Un énorme merci à tous ceux qui ont persisté à laisser des commentaires pour me dire qu'ils espéraient la suite un jour, malgré ma lenteur affligeante: ça fait chaud à un petit coeur d'écrivain!
Merci également de tout coeur à Tirelipimpon sur le Chihuahua pour sa correction et son approbation toujours essentielle à ces écrits: t'es la plusse meilleure, mon amie. Qu'aucune pastèque ne te chipe tes affaires!
Regulus Black avait l'impression de flotter plutôt que de marcher quand il rentra à son dortoir, ce soir-là.
Ses au-revoir à Remus s'étaient éternisé sur plus d'une heure, entre le moment où l'heure tardive avait fait dire au Gryffondor qu'il devait aller faire ses devoirs et celui où ils s'étaient finalement et réellement séparés, devant les portes des cuisines, après plusieurs fausses alarmes où ils s'étaient souhaité bonne nuit, seulement pour reprendre la conversation un instant plus tard.
Et même alors, ils avaient été lents à partir, chacun dans leur direction, en se disant plusieurs fois à demain, bonne nuit, à plus tard…
Il était émerveillé. Il n'avait jamais eu d'amis si proches, et même s'il avait parlé avec Remus pour la première fois quelques semaines plus tôt à peine, découvrant avec méfiance l'ami de son frère… Il se sentait désormais plus en confiance avec lui qu'avec personne depuis…
Il ne se souvenait même pas.
Bien sûr, il y avait eu Severus, dont l'humour cassant bien différent des manières aristocratiques auxquelles il était habitué l'avait charmé. Mais l'autre Serpentard n'avait jamais été du genre à parler pendant de longues heures. Dans les meilleures circonstances, il était difficile de lui arracher cinq minutes de conversation avant que celle-ci ne devienne maladroite ou ennuyée.
Avec Remus…
En l'absence de Sirius et de son ami la Pastèque à Lunettes, ils avaient passé des heures ensembles, tous les soirs, depuis cette première conversation qui s'était éternisé dans la Tour d'Astronomie. Et la magie ne s'évaporait pas…
Il prononça le mot de passe d'une voix plus haute et plus enthousiaste que nécessaire, et tâcha de se reprendre pour chasser le sourire idiot qui courait sur ses lèvres depuis tout à l'heure.
Dans la salle commune, l'ambiance nocturne était calme. La plupart des élèves étaient déjà couchés dans leur dortoir, supposait-il; il sentit un petit pincement au cœur en réalisant que Severus avait dû être seul pendant toute la soirée.
Bien sûr, maintenant que les autres étaient parvenus à lui mettre la Marque, ils n'avaient plus vraiment de raison de le harceler. Mais ça ne signifiait pas que cela rendait la situation plus agréable pour lui.
Et Regulus, lui, n'en oubliait pas moins les menaces de ses camarades. T'es le prochain, Black. Severus n'avait pas voulu chercher l'aide de Dumbledore, affirmant que le vieux sorcier ne pourrait pas l'aider. Regulus ne savait pas s'il pourrait davantage se référer à lui s'il s'avérait que les autres Serpentards étaient sincères dans leurs menaces.
Que le pouvoir du directeur s'étende ou pas à chasser les serviteurs du Seigneur des Ténèbres jusque dans les salles communes de son école, il n'en était pas moins que Regulus savait parfaitement que Walburga attendait de lui qu'il prenne la Marque tôt ou tard. La refuser et attirer l'attention sur lui ne ferait rien pour l'aider. Tout le monde ne pouvait pas faire comme Sirius…
Il prit une longue inspiration qui aurait pu être un soupir en pensant à son frère. Oh, il était heureux de l'avoir retrouvé, Merlin oui. Pendant toutes ces années, il avait eu le cœur à l'envers à la pensée que son frère le haïssait. Et maintenant, Sirius et lui pouvaient faire comme si de rien n'était. Comme si rien ne les avait séparés pendant toutes ces années.
Mais c'était comme si. Parce qu'ils avaient bien été séparés. Et même à présent, Regulus n'était pas sûr qu'il aurait osé s'adresser à son frère pour si délicates questions.
Il secoua légèrement la tête. Il trouverait quelque chose. Il trouvait toujours quelque chose. Il éviterait de prendre la Marque, et… Il garderait Remus près de lui, et Sirius, aussi, et il finirait par convaincre Severus de chercher de l'aide.
Mais pour l'heure, il aurait déjà dû être au lit. Il aurait la coupe de cheveux de James Potter pour son cours de métamorphose du lendemain matin, à ce rythme.
Pas qu'il ait le moindre regret, en vérité.
Il allait entrer dans le dortoir des sixièmes années lorsqu'il entendit des voix basses. Il fronça les sourcils, perplexe. Il avait été sûr que la salle commune était vide… Il regarda autour de lui, pour finalement percevoir la lueur du feu argenté de la seconde cheminée, dans un coin plus reculé où les élèves s'installaient généralement pour étudier. Slughorn avait-il donné un devoir de potion trop complexe aux cinquièmes années, qui en perdaient le sommeil…?
Curieux malgré lui, il s'approcha sur la pointe des pieds. La conversation était basse, presque muette, mais il y avait une voix plus audible que les autres, fluette et nerveuse. Quelques reniflements de rires amusés perçaient la conversation. Qu'est-ce que…
-Tu crois vraiment que tu as ce qu'il faut pour accomplir ça, Pettigrew?
Macnair. Il avait l'air amusé au possible, moqueur, même. Un bégaiement aigu se fit entendre, suivi de rires amusés. La voix lasse de Lucius Malefoy demanda qu'on parle moins fort, et Regulus, les sourcils froncés, dut se pencher en avant pour entendre.
-Je sais que je peux le faire, affirma la voix couinante et nerveuse de… Peter Pettigrew? En échange, vous me protégerez, pas vrai?
-Pauvre petit nabot. Poudlard est effrayant, sans tes amis stupides, hein? S'amusa Mulciber.
-Tu nous certifies que tu peux trouver ce que demande le Seigneur des Ténèbres, sans être repéré? Insista Malefoy, qui paraissait un peu plus sérieux que les autres, et était clairement en charge.
-Je peux fouiller ses affaires sans qu'il s'en rende compte, affirma Pettigrew d'une voix plus haute encore, comme s'il paniquait à l'idée de n'être pas cru. Je n'ai même pas besoin que vous m'ouvriez la porte du dortoir, pour y arriver. Ses affaires, ou, ou celles de n'importe qui d'autre!
-Et comment comptes-tu arriver à cela? S'enquit la voix rauque et moqueuse de Bellatrix. Je ne t'imaginais pas notable pour ta subtilité, Pettigrew.
-C'est mon secret, affirma Pettigrew avec une remontée manifeste de sa fierté. D'autres petits rires accueillirent cette soudaine affirmation.
-Pourquoi devrions-nous te faire confiance pour ne pas tout faire capoter? S'impatienta Lucius.
-Quel risque prenons-nous à le laisser faire? Coupa Macnair. Même s'il va parler, il n'aura pas de preuves. S'il se fait attraper et dit qu'il était là pour nous, Dumbledore croira que c'était un coup de ces petits crétins de Gryffondor.
-Personne ne s'attendrait à ce que je fasse ça pour vous! Affirma Pettigrew, visiblement soulagé que quelqu'un lui donne sa confiance. Je le ferai, je le promets! Et en échange, vous empêcherez ceux qui se moquent de moi de le faire!
-Nous le ferons, mais guère en public, coupa Lucius, glacial. Ne t'attends pas à te faire des amis à Serpentard, avorton.
Regulus restait immobile, incapable de croire ce qu'il entendait. Pettigrew… Le petit nabot qui léchait pratiquement les bottes de son frère et de Potter? Remus avait dit que Peter ne voulait pas passer de temps avec lui en leur absence. Qu'il n'aimait pas être ainsi séparé du pouvoir et de l'influence de ses amis. Qu'il avait agi plutôt bizarrement, ces temps-ci.
Il y avait bizarrement, et puis il y avait un Gryffondor assez lâche pour essayer de recevoir les faveurs des Mangemorts en échange de… De quoi…?
-Je veux juste que vous me garantissiez que personne ne m'embêtera tant que James et Sirius ne sont pas revenus. Je le ferai en échange. Ça ou autre chose, je peux faire plein de choses discrètement.
-On ne t'en demande pas tant pour l'instant, coupa Lucius. Contente-toi d'aller dans le bureau du directeur et de prendre ce qu'on te demande. On verra après comment tu t'en es tiré.
-Oui, oui –évidemment, je le ferai, vous verrai, je vais y arriver et-
-C'est tout ce qu'on avait à te dire, Pettigrew; va dormir, maintenant.
Regulus eut tout juste le temps de tourner les talons et de repartir aussi silencieusement que possible. Il était presque certain de n'avoir pas été vu lorsqu'il se glissa dans son dortoir, mais son cœur battait la chamade en pensant à ce à quoi il venait d'assister. Pettigrew était… Ce petit nabot était vraiment prêt à servir des Mangemorts si cela lui permettrait de se sentir dans une position de davantage de pouvoir dans l'école? Avait-il perdu l'esprit?
Il faut que j'en parle à Sirius, fut sa première pensée alors qu'il se glissait, silencieusement, entre ses draps. Ses mains tremblaient un peu. Non, songea-t-il, s'ils sont au courant et que Pettigrew se fait attraper à voler quelque chose à Dumbledore… Malefoy a raison, ils seront soupçonnés, eux. Et…
Et il était presque certain que Pettigrew se ferait attraper, pas vrai? Bellatrix était cruelle, mais elle n'avait pas tort : Pettigrew était maladroit et sans subtilité. Il se ferait attraper, et… Dumbledore…
Mais malgré tout, si Sirius et James revenaient à Poudlard et faisaient confiance à ce petit rat de nouveau… S'il leur tournait le dos une fois pour rien et se faisait des contacts Mangemort, qui pourrait dire que ceux-ci ne comptaient pas utiliser Pettigrew pour avoir leur vengeance sur les Maraudeurs?
Il se sentait vaguement nauséeux, son euphorie précédente baignée d'angoisse et d'incertitude, à présent. Que devrait-il faire? À qui parler de ce qu'il avait entendu?
Remus. Remus comprendrait combien la chose était compliquée, comprendrait qu'ils ne pouvaient pas aller voir Dumbledore sans mettre Regulus en danger. Remus comprendrait, il comprenait tout…
Mais même avec cette résolution, il eut du mal à trouver le sommeil. Une question plus que les autres continuait à le perturber : qu'est-ce que le Seigneur des Ténèbres veut dans l'école?
Sirius n'était pas certain de comprendre pourquoi il était si déçu. Ils avaient été « absents » de l'école pendant moins d'un mois et demi, et tout un chacun savait qu'ils allaient bien. Il n'y avait pas de raison pour leurs camarades de s'en faire.
Pourtant, peut-être inconsciemment, il avait attendu un retour… Eh bien, un peu plus glorieux. Après les dernières semaines dans la peau d'un Snape, c'eût certainement été une compensation agréable.
Rétrospectivement, il se sentait idiot d'avoir espéré. James, lui, ne se cachait pas de son ahurissement.
-Et c'est tout? Protesta-t-il à mi-voix quand ils furent installés dans un des confortables canapés de la salle commune.
Ils avaient volontairement retardé le départ du Manoir Potter, et volontairement traîné dans les couloirs après que Dumbledore leur ait souhaité un bon retour –spécifiquement pour arriver dans la salle commune au moment où elle serait la plus remplie.
Remplie, elle l'était, oui. Les étudiants parlaient, riaient, discutaient en petits groupes. Quand ils avaient vu Sirius et James, il y avait eu des sourires, des saluts. Et puis plus rien. Chacun en était retourné à discuter. Près de la cheminer, Mikael Auger faisait rire une foule d'une douzaine d'admirateurs en racontant comment il avait triomphé du premier match de Quidditch de la saison, où il remplaçait James comme poursuiveur. Il avait marqué dix points seulement, mais il avait fait tombé un Poufsouffle de son balais. Gryffondor avait gagné de justesse, mais l'anecdote faisait rire son petit public.
Personne ne les avait retenus, et personne n'était venu s'asseoir près d'eux. Visiblement, il y avait mieux à faire.
Ça faisait plus mal que ça aurait dû.
-Regarde-moi ce petit con se pavaner, il essaie de prendre notre place, gronda James, visiblement amer. Et où sont Moony et Wormtail?
-Je ne sais pas, répondit honnêtement Sirius, en regardant tout autour.
Même s'il était déçu lui aussi qu'une si brève absence ait suffit à leur faire perdre de leur statut, il se sentait plus mal à l'aise encore alors qu'il réfléchissait. Il aurait pu –dû, peut-être- faire son numéro, être bruyant et charmant pour attirer l'attention comme il l'aurait fait autrefois.
Le fait était qu'il n'en avait pas envie. Pire –une petite partie de lui en avait… peur.
En tant que le frère de Snape, parler tout haut signifiait attirer l'attention sur lui-même, et attirer l'attention sur lui-même était une action dangereuse, qui signifiait qu'il risquait d'être pris pour cible d'une moquerie ou d'une autre dans un futur proche.
Même si Sirius Black, lui, n'avait jamais eu à craindre cela, du moins pas depuis les premières semaines de sa première année, quand il était encore l'absurdité d'un Black à Gryffondor. Très tôt, il avait fait sa place dans l'école, en affirmant qu'il savait ce qu'il était et qu'il n'en avait pas honte. Mais en tant que Trya et Alham Snape… Ils n'avaient pas eu cette opportunité. Ils étaient casés d'avance. Maintenant, Sirius réalisait qu'être une anomalie lui avait donné la chance de se faire une place à sa mesure. En tant que Snape, ils avaient déjà une étiquette de souffre-douleur au front –qu'ils le veuillent ou pas.
Sirius avait l'impression d'avoir un frisson désagréable sous la peau qui lui donnait l'impression d'être toujours une cible, même revenu dans son corps ordinaire.
Nombre des Gryffondors présents –des gens qu'il avait considérés des amis lointains, des admirateurs- avaient été là et avaient ri avec les autres. De lui. Gratuitement et cruellement.
Et ils n'y voyaient pas de mal.
Ils n'en avaient jamais vu, quand Sirius avait été celui qui se moquait d'un autre, et qu'ils regardaient de loin sans rien dire, en s'en amusant.
James pouvait peut-être faire une distinction, mais les zones de flou, pour Sirius, lui étaient désagréables. Il avait l'impression que les premières années de sa vie à Poudlard, qu'il avait toujours considéré les plus beaux moments de sa vie, s'étaient salis d'un filtre désagréable.
Et puis… Severus lui manquait déjà.
Il lui manquait depuis qu'ils avaient quitté l'école, s'il devait être honnête. Il lui manquait cruellement, sa présence à ses côtés, les blagues ridicules qu'ils faisaient ensembles pour se venger de leur dure vie, l'humour pince-sans-rire du Serpentard… Il avait envie de le retrouver.
-Tu parles d'amis, se plaignait encore James. Où est-ce qu'ils sont quand on revient d'une si longue absence?
-Remus avait dit dans sa dernière lettre qu'il essaierait de se libérer, offrit distraitement Sirius, avant d'avoir un demi-sourire, moins enthousiaste peut-être qu'il aurait dû l'être. Console-toi donc, ta dulcinée est là.
-Ma-? Oh, fit James en se redressant promptement quand il eut suivi son regard.
Il ne passa pas sa main dans ses cheveux, une heureuse réadaptation de son temps avec les cheveux longs; mais il fit certainement des yeux doux tout sauf discrets à l'attention de Lily lorsqu'elle les eut rejoint.
-Potter, salua Evans, les sourcils haussés. Heureuse de te voir de retour.
-Je t'ai manqué, ma petite rose?
-Bonjour aussi, Sirius. Comment était la France? Reprit la rouquine après avoir brièvement levé les yeux au ciel.
-Salut, Evans. Fantastique, naturellement.
-Tu parles, marmonna James, tout cet alibi et personne à qui le raconter. C'est comme si nous n'étions jamais parti.
-Je sais que le concept est absurde à tes yeux, Potter, mais la Terre continue à tourner quand tu n'es pas là pour essayer de lui voler la vedette.
Même si on aurait pu y voir la relation habituelle de Lily et de James, de la préfète et de l'idiot tels qu'ils s'étaient laissés, Sirius fronça les sourcils en détectant la tension dans le visage de Lily, la petite ride de contrariété au coin de ses lèvres.
-Il s'est passé quelque chose pendant que nous étions partis? Questionna-t-il avant que James ne puisse répliquer.
Lily lui jeta un regard en coin, l'air d'hésiter à dire ce qu'elle avait à dire. James, contre toute attente, remarqua son expression contrariée et, peut-être pour la première fois de sa vie, sembla comprendre qu'il n'était pas le sujet.
-C'est Severus? S'enquit-il aussitôt, et quand Lily leva les sourcils, surprise : Je ne suis pas assez idiot pour ne pas comprendre que tu tiens à lui, que je le veuille ou pas. Il lui est arrivé quelque chose? Insista-t-il.
Lily, d'abord restée figée en un petit instant de surprise, ses yeux sur James semblant le détailler avec un regard nouveau, finit par faire une petite moue et s'assit près d'eux, se penchant un peu en avant et parlant bas pour signifier l'intimité de la conversation –même s'il était apparent que personne ne leur porterait attention.
-Je ne sais pas ce qui lui est arrivé. Depuis votre départ, il… Il m'évite complètement. Il s'est fermé, c'est un vrai mur de pierre.
-Ça le change tant que ça? Désolé, s'excusa promptement James sous le regard noir de Lily. Réflexe.
-Il n'a jamais agi comme ça avec moi, reprit Lily avec une grimace. Ce n'est pas que moi. Il est de mauvaise humeur. Même en potion, il ne se dispute plus avec Slughorn, rien du tout. Regulus a l'air de savoir quelque chose, mais il n'a rien voulu me dire. Et puis, ajouta-t-elle, il est toujours avec Remus, en ce moment. Je crois que Severus l'évite aussi.
Sirius, perplexe, stocka pour plus tard l'information à propos de Moony et de son frère –celle-là, il ne l'avait pas vu venir- pour se concentrer plutôt avec inquiétude sur cette affirmation.
Il y avait une petite partie de lui qui voulait croire que Snape était de mauvais poil parce qu'il n'était pas là. Mais quelque chose lui disait qu'il y avait une autre raison, qui n'était pas celle que lui avait envie d'entendre, à tout ceci.
-On ira lui parler, Lily, promit James. Je suis sûr que ça n'est rien de grave.
-Je suppose, fit Lily avec une petite moue lasse. C'est peut-être moi… Je suis fatiguée, il y a plein de crétins qui font des bêtises. C'est comme si, en votre absence, tous les idiots de Poudlard essayaient de prendre leur chance à devenir les idiots de Poudlard.
-C'est flatteur, remarqua Sirius en faisant la grimace.
-Encore hier, continua-t-elle en secouant la tête, visiblement soulagée à présent de pouvoir vider son sac, un idiot s'est introduit dans le bureau du directeur pour essayer de voler l'épée de Godric Gryffondor. Vous pouvez le croire? Dumbledore a demandé aux préfets de tendre l'oreille, au cas où, mais il était furieux. Il dit que s'il n'était pas remonté à son bureau plus tôt que prévu, le voleur y serait arrivé. L'épée de Gryffondor!
-Il n'a aucune idée de qui a fait le coup? Fit James, incrédule. Même nous, on a jamais rien volé à Dumbledore.
-Il dit qu'il ne sait pas comment quelqu'un a pu entrer. Les portraits étaient endormis, Dumbledore n'a vu personne… Et le voleur n'a pas donné de mot de passe : apparemment, il aurait réussi à se faufiler derrière la statue, ce qui est censé être impossible. Enfin, Dumbledore a trouvé une nouvelle protection pour l'épée, mais…
-Ça reste incroyable, compléta Sirius.
-Pauvre toi, fit James, même en notre absence, tu ne peux jamais te reposer.
-Que je ne te vois pas recommencer à faire l'idiot pour compenser ton absence, James Potter, menaça Evans.
-Moi? Tu plaisantes? Je suis un homme nouveau, ma Lily, affirma promptement James, en passant la main dans ses cheveux.
Tiens donc. Le naturel revenait à galop d'hippogriffe. Sirius et Lily échangèrent un bref coup d'œil, et il fut surpris de voir la rouquine réprimer un sourire.
-Bon, eh bien, intervint-il en se levant promptement, je vous laisse à vos retrouvailles. Je vais aller voir si je peux trouver Remus. Soyez sages, protégez-vous.
-La ferme, Padfoot.
Il envoya la main à James alors que Lily prenait sa chaise, se sentant faiblement sourire. Eh bien, pour James, la réadaptation à l'école ne serait visiblement pas trop dure. Au contraire, il semblait que tout allait mieux qu'avant, pour lui…
Il eut un petit soupir en sortant de la salle commune. Il avait envie de voir Severus, mais il pouvait difficilement aller frapper à la porte des Serpentards pour demander à le voir. Leur horaire reprenait dès le lendemain; il avait un cours de Soins aux Créatures Magiques avec lui. Avec un peu de chance, ils pourraient parler alors. Et en attendant… Il allait voir s'il pouvait trouver Remus. Apparemment, il avait sa chance de voir Regulus avec lui. C'était à investiguer, ça.
Pourtant, même si l'idée que son frère et son ami se soit rapprochés lui faisait plaisir… Il sentait un petit pincement dans sa poitrine. Il se sentait absurdement seul, lui.
Cher Severus,
Ne crains rien; sur ma suggestion, Eileen est partie passer quelques semaines en Asie pour se ressourcer. Il est vrai qu'entendre parler de ton père après tout ce temps l'a irrité, mais ma sœur est une femme fatiguée qui n'a parfois pas toute sa raison, et son opinion importe peu en tout ceci.
Tâche de demeurer discret auprès de tes camarades de maison. Si celui qui se nomme Seigneur des Ténèbres te demande certaines tâches, accomplis-les sans protester. Ainsi que je te le disais, nous avons ici de quoi te débarrasser de cette Marque et du lien qu'elle crée entre toi et lui, mais il ne serait pas sage d'attirer inutilement l'attention sur toi. Il sera plus complexe pour toi de disparaître chez nous s'il devait advenir que tu sois déjà dans une situation difficile. Garde tes potions les plus utiles, pour ne pas lui devenir trop indispensable.
Si tu le souhaites, tu pourras venir passer les vacances de Noël ici. Tu rencontreras le reste de ta famille. Je ne te cache pas que certains membres de la maisonnée sont réticents à accueillir un Sang-Mêlé dans la demeure ancestrale, mais je suis certain de savoir les persuader d'ici-là. Peut-être pourrais-tu m'aider, pour ce faire, en me faisant parvenir d'autres de tes potions, ou de tes recettes modifiées? Il ne fait guère de doute à mes yeux que cela saura convaincre tout le monde.
Bien à toi et affectueusement,
Ton oncle,
Alimer Prince
Severus avait déjà lu la lettre trois fois, sa respiration précipitée; il s'efforça de ralentir, et de cesser de sauter d'une ligne à l'autre pour tâcher de bien saisir toutes les subtilités de la lettre.
C'était ce qu'il avait attendu, en somme.
Alimer Prince l'avait contacté en toute innocence pour affirmer être désolé du traitement que son neveu avait subi aux mains de ses parents, et spécialement de Eileen –sa sœur. Il affirmait être navré pour lui et regretter de n'être jamais intervenu en sa faveur auparavant.
Il aimerait apprendre à le connaître. Était-il vrai que Severus était doué en potions?
Le Serpentard se demandait combien il en avait coûté à cet homme de se qualifier de son oncle. La lettre innocente, à l'écriture penchée et brouillonne, empestait l'opportunisme et le jeu d'acteur. Severus l'aurait ignoré. Il n'avait que faire d'un homme qui l'avait ignoré toute sa vie, le laissant vivre ainsi qu'il avait vécu pour ne pas laisser de sang sale entrer dans sa famille. Il pouvait imaginer combien Eileen avait baissé de grade quand elle était revenue auprès des siens après son triste mariage. Prouver qu'il était assez utile pour rendre son sang tolérable aux yeux de ces idiots ne l'intéressait pas.
Seulement, il y avait un post-scriptum. Un post-scriptum d'une ligne, innocente, légère. Qui affirmait que, si Severus avait des problèmes, quelle que fut leur nature, oh, scolaire, monétaire, ou peut-être, qu'en savait-il, s'il avait des problèmes avec une figure d'autorité?, alors, Alimer Prince serait ravi de mettre en œuvre toutes ces ressources pour lui venir en aide.
Il avait mis deux semaines à répondre. Un corbeau lui avait ramené une troisième missive en moins de deux jours. Et lorsqu'il avait envoyé sa seconde réponse… Celle-ci était arrivée plus rapidement encore.
Alimer Prince possédait un commerce international qui battait de l'aile depuis plusieurs années. Visiblement, un potionniste doué et assez désespéré pour vendre ses inventions à petit prix serait pour lui la salvation inattendue. Comment il avait su que son neveu bâtard pouvait répondre à ces critères, cela, il ne pouvait que deviner.
Mais si son oncle –ah- disait vrai… S'il avait le pouvoir de rompre le lien entre Severus et Voldemort avant qu'il ne puisse être trop embourbé pour fuir…
Il posa la lettre sur le rebord de sa table de chevet, et alla à la salle d'eau prendre une douche, pour réfléchir. La salle commune était vide, les autres n'étant pas encore revenus du dîner.
En quittant le dortoir, le Serpentard ne vit pas le gros rat gris qui, visiblement trépidant d'une nervosité inexplicable, l'avait observé sans bouger pendant une minute, escalader promptement le meuble pour examiner la lettre. Pour un instant, on aurait cru que le rat lisait. Puis ses moustaches frémirent de triomphe, et il sauta au sol pour courir hors de la pièce –presque comme s'il voulait se dépêcher de faire un rapport à quelqu'un sur ce qu'il venait de voir.
Chaque review écrite équivaut à un point-paradis de remise! Obtenez-les tout frais tout chauds!
