CHAPITRE DOUZE


Hermione se vautra sur l'un des fauteuils du salon de leurs quartiers de l'aile Ouest. La nuit était déjà tombée, il faisait un froid glacial, elle avait mal au poignet, mal aux yeux, mal à la tête – elle avait l'impression qu'elle allait exploser tant son cerveau avait fumé ces dernières semaines. Affalée sur l'accoudoir, elle daigna lever un œil pour voir ce que faisaient les autres : rien. Eux aussi avaient pris possession des fauteuils sans aucune dignité – même Draco était répandu sur le sofa, la tête renversée en arrière. Elle regretta de ne pas avoir d'appareil photo, histoire de lui en mettre une sous le nez dès qu'il se montrerait un peu trop snob. Elle ricana à l'idée et se promit de s'acheter un jour un appareil photo. Mais pour l'instant, elle avait faim, et elle était fatiguée.

Leurs quatre elfes apparurent soudainement, dans un déluge de crépitements qui les fit tous grimacer.

- « Votre chambre et votre lit sont prêts, maîtres ! Et après le repas, vous pourrez prendre un bon bain chaud ! » fit Winky avec un enthousiasme un peu forcé.

Kirin conjura une longue table basse, puis lui et Tinna firent apparaître les nombreux plats – de la soupe, des salades de riz avec tomates, maïs, cœurs de palmier et concombre, des pommes de terre cuites au four recouvertes de fromage fondu. Des fruits et du fromage blanc agrémenté de confiture pour dessert. Hermione ne se fit pas prier, et se précipita sur les plats, en concurrence sauvage avec ses compagnons pour les pommes de terre au fromage. Alors qu'elle terminait ses fruits, elle remarqua que les quatre elfes restaient là, et semblaient un peu gênés – ou complètement effrayés, impossible de savoir. Finalement, Lago se dévoua et s'approcha d'elle.

- « Les meubles que vous aviez commandés sont arrivés, madame. Souhaitez-vous les voir ? »

Elle se leva péniblement, ses articulations lui criaient « dodo », et ses muscles hurlaient « bain chaud ! » – elle les ignora et suivit Lago sans s'apercevoir que les trois autres elfes les talonnaient. Elle entra dans la petite pièce réservée aux elfes. Compta les lits – un effort monumental, il y en avait quatre – l'armoire, deux étagères toutes simples. Dans un effort surhumain, elle se remémora sa commande – et fut ravie de constater que cela correspondait parfaitement, donc tout allait bien.

- « Hum, » fit Lago, qui lui tendit un parchemin.

Elle le prit : c'était la facture, agrémentée d'un rappel pour payer.

- « Comme… Comme vous n'étiez pas disponible, nous avons donné à Gringotts l'ordre de payer, à votre place. Je sais que nous avons outrepassé nos prérogatives, mais étant donné les circonstances… »

- « Lago, Lago, Lago, » fit Hermione en soupirant. « Je ne suis plus en état de comprendre des mots de plus de trois syllabes. J'ai passé une commande, la commande est arrivée, la facture est payée, donc tout va bien. »

- « Vous… Vous ne voulez pas vérifier le montant, tout de même ? »

Hermione fixa l'elfe un moment, puis regarda la note, le montant lui semblait correct pour le travail fourni. Pour avoir l'esprit tranquille, elle rejoignit ses compagnons dans le salon, suivie des elfes, et brandit la facture sous le nez de Draco.

- « Le prix me semble correct, est-ce que c'est bon ? »

- « Gnhein ? » fit Draco en se redressant péniblement. « Hum, hum. Donne. » Il prit le parchemin, le parcourut, puis, « oui, c'est bon. »

- « Bon, alors, c'est bon, tout va bien. Voilà. Vous êtes rassurés ? Bien. Et maintenant, je veux un bain chaud. Avec un livre. »

Un concert d'exclamations incrédules s'ensuivit.

- « Un livre ! » (Ça, c'était Blaise.)

- « Après le mois qu'on vient de passer, elle veut un livre ! » (Dean.)

- « Hermione est folle, je l'ai toujours su, je l'ai toujours dit. » (Ron.)

- « Mais laissez-la tranquille, si elle veut lire, elle a le droit… » (Neville.)

- « Je ne sais pas comment tu fais, 'Mione, vraiment. » (Harry.)

- « Tu vas lire quoi ? » (Luna.)

- « Vous n'y comprenez rien, c'est elle qui a raison. Moi aussi je veux un livre dans mon bain chaud. L'un ne va pas sans l'autre, de toute façon, c'est une hérésie, » ajouta Draco – et tout le monde se tut. Sauf Théo.

- « Et voilà comment on apprend que, d'après Draco et Hermione, on mérite le bûcher tous les matins. »

Draco lui donna une tape sur le crâne, ignorant les rires, et se leva avec une grimace peu seyante. Puis lui et Hermione se trouvèrent chacun un livre tandis que les elfes disparaissaient – pour préparer le bain. Enfin, ils se dirigèrent vers la salle de bains, et leurs compagnons les suivirent en grommelant et traînant des pieds. Chacun se déshabilla en silence – et sans aucune sensualité, aucun n'avait l'esprit à la bagatelle et encore moins l'énergie. Puis ils se coulèrent dans la baignoire-piscine.

- « Oh, mon Dieu, oui, c'est bon… » fit Dean en sentant l'eau chaude le couvrir jusqu'aux épaules et délasser ses muscles crispés – de son poignet jusqu'à sa nuque, il n'était qu'une masse de nœuds.

Tous s'assirent sur les bords, profitant de ce moment de quiétude et de paix, Hermione et Draco lisaient, les autres barbotaient silencieusement, des sourires de béatitude plaqués sur leurs visages. Demain allait être une rude journée, certainement très désagréable, mais pour ce soir, ils profitaient du calme.


oOo


Ils dormirent comme des souches – jusque tard dans la matinée. Ils se levèrent un peu groggy, un peu désœuvrés aussi, et prirent leur déjeuner dans leur salon. Ils avaient à peine fini le dessert que la directrice frappa à leur porte et entra.

- « J'espère que vous vous êtes reposés… »

Ils acquiescèrent en silence, et la directrice soupira.

- « Bien. Le Jugement commencera d'ici une petite heure. Les officiels sont en train de se rassembler, des tests sont en cours d'exécution, mais, bon, voilà. D'ici une heure, tout sera prêt… »

Les Rowane ne répondirent rien, et Minerva McGonagall les quitta, après un dernier regard compatissant. Assis sur les fauteuils du salon, les douze Rowane patientaient, regardant l'horloge marquer chaque minute.

- « Je… suppose qu'il est de toute façon trop tard pour… » commença Neville.

- « Oui, » l'interrompit Draco.

Chacun se tut, plongé dans ses pensées, pâlissant à l'idée de ce qu'ils risquaient de perdre. Aucun ne voulait envisager la fin de leur Clan – une fin qui ne serait même pas une vraie fin, mais un simulacre qui les empêcherait d'avancer, de se projeter vers un avenir commun. Aucun de souhaitait voir leurs efforts et leur engagement anéantis. Il régnait un silence tendu, puis, lentement, Neville tendit la main vers son voisin, Harry. Lorsqu'il la toucha, Harry sursauta et se tourna vers lui – il fut accueilli par un sourire timide et incertain, et Harry le lui rendit. Puis lui-même tendit la main vers sa voisine, Hermione. Bientôt, les Rowane se tinrent tous les mains, certains souriant doucement, d'autres toujours perdus dans leurs pensées, mais au moins, ils affronteraient cette épreuve ensemble.

La communion fut rompue par des coups frappés à leur porte. Ils n'eurent pas le temps de se lever qu'un petit homme entrait. Il portait une robe grise, dont le capuchon cachait le visage, un Langue-de-plomb du Ministère de la Magie, manifestement. Derrière lui venaient deux Aurors à la carrure massive.

- « Jeunes gens, si vous voulez bien me suivre… » fit le petit homme dans un murmure chuintant.

Les douze se levèrent lentement, hésitèrent un instant, avant de se diriger vers la sortie. Ils emboîtèrent le pas à l'homme gris, les deux Aurors fermant la marche.


oOo


Le Langue-de-plomb les mena jusqu'au hall d'entrée, puis ouvrit les portes de la Grande Salle. Les Rowane se figèrent sur le seuil de la pièce. La table des professeurs avait été transformée en un long et haut comptoir. Derrière ce comptoir, des juges du Wizengamot les observaient attentivement, à leurs côtés, des représentants de toutes les factions imaginables : Gobelins, Centaures, Sirènes (pour lesquelles une cuve géante avait été aménagée), ainsi que des membres des Ministères de la Magie de plusieurs pays. Les Rowane reconnurent quelques-uns des ambassadeurs qui les avaient félicités lors de la formation de leur Clan, Ragnok semblait avoir été désigné comme porte-parole des Gobelins, et Magorian était celui des Centaures.

En dehors de ce comptoir des juges, le reste de la Grande Salle se composait désormais de gradins étagés jusqu'au plafond – les bougies flottantes avaient disparu, et l'illusion de ciel était désormais si ténue qu'on voyait en transparence les arcades et les ogives de la voûte. Aux premiers rangs, des journalistes se tenaient, plumes à la main, appareils photos crépitant, il y avait même des micros pour Sorcellerie-info et des caméras qui filmaient et retransmettaient en direct sur Sorcellerie-TV.

Derrière eux, les familles et amis des membres du Clan leur adressèrent des signes de bienvenue et d'encouragement – en particulier la rangée des roux Weasley. Druella Zabini arborait un rictus dédaigneux et triomphant. A ses côtés, Narcissa Malfoy restait impassible et digne, mais certains, comme le couple Bulstrode, étaient livides. Au-delà, le public nombreux était venu assister au Jugement du Clan, des sympathisants qui brandissaient des banderoles d'encouragement, et des opposants qui huèrent et sifflèrent à leur entrée. Des Aurors en tenue, dirigés par Shackelbolt, arpentaient les escaliers ou étaient postés à des emplacements stratégiques pour maintenir le calme et assurer la sécurité.

Au pied du comptoir se trouvaient douze chaises vides, et, devant, il y avait un espace dégagé, où s'affairaient quatre Langues-de-plomb. Un siège de pierre trônait là, doté d'un haut dossier sculpté, et muni de chaînes et menottes pour les chevilles et les poignets. Le siège, qui tournait le dos aux juges, se tenait au centre d'un large sceau circulaire, un diagramme tout en arabesques et en runes incompréhensibles. Les Langues-de-plomb allumèrent quatre bougies noires placées autour du fauteuil selon les points cardinaux, elles brûlèrent d'une flamme rouge inquiétante. C'était un rituel ancien, interdit, et presque oublié qu'ils accomplissaient maintenant. Les hommes gris, une fois cela fait, reculèrent vers les juges.

Les deux Aurors qui suivaient le Clan fermèrent cérémonieusement les portes de la Grande Salle, et les Rowane, alignés devant les battants, s'entre-regardèrent, mal à l'aise, jusqu'à ce que le Ministre Jonathan Jones, qui présidait le Jugement, semblait-il, se lève et les interpelle.

- « Clan Rowane. L'un des membres de vos familles a demandé l'application du Jugement, » annonça-t-il avec une mixture de regret et d'anticipation. « Cette demande remplit les conditions nécessaires à l'application de la Loi. Vous y soumettrez-vous sans contestation ? »

Viktor, à la surprise de tous, s'avança.

- « Oui, nous nous soumettrrons au Jugement, mais nous souhaitons invoquer la clause de Confidence. Nos souvenirrs vont vous êtrre rrévélés, nos vies, nos sentiments, nos émotions, nos secrrets mis à nu devant vous. Nous comprrenons que ce Jugement vous perrmettrra d'appliquer la justice pour nos fautes, et nous l'acceptons, mais nous allons aussi vous rrévéler des actes accomplis parr des amis, des parrents, des prroches ou d'autrres, qui ne font pas parrtie de notrre Clan. Nous souhaitons nous assurrer que l'impunité leurr est acquise. Ce Jugement ne devrra concerrner que les membrres du Clan, et aucune prrocédure ne pourrra être lancée à leurr encontrre du fait des rrévélations d'aujourrd'hui. »

Un long brouhaha secoua la Salle à cette déclaration. Viktor exigeait purement et simplement que l'on ne fasse pas justice pour des fautes pourtant commises – et avec un ex-Mangemort comme Draco, il était certain qu'il y aurait des révélations fracassantes sur certaines personnalités. Le Ministre se rassit et se plongea dans une longue réflexion, puis se tourna vers quelques membres du Wizengamot, et discuta avec eux de la situation. Durant cet échange, le brouhaha s'estompa, et bientôt le silence régna en attendant la décision des juges. Le Ministre se leva.

- « Cette requête est conforme au droit clanique et au droit civil, les crimes qui seront révélés lors du Jugement, mais qui ne sont pas de votre fait, ne seront pas poursuivis. Pour ceux pour lesquels une enquête est déjà en cours, la procédure se poursuivra mais les révélations d'aujourd'hui ne pourront être utilisées comme preuves à charge – la preuve, si elle est à décharge, pourra cependant être présentée par la défense, ce dans un souci de Justice : il vaut mieux un coupable en liberté qu'un innocent en prison. La clause de Confidence est entérinée. »

A ces mots, les Langues-de-plomb se regroupèrent à nouveau autour du fauteuil de pierre, et ajoutèrent quelques runes sur le sceau à sa base, avant de s'en éloigner à nouveau. Dans les gradins, les parents de Millicent semblèrent reprendre des couleurs. Ceux de Viktor aussi. Le Ministre reprit.

- « Nous allons donc commencer le Jugement du Clan sous clause de Confidence. Mais avant cela… » Le Ministre se tourna et s'adressa à la foule. « Tous ici – ou du moins tous les sorciers anglais que compte cette honorable assemblée – nous avons suivi notre scolarité à Poudlard. Vous vous souvenez tous, bien sûr, de notre professeur d'Histoire de la Magie, monsieur Cuthbert Binns, qui avait cette particularité d'être un fantôme. »

Des murmures et des signes d'assentiment lui répondirent – souvent accompagnés de soupirs d'ennui ou de dépit – les cours, pour la plupart de ceux qui y avaient assisté, n'avaient été que de longues heures de bâillements et de tentatives désespérées pour ne pas piquer du nez. Le Ministre eut un sourire sans joie.

- « Je vois que tout le monde s'en souvient… J'ai le regret de vous annoncer que le professeur Binns a… disparu. Hier, dans la soirée, il a terminé le cours spécial qu'il dispensait au Clan Rowane. Il semble que la tenue de ce cours était la mission qu'il s'était fixée et qui l'avait maintenu sur notre plan. Son cours achevé, le professeur Binns nous a enfin quittés – pour de bon, cette fois. C'est, pour Poudlard, une page qui se tourne. C'est, pour tous ceux d'entre nous qui l'avons connu, la preuve que rien n'est éternel, et que tout change – même les choses qui nous paraissaient aller de soi, qui nous semblaient immuables… Je vous demande à tous de bien vouloir respecter une minute de silence en mémoire du professeur Cuthbert Binns. »

Les juges se levèrent et baissèrent la tête – par respect, les membres des autres pays et des autres communautés se levèrent également, et suivant cet exemple, la foule se leva. Le silence régna pendant un peu plus d'une minute, puis le Ministre Jonathan Jones se racla la gorge.

- « Je vous remercie. Clan Rowane, si vous voulez bien vous asseoir ci-devant… »

Le Ministre agita vaguement sa main devant lui, et les Rowane se dirigèrent lentement vers les chaises simples, contournant sans un regard le fauteuil ouvragé, pendant que foule et juges se rasseyaient dans un brouhaha gêné. Les douze s'assirent et s'aperçurent avec surprise que devant eux se trouvait maintenant un grand espace blanc, une toile immense – ou un tissu, plutôt – suspendu depuis le plafond et qui descendait jusqu'au sol, masquant les grandes portes. Dean et Hermione le comparèrent intérieurement à un écran de cinéma géant. Un moment de silence plana, que le Ministre Jones rompit.

- « Commençons donc par Harry Potter. »

Harry ferma les yeux et se releva lentement. Il l'aurait parié, et n'était pas surpris outre mesure, ce qui ne voulait pas dire qu'il appréciait ce choix. Il s'avança vers le grand fauteuil et s'y assit tandis que les Langues-de-plomb passaient les menottes à ses chevilles et ses poignets. Les quatre hommes s'affairèrent encore autour de lui, puis Harry sentit une étrange torpeur l'envahir. Il était conscient, il pensait et réfléchissait, mais ses membres étaient léthargiques, inertes. Les lignes constituant le sceau autour de son fauteuil s'illuminèrent, la fumée émanant des bougies noires l'enveloppa, l'imprégnant par tous ses pores, et il leva les yeux sur l'immense surface blanche suspendue dans le vide. Il eut l'impression d'y plonger, et eut l'impression de se voir y plonger en même temps, comme s'il s'observait de l'extérieur. Sur l'écran, une image se forma. Et les premiers souvenirs défilèrent.


oOo


Des barreaux devant lui, et au-delà une silhouette chérie et réconfortante, les longs cheveux auburn, des paroles pressées et inquiètes, incompréhensibles, des bruits, un fracas épouvantable, des suppliques, puis un cri, déchirant, aigu, presque inhumain, puis rien. Une autre ombre, noire, immense, menaçante, une lueur verte et un autre cri, de rage et d'impuissance. Puis le néant – et un frisson collectif dans la Salle choquée.

La lumière à nouveau. Un matelas crasseux, minuscule, dans une pièce étriquée. Une ampoule éclairant la scène, quelques vêtements, quelques jouets éparpillés, et sur le matelas, un enfant, jeune, silencieux, des cheveux noirs ébouriffés et des grands yeux verts lui mangeant la figure tandis qu'il contemplait le vide et manipulait distraitement un soldat de plomb.

Les souvenirs d'enfance d'Harry défilèrent les uns après les autres : les corvées, les coups de Dudley, les privations de nourriture, les mensonges sur ses parents, sur la magie. Harry se regardait de l'extérieur, et s'amusait du silence horrifié qui régnait dans la Grande Salle. Qu'est-ce qu'ils avaient cru ? N'avaient-ils pas lu les fichus articles de Rita Skeeter ? Ils pensaient qu'il avait exagéré, sans doute… Après tout, c'est comme ça qu'elle avait présenté les choses, non ? Le pauvre Survivant, maltraité par sa famille moldue, qui chouine et se plaint tout le temps… Peut-être y avait-il de quoi, en fait ?

Puis la lettre de Poudlard, et le bonheur indicible à l'idée de quitter, au moins temporairement, ce foyer inhospitalier. La visite du Chemin de Traverse avec Hagrid, son passage chez Gringotts, et ce paquet entouré de mystère qu'Hagrid emporte avec lui. Sa première baguette, qu'Ollivander décrit comme la sœur jumelle de celle qui lui a infligé sa fameuse cicatrice. Les essais chez Madame Guipure et sa première conversation incompréhensible avec Draco. Hagrid qui lui offre Hedwige à sa sortie…

Puis le voyage en train et sa rencontre avec Ron, son rejet de Draco presque dans la foulée, et son émerveillement face à la majesté du château de Poudlard. Les premiers cours, Neville qui se blesse en cours de vol sur balai et le défi de Draco qui amène Harry à devenir Attrapeur de l'équipe de Gryffondor, puis la première aventure face à un Troll des montagnes, qui scelle son amitié avec Hermione. Les entraînements, le match de Quidditch pendant lequel il pense mourir mais n'a qu'une envie : gagner ! Gagner pour son équipe, pour sa Maison, pour ses amis, à n'importe quel prix !

La rencontre avec Touffu, le cerbère à trois têtes, les doutes sur Severus Rogue, l'admiration pour l'intelligence et l'esprit de déduction d'Hermione, l'œuf de dragon conservé par Hagrid, le dragon qu'il faut évacuer de Poudlard avec l'aide inespérée de Charlie Weasley, la punition infligée sur dénonciation de Draco, la retenue effectuée dans la Forêt Interdite, la créature qui se repaît de sang de Licorne, le sauvetage par Firenze.

Puis le piège qui se referme. Le prix pour mettre la main sur cet œuf de dragon, et le puzzle qui prend enfin son sens. Dumbledore absent, McGonagall qui ne croit pas à l'hypothèse d'un Severus Rogue malhonnête, la décision de récupérer la pierre avant lui, les épreuves à traverser pour arriver jusqu'à la pierre philosophale, l'intelligence d'Hermione qui les tire des vrilles du Filet du Diable et sélectionne la bonne potion, l'Attrapage de clé – quelle idée de mettre à disposition le balai… Puis le jeu d'échec géant, Ron qui gagne, mais tombe inconscient, Hermione inquiète qui reste à ses côtés, et Harry qui s'avance seul.

Mais ce n'était pas Rogue. Pourquoi ce n'était pas Rogue ? Tout aurait été tellement plus simple, plus logique, plus facile… Mais ce n'était pas Rogue, c'était Quirrel. Encore des doutes, encore des faux-semblants, tromperies, mensonges et trahisons. Le Miroir de l'Erised. La pierre dans sa poche. Et Voldemort, parasite immonde qui parle et essaye de le convaincre de donner la pierre. Son refus. Quirrel qui se précipite sur lui, et la réaction, imprévisible et violente, de ses mains qui brûlent son ennemi et le réduisent en cendres. L'âme de Voldemort qui s'élève et s'enfuit, puis le néant.

Le réveil à l'infirmerie. Le banquet de fin d'année. La distribution des points, le sourire et le soulagement, parce que la seule chose qui compte, c'est de gagner la Coupe des Maisons. Aurait-il perdu ses amis s'il ne l'avait pas gagnée ?


oOo


Harry se regarda avec indulgence et une certaine horreur, tandis qu'il se rappelait qu'en effet, la seule chose qui avait compté, à l'époque, c'était la reconnaissance de ses exploits par l'attribution de points et de la Coupe… Il reporta son attention sur la salle tandis que le flot de souvenirs se déversait sur l'écran – la chambre était plus grande, mais il y avait des barreaux aux fenêtres et des verrous sur la porte… Et une chatière pour passer la nourriture. Le public conservait son expression horrifiée, figé parfois dans des actions interrompues par la violence des situations – croyait Harry. Celui-ci avait amené une barre de chocolat, qui n'avait pas atteint ses lèvres, et qui fondait littéralement entre ses doigts tremblants. Celui-là pleurait sans s'en apercevoir, la bouche légèrement entr'ouverte, la respiration saccadée.

C'était bizarre, songea Harry. Il se tourna vers ses compagnons, qui écarquillaient les yeux, immobiles et crispés sur leurs sièges. Au-dessus d'eux, derrière le comptoir, les juges et le Ministre discutaient vivement, sur leur gauche, des huissiers chargés spécialement de repérer toutes les infractions commises et de les noter, gardaient leurs plumes levées, leurs visages figés en un masque d'horreur.

Alors que sur l'écran, Dobby faisait tomber le gâteau sur la tête des invités de l'oncle Vernon et de la tante Pétunia, le Ministre leva une main et les Langues-de-plomb, après avoir discuté brièvement avec lui, se dirigèrent vers le fauteuil de pierre. Harry se sentit aspiré – ou plutôt, il eut l'impression de se « recoller ». Il ne s'observait plus de l'extérieur, et se tortilla sur son siège pour voir le Ministre et le Clan. Que se passait-il ? L'écran était vide, maintenant.

- « Messieurs, » commença le Ministre, manifestement secoué, s'adressant apparemment aux Langues-de-plomb, « il semble qu'il y ait un problème avec ce rituel… »

Les quatre hommes se consultèrent brièvement avant de se tourner vers lui. Harry les sentait indécis et surpris.

- « Lequel, monsieur ? » demanda l'un d'entre eux.

- « Eh bien, mais c'est évident, non ? Nous ne devrions avoir que les souvenirs de monsieur Potter… Nous ne sommes pas censés ressentir ses émotions… »

Les quatre hommes gardèrent le silence quelques instants, puis celui qui avait parlé reprit.

- « Monsieur le Ministre, le rituel fait exactement ce qu'il est censé faire. Le Jugement du Clan se fait selon les lois de Talos. Dans une cour de justice moderne, les juges doivent analyser avec distance les actes et les émotions des accusés. Dans Talos, les juges doivent se mettre à la place des accusés. Ce n'est qu'à cette condition que l'on peut se donner le droit d'espionner leurs souvenirs les plus intimes. »

- « … Vous… Vous voulez dire que nous sommes obligés de subir tout cela si nous voulons procéder au Jugement ? » demanda le Ministre d'une voix incertaine.

- « Oui, monsieur. »

- « Alors… Je suggère que… Que ceux qui ne souhaitent pas assister au Jugement… »

- « C'est trop tard, monsieur le Ministre », se récria le Langue-de-plomb. « Le Jugement a commencé, les portes sont closes, le rituel est activé… Tous ceux qui sont là doivent y rester. »

Le Ministre resta sans voix quelques instants, puis ses yeux s'écarquillèrent. Parmi les membres du Clan, il y en avait un qui avait rencontré Voldemort de très près, qui avait vécu auprès de Mangemorts et avait participé à leurs activités… Le Ministre n'avait pas du tout, du tout envie de ressentir ce que Draco Malfoy avait ressenti dans ces moments. Il voulait le confort du regard extérieur, la solution facile de se dire que le garçon, ses parents, les Sangs-Purs, Voldemort ou n'importe qui d'autre était responsable, que le blond était un lâche et qu'il méritait ce qui lui arrivait… Mais se mettre à sa place ? Non, non, ce n'était pas acceptable. Il savait que Draco était assis devant lui. Sa coiffe blanche ne dépassait pas le comptoir, et ce n'est que parce qu'il était debout qu'il l'apercevait.

Merlin, il ne voulait pas être à sa place !

Le Ministre Jones se rassit, les coudes sur le plateau, les mains croisées masquant le bas de son visage.

- « Ce Jugement est une mauvaise… une très mauvaise idée, » marmonna-t-il indistinctement. « Ça va être une horreur, et on va y passer des heures… »

Déjà les souvenirs d'Harry Potter lui avaient fait l'effet de montagnes russes émotionnelles, passant de la joie à la colère à l'indignation à la peur à la résignation à la suspicion, toute une gamme de sensations et de sentiments aussi violents que des coups de poing dans la figure – et jamais de demi-mesure, Harry Potter était quelqu'un d'intense. Le Ministre soupira longuement.

- « Je ne sais pas si quiconque ici supportera cette séance… Mais puisqu'elle est entamée, et que nous devons la continuer… Cependant, est-il possible de… sauter des passages ? Ne garder que les éléments clés ? Et peut-être… Peut-être pouvons-nous… Je veux dire… Les autres membres du Clan, peuvent-ils passer en même temps ? Dans ces premiers souvenirs, nous avons vus messieurs Ronald, Neville et Draco, ainsi que mademoiselle Hermione… Lorsqu'ils vont passer à leur tour, ce sera redondant. N'y a-t-il pas moyen de combiner… ? »

Les Langues-de-plomb se consultèrent un moment. Manifestement, le Ministre voulait abréger la séance – maintenant qu'il s'apercevait que ses désagréments le concernaient aussi.

- « C'est possible, monsieur le Ministre. Mais il nous faut aménager le sceau… Cela prendra un petit moment… »

- « Faites… Cela permettra aux gens de se remettre de leurs émotions… Ou plutôt de celles de monsieur Potter. »

Harry fut détaché, et l'un des hommes gris lui signifia de s'asseoir auprès de ses compagnons. Il regagna sa place, entre Ron et Hermione. Après une fraction de seconde, Ron lui prit la main et lui adressa un mince sourire sans joie. Harry se relaxa.


NOTE DE L'AUTEUR


Remarque importante :

Il y a (enfin !) des travaux dans mon appartement. J'en suis ravie, mais pour écrire et poster, c'est un peu compliqué. Par ailleurs, comme vous l'aurez constaté, on va entrer dans une phase du récit un peu complexe – et pour être honnête, je n'ai pas encore assez d'avance sur cette partie pour publier à l'aise. J'essayerai de tenir mes délais autant que faire se peut, mais je vous demande de m'excuser si mes posts sont un peu plus aléatoires à partir de ce chapitre.

Réponse aux reviews :

espe29 : oui, ils ne sont pas épargnés, nos pauvres héros. Mais bon, ils sont ensemble ! Bonne lecture !

Loursa : quel mort horrible (quoique rigolote), pauvre madame Zabini… Oui, je suis assez vicieuse, je l'avoue, mais bon… Je vais faire pire, alors… Bonne lecture !

Leenaren : cours de l'enfer, certes, mais au moins l'ambiance est redevenue bonne entre eux – donc rien n'est perdu ! Bonne lecture !

Hermine noire : et voilà, nous commençons le Jugement ! Ça va être chaud (à écrire pour moi, et à lire pour les lecteurs !) Enfin, bonne lecture !

Devil-Akina : merci ! oui, le professeur Binns me paraissait le professeur logique de Magie Astrale, et surtout l'intérêt, c'était de ne pas étirer l'enseignement sur tout le deuxième et le troisième trimestre. Alors voilà… formation accélérée (en même temps, vu que le Clan est pénalisé sur la plupart des cours normaux…) Enfin, voilà. Je suis contente que mon Binns t'ait un peu émue… Bonne lecture !

Ashtana3 : bon ben tu vois, ils n'ont pas parlé après le cours de Binns – trop crevés, je pense, et puis les confessions, ça doit pas se faire montre en main… Enfin. Je suis contente que ma patapoufothérapie t'ait plu !

Venin du Basilik : alors, pour les passages de « cours officiel » de Binns, ben en fait, j'ai pas eu tant de problème que ça à les rédiger… Je dois avoir l'esprit un peu tordu, mais les seules choses que j'ai vérifié (sur wikipédia, honte à moi) c'est : 1) les types de « mancies », 2) le nom d'Horus et 3) la période à laquelle la théorie des quatre éléments a été posée… Et aussi quelques infos sur le chamanisme – et là, je ne vais pas te le cacher : j'y ai quasiment rien compris, c'est vraiment trop éloigné de mon mode de pensée occidental. Enfin voilà : les révélations approchent à grands pas ! Bonne lecture !

luffynette : ah la, oui, et leurs souffrances ne font que commencer niark niark niark… Bonne lecture !

Matsuyama : super, je suis contente si, en lisant d'une traite, l'histoire accroche les lecteurs (ayant un peu la tête dans le guidon, je ne me rends pas toujours compte de l'impact global de la fic). Bon, pour Kirin, oui, il y aura l'explication – pour tout le monde en fait. Pour le rythme des cours… c'est tout à fait possible, surtout quand on fait des études. Quand tu fais le total de tes heures de cours, travaux pratiques, devoirs et révisions, tu te rends compte que tu pulvérises les 35h hebdomadaires… (et t'es même pas payé). Enfin bref, bonne lecture !

LadyCocoMalefoy : mais non tu n'es pas anarchiste… Ou alors je le suis aussi, puisque j'aime aussi quand tout va mal. J'aime la pluie. J'aime la neige qui empêche les gens de circuler et désorganise notre mécanique économique si bien rodée (alors ça, c'est mon petit plaisir coupable : entendre les gens râler parce qu'il y a cinq centimètres de neige : J'a-d-o-r-e. Les gens détestent mon sourire ravi dans ces moments-là.) Bon, je ne suis pas anarchiste, je suis écologiquement mesquine (c'est moins glorieux). Enfin, bonne lecture !

Narutoblade : eh bien, voici la suite. On n'est pas encore dans les révélations fracassantes, mais ça vient… Bonne lecture !

Caki Black : pour le rythme des cours… Si tu trouves le domaine dans lequel tu souhaites travailler, et que ce domaine nécessite de faire de longues études, tu t'apercevras qu'en réalité ce rythme n'est pas si abracadabrant ! Ayant fait des études de bio, honnêtement, à part étudier, je ne faisais pas grand-chose d'autre… dormir, manger, étudier. Pire : le principe de se regrouper pour la prise de note (tu sais : les schémas, les légendes et le cours proprement dit…) c'est du vécu ! Dans mon université, la première année de bio était couplée avec la première année de médecine, et pour ces cours communs particulièrement denses, on était obligés de se regrouper, trois, quatre personnes, et chacun avait sa « fonction ». Sinon, impossible de noter le cours dans son intégralité. Donc tu vois, c'est tout à fait possible ! Enfin, bref. Bonne lecture !

Kalila78 : voici la suite ! J'espère qu'elle te plaira tout autant !

Nyan-Mandine : mais non tu ne te serais pas suicidée ! Tu te serais dit « c'est mon avenir qui se joue là, j'en bave maintenant, mais après je serai peinarde ! » Quand on aime ce qu'on étudie, on ne compte pas, surtout si c'est utile dans le futur ! Par contre, si on n'aime pas… Ben faut faire autre chose. Enfin, bonne lecture !

Essup : eh bien voilà la suite ! Bonne lecture !