Sentiment

Je t'aime.

Ces deux simples mots, furent les seuls que je ne pus jamais me résoudre, à dire à quiconque.


Il y a longtemps, j'étais en proie à un des sentiments, les plus insupportables. J'étais entouré mais pourtant, terriblement seul. Je ne serais même pas exprimer, ce-dernier de manière compréhensible, tant il est abstrait. Mais, je pense n'en avoir eu conscience que bien après. Oui, le jour de ton arrivée.

Aux yeux d'autrui, c'était à ce moment précis que la crainte et le respect que j'inspirais, étaient à leurs apogée. Mon orgueil fit, que la première émotion que j'eus, vis-à-vis de toi, était tout bonnement le mépris. Je me languissais de te briser. Tu étais comme un simple rongeur, face à un serpent. Ta fébrilité mêlée à ta naïveté, confortait un peu plus, mon envie de te voir succomber. Pour cela, je pris comme résolution de te faire tomber doucement, sans même que tu puisses t'apercevoir que je t'ai infligé, la morsure fatale. C'était un challenge que je m'imposai à moi-même. Cruel, était le mot le plus apte à me définir.

Pourtant, l'impensable se produisit. Plus les jours s'écoulaient, plus je sentais une sensation étrange. Un désir s'emparait de mon être mais je ne parvenais pas, à saisir de ce dont il pouvait s'agir. Je n'avais qu'une seule certitude, pour combler ce désir, je devais te voir. Il le fallait. Je ne comprenais pas comment, mais avec toi, je me sentais exister.

Ta cécité, ta fragilité apparente, créaient chez moi des sentiments partagés.

Le premier était, l'envie irréfutable de te briser, de te voir au plus bas et de te contempler, d'en haut.

Le second et bien... celui-ci, était assez incompréhensible, à la limite du sibyllin. Te savoir si frêle, me donnais comme une sorte d'obligation, celle de te protéger, d'être à tes côtés. Tout ceci, me faisait m'interroger sur quelle partie de mon ressenti était la plus intense ? Après moult réflexions, j'arrivai à la conclusion suivante :

Plus je t'appréciais, plus mon envie s'embrasait. Cette conséquence était un partage entre l'exaltation et la crainte. Je le savais, j'étais en train de changer ! Non, tu me changeais et ça, ça m'était insupportable ! Ma raison m'ordonnait de lutter, mais mon orgueil m'en empêchait.

Moi ?! Un être, au sang noble et au statut divin, devait craindre un changement irréversible de ma personne, par la faute d'un être que je pouvais faire disparaître, ne serait-ce que par ma simple volonté.

Il en était hors de question ! J'étais le Roi, je n'avais aucune crainte, aucune hésitation ! Si j'estimais qu'une vie devait être ôter, c'était ainsi. Mes actes, n'étaient en rien punissables car j'étais la Loi !

J'étais un être que personne ne pouvait briser ! J'étais fort ! Je ne connaissais pas la signification du mot "échec" ! J'étais né pour régner, mes actes n'étaient ni bons, ni mauvais.

La pureté, tout comme la débauche étaient pour moi deux notions abstraites. J'étais un être omnipotent, enfin du moins c'est ce que mon entourage ainsi que moi-même pensions. Peut-être, était-ce ta faiblesse évidente qui m'a fait baisser les armes ? Tu ne me voyais pas, tu n'avais même pas conscience de mon statut, tu me parlais avec respect et honnêteté.