Métamorphose

Chapitre 7 : Elizabeth Swann

« La vie n'est pas si simple. Ce séjour en Angleterre aurait dû nous rendre heureux et pérenniser notre amour. Et au lieu de ça, d'étranges événements fantastiques ont tout bouleversé. J'ai maintenant l'habitude du fantastique - grâce, si je puis dire, à Barbossa. Mais la transformation en un être étranger de mon compagnon me déplait horriblement. Pourquoi me fait-il ça ? »

Telles auraient été les pensées d'Elizabeth Swann si son cerveau n'avait été embrumé, et si sa mémoire ne lui avait fait défaut.

Elle sentait quand même que quelque chose ne tournait pas rond. Elle était préoccupait, et elle ne savait pas pourquoi et par quoi. Tant de soucis se pressaient dans son crâne qu'elle se demandait pourquoi n'avait-il pas encore explosé.

Les gens-aux-oreilles-pointues qui s'occupaient d'elle étaient très gentils, et ils possédaient une merveilleuse voix qu'elle appréciait beaucoup même si elle ne les comprenait pas. Ils chantaient de belles chansons, et toute préoccupation disparaissait alors du cœur d'Elizabeth.

Une noble dame aux cheveux blonds et avec une magnifique robe blanche s'était présentée à son chevet comme « Galadriel ». Elle avait l'air très gentil, changeant ses draps et la nourrissant de gaufrettes au goût inimitable.

Elizabeth commençait à se sentir vraiment bien ici. On la chérissait, elle essayait de se convaincre que Will la rejoindrait, elle n'avait plus envie de retourner à Port Royal. Pourtant, quand dans la nuit elle se réveillait de terribles rêves et qu'elle criait à s'en exploser la tête, elle voulait juste tout oublier. Quelque chose lui rappelait désagréablement une personne dont elle n'arrivait pas à se souvenir, mais qui flottait à la lisière de sa conscience.

Dans ces moments affreux, elle regrettait de n'avoir pas épousé le Commodore Norrington au lieu de … qui déjà ? Sa tête lui faisait mal, et ses belles boucles lui pesaient lourd comme si elles avaient toutes eu un poids de plusieurs tonnes accroché au bout.

Oui, elle regrettait de n'avoir pas accepté la demande de James Norrington. Il n'était pas spécialement beau, mis à part ses yeux verts, il était un peu trop âgé et en public était si parfait qu'il en devenait … ridicule. Mais sinon il était très attentionné, toujours prêt à la servir, et puis il l'aimait.

Le problème, c'était que cet amour n'était pas partagé. Elle aurait été la femme du Commodore, poste reconnu. Si ça n'avait été qu'un mariage de convenance, tout se serait très bien passé, et il n'y aurait pas eu ce problème avec Will.

Will… l'évocation de ce prénom lui donnait de nouveau une migraine insoutenable. Voilà la personne invisible, celle qui flottait, insaisissable, dans sa mémoire. Elle regrettait maintenant de s'être souvenue. Tant de regrets !

Les Elfes – c'était comme ça qu'il les appelait – accoururent autour d'elle, munis de linges frais à poser sur son front fiévreux. Ils semblaient parler, et leurs beaux visages étaient inquiets, mais elle ne les entendait pas. Elle avait crié, ils venaient quand ils l'entendaient, mais elle ne l'avait pas remarqué. La douleur s'étendait à son corps entier, fluctuait, puis se résorbait avant de revenir en une nouvelle vague encore plus dévastatrice.

Le sommeil était noir, comme la nuit, et au moins elle ne sentait plus rien, ne pouvait plus avoir mal.

Plus tard, beaucoup plus tard, Elizabeth se réveilla. Tout était flou autour d'elle, et elle s'amusait à essayer de tendre le bras pour atteindre les deux vases de fleurs qui flottaient dans son champ de vision.

Puis le nom de William Turner revint, sans la douleur cette fois. Elle s'astreignit à rester calme, ne pas céder à l'angoisse qui menaçait de l'étouffer. Elle inspira longuement, et pour la première fois depuis une semaine ses idées s'organisèrent clairement dans son esprit, la mémoire lui revint et elle put réfléchir à son cas sans cet agaçant voile qui les empêchait d'être nettes.

William s'était transformé et il ne l'aimait plus. Une vérité dont elle était sûre. Enfin, elle en était sûre mais ce n'était pas une vérité. Pourquoi donc n'était-ce pas une vérité ?

Elizabeth commençait à douter d'elle-même. Ce … Legolas avait tenté de lui dire quelque chose. Il parlait sa langue.

Comment avait-elle pu passer à côté de tous ces signes ? Si seulement elle n'avait pas été aussi idiote, le repoussant alors qu'il aurait pu l'aider, le seul ici qui parler sa langue. Elle ne savait ce qu'il était devenu, mais elle l'avait vu emmené brutalement par les Elfes aux yeux brillants. Peut-être avait-il été condamné, à cause d'elle, et les remords lui pesèrent soudain dans sa poitrine. Condamner un être cher était un acte horrible, surtout si on avait pu l'éviter. Et elle aurait facilement pu l'éviter.

Elle se sentait lasse, comme si elle avait été une personne âgée courbée par le poids des ans. Son étrange maladie qui la faisait délirer, fiévreuse, s'était estompée, mais elle sentait encore son fantôme, prêt à tout moment à jaillir pour la faire souffrir.

William lui manquait horriblement, comme jamais personne ne lui avait manqué. Elle avait toujours été choyée, aimée, et elle pensait innocemment que tout le monde était privilégié, comme elle. En répandant le mal dans le cœur de son fiancé, elle se rendait compte que la méchanceté était partout présente, y compris dans les gens « normaux ».

Une question la faisait réfléchir : elle aimait Will, bien sûr, mais était-elle certaine d'aimer le nouvel être qu'il était devenu ? Il aurait fallu le rencontrer, et elle ne pouvait communiquer avec personne ici. Ils parlaient tous des langues inconnues, dont la très jolie aux sonorités variées.

Plus tard, beaucoup plus tard, peut-être plusieurs jours après, les Elfes revinrent, souriants. Ils lui tendirent la main, et Elizabeth comprit qu'il lui fallait se lever. Elle avait déjà marché, mais ils semblaient maintenant la convier pour une longue promenade. Elle accepta donc de bonne grâce de découvrir l'autre côté des murs de la pièce où elle était allongée depuis si longtemps.

La porte de sa chambre donnait sur un palier, et un escalier en partait et descendait en spirale le long du tronc d'un arbre gigantesque. Une atmosphère champêtre s'étendait au-dehors, et Elizabeth pouvait entendre les oiseaux gazouiller comme dans les contes.

L'escalier était raide et la jeune femme dut s'arrêter plusieurs fois pour s'agripper à la rambarde de fer forgé, prise de vertige. Mais la vue en valait la peine : des centaines de maisons étaient suspendues dans les arbres, parfois reliées par de minces ponts de cordes. La voûte de feuilles laissait passer les rayons dorés du soleil de l'après-midi. Des Elfes marchaient, et tous possédaient la même prestance naturelle.

Lorsqu'elle fut parvenue au bas de l'escalier Elizabeth choisit le chemin qui partait à gauche. Elle se promenait d'un pas rapide pourtant les Elfes qui l'accompagnaient ne semblait pas progresser à la même allure qu'elle. C'était comme s'ils se mouvaient au ralenti. Au bout d'un moment ils s'esquivèrent silencieusement, laissant apparemment Elizabeth seule mais elle savait qu'il y avait plus d'une paire d'yeux cachés pour la regarder.

Sur un banc un Nain aiguisait sa hache. Il avait une épaisse barbe rousse et son casque de fer était posé à côté de lui. Il la salua dans une langue qu'elle ne connaissait pas et elle continua son chemin.

Sous un hêtre aux dimensions plus modestes se tenait un homme, le premier qu'elle rencontrait depuis Will lorsqu'ils étaient en Angleterre. Il avait des cheveux bruns et des yeux bleus. Lorsqu'Elizabeth passa devant lui il sembla la reconnaître et l'invita à venir d'un geste de la main.

Il pointa la jeune femme du doigt et dit « Elizabeth ». Cette dernière fut un peu étonnée qu'il connaisse son prénom, mais de toute façon elle n'eut pas le loisir de penser autre chose parce que l'homme, de la même façon, lui apprit qu'il se nommait Aragorn.

Elizabeth fut alors prise d'un vertige. Le monde se retourna devant ses yeux et elle se sentit tomber. Aragorn la retint et il posa sur elle un magnifique regard saphir, comme celui de Legolas. Il paraissait inquiet. Elizabeth voulut parler, mais ses muscles ne répondaient plus. Aragorn la porta dans ses bras comme un petit enfant qu'on berce, et la ramena dans sa chambre alors qu'elle perdait conscience.