Péché
Cela fait maintenant un mois, que nous sommes enfermés en ces lieux. L'obscurité règne en maître, l'unique moment où la lumière nous est accordée est quand on nous nous nourrit.
Oui, nous sommes entretenus de sorte à rester en vie. Le démon qui nous garde précieusement, dans cet endroit inconnu désire nous voir mourir. Il veut nous voir périr de par notre propre folie. Cela fait un mois, que mes deux amis ainsi que moi-même sommes retenus en otages. Plus le temps passe, plus la raison nous quitte pour laisser place à son alter ego, par définition, la folie.
Mon ami se meurt, la démence s'empare chaque jour un peu plus de lui. Est-ce dû à l'absence de lumière, ou encore la peur constante et récurrente, que nous ressentons à chaque instant. Quoi qu'il en soit, les faits sont là.
Cela fait maintenant quatre mois que nous sommes cloisonnés dans cet endroit. Mon ami a perdu toute notion de raison, celui-ci s'est acharné sur mon autre compagnon de cellule. Il l'a frappé tant de fois et avec une fureur indescriptible, que ce-dernier a succombé à ses blessures.
Je me retrouve alors seul, avec ce qui reste de mon ami.
Il marmonne dans son coin, de temps à autre, il griffe le sol en hurlant :"Tuer ! Il me faut tuer, tout de suite sans plus attendre."
A chaque fois, qu'il prononce ces phrases, je me prépare à une agression meurtrière. Avec lui, les mots n'ont plus d'effet. Alors je ne cherche plus à le raisonner, je le neutralise et puis c'est tout.
Le temps s'est bien écoulé, à tel point que je ne parviens plus à dire depuis combien de temps, nous sommes dans cet enfer. La lumière nous fait cruellement défaut. Je suis dans l'incapacité constante, à discerner le jour et la nuit.
La démence s'empare jour après jour de mon être. Ma raison tout comme mon espoir, de m'évader d'ici, se sont envolés. De temps à autres je choisis minutieusement mon ongle le plus long et créer un visage, de sorte à faire la conversation. Cela peut paraître bête, mais c'est un des derniers remparts qui me sépare de la folie qui me ronge.
Une fois, ce qui était jadis mon compagnon et qui est maintenant à l'état de cadavre ambulant, a décidé d'en finir avec moi, de manière radicale. Son plan était de venir dans mon sommeil, de me casser les jambes et de me lacérer le cou, jusqu'à ce que mort s'ensuive. Cependant, il y avait deux failles dans son plan. La première était que j'avais perdu le sommeil. Il était tout bonnement impossible, de dormir dans ce bas lieu, la seconde était la moins négligeable, je désirais ardemment la vie.
De ce fait, quand il décida de mettre son plan final à exécution, je retournai la situation en le maîtrisant. A ce moment précis, ma raison me dicta de mettre fin à ses jours, et au plus profond de moi, j'avais aussi cet espoir, quand étant le seul survivant du trio, j'aurais gagné le droit de liberté. Je me souviens encore, de ce sentiment exaltant et je suis intimement persuadé que j'avais une lueur de folie dans mes yeux, mes instincts primitifs resurgissaient un à un, j'étais prêt à l'achever.
Mais j'ignore si c'est ma pitié ou ma lâcheté, qui l'a emporté mais je n'ai pas lui attribuer le coup fatal. Mon bras s'est stoppé dans sa course pour lui briser la nuque. Alors dans ce dernier geste d'humanité, en souvenir d'autrefois je lui ai cassé les deux bras, de sorte à ce qu'il soit dans l'incapacité de me tuer, de plus ceci pouvait réduire quelque peu sa mobilité.
Le temps défila encore, ce-dernier, s'était peut-être vêtit de sa robe glacé ? Enfin, il était sûr que bien des mois s'était écoulés.
Je me souviens du jour où mon ami, avait pour la première fois depuis bien longtemps retrouvé une lueur de lucidité, dans son regard. Celui-ci me demanda d'une voix bien plus solennelle que je ne l'aurais soupçonné :
-"S'il te plait Nathaniel, tue-moi. Je suis devenu fou ! J'ai assassiné de sang froid, Vincent et je n'ai eu aucun regret mais juste du soulagement. J'ai aussi essayé de mettre fin à tes jours, moult fois. Je voulais jouir une dernière fois de liberté, je désirais de nouveau sentir une brise sur ma peau, je souhaitais revoir la lumière et pour cela, j'étais prêt à sacrifier une part de moi-même. J'ai pensé tant de fois à m'échapper et toutes les manières possibles, pour réaliser cela.J'ai alors compris avec le temps, qu'il n'y en avait pas. Ce n'était que cet homme et uniquement lui qui pourrait modifier notre destinée en nous apportant, soit notre salut, soit notre liberté. J'ai commencé à me questionner sur les raisons, que pourrait avoir ce détraqué, pour nous enfermer de la sorte. C'est alors que plusieurs solutions me sont apparues, mais je n'en ai gardé qu'une seule : Peut-être que ce fou dangereux, souhaite "simplement" voir jusqu'où trois amis peuvent aller, pour vivre et regagner leur liberté volée ? Au final, que mon raisonnement soit fondé ou non les faits sont bel et bien là : Je n'en sais strictement rien, mais il n'empêche que je m'étais résolu à abandonner ma morale et mon humanité. Ainsi plus tard j'aurais pu expier mes péchés envers vous. Cela dit, je ne peux finalement pas faire ça. Il reste peu de temps avant que mes pulsions reviennent, alors je te le demande solennellement, non plutôt, je t'implore de me tuer ! Ce sera le dernier service que je te demande au nom de notre ancienne amitié".
Même si l'obscurité était totale, mes yeux s'étaient acclimatés à cette pénombre constante, de ce fait je pus deviner qu'il pleurait. Ce jour-là, j'ai commis la plus noble ainsi que la plus horrible demande, qu'on puisse exécuter. Je suis allé voir mon ami, j'ai mis mes deux mains sur son cou, et j'ai commencé à serrer. Je voyais, du moins, je déduisais avec aisance, que ses traits étaient doux et relâchés. Plus la pression, de mes doigts sur sa nuque s'intensifiée, plus je me sentais mourir. Ironique n'est-ce pas ? Je crois que je n'avais jamais autant pleuré.
Une fois mon homicide commis, la porte de l'enfer s'ouvrit. De cette-dernière sortit un halo de lumière, qui m'éblouit plus que de raison. Cette subite lumière m'empêcha de voir qui était cette silhouette, bien que j'avais mon idée sur la question. Celle-ci m'applaudit, d'un claquement long et puissant qui résonna dans la pièce où je me situais, la présence me fixa et me dit :
-Toutes mes félicitations. J'avais parié sur toi ! Tu es celui qui a la meilleur résistance moral, et bien, il est temps d'arrêter le jeu. Je te remercie pour ce final magnifique, tu m'aurais presque ému. Bien, Nathaniel, tu as le droit d'accéder à ta liberté si ardemment désirée.
Je me souviendrais de ce moment à tout jamais.
De toute ma vie, je n'avais jamais rien ressenti d'égal. Il semblait que toute la haine de ce monde était ancrée en mon être.
Mon simple regard, équivalait à une malédiction sur une lignée entière.
Dans ma tête tout était limpide, il devait mourir. Cependant, je ne me ruai pas sur lui, et je ne rétorquai rien. Je ne parviens toujours pas à m'expliquer, cette réaction inattendu. J'étais partagé entre la haine la plus pure et la joie incommensurable d'être en vie et de finir ce jeu maudit.
C'est alors, que le sentiment le plus primitif de l'être humain m'envahit, autrement dit la peur. Une pensée me tétanisa sur place, je savais au fond de moi que je ne pourrais pas le battre et en plus, la lumière m'éblouissait trop pour que je puisse clairement discerner ses traits.
Si je ne partais pas immédiatement, peut-être que ce démon me renfermerait ! Peut-être, attendait-il, avec une envie malsaine, de voir mon visage se décomposer quand il refermerait définitivement la porte qui sépare la liberté, de moi. Était-ce une mise en scène morbide, pour pouvoir apprécier, la vue de mon être plongé dans les méandres du désespoir et donc éteindre à jamais toute sorte de lumière, qu'elle soit de l'extérieur ou dans mon esprit.
Quoi qu'il en soit, ce jour-là, je pris la fuite.
Jamais plus, je ne retourna sur ce chemin, jamais je n'évoquai le sujet à autrui. Quand on me demanda, ce qui s'était passé ou encore d'expliquer, les raisons des morts tragiques de mes défunts amis, je me contentais de répondre : Je suis désolé mais je suis amnésique enfin plus exactement, d'après les professionnels, cet incident aurait tant choqué mon esprit, que mon cerveau, pour éviter qu'il ne se brise, me plongea dans une amnésie partielle.
Mais, maintenant que je suis en fin de vie, je ressens le besoin de coucher sur papier l'histoire méconnue de ma vie. Lecteur, je ne veux pas que tu me prennes en pitié ou que tu ressentes après cette lecture, un sentiment de dégoût, car en écrivant cette lettre je tiens juste, à expier au mieux mes péchés
Nathaniel.
