Sang Bleu chapitre 1
Que n'ai-je un pinceau
Qui puisse peindre les fleurs du prunier
Avec leur parfum!
Shoha
Ils étaient tous là. Les étudiants brillants, ceux médiocres, les discrets, les cireux, les lumineux, les glauques... Tous les cursus réunies dans une salle bourrée d'une fumé d'agitation et d'une nervosité transpirante. Les élèves, mais aussi leurs familles, leurs professeurs et les curieux s'entassaient là. Ichigo se félicita d'avoir interdit à la sienne de venir. L'odeur rance de l'humanité étouffante, perturbante, troublait le rouquin. Il n'appréciait pas cette atmosphère semblable à un étaux, tous ces yeux malveillants pointés sur la scène qui n'attendaient que leurs échecs.
Devenir Omoyji se décidait soit par vocation, soit pour entretenir le prestige familial. Les nobles bénéficiaient du soutien de leurs familles. L'état les Dotait généreusement. Ils ne s'inquiétaient pas de leur revenu, en parallèle de leur fonction spirituelle, s'ajoutait celle d'administrateur de leurs fiels. Ainsi, ils étaient seigneurs autant qu'Omoyiji.
Mais pour toute autre personne ayant le malheur de posséder des pouvoirs d'ordre mystique, l'affaire était tout autre. Un exorciste solitaire ne disposait pas de salaire. Et la population, septique, croyait aux yokais comme à des mythes, des superstitions. Un enfant pouvant les voir était moqué, ses parents lui répétaient que ses visions relevaient de son imagination... Qui voudrait perdre une paire de bras au champs au profils d'un métier peu gratifiant et peu rémunéré ?
On trouvait à l'Académie des cinquièmes fils, ceux qui n'étaient qu'une bouche de plus, des enfants de la misère, de nombreuses femmes dont les parents ne pouvaient s'acquitter d'une dote, des enfants de prostitués... Et lui, un noble déchus.
Leurs seul point commun? Ils aspiraient tous à l'obtention du diplôme tant convoité de l'Académie. Ce dernier, simple formalité pour les nobles, était le graal des autres. Avec lui venait le statut Omoyji, l'intégration à l'Organisation et la possibilité de devenir moine à défaut de chasser les démons. Une vie sûre, sans combat pour manger, sans exploit à réaliser pour prouver son existence, sans avoir à tuer pour un toit au dessus de sa tête... Et tant d'autres monts et merveilles pour ceux élevées au sein de la pauvreté.
Seulement, pour cela, il fallait le diplôme. Et la tâche, loin d'être aisé, s'annonçait même titanesque. Elle consistait en l'éradication d'un yokai. Tâche somme toute considérée comme simple… en théorie. Il n'était pas rare de constater l'écart entre théorie et pratique. Entre ceux qui perdaient leurs moyens, ceux qui manquaient de mourir et les autres, peu passaient cette étape. Cette année, quatre nobles passaient et dans la promotion d'Ichigo, sur les quelques cinquante élèves non nobles, seul neuf avaient réussi cette étape. Et encore, cette années avait était fructueuse. L'année précédente n'avait diplômé que deux élèves, et celle d'avant quatre.
Renji lui pointa d'un doigt tremblant une brunette assise avec les nobles. De petite taille, droite et figée, Ichigo reconnu l'amie d'enfance de son camarade. Rukia Kuchiki, la petite sœur de Byakuya Kuchiki, le plus puissant des nobles qui possédait le fief tant convoité de l'est. La plus riche des familles nobles et également la plus reconnu pour ses dons d'Omoyji. Un des douze esprits du zodiaque avait passé un contrat avec eux et les protégeait depuis plus de deux-cent ans. Ichigo aimait bien la gamine, ils avaient fait leur entrée ensemble. Bien qu'elle soit de sang bleu, elle profitait de chacune des pauses pour retrouver la joyeuse bande d'amie. Si Renji voulait obtenir le titre de Capitaine, c'était pour avoir le droit légitime de l'épouser. Le rouge venait de la rue, et un hymen entre roturier et noble, c'était comme tirer un sourire de Byakuya… Impossible.
Leurs regards se croisèrent. Ils échangèrent un sourire et un geste discret, mais chaleureux, de la main. Puis, la jeune fille se tourna vers son frère qui l'avait rappelé à l'ordre. Pas de manifestation amicale en publique avec des roturiers, il en allait du prestige familial! Avec un soupire, elle se conforma à cette volonté, stupide, de son point de vue.
Hisagi ne manqua pas d'avertir ses compagnons de la présence au grand complet des capitaines qui tenaient entre leur mains les dossiers des candidats. Certains les feuilletaient, d'autres les laissaient fermés devant eux.
Hisagi ne manqua pas non plus la nervosité et le regard timide de sa Matsumoto pour l'un d'eux. Et pas n'importe lequel ; Gin Ichimaru. Le seul à avoir bouclé ses études en deux ans, le record absolu de la profession! Devenu Capitaine à seulement quinze ans, il restait encore à ce jour le plus jeune Omoyiji à avoir accédé au rang de capitaine.
Le jeune homme n'avait aucune sympathie pour ce serpent doté d'un sourire à vous glacer le sang et d'un humour ironiquement noir. Ses cheveux neige se fondaient sur sa peau de chiffon malade et ses longs doigts tapotaient sur ses manches trop longue. Ild'une famille des bas quartiers, pour ne pas dire de nul part. Matsumoto était très secrète sur la relation qu'elle entretenait avec cet homme carnassier, mais Hisagi ne doutait pas de la nature de ses sentiments.
Hinamori leur montra son frère, diplômé deux ans plus tôt, après seulement cinq ans d'étude, et déjà au poste de capitaine. Un petit bonhomme, cheveux déjà blanc nacrés, et aux yeux transperçant. Un petit gars sérieux, travailleur, rationnel, et d'une intelligence hors norme. Un génie comme on aimait l'appeler. Lui aussi, non content d'un don inégalable, avait un contrat avec un signe du Zodiaque. Ce gamin souriait trop peu, ce qui accentuait la sévérité de son visage encore arboré des rondeurs de l'enfance. Dix-sept ans et déjà la responsabilité d'un homme… Beaucoup enviaient la promotion du gamin. Lui et sa sœur venaient de deux familles différentes et après la mort de leurs parents, la misère et leurs Vues les avaient menés l'un vers l'autre. Il les salua d'un signe rigide de la tête mais Ichigo sentait la fierté que ce bout d'humain avait pour sa sœur. Il la couvait d'un regard translucide, mais attendrit.
Yumichika et Ikkaku repérèrent le capitaine de la 11e, Kenpachi, l'homme dont tous les deux voulaient intégrer la division. Un choix plutôt prévisible pour Ikkaku; qui plaçait le combat au-dessus de toute autre chose, mais surprenante pour son comparse. « C'est parce qu'il veut garder un œil sur lui et le protéger. » les avaient éclairé Hinamori. « C'est surtout pour son cul, oui! » avait pensé très fort Matsumoto. Enfin, Kenpachi Zaraki, encore un monstre, le seul homme, ou démon, qui sans arme enchantée, terrassait les Yokai les plus aguerris !
Kira préférait de loin rester tête basse plutôt que de croiser le regard d'un des 13 monstrueux capitaines. Jyuushiro Ukitake , Capitaine de la 13e, responsable de l'index des Yokais. Mayuri Kurotsuchi, Capitaine de la 12e et directeur le centre de recherche. Kenpachi Zaraki, Capitaine de la 11e, il commandait aux forces d'interventions. Toshiro Hitsugaya, Capitaine de la 10e, versée dans la stratégie et l'organisation de l'armé. Kensei Muguruma, Capitaine de la 9e, celle spécialisée dans le recrutement des Omoyiji. Shunsui Kyoraku, Capitaine de la 8e, orientée sur les scellements. Shinji Hirako, Capitaine de la 7e, en charge de la protection du roi. Byakuya Kuchiki, capitaine de la 6e, en charge de la police interne. Sosuke Aizen, Capitaine de la 5e, responsables de la lois et des procès en lien avec les Omoyoji. Unohana Retsu, Capitaine de la 4e, chargée des soins. Gin Ichimaru, Capitaine de la 3e, chargé des nécromancien. Soi Fon, Capitaine de la 2e, autrement nommée service de renseignement. Puis finalement, Genryusai Yamamoto, le chef suprême dirigeant de la 1er division qu'on nommait le Commandant. Non, vraiment, très peu pour lui.
Même le visage avenant de Unohana lui semblait un piège et cacher une nature démoniaque!
Sur l'estrade, Yamamoto réclama le silence, qui se fit immédiatement comme redoutant l'homme âgé. Avec sa voix de tonnerre, il fit un discours sur la fonction d'Omoyji, ses dangers et tout ce que la fonction impliquait. Discours que personne n'écouta vraiment, bercé par l'ivresse de l'accomplissement. Après 7 ans, ils recevaient enfin ce bout de papier! Alors les conseils de l'ancienne génération…
Commença alors la cérémonie de l'attribution des Shikis. Les nobles passèrent en premier. Il fallait monter sur l'estrade, se placer au centre du cercle incantatoire et si affinité il y avait, l'élève se trouvait pris dans une transe, récitait une incantation, et apparaissait alors un papier. Oui, un papier! Pour plus de pudeur, l'heureux élue était prié de rentrer chez lui et d'entacher ce papier avec une goutte de son sang. Le sujet se trouvait alors téléporté dans une autre dimension ou il pourrait établir tranquillement, et en toute intimité, les termes de son contrat avec son Shiki. Dans le cas contraire, rien ne se passait et le sujet repartait penaud. Sans grande surprise, les quatre nobles en obtinrent un.
Rukia, auréolé de succès, fier de satisfaire son frère et plus encore des applaudissements de ses amis, quitta l'estrade et rejoignit ce dernier. Pendant ce temps, Kira grimpait les marches en tremblant. Ses pas chevrotant le menèrent à côté du cercle qu'il regardait avec crainte. Il détestait se trouver au centre de toute cette attention malsaine. Au loin lui venait en échos les encouragements d'Hinamori… Si seulement il pouvait faire demi-tour et se réfugier dans ses bras… Quel idée aussi de rendre cet attribution publique! Et pourquoi ce n'était pas privé alors? Oui, les capitaines avaient besoin d'évaluer la marchandise avant de recruter, oui, ils devaient voir de quels bois, eux, pauvres étudiants offert en pâture, étaient fait… Il savait tout ça. Mais là, franchement, il ne rêvait que d'un terrier ou se terrer. Mon dieu, qu'il avait honte. Il déglutit, une fois, deux fois, trois fois, et avança d'un pas. Un tout petit pas, pas un de ceux conquérant, mais un pas de vermisseau, un avancement ridicule, qui, pourtant, changea tout.
Son coeur explosa en mille lumières fragiles, sa respiration diminua et se vaporisa comme les jours de grand froid. La lourdeur de sa bouche close, de ses bras ballotant péniblement, de sa poitrine lui arrachèrent un gémissement d'inconfort. Il se recroquevilla à la recherche d'une chaleur imperceptible dans l'air plombé. Ses yeux papillonnèrent. Il percevait une suite dissonante de bruit, comme le raclement de deux métaux, et le crissement implacable d'une meule sur l'acier.
Et ce fut tout.
Dans l'assemblée des Capitaines, certains s'agitaient. Ce blondinet filandreux avait sut capter l'attention, surprendre et même arracher quelques sourires contrits. Ce chant grinçant comme une grimace... Aucun doute, c'était la signature de Wabisuke.
L'esprit du désespoir qui affaiblit jusqu'à rendre impuissant les adversaires de son maître. Un sale énergumène dont l'art de la guerre différait tellement de la vision héroïque que la population en avait. Une arme vicieuse et mélancolique. Elle avait véritablement trouvé son maître chez ce garçon incertain dont les traits évoquait la dépression.
« Quel surprise! Wabisuke ne prête allégeance que très rarement, remarqua le Capitaine de la douzième avec un sourire. Avec un peu de chance, je pourrais l'étudier… »
« Il ne vaudrait mieux pas, lui rétorqua Shinji, Manquerait plus que vous ne le cassez ! »
Le scientifique se rebiffa. Il avait effectivement déjà, par mégarde, tué un Shiki. Cette seule ombre sur son tableau le vexait horriblement. Sujet sensible que seuls ses homologues capitaines osaient titiller. Shinji en particulier. Mayuri jeta un oeil critique au gamin qui se réveillait de sa transe désarticulée. Il pourrait toujours tenter de le recruter...
Izuru Kira... Ce nom lui évoquait vaguement quelque chose.
La lumière termina de le réanimer. Il scruta, hagard, la salle que huit applaudissements faisaient bourdonner. Sa main droite l'informait d'une présence cachée dans son creux. Il regarda. Un papier. Un bout gris, cartonné et lourd, comme une petite plaque de métal. Quel curieux phénomène. Hinamori se leva, mais absorbé par cette apparition, il ne la considéra pas. Un papier.
Il avait réussi, lui le gamin veule, incertain, gauche et incapable tenait dans ses mains agitées la preuve de son triomphe. Un putain de papier qui ouvrait la porte d'une vie claire et toute tracée. Obtenir un Shiki, c'était obtenir un poste privilégié aux yeux de l'Organisation. Accéder à des statuts élevés. A une rente. A la possibilité de vivre sans inquiétude. Kira écarquilla les yeux.
Merde alors…
Il n'avait jamais envisagé une vie pareille, son cerveau défaitiste l'avait convaincue qu'il échouerait. Et le voilà vainqueur… Son père accepterait sans doute qu'il retourne chez lui, auprès de ses frères et soeurs. Il aurait un poste dans le monastère et vivrait tranquillement, sans préoccupation. Oui, mais c'était son père qui avait chassé son maladroit gamin, inutile créature même pas foutus de teindre un drap sans catastrophe. Les portes de sa demeure resterait sans doute close…
Yamamoto le pressa de quitter l'estrade qu'il encombrait. Le blondinet s'empressa de s'exécuter, manqua de trébucher, et se rassit sur sa chaise avec soulagement. Hinamori le pris dans ses bras et leur embrassade fit sourire Matsumoto qui se coulait vers la scène. Kira apprécia le contact qu'il partageait avec la brunette. Entre ses bras là, sa force se décuplait, son courage trouvait une inspiration et sa confiance bourgeonnait. Voulait-il réellement retourner dans sa campagne esseulée ou seul l'attendait une vie monastique? Il enfouit sa tête lourde dans les cheveux bruns. Pour le moment, il désirait dormir.
De toute façon, il avait une semaine pour de décider. Une semaine pour recevoir les demandes d'intégration qui lui seraient proposées, les analyser et choisir. Une longue semaine, une douce semaine, une angoissante semaine. Le blond se leva silencieusement, Rangiku s'approchait de l'estrade. Il lui souhaitait de réussir, mais ne s'attarda pas plus longtemps dans la salle d'examen. Un autre impératif le prenait: Finaliser son contrat, et oserait il le dire, se reposer.
De son côté, Hisagi regardait nerveusement sa rousse se déhancher sensuellement durant sa marche. Il admira les courbes féminines qui se balançaient au rythme assuré de ses pas. Il se gava de ce geste gracile qu'elle faisait avec sa main pour replacer une mèche folle, trahissant chez elle un certain embarras. Pourtant, il la côtoyait depuis assez longtemps pour savoir qu'elle ne craignait pas l'attention d'un public. Non, elle la cherchait sans cesse. Ce qui l'agitait tant souriait comme un démon, un peu plus loin, dans la loge des Capitaines. Il portait un Haori comme personne, et sa maigreur pâle n'entachait en rien à sa prestance étouffante. Pour Hisagi, il était un serpent froid qui contemplait sa proie fraîchement débusquée. Ichimaru Gin.
Ce dernier arborait son sourire permanent et à son côté Aizen observait distraitement la scène. Le Capitaine de la cinquième nota le pianotement quasi hystérique de son voisin, qui pourtant se voulait imperturbable. Amusé, il engagea la conversation à voix basse.
-Alors c'est elle la fameuse Matsumoto… Commença t-il pour capter l'attention de son homologue. Elle est tout bonnement ravissante, une vrai fleur.
-Les plus belles fleurs de lotus poussent dans la boue, répliqua sèchement l'albinos sans daigner détourner son regarde de l'estrade.
-J'avais cru comprendre que vous étiez amis d'enfance, poursuivit nonchalamment le Capitaine de la cinquième qui s'était sensiblement rapproché.
Le tique contrarié de l'albinos fut si maîtrisé que le brun le manqua presque. Presque.
-Je me demande bien ce qui a pu vous éloignez l'un de l'autre? Un amour malheureux, peut-être?
Le capitaine de la troisième renâcla. D'un naturel très pudique sur sa vie privée, il trouvait désagréable que ses paires en sache autant, cependant il conserva un visage impénétrable. Garder l'illusion de relations amicales avec ses collègues était une discipline en soit au Gotei. Les capitaines n'avaient rien à envier aux courtisans de l'empereur pour ce qui touchaient à la politesse hypocrite et aux faux semblants aimables.
-Pourquoi n'interrogez-vous pas votre petit doigt? Ses dires se trouvent souvent confirmées.
Le brun haussa les épaules. Aujourd'hui ne serait pas le jour ou le mystère de Gin s'éclairerait, cependant, il garda sur l'homme un regard attentifs et calculé. Il n'était pas le seul à prêter une attention presque déplacé à l'albinos. Depuis son siège, Hisagi regardait l'homme avec intérêt.
Du Capitaine, il ne connaissait que le nom et la renommée. De sa relation avec Matsumoto, il ignorait tout. Elle lui semblait malsaine et vaine. Comme l'acharnement futile de la pluie à arroser le désert pour en faire une prairie. Un désert de sable et de dunes restait toujours sec et aride. De plus Hisagi, qui fréquentait l'étudiante continuellement, savait qu'elle n'avait pas parlé à cet homme depuis au moins… Depuis qu'il la connaissait… Sept ans donc. Pour lui, la rousse s'accrochait à des espoirs vains qui la faisait souffrir.
Cependant Matsumoto accordait aux débris de son lien avec le Capitaine une importance si accrue qu'il n'osait la décourager. Il cacha son énervement et serra la mâchoire. Matsumoto entrait dans le cercle. Il s'attendait à entendre un chant, plus sucré et charnel que celui déchirant de Kira mais rien ne se produisit. Juste ce silence horrible qui suit l'éclat sonore d'une vitre brisée. Yamamoto secoua la tête et demanda à la candidate de sortir.
La rousse resta interdite, seule au milieu de ce rond plein de signes abyssaux. Et son monde vola en éclat.
« Tu es trop fainéante pour m'invoquer, humaine. »
Elle jeta un regard remplit de désespoir a Gin dont le sourire crispé était moins large qu'en temps normal. Et Elle compris qu'elle ne l'atteindrait jamais. Qu'il resterait drapé dans sa cape blanche immaculée et elle démunie, comme le premier jour. Elle compris que l'idylle se refusait à elle, que son bonheur s'échappait. Elle ravala difficilement larmes et salive. Fébrile, elle quitta la scène. Elle rapetissait tout à coup, se ratatinait presque. Son sourire enjôleur se fanait, et ses yeux vacillaient.
Imperméable aux bruits extérieurs, elle ne pensait à rien si ce n'est cette voix traînante et mielleuse pointant son impuissance. Elle s'éloigna de l'estrade pour échapper à la grippe acéré des regards que tous braquaient sur elle. Et ce soir, comme chaque fois après un échec ou une mauvaise passe, elle irait se saouler. Hisagi viendrait la rejoindre, accompagnant sa beuverie avec la compréhension silencieuse qui le caractérisait. Elle s'oublirait dans ses bras et plongerait avec lui dans les affres de la débauche. Puis, elle rêverait de cet autre inaccessible, de son dos maigre s'éloignant dans la neige, de son sourire si désolé ce soir-là, de ses pas qui s'effaçaient avec le temps. Elle se réveillerait le lendemain avec un mal de tête à lui fendre le crâne, elle maudirait son laisser aller indigne d'elle. Puis, elle chercherait une autre bouteille de saké, se l'enfilerait avant d'aller réveiller Hisagi qui ronflerait encore après leurs ébats. Après, après, elle aviserait.
Si sa vie n'avait qu'un seul projet, une seule ligne directrice, cela ne voulait pas dire qu'elle aimait les plans…
Mais pour le moment, elle ne cherchait que la solitude des vaincues. Elle quitta la salle en titubans, ignorant les bras tendus d'Hisagi dans sa direction.
Hisagi qui n'entendit même pas Renji qui le railla sur le vent mémorable qu'il venait de recevoir. Il ne sortit de sa torpeur que grâce à Ichigo qui lui secoua l'épaule. Il venait de se faire ignorer, là, non? Sa conscience confirma, la garce. Le roux lui pointa Hyori qui descendait de l'estrade, le pas furibond. Vu le visage agressif de la petite blonde à couette, il comprit qu'elle aussi venait d'échouer. Le brun fut sous le choc, la bouche ouverte. Depuis combien de temps était-il absent, plongé dans son propre monde? Ça lui arrivait de plus en plus souvent et ces absences répétées devenaient vraiment problématique. Sa conscience volait loin de son corps et le temps semblait se perdre dans la brume durant quelque instant. Étrange phénomène bien ennuyeux.
Il ne put approfondir, la furie était déjà sur eux.
« Tu parles d'une veine! s'écria-t-elle. Bon Hisagi, tu compte gober les mouches comme un idiot encore longtemps? Putain quelle plaie! C'est ton tour alors bouge ton cul d'empoté! »
Et comme il acquiesçait stupidement, elle ajouta: « On se retrouve ce soir. »
La petite enfonça littéralement la porte en pestant et s'éloigna à grand pas rageur. L'air autour d'elle vibrait de sa colère. Ichigo supposa que son échec devait avoir vexé son honneur. Pourtant, c'était sa réussite, plutôt, qui aurait relevé du miracle.
Sur une proportion de non noble ayant la Vue, seuls cinq pourcent en moyenne, avaient les affinités d'Invocateur. Contrairement à la rousse, pour qui réussir cette étape était impératif à l'accomplissement de ses dessins, Hyori avait plus de recul. Elle n'avait placé aucun espoir en sa réussite, d'ailleurs ses aptitudes en Kido lui ouvraient déjà beaucoup de porte. Contrairement à Matsumoto qui, malheureusement, était catastrophiquement mauvaise en Récitation, Hyori se débrouilleait plus qu'admirablement. Son large panel de compétence lui garantissait de recevoir au moins deux demandes de Capitaine d'ici la fin de la semaine. Elle ne s'inquiétait en rien de son affectation.
Les angoisses de Matsumoto, elles, étaient fondées. Les exorcistes uniquement doués pour les armes et le combat recevaient rarement des demandes. De dépit, on les affectait en regard des effectifs de chaque division et ils ne montaient généralement que rarement dans la hiérarchie. Dans leur groupe, seul Yumichika et Ikkaku se moquait bien de posséder un Shiki. Ils postulaient pour la 11e, la division du « casse-pipe ». Vu le peu de postulant, la onzième acceptait n'importe qui.
Hisagi était maintenant, il ne savait comment, sur l'estrade. Yamamoto l'enjoignait à entrer dans le cercle. Il s'exécuta, totalement à l'ouest, et son air perdu inquiéta ses amis encore présent.
« Tu penses qu'il va bien? », souffla Renji à son camarade roux
Ce dernier fronça les sourcils, expression courante chez lui. Non, décidément, Hisagi paraissait ailleurs, même pour lui. Ichigo ne l'avait jamais vu aussi peu sur terre depuis le début de cette cérémonie, et pourtant l'homme était réputé pour son caractère étourdi. Hinamori, plus sensible que les autres aux auras, leur souffla à voix basse
« On dirait qu'il dégage l'énergie d'un Yokai…
- Sérieusement? s'esclaffa Renji, Tu penses sérieusement que notre Hisagi serait un invocateur?
-Ça m'en as tout l'air, confirma Yumichika en ré-ajustant sa position, Je suis aussi surpris que toi. C'est dingue, je n'aurais pas cru ça de lui...
-Si Hisagi est un invocateur de Yokai, normalement, un carnet devrait apparaître dans sa main. Ce sera le livre où il volera le nom des Yokai qui devrons le servir. »
Un carnet apparut. Une salve d'applaudissement résonna dans la salle, même les capitaines saluaient l'exploit. Un Invocateur de Yokai. C'était encore plus rare que ceux de Shiki déjà peu répandu. Peu de famille noble avait cet apanage, présent chez un gosse de fermier! Les yeux de Byakuya s'agrandirent, choqués. Dès lors, il sut que la bataille pour recruter ce jeune homme était lancée.
Quelle ironie, pensa le Capitaine de la Sixième division en feuilletant le dossier d'Hisagi. Si le gamin n'avait possédé pas cette affinité d'Invocateur, un effectif aussi moyen que lui aurait fini en fond de placard. Et le voilà maintenant, à être le sujet de toute les convoitises. Le noble avisa Mayuri, qui se lécha les lèvres. Il réprima un geste de répulsion. Le visage du Capitaine de la douzième heurtait toujours autant son sens de l'esthétique.
Le noble s'accorda une courte période de réflexion. D'ordinaire, il aurait immédiatement envoyé une demande de recrutement au jeune homme, les Invocateur de Yokai étaient de si grands atouts… Cependant, il ne décelait chez l'individu aucune des qualités morales requises aux force de l'ordre. Il décida qu'il se passerait de ses services. La puissance sans l'intelligence ne menait qu'à l'échec. Et Seigneur, que cet enfant avait l'air benêt à rester complètement hagard au milieu de l'estrade.
En effet, en contre bas, Hisagi tanguait encore, complètement chamboulé. Les évènements repassait dans son esprit encore abasourdi. Il était monté sur l'estrade, puis entré dans le cercle. L'espace était devenu étrange et distordu. Et maintenant, on applaudissait… Quelle étape avait-il sauté ? Sa tête le chauffait. Il quitta précipitamment la salle, couvert par le regard perplexe de ses amis. Encore un qui aurait pas mal de chose a leur raconter ce soir...
Hinamori, Ikkaku et Renji repartirent les mains vides. La brunette était anéantis, elle avait manqué de pleurer. Heureusement, ses camarades lui avaient rappelé ses capacités inégalées en Récitation et son désespoir d'être rejetée avait été refoulé. Les deux hommes étaient partis ensemble, Ikkaku soutenant un Renji légèrement ébranlé. Yumichika avait invoqué un Shiki, son incantation parlant de beauté et d'esthétisme avait laissé perplexe. Puis, avec cette grâce pédante qui le caractérisait, avait couru rejoindre Ikkaku.
Quant à Ichigo...
Il aurait préféré ne pas se lever ce matin là.
