CHAPITRE DIX-HUIT
Par deux fois, Draco avait tenté d'accomplir son impossible mission – tuer Dumbledore… Alors même que le Seigneur des Ténèbres n'y parvenait pas ! Comment lui aurait-il pu y arriver ?
Il avait échoué, évidemment. D'abord le collier ensorcelé, qui aurait dû être transmis à Dumbledore et qui avait finalement atteint la Poursuiveuse de Gryffondor, Katie Bell… Et ensuite, l'Hydromel empoisonné qu'il avait remis à Slughorn – officiellement pour se concilier ses bonnes grâces et être admis dans son club de VIP, officieusement, il comptait sur Slughorn pour en offrir un verre à Dumbledore… C'était Ron Weasley qui avait été empoisonné finalement. Et sauvé par Potter, d'après les rumeurs…
Draco avait encore en mémoire le Doloris que Voldemort lui avait lancé après son rapport. Et bien que de retour à Poudlard, dans une atmosphère plus paisible – malgré la surveillance de Potter et celle, plus subtile et en même temps plus contraignante de Nott – Draco se sentait tiraillé par l'angoisse et la peur que des représailles ne soient tentées contre sa mère, restée au Manoir Malfoy. Avec Fenrir et ses loups-garous à demeure, il pouvait se passer n'importe quoi. Pire : il n'avait pas l'ombre d'un doute que, s'Il le lui demandait, sa propre sœur Bellatrix se chargerait de la torturer. C'était ironique d'imaginer que Lucius, son père, était en fait plus en sécurité à Azkaban qu'en liberté…
Il n'en dormait plus la nuit, quand il y pensait, il se mettait à trembler comme une feuille. Quand les larmes lui venaient, il s'enfuyait et se réfugiait soit dans ses appartements de préfet, soit dans les toilettes des filles quand il n'avait pas le temps. Et là, il s'épanchait sur l'épaule de… Mimi Geignarde ! Quelle déchéance, mais c'était la seule à qui il osait se confier.
Ce matin, au petit-déjeuner, il avait reçu un Hibou de sa mère. Elle lui confirmait qu'elle allait bien – ce qui l'avait profondément soulagé – et qu'elle avait obtenu « l'accord pour inviter des gens à sa petite fête ». Et Draco s'était retrouvé plongé dans un abîme d'angoisse.
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Harry observait, par delà les tablées obnubilées par le petit-déjeuner, Malfoy se décomposer à la lecture du message qu'un hibou venait de lui apporter. Il avait suivi le blond à maintes reprises, avait découvert qu'il manigançait quelque chose dans la Salle sur Demande. Il n'avait pu en apprendre plus : il avait été chassé par ses deux gorilles, Crabbe et Goyle, qui montaient la garde devant les portes.
Quoi qu'il s'agisse, les choses semblaient se concrétiser. Harry voulait en avoir le cœur net. Alors, il allait confronter le blond, et exposer sa traîtrise, aujourd'hui !
Après le petit-déjeuner, la journée se déroula à peu près normalement, et dès la fin des cours, pendant lesquels il avait vu le blond blanchir à plusieurs reprises, il se précipita dans son dortoir pour récupérer la Carte des Maraudeurs. Cette fois, il trouverait Malfoy, et il lui parlerait, qu'il le veuille ou non. Il chercha un moment le petit point mobile, libellé Draco Malfoy – et le trouva, à sa grande surprise – dans les toilettes des filles du deuxième étage.
En compagnie de… Mimi Geignarde ?
Peu importe. Si ça se trouve, il avait découvert quelque chose concernant la Chambre des Secrets ! Harry rangea sommairement la Carte, puis se précipita à travers couloirs et escaliers.
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Draco avait encore pleuré. La lettre de sa mère était le signal pour… passer à l'action… pour accomplir sa mission… Plus question d'échouer, cette fois, et il n'avait qu'une dernière carte à jouer : l'Armoire magique…
Il se rinça le visage, essayant de se recomposer. Derrière lui, Mimi Geignarde compatissait à sa manière : en gloussant nerveusement, ravi qu'un beau garçon passe un peu de temps avec elle et lui confie ses secrets. Lorsqu'il releva la tête, il se figea. Derrière lui, il n'y avait pas que Mimi Geignarde. Il y avait aussi…
Potter.
Qu'avait-il entendu ? Qu'avait-il vu ? Les larmes, oui, manifestement. Draco fut pris d'une colère soudaine et irrépressible. Il sortit sa baguette, Potter fit de même, puis les sortilèges volèrent dans les toilettes. Des portes arrachées, les lavabos détruits, de l'eau jaillissait en continu des robinets, les trempant de la tête aux pieds, mais l'eau glacée ne suffit pas à les calmer. La colère montait, chez l'un, comme chez l'autre, en une spirale vicieuse. Excédé, mortifié, terrorisé mais surtout : furieux, Draco céda à la colère.
- « Cru… »
- « Sectumsempra ! »
Le sortilège atteignit Draco en pleine poitrine. Il ne sentit rien au début, mais il vit le sang jaillir, à profusion. Ensuite vint la douleur : une coupure, profonde, qui traçait son chemin le long de son torse, s'étendant vers le bas sur son ventre, puis son bas-ventre, et vers le haut sur la clavicule, le cou puis le visage, passant sur le nerf facial…
Draco hurla.
Potter se pétrifia.
Mimi Geignarde cria, puis s'enfuit en quête d'aide.
Et Rogue arriva.
Le Maître des Potions agit avec rapidité et professionnalisme : d'abord s'occuper de Draco, mettre fin au sortilège de Coupure Permanente. Refermer les plaies. Une potion pour limiter l'apparition de cicatrice. Départ vers l'infirmerie.
- « Potter, restez ici ! »
Après cet ordre péremptoire, Draco n'en entendit pas plus, plongeant dans un néant de douleur et de terreur.
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Harry resta figé, choqué, couvert de sang – celui de Draco, en l'occurrence. Il y en avait partout. L'immense flaque d'eau à ses pieds était parcourue de traces rouges qui se diluaient peu à peu. Il observait l'opération, dans un état second.
Puis il se reprit. Il avait confiance en madame Pomfresh, l'infirmière – et curieusement aussi en Rogue, au moins pour s'occuper d'un de ses élèves – donc Draco n'aurait probablement pas de séquelles, et puis, il avait tenté de lui lancer un sortilège Impardonnable, non ? Et puis, il manigançait quelque chose, non ? Et puis, il lui avait cassé le nez en début d'année, non ?
Donc, il méritait son sort. Pour autant, il n'eut pas l'idée de désobéir à l'ordre de Rogue, et resta là à contempler l'eau rougie. Lorsque le professeur revint et lui demanda comment il avait eu connaissance de ce sortilège de Magie Noire (Magie Noire ? Harry buta un peu sur l'appellation, mais il avait vu les effets, et malgré l'envie, il ne pouvait pas prétendre que c'était un sortilège normal), Harry mentit, refusant de mentionner son manuel de Potions comme source d'information. Mais le Professeur de Potions exigea malgré tout de voir son manuel, aussi Harry alla-t-il le chercher – remplaçant le sien par celui de Ron : il ne voulait absolument pas que Rogue le prive de son précieux manuel grâce auquel il avait enfin des notes décentes en Potions et qui lui procurait d'innombrables occasions de narguer Hermione.
Il redoutait la punition, cependant. Il risquait l'expulsion – comme le lui expliqua Rogue, évidemment. Mais au final, il n'eut que des retenues, à accomplir tous les samedis matins jusqu'à la fin de l'année.
Dont le samedi suivant. Qui était le samedi où devait se dérouler le dernier match de Quidditch de l'année, Gryffondor contre Serpentard. Celui qui permettrait de gagner la Coupe.
La mort dans l'âme, Harry annonça son absence pour le match décisif. Il désigna Dean pour remplacer Ginny au poste de Poursuiveur, et nomma Ginny Attrapeuse à sa place. Qu'ils gagnent ou qu'ils perdent, les deux se rabibocheraient certainement – ne serait-ce qu'en réaction à sa défection.
Gryffondor gagna. Haut la main – l'absence de Draco Malfoy était un cruel handicap pour l'équipe adverse, alors qu'Harry avait veillé à assurer sa suite en la personne de Ginny. Le score était tellement large que les Gryffondors devinrent premiers sur le tableau des Maisons. Lorsqu'après sa retenue barbante, Harry revint à la Tour Gryffondor, ce fut pour trouver sa Maison en effervescence. Ginny se précipita sur lui, et ils s'embrassèrent, devant tout le monde. Harry jeta un coup d'œil à Ron : il semblait d'accord. Il observa Dean : il était tellement dépité qu'il avait brisé son verre à force de le serrer.
Mais Harry était heureux, il lui semblait avoir remporté une victoire. Sur qui, ou sur quoi, il l'ignorait, mais le sentiment perdura plusieurs jours.
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Dean était proprement atterré, navré, tandis qu'il ramassait Seamus à la petite cuillère. Au final, Ginny n'était en réalité intéressée que par Harry Potter. Tous ses autres partenaires n'avaient été que… des bouche-trous, en somme.
Seamus n'avait même pas eu le temps de se déclarer. Après leur rupture, Ginny s'était donnée corps et âme au Quidditch, et avait redoublé d'ardeur à l'entraînement lorsqu'Harry avait été puni et privé de match. Ce n'était pas pour l'équipe, ni pour le prestige de Gryffondor qu'elle se donnait à fond. C'était pour Harry. Lui montrer qu'elle existait, qu'elle était forte, qu'elle pouvait le seconder, le remplacer au besoin…
Et les autres n'existaient pas. C'était blessant de savoir que, quelle que soit la relation qu'elle aurait avec n'importe qui, il suffirait qu'Harry lui fasse un signe pour qu'elle abandonne tout et se rue sur lui. Pendant qu'ils étaient ensemble, si Harry s'était manifesté… Ginny n'aurait pas hésité une minute, n'aurait pas regardé en arrière, n'aurait même pas pensé une seconde au mal qu'elle lui aurait infligé.
Finalement, Dean était soulagé que Seamus n'ait pas eu le temps de se déclarer… Mais le voir pleurer, son visage vidé de toute expression… Seamus n'avait vraiment pas de chance. Et avec Ginny, il n'en avait plus aucune.
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Blaise Zabini était furieux. Furieux contre Rogue, contre le directeur, contre les professeurs, mais surtout, furieux contre Harry Potter.
Il avait employé un sortilège de Magie Noire dans l'enceinte de l'école, il avait failli tuer un élève, il l'avait envoyé à l'hôpital, et la seule punition qu'il recevait, en réalité, c'était… DES RETENUES ! Des retenues jusqu'à la fin de l'année, qui se terminait, eh bien, dans même pas un mois. Ce qui fait… quatre retenues, n'est-ce pas ? Ah, non, trois, en fait. C'est vraiment affreux.
Ah, oui, Potter a aussi eu droit à un sermon de la part de McGonagall. Terrible. Absolument insupportable. S'en est-il sorti vivant ?
Si au moins son équipe de Quidditch n'avait pas gagné la Coupe… Mais avec leur victoire sans appel, il apparaissait qu'un acte malveillant était récompensé par l'ensemble des professeurs et de l'école, tant que l'acte touchait un Serpentard, et était pratiqué par Harry Potter. Ç'aurait été l'inverse, nul doute que personne ne se serait contenté de quelques retenues ou d'un simple sermon.
Blaise fulminait littéralement. Surtout qu'en étant ainsi retenu à l'Infirmerie, Draco était soumis aux petites attentions de Pansy, qui se répandait en mots doux et le touchait bien plus que nécessaire. Seule consolation : ses contacts intempestifs et son réconfort culcul-la-praline semblaient déranger le blond autant que Blaise.
Blaise était hors de lui en remontant à son dortoir. Il tira rageusement les rideaux de son lit à baldaquin dans l'optique de se jeter puérilement sur le matelas et de tabasser le coussin – et sa réaction épidermique fut implacablement douchée par la vue d'un petit coffret, trônant sur son oreiller, bien en évidence et accompagné d'une enveloppe.
Autant la situation de Draco provoquait chez lui une fureur – chaude, pourrait-on dire, voire explosive – autant ce petit coffret provoqua une colère froide. Ce coffret et ces gens enfermés à l'intérieur lui rappelaient inexorablement Voldemort et la Marque Noire qui souillait le poignet de Draco. Il l'avait vue un soir, alors qu'il faisait chaud dans la salle commune, et que Draco avait négligemment relevé les manches de son chemisier. Nott s'était placé entre eux juste à ce moment-là, mais il l'avait vue.
La Marque Noire. Sur le poignet blanc. N'oublie pas qui est le véritable ennemi.
Et cette angoisse, cette incertitude et cette terreur qui minaient constamment le blond, c'était horrible de le voir s'arrêter de bouger, s'interrompre au milieu d'une phrase, reprendre sur un autre sujet.
C'est pourquoi Blaise prit le coffret avec détermination, et se rendit à la volière.
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Millicent recula dans l'ombre, observant Blaise descendre les escaliers du dortoir des garçons et quitter la Maison Serpentard, et hocha légèrement la tête, satisfaite.
Elle avait chargé son elfe Kirin de sélectionner les gens à faire sortir du… Garde-Manger, et avait demandé à un elfe de Poudlard de lui remettre en mains propres sa Malle-Trois-Fonds – ça n'aurait pas été judicieux de la lui envoyer par hibou, ses parents l'auraient interceptée. Mais un elfe, ça passe partout.
Et apparemment, Blaise se chargeait de faire sortir les gens, là-bas, dans son pays.
C'est bien.
Elle retourna à son dortoir, et alla se coucher. Sans se rendre compte que cette organisation comportait de grands risques.
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Draco sortit de l'Infirmerie après une dernière application de baume de Deirdre sur son visage. Il n'y avait pas beaucoup de baume à Poudlard, aussi ne l'utilisait-on que pour des cas graves. En l'occurrence, madame Pomfresh en posa sur le visage, mais ne l'utilisa pas pour effacer la longue ligne cicatricielle sur son torse.
Enfin. Au moins, le visage était épargné.
L'angoisse et les doutes s'étaient tus, seule restait la colère. Sa rencontre avec Potter dans les toilettes avait balayé une bonne partie de ses scrupules.
Et surtout, il avait maintenant les mains libres. L'incident avec Potter avait définitivement discrédité ce dernier – du moins en ce qui concernait son attitude envers lui.
Draco avait trouvé l'Armoire, dans l'extraordinaire Salle sur Demande. Il ne s'était pas trompé, c'était bien la même que celle se trouvant chez Barjow et Beurk… Elles avaient été reliées, en leur temps, mais le sortilège s'était estompé. Draco avait étudié d'arrache-pied, pour retrouver le bon ensorcellement, il l'avait testé, et maintenant, il était sûr de lui.
Il avait longtemps hésité à aller jusqu'au bout de son plan : restaurer le transport via Armoires, permettre à quelques Mangemorts d'entrer dans Poudlard, et profiter du chaos pour remplir sa mission. Mais la fin de l'année était proche désormais, et il n'était plus question de tergiverser.
Il y aurait probablement des dégâts. Des blessés. Ou des morts. Et lui n'était même pas sûr de pouvoir… tuer… tuer Dumbledore. Il ignorait s'il en serait capable.
Et après ?
Après : rien, probablement. La fuite, l'exil, Azkaban. Ou la mort s'il échouait, et celle de ses parents.
Mais voilà. Potter lui avait démontré qu'il était impitoyable, et qu'il le considérait et le considérerait toujours comme un ennemi – pas de salut de ce côté-là, si tant est qu'il y ait eu un jour une possibilité.
Et puis, Zabini avait raison : si les rôles, dans les toilettes, avaient été inversés, les punitions n'auraient certainement pas été les mêmes. Il y avait vraiment deux poids, deux mesures, songea Draco – en oubliant sereinement que lui et sa famille avaient longtemps été du côté des favorisés…
De toute façon, il n'avait pas le choix. Aussi, ce soir-là, Draco se dirigea vers la Salle sur Demande, laissa ses deux gardes du corps à l'entrée, puis pénétra dans le capharnaüm qui servait d'entrepôt pour toutes les babioles, meubles et objets cassés de Poudlard. Il trouva l'Armoire et l'observa un long moment.
Il l'avait restaurée. Il l'avait réparée. Il avait les sortilèges en tête, les mouvements, les mots. L'Armoire correspondante, chez Barjow et Beurk, était prête, il n'avait plus qu'à les coordonner.
Ensuite, il n'aurait plus qu'à envoyer une lettre à sa mère, qui la transmettrait à Vol… au Seigneur des Ténèbres, et puis…
Sectumsempra.
En tête, l'expression furieuse, le regard vert flamboyant, et le maléfice craché par Harry Potter. En mémoire, l'immense douleur et la terreur de sentir cette balafre s'étendre sans cesse sur tout son corps – et le souvenir du Crucio de Voldemort pour sanctionner ses échecs. Ce soir-là, Draco lança les derniers sortilèges de remise en état sur l'Armoire.
Il y aura des morts. Ce sera le chaos. La fin – pas la fin du monde, non, bien sûr – mais la fin de l'innocence, pour beaucoup. Draco lança le pire sortilège non magique qui existe sur cette Terre :
Alea jacta est.
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Harry sortit de sa retenue avec Severus Rogue – encore une matinée à voir et revoir les exactions commises par les Maraudeurs, à les classer, les réécrire lorsque l'encre s'estompait sous l'effet du temps et des frottements. C'était humiliant, car Rogue se complaisait à ne lui montrer que les mauvais côtés des Maraudeurs – et de son père en particulier, évidemment. Mais ces documents étaient précieux à Harry, paradoxalement : il y avait une trace de son père, une trace écrite de son existence. C'était autre chose que les témoignages – de gens qui n'étaient peut-être pas toujours impartiaux, estimait Harry à la lecture des « exploits » de son illustre père…
Alors qu'il quittait les donjons, il faillit heurter un professeur qui semblait figé au milieu du couloir.
Ce n'était pas un professeur, cependant, c'était le directeur Albus Dumbledore. Celui-ci se tourna vers Harry avant qu'ils ne se cognent, et Harry eut un mouvement de recul. Il n'y avait plus d'étincelles dans le regard bleu au-dessus des lunettes en demi-lune. Sa main gantée meurtrie et décharnée pendait sur le côté.
- « Harry, mon garçon. J'ai retrouvé la trace d'un des…
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Dans la Grande Salle de Poudlard, un brouhaha régna lorsque le souvenir de Potter fut brutalement interrompu et remplacé par une des autres vignettes périphériques. Les gens s'entre-regardèrent pendant que défilait un souvenir peu intéressant en comparaison : Ron Weasley se séparait d'une blonde appelée Lavande Brown, et se rapprochait timidiment d'Hermione Granger.
Ce souvernir fut à son tour chassé par ceux de Potter – comme s'il n'y avait pas eu d'interruption. Albus Dumbledore et le jeune sorcier étaient à nouveau dans les couloirs de Poudlard.
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- « … Je m'apprête à aller le récupérer, » disait Dumbledore.
- « Je viens avec vous ! »
Albus jeta à Harry un regard sérieux par-dessus ses lunettes.
- « Harry… »
- « Je viens avec vous, » répéta Harry d'un ton sans appel.
- « … Je vais y mettre une condition, Harry. Il faudra obéir à tous les ordres que je te donnerai. Sans discuter, sans hésiter. Si je te demande de partir, il faudra partir, si je te demande de me blesser, il faudra me blesser… Est-ce clair, Harry ? »
Harry écarquilla les yeux.
- « Je… »
- « C'est la seule condition, et si tu ne l'acceptes pas, alors j'irai seul. »
Harry se renfrogna et son expression se durcit.
- « J'accepte. »
- « Bien, alors allons-y. Mais avant, je dois avertir nos amis de l'Ordre du Phénix. Je ne souhaite pas laisser le château sans défense pendant mon absence. »
- « … Oh. Alors je vais aussi prévenir l'Armée… »
- « … de Dumbledore, » fit le vieil homme, son regard à nouveau pétillant, mais avec un sourire un peu navré. « C'est un drôle d'honneur, mon garçon. »
Tous deux se rejoignirent quelques minutes plus tard et sortirent de Poudlard. Ils se rendirent à Pré-au-Lard et trouvèrent un point à l'abri des regards de la foule peu nombreuse en ce samedi pluvieux de début Juin. Là, Dumbledore posa sa main valide sur l'épaule d'Harry, et les fit transplaner…
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Draco se rendit à la volière, un petit morceau de parchemin décisif plié et soigneusement rangé dans la poche de son pantalon de toile. C'était le soir, mais la nuit ne tomberait pas avant plusieurs heures. Il entra dans la haute volière et fut accueilli par d'innombrables paires d'yeux jaunes et oranges, qui se dardèrent sur lui dans un silence absolu.
Draco déglutit et sortit le parchemin, les mains tremblantes, en proie à une dernière hésitation.
- « Démétrius ? » appela-t-il doucement. « Démi ? »
Une forme gigantesque se détacha dans la pénombre, et tomba sur lui, des serres acérées agrippèrent son gant de protection, des yeux oranges se posèrent sur lui. Draco soutint difficilement le regard flamboyant du Grand-Duc, mais se reprit et lui intima l'ordre de lui présenter une patte. Le hibou obéit, et Draco y attacha le petit papier. Un papier qui était adressé à sa mère, et qu'elle devrait remettre à leur Maître.
Seigneur,
J'ai trouvé un moyen d'infiltrer quelques Mangemorts à Poudlard. Il existe un couple d'Armoires liées magiquement entre elles, j'ai retrouvé l'une d'elles à Poudlard et l'ai remise en état.
Aujourd'hui, j'ai enfin rétabli sa connexion avec son double, qui se trouve dans la boutique de Barjow et Beurk, sur l'Allée des Embrumes.
Je sais que je vous ai déçu à de nombreuses reprises, mais le directeur est très protégé. Si vous vouliez bien m'accorder la faveur d'envoyer quelques Mangemorts, je pourrais profiter de cette diversion pour accomplir ma mission.
Pour votre service.
Draco Malfoy.
Démétrius, chargé de la missive, s'envola et disparut dans les nuages gris, et, anxieux, Draco quitta la volière. Alors qu'il descendait le grand escalier, un mouvement sur le chemin caillouteux en contrebas attira son attention. Draco s'accroupit, caché par les dentelles de pierres composant la rambarde, et avisa deux formes. Tandis que les deux individus descendaient le chemin menant à Pré-au-Lard, le soleil déclinant transperça brièvement les nuages. Ses rais se reflétèrent sur les lunettes en demi-lune du directeur Albus Dumbledore, et sur celles, rondes, d'Harry Potter.
Un pli amer déforma les traits aristocratiques du blond. Ainsi, même un élève qui en massacrait littéralement un autre conservait les faveurs du directeur – du moment que le coupable est un Gryffondor et qu'il s'appelle Harry Potter…
- « Amusez-vous, bien, messieurs… Tant que ça dure ! »
Draco attendit que les deux sorciers passent les grilles du domaine, avant de reprendre sa descente et de retourner à sa chambre de Préfet de Serpentard.
NOTE DE L'AUTEUR
Remarques diverses et variées :
Alea jacta est = « le sort en est jeté » : en 49 avant J.C., Jules César est proconsul de la Gaule et représente une menace pour Pompée et le Sénat romain. De retour de la Guerre des Gaule, le Sénat, sous l'emprise de Pompée, lui refuse le statut de Consul, le déclare hors-la-loi, et, histoire d'en rajouter une couche mystique, déclare sacrilège toute personne qui franchira le fleuve Rubicon (frontière entre l'Italie et la Gaule à l'époque) avec des armes. Jules César décide de marcher sur Rome et de renverser Pompée et le Sénat avec ses troupes aguerries par la Guerre des Gaules. Arrivé devant le Rubicon, il hésite, puis, selon certaines sources, il aurait vu un signe miraculeux qui précipita sa décision. Il prononce alors cette phrase célèbre, et marche sur Rome. La suite ? Guerre civile, renversement de la République romaine, César est nommé dictateur (oui, oui, par le peuple reconnaissant… et ce n'est pas une blague), les luttes se poursuivent jusqu'à la victoire sur toutes les forces républicaines (oui, oui) et son fils adoptif Octave entérinera la transition : on passe de la République à l'Empire… Tout ça parce que Jules César a franchi le Rubicon (et là, j'avoue : il y avait une blague dans Astérix en Hispanie que je n'avais jamais comprise jusqu'à ce que je me renseigne un peu mieux sur cette anecdote historique).
Voilà, c'était la minute d'histoire. Ah, je profite de cette note pour un petit WARNING : on entre maintenant dans la partie de l'histoire qui justifie son classement en Drama.
Merci à tous pour vos reviews, et j'espère que ce chapitre vous a plu !
Et ci-dessous les réponses à quelques reviews – mais pas à toutes…
Réponses aux reviews :
Dea Artio : aaaargh, tu tiens à tes Poufsouffles, hein ! Mais il y a déjà tellement de personnages à suivre ! Tu veux ma mort. Sérieusement, je ne pourrais pas les explorer comme je le fais pour les membres du Clan, je pourrais juste les mentionner en passant… Je vais voir ça. Bonne lecture.
hathor2 : Mmh, ce sont de bonnes idées, de quoi réfléchir, mais je crains que ça fasse trop vignette (c'est déjà le cas, tu me diras…) J'avais prévu autre chose pour la fête de mariage, cependant… Mais je garde ça en tête. Bonne lecture et merci pour ta review !
Noooo Aime : « Hmmmmm et Viktor ... Va t il avoir des soucis avec son problème de tricherie élémentale ? » : eh bien, pas seulement… Bonne lecture et à bientôt !
CutieSunshine : eh bien, Ginny ne faisant pas partie du Clan, non, on ne verra pas les choses de son point de vue – et par conséquent, son personnage ne sera pas exploité en profondeur. Mais on la verra forcément un peu puisqu'elle participe à l'histoire, quand même.
La Beuglante qu'a reçue Ron, je n'ai pas déterminé précisément de qui elle venait, mais bah, elle pourrait bien provenir de sa vieille tante Muriel ? Pourquoi pas. Merci pour ta review et bonne lecture.
Ashtana3 : je t'avoue que faire le tri entre les souvenirs à placer – et de quel point de vue – n'est pas facile. Les souvenirs du Trio me posent problème ! En effet, tout le monde connaît leur histoire, donc si je les décris, ben, déjà ce sera forcément moins bien que ce qu'a fait Mme Rowling, et d'autre part, ce sera redondant et lassant pour les lecteurs. Mais si je fais l'impasse dessus, ben les Serpentards du Clan, qui ne savent pas ce qui leur est arrivé, ne connaîtront pas réellement leurs compagnons – ce qui enlèverait à ce Jugement tout son intérêt… Donc, je vais jongler un peu… Enfin ! Merci pour ta review et ton enthousiasme pour mon roman, j'espère te donner bientôt satisfaction !
Loursa : Aaaaaaaaaaah maiiiiiiiiis… Oui. Il y a effectivement une incohérence. Aïe aïe aïe… Et puis là, je ne saurais pas comment m'en dépêtrer… Ai-je le droit de faire comme si je n'avais rien vu ? Bon, je vais lâchement prendre ton interprétation (même si, aaah, c'est dommage) mais bon, on va dire que la magie de Talos empêche les retransmissions modernes. Et que le Jugement ne sera relaté que par la presse écrite (qui elle, aura été soumise aux Oubliettes…) Rah. Ça m'embête, quand même, parce que l'intérêt de ce Jugement, c'était son côté imagé… Et en même temps, non, tu as raison. Vu que ceux qui assistent au Jugement « ressentent » les émotions des personnes jugées, ce serait injuste que les spectateurs de la télé soient épargnés juste parce qu'ils ne sont pas dans la salle… Donc je garde ton interprétation avec soulagement ! Merci pour ta remarque et j'espère que tes partiels se sont bien passés. Bonne lecture !
