*R'garde à gauche...* *R'garde à droite...* Lecteurs? Leeeeeecteuuuurs?

...

Hum... y'a l'air d'avoir perso...

Ah! Ah si! Là, au fond! Oui, toi, là, avec le nez pi la bouche! Oui, oui, approche, sois pas timide!

Blague plate à part, lecteurs, je n'ai aucune excuse à vous offrir pour cette longue, longue, longue pause dans la publication.J'ai écrit d'autres textes. Je n'ai évidemment pas droit à un double compte feufeu, ce qui fait que vous ne saurez pas mon autre nom de plume. Celà-dit... si vous croisez les fics d'une certaine Sombraline, il est possible qu'ils ressemblent aux miens. Allez comprendre =)

Plus siriussement, je ne peux que réitérer mon mea culpa le plus pathétique, et espérer que certains d'entre vous avez encore un certain intérêt pour cette histoire, malgré les... deux ans? depuis la dernière publication. Ouille.

Pour ceux qui auraient oubliés, dans cette fic, Severus avait "adopté" James et Sirius, par accident, au milieu de l'été, et les avait gardé chez lui discrètement (oui, oui, comme deux chatons égarés... tiens, pas une si mauvaise comparaison, en fait) jusqu'à ce que les parents Potter ne les récupèrent tous les trois. De retour à Poudlard depuis deux mois, sous de fausses identités, Sirius et James viennent enfin de retourner au manoir Potter, ayant enfin un moyen de reprendre leur apparence.. mais, manque de bol, au même moment, Severus reçoit, de force, la Marque des Ténèbres. Ouille. Et donc...


-T'es le prochain, Black !

-Aïe !

Regulus eut à peine le temps de relever les yeux pour jeter un regard hargneux à Rabastan Lestrange quand celui-ci disparut au coin du mur en ricanant. Jurant tout bas, il frotta péniblement celle de ses épaules qui avait percuté le mur de pierre, grimaçant de douleur.

Sale con.

Lui et les autres.

Rajustant son sac sur son autre épaule, agacé, il reprit sa route en prenant garde de surveiller les couloirs à chaque tournant, se maudissant de devoir se faire si paranoïaque pour pouvoir circuler dans les cachots.

Il porta machinalement la main à son poignet gauche avec une certaine nervosité quand il croisa Walden Macnair, qui revenait apparemment de la Grande Salle –l'heure du dîner était passée- et ne lui porta pourtant aucune attention, occupé qu'il était à discuter avec Sully Rev. Regulus n'en fut pas moins plus tendu qu'une corde de violon alors qu'il regardait le Mangemort disparaître à son tour sans même l'avoir remarqué.

T'es le prochain, Black…

Un frisson parcourut son échine et il pressa davantage le pas alors qu'il filait vers les étages supérieurs, pas mécontent de mettre de l'espace entre lui et le repère des Serpentards. L'air s'était fait irrespirable, depuis que Sirius et James avaient disparu… Et avec un Severus complètement déprimé et catatonique depuis qu'il avait la Marque des Ténèbres… Regulus ne s'était jamais senti aussi seul.

James et Sirius… ces deux-là avaient fait un beau boulot, en disparaissant pile au moment où Severus aurait plus que jamais eut besoin d'eux… Pour le coup, et aussi stupide que ce fût, Regulus était furieux contre eux.

Malgré leurs bonnes intentions, ils avaient au final fait plus de mal que de bien à son ami en le laissant tomber au pire moment… Et lui se sentait inutile au possible, impuissant alors que Severus était plus renfermé que jamais sur lui-même et que les autres Mangemorts lui faisaient des sous-entendus de plus en plus menaçants…

Sans parler de la lettre que Walburga lui avait envoyée le matin-même pour lui parler avec enthousiasme d'une fiancée potentielle…

Il soupira, déprimé, alors qu'il atteignait la tour d'astronomie. La nuit avait noirci le ciel, et les étoiles y brillaient déjà haut. À ce stade, il n'y avait bien que regarder le ciel nocturne qui pouvait encore lui faire oublier ses soucis… Le nez en l'air, il s'installa par terre contre l'un des piliers de la pièce, aussitôt frappé par le vent froid de fin octobre.

Il resserra sa cape contre lui et s'appliqua à repérer diverses constellations : le Paon, la Flèche, l'Aigle… Un petit sourire tordit ses lèvres en voyant Pavonis, qu'il identifia aussitôt à l'un des cousins d'Orion, et il eut encore une petite moue amusée en repérant Arcturus. Il n'y avait bien que ses parents pour le nommer d'après une étoile occupée à s'éteindre…

-Black ?

Il sursauta vivement, mais ne prit pas le temps d'identifier celui qui l'avait interpellé avant de lui pointer sa baguette entre les deux yeux. Remus Lupin, ahuri, leva les deux mains en signe de paix, échappant au passage la plume et la longue vue qu'il tenait jusqu'alors.

-Eh, du calme, je ne voulais pas t'attaquer ! Se défendit-il, alarmé.

-…Désolé, fit Regulus, simplement, en baissant sa garde, un peu incertain. Avait-il pu être plongé dans ses pensées au point de ne pas repérer le Gryffondor, apparemment occupé à faire ses devoirs d'astronomie à moins d'un mètre de lui ? Qu'est-ce que tu me veux ?

-…Est-ce que tout va bien ? S'enquit le blond, éludant sa question et fronçant les sourcils.

Il haussa les épaules, les lèvres légèrement pincées. Évidemment, que tout n'allait pas bien. Mais il ne se sentait aucune affinité particulière avec Lupin. Et puis, il avait promis à Severus d'être muet...

Mais l'autre paraissait vraiment inquiet, et prêt à insister. Et il aurait été tellement soulagé de ne pas porter seul ses hésitations et son inquiétude…

D'un autre côté… pourquoi aurait-il eu confiance en Lupin ?

-Rien qui te concerne, répondit-il, une pointe d'amertume sur la langue, en ramenant ses yeux sur le ciel et sa baguette, dans son sac.

-Sirius est mon meilleur ami, contrat le Gryffondor, avec un ton léger, mais un regard sérieux.

-Je n'ai pas de raisons de te faire confiance, répéta Regulus, avec un regard légèrement agacé vers l'autre.

Même s'il avait tout à coup repris contact avec son frère, l'argument familial, pour une raison ou une autre, lui laissait toujours une pointe au cœur. Il ne savait pas quoi penser de cette fichue famille, de la lignée des Black, reniée ou pas. Il préférait s'imaginer que Sirius était… son ami. Au même titre qu'il était l'ami de Severus. Faute de quoi… il se sentait un traître à son nom, et à Sirius. Un hypocrite des deux côtés.

-Peut-être pas, mais tu as envie de parler, reprit Lupin, plus doucement. Et je peux te jurer que je suis honnête, Regulus.

Le nommé pinça les lèvres, évitant de baisser les yeux vers le Gryffondor. Ces fichues hésitations qui le reprenaient… Mais il parlait à Lupin, tenta-t-il de se rappeler. Remus Lupin… Il n'y avait aucune raison de s'imaginer qu'il était honnête. Il avait été élevé pour n'avoir confiance en personne, et surtout pas envers un Gryffondor demi-sang qui ne lui avait quasiment jamais parlé de sa vie…

…Même si l'autre lui avait paru atrocement aimable, au cours des dernières semaines…

-C'est entre moi et les étoiles, marmonna-t-il, de plus en plus mal à l'aise, en rajustant la courroie de son sac en vue d'aller chercher un autre refuge pour avoir la paix.

-…Si tu sais que je vais me taire, tu me parlerais ? Lança Lupin, avec un ton doux.

Il haussa les épaules, à nouveau. L'équivalent d'un « oui », apparemment, parce que Remus eut un petit sourire contrit.

-Je suis un loup-garou, avoua-t-il, en se tournant à son tour vers le ciel pour ne pas croiser son regard. En sachant ça, et avec ton nom, tu peux me virer de Poudlard en un clin d'œil. Alors ?

-…Tu… quoi ? Bredouilla-t-il, incrédule.

Un… loup-garou ? À Poudlard ? …Regulus regarda, complètement ahuri, l'autre garçon. À… À la réflexion… il avait les yeux dorés… et il disparaissait parfois sans raison, s'il se souvenait bien…il serait réellement un… un… ? Lupin lui adressa un sourire attristé. Regulus le fixa un moment, incrédule.

Les loups-garous étaient des monstres sanguinaires, sans pitié, inhumains… des êtres qui auraient dû être éliminés sans hésitation, d'après sa mère.

C'est peut-être ça qui acheva de détruire ses convictions. Walburga Black disait que les lycanthropes étaient des bêtes sans cœur. Remus Lupin était un loup-garou. Remus Lupin, préfet-en-chef, Gryffondor, avec son sourire timide et les grimaces qu'il faisait toujours quand ses amis s'en prenaient à quelqu'un…

Walburga Black disait des conneries.

C'était un fait désormais indéniable. Sa mère ne prônait que des bêtises, et il ne pouvait plus faire semblant de les croire.

Il ne lui restait plus qu'à exprimer son désaccord avec Walburga. Et à en assumer les conséquences.

Suivre les traces de Sirius…

Regulus poussa un profond soupir, épuisé, et relâcha son sac à dos. Lupin le fixait toujours, attendant sa réaction… Il lui adressa un maigre sourire. L'autre avait lancé une bombe en parlant de loup-garou… eh bien, il avait de quoi le surprendre, lui aussi, songea-t-il avec un amusement amer.

-…Severus a la Marque des Ténèbres sur le bras.

Il se demanda brièvement s'il avait eu le même regard ahuri quand l'autre avait confessé sa condition lupine.


-À trois, Sirius, tu es prêt ? Un… deux… trois !

Sirius fixa avec conviction la photo de lui-même qu'il tenait à la main, en se concentrant de toutes ses forces, mais n'en sursauta pas moins quand un courant glacial lui parcourut les membres, le faisant frissonner des pieds à la tête. Il fut pris d'un vertige brusque et violent et dut se rattraper à un meuble en fermant rapidement les yeux pour s'éviter la chute, nauséeux.

Sirius Black, seize ans, tué par une bague. Ça ferait une très mauvaise épitaphe, décida-t-il avec une grimace, se forçant à rouvrir les yeux pour jeter un regard interrogateur à James, qui avait étouffé une exclamation.

-…Alors ? Demanda-t-il, anxieux, tandis qu'Helena lui tapotait gentiment l'épaule. Le geste lui donnait encore davantage envie de rendre son repas, mais il s'abstint d'en faire la remarque à sa mère adoptive.

-T'es de nouveau toi ! Couina James, enthousiaste. Ça a marché ! Donne, donne, c'est mon tour !

Il s'exécuta avec un petit sourire, l'estomac trop agité pour parvenir à se sentir immédiatement aussi enthousiaste qu'il n'aurait dû l'être. James récupéra l'anneau, surexcité, et prit la place de Sirius devant le miroir alors que celui-ci se laissait guider vers une chaise par Helena, tentant vainement de calmer sa nausée.

-Dumbledore m'a prévenu que tu pouvais te sentir malade, expliqua-t-elle doucement. C'est un effet secondaire d'une transformation de ce genre qui s'est étendue aussi longtemps. Prends de grandes inspirations, conseilla-t-elle en voyant Sirius plaquer une main devant sa bouche, de plus en plus pâle.

Le Gryffondor aurait voulu expliquer à Mrs Potter qu'il était incapable de respirer calmement quand son estomac menaçait de remonter dans sa gorge, mais avant qu'il n'ait pu formuler sa phrase, la mère de James avait rejoint son fils devant le miroir, où celui-ci s'extasiait tout haut en trépignant.

-Ça a marché ! Ça a marché, Sirius, je suis de nouveau moi !

-Fantastique, parvint-t-il à grogner, un bras en travers du ventre, les yeux fermés.

Allez, stupide corps, du calme, conjura-t-il mentalement, agacé. Les hauts-le-cœur se firent petit à petit moins violents, mais sa nausée refusa de disparaître, quoiqu'il fasse.

Après plus de vingt minutes et plusieurs suppliques d'obtenir une potion de la réserve d'Helena, celle-ci l'envoya se coucher avec un « pauvre chou » attendri et attristé. Il doutait sincèrement que se coucher au chaud dans son lit ne puisse l'aider –la simple perspective de bouger lui donnait envie de vomir-, mais il obéissait toujours à Helena, aussi s'installa-t-il docilement dans la Chambre Verte, qu'il s'était vu attribuée cette fois-ci. Il s'endormit avant même que sa tête n'ait touché l'oreiller.

Il se réveilla quatre heures plus tard, quelque peu désorienté mais débarrassé de son mal de cœur, pour son plus grand soulagement. Son premier réflexe fut d'amener sa main à son visage pour repousser ses mèches filasses de ses yeux. Avant de réaliser qu'il n'y avait pas de mèches filasses devant ses yeux.

Il sauta vivement hors du lit pour rejoindre le miroir derrière la porte, et s'y figea en contemplant avec ahurissement son propre reflet.

Le sien. À lui. Sirius Black.

Il resta un long moment à se fixer, incrédule, avant de faire quelques petits gestes de la main, comme pour s'assurer qu'il était bel et bien le garçon dans le miroir. Il avait perdu cinq bons centimètres, et était bien moins maigre qu'il ne l'avait été pendant les deux derniers mois. Sa chevelure ondulée jurait horriblement avec l'image qu'il gardait de ses cheveux filasse et lisses –des cheveux filasses et lisses des Snape, se corrigea-t-il mentalement. Mais le plus choquant, c'était de croiser ses propres yeux dans le miroir. Des yeux gris et complètement ahuri…

Sirius Black…

Un sourire étira ses lèvres de soulagement en retrouvant ses traits perdus, et il l'élargit encore devant pareille vision, allant jusqu'à refaire son sourire de charmeur avec un petit rire satisfait. Il était de nouveau lui-même… Oh doux Merlin, comme son apparence lui avait manqué… Eût-il porté son uniforme de Gryffondor, il aurait pu croire que rien ne s'était produit de l'été…

L'idée faisant son chemin, il fouilla la chambre des yeux pour repérer les vêtements propres pliés sur la malle au pied du lit. Il bénit mentalement Helena Potter et attira à lui d'un « Accio » un blason et une cravate aux couleurs des Gryffondors.

Les yeux de nouveau sur le miroir –bon sang, il avait une carrure de sportif à nouveau ! Plus de crevette-Sirius ! Il en aurait presque pleuré de joie-, il entreprit de détacher le badge de Serpentard de sa chemise, avant de s'arrêter net, les doigts sur l'épingle, en réalisant tout à coup ce qu'il faisait. Se dépêcher de redevenir un Gryffondor. Rejeter rapidement Serpentard. Et tout ce que ça impliquait…

Il jeta un regard soudainement confus à son reflet, y cherchant des traits de Snape –en vain. Son nez s'était affiné et redressé, ses yeux étaient pâles, sa peau légèrement bronzée… Non, Sirius Black n'avait strictement rien à voir avec le nom des Snape. Pas plus qu'il n'avait sa place chez les Serpentards, non plus, songea-t-il en passant les doigts sur le blason vert et argenté…

Alors pourquoi avait-il tellement de regrets, tout à coup, en repensant à ce qu'il allait quitter… ? Sa situation dans la maison des Serpentards était censée être temporaire et insupportable, et il aurait dû éprouver le plus grand des soulagements à la quitter… Pourtant…

Il se mordit les lèvres, sa joie soudainement amoindrie. Pourtant, s'il était satisfait de retrouver son monde… il était déçu au possible de quitter celui de Severus. Non pas que le Serpentard ait un entourage des plus agréables, certes non, mais…

Mais il s'était attaché à Snape... Il ne voulait pas le perdre en reprenant sa forme…

Et si le Serpentard avait cessé de leur parler, quelques jours plus tôt, parce qu'il était réellement vexé de leur départ… ? S'il refusait de s'attacher à cette amitié encore fragile ? S'il repoussait Sirius sans plus de sentiments, maintenant qu'il était de nouveau un Gryffondor… ?

Sirius resta longuement debout face à son miroir, à échanger un regard complètement perdu avec son reflet, un blason rouge et or dans une main et un blason vert et argent dans l'autre.


-Vous m'avez appelé, professeur ?

Le ton de voix était calme, presque indifférent. Dumbledore n'en remarqua pas moins les mains serrées en deux poings de son élève alors que celui-ci se tenait à la porte de son bureau. Le directeur retint une grimace : Minerva n'avait pas menti en parlant de l'état « inquiétant » du jeune Snape; il avait l'air de ne pas tenir sur ses jambes, une petite trace de griffure marquait sa joue et son œil droit était caché par un bandeau blanc qui, Albus en était certain, n'avait rien à voir avec un accessoire de mode.

-Entrez, entrez, répondit-il sans laisser paraître sa confusion sur ses traits, affichant au contraire son sourire professionnel. Bonbon au citron ?

L'adolescent, évidemment, secoua la tête, rejoignant le bureau en quelques pas et ignorant soigneusement le fauteuil que lui avait tiré Dumbledore, se bornant à fixer celui-ci avec un regard méprisant, son visage pourtant vide d'expression. Un masque calculé, aisément fabriqué et préparé.

Presque aussi crédible que le sourire assuré que lui adressait son directeur à cet instant précis, alors qu'il était lui-même quelque peu déstabilisé par la dureté de ce regard. Deux masques froids et contrôlés qui ne se trompaient pas l'un l'autre.

-Puis-je vous demander comment vous vous portez ? S'enquit poliment Dumbledore.

Y a-t-il une explication satisfaisante à ces blessures inquiétantes sur le visage d'un de mes élèves ?

-Aussi bien que possible après le procès de Tobias, monsieur, répondit simplement Snape, sans sourciller.

Rien qui ne vous concerne, vieux fou, et rien dont vous serez informé.

-Naturellement. Si je peux vous être d'un quelconque support… Vous savez bien que tout le personnel de Poudlard est là pour aider les étudiants, bien sûr.

Inutile de me prendre pour un imbécile. Les enseignants de cette école savent à qui faire leur rapport, et ce qu'ils disent à votre sujet ne vous permettra pas de vous en tirer.

-Bien sûr, monsieur. Néanmoins, c'est une affaire de famille, et je crois que j'ai juste besoin d'un peu de temps pour… faire le point.

Espérez toujours. Vous n'êtes pas concerné et je suis un menteur suffisamment doué pour me défiler.

Un silence pesant s'installa dans la pièce, tandis que le vieillard et le jeune homme se fixaient l'un l'autre, aussi défiants sous la surface qu'ils paraissaient calmes à première vue. Dumbledore fut le premier à baisser les yeux, soupirant avant de reprendre.

-Que vous est-il arrivé, Severus ?

-J'ai trébuché dans les escaliers du dortoir, fit l'autre, avec un ton tout à fait assuré qui en aurait convaincu plus d'un. Rien de bien grave.

-…Vous avez trébuché… répéta le directeur, dubitatif.

-La salle commune se trouve sous le lac, elle est toujours un peu humide au début de l'hiver. Les marches deviennent glissantes, simplement.

Le ton de Snape était courtois, presque amusé, mais son regard était toujours aussi plein d'une colère que Dumbledore ne pouvait pas s'expliquer.

-Je m'assurerai de réviser cela avec notre concierge, constata-t-il simplement, plus résigné qu'autre chose. Et comment vont les choses avec messieurs Black et Potter ?

Un bref instant, une fissure apparut dans le masque d'indifférence de Snape, un éclat passa dans son œil valide. Mais la seconde d'après, il reprenait avec un ton si calme que le directeur se demanda s'il n'avait pas rêvé.

-Tout est impeccable, professeur. Rien ne vaille que vous vous inquiétez.

Le silence s'étira quelques secondes alors que les deux regards se confrontaient. Albus bouillonnait intérieurement de voir son élève parvenir si aisément à fuir ses questions. Ne comprenait-il pas qu'il ne pouvait pas l'aider s'il ne lui disait rien… ? Qu'avait-il fait pour vexer son élève ? L'œil noir de Snape le fixait toujours, indifférent, et le directeur se rendit à peine compte qu'il lançait un sort interdit.

Seulement, il ne s'était pas attendu à la vive riposte d'Occlumencie que lui renvoya l'adolescent, brusquement, avec une violence qui trahissait une certaine panique. Le contre sort était d'un niveau moyen, et Dumbledore aurait sans doute pu le contrer, mais il était trop bouche bée pour s'exécuter. Comment un gamin de dix-sept ans pouvait-il maîtriser l'Occlumencie… ?

Snape, lui, avait perdu son expression nonchalante au profit d'un regard mal assuré, effrayé, même. Il avait fait un pas en arrière et fixait son professeur avec une sorte de crainte mêlée de fureur.

-…Severus, tenta le directeur, calmement, une justification sur le bout de la langue.

Mais le Serpentard sembla sursauter au son de sa voix, avant de vivement tourner les talons. Il ne se retourna pas quand le directeur le rappela, et la porte grinça longuement sur ses gonds après que Severus descendit les escaliers quatre à quatre.

-Vous direz ce que vous voudrez, lança la voix traînante de Phineas Black, derrière Albus, mais vous venez encore une fois d'échouer avec ce gamin, Dumbledore, et je doute que vous ne puissiez rattraper cela...

Pour une fois, le directeur n'avait rien à répliquer il était d'accord, bien malgré lui, avec le portrait.


Severus, de son côté, courut aussi loin et aussi vite que ses jambes le lui permettaient; sa condition actuelle étant ce qu'elle était, « aussi loin que ses jambes le lui permettaient » signifiait bien peu de choses, naturellement, mais il parvint néanmoins à mettre une distance satisfaisante entre lui-même et le bureau de Dumbledore avant de s'effondrer à genoux dans l'alcôve vide d'une armure, pris par une violente quinte de toux qui le fit se recroqueviller sur lui-même avec un petit gémissement.

Cette semaine était la pire de son existence.

Si même le directeur de cette école de cinglés commençait à l'attaquer… à quoi pourrait-il se fier ?

…Mais ça n'était pas comme s'il avait jamais pu se fier à Dumbledore de toute façon, n'est-ce pas ? Dumbledore… fier Gryffondor, évidemment. Du côté des gentils, toujours. Les gentils chez qui il n'avait pas sa place, vu l'endroit d'où il venait, n'est-ce pas ?

Dumbledore n'avait jamais eu sa confiance, dès leur première rencontre. Dès ce jour où James Potter avait fait éclater son chaudron et s'en était tiré sans mal, alors que lui était puni pour avoir sorti sa baguette, par précaution, tandis que le ton montait. Il n'était pas du bon côté. Alors il n'aurait jamais sa place chez les gentils…N'était-ce pas la raison pour laquelle il gardait sous silence la Marque noire sur son bras ? Le ministère l'arrêterait, sans se poser de questions, sans lui laisser sa chance. Serpentard. Mangemort. Du mauvais côté.

Il avait été un imbécile de s'imaginer que sa mésaventure avec Sirius Black et James Potter lui donnerait sa chance. Parce qu'évidemment, c'était faux. Et maintenant qu'ils étaient repartis, Dumbledore lui-même recommençait à le traiter comme s'il était le problème… Il n'avait plus qu'à jouer les indifférents, comme avant, et à essayer de faire pour le mieux pour lui-même, alors que cette marque hideuse tâchait son bras.

Et s'il devait regretter ce qui était arrivé cet été… alors il devrait regretter d'avoir aidé Potter et Black en les voyant. S'il les avait laissés là, tout aurait été pour le mieux. Cette prétendue amitié ne pouvait avoir été qu'une erreur. D'ailleurs, les deux autres l'avaient laissé de côté en trouvant cette maudite bague… tout allait redevenir comme avant. Il ne serait que plus amer.

…et plus seul, songea-t-il, désespéré malgré lui, en revoyant déjà au passé les sourires que lui avaient arrachés les deux Maraudeurs.

Eeeeeet coupez!

Ce chapitre était une transition et une mise en situation, surtout, pour ramener à l'origine. Je ne peux pas promettre un rythme hebdomadaire, mais je vous garantis cela-dit que je finirai cette fic, dans un délai à peu près raisonnable, à moins que je meurs entretemps =) (ce qui signifie que vous devrez vous limiter aux insultes, pour le retard. Le bouton ci-dessus reçoit également les commentaires positifs, si cela vous intéresse...)