CHAPITRE VINGT DEUX
Dans la Grande Salle de Poudlard, les Rowane et le public assistaient, mi-horrifiés, mi-fascinés, aux évènements exposés sur l'écran. Draco, dans son état immatériel, flottant légèrement au-dessus de sa forme assise, songeait qu'on arrivait à une partie de l'histoire qu'il connaissait fort bien pour l'avoir vécu. Il avait été profondément choqué par le récit de Dean Thomas. Il n'aurait jamais imaginé que les sorciers, Rafleurs de surcroit, pouvaient être battus par une arme typiquement moldue l'impact de la balle sur le crâne, et le bruit immonde qui en avait résulté l'avait sorti de sa contemplation végétative.
Jusqu'ici, il avait suivi les évènements que l'écran montrait, sans se soucier du fait que le Ministère avait un peu altéré l'importance des faits… On ne voyait quasiment jamais le point de vue de Pott… Harry, Hermione, ou Ron. Or, ça l'intéressait autrement que son propre passé.
Draco délaissa alors la vignette principale, qui accaparait efficacement l'attention de tous, pour se concentrer sur la mosaïque d'images en périphérie. Il trouva celle correspondant à Harry et se focalisa dessus – plus petite que l'image centrale, il eut un peu de mal à distinguer les décors et les personnages, et en plus il n'y avait pas de son.
Mais il en comprit ceci. Après l'attaque des Mangemorts lors du mariage de Fleur et Bill, le trio avait trouvé réfuge à la Maison Black – Draco n'eut aucun mal à reconnaître la bâtisse. Là, ils avaient découvert que le Médaillon qu'Harry avait récupéré avec Dumbledore dans la caverne était un faux. Ensuite, il apparaissait que l'elfe de maison de la famille Black, Kreattur, semblait en savoir long sur ce faux Médaillon, et les mettait sur la piste du vrai, volé par un pauvre hère qui…
Draco n'en croyait pas ses yeux, puisque, dans la petite vignette correspondant au point de vue d'Harry, de ce qu'il en comprenait vaguement, il apparaissait que le fameux Ordre du Phénix avait incorporé dans ses rangs un… un clochard ? Un mendiant aviné et voleur dans la Maison Black ? Autant mettre un renard dans un poulailler ! Ils ont raclé les fonds de tiroir, ou quoi ?!
Enfin, après ce bref accès d'indignation rétroactive, Draco se concentra pour suivre. Le trio rencontrait ce fameux… clochard pouilleux, qui sembla leur dire qu'il n'avait plus le Médaillon, et leur révélait qui l'avait actuellement. Vu la tête des membres du trio, ça risquait d'être compliqué pour le récupérer – et Draco se demandait encore pourquoi ils mettaient tellement d'ardeur dans cette quête.
Il eut un sursaut lorsque la vignette correspondant aux souvenirs de Ron, voisine de celle d'Harry, se déplaça, grossit et envahit l'espace central.
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- « Ombrage, » fit Harry, les sourcils froncés.
- « Oui, m'sieur. J'ai été arrêté et emmené au Ministère… »
- « Ombrage ? »
- « … et elle a profité d'un interrogatoire pour me le confisquer. »
Ron ferma les yeux, et se cacha le visage entre ses mains, desespéré. Oh, il savait, il savait parfaitement ce qui allait suivre : Harry allait insister pour qu'on récupère le Médaillon – hein, plutôt que de laisser les Aurors, ou les membres de l'Ordre du Phénix s'en charger, évidemment, c'est trop simple, ce n'est pas assez héroïque. Il n'espère pas réellement s'infiltrer dans un Ministère à la solde de Vol… Vous-Savez-Qui, non ? Hein ? Il n'est pas si fou, quand même ? Mais à voir son air décidé, et ses lèvres pincées, eh bien, si, c'est bien ce qu'il voulait faire… Merlin.
Il jeta un œil à Hermione, en quête de soutien, et tous ses espoirs s'envolèrent. La jeune fi… femme fixait le mur au dessus de Mondigus Fletcher, légèrement absente, les bras croisés sur sa poitrine menue. Mais à en juger par le tapotement des doigts sur sa manche, et par le plissement de ses yeux, elle élaborait déjà un plan pour infiltrer le Ministère, arriver jusqu'à Ombrage, et récupérer son Médaillon… Il lui fit des gros yeux, essayant de faire passer le message qu'il ne fallait pas encourager Harry dans son entreprise suicidaire, mais elle ne lui prêtait aucune attention.
Ron se fit une raison, mécontent. Si jamais ils se faisaient prendre… Oui, bien sûr, il avait signé pour ça en décidant de suivre Harry dans son exil, mais… Mais son père travaillait au Ministère, son frère Percy aussi. Et Bill travaillait pour Gringotts mais il pouvait faire une cible facile. S'ils se faisaient prendre, quelles répercussions cela aurait sur sa famille ?
Ce n'est qu'une fois seuls qu'Hermione révéla le fruit de sa cogitation, qui incluait pêle-mêle : du Polynectar, trois enlèvements, de grandes capacités d'acteur et d'improvisation, et des risques inconsidérés. Ron grinça des dents, mais, la mort dans l'âme, suivit ses deux amis dans leur folie.
oOo
Dean pointa son pistolet sur l'homme. Sur les hommes. Effrayé, en état de choc, perdu, il avait erré sur les routes jusqu'à arriver en pleine campagne. Là, on l'avait pris en auto-stop jusqu'à Oxford, où il avait échappé de peu à une patrouille de Rafleurs. Il n'était par resté longtemps dans cette ville, en avait rapidement quitté les faubourgs, et on l'avait à nouveau pris en stop et amené à Gloucester.
Plusieurs jours avaient passé depuis son départ de sa banlieue, il se sentait sale, il commençait à avoir faim, le choc d'avoir tué un homme pesait sur sa conscience, et de se savoir poursuivi l'empêchait de dormir. Après Gloucester, il avait erré, hébété, puis avait quitté la route pour s'engager sur les petits chemins entre les champs, puis avait bifurqué, il ne savait trop où, et s'était retrouvé dans ce qu'il croyait être un petit bois.
Il s'y enfonça, dans l'espoir qu'il trouverait là une cachette sûre, et peut-être de quoi manger. Ce n'était pas la période des champignons, si ? Et des châtaignes et des noisettes. Il n'avait peut-être pas intérêt à s'essayer aux champignons, il n'y connaissait rien.
Il n'avait pas entendu les hommes s'approcher, et s'ils avaient parlé, il ne les aurait probablement pas entendus non plus. Aussi, lorsque l'un d'entre eux lui posa une main sur l'épaule pour attirer son attention, son seul réflexe fut de sortir son pistolet et de le pointer sur eux.
- « Holà, holà, mon garçon ! » fit l'homme d'une voix étonnamment calme, vu les circonstances. « Du calme, nous ne te voulons pas de mal… T'es un sorcier, pas vrai ? »
Dean plissa les yeux, la colère prenant le dessus…
- « Nous aussi, on est des Nés-Moldus, on fuit les Rafleurs, » continua-t-il d'un ton apaisant. « Tu voudrais pas baisser ton engin, là ? Je m'appelle Tonks. Ted Tonks. Et derrière, c'est Dirk Crosswell. »
Dean baissa légèrement son arme.
- « Tonks… » murmura-t-il. « Tonks. Je connais une Auror qui s'appelle Tonks… »
- « C'est ma fifille ! Nymphadora, et ses cheveux magiques ! Tu as peut-être faim ? Et tu as clairement besoin de dormir. Si tu voulais bien lâcher ton arme, ce n'est pas pour les sorciers, ces trucs-là tu sais… Voilàaaaaa. Merci. Notre camp est par là… »
- « Où… Où est-ce qu'on est ? »
- « Ici ? C'est la Forêt de Dean. A l'Ouest de Gloucester… Et ton nom, c'est… ? »
Dean eut un sourire sans joie.
- « Dean. Je m'appelle Dean. Dean Thomas. »
Ted lui adressa un mince sourire, puis l'entraîna jusqu'au petit campement qu'il occupait avec Dirk – et, à la surprise de Dean, deux Gobelins, assis autour d'un petit feu de camp. Derrière eux, il n'y avait qu'une minuscule tente. Ted le fit entrer – et Dean s'aperçut qu'il s'agissait d'une de ces tentes ensorcelées : dix fois plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ted lui fourra un gros morceau de pain, fourré d'une tranche de jambon et d'une autre de fromage. Dean mangea comme dans un rêve. Ses yeux se fermaient tout seul, et l'absence du pistolet était à la fois un poids et une délivrance – il ne se souvint qu'à cet instant qu'il possédait toujours sa baguette magique…
- « Oui, hein ? Ces engins, c'est pour les moldus, c'est pas bon pour nous… Je vais aller le jeter dans la rivière. En attendant, repose-toi. Tu peux dormir ici, va. On veille. »
Dean se coucha sur le petit lit que Ted lui avait désigné, et s'endormit immédiatement.
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Le Polynectar était prêt. Et le temps de le préparer, Harry et Ron avaient espionné le Ministère, repérant le nouveau moyen d'accès : des toilettes publiques – une entrée censément plus « sécurisée » que le transplanage ou la poudre de cheminette, moyens que les Mangemorts avaient employé pour leur dernière attaque.
Ne restait plus qu'à s'approcher du Ministère, kidnapper trois employés, prendre leur apparence, entrer dans le Ministère de la Magie, et récupérer le Médaillon. Du gâteau.
Ron installa leur première « victime » stupéfixée par Harry, l'asseyant aussi confortablement que possible contre le mur de l'espèce de garage qui leur servait de base d'opération, renouvelant néanmoins le sortilège pour plus de sûreté. Hermione revint bientôt, faisant léviter une sorcière, et enfin un troisième fonctionnaire vint compléter leur tableau de chasse. Hermione leur préleva à chacun un cheveu, sortit de son sac en perle la bouteille où elle transportait le Polynectar, ainsi que trois gobelets. Elle finalisa sa décoction en plongeant dans chaque gobelet les cheveux des victimes, puis tous trois burent.
Ron se souvenait que la transformation était douloureuse, mais c'était encore pire lorsqu'on avait dépassé la puberté et atteint, à peu de chose près, sa taille adulte. Son corps avait eu plus d'années pour s'habituer à sa forme normale, en changer était plus difficile.
Enfin, les trois se redressèrent, nouvelles têtes et nouveaux corps – sauf la cicatrice d'Harry, qui restait là, insolente. Ils dépouillèrent leurs hôtes involontaires de leurs vêtements et s'en couvrirent, puis Ron fit un signe vers le front d'Harry, qui grimaça : les cheveux étaient trop courts pour masquer la cicatrice. Hermione sortit alors de son sac un petit nécessaire de maquillage – et après une application libérale de cosmétique, la marque disparut.
Ils sortirent alors du garage et se dirigèrent vers les fausses toilettes publiques. Après un voyage par chasse d'eau interposée, ils se retrouvèrent dans l'Atrium. Restait à trouver le bureau d'Ombrage. Et espérer qu'elle portait sur elle le Médaillon, parce que sinon, tout ça n'aurait servi à rien.
Ron n'était jamais venu au Ministère de la Magie. Mais… Etait-ce normal, ces sorciers emmenés par des gardes qui… ressemblaient à des Aurors… mais qui clairement n'en étaient pas ? Et où on les emmenait au juste ? Merlin, songeait Ron, ils avaient passé quasiment un mois à faire du repérage, et ils ne savaient en réalité rien de ce qui se tramait au Ministère.
- « Des Nés-Moldus, » souffla Hermione.
- « Ah. Mlle Hopkrik. Vous voilà enfin. »
La voix glaça les trois espions, qui se tournèrent lentement vers mademoiselle Ombrage, toujours adepte de ce vieux rose déprimant. Hermione se reprit et adressa un léger sourire de circonstance.
- « Madame Ombrage, veuillez excuser… »
- « Suffit. Nous avons un interrogatoire à mener. Suivez-moi. » Elle se tourna alors vers Harry et lui adressa un regard venimeux. Ron pensa : c'est fichu, c'est fichu, elle a reconnu Harry, on est foutu.
- « Et vous, Albert, vous avez du travail dans la Chambre de Rédaction. Allez ! »
- « Oui, madame. »
Harry et Ron se jetèrent un dernier coup d'œil, Harry monta dans l'ascenseur, Hermione suivit Ombrage, et Ron resta seul dans l'Atrium.
Au bout d'un long, très long moment, pendant lequel Ron eut un aperçu plus qu'édifiant de la façon dont les Mangemorts avaient pris possession du Ministère, Harry et Hermione revinrent à toute vitesse. Derrière eux venaient une dizaine de sorciers – des Nés-Moldus. Diantre. Ils n'avaient pas pu s'en empêcher, hein, ils ont encore joué les héros, à vouloir sauver tout le monde…
… et en même temps…
Ron se secoua et prit la suite d'Harry.
- « Tiens-moi ça, s'il-te-plaît, » fit ce dernier en lui tendant un médaillon.
Le Médaillon. Harry, quant à lui, sortait sa baguette, et vérifiait les environs. Les gardes dans l'Atrium commençaient à s'intéresser à eux, puis les ascenseurs crachèrent d'autres gardes, avec Yaxley à leur tête. Ce fut alors le branle-bas de combat. Ron se passa la chaîne autour du cou tout en sortant sa baguette, Harry les protégeait déjà avec un bouclier puissant sur lequel les premiers sortilèges vinrent se disperser. Moitié courant, moitié tirant, le trio protégea la fuite des Nés-Moldus, et ils atteignirent le point de sortie de l'Atrium. Alors que Ron et Harry continuaient à lancer tous les sortilèges offensifs de leur répertoire, Hermione aida le dernier Né-Moldu à s'enfuir, et elle s'approcha ensuite de ses deux amis. Posant une main sur leurs épaules, elle se prépara à transplaner.
Voyant la manœuvre, Yaxley se précipita et plongea sur eux, agrippant la cheville de Ron au moment où le trio disparaissait. Hermione les avait emmenés jusqu'au Square Grimmaurd, lorsqu'elle s'aperçut que Yaxley les avait accompagnés. Elle jura, tandis que Ron se fendait d'un coup de pied en plein dans la face du Mangemort, qui lâcha prise dans un grognement rageur. Instantanément, Hermione les fit retransplaner, sans Yaxley cette fois, et elle les fit réapparaître ailleurs.
Le trio resta silencieux quelques secondes, s'attendant à entendre des cris, à voir des poursuivants, à subir un sortilège quelconque… Mais rien. Le vent, un champ de blé récolté, quelques taillis. Pour le moment ils étaient seuls, au milieu de fagots de paille. Ron s'éloigna un instant, croisant les bras sur son torse, essayant de maintenir sa peur et sa colère, mais finit par se retourner, furieux.
- « Mais qu'est-ce qui vous a pris ? Vous n'avez pas pu vous en empêcher, hein ? »
- « Ron… » commença Hermione.
- « Elle avait l'œil de Maugrey Fol-Œil sur sa porte. Elle a incrusté l'œil de Maugrey pour pouvoir surveiller… »
- « … Quoi ? »
Harry, animé d'une fureur froide et calculatrice, sortit de sa poche un œil artificiel, roulant follement dans son orbite de métal – et Ron, quand bien même il avait une folle envie de mobiliser toute la mauvaise foi du monde, ne put que reconnaître l'œil d'Alastor Maugrey.
- « Comment elle l'a eu, hein ? Comment ? Etait-elle là lorsque les Mangemorts l'ont tué ? A-t-elle récupéré l'œil sur son cadavre, en le retirant avec une pince à sucre ? Ou, non, bien sûr, elle a laissé quelqu'un se charger de la sale besogne et ensuite elle a « confisqué » légalement l'objet… Salope ! »
Ron regarda Harry, qui contenait difficilement sa colère – ses narines frémissaient, et il était littéralement blanc de rage. Hermione et lui se jetèrent un regard inquiet – et Ron fut ravi de retrouver là un semblant de connivence entre eux. Elle reprit.
- « J'ai assisté à l'interrogatoire dont elle parlait, Ron, la fameuse Commission d'Enregistrement des Nés-Moldus, et c'était… C'était… horrible. Une instruction à charge, impossible de se défendre, impossible pour les accusés de prouver leur bonne foi, et elle appelait ça de la justice… Heureusement, Harry est entré, sous sa Cape d'Invisibilité, et l'a stupéfixée. J'ai remplacé son Médaillon par un leurre, et… on ne pouvait pas les laisser là, Ron, ils seraient tous allés en prison, parce qu'en réalité ils n'ont pas le choix… »
- « La Chambre de Rédaction, » continua Harry sur un ton plus calme, « ce n'est qu'une salle où les fonctionnaires sont obligés d'écrire ces pamphlets, tu sais ? Les Sang-de-bourbe et les façons de les reconnaître, par exemple. J'ai prétexté un besoin pressant pour échapper aux surveillants, et j'ai un peu fouiné dans le bureau d'Ombrage. Elle tient des fiches sur à peu près tout le monde, sur les membres du Ministère, sur l'Ordre du Phénix, sur nous… Mais le Médaillon n'était pas là, alors j'ai rejoint Hermione… »
- « C'est bon, c'est bon, je comprends, » grommela Ron. « Vous avez raison, bien sûr. Mais il n'empêche que le Square Grimmaurd est grillé, maintenant. Alors je propose qu'on… cherche un endroit où s'installer. »
Alors que les tensions se relâchaient un peu, le trio se remit en route, à travers champs, et ils arrivèrent bientôt aux abords d'une forêt. Ron y pénétra à la suite de ses deux amis, le pas lourd et l'expression mécontente.
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- « Tu crois vraiment qu'ils vont nous faire lancer des Impardonnables sur d'autres élèves ? » demanda Blaise à Draco – qui n'était plus préfet si l'on se contentait des annonces officielles, mais vers qui tous se tournaient présentement, parce que, d'eux tous, il était certainement celui qui connaissait le mieux Alecto et Amycus Carrow, pour des raisons qu'aucun ici n'oserait donner de vive voix.
Des Impardonnables ? songea Draco avec une pointe de mépris. Par rapport aux tortures dont les Mangemorts – et les Carrows – étaient capables, des Impardonnables, c'était de la rigolade.
- « Ils n'utiliseront pas le Sort de la Mort, mais l'Imperium et le Doloris… Oui. Probablement. »
- « Sur les élèves en retenue… »
- « On a des élèves en retenue, à Serpentard ? »
- « Quelques-uns », fit Pansy, qui, elle, était toujours préfète. « On pourrait essayer de commuer les retenues en déduction de points… »
- « Et si ça ne marche pas ? » demanda Blaise. « Tu te vois prendre ta baguette et lancer un Doloris sur… Sur, je sais pas qui, tiens, sur Daphné ? Ou sur Tracey ? »
Pansy ne répondit rien. Malgré son expression manifestement réticente, certains pensèrent que ça ne la gênerait peut-être pas tant que ça (il faut dire que ces trois filles oscillaient entre deux états : Les Meilleures Amies du Monde et Les Pires Ennemies du Monde, qui sait, elles étaient peut-être dans la phase Pires Ennemies). Un silence pesant perdura un long moment, puis des récriminations s'élevèrent d'un peu partout.
- « Merlin ! Vous êtes tous ri-di-cules ! » s'exclama finalement Théodore, exaspéré.
Le silence se fit progressivement tandis que le brun se passait une main lasse sur les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il s'aperçut qu'il avait l'attention de tous, et Blaise haussa un sourcil pour l'inciter à poursuivre. Théodore soupira.
- « Bon. Premièrement. Vous savez lancer un Doloris ? Non. Vous ne savez pas. Deuxièmement. Vous savez qu'il faut vouloir faire horriblement souffrir sa victime pour que ça marche ? Oui ? Bon. Alors, à votre avis, quand vous allez pointer votre baguette sur un élève quelconque qui ne vous a rien fait personnellement, vous croyez vraiment que votre Doloris aura un effet ? Non. Bien sûr que non ! Bon. Donc, vous voyez, il n'y a pas de problème. C'est bien pour ça que le Professeur Rogue laisse faire… »
Il y eut un flottement dans la salle, puis Blaise se racla la gorge.
- « Euh, tout de même, par principe… »
- « Les principes, » le coupa Théodore, « c'est bon pour les Gryffondors ! Et les Poufsouffles, » ajouta-t-il après réflexion. « Et encore, tous ces gentils petits gars ne s'en encombrent pas tant que ça quand il s'agit de nous piéger dans les couloirs ! Au pire, » souffla Théodore, « au pire, tout ce que les crétins du type Carrow aiment, c'est de voir les gens souffrir et hurler. Alors pour ceux qui, par malchance, se retrouveraient du mauvais côté de la baguette, il leur suffira de faire semblant de crier et d'avoir mal, ça fera plaisir à ces minables qui se prennent pour des enseignants, et nous, on sera tranquilles. »
Un grand silence régna un moment, puis de faibles ricanements se firent entendre par-ci, par-là. Blaise eut un grand sourire éclatant.
- « Théo, tu es le mec le plus tordu de l'univers. »
- « Merci, » fit Théodore en se rasseyant sur le fauteuil vert près de l'âtre.
- « C'était un compliment, et je le pense sincèrement. »
- « Merci, » fit Théodore en ouvrant son manuel de Runes.
Blaise l'abandonna à sa lecture devant le feu de la salle commune, et petit à petit, les Serpentards montèrent dans leurs dortoirs. Sauf Draco, qui resta là, blanc comme un linge, à contempler les flammes. Au bout d'un long moment uniquement rythmé par le crépitement des bûches, Théodore dit doucement, sans lever les yeux de son livre.
- « Evidemment, toi, tu sais lancer un Doloris. »
Draco ne répondit pas.
- « Et les Carrows seraient assez mauvais pour t'ordonner de passer le premier. »
Draco déglutit. Théo leva finalement les yeux et demanda, inquiet.
- « Mais… vouloir la souffrance de la victime est primordial pour que ça marche, non ? »
- « … En fait… Seulement les quelques premières fois. Après… ça vient tout seul. L'état d'esprit, je veux dire. On l'a déjà fait, on sait qu'on en est capable, et la haine qu'on a réussi à rassembler à ces occasions revient facilement… »
- « Et tu en es au stade où c'est devenu… facile ? »
- « … Oui. »
Le silence s'étira en longueur. Draco se sentait pitoyable et en même temps curieusement soulagé d'avoir pu confesser ça à une personne. De son côté, Théodore réfléchissait. Enfin, il prit la parole avec circonspection.
- « J'ai… consulté un certain nombre d'ouvrages de la Section Interdite de la Bibliothèque… Des trucs peu communs… Comme la magie sans baguettes… Et des trucs barbant au possible comme la relation entre la parole, le geste et la pensée dans l'efficacité d'un sortilège. »
Draco fronça les sourcils, ne comprenant pas très bien où le brun voulait en venir.
- « Il semblerait, » reprit Théo, « qu'un sorcier particulièrement doué pourrait – je dis bien : pourrait, hein – lancer de la parole et du geste un sortilège précis, mais ne faire appliquer en réalité que celui auquel il pense. Ce serait une question de volonté… »
Draco écarquilla les yeux, sentant le sang battre dans ses tempes, tandis qu'il comprenait ce que Théodore avait en réalité cherché. Parce qu'il était doué, et qu'il était – ou semblait – perpétuellement en colère contre le monde entier, lui pourrait fort bien lancer un Doloris du premier coup…
- « … Tu es vraiment tordu, Théodore Nott. »
- « Merci. »
- « … Mais, tu crois que ça marche ? C'est au-delà de la magie sans baguettes, là… »
- « … Pour moi, ça n'a marché qu'avec des sortilèges dont les gestuelles étaient très proches. »
- « … Merlin… Tu as vraiment essayé… »
- « Avec des sortilèges inoffensifs. Je n'ai jamais lancé de Doloris – je connais la parole, mais pas le geste ni l'état d'esprit, enfin je ne crois pas le connaître réellement, alors j'ai testé en aveugle sur d'autres sortilèges. Mais toi, Draco, tu as déjà lancé des Doloris, tu connais la parole, le geste, et l'état d'esprit qu'il faut pour le lancer. Dis-moi, y a-t-il un autre sort qui soit proche dans la gestuelle ? Il y en a forcément un ! Pense intensément à cet autre sort pendant que tu lanceras le Doloris. Je ne vois pas d'autre solution. C'est peut-être un élève de Première, Deuxième ou Troisième année que tu auras en face de toi. »
Draco leva les yeux, se perdant dans la contemplation du plafond de la salle commune aux couleurs des Serpentards.
- « Oui… Il y a… un sortilège qui est proche… C'est amusant, d'ailleurs, c'est un sortilège d'Elongation… Pour les cheveux. »
Théodore haussa un sourcil, réprima avec énormément de difficulté l'envie de demander pourquoi Draco connaissait un tel sortilège. Il se contenta d'un bref sourire, qui disparut très vite.
- « Tu n'auras malheureusement pas le loisir de t'entraîner. Mais je suis sûr que tu as la volonté nécessaire pour réussir ce tour de force. »
Draco lui adressa un sourire incertain. Théo se leva et laissa le blond seul, pensif, devant l'âtre où les dernières bûches finissaient de se consumer.
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Il s'avéra que les Carrows étaient autrement plus retors que ce que Théodore et Draco avaient imaginé. Car au cours suivant, lorsqu'ils présentèrent le cobaye du jour, ce n'est pas à Draco qu'ils ordonnèrent de tester le Doloris.
- « Monsieur Longbottom ? » fit mielleusement la bonne femme. « Veuillez venir lancer le sortilège que nous venons d'étudier sur votre camarade. »
C'était un Serpentard. Un Deuxième année. Qui ne semblait pas très conscient de ce qui était sur le point de se produire. Neville, debout et seul sur l'estrade, ferma les yeux. Il sentait une partie des Gryffondors qui semblaient dire : Vas-y, ce n'est qu'un Serpentard ! Tu crois qu'il hésiterait si les rôles étaient inversés ? Et du côté Serpentard… Rien. Il semblait que les Serpentards se souciaient des leurs comme de leur première chemise. Neville prit une profonde inspiration.
- « Monsieur Longbottom ! Exécution ! »
- « Je refuse, » dit-il simplement.
Neville se tourna vers les professeurs, s'attendant à voir leurs expressions méprisantes – ils étaient en fait furieux. La femme leva prestement sa baguette et lui lança un sortilège de Coupure, qui l'atteignit en pleine face, et tandis qu'il portait ses mains à son visage et les retirait maculées de sang, il crut entendre, du côté Serpentard, vers le fond, un soupir exaspéré et un marmonnement qui ressemblait furieusement à :
- « Mais, quel con… »
Quelque part au-delà de la douleur, Neville songea que, quand même, quelque part, certains Serpentards étaient un peu gonflés.
NOTE DE L'AUTEUR
Réponses aux reviews :
Faenlgiec : non, effectivement, ce n'était pas rose pour les Serpentards… J'espère que ce chapitre t'a plu. A bientôt.
Noooo Aime : pour le cynisme de Nott… Oui, oui, il est HORRIBLEMENT cynique… Bonne lecture !
hathor2 : voici la suite, on y retrouve un peu Dean et un peu de Nott, mais aussi du Harry/Ron/Hermione… J'espère que ça t'a plu.
Ashtana3 : Eh bien voilà, Dean et Théo à nouveau dans ce chapitre ! Par ailleurs, merci pour ta review sur Duel au Sommet (le fandom Discworld n'est pas aussi étendu que celui d'Harry Potter, et pourtant, il y aurait matière… enfin…) A bientôt !
CutieSunshine : merci pour ta review ! On retrouve Dean dans ce chapitre (un peu moins héroïque, mais on ne peut pas être un héros tout le temps). J'espère qu'il t'a plu. A bientôt !
Le Poussin Fou : pour Dean, Sang-Mêlé ou non, eh bien, dans le livre, ce n'est pas clair. En revanche, autour du livre (c'est-à-dire à partir des interviews réalisées par Mme Rowling), il est clair qu'il est Sang-Mêlé. Je n'ai pas inventé grand-chose de ce côté-là, il est dit quelque part qu'effectivement, le père de Dean était un sorcier, et qu'il s'est enfui lors de la première guerre contre Voldemort, pour protéger sa famille. La seule chose que j'ignore – et pour laquelle je ne me suis pas avancée – c'est si ses parents étaient mariés. Je ne sais donc pas si Thomas est le nom de jeune fille de la mère, ou si c'est le nom du père. Et si Dean fuit le Ministère, c'est qu'il n'a aucun moyen de prouver que son père était réellement sorcier. Voilà. Et puisque tu aimes le cynisme du petit Théo… Une autre illustration dans ce chapitre. Bonne lecture.
Mel-In-E DL : merci ! J'espère que ce chapitre te plaira tout autant. A bientôt !
Elorah : eh bien voilà, on reprend un petit peu la chasse aux Horcruxes, avec le Médaillon de Serpentard… Pour la façon dont les Serpentards sont ostracisés par les Gryffondors et autres… J'avais vu quelque part que dans une grande université anglaise, il y avait des conférences sur l'intolérance du « Camp du Bien » et sur la façon dont les Serpentards sont traités dans les livres de Mme Rowling… Le but était de mener une réflexion sur l'évolution des personnages de Severus Rogue et Draco Malfoy, qui sont désignés comme mauvais pendant la quasi-totalité de l'œuvre, mais qui se révèlent moins manichéens que ça… Enfin. Bonne lecture.
Kalila78 : Coucou ! Héhéhé, on retrouve Dean et Théo… J'espère que ce chapitre te plaira aussi… A bientôt !
Allenro : Merci pour ta review, et, je vais sans doute te décevoir, mais le procès va continuer encore un petit moment – car j'ai encore des choses à y mettre. Je suis cependant et malheureusement consciente qu'il est un peu long, mais il faut en passer par là… Alors bon, j'espère malgré tout que ça te plaira. Bonne lecture.
Magouille : Ah ha ! Qui en sortira indemne, de ce Jugement ? Eh bien… à peu près personne ? J'espère que la suite te plaira. Merci pour ta review et à bientôt !
