devrais la laisser se rendre compte que ce n'est pas un garçon bien et rester gentil avec elle, non ? Fais-moi part des résultats la semaine prochaine, d'accord ?

Le petit opina et sembla réfléchir.

- Ça veut dire quoi, « Fais-moi part », Oji-chan ?

Le gris remarqua qu'il venait de parler à un enfant de cinq ans qui ne comprenait sûrement pas toutes ses phrases et mots « difficiles ». Il lui expliqua rapidement en un langage simplifié et le petit lui sourit de toute ses dents.

- Oji-chan, t'as une petite-copine ?


Haruna finissait sa petite vaisselle en déposant la dernière assiette sur une étagère uniquement occupée de ses semblables.

Elle s'affala sur son divan puis se releva une trentaine de minutes plus tard. La veille, samedi, elle avait tellement eu la flemme de sortir alors que le frigo était quasiment vide, préférant rester soit au lit à parler au téléphone avec Rika, installée à Londres, et d'autres amies, soit devant la télé à zapper les chaînes ou encore à expérimenter de nouvelles recettes.

En bref, une pléthore de choses que quelqu'un ferait pour éviter d'être hors de chez soi, en fait...

Vêtue exceptionnellement d'une jupe noire lui arrivant à mi-cuisse un peu fendue sur le côté droit et d'un chemisier blanc manches trois quart, ouverte de deux boutons, laissant ainsi deviner sa jolie poitrine à quiconque regarderait ; elle avait adopté le style « femme d'affaire ».

Se chaussant d'escarpins noirs, elle attrapa son sac à main et referma la porte derrière elle.

La brune passa devant un parc et rattrapa de justesse un petit garçon aux cheveux similaires aux siens et aux yeux orangés tenant fermement dans ses mains un ballon de foot.

- Oh la la, Rin... T'es maladroit, tu sais ? Tu vas bien au moins ? Fit une voix masculine plutôt nonchalante et sereine.

- Oji-chan...

- Allez, excuses-toi et... remercie-la, j'sais pas, moi... En tout cas, merci, dit-il à l'adresse d'Haruna.

- De rien, lui retourna-t-elle en lâchant le petit.

- Merci, Onee-chan !

Elle lui sourit et s'apprêta à repartir quand il eut un déclic dans sa tête. Ce timbre de voix ennuyé et oisif... Exaspérée, elle tourna la tête avec une lenteur extrême vers son propriétaire et qu'elle fut sa surprise en le voyant ? Pas des moindres, fallait le dire...

- Sakuma...-san ?

- Ah, Otonashi...


Jirou était debout tandis que la jeune femme était assise, les jambes croisées, regardant pensivement les enfants. Il la toisa un instant puis brisa le doux silence, les cris des enfants hormis, qui planait sur eux.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Un dimanche après-midi à quatorze heures dans un parc ?

- Rien en particulier, je me promène... Et toi ?

- … 'Rien. Divertis le p'tit.

- J'imagine que ça ne dois pas beaucoup t'amuser, toi...

Il lui répondit par la négative en lui offrant un petit sourire, balançant sa tête de gauche à droite, ses cheveux clairs suivants le rythme. Haruna fixa sa longue chevelure avec émerveillement ; elle était magnifique...

Elle n'y avait jamais vraiment fait attention mais... elle les trouvait splendides même négligemment retenus en un chignon fait à la va-vite dont s'échappait quelques mèches comme il l'avait fait.

Jirou, le regard perdu dans sa contemplation de l'horizon, le braqua brusquement à droite quand il sentit comme une main lui toucher la tête, plus précisément lui effleurer les cheveux. Il toisa de ses yeux intrigués, un sourcil bien levé, la brune qui lui souriait maladroitement.

Il la regardait comme une folle à lier. Oh, grillée...

- Excuse-moi, je voulais vraiment toucher tes cheveux, ils sont si beaux, tu vois ? Dit-elle, pas honteuse pour un sou.

- Je... vois, acquiesça-t-il en s'asseyant, vite imité par la fille.

- Pourquoi... Pourquoi tu les as si longs ?

Au bout de quelques secondes de silence, elle ajouta :

- Sans indiscrétion, tu n'est pas obligé de répondre !

- T'inquiètes, je cherchais juste une réponse. Et j'en ai pas. J'les aime comme ça, c'est tout.

- Et, tu n'es pas victime de malentendu ?

- J'ai souvent été la cible de moqueries en tout genre, très souvent même... admit-il, le regard suspendu vers le ciel cette fois-ci, se remémorant particulièrement la veille.

La jeune femme se tut, regrettant d'avoir posé cette question. Elle revint à la charge quelques instants plus tard en le questionnant sur ses hobbies :

- Eh, alors... J'aime glander, commença-t-il sous le rire modéré d'Haruna. Rien foutre de la journée, être au calme et... emmerder ton frère, j'aime beaucoup faire ça ! Bref, j'aime la musique, comme tout l'monde, quoi... J'en suis même prof.

- Sérieux, prof de musique ? On dirait pas...

- M'enfin, et les tiens ?

- Le calme, la littérature, flemmarder comme toi, et l'Art, puisque je suis professeur d'art plastiques, alors...

- Oh... En fait, on est tellement fainéants qu'on a choisit les matières les plus faciles ! Réalisa Jirou en riant doucement.

Elle rit aussi puis cessa tout mouvement pour mieux l'observer... Outre sa nouvelle -et surprenante- obsession pour sa chevelure, qu'elle appréciait beaucoup, hein-... Bref, il était lui-même assez mignon, très beau même. Ses traits si fins qui semblaient féminins lui seyaient à merveille.

« J'ai souvent été la cible de moqueries en tout genre, très souvent même...»

Elle arrêta de sourire et soupira. Elle sentit le jeune homme sursauter et répondre à un appel. Ça donnait ça : « Oh, Nashiko-nee... Où ?... Dans dix minutes ? Tu sais que j'suis très loin de là ?... OK, OK, c'est bon, j'ai compris ! Ouais, j'arrive... »

Avant qu'Haruna puisse dire un mot, il lâcha une plainte d'ennui et s'expliqua :

- La mère du petit veut le récupérer dans dix minutes au centre commercial et c'est assez loin d'ici. Ah... 'Paris qu'elle faisait du shopping au lieu de s'occuper de son fils... maugréa-t-il en faisant signe à Rin de venir. Tu veux m'accompagner ? J'te vois pas rester seule là...

- Eh bien, je... Si ça ne te dérange pas.

- Allez viens.

Le petit sautillait entre les deux jeunes adultes, continuait à discuter de leurs récentes activités avec entrain pour le jeune femme, moins pour l'autre.

Soudain, la jeune femme perdit son sourire et baissa la tête, atrocement embarrassée. Jirou ne comprit rien à son soudain changement de comportement. La voyant triturer ses doigts nerveusement, il lui demanda, en haussant un sourcil :

- T'arrive quoi, là, Otonashi ?

- É... Écoute... réussit-elle à articuler.

Il ne dit rien et s'exécuta. Il put distinguer ceci : « Qu'ils sont mignons... Tu crois que c'est leur enfant ? Si ressemblant ! », un « Si jeunes et déjà un enfant en bas âge... Les jeunes de nos jours sont si irresponsables... », « Trop chou ! », et un « Quel couple insensé tu veux dire, ouais... »

Jirou écarquilla les yeux de stupeur en regardant à tour de rôle Haruna et Rin. Pouvait-on vraiment penser cela en les voyant ? Il eut soudain l'envie de dire le fond de sa pensée à ce couple de vieillards... Surtout au vieux schnoque, là...

De son côté, Haruna rougissait comme pas permis. Les mots « enfant », « famille » et « couple » l'avait profondément marquée et chamboulée. Bizarrement, ils lui avait plu... La voix de Sakuma la tira de ses réflexions :

- Ah~ah, c'est ta faute, tout ça... Pourquoi tu lui ressembles à ce point ? Surtout à cause de la couleur de ses cheveux...

- Ah ? S'écria la fille. Tu rigoles ? T'as pas vu la couleur très peu commune de ses yeux ? Ça vient de toi, à coup sûr !

- N'importe quoi... démentit-il en haussant ses épaules.

- J'y crois pas, il est de ta famille, non ?! S'offusqua faussement la brune, un sourire étirant tout de même ses lèvres.

- De quoi vous parlez ? Demanda innocemment le petit, attrapant la main d'une Haruna horriblement gênée.

« Tu crois que c'est leur enfant ? Si ressemblant ! ». Ses rougeurs revinrent. Elle resserra néanmoins sa main sur celle de Rin.

- De tes attributs génétiques, Rin, soupira Jirou.

- C'est quoi, ça ?

- Ah, c'est vrai qu'il ne comprend pas.

Il se rappela de leur conversation, dans la matinée.

- De ce qui fait que tu ressembles à quelqu'un dans dans la famille, reformula-t-il. Tu comprends ?

- Ah d'accord...

Haruna, y repensant bien, c'était sa première « dispute » amicale avec Jirou. Par le passé, elle ne lui avait parlé que très rarement.

Excepté lors des entraînements, les fois où il rendait visite à son frère et qu'elle était présente ou occasionnellement dehors. Bref, elle s'en fichait un peu beaucoup alors...

Une voix féminine attira son attention. Une très belle jeune femme se tenait devant eux, appuyée au capot de sa voiture. Un mannequin ?

- Ji-Jirou ! Ça fait longtemps qu'on ne sait pas vu ! Je suis là-... Qui s'est ? Ta... copine... ? Fit-elle en arquant un sourcil, d'une voix pas rassurante du tout...

« Jirou ? Elle l'appelle par... son prénom ? Ils sont si... si proches que ça ? » pensa-t-elle en glissant son regard sombre vers Jirou.

En y repensant bien, il avait dit : « La mère du petit veut le récupérer »...

Ce petit était de qui ? Elle, sa mère ? Et lui, le père ?

En même temps, ils iraient très bien ensemble ; un mec beau et grand avec une top model, le couple de rêve en somme. Elle sourit amèrement à cette pensée. Mais... pourquoi...? Elle ne représentait rien pour Sakuma, non ?

Celui-ci tiqua en apercevant cette femme en lâchant un « Tch... » à peine dissimuler, fixant très soudainement sa gauche, comme pour éviter les trois regards qui convergeaient vers lui.

Haruna, sur le coup et ne comprenant pas cette réaction, se demanda si ce n'était pas elle, sa copine...