CHAPITRE VINGT ET UN


Dean se précipita à la fenêtre, alors que le hibou tambourinait sur le carreau, toutes serres dehors. Il prit le journal, donna les noises, et referma la fenêtre avant même que sa mère ne sorte de sa chambre, baillant à s'en décrocher la mâchoire, ses cheveux crêpus en bataille – il aurait fallu un rateau pour les discipliner. Alors qu'elle préparait le petit-déjeuner, elle lui demanda sans se retourner.

- « Quelles nouvelles ? »

- « De pire en pire. »

ATTAQUE AU MINISTERE ! Les Mangemorts repoussés par les Aurors !

Dean prit un moment à expliquer à sa mère que les Mangemorts étaient les méchants (« Avec un nom pareil, j'avais deviné, Dean, enfin », et que les Aurors étaient des espèces de policiers. Un deuxième article de Une était consacré à la disparition du ministre Rufus Scrimgeour. Le Ministre aurait démissionné selon le porte-parole du gouvernement.

- « Il ne faut pas croire tout ce qui est écrit dans les journaux, tu le sais, Dean ? »

- « Eh bien… »

- « Parce que tu vois, si par exemple, tes Aurors n'avaient pas gagné contre tes Mangemorts, que dirait ton journal ? »

- « … Probablement la même chose… »

- « Pour ne pas alerter l'opinion. Oui. Et la disparition de ton Ministre… »

- « … Serait un meurtre camouflé en démission… »

- « Evidemment, il est tout à fait possible que tes Aurors aient repoussé l'attaque et que ton Ministre ait effectivement démissionné… »

Le lendemain, la Gazette titrait :

NOMINATION DE PIUS THICKNESSE AU POSTE DE MINISTRE DE LA MAGIE !

Le surlendemain :

ATTAQUE AU CHEMIN DE TRAVERSE ! De nombreuses boutiques ravagées !

Dans cette édition, il y avait un encart mentionnant brièvement la disparition d'Ollivander, le créateur et vendeur de baguettes magiques. Les jours suivants, les éditions de la Gazette furent plus calmes, jusqu'à celle-ci :

LE MINISTERE PREND DES MESURES ANTI-TERRORISTES ! Une Commission d'Enregistrement des Nés-Moldus sera mise en place.

Dean se redressa sur son siège, capté par l'apparente contradiction du titre et de l'accroche, et lut attentivement l'article.

« Afin d'assurer la sécurité et la sérénité des sorciers, le gouvernement met en place une Commission d'Enregistrement des Nés-Moldus, sous l'autorité de mademoiselle Dolores Ombrage, pour s'assurer que les baguettes n'ont pas fait l'objet d'un vol ou d'un trafic quelconque. Cette Commission vise à tuer dans l'œuf la folle rumeur qui prétend que les Nés-Moldus ne peuvent avoir obtenu leurs pouvoirs qu'en les subtilisant à des vrais sorciers… »

Dean lâcha un chapelet de jurons. Une fois écrite noire sur blanc dans un quotidien, une rumeur devenait une information, bande de salauds ! Et maintenant que la boutique d'Ollivander n'existait plus, et que l'homme avait disparu, comment un Né-Moldu pouvait-il prouver qu'il avait légalement acheté sa baguette ?

- « Tss ! Dean ! Langage ! »

- « Pardon, M'man. Mais je crois que tu avais raison. Le Ministère est tombé… »

Madame Thomas prit le journal et le parcourut. Puis soupira.

- « Tu sais que ton père… »

- « Oui. Tu me l'as dit, qu'il était sorcier. Je ne suis pas Né-Moldu – enfin pas complètement. Mais tu vois le problème ? C'est que c'est toi qui le dis, et tu es une Moldue ! »

- « Bon. Et qu'est-ce qu'ils en font, de leurs Nés-Moldus Enregistrés dans leur Commission, au juste ? »

Il fallut attendre quelques jours avant d'avoir un début de réponse, qui tenait dans un article d'avant-dernière page de la Gazette.

« Après enquête, plusieurs Nés-Moldus convaincus de vol et trafic de baguettes au détriment des sorciers ont été incarcérés à Azkaban. Leurs baguettes ont été confisquées dans l'attente d'être retournées à leurs légitimes propriétaires, si ces derniers ont la chance d'être encore en vie. »

Dean se passa une main sur les yeux, fatigué et miné par l'angoisse – et par une colère grandissante. Ce serait forcément son tour, non ? Il jeta un regard à l'appartement miteux qu'il occupait avec sa mère. Situé dans un quartier pauvre de la banlieue de Londres, le logement sombre comprenait deux chambres minuscules, et une cuisine ouverte sur un salon – enfin, une zone qui représentait un salon et qui ne contenait qu'un canapé et une télévision. Malgré tout, le fait d'avoir chacun sa chambre était un luxe que beaucoup de voisins leur enviaient.

Le quartier où ils vivaient était sous la coupe d'une sorte de gang, et lorsqu'il se penchait par la fenêtre, Dean pouvait observer les allées et venues de leurs rabatteurs. A sa connaissance, ils ne trafiquaient que du cannabis, mais cela pouvait avoir évolué – après tout, Dean restait la plus grande partie de l'année en internat à Poudlard, et chaque fois qu'il revenait ici, les choses semblaient ne faire qu'empirer.

Il avait une chance incroyable dans sa situation cependant : le chef actuel du gang était un ami d'enfance. Un ami qui lui devait quelques faveurs – sa mère et lui l'avaient hébergé et soigné lorsque le gamin s'était présenté à l'école avec des ecchymoses et des traces de coups – son père avait trop bu, encore. Cette relation haut-placée leur assurait une certaine tranquillité, à lui et à sa mère, et une certaine sécurité aussi.

Ainsi, même si l'environnement était stressant, pauvre, lugubre et abandonné, Dean et sa mère y étaient plutôt bien installés. Mais maintenant, la menace venait du Ministère…

Le titre de la Gazette du lendemain lui confirma que tout était perdu :

HARRY POTTER ENNEMI PUBLIC N°1 ! Le Survivant serait-il coupable du meurtre de Dumbledore ?

Oh la là, songea Dean. Et puis quoi encore ? Cette même édition relatait en deuxième page la profanation de la tombe d'Albus Dumbledore, précisant que sa baguette avait été volée. Il y avait même un encart perfide estimant que le ou les coupables étaient probablement un de ces Nés-Moldus qu'on avait privé de baguette – c'était même une preuve de leur mode opératoire pour s'en fournir…

Quelques jours passèrent, dans un calme relatif, à part une descente de police dans un immeuble voisin, des cris, une cavalcade, mais à part ça, tout était paisible en ce mois d'août étouffant. Dean commençait à se dire qu'après tout, il était encore mineur, il était peut-être encore sous la tutelle de Poudlard, peut-être qu'on ne le rechercherait qu'après être sorti de l'école, peut-être que l'ombre de Dumbledore empêcherait, au moins pour un temps, le Ministère de s'en prendre aux élèves potentiels…

Puis un matin, un hibou délivra le journal, et un autre arriva, juste après, déposer une lettre. Dean fixa longtemps le sceau du Ministère – il essayait d'y voir, par tous les moyens et sous tous les angles, le sceau de Poudlard, mais il n'y avait rien à faire, malgré son immense désir et sa volonté, le sceau était celui du Ministère : un grand M noir, avec une baguette au milieu. En plissant les yeux et avec beaucoup d'imagination, on pouvait presque y voir un papillon aux ailes un peu trop anguleuses, ou un ange aux ailes en cours de déploiement – mais il n'avait rien en commun avec le blason de Poudlard. Dean ouvrit la missive, finalement.

C'était une convocation, pour se présenter à la Commission d'Enregistrement des Nés-Moldus cet après-midi même.

Sa mère n'était pas là. Elle travaillait – elle avait un boulot aux horaires flexibles, et elle était dans la tranche 5h-13h cette semaine. Dean prépara son petit-déjeuner, mangea en silence, la tête en ébullition, puis lava la vaisselle, et fit le ménage. Enfin, il s'assit sur le canapé, devant la télé éteinte, resta là, à contempler l'écran noir pendant près d'un quart d'heure, et prit enfin sa décision.

Il mit ses baskets et sortit.

Dans la rue étroite, il se dirigea vers un des jeunes gars – qui servaient autant de « vigie » que de « marqueurs de territoire » – et l'acosta.

- « Je voudrais parler à ton chef, c'est important, et il me connaît. »

Il fallut une vingtaine de minutes avant que Dean ne soit amené au « chef ». On le fit asseoir devant une table, dans une cave, dans un immeuble délabré tout en briques rouges, et en face de lui, flanqué de deux gars, le « chef » s'assit.

- « Dean. »

- « Salut, Mo. Ça fait longtemps… »

- « Qu'est-ce que tu me veux ? »

Dean hésita un moment, déglutit, et sa passa une main sur la figure. Un des « gardes du corps » intervint avec mépris.

- « C'est la descente des flics qui t'ennuie, mon petit gars ? »

Dean lui adressa un regard morne entre ses doigts, avant de reporter son attention sur Mo.

- « J'ai… un problème… »

- « D'argent ? »

- « Non. Non, pas un problème d'argent. J'ai… Enfin, je vais… avoir des gens qui vont… qui vont vouloir m'attaquer… »

Le fameux Mo, qui était resté impassible jusque là, haussa les sourcils.

- « Toi ? Des gens voudraient t'attaquer, toi ? »

Dean soupira longuement, posant un coude sur la table, soutenant nerveusement son menton avec le dos de la main, le regard ailleurs. Comment expliquer…

- « Quel genre de gens ? »

Dean lui lança un regard acéré, se demandant s'il avait la moindre idée de…

- « Des gens… comme toi ? »

Dean se redressa sur son siège. Mo savait ?

- « Ça veut dire quoi, des gens comme lui, chef ? Des homos ? Des mauviettes ? »

- « Tu la fermes. Alors Dean ? »

- « … Oui. Des gens… comme moi. »

- « Pourquoi ? Pourquoi ils t'en veulent ? »

- « Ça va être long et compliqué à expliquer… »

Voyant le regard éloquent de son ami d'enfance, Dean prit son inspiration et se lança.

- « Il existe des… autorités, qui s'occupent de gérer les… « gens comme moi ». Ces autorités sont tombées aux mains de types qui estiment qu'il faut faire une distinction entre les « gens comme moi » dont les parents sont aussi des « gens comme moi », et ceux dont les parents seraient plutôt des « gens pas comme moi », autrement dit, des gens « normaux ». Et ma mère est parfaitement normale. Ces autorités veulent m'arrêter, ils ont la justice et la police à leur service, je risque d'être emprisonné… »

- « Ça ressemble beaucoup à ce qu'on subit, non ? C'est désagréable, hein ? » fit le garde.

Dean lui lança un regard noir, soudain furieux, et lui cracha :

- « Je suis attaqué parce que je suis le fils de ma mère ! Ce n'est pas exactement pour la même raison que vous avez les flics sur le dos, non ? »

Dean se tourna à nouveau vers Mo.

- « Je… J'ai reçu une convocation officielle. Je ne compte pas me présenter, ce serait comme un mouton qui va délibérément à l'abattoir. Je vais partir, je vais m'enfuir et me cacher. Je ne suis pas le seul à être attaqué, et peut-être que je trouverai des gens, peut-être des résistants, une organisation quelconque, je ne sais pas. Ce que je crains, c'est que ces « autorités » ne s'en prennent à ma mère pour m'atteindre. Alors… Je voudrais… J'aimerais… Est-ce que tu pourrais la protéger ? La cacher, assurer sa sécurité ? »

Mo resta pensif un long moment.

- « Ouais, » dit-il finalement. « J'ai une dette envers toi et ta mère. Je vais la protéger. Et pour te défendre, tu as quoi ? »

Dean réfléchit. Il avait sa baguette, il s'était entraîné avec l'Armée de Dumbledore sous les ordres d'Harry Potter, mais les gens qui allaient le poursuivre seraient au mieux des Aurors aguerris, au pire des Mangemorts assoiffés de sang – de sang de Né-Moldu. Et en matière de sort offensif, il avait un Expelliarmus, et le Sort du Saucisson… Il admit finalement :

- « … Pas grand-chose, mais… »

- « Alors tiens. Cadeau. »

Mo fit signe au deuxième garde, le silencieux, qui sortit. Il revint bientôt et déposa deux objets sur la table devant Dean, qui se redressa, en alerte.

C'était une arme, et son chargeur. Une arme à feu. Dean pâlit à la vue du pistolet. Il aurait voulu… Dans un monde idéal, il aurait dit à Mo que passer du trafic de cannabis au trafic d'armes n'était pas très malin, mais… On ne sait jamais. Il était dans une situation où… Il avait sa baguette mais… Des sorts défensifs, oui, il en connaissait, mais… En matière offensive, il était démuni… Et en face de lui, il aurait des sorciers qui n'hésiteraient pas à tuer. Il tendit la main et se saisit de l'arme. Le premier garde siffla.

- « Alors c'est sérieux, hein ? »

- « On va préparer à ta mère une planque douillette, et la surveiller. Avec tout ça, ma dette est réglée, » fit Mo en se levant.

Dean acquiesça, le pistolet toujours en mains. Il se saisit également du chargeur et l'enclencha.

Il fallut à Mo et ses sbires quelques heures pour préparer une planque. Dean resta avec eux, mangea avec eux, puis décida de retourner à l'appartement. Le temps qu'il arrive… Il était presque quinze heures, sa mère finissait son travail à treize heures, le temps de manger et de subir les transports, elle devrait être déjà rentrée – ou bientôt, en tout cas – et il pourra donc la prévenir de ses décisions… Alors qu'il arpentait la rue étroite, en compagnie de Mo et de ses gardes, il aperçut sa mère arriver par l'angle de la rue loin devant. Elle ne le vit pas, lui tournant le dos tout en cherchant quelque chose – probablement les clés de l'appartement – dans son sac. Devant elle, cinq personnes apparurent, comme sortant du néant, et l'accostèrent.

- « Madame Thomas ? »

Dean se figea, puis se mit à courir.

- « Nous sommes envoyés par le Ministère, madame, votre fils a été convoqué, il semble qu'il ne se soit pas présenté… »

Il y avait des gens dans la rue, pas grand-monde, certes, mais ils n'allaient rien lui faire, non ? C'est contre toutes les lois de révéler la magie aux passants, non ?

- « Perds pas ton temps avec cette Née-Moldue ! » fit un des autres sorciers, qui ne se gêna pas, lui, pour sortir sa baguette.

Dean était trop loin, il courait, il entendit le cri de sa mère, que le sorcier faisait léviter loin du sol, tête en bas, les affaires de son sac tombant les unes après les autres sur le trottoir. La panique et la fureur le firent voir rouge, le pistolet se retrouva dans sa main droite, sa baguette dans la main gauche. Il tira – le coup de feu atteignit le sorcier à la tête, et de sa baguette, il prit en charge sa mère pour la reposer doucement au sol.

Les sorciers – des Rafleurs, comme les appelait la Gazette – étaient tellement surpris de voir l'un des leurs s'effondrer, mort, tué par balle, qu'ils hésitèrent un instant. Mais ils se reprirent rapidement – Dean eut à peine le temps d'ériger un bouclier. Les sorts des Rafleurs le balayèrent sans difficulté, alors il tira dans le tas. Prévenus, les sorciers se défendirent avec des boucliers puissants.

Ce qui fit pencher la balance, fut l'intervention de Mo, de ses gardes et d'un de ses rabatteurs attiré par le vacarme. Débordés, acculés, deux Rafleurs s'enfuirent en transplanant, l'un d'eux se pencha, saisit la main de son collègue tué et l'emporta dans sa fuite. Le dernier Rafleur cracha à Dean :

- « On te retrouvera, sale Sang-de-Bourbe ! » puis lui aussi disparut dans un craquement sec.

- « Putain, c'était quoi ?! Putain c'était quoi, ça ?! » fit le garde bavard. Le garde silencieux, lui, ramassait les affaires éparpillées, et les remettait dans le sac à main, tandis que Mo aidait madame Thomas à se relever. Dean tremblait de la tête aux pieds.

- « Des gens comme moi ! » lui lança Dean, qui se tournait vers sa mère. « M'man… »

- « Dis rien. Dis rien, je sais. Tu vas partir. Comme ton père. Il est parti, avec un sac d'affaires, et il est jamais revenu. Et tu vas faire pareil, non ? »

- « … Mo va te protéger, pendant que je… »

- « Le p'tit Mo ? C'est toi ? Qu'est-ce que t'as grandi, dis donc. Tu es bien joli maintenant ! »

- « Merci, m'dame. Vous voulez bien nous suivre ? »

- « Ah. Oui. Evidemment. Merci pour votre aide, les garçons. Dean ? »

- « Oui, M'man ? »

- « … Tu feras attention, hein ?

- « … Oui, M'man. »

- « Il y a du pain d'épices dans l'étagère du haut, et tu peux aussi prendre le couteau suisse. Un couteau suisse, c'est toujours utile. Et… »

Madame Thomas semblait vouloir ajouter quelque chose, mais s'en abstint. Après un long soupir et une brève accolade maladroite, elle emboîta le pas aux deux gardes. Dean remonta à l'appartement en quatrième vitesse, prépara un sac de vêtements, prit tout l'argent qu'il trouva, un peu de nourriture – dont le pain d'épices – empocha le couteau suisse, et redescendit. Sur le trottoir, Mo l'attendait. Les deux amis s'observèrent. Puis Mo tendit une main, Dean la serra.

- « Merci, Mo. »

- « Fais gaffe à toi. »

Puis Dean partit. Ce n'est qu'une fois sorti de la ville, seul sur un chemin de campagne, que le choc se fit sentir.

Il avait tué un homme. Il avait tué un sorcier. Les jambes flageolantes, Dean s'assit sur le talus bordant la route, et pleura, la tête coincée entre ses genoux, ses mains tremblantes fourrageant dans l'herbe sèche et jaunissante, les arrachant par poignées.


oOo


Théodore observa la salle de cours se remplir.

L'école avait repris comme de juste début Septembre, et dès la montée dans le Poudlard Express, les choses avaient clairement été établies. D'abord, il y avait moins d'élèves sur le quai 9 ¾. Et ensuite, lors de la montée dans le train, des Rafleurs avaient fait un passage dans les wagons – et quelques élèves avaient dû redescendre. Le trajet avait eu lieu dans une morosité sordide – à la notable exception de Draco Malfoy qui arborait un léger sourire. Aux Gryffondors et Poufsouffles qui l'avaient vu, ce sourire leur paraissait odieux, moqueur et arrogant. Aux Serpentards qui le connaissait, il apparaissait comme un sourire de pur soulagement – et Théo devinait fort bien ce qu'il pouvait se passer au Manoir Malfoy pour que Draco soit soulagé d'en partir. A peine descendus à Pré-au-Lard, les choses s'étaient clairement dessinées : les Serpentards contre le reste du monde.

Après un discours de bienvenue concis et pas très chaleureux de la part du nouveau directeur Severus Rogue, les cours avaient commencé. Cette année allait être purement et simplement catastrophique. L'ambiance était déjà déplorable. Même si Théo n'était pas franchement sensible, la défiance que les élèves entretenaient entre eux – et surtout à l'égard des Serpentards – mettaient ses nerfs à rude épreuve.

Harry Potter et ses amis Ronald Weasley et Hermione Granger, n'étaient pas revenus à Poudlard. Un certain nombre d'élèves manquaient dans les Maisons – seule celle de Serpentard ne comptait aucun absent. Dumbledore était mort et remplacé par le Professeur Rogue. Des professeurs aussi avaient disparu, et de nouveaux les remplaçaient – et il fallait voir quels nouveaux ! Théodore doutait fortement qu'aucun ait un diplôme d'enseignant. (Mais à vrai dire, Théodore pensait assez cyniquement qu'aucun Professeur de Poudlard n'avait de diplôme en réalité…)

Dans cette situation peu brillante, les Serpentards étaient devenus des pestiférés. Gryffondors, Serdaigles et Poufsouffles se liguaient littéralement contre eux, dans tous les domaines. Travail en groupe ? Inutile d'y songer, aucun professeur sain d'esprit n'aurait osé obliger les élèves de n'importe quelle Maison à établir ne serait-ce qu'un binôme avec un Serpentard.

On les regardait comme des Mangemorts, futurs Mangemorts, traîtres potentiels ou avérés. Il y avait des incidents dans les couloirs, hors de vue des professeurs. Des Serpentards qui tombaient dans les escaliers. Des matches de Quidditch plus violents que d'habitude – une violence dont les Serpentards n'étaient plus les seuls auteurs. La seule raison pour laquelle ils évitaient le bain de sang était que Marcus Flint avait passé ses examens et avait quitté l'école, laissant le poste de Capitaine de l'équipe Serpentard aux mains d'une fille un peu moins hargneuse. Autrement, Flint aurait été ravi de la tournure de certains matches et aurait été ravi d'y apporter une touche toute personnelle.

Hors de vue des Professeurs, tous les coups étaient permis. Les Serpentards avaient toujours pensé comme ça, mais maintenant les autres Maisons raisonnaient et agissaient de la même manière. Théodore mourrait d'envie de leur faire remarquer qu'ils étaient tous dignes de porter la cravate vert et argent, juste pour voir leur réaction.

Après plusieurs semaines de ce traitement dans l'indifférence générale, en réponse aux exactions, les Serpentards serrèrent les rangs, ils ne se déplaçaient plus seuls désormais.

Car ce que tous ces imbéciles bien-pensants drapés dans leurs certitudes vertueuses ne comprenaient pas, c'est que les Serpentards n'avaient aucun recours. Le Professeur Rogue, devenu directeur, ne s'occupait qu'à peine d'eux. Les « professeurs » Carrow (et Théodore mettait un point d'honneur à penser en italique et entre guillemets pour ce qui les concernait) n'étaient que des imbéciles ignares et probablement incestueux. Ils considéraient qu'un élève qui se plaindrait de mauvais traitement méritait d'autres mauvais traitements, histoire de l'endurcir et/ou de le faire taire. Crétins.

Aujourd'hui – et comme d'habitude – les Serpentards étaient regroupés d'un côté de la salle, et les Gryffondors de l'autre. Là où c'était possible, un pupitre était laissé vide entre les deux camps, sorte de no man's land salvateur. Les membres de chaque Maison prenaient bien soin de ne pas regarder par delà la rangée libre : c'était motif de guerre, ça, houlà ! Un regard était immédiatement mal interprété – et par les deux Maisons en même temps, en plus. Si c'était un regard mauvais, alors la Maison adverse montait sur ses grands chevaux, et si c'était un regard indifférent ou amical, alors c'était la Maison du pauvre « regardeur » qui considérait le malheureux comme un traître et lui donnait une bonne leçon pour que ça ne se reproduise pas…

Ça devenait n'importe quoi, songeait Théodore.

- « Bien. Asseyez-vous ! » fit la voix stridente d'Alecto Carrow, tandis qu'elle descendait l'étroit escalier de bois menant aux appartements traditionnellement réservés aux professeurs de Défense Contre les Forces du Mal – matière qui avait disparu pour être remplacée par des cours de Magie Noire.

Derrière elle venait Amycus Carrow, un homme qui aurait été imposant s'il avait appris la patience et le silence. En l'occurrence, ces deux qualités lui faisaient cruellement défaut, et il coupa sa sœur alors qu'elle sermonnait un Gryffondor qui avait eu l'outrecuidance de la regarder dans les yeux.

- « Bien, nous avons vu la semaine dernière les malédictions égyptiennes comme Dessèchement et Liquéfaction. Maintenant, on va passer aux Magies Noires modernes, et pour que ça rentre mieux dans vos caboches, on organisera des travaux pratiques ! »

Il partit dans un petit rire aigrelet et Théodore soupira. Ah oui. Et il est grossier, en prime. Dans les rangs des Gryffondors, une main se leva. Celle de Neville Longbottom.

- « Des travaux pratiques, monsieur ? »

- « Oui, monsieur… » Alecto Carrow eut un sourire mesquin en avisant l'élève, « … Longbottom. Nous avons décidé que les élèves qui écoperaient d'une retenue méritaient de vraies punitions, il ne sera plus question désormais de mollesse disciplinaire… »

Théodore leva les yeux sur les professeurs, avant de jeter un regard circulaire sur la salle. Il accrocha le regard doré de Blaise, qui hésitait entre incrédulité outrée et fou rire. Il pouvait presque l'entendre penser : C'est une blague, c'est ça ? Un poisson d'Avril avancé à Octobre, c'est ça ? A son crédit, le Noir s'abstint prudemment de toute réaction et assuma un masque d'attention polie.

De l'autre côté de la salle, un silence pesant planait – dépourvu même des regards en coin que certains leur lançaient parfois. Mauvais signe, ça.

Le cours se déroula à peu près normalement, mais dans un silence embarrassant. Puis l'heure passa, et les élèves se levèrent pour sortir. Le professeur Amycus Carrow les interpela dans le brouhaha :

- « Ah, au fait, au prochain cours, nous commencerons à étudier les Impardonnables. Ne faites pas de bêtises en attendant. »

Dans le couloir, les élèves s'éloignèrent, Gryffondors d'un côté, Serpentards de l'autre – ou plutôt, derrière, car il n'y avait pas trente-six chemins pour descendre jusqu'à la Grande Salle. Arrivés dans le Hall, Théodore observa les Gryffondors se disperser et rejoindre des membres d'autres Maisons (sauf Serpentard) et tenir conciliabule, par petits groupes dont les Serpentards étaient de facto exclus.

Le dîner dans la Grande Salle fut déroutant. Silencieux et tendu, sous l'œil charbonneux du Directeur Severus Rogue, qui arborait en permanence un rictus à la fois méprisant et désabusé. Dans cette ambiance exécrable, personne ne traîna, et les élèves se levèrent bien vite pour retourner à leurs dortoirs respectifs.


NOTE DE L'AUTEUR


Réponses aux reviews :

Elorah : voici la suite, j'espère que le point de vue de Dean t'aura plu également ! A bientôt !

Shanatora : pas encore de Harry… désolée… Mais on retrouve Dean. Bonne lecture !

Noooo Aime : et encore, pour Draco, on est loin du compte… A suivre ! Bonne lecture !

Piitchoun : oh la la… un chapitre avant la fin du Jugement ? Oh la la. Je ne sais pas quoi te dire. Bonne lecture quand même !

Ashtana3 : Ah, j'ai mis la fic en Drama, hein. Donc, voila. Et j'ai dit au chapitre 18 (dans la note de l'auteur) qu'on entrait dans la partie Drama de la fic… Alors bon, attend-toi à pire… Bonne lecture !

Le Poussin Fou : merci ! J'espère que la partie Dean te plaira aussi… A bientôt.

Dea Artio : la dispute entre Viktor et le père Lovegood est bien dans le livre (mais pas dans le film). Il reproche à Lovegood d'arborer le signe de Grindelwald, qui est responsable de la mort de son grand-père, et il le défie en duel. Alors, par contre, je ne sais plus du tout si le duel a lieu – je ne crois pas, je crois que Viktor en a été dissuadé…

Bon. Je n'ai pas lu ce que tu as écrit, mais par curiosité, je suis allée sur ton profil, et j'ai regardé un peu les titres de tes fics et leurs résumés. Bon. Je comprends que mes personnages te paraissent fades. Et gentils. En comparaison. Ceci dit, les évènements autour d'eux seront assez noirs, donc, je les laisse comme ça. Bonne lecture et merci pour ta review !

Mel-In-E DL : voici la suite, j'espère qu'elle te plaira (on est encore dans les points de vue des autres personnages – pour moi, c'est plus facile à écrire que le canon…) A bientôt !

hathor2 : voici la suite ! Bonne lecture.

Luffynette : Merci ! Bonne lecture !

CutieSunshine : on verra les réactions des spectateurs plus tard (parce que je ne veux pas couper le rythme du récit), mais on les verra, rassure toi. Bonne lecture !

LandlessLord : ah oui, je sais les année manquent un peu… La 4 en particulier, qui m'aurait permis de traiter le retour de Voldemort et d'introduire aussi plus tôt Viktor et Gabrielle… Mais bon, tant pis. Bonne lecture et à bientôt.

calire de l'aube : voici la suite ! Bonne lecture !

Kalila78 : ah ah ! Un peu de patience avant de traiter la fin du procès, il y en a encore pour un petit moment. Bonne lecture !

himechu95670 : c'est justement pour pouvoir donner la version d'autres « participants » à cette guerre que j'ai fait ce procès spécial… Par exemple, la situation de Dean, Né-Moldu, me paraissait très intéressante à traiter (ça n'a pas été beaucoup exploité dans le livre, et pas du tout dans le film…) Et pour l'assassinat par empoisonnement ou autre de Voldemort, ben le problème c'est qu'il n'aurait pas été réellement mort, à cause des Horcruxes… D'où cette chasse au Horcruxe ! Ceci dit, pour la prophétie, je suis d'accord, ça n'a pas beaucoup de sens. Enfin, j'espère que ce chapitre t'a plu !

melu49 : merci, voici la suite !

Faenlgiec : je… ne sais pas quoi te dire. Ce n'est pas tout à fait la fin. Voilà. Bonne lecture !

Alys : merci pour ta review. Et si je peux traiter les derniers tomes sans rappeler les premiers, c'est, il faut bien l'admettre, parce que tout le monde connaît l'histoire… J'espère que ce chapitre t'a plu, à bientôt !

Myth444 : je suis ravie que le Clan Talos t'ait plu (effectivement comme lecture calme et relaxante, je ne sais pas…), pour les Rowane, après un long creux (pendant lequel j'ai écris une autre fic), je m'astreint à publier un chapitre par semaine. Voilà. J'espère que ce chapitre t'a plu.