NOTE DE L'AUTEUR
Remarques diverses et variées :
Mais non, mais non, vous ne rêvez pas ! Voici la suite des Rowane, enfin ! J'avoue, j'ai honte, ma dernière publication remonte à Mathusalem, mais j'ai eu une fin d'année mouvementée, et ensuite, il y a eu La Purge… Enfin voilà, on reprend !
Je tiens également à m'excuser, je ne ferai pas de réponse aux reviews (et cela uniquement parce qu'avec mon retard, il me faudrait des heures pour y répondre…) Je vous remercie tous pour votre soutien et je vous souhaite à tous une bonne lecture !
CHAPITRE SEIZE
Harry se reconnecta un peu violemment, et ouvrit les yeux, un brin désorienté. Un regard à droite et à gauche, il s'aperçut que ses compagnons étaient tout aussi surpris que lui. Il s'intéressa alors à la salle, et constata qu'il y régnait une ambiance étrange. Un brouhaha confus s'élevait des gradins, mais les spectateurs semblaient tout aussi étonnés. Face à eux, l'écran était redevenu blanc. Harry s'agita sur son siège, essayant de savoir ce qu'il se passait, et se doutait qu'un problème était en cours de discussion du côté du comptoir des juges. Des bribes de conversation lui parvenaient, parfois surmontés d'un éclat de voix du Ministre Jones.
Il fallut plusieurs minutes avant que le silence ne s'impose à la salle, tandis que les palabres se poursuivaient. Il n'y avait rien d'autre à faire qu'attendre.
Au bout d'un long moment et plusieurs éclats de voix, le silence se fit enfin du côté du comptoir. Harry entendit des mouvements derrière lui, mais n'eut bientôt plus besoin de se tortiller pour savoir ce qu'il se passait : le Ministre apparut devant les sièges des Rowane – et lui jeta, à lui particulièrement, un regard mécontent.
- « Monsieur Potter, c'est… gênant. Je me vois contraint de prendre des mesures drastiques à cause de vos souvenirs. C'est… déplaisant, » murmura-t-il à sa seule intention. Il se tourna ensuite vers la foule. « Mesdames, messieurs, hum… Le Wizengamot et moi-même avons été, tout comme vous, extrêmement surpris par les informations révélées par les souvenirs de mademoiselle Millicent Bulstrode. D'un commun accord, nous avons décidé de vérifier leur véracité, pour des raisons évidentes. Aussi, je vais vous demander de passer, calmement, les uns après les autres, du côté de la petite tente que les Aurors sont en train d'installer. Nous reprendrons la séance juste après – ça nous permettra à tous de nous détendre un peu, d'ailleurs. »
Le Ministre resta un moment debout devant les sièges des Rowanes, pendant que la foule et les Aurors s'organisaient. Alors que les spectateurs se prêtaient docilement au jeu, le Ministre se pencha sur Harry.
- « Je mens comme un arracheur de dents, monsieur Potter. Les Horcruxes n'auraient jamais dû être mentionnés. Les Aurors sont chargés de lancer sur chacune des personnes présentes des sortilèges d'Amnésie. C'est totalement contre mes principes, mais je ne peux pas permettre que cette technique magique sorte du tabou. Il y a des choses qui doivent rester ignorées… »
- « Ce Jugement était une erreur de toute façon… »
- « Certes. Je m'en suis rendu compte il y a un petit moment… Mais je ne peux plus l'arrêter. Pensez-vous devoir les mentionner à nouveau ? »
- « Tout mon exil n'était en fait qu'une chasse aux Horcruxes. Vous les verrez tout le temps… »
- « Ah. C'est… contrariant. J'ai déjà eu toutes les peines du monde à faire accepter aux membres du Conseil et aux ambassadeurs le principe d'une Amnésie partielle, et ce n'est pas un acte que je souhaite renouveler, d'autant qu'il sera demandé aux Aurors eux-mêmes de prononcer un Serment Inviolable par la suite… »
Le Ministre s'éloigna et s'approcha des Langues-de-Plomb restés en périphérie du sceau. Un long conciliabule s'ensuivit, pendant que les premiers spectateurs regagnaient leurs places, l'expression un peu absente. Tout ce temps, les Rowane restèrent attachés à leurs sièges. Un peu plus tard, deux Langues-de-Plomb s'approchèrent d'Harry.
- « Monsieur Potter, nous allons créer un filtre entre vous et l'écran, qui nous permettra, en temps réel, de modifier les souvenirs projetés sur l'écran. Ça ne changera rien à leur teneur, mais simplement, certaines terminologies et certaines images en seront exclues. »
Les Langues-de-Plomb s'affairèrent, tandis que le Ministre se rapprochait. Harry l'interpela.
- « Ça ne va pas interférer avec le Jugement du Clan ? »
- « Peut-être, probablement même, mais j'invoque la raison d'état dans ce contexte. Il y a un moment où il faut redevenir sérieux, hein ? Et puis, quelque chose me dit qu'en matière de sensations fortes, nous n'allons pas être déçus… Autant limiter la casse. »
Les Langues-de-Plomb procédèrent à de longues manipulations et appliquèrent un sceau Astral complexe autour de sa tête, qui lui faisait comme une auréole – et Harry eut un sourire amusé en voyant, du coin de l'œil, Hermione s'agiter sur son fauteuil de pierre, brûlant du désir irrépressible de se saisir d'une plume et d'un parchemin pour le noter. Le temps que le sceau soit mis en place et sommairement testé, les spectateurs défilaient entre les mains des Aurors. Il fallut plus d'une demi-heure pour faire passer tout le monde, mais bientôt, les gradins se remplirent.
- « Mesdames, messieurs, » reprit le Ministre, « je vous remercie pour votre coopération. » Il laissa traîner un regard, mélange de suspicion et de début d'admiration à Millicent, et ajouta à voix basse : « ceci dit, nous vérifierons tout de même, en ce qui vous concerne… Parce que si c'est vrai… »
Le Ministre pinça les lèvres et alla se rasseoir derrière le comptoir des Juges. Le rituel reprit, Harry se déconnecta, l'écran se couvrit à nouveau d'une mosaïque d'images, et le Jugement se poursuivit.
oOo
Millie avait un petit problème. Enfin, un gros problème en réalité.
Tous les samedis qui avaient suivi les vacances de Noël, elle était retournée chez elle par transplanage. Le Garde-Manger était toujours plein de gens. Elle en prenait quelques uns, les fourrait dans sa Malle-Trois-Fonds, et ce prélèvement passait totalement inaperçu, Merlin merci. Son elfe Kirin ne semblait pas recevoir de nouveaux mauvais traitements – enfin, disons qu'il subissait les suites des premiers, et ses parents entretenaient les coups, mais au moins il ne fut pas soupçonné pour les autres interventions de Millie.
Sur ce point, Millie avait la conscience déchirée, mais ce n'était pas son principal problème… Et le risque de tomber sur ses parents lors de ses visites n'était pas mince, mais ça non plus, ce n'était pas son problème principal.
Non. Son problème c'était, eh bien… C'était qu'il y avait plein de gens dans sa Malle, et elle ne savait pas comment s'en débarrasser. Tous les jours, elle leur amenait leurs repas – heureusement, elle connaissait les cuisines de Poudlard, et les elfes la servaient sans lui poser de questions.
Elle avait étudié les sorts d'espace sorcier pour pouvoir agrandir la fosse – mais celle-ci était pleine depuis longtemps… Elle avait dû modifier le deuxième fonds, l'armoire, mais celui-ci était désormais plein. La semaine précédente, elle s'était attelée à l'agrandissement du premier fonds : le tiroir…
Les vacances de Pâques commençaient demain, il fallait qu'elle trouve un moyen de vider sa Malle, mais où ? Où faire sortir ces sorciers Nés-Moldus sans que cela se sache ? Et sans risquer qu'ils se fassent reprendre ? Ramener sa Malle pleine à la maison lui paraissait stupide – et dangereux.
Millie fixait le feu qui crépitait dans la cheminée de la salle commune des Serpentards – le printemps était là, mais il faisait toujours froid dans les sous-sols. Les élèves s'agitaient autour d'elle, elle restait les yeux dans le vague, mais de temps en temps, son regard était attiré par Théodore Nott. Quand ça lui arrivait, Millie tentait de rassembler ses pensées, de se concentrer sur son petit problème.
Théo était assis à l'écart – à un endroit d'où il pouvait voir à la fois toute la salle commune, les escaliers menant aux dortoirs, et la porte d'accès à leur Maison, remarqua Millie – et lisait, la plupart du temps. Mais Millie constata que, de temps en temps, il levait ses yeux bleus sur quelqu'un. Ah, voilà que ça le reprenait. Il avait levé les yeux de son bouquin et fixait… Millie regarda dans la direction : il fixait Draco Malfoy.
Draco Malfoy, préfet des Serpentard, qui entrait justement dans la salle commune, et informait les élèves que le train de demain partirait à 11h du matin, et que tout le monde devait se rassembler dans le Grand Hall au plus tard à 9h30. Son message délivré, le blond frissonna – et Millie se demanda si c'était dû au froid ou à la perspective de rentrer chez lui – y-a-t'il un Garde-Manger chez les Malfoy ? Millie le vit déglutir, réfléchir, puis s'approcher de la cheminée. Il s'asseyait présentement sur le canapé de cuir vert, juste en face d'elle. Il posa ses avant-bras sur ses genoux, croisa les mains, et se pencha vers le feu, tandis que Théo le fixait, sa bouche tordue en un pli amer que Millie n'aima pas du tout. L'amertume du brun sembla s'accentuer lorsque Vincent et Gregory arrivèrent et se postèrent en sentinelles derrière le blond – qui se raidit automatiquement. Autour d'eux, les élèves couraient en tous sens pour préparer leurs affaires, montaient et descendaient les escaliers, s'interpelant dans un joyeux brouhaha…
Draco leva des yeux argentés angoissés et presque implorants sur Millie – mais quelle issue, quelle solution ? Il n'y en avait pas. Chacun devait rentrer chez soi. Il le savait, elle le savait, ils se tournèrent vers le feu, silencieux.
oOo
Blaise ferma sa malle, et se redressa, jetant un œil au dortoir. Celle de Nott était déjà faite, évidemment, et impeccable, bien sûr. Mais du côté de Vincent et Gregory, c'était encore un sacré bordel… le Noir sortit et se posta en haut des escaliers. Depuis le palier, il promena son regard d'or sur la salle commune, avisant immédiatement Théodore, assis comme à son habitude dans le coin du « Surveillant ». Le brun leva instantanément les yeux sur lui, accrochant son regard, et fit un léger signe de tête vers… Draco, près de la cheminée.
Blaise l'observa un instant, remarquant instantanément sa tension. Derrière son canapé, Vincent et Gregory faisaient semblant de surveiller la salle – alors qu'il était évident qu'ils surveillaient Draco. Tout Serpentard qui se respecte comprenait bien que les deux brutes avaient reçu l'ordre de seconder le blond dans la mission qu'On lui avait confiée – seconder et surveiller étaient devenus synonymes ces derniers temps. Blaise fronça les sourcils.
- « Vince ! Greg ! Allez préparer vos malles pour demain ! Je n'ai pas envie que vous vous couchiez à pas d'heure, ou que vous me réveilliez demain à pas d'heure, juste pour ranger vos affaires ! »
Les deux garçons massifs se sentirent pris en faute – et l'ordre était tellement clair et direct que les deux quittèrent immédiatement leur poste pour y obéir. Théo esquissa un mince sourire, Draco se détendit et leva un regard reconnaissant sur Blaise. Le Noir fixa méchamment les deux simili-gardes du corps jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans le dortoir, puis eut un sourire plein de dents blanches et descendit les escaliers.
Il se dirigea vers la cheminée, et s'assit à côté de Draco, sur le canapé. Son regard balaya distraitement la pièce : Théo lisait, les élèves s'agitaient toujours, Pansy râlait contre Daphné, une histoire de vêtements prêtés et non rendus a priori, et il remarqua à peine Millicent, qui restait là, à ne rien faire, sur le fauteuil en face. Avec un sourire, il se tourna vers Draco.
- « N'hésite pas à les envoyer promener, quand ils te saoulent ! »
Draco eut un sourire désabusé, qui voulait dire : si seulement c'était aussi simple… Blaise le fixa un moment, puis le blond sembla dérangé par cette observation et finit par demander :
- « Tu pars pour les vacances ? »
Blaise pinça ses lèvres charnues, puis soupira, mettant ses bras derrière sa tête et observant le plafond.
- « Hélas… Ma mère veut m'emmener sur les Terres-De-Mes-Ancêtres, renouer Avec-Nos-Racines… » fit Blaise avec un certain agacement.
Il n'y eut pas de réponse pendant quelques instants, Blaise jeta un œil en coin à son voisin – et faillit pouffer de rire. L'élégant Draco restait là, bouche bée, les yeux écarquillés, envieux et émerveillés.
- « Et… C'est quel pays ? », demanda Draco finalement avec une pointe de jalousie.
- « … Le Kenya… » annonça lentement Blaise en se redressant et en rectifiant sa tenue. Il se figea en avisant le visage du blond s'illuminer à la mention d'un pays exotique et lointain.
- « Le Kenya… » murmura Draco, rêveusement.
- « Ce n'est pas aussi fun que tu as l'air de croire. Là-bas, la communauté sorcière est quasi inexistante, et il n'y a pas grand-chose à faire là où vit ma famille… Ma mère ne voulait pas y aller, mais sa mère – ma grand-mère – a fait le déplacement jusqu'ici pour nous sonner les cloches. Elle a dit que si on ne venait pas, on allait le regretter… Je ne pensais pas que ma mère cèderait, mais apparemment, la vieille a encore quelques tours dans son sac… »
Blaise, ravi de l'attention du blond, lui décrivit le peu qu'il savait de son pays ancestral – dans lequel il n'avait jamais mis les pieds, et qu'il ne connaissait que grâce aux rares descriptions que lui en avaient faites sa mère et parfois sa grand-mère les rares fois où elle leur rendait visite.
- « Et puis, » ajouta-t-il, emporté dans son élan mais aussi avec une pointe de mesquinerie, « avec un peu de chance, je pourrais assister au match amical qui ouvre la sélection préliminaire à la Coupe du Monde de Quidditch qui se tiendra dans deux ans au Kenya… Ça devrait être intéressant : l'ancien champion du monde contre le pays organisateur, c'est à dire Bulgares contre Kenyans… »
Il eut la satisfaction de voir le blond pincer les lèvres de jalousie – et tenter de la camoufler en prenant tout le monde de haut. Ce moment agréable et presque bon enfant (bon enfant selon les normes de Serpentard) ne dura pas, cependant : Vincent et Gregory revenaient du dortoir. Blaise remarqua – tout le monde remarqua – qu'ils se plaçaient à nouveau debout derrière le canapé où était assis Draco, reprenant leurs postes de garde-du-corps/surveillants sans aucune subtilité ni aucune discrétion.
Blaise remarqua la tension du blond, et l'expression renfrognée des deux gorilles. Par contre, il ne remarqua absolument pas Millie qui, dès le retour des deux brutes, se leva et monta les escaliers lentement.
A vrai dire, personne ne remarqua qu'en haut des escaliers, elle bifurqua vers le dortoir des garçons…
oOo
Le trajet en train fut à la fois trop long et trop court pour Draco. Les heures de route pendant lesquelles il ressassa le rapport qu'il aurait forcément à donner à… à son… à son Maître, étaient une longue torture. Et en même temps, c'était le dernier havre de paix avant de retrouver le Manoir Malfoy et sa faune immonde. La seule chose qui lui fit garder contenance, c'était l'idée de revoir sa mère, de voir si elle allait bien. Il avait hâte d'arriver, et en même temps, il redoutait d'arriver, et dans l'entretemps, il stressait horriblement.
Alors que le soir tombait, le Poudlard Express entra en gare. Narcissa Malfoy l'attendait sur le quai 9 ¾, vêtue de robes riches et noires. Draco la rejoignit immédiatement, mais aucun ne parla. Elle lui prit la main et transplana avec lui, réapparaissant quelques secondes plus tard devant les grilles du Manoir. Avant de les ouvrir, elle se tourna vers son fils.
- « Le Maître attend ton rapport, Draco. As-tu avancé ? »
- « Je… J'ai fait des choses, Mère. Mais… Ça n'a pas marché… »
- « Le Seigneur sera mécontent. Alors prépare-toi. »
- « Oui, Mère. »
Elle poussa un soupir imperceptible, baissa les yeux, résignée, et ouvrit la grille. Ils avancèrent ensemble sur le chemin de gravier menant aux portes du Manoir.
- « Vous êtes là ! »
La voix forte et suraigüe de Bellatrix leur vrilla les tympans. La femme aux cheveux noirs et aux yeux charbon apparut sur les escaliers du hall d'entrée, elle retira son masque de Mangemort, dévoilant son visage aux traits durs et à la mâchoire carrée. Draco leva un regard apeuré sur elle : elle semblait encore plus instable que lors de leur dernière rencontre. Bellatrix les laissa entrer, et aboya :
- « Allez vous changer, le Maître est là ! Ne le faites pas attendre ! »
Elle jeta un regard noir à Draco, un regard dangereux, qui promettait maintes tortures s'il ne procurait pas entière satisfaction. Draco déglutit et monta rapidement se changer.
oOo
Blaise et sa mère Druella Zabini relâchèrent le Portoloin ministériel, et prirent quelques secondes pour se remettre du voyage et évaluer leur environnement : une sorte de cabine recouverte d'un bois couleur acajou du sol au plafond, où la chaleur accumulée les accabla immédiatement. Le trajet de Londres à Nairobi avait été une épreuve pour Blaise : il n'avait jamais voyagé aussi loin, et il avait l'impression que ses intestins se révoltaient et étaient prêts à exploser. Son teint vira à un café au lait malsain, mais par pure fierté et pour ne pas embarrasser sa mère, il se reprit, et força son estomac à se remettre d'aplomb.
Ils sortirent de la cabine de transport, et Blaise constata que sa mère titubait légèrement : cela le rassura, il échapperait certainement aux inévitables critiques si elle aussi avait été affectée.
Pour des raisons de discrétion et de politique, la cabine de Portoloin se situait dans l'aéroport international Jomo-Kenyatta. Il n'y avait que cinq cabines et une salle d'attente minuscule, mais deux sorciers étaient affairés d'un côté de la salle pour créer d'autres cabines en vue du prochain évènement sportif. On accédait à la zone de Portoloin par une porte étroite, et les moldus qui passaient par là ne voyaient qu'un panneau : « Toilettes en dérangement ». Dans la salle d'attente, un préposé, agent du Secrétariat Sorcier du Kenya, les accueillit avec un grand sourire depuis son comptoir.
- « Bienvenue, bienvenue ! Vous venez pour le match, c'est ça ? »
- « Oui ! » fit Blaise avec espoir.
- « Non, » fit sa mère sur un ton glacial, ce qui calma quelque peu le préposé.
L'homme leur remit quelques brochures, tout en récupérant leur Portoloin désormais inutile, et les délaissa bientôt, se plongeant dans les papiers qui jonchaient son bureau.
A part les deux voyageurs, les sorciers ouvriers et l'agent, la salle d'attente était vide. Par les fenêtres hautes et étroites, Blaise admira la vue : le vaste parc national protégé, et juste à côté, l'immense bidonville de Kibera. Plus au nord, la ville proprement dite, avec ses immeubles blancs de toutes formes, se détachant sur un ciel gris menaçant. Blaise s'arracha à sa contemplation lorsque la porte de la salle d'attente s'ouvrit.
Une petite vieille à la peau noire ridée et plissée de partout entra, ses cheveux blancs et gris étaient désordonnés, ses vêtements de piètre qualité mais pratiques : des sandales fermées, un jean, et une ample et longue tunique où elle pouvait aisément cacher une baguette (ou plusieurs, Blaise soupçonnait que, comme sa mère, cette femme, était toujours prête à tout, surtout au pire). La vieille sorcière darda son regard vif et doré sur ses descendants.
- « Mère. »
- « Ma fille. Et mon petit-fils. Je suis ravie de vous voir. »
- « C'est tout naturel, » répondit madame Zabini – et Blaise dut se faire violence pour ne pas lever les yeux au ciel.
- « Trêve de politesses. Allons à la maison. »
La petite vieille leur montra la porte, et les invita à sortir, puis les emmena à l'extérieur de l'aéroport, et Blaise eut droit à une douche pluviale. Le temps d'aller à la voiture de sa grand-mère, il fut trempé de la tête aux pieds.
- « Pourquoi on n'utilise pas les cheminées ? » bougonna-t-il en s'engouffrant sur le siège arrière – après avoir porté ses bagages et ceux de sa mère et les avoir mis dans le coffre.
- « Voyons Blaise. Tu crois vraiment qu'il y a un réseau de Cheminette ici, au Kenya ? » fit sa mère avec dédain tout en lançant discrètement des sortilèges de Séchage sur eux trois.
- « Ta mère a raison, mon garçon. Ce n'est pas dans nos mœurs. Et ici, tu n'as pas intérêt à montrer ou utiliser ta baguette. Les lois sont strictes et les punitions sévères. Enfin, avec un peu de chance, la Coupe du Monde va permettre d'alléger un peu ce carcan. »
Blaise se renfrogna, croisa les bras, et observa le paysage qui défilait par la vitre embuée et maculée de pluie.
La voiture était un vieux tacot des années 60 ou 70, que sa grand-mère chérissait et avait certainement trafiqué magiquement pour le faire durer. Cependant, au milieu de la route séparant le bidonville d'un quartier un tantinet plus structuré, la voiture et ses passagers furent secoués violemment, comme si un autre véhicule leur était rentré dedans. Blaise se retourna vers le coffre, surveilla les environs : il n'y avait personne, pas de voiture, des murs gris, des tôles et des gens qui s'abritaient dessous.
- « Il faut s'arrêter et voir… »
- « Hors de question. Ici, on ne s'arrête pas. On verra une fois arrivés à la maison. »
La voiture tint courageusement jusque là, l'arrière du coffre touchait presque le bitume, et la grand-mère Zabini roulait lentement en prêtant une attention toute particulière aux bosses et nids-de-poules qui émaillaient le trajet.
Bientôt, elle bifurqua dans une rue aux trottoirs arborés, et Blaise fronça les sourcils à la vue des arbres. De leurs feuilles surtout : elles étaient bizarre – jusqu'à ce que le Noir comprenne qu'il ne s'agissait pas de feuilles, mais d'une myriade de chauves-souris… Tandis que la nuit tombait, la pluie s'arrêta aussi brusquement qu'elle avait commencé, et les nuages s'égaillèrent rapidement, révélant un ciel bleu et rose. Le bleu vira progressivement à l'indigo, et comme un signal, les arbres se vidèrent de leurs hôtes. Une nuée noire, une multitude de chauves-souris quitta les branches et s'envola dans le crépuscule.
Qu'est-ce que je fiche ici ?, songea Blaise, peu ému par le spectacle pourtant impressionnant.
La voiture s'engagea lentement sur un chemin sommairement goudronné longeant des petites maisons de banlieue, qui avaient pour seul intérêt de disposer de vastes jardins dont les habitants se servaient comme potager. Elle s'arrêta devant le portail bas de l'une de ces propriétés, et Blaise fut sollicité pour l'ouvrir. Le sorcier se pencha sur la grille à la peinture blanche écaillée laissant apparaître de nombreuses taches de rouille, certaines portions s'effritaient littéralement sous ses doigts. Au-delà de la grille, un chemin de terre sinuait entre des aires potagères parfaitement délimitées, et aboutissait, deux cent mètres plus loin, à une maison carrée de deux étages. Blaise ouvrit le portail, laissa la voiture passer, ferma la grille et s'aperçut, en se retournant, que sa grand-mère continuait sur le chemin de terre boueux sans l'attendre.
Blaise pinça les lèvres, jura entre ses dents, et s'avança en soupirant, ses impeccables chaussures de cuir noir s'enfonçant dans la boue avec un bruit de succion répugnant. Il quitta le chemin et marcha sur l'herbe détrempée. Arrivé devant la maison, il se dirigea immédiatement vers le coffre, qu'examinaient sa mère et sa grand-mère.
- « Qu'as-tu mis dans ton coffre ? » lui demanda sa grand-mère avec un reproche dans la voix.
- « … Rien de spécial… » fit Blaise, ennuyé. Ça allait être de sa faute, maintenant ?
- « Ça pèse une tonne. On ne peut même pas le soulever, » fit-elle.
Tu utilises tellement peu la magie que tu as oublié qu'elle existait ? aurait voulu lui rétorquer Blaise, tout en sachant pertinemment qu'il ne le ferait jamais. Il sortit lentement sa baguette, vérifiant qu'il ne provoquait pas le courroux de la vieille sorcière, et lança un sortilège d'Allègement puis de Lévitation. La voiture sembla bondir de joie, grinçant de tous ses essieux et de tous ses boulons.
- « Je vais monter mes affaires dans ma chambre, si tu veux bien m'indiquer où elle se trouve… »
Grand-Mère Zabini renifla et fit un petit signe de tête, puis s'engagea dans l'escalier menant à la maison, et monta ensuite celui desservant les chambres à l'étage.
- « Les autres vont bientôt rentrer du travail. Tu partageras la chambre des garçons – tes cousins, les fils de tes oncles. »
Blaise se figea un instant dans l'escalier, et ferma les yeux. Même pendant ses vacances, il n'aurait pas droit à une quelconque intimité. Il rattrapa sa grand-mère devant la porte de la chambre commune, qu'elle ouvrit pour lui.
- « Installe-toi, mon garçon, » fit-elle avec une chaleur inattendue et un sourire qui fit se mouvoir toutes les rides de son visage. « Je suis contente de t'avoir à la maison, » ajouta-t-elle en fermant la porte derrière elle, laissant Blaise bouche bée.
Il se tourna vers la chambre, avisant des lits superposés le long des murs à droite et à gauche. Sur le mur face, une fenêtre haute s'ouvrait sur le jardin-potager, sur les lumières des réverbères et des autres maisons du quartier. Le ciel était complètement dégagé maintenant, et bleu nuit. Examinant les lits, il détermina vite celui qui n'était pas occupé, et installa sa malle à proximité.
Il croisa les bras, observant pensivement sa malle. Il n'était pas stupide, et c'était bien elle qui avait pesé sur la voiture. D'ailleurs, il avait dû renforcer son sortilège de Lévitation pendant qu'il montait – il n'aurait pas dû avoir à le faire. Seule conclusion : il y avait dans sa malle quelque chose qui pesait très lourd, qui avait été Allégé, et dont le sortilège avait pris fin prématurément, probablement.
Il ouvrit le couvercle, et la première chose qui lui apparut, posée sagement sur ses affaires, fut une enveloppe. Il la prit, et avisa en dessous un petit coffret. Il tenta de s'en emparer : impossible de le bouger. Blaise renifla, ouvrit l'enveloppe. A l'intérieur, il y avait trois clés et un parchemin qu'il déplia.
Blaise.
Pourrais-tu faire sortir tout le monde quand tu seras chez toi ? Ça me rendrait service. A bientôt à Poudlard.
Millicent.
PS : n'oublie pas de me renvoyer ma Malle.
PPS : Merci d'avance.
Blaise écarquilla les yeux et jeta un regard incrédule au petit coffret. Pris d'une idée soudaine, et d'un sentiment d'urgence prémonitoire, il lui jeta un sort d'Allègement et de Lévitation, attrapa le coffret et le déposa par terre à bonne distance de ses affaires et des lits. Il attendit quelques secondes, analysant son impulsion : s'il y avait des gens dans ce coffret, c'est qu'il avait été Rapetissé. Si le sortilège d'Allègement avait été dissipé prématurément, alors celui de Réduction subirait le même sort…
Il avait raison, et bien qu'il s'y attendit, il sursauta lorsque le coffret frémit, tressauta, et s'agrandit sous ses yeux en quelques secondes. Il avait maintenant à ses pieds une énorme malle, dotée de trois serrures. Pendant quelques instants, il se demanda si Millicent ne l'avait pas chipée à Pansy ou Tracey – qu'est-ce qu'elles les avaient saoulés avec leurs fabuleuses Malles-Trois-Fonds, ces pimbêches ! – et en même temps, il savait que non.
Des gens. Les faire sortir. Ici. Blaise grinça des dents.
- « Millicent… »
Il se passa une main sur le visage, hésita encore un instant puis se décida. Il approcha de la Malle, inséra la clé dans la première serrure et souleva le couvercle. Regardant à l'intérieur, il vit… Des gens. Des tas de gens, assis ou debout, tremblants et serrés les uns contre les autres, comme des sardines. Des sorciers Nés-Moldus pour la plupart, et quelques moldus aussi. Les captifs levèrent des yeux craintifs vers lui, mais aucun ne parla, Blaise non plus. Il ferma brusquement le couvercle, et s'affaissa lentement, adossé à l'énorme Malle. Il resta là, les bras ballants, réfléchissant intensément.
D'où venaient ces gens ? De chez Millie, évidemment. Pourquoi avaient-ils été capturés ? Parce qu'ils sont Nés-Moldus, évidemment. Pourquoi des Nés-Moldus ? Parce que les Mangemorts ont infiltré toutes les instances décisionnaires du Ministère de la Magie, évidemment. Que risquent-ils en restant en Angleterre ? L'emprisonnement, la torture, la mort probablement. Pourquoi Millie les as-t-elle sauvés ? Parce que…
Evidemment.
Parce qu'il n'y a rien d'autre à faire.
Blaise se redressa, et rouvrit lentement le couvercle.
- « Mesdames, messieurs… Bienvenue au Kenya ! Mais avant de vous laisser sortir, je vais… eh bien, je vais devoir prévenir ma Grand-Mère… »
oOo
Draco se regarda dans un miroir. Il portait des robes noires amples, une cape noire dont la capuche masquait ses cheveux, des gants noirs. Ne lui restait plus qu'à mettre son masque, et en face de lui, il y eut bientôt un Mangemort.
Il se sentit ridicule et humilié. Son poignet le brûlait, ses yeux le brûlaient, son ventre était noué d'appréhension. Mais il ne pouvait se permettre d'attendre plus longtemps, aussi mit-il de côté ses peurs et ses hésitations. Il sortit de sa chambre, et descendit rapidement les escaliers jusqu'à la salle de bal du Manoir – là où Voldemort tenait généralement ses réunions.
Lorsqu'il entra dans la salle, Merlin merci, le Seigneur des Ténèbres n'était pas encore là. Draco eut juste le temps de s'insérer dans les rangs des Mangemorts, le plus loin possible de l'armada de loups-garous qui, eux du moins, assistaient à la réunion à visage découvert, avant qu'Il n'arrive.
Une entrée plus théâtrale aurait été moins effrayante. Lui ne portait pas de masque, Il arborait fièrement son visage difforme, sans nez, aux yeux rouges. Il semblait glisser sur le sol, comme un reptile glissant silencieusement vers sa proie.
Si au moins il y avait eu un trône, ou quelque chose, ça l'aurait rendu presque humain. Mais non. Le Seigneur des Ténèbres n'avait pas besoin du décorum habituellement associé au pouvoir. Pas de trône, pas de couronne, des robes de sorcier quelconques mais noires comme un gouffre sans fond. Et il restait debout, devant eux. Pas besoin d'estrade, car tous se mettaient à genoux. Pas besoin d'accessoires, parce que tous baissaient les yeux.
Sa présence seule était… enivrante. C'était le bon terme. Il saturait l'air de sa puissance, et tout le monde la ressentait dans ses tripes. Draco se souvint de sa présentation, de son adoubement… Il avait pris cette ivresse pour du respect, le respect absolu que les Sangs-Purs n'accordent qu'aux gens influents, riches et puissants.
Maintenant, Draco n'était plus dupe. Ce n'était pas du respect que les Mangemorts ressentaient pour le Seigneur des Ténèbres – à part peut-être provenant de Bellatrix, et de quelques autres comme Fenrir (si le loup-garou était capable de respecter quoi que ce soit…)
Non. C'était de la crainte. Son extrême malveillance mâtinée de folie déferlait sur ses disciples, et une terreur abjecte étreignait les Mangemorts, suintant par tous les pores de la peau… Draco sentait son cœur palpiter, et faillit avoir une crise cardiaque lorsque la voix froide et sifflante s'éleva doucement, prononçant son nom.
- « Draco… Mon cher petit… Aurais-tu, par le plus grand des hasards, de bonnes nouvelles à m'annoncer ? Je ne crois pas avoir entendu parler de la mort du Directeur de Poudlard, mais j'avoue ne pas lire la Gazette tous les jours… »
Des rires s'élevèrent par endroits, et Draco déglutit, l'humiliation chauffant ses joues.
- « J'attends, Draco ! Parle ! » fit la voix soudain dure.
- « Je… J'ai acheté un Collier d'Opale maudit, connu pour tuer ceux qui le touchent, et je l'ai offert à Madame Rosmerta. Je l'ai placée sous Imperius pour qu'elle donne ce collier à n'importe quelle élève de Poudlard et qu'elle l'oblige par Imperius à remettre l'objet à Dumbledore. Malheureusement, la fille a elle-même malencontreusement touché le collier… »
- « Dumbledore est-il mort ? »
- « … Non, Maître. »
- « … Et l'élève ? Si l'élève est mort, au moins, ce serait amusant… »
- « Euh… Non, Maître. Elle a été soignée à temps… Mais j'ai essayé une autre approche : j'ai empoisonné un Hydromel millésimé que j'ai remis au professeur Slughorn… En lui recommandant de le goûter avec son meilleur ami Dumbledore… »
- « Oh. Slughorn. Intéressant. Et ? Ça a marché ? »
- « … Hélas non, Maître. Il a fait boire une coupe à un autre élève, et… »
- « Dumbledore est-il mort ? » redemanda Voldemort doucereusement. Draco ferma les yeux.
- « … Non, Maître. »
- « Et l'élève ? »
- « … Non, Maître. »
- « Je vois, » fit posément le Seigneur des Ténèbres en sortant calmement sa baguette. « Crucio. »
oOo
Dans la Grande Salle de Poudlard, l'écran redevint subitement blanc. Un silence interloqué planait dans la vaste pièce. Des bouches bées, des regards effarés et terrorisés encore fixés sur l'écran.
Seuls les Rowane restaient immobiles sur leurs fauteuils, leurs esprits toujours dissociés de leurs corps. Détaché, Draco observa la Salle.
Vous vous attendiez à quoi ? songea-t-il avec amertume. Il tenta de voir ses compagnons, mais dans cet état, il ne pouvait que contempler leurs corps rigides sur les sièges de pierre.
Il sursauta – métaphoriquement – lorsqu'il sentit une espèce de contact, et se tourna dans tous les sens pour comprendre. Le contact se prolongea malgré son agitation, et en analysant plus calmement la situation, Draco se rendit compte que c'était un de ses compagnons qui se rapprochait.
Pour me consoler ? Je n'ai pas besoin…
Mais l'autre semblait d'avis contraire, et une aura chaude et douce l'enveloppa bien vite. S'il avait eu des yeux, Draco les aurait fermés de contentement, s'il avait eu des lèvres, il aurait souri d'un air particulièrement niais. S'il avait été un chat, il aurait ronronné.
Draco se reprit et tenta d'identifier son camarade. Il s'imaginait que ce devait être Blaise, mais au bout de quelques secondes, comprit de qui il s'agissait.
Potter.
Surpris, Draco eut un mouvement instinctif de rejet, le regrettant au moment même où il se rétractait et échappait à l'étreinte. Il fut bientôt à nouveau seul, désolé d'avoir blessé Potter. Car à vrai dire, entre eux tous, Potter en particulier pouvait certainement comprendre par quoi il était passé, et ce qu'était la douleur d'un Doloris…
Mais…
Nous avons encore des comptes à régler, songea Draco, résigné.
