CHAPITRE VINGT
Il était là, drapé dans ses vêtements de nuit, robes souples se déployant sous l'effet d'un souffle d'air inexistant. Draco se surprit à imaginer qu'elles étaient en réalité mues par un trop-plein de pouvoirs, qui se déchargeaient ainsi et roulaient par-dessus les têtes des Mangemorts agenouillés.
Il avait ressassé, sur le chemin jusqu'au Manoir, le rapport qu'il allait faire devant son Maître, trouvé toutes les astuces verbales pour se montrer sous son meilleur jour. Mais là, devant le Seigneur des Ténèbres, ses pensées s'effilochaient dans une brume de terreur. Ses efforts et ses succès lui parurent vains tandis que ses lacunes et ses erreurs lui sautaient à la figure.
Il avait pris la Marque, il avait été chargé de tuer le directeur Albus Dumbledore. Il avait accepté, avec cet espoir ridicule de retrouver le respect, l'admiration, voire la crainte des autres Mangemorts… Et il avait échoué. Certes, il avait trouvé le moyen de faire entrer des Mangemorts à Poudlard, ce qui serait déjà un rude coup au camp des « gentils », et Dumbledore était mort, ce qui était également une victoire en soi, mais… mais il n'était pas mort de sa main, et cela, le Seigneur des Ténèbres ne le lui pardonnerait pas.
Il n'avait pas réussi à blesser Potter dans les toilettes – Merlin sait qu'il le voulait pourtant – et il s'était montré incapable de tuer ce fou de Dumbledore… Et maintenant ? Il n'était pas un meurtrier, mais il était Mangemort, n'était-ce pas la plus ridicule des combinaisons possibles ? Les conséquences de son échec le terrifiaient.
Devant le Seigneur des Ténèbres, pas d'échappatoire, pas de faux-semblant. Merlin merci, le professeur Rogue fit son rapport en premier. Oh, il tenta bien de montrer les évènements sous un jour favorable à Draco, insistant sur l'intelligence du procédé choisi pour leur donner l'accès à Poudlard… Mais le Seigneur des Ténèbres n'était pas dupe, il leva une main, interrompant Rogue, et se tourna vers Draco qui déglutit.
- « … Ingénieux. Si j'en crois Severus. Très bien pensé, mon jeune ami… »
Draco n'osa pas faire un mouvement, et toute son éducation de Malfoy et de Serpentard vint à son aide pour maintenir une expression de marbre.
- « … Mais… Eh bien… Un Mangemort incapable de tuer, jeune Draco ? Une mission remplie… qu'à moitié ? Certes, Dumbledore est mort, et nos ennemis ont eu un joli aperçu de ce dont nous sommes capables, mais… Mmh… Je ne suis qu'à moitié satisfait… »
Ne bouge pas. Ne dis rien. Ne laisse pas transparaître tes émotions. Draco, agenouillé, attendit la sentence. Le Seigneur des Ténèbres le fixait de ses yeux rouges, se tapota le menton du bout de sa baguette, nonchalamment, puis sembla prendre une décision.
- « Ma foi… » reprit-il d'une voix douce, « pour ces efforts couronnés d'un demi-succès, je pense que je vais vous récompenser, jeune Malfoy. Nous allons faire sortir notre cher Lucius d'Azkaban… »
Draco tressaillit, mais se retint in extremis de relever les yeux. Son père ? Libérer son père ? Avoir de nouveau Lucius Malfoy au Manoir ? Le faire sortir de cette abjecte prison ? C'était inespéré ! C'était…
- « Car pour ce qui suit, je vais avoir besoin de tous mes fidèles Mangemorts, et Lucius, bien que maladroit, m'est fidèle… Quant à vous, mon jeune ami… Nous allons faire le nécessaire pour vous endurcir… Après tout, le statut de Mangemort exige certaines compétences, non ? » termina-t'il joyeusement, tandis que son familier Nagini sifflait son approbation.
Draco ne comprit pas tout de suite ce que ça impliquait.
Il le comprit bien vite, ceci dit.
Dès le lendemain, Bellatrix était venue le chercher. L'avait emmené dans les sous-sols du Manoir. Et là, Draco eut la confirmation de ce dont il se doutait depuis des mois : c'était là l'antichambre de l'Enfer, il s'y pratiquait les plus ignobles tortures – sur des Nés-Moldus, sur des Sang-Mêlés, et les pires étaient réservées aux traîtres.
Il savait que ça se produisait, mais il ne les avait jamais vues de ses propres yeux – et n'y avait jamais participé de ses propres mains, alors il lui avait été facile de les nier. Facile de les ignorer.
Mais là, il était en face des prisonniers, et Bellatrix lui disait gentiment de bien regarder les tortionnaires et leurs techniques – parce que, bientôt, ce serait à lui d'exercer.
oOo
- « Dean ! Deaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan ! »
La voix angoissée et catastrophée de sa mère tira Dean de sa grasse matinée, il se leva en sursaut, et, baguette à la main, sortit de sa chambre pour rejoindre sa mère dans la cuisine-salon. Là, il comprit le problème en un instant…
Et éclata de rire.
Sa mère se battait avec un hibou, qui tentait désespérément de lui remettre le journal.
- « Tu trouves ça drôle ? Débarrasse moi de cette… cette chose ! »
- « C'est bon, M'man, c'est bon, calme-toi... »
Dean s'approcha du hibou, détacha ses serres des vêtements de sa mère – elle avait dû se débattre follement pour qu'elles soient si emberlificotées. Il prit la Gazette, déposa quelques noises dans la pochette et laissa le hibou s'envoler. Celui-ci décrivit un cercle autour de la tête de madame Thomas, poussant un hululement strident et indigné tout en évitant les mouvements désordonnés de la pauvre Moldue, puis sortit par la fenêtre ouverte.
Dean fit semblant de ne rien voir, prit le journal et fit mine de le lire nonchalamment, mais sa mère n'était pas dupe.
- « Qu'est-ce que ça veut dire, tout ça, Dean ? » fit-elle, les mains sur les hanches, le pied battant la mesure sur le carrelage.
- « Mmh ? Oh, ce n'est rien… Je me suis abonné au journal de la communauté sorcière. »
- « Le journal. »
- « Le journal. »
- « De ta… communauté… »
- « Oui. »
- « Et il est toujours livré par ces bestioles ? »
- « Euh… Oui. Ce n'est qu'un hibou… »
- « Tous-les-jours ? Il-sera-livré-tous-les-jours-par-un-hibou ? Dean ? »
Caché derrière le journal, Dean grimaça.
- « Eh bien… oui ? J'aurais peut-être dû te prévenir... »
Dean baissa le journal un tantinet, et il grimaça de plus belle en voyant l'expression de sa mère, les gros yeux qu'elle lui lançait, les narines frémissantes. Puis elle souffla bruyamment.
- « Et ils ne pourraient pas l'envoyer normalement, non ? Par la Poste, avec des timbres et des facteurs ? Ils savent ce que c'est, un facteur, non ? Tss, c'est à cause d'eux que les facteurs n'ont plus de travail ! Bon. Et pourquoi tu t'es abonné, d'abord ? »
Dean qui avait souri et levé les yeux au ciel aux récriminations de sa mère, redevint sérieux.
- « Je t'ai dit que le directeur de mon école a été tué, non ? »
- « Oui, tu me l'as dit et répété. »
- « Eh bien, je pense que sa mort va… Ah. Comment dire ? C'est comme une digue qui se rompt : l'eau va envahir la baie… Eh bien, là, c'est pareil, maintenant que le « Grand Gentil » est mort, les « Méchants » vont s'éclater… »
- « … Oh. Et qu'est-ce qu'il dit, ton journal ? »
Dean soupira et ouvrit finalement la Gazette du Sorcier pour en examiner les grands titres…
EVASION A AZKABAN ! Plusieurs détenus, principalement Mangemorts et affiliés, sont introuvables.
Dean fixa sa mère un long moment, et celle-ci lui dit :
- « Alors, ça recommence, hein ? »
oOo
Hermione jeta un coup d'œil à Ron, qui semblait s'être fait un devoir d'accompagner Harry en permanence. Il mijote quelque chose, c'est sûr, c'est marqué sur sa figure – lui avait-il dit. Et Hermione devait admettre que le brun était particulièrement sombre. Ron, à travers la petite foule rassemblée pour le mariage de Bill et Fleur, lui rendit un regard inquiet.
Ils avaient assisté aux funérailles du directeur Albus Dumbledore, et écouté l'hommage que le ministre Rufus Scrimgeour lui avait rendu. Puis, au Terrier, le ministre était venu les voir pour leur donner les objets que le directeur leur avait légués. Elle avait lu les contes de Beedle le Barde avec attention – du moins autant d'attention que le lui permettait le voile de larmes qui était régulièrement venu brouiller sa vue. Elle n'y avait rien trouvé d'autre que des contes pour enfants. Elle était un peu jalouse du Déluminateur que Ron avait reçu. Même le Vif d'Or légué à Harry semblait être plus utile – et au moins revêtir une valeur sentimentale : c'était son premier Vif d'Or, après tout…
Elle avait rangé le livre dans son précieux petit sac en perles, reconnaissant tout de même que ce recueil devait malgré tout avoir une certaine valeur. Après tout, c'était un exemplaire original, écrit en runes anciennes. Et elle ne pouvait se défaire de l'idée que si Dumbledore avait veillé à le lui transmettre, c'est qu'il avait une grande importance. Mais ce n'était pas le moment d'élucubrer, aussi Hermione se concentra-t-elle sur le mariage, ou plutôt sur la fête qui suivait la cérémonie.
Une drôle d'ambiance régnait au Terrier, décoré de fleurs et de banderoles blanches pour l'occasion. Tous les invités avaient assisté à l'enterrement de Dumbledore, et l'appréhension de ce qui pouvait ou allait maintenant se produire dans le monde sorcier douchait l'enthousiasme et la joie de ce mariage. Molly Weasley avait eu beau se surpasser en cuisine, en décoration, en musique et en esprit de fête, les gens ne dansaient pas, ne s'amusaient pas.
Pire. Hermione s'aperçut que la présence d'Harry rendait les gens nerveux. Elle le vit discuter un moment avec la tante Muriel, puis avec un autre sorcier. Un regard de désespoir absolu de Ron l'incita à les rejoindre finalement.
Un éclat de voix attira son attention : le ton montait entre deux convives, et lorsqu'elle jeta un œil en direction de l'altercation, elle fut surprise d'en reconnaître les deux protagonistes : Xenophilius Lovegood – qu'elle n'aurait jamais cru capable de se disputer avec qui que ce soit – et Viktor !?
Intriguée, elle s'approcha du duo, Ron et Harry faisaient de même. Tandis que Ron et Harry discutaient avec monsieur Lovegood, Hermione réussit à attirer Viktor à part et, en lui parlant le plus doucement possible, parvint finalement à le calmer.
- « Son pendentif ! C'est l'insigne de Grrindelwald ! Ce monstrre qui a mis tout l'est de l'Eurrope à feu et à sang, mon prroprre grrand-pèrre est morrt en le combattant, lui et ses adeptes ! Dans mon pays, il serrait arrrêté pour oser le porrter ! » consentit-il à lui expliquer finalement.
- « Mais… Peut-être qu'il a une autre signification à ses yeux ? Tu sais, monsieur Lovegood est réputé pour être quelqu'un de… fantasque… »
- « Ce n'est pas une rraison pour arrborrer ce… cette breloque ! Est-ce que les gens se prromènent avec la crroix gammée ? »
- « Non, bien sûr, mais… Tu sais que la croix gammée n'a pas la même signification pour les bouddhistes et hindouistes… »
- « … Oui, bien sûr, mais nous ne sommes pas en Asie… Enfin. De toute façon, je ne vais pas faire un esclandrre, non plus… »
Hermione soupira de soulagement, tandis que Viktor évacuait sa colère en un long souffle contrôlé. Puis elle avisa le regard que Viktor lui lança, la balayant de haut en bas avec un léger sourire charmeur.
- « Tu es trrès belle, Herrmione, cette rrrobe te va trrès bien… »
La brunette, qui sentait le fard monter, trouva vite un prétexte pour s'éclipser, reconnaissante de la diversion que lui offrit Harry en venant lui aussi discuter avec Viktor.
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Ces derniers mois, Gabrielle était passée par tous les stades émotionnels : du désespoir le plus profond à la jubilation la plus intense, à l'idée que sa sœur se mariait. Fleur avait quitté le foyer familial depuis un an déjà, elle travaillait pour Gringotts, et vivait avec Bill Weasley, mais ce mariage, qui devait concrétiser la situation, désespérait Gabrielle – tout en la ravissant littéralement.
Son enthousiasme n'avait pas été entamé par la mort du directeur Dumbledore – parce qu'elle le connaissait peu, et le seul aspect qu'elle en avait vu de lui, c'était lors du Tournoi des Trois Sorciers, lorsqu'il était venu la « kidnapper » pour la remettre aux sirènes… Autant dire qu'elle n'appréciait pas forcément cet homme… En revanche, elle avait eu un sacré choc à la vue du fiancé de Fleur.
Bill était… Il avait… Ben… Cette cicatrice, c'était… Sur sa joue, en plus…
Ah, il n'y avait rien à faire. Bill Weasley avait participé à la bataille de la Tour d'Astronomie, et avait été défiguré par le loup-garou Fenrir. Gabrielle en était désolée pour lui, mais elle craignait pour la sécurité de sa sœur avant tout. Ses parents avaient dû la rassurer en lui expliquant que même si la blessure avait été provoquée par un loup-garou, ça ne voulait pas dire que Bill allait en devenir un. Et puis, si Fleur ne comptait pas laisser ce détail se mettre en travers de sa vie amoureuse, alors elle aussi, elle en ferait fi !
Bon. Les invités ne semblaient pas particulièrement effrayés. Inquiets, certes, mais pas à cause de Bill Weasley. Et Fleur était radieuse dans sa robe blanche, avec cette magnifique tiare – on aurait dit une vraie princesse. Tout comme une partie des cousines à demi-vélanes, Gabrielle était demoiselle d'honneur, fière de sa robe blanche et or. Du côté de Bill, seule Ginny Weasley portait elle aussi la tenue blanche et or. Mais la rouquine, même si elle était ravie pour son frère aîné, semblait avoir l'esprit ailleurs – et son regard en particulier ne cessait de dériver vers un certain invité – à savoir Harry Potter.
Gabrielle se prit à observer le brun, elle aussi. Et après l'avoir vu discuter avec tout un tas de gens, avec toujours Ron sur les talons, elle s'aperçut que le garçon ne souriait quasiment jamais. Dès qu'on se focalisait sur lui, en fait, on comprenait qu'il n'y avait rien de drôle ni de réjouissant dans la situation actuelle – pire : que se complaire dans l'amusement pouvait se révéler dangereux. Fleur lui avait dit qu'il avait assisté à la mort de Dumbledore, et c'était évidemment une excellente raison pour paraître si… tendu. Il était crispé, fermé, et les rares sourires qu'il décochait n'avaient qu'un rôle de politesse, de liant social.
Et sa façon d'aller discuter avec les personnages les plus saugrenus… C'était comme s'il… Comme s'il se renseignait, voguant d'un individu à un autre, sans notions d'affinités – car quelle affinité pouvait-il avoir avec la tante Muriel, le vieux monsieur Doge, ou même monsieur Lovegood ?
Alors qu'elle observait le brun, un Patronus apparut dans la salle bondée, attirant l'attention de tous, et imposant un silence immédiat. C'était un lynx.
- « Attention ! Attention ! Ici Kingsley Shackelbolt ! Le Ministère est tombé aux mains des Mangemorts, le ministre Rufus Scrimgeour a été tué ! Des Mangemorts ont été repérés se dirigeant vers vous, ils risquent de vous attaquer, j'arrive avec… »
D'un seul coup, avec une célérité alarmante, d'innombrables baguettes sortirent de fourreaux cachés, même Bill et Fleur s'étaient préparés à cette éventualité. Gabrielle en resta pantoise, se sentant complètement inutile. Avant même le deuxième « attention », Harry Potter avait dégainé, lui, Ron et Hermione se rassemblaient. Plusieurs adultes se rapprochaient d'eux et tenaient conciliabule sur la conduite à tenir – et Gabrielle comprit que, si les Mangemorts les attaquaient, c'était parce qu'Harry se trouvait ici. Tandis que le trio abandonnait les adultes et se dirigeait rapidement vers la porte, Gabrielle vit du coin de l'œil Ginny se précipiter vers eux. Elle n'était déjà plus qu'une tache blanche et or dans la foule, mais il lui sembla, alors que tous couraient en tous sens, qu'Harry lui disait quelques mots, la repoussait et partait. La rouquine resta là, délaissée et résignée, mais baguette sortie.
Tout le monde s'agitait, le Patronus avait disparu, des invités transplanaient déjà par sécurité, et Gabrielle eut à peine le temps d'entrevoir, par la porte ouverte, Harry, Ron et Hermione disparaître, juste avant que des sortilèges de feu n'éclatent un peu partout – et heurtent les maigres barrières du Terrier. Le combat commençait.
Il y avait du bruit, des cris, les gens qui étaient restés se lançaient dans la bataille contre des Mangemorts montés sur balais. Combien étaient-ils ? Dix ? Vingt ? Plus ? Il y avait des explosions, des échanges de tir, des hurlement, des ordres aboyés, des rires déments. Le vieux monsieur Doge, et monsieur Weasley, avec Bill et Fleur, se concentraient sur le combat, d'autres se relayaient pour maintenir quelques boucliers autour du Terrier, et amortir les chocs.
Et au milieu de ce capharnaüm, Gabrielle restait là, immobile et choquée.
C'était le mariage de sa sœur.
Quelqu'un la tira brusquement par le bras. Terrorisée, elle leva un regard apeuré sur son agresseur – et reconnut avec un soulagement indicible Viktor Krum.
- « Ne rreste pas là, Gabrrielle ! »
Il l'entraîna vers la cuisine où se trouvait une immense cheminée toute enrubannée de blanc, érigea en vitesse un bouclier contre un sortilège qui brisa les carreaux de la fenêtre, répondit à l'agresseur par une salve de malédictions, avant de pousser Gabrielle dans l'âtre.
- « Soit moi, soit tes parrents, nous viendrrons te cherrcher, en attendant ne bouge pas, et dis que tu viens de ma parrt. » Il jeta une poignée de poussière de cheminette, et prononça « Hotel de Sainte Chaspoule ! »
Gabrielle disparut dans les flammes vertes, apercevant, dans un flou trompeur, Viktor lancer à nouveau un chapelet de sortilèges.
Elle atterrit dans le foyer d'une grande pièce inoccupée, meublée de fauteuils confortables. Elle sortit, comme dans un rêve, et ouvrit la seule porte de la salle. De l'autre côté se trouvait un hall d'accueil d'un hôtel qui recevait autant les Moldus que les sorciers. Elle ne s'en rendit pas compte, mais avec sa jolie robe de demoiselle d'honneur, elle attirait un peu l'attention. Dans un état second, elle alla parler à une personne derrière le comptoir, lui dit qu'elle venait de la part de Viktor Krum, et le préposé, haussant un sourcil, lui donna une clé et des instructions, qu'elle suivit à la lettre.
Bientôt, elle se retrouva dans une chambre sobre : un lit, une armoire, un bureau et une chaise. Elle s'assit sur le lit du bout des fesses, encore hébétée, essayant de comprendre ce qui était arrivé – ce qui était en train d'arriver – se demandant si tout cela était bien réel, et si oui, est-ce qu'elle allait revoir Fleur et ses parents ?
Au bout d'un temps interminable, alors que les larmes coulaient sans retenue sur ses joues blanches, la porte s'ouvrit. Elle se trouva incapable de se lever.
- « C'est moi, Gabrrielle. Tout va bien. Je vais t'emmener chez tes parrents, ils t'attendent pour reparrtirr en Frrance… »
Alors Gabrielle se leva, et se rua sur Viktor, s'agrippant à lui et pleurant toutes les larmes de son corps.
- « Et Fleur ? Et Bill ? Et Ginny ? Et monsieur et madame Weasley ? Et monsieur Doge ? Et la tante Muriel ? Et… ? Et… ? »
Viktor eut un petit rire involontaire, et caressa les cheveux blonds presque blancs engoncés en une coiffe charmante et compliquée.
- « Tout le monde va bien. Il n'y a que des blessurres légèrres. L'Aurrorr Shackelbot est arrrivé avec des rrenforrts, et ça a mis fin à la bataille. Et tu devrrais savoirr que ta sœurr est douée, non ? Elle va bien. Allez viens, je vais t'emmener. »
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Les vacances qui précédèrent la Septième Année ne furent qu'un long cauchemar maculé de sang et de viscères. Des Mangemorts avaient beau lui expliquer qu'il n'infligeaient à ces traîtres que les tortures inventées par l'Inquisition, qu'ils leur faisaient subir ce que ceux de leur communauté avaient subi lorsqu'ils avaient le malheur de tomber entre les mains des Moldus qu'ils aimaient tant, Draco ne pouvait s'empêcher de regarder leurs visages tordus de douleur. Leur sang était rouge – comme le sien – leurs yeux exprimaient la même terreur que les siens. Avaient-ils de la famille ? Des parents, des enfants ? Quels étaient leurs métiers ? Méritaient-ils cela ?
Non, bien sûr. Personne ne méritait d'être torturé de cette manière-là. Et puis les Inquisiteurs n'utilisaient pas la magie, alors pourquoi les Mangemorts prétendaient-ils que c'était pareil ? Pour se dédouaner ? Pour se donner des excuses ? Alors que Draco souillait sa baguette et son âme avec des sortilèges immondes, alors que sa mémoire se teintait de rouge, et que ses yeux tentaient de se fixer ailleurs – sur les murs ou le plafond, sur les rares endroits qui n'étaient pas tachés de sang et de chair – il dut s'accrocher à ces piètres excuses pour ne pas perdre la raison.
- « Ces sortilèges ne font que reproduire la souffrance générée par les bourreaux religieux, » expliquait Bellatrix d'une voix presque charmeuse.
Puis elle lui montra une Vierge de Fer que la famille Malfoy avait conservée dans ses caves.
- « Draco chéri, une de tes ancêtres a été placée dans ce sarcophage, essaie donc d'imaginer ce qu'elle a pu penser, ce qu'elle a pu ressentir… Comprends-tu sa douleur ? Les Moldus sont nos ennemis, et tous les religieux sont des meurtriers, héritiers spirituels d'une doctrine toute entière vouée à nous détruire. Ceux qui soutiennent le contraire mentent. Et ceux des nôtres qui prétendent que l'on peut vivre en harmonie avec ces assassins sont des traîtres qu'il faut châtier et exterminer… »
Draco imaginait. Il se mettait à la place de cette obscure ancêtre – oh il voyait très bien son nom sur la tapisserie familiale. Ça lui donnait tout juste assez de volonté pour dresser sa baguette, et un Doloris rouge frappait sa victime, sous les rires de Bellatrix et des autres Mangemorts lorsque ceux-ci avaient envie d'assister au spectacle. Une fois la séance terminée, ses victimes en bouillie bien que toujours vivantes pour une prochaine séance, Draco remontait dans sa chambre et finissait invariablement dans la salle de bain, vidant ses tripes dans les toilettes.
Et il s'endurcissait, jour après jour. Non pas de la manière que Bellatrix ou le Maître souhaitaient, car il se savait incapable de tuer, il détestait torturer, il détestait voir souffrir et ne s'y habitua jamais… Mais il apprit à simuler. Simuler le plaisir de torturer, cacher son dégoût derrière un masque d'indifférence blasée, ou sa terreur sous une façade de concentration polie. Durant ces deux mois cauchemardesques, Draco apprit à maîtriser ses expressions et ses émotions.
Mais lorsque le professeur Rogue annonça aux Mangemorts qu'il avait été désigné directeur de Poudlard, lorsqu'il annonça à Draco qu'il pourrait faire sa Septième Année à l'école et quitter le manoir Malfoy… Le blond aurait pu l'embrasser : il avait au moins une chance de sortir de cet enfer.
NOTE DE L'AUTEUR
Réponses aux reviews :
himechu95670 : hé hé… pas tout à fait. Ou du moins, pas dans le sens qu'on attendait ! Merci pour la review et bonne lecture ! (Dis-moi, j'espère que tu as vu que je t'ai dédié le deuxième volet du Pire Slytherin ?)
Mel-In-E DL : eh oui, chacun doit subir les conséquences de ses choix… J'espère que ce chapitre t'a plu.
Dea Artio : eh bien voilà, tu as un souvenir de Gabrielle… Théo revient dans le prochain chapitre, ainsi que… Neville ! Bon, je ne te cache pas que je serai tout aussi soulagée d'en terminer avec ce Jugement, mais il faut bien avancer… Pour Draco qui cherche protection auprès de Bellatrix… oh la la… Bonne lecture !
Le Poussin Fou : oui, Théo est… très spécial ! On le retrouve au prochain chapitre, avec sa « spécialitude »… Bonne lecture !
Piitchoun : en lisant ta review, j'ai eu un aperçu de la montagne qu'il me reste à gravir… Oh la la… Ceci dit, et pour faire simple, tu as parfaitement raison : le chocolat blanc n'est pas du vrai chocolat ! (et tu remarqueras que, cette fois, je réponds à toutes les reviews, parce que j'ai rattrapé mon retard…) Bonne lecture – et patience !
CutieSunshine : eh oui, c'est le problème du principe du « héros » : la perfection serait qu'il triomphe sans faire de mal à une mouche, et toujours avec la platitude émotionnelle d'un poireau. J'espère que ce chapitre t'a plu !
Ashtana3 : merci pour ta review ! A bientôt et bonne lecture !
Noooo Aime : merci pour les compliments, je suis contente que ça passe bien auprès des lecteurs/lectrices. J'espère que la suite te plaira tout autant !
melu49 : oui, Théo est comme ça. Mais, il se justifie. Ses raisons peuvent ne pas paraître bonnes, mais c'est quand même une justification. J'espère que ce chapitre t'a plu.
hathor2 : voici la suite ! Bonne lecture !
LandlessLord : voici la suite, j'espère qu'elle te plaira !
Elorah : merci pour les encouragements et les compliments ! C'est vrai, j'aurais bien voulu traiter certains passages des tomes 2, 3, 4 et 5 mais même les passer en revue de manière accélérée n'aurait pas apporté grand-chose (le seul vrai regret, c'est évidemment le retour de Voldemort, mais bon…) Et puis l'enfance d'Harry et au moins le premier tome sont quand même traités (en accéléré) et, bon, c'est pas mal, mais faire ça pour tous les tomes, ce serait un peu lourd, d'un point de vue écriture (et condenser plus, ben… bof) Enfin, je continue sur ma lancée, et j'espère que ça conviendra. Bonne lecture, et merci encore pour ta review !
Lulu : ah la la, c'est très dur de doser et mettre en scène les souvenirs d'Harry. Comme je l'ai écrit dans d'autres reviews, repasser ses souvenirs selon son point de vue est compliqué, redondant avec le canon, et à cause de la présence des Horcruxes que le Ministère préfère garder secrète, le choix est dur. Ceci dit, c'est bizarre, parce que, pour moi, la rage inhumaine dont il fait preuve lorsqu'il voit Rogue tuer Dumbledore, ben, je trouve ça sain, et je n'ai pas l'impression de le noircir, mais au contraire de le rendre « normal ». Enfin, si ça peut te rassurer, les Serpentards vont se révéler tout aussi ambigus – pas aussi gentils que ce que je dépeins au début… Bonne lecture, et à bientôt !
Guest : voilà la suite (mais j'aurais du mal à aller plus vite, désolée…) Bonne lecture !
Faenlgiec : ce procès est très dur à écrire, parce que je dois jongler entre le canon, et les parties originales, c'est loin d'être facile à intégrer… Même si je sais ce que je veux écrire ! Enfin, bonne lecture et merci pour la review !
